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interviewBFMTV· 12 janvier 2026 31 min

Budget, gouvernement, Iran: l'interview en intégralité de Manuel Bompard, coordinateur de LFI

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Notre prochain invité qui va prendre votre place, c'est Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise, député des Bouches-du-Rhône. Bonsoir Manuel Bompard, merci beaucoup d'être avec nous. Tiens, une réaction sur l'actualité de demain, puisqu'on en parlait, le procès en appel de Marine Le Pen qui commence. Et on a beaucoup entendu dans le camp du RN que ce serait un danger pour la démocratie si elle ne pouvait pas se présenter en 2027. Quel est votre regard à vous là-dessus ?

0:30
Manuel Bompard

Écoutez, j'ai un peu du mal à comprendre l'argumentation du RN puisque l'année dernière, après le jugement en première instance, l'argument c'était de dire qu'il y a un problème avec l'exécution provisoire puisque dans la justice, il faut que les différentes voies de recours puissent exister. Et ce qu'on peut entendre, c'est vrai que dans le système judiciaire français, quand vous êtes condamné en première instance, vous devez pouvoir faire appel. Ça c'est le principe de la justice. Le RN se plaignait en quelque sorte de ne pas avoir droit à ses recours. Bon, maintenant il y a les recours puisqu'il y a un procès en appel qui commence demain. Et puis ensuite il y aurait une cassation.

Et puis en cas de cassation, il a été dit que sans doute cette cassation aurait lieu avant l'élection présidentielle. Donc à partir de ce moment-là, je trouve que la manière avec laquelle le RN se défend ne tient pas la route, tout simplement.

1:18
Présentateur

Vous avez vu les sondages qui placent Jordan Bardella loin devant Marine Le Pen. Il vous fait peur, Jordan Bardella ? Il pourrait être votre opposant direct dans un an et demi ?

1:28
Manuel Bompard

Moi, l'extrême droite, quel que soit son candidat, me fait peur, je ne sais pas. Mais en tout cas, je ne souhaite pas qu'il l'emporte, ça c'est clair. Et je pense que ce serait un grave problème pour le pays, que ce soit M. Bardella ou Mme Le Pen. Et comme vous le savez, ce n'est pas moi qui vais choisir qui va être le candidat de l'extrême droite à l'élection présidentielle. Donc que ce soit M. Bardella ou Mme Le Pen, nous nous sommes prêts à lui faire face et pour faire la démonstration auprès des Françaises et des Français que les propositions politiques que porte le Rassemblement national seraient extrêmement dangereuses pour la France, qu'elles ne répondraient pas aux problèmes du pays.

Je ne sais pas si ça ne porte pas.

2:05
Présentateur

Vous avez vu la une du monde aujourd'hui, Mademoiselle Bonpas. Les idées du RN qui s'installent dans l'opinion, et ils se basent sur un sondage qu'ils ont mené qui confirme l'enracinement du RN. 42% des sondés se disent en accord avec les idées défendues par le RN contre 29% avant l'élection présidentielle de 2022.

2:21
Manuel Bompard

Oui, mais vous savez, il y a deux ans maintenant, après la dissolution de l'Assemblée nationale, déjà vous disiez que les sondages, il y en avait 27 sur 27, je me rappelle, entre la dissolution de l'Assemblée nationale et le premier tour des élections législatives, disaient que de toute façon l'extrême droite allait gagner, que leurs idées s'étaient banalisées. Et puis finalement, dans la campagne électorale des élections législatives, alors les gens ont découvert la réalité du programme du RN. Et donc les gens n'ont pas voté pour que le RN gouverne.

Et donc moi je pense que cette démonstration qui a été faite au moment des élections législatives, il est tout à fait possible de la refaire à nouveau au moment de l'élection présidentielle, parce que le programme du RN en matière économique, en matière sociale, en matière écologique, en matière démocratique, ne me paraît pas être un programme capable et susceptible de réunir la majorité des voix du pays. Après il y a une campagne électorale, c'est à nous de faire notre travail et de faire la démonstration de la nocivité de ce programme pour la France.

3:17
Auditeur

Mais monsieur Bompard, une question, la prochaine échéance ce sont les municipales, je vous permets une question un peu piquante, mais je sais que vous avez le cuir épais. On a parfois l'impression, mais peut-être que c'est simplement un sentiment, que la France insoumise passe beaucoup plus de temps dans une guerre des gauches qu'à l'assaut de la droite ou de l'extrême droite. Je vous donne une illustration et vous me direz ce que vous en pensez. Là, la prochaine échéance, ce sont les municipales et ça nous mobilise tous, chacun à notre niveau.

Vous êtes vraiment à l'assaut des mairies socialistes, Marseille, Paris, Vaud-en-Velin, et peut-être davantage qu'à l'égard des mairies dites de droite. Est-ce que votre objectif, c'est de faire perdre, par exemple, le maximum de municipalités, de villes aux socialistes ? C'est un sentiment peut-être qu'il est faux ?

4:13
Manuel Bompard

Madame, pardonnez-moi de vous dire que vous avez cité des villes, là, qui effectivement sont dirigées par des municipalités socialistes. Mais moi, j'aurais pu vous citer la ville de Toulouse, qui est dirigée par la droite, dans laquelle la France insoumise présente des listes avec l'objectif de gagner aussi, et la ville de Perpignan, qui est dirigée par le Rassemblement national, dans laquelle la France insoumise présente des listes. Donc la France insoumise, elle présente des listes dans à peu près 100% aujourd'hui des communes de plus de 50 000 habitants. Avec des candidats plus ou moins forts ?

Ah ben non, mais à Toulouse, on a un candidat qui est très fort, qui s'appelle François Picmal, qui est député de Haute-Garonne, qui n'est pas moins fort que les candidats qu'on présente dans les villes de gauche. Donc non, nous, on se présente partout. Alors là où les villes sont dirigées par le Parti socialiste, on se présente aussi. Mais il me semble qu'on a le droit, parce que c'est le principe des élections, de pouvoir proposer aux électrices et aux électeurs de pouvoir faire un choix entre différentes listes.

Et quand le bilan de la municipalité, même quand elle a été dirigée par le Parti socialiste, ne nous convient pas, il est quand même normal et légitime de proposer aux électrices et aux électeurs un autre programme. Ce qui est à peu près...

5:15
Locuteur non identifié

Et après, c'est eux qui tranchent. Ce qui se produit à peu près dans presque toutes les villes socialistes, du coup. Ah oui, je vous le confirme, ça se produit. Pour confirmer la démonstration de... Mais aussi dans toutes les villes de droite, monsieur Jeudy, pour confirmer ma démonstration. Mais les villes de droite, c'est moins surprenant, monsieur Montpard, que dans les villes socialistes.

5:31
Manuel Bompard

Mais sincèrement, j'ai du mal à comprendre votre raisonnement. Vous considérez donc que dans les villes socialistes, en quelque sorte, la ville leur appartient ?

5:38
Locuteur non identifié

Non, c'est pas du tout ce que je dis, monsieur Montpard, c'est que dans la plupart des villes socialistes, il y a presque toujours accord avec le PC et le PS.

5:46
Manuel Bompard

Presque toujours. Avec le PS, ça me paraît assez évident.

5:49
Locuteur non identifié

Entre le PS, les écologistes et le PC, il y a presque toujours accord dans les villes sortantes socialistes.

5:53
Manuel Bompard

J'ai cité Perpignan, par exemple, où la liste de la France insoumise est aussi soutenue par les écologistes. Vous voyez où on veut en venir. Ils sont supposés au partage de l'AIA, il y a un schisme. Je vois très bien où vous voulez en venir. C'est vous enfermé dans un débat contre le PS. Il y a une volonté de battre les maires socialistes. C'est précisément ce que je refuse de faire, vous avez remarqué.

6:13
Locuteur non identifié

Il y a une volonté de battre les maires socialistes.

6:15
Manuel Bompard

Il y a une volonté de battre les maires sortants partout où on présente des candidatures. Donc quand le maire sortant est un maire de droite, il y a une volonté de battre le maire de droite. Quand le maire sortant est un maire d'extrême droite, il y a une volonté de battre le maire d'extrême droite. Et quand le maire sortant est un maire socialiste, on a vocation à essayer de gagner. Donc oui, quand vous gagnez, vous battez le maire qui est en place. D'accord.

6:32
Locuteur non identifié

Oui, je voulais sortir de ce débat-là contre le PS. Non mais simplement pour guider Manuel Montpard vers une introspection plutôt que vers le PS. La France insoumise. Vous disiez tout à l'heure, vous parliez de la défaite du RN, en tous les cas de la non-victoire lors de la législative, en évoquant le programme. Il y avait aussi ce qu'on appelait les brebis galeuses au RN pendant tout l'entre-deux-tours. On en a beaucoup parlé. Vous voyez certainement où je veux en tenir, M. Manuel Montpard. Non, je ne crois pas. C'est qu'on a découvert ces derniers jours un certain nombre de brebis galeuses dans votre parti, la France insoumise. J'en cite seulement deux exemples.

Yvouteyer qui est tête de liste pour les municipales qui y écrivaient sur Facebook. Il n'est pas tête de liste. S'il l'était, il a été effectivement radié du parti. Il n'y a plus de brebis galeuses à la France insoumise. Attendez, attendez, attendez. Donc il y en avait une. Yvouteyer qui disait... C'est ce qu'a fait le Rassemblement National aussi. Attendez, je dis d'abord ce qu'ont dit ces têtes de liste et puis ensuite vous me répondez. Yvouteyer, je le répète, le CRIF dirige la France, c'est lui qui le dit, et les Juifs continuent le carnage en parlant de Gaza. C'est inacceptable. On est d'accord, c'est inacceptable.

7:31
Manuel Bompard

C'est la raison pour laquelle il ne peut pas être notre candidat. Nous sommes tout à fait d'accord. C'est la décision qui a été prise immédiatement.

7:35
Locuteur non identifié

Et Dalil Diab, est-ce que Dalil Diab est toujours tête de liste ? Mais il n'a jamais été tête de liste. Il n'a jamais été tête de liste.

7:38
Manuel Bompard

Je sais que vous répercutez sur ce plateau les informations de Frontière. Non, non, non, c'est un article de Frontière. Mais en l'occurrence, Frontière est assez mal informée puisque cette personne n'est pas notre tête de liste, ne l'a jamais été. Il n'est pas candidat, il n'est pas sur la liste, ni candidat, ni sur la liste, ni tête de liste. Il n'a rien à voir avec les ministères et la France Insoumise. Pardonnez-moi de vous dire que l'information que vous relayez sur ce plateau est une mauvaise information. Non, mais vous êtes là pour la corriger.

Mais en l'occurrence, puisque maintenant j'ai répondu sur ce que vous vouliez dire, je vous fais remarquer que quand la France Insoumise, il y a un candidat qui a été investi et qui dit des choses qui sont inacceptables, la France Insoumise, elle prend des décisions immédiates. Par contre, vous pourriez peut-être signaler aux gens qui nous écoutent que le Rassemblement National, par exemple, a investi en Corse un candidat qui a été condamné il y a quelques années pour terrorisme. Oui, c'est vrai. Voilà. Et par contre, lui, il n'est pas désinvesti, vous avez remarqué. Non, mais c'est tout à fait juste. Alors que moi, je viens de vous répondre assez clairement. Non, mais je suis d'accord.

8:32
Locuteur non identifié

Non, parce que vous me parlez de brebis galeuses. Non, mais ma question... Non, mais comme il y avait M. Jacobelli avant moi sur le plateau et que vous ne lui avez pas posé la question, je me permets de le faire. On a abordé le sujet des brebis galeuses au Rassemblement National. Non, les brebis galeuses, c'est ça. On a abordé ce sujet-là avec le Rassemblement National. Non, mais je ne sais pas, vous comprenez où je veux en venir. Ce que je veux dire, c'est qu'on croyait qu'il n'y avait des brebis galeuses qu'au Rassemblement National. On découvre qu'il y en a chez vous. Ma question, c'est comment ces gens-là ont-ils pu se retrouver sur des listes ?

Je vous prendrai que du fait que vous les aviez enlevées de ces listes.

9:03
Manuel Bompard

Et si vous croyez qu'il n'y a qu'à la France Insoumise, qu'il peut y avoir parfois des personnes qui ont été investies candidats et sur lesquelles on retrouve ensuite un certain nombre de prises de positions qui sont inacceptables, la question que vous devrez poser, c'est est-ce que les formations politiques réagissent bien dans ce type de catégorie ? Je pense que vous pouvez reconnaître, malgré votre désaccord avec moi, que la France Insoumise réagit bien sur ce sujet. Je suis totalement d'accord avec vous.

9:27
Présentateur

Est-ce que c'est un sujet à la France Insoumise ? C'est devenu un sujet au sein du Rassemblement National qui a carrément embauché des personnes qui sont là, exprès, pour écrémer et faire en sorte que les bons profils se présentent et qu'il n'y ait plus de brebis galeuses.

9:43
Manuel Bompard

C'est quelque chose dont vous parlez, vous, à la France Insoumise ? À la France Insoumise, il peut y avoir, comme dans toutes les formations politiques, des gens qui sont à la France Insoumise et qui disent des bêtises. Ça peut évidemment arriver. Mais globalement, à la France Insoumise, les militantes et les militants qui sont engagés dans cette formation politique, vous savez, ils savent pourquoi ils sont là, parce qu'ils sont d'accord avec un programme.

Et dans le programme de la France Insoumise, en l'occurrence, puisque vous avez cité un certain nombre de tweets, il y a un certain nombre de principes, et notamment le principe de lutter contre toutes les formes de racisme, contre l'antisémitisme, contre l'islamophobie. Et donc globalement, non, à la France Insoumise, les militantes et les militants sont très clairs sur ces sujets. Et quand il y a quelqu'un qui est passé à travers les mailles du filet, il y a des décisions fortes qui sont prises immédiatement.

10:23
Présentateur

Vous avez déposé, comme le RN, d'ailleurs, une motion de censure axée sur l'accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. Qu'est-ce que vous reprochez à l'exécutif ? Emmanuel Macron a voté non sur cet accord. Donc il est plutôt de votre côté, finalement. Pourquoi vouloir à tout prix déposer une motion de censure ?

10:38
Manuel Bompard

Si on est un petit peu sérieux, et je pense que tout le monde ici, sur ce plateau, c'est très bien que depuis qu'Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, c'est-à-dire il y a maintenant presque huit ans, il n'a strictement rien fait pour empêcher l'adoption de cet accord de libre-échange avec le Mercosur. Il a eu de multiples occasions, avant le vote définitif qui a eu lieu vendredi dernier, de mettre un amendement dans la négociation. Pourquoi il a voté contre madame s'il a obtenu des garanties ?

11:03
Présentateur

Parce qu'elles ne vont pas assez loin.

11:04
Manuel Bompard

Ah ben donc il fallait qu'il s'y oppose avant, non ? Parce que c'est un peu facile, s'il vous plaît.

11:07
Locuteur non identifié

Mais s'il oppose avant, en décembre, il a réussi à le reporter d'un mois pour obtenir les mesures miroirs, les contrôles aux frontières au port, les mesures de garantie...

11:17
Manuel Bompard

Faites les avocats d'Emmanuel Macron sur le dossier du Mercosur, si vous voulez, mais je vous le dis sincèrement, vous allez avoir du mal à convaincre qui que ce soit en France qu'Emmanuel Macron a utilisé les leviers qu'il s'est à sa disposition au moment où il pouvait les utiliser pour empêcher l'adoption de cet accord de libre-échange avec le Mercosur.

11:31
Auditeur

Mais le gouvernement, c'est le fonctionnement de l'Union Européenne plus que la figure d'Emmanuel Macron ?

11:36
Manuel Bompard

Ah ben je pense que quand même, il y a encore 10 ou 15 ans, on n'aurait pas imaginé possible que quelque chose d'aussi important que sans doute le plus grand accord de libre-échange qui n'a jamais été conclu par l'Union Européenne puisse être imposé contre l'avis de la France. Mais c'est l'ensemble de la question politique. On ne l'aurait jamais imaginé.

11:53
Locuteur non identifié

Marc aussi. Non mais c'est ça qui est très grave, c'est qu'effectivement la voix de la France ne porte plus. Ben voilà. Mais pourquoi justement ? C'est parce que la France est le pays qui a le plus dérapé sur ses comptes publics, que ce soit déficit, la dette publique. Tous les pays de la zone euro, de l'Union Européenne ont fait des efforts d'assainissement budgétaire. C'est toi aussi. Non mais c'est une réalité.

12:11
Manuel Bompard

C'est pas le rapport avec le Mercosur.

12:12
Locuteur non identifié

Mais si justement, c'est que si la voix de la France ne porte plus aujourd'hui, c'est que comme on a complètement dérapé, on n'a pas du tout respecté les règles européennes, quand la France a quelque chose à dire, finalement on dit, non écoutez, les Français ne peuvent pas vous la ramener parce que globalement, vous ne respectez pas les enjeux. Donc ça qui est très grave aujourd'hui, et par contre je suis d'accord effectivement sur le fait que M. Macron aujourd'hui, il arrive, voilà, comme le... Oui, sur la philosophie, pardon,

12:32
Présentateur

mais vouloir censurer un gouvernement qui pourtant a voté contre le Mercosur, peut-être qu'on peut écouter votre partenaire, ex-partenaire Olivier Faure.

12:41
Locuteur non identifié

Allez-y si vous voulez.

12:42
Présentateur

Du Parti Socialiste sur notre antenne, c'était hier. Lui, il ne comprend pas très très bien la logique.

12:48
Locuteur non identifié

Moi je crois que je comprends très bien sa logique. Il ne comprend pas la... Ce que l'on peut reprocher à Emmanuel Macron, c'est d'avoir beaucoup varié sur la question. J'y viens, j'y viens. Et je dis simplement que ça c'est vrai. Emmanuel Macron a été pour, contre, pour, contre. On a eu un peu le vertige. Mais à la fin, il dit non. Et donc au moment où il dit non, et où il le dit à l'ensemble des Européens, où la France vote contre, et où on a un vote au Parlement européen dans quelques jours, où il faudra que tous les Français votent contre avec un certain nombre de parlementaires de tous les autres pays, ce serait absurde de dire qu'à ce moment-là, nous censurons le gouvernement.

13:22
Présentateur

Il dit que c'est absurde, ça n'a aucun sens.

13:23
Manuel Bompard

Oui, je salue sa créativité pour trouver des excuses pour ne pas censurer le gouvernement. Je remarque qu'il en trouve toujours une bonne. Mais si maintenant, M. Fort considère qu'Emmanuel Macron a très bien agi sur la question du Mercosur depuis qu'il est arrivé au pouvoir, je pense là aussi qu'il aura du mal à défendre cette position dans le pays. Donc évidemment, quand on sanctionne ce gouvernement, quand on se sanctionne ce président de la République, on ne le sanctionne pas uniquement en raison de son dernier vote, mais en raison de l'ensemble de son œuvre.

Et en l'occurrence, sur la question du Mercosur, l'ensemble de son œuvre, c'est qu'à la fin, on prend le risque de se voir imposer cet accord avec une France dont la voix a été totalement minorisée, une France qui se fait imposer cet accord, et un président de la République qui, au dernier moment, contraint et forcé, décide de voter contre, au moment où il sait très bien que voter contre, ça n'empêchera pas la ratification de cet accord. Donc si ça, ça convient, M. Faure, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Que j'allez lui aller ?

14:16
Locuteur non identifié

C'était quand même l'avis du Parlement, l'unanimité, Sénat et Assemblée compris, de voter contre. À la limite, pour une fois, le président vous a plutôt suivi.

14:23
Manuel Bompard

Ah, là, vous avez raison sur le fait que grâce à l'initiative de la France insoumise dans sa niche parlementaire au mois de novembre, nous avions réussi à faire un ananimité les membres de l'Assemblée nationale. En tout cas, il y avait une cohérence.

14:33
Locuteur non identifié

Pardon ? Il y a une cohérence dans les votes non, pour le coup. Oui, mais ça ne change rien. Mais est-ce que vous, quand on regarde votre texte de censure, finalement, c'est davantage le Vénézuel dont il est questionné dans votre texte que du Mercosur ?

14:46
Manuel Bompard

Ah non, non, je crois que c'est assez clairement le Mercosur, mais après, on peut parler des autres sujets si vous voulez, de la situation internationale. Mais attendez, on ne va pas en rester juste aux commentaires politiques. Maintenant, la question qui nous est posée à tous est la question suivante. Est-ce qu'on veut que cet accord s'applique à nous ? Donc, pour ça, on a un certain nombre de voix de recours possibles. Il va y avoir un vote au Parlement européen. Donc, il faut que tous les députés, les eurodéputés français votent contre, quelle que soit leur étiquette politique. Il va y avoir la possibilité de saisir ce qu'on appelle la Cour de justice de l'Union européenne.

Parce que s'il y a une saisine de la Cour de justice de l'Union européenne, elle est suspensive. C'est-à-dire que tant que la Cour de justice de l'Union européenne n'aura pas répondu, l'accord ne s'appliquera pas. Et moi, je dis ici qu'en dernier ressort, le président de la République devrait dire que si le Mercosur nous est imposé, la France refusera de l'appliquer en France. Et j'ai noté qu'il y a quelques jours, le Premier ministre, M. Lecornu... C'est possible, ça ? Justement, j'allais y venir. J'ai noté qu'il y a quelques jours, M.

Lecornu a dit on peut interdire et on va interdire l'importation en France de produits qui ont été produits à l'aide de cinq pesticides qui sont interdits en France. Il a dit on va interdire les importations. Eh bien, on peut tout à fait étendre cette même logique pour refuser d'importer des produits qui seraient produits dans les pays du Mercosur en utilisant des pesticides interdits en France ou avec des normes sociales qui sont inférieures aux normes sociales.

16:00
Présentateur

Ça ferait aussi un désavantage pour les filières supposées bénéficiées de ce Mercosur qui ne pourront pas exporter contrairement aux voisins européens quand ça serait une situation compliquée.

16:08
Manuel Bompard

D'accord, mais après, si vous pensez que le accord Mercosur est avantageux, dans ce cas-là, il faut le ratifier, mais c'est ni l'avis de l'Assemblée nationale...

16:14
Présentateur

Il y a des filières avantagées et d'autres...

16:16
Manuel Bompard

C'est ni l'avis de l'Assemblée nationale à l'unanimité, ni du Sénat, ni du peuple français, ni manifestement des agricultrices et des agriculteurs. Je pense qu'ils l'ont remonté la semaine dernière.

16:23
Présentateur

Les motions de censure ont des chances d'aboutir ?

16:26
Manuel Bompard

Théoriquement, elles en ont. Après, moi, je fais comme vous, je sais faire des calculs mathématiques. À partir du moment où le Parti Socialiste dit qu'il n'a pas l'intention de la voter, ça veut dire que probablement le Parti Socialiste va à nouveau sauver le gouvernement de M. Donc, elles n'ont pas de chances d'aboutir. Sauf si d'autres formations politiques qui jusque-là n'ont pas voté la censure décidaient de la voter. J'ai entendu la semaine dernière M. Retailleau dire qu'il était très opposé, que LR était très opposé à l'accord de Libre. Vous voulez vous les appeler

16:53
Locuteur non identifié

à voter pour la voter ?

16:54
Manuel Bompard

Moi, j'appelle les 577 députés à voter la motion de censure. Donc, si les députés, les Républicains... Mais vous ne voterez pas celle du Rassemblement ? Non, mais nous, on vote comme on l'a toujours fait, celle qui a une chance de l'emporter, en l'occurrence, celle qu'on a déposée. Je vous fais remarquer que la motion de censure qu'a renversée M. Barnier, c'est celle que nous avions déposée. La motion de censure

17:16
Présentateur

s'il y avait une motion de censure déposée dans le cadre du budget, là, elle aurait plus de chances d'aboutir. On le rappelle, les discussions ont repris sur le budget. A priori, le texte a peu de chances d'aboutir comme ça, en laissant les débats se faire. Comment vous voyez la suite, vous ? 49-3 ordonnances, quelle est la situation la plus probable ?

17:36
Manuel Bompard

Pour être tout à fait honnête avec vous, je ne vois pas comment un budget pourrait recevoir aujourd'hui les votes d'une majorité de députés à l'Assemblée nationale. Je pense que dans l'état actuel des discussions, je ne vois pas le chemin dans lequel le budget est voté par une majorité des députés. Donc si le gouvernement veut imposer son budget, il ne lui reste que les solutions qui passent par le fait qu'il n'y ait pas de vote. Et donc là, il y en a deux, vous avez raison, il y a le fait d'utiliser l'article 49-3 de la Constitution ou le fait de légiférer par ordonnance qui serait inédit.

18:09
Présentateur

Donc vous l'appelez à accélérer la cadence à soit imposer 49-3

18:12
Manuel Bompard

soit les ordonnances ? Moi, si vous voulez, moi, je l'appelle pour l'instant, eux,

18:16
Présentateur

ils essaient d'essayer de dire le dialogue. Vous avez vu, il y a encore des discussions à Bercy aujourd'hui.

18:20
Manuel Bompard

Ils ne sont pas dans le dialogue. Ils font semblant d'être dans le dialogue.

18:22
Présentateur

Ils ont réuni les groupes aujourd'hui à Bercy.

18:23
Manuel Bompard

Je vais préciser parce que je ne voudrais pas qu'on me fasse dire quelque chose que je n'ai pas dit. Je ne l'appelle pas à utiliser le 49-3. Je ne l'appelle pas à utiliser les ordonnances. Et je vous dis même que s'ils utilisent le 49-3 ou les ordonnances, nous déposerons une motion de censure. Donc, je ne l'appelle pas à le faire. Vous allez déposer une motion

18:36
Présentateur

de censure dans tous les cas.

18:37
Manuel Bompard

Je l'appelle à abandonner son budget. Je l'appelle à laisser tomber avec les mauvaises recettes qui mènent le pays dans le chaos. Parce que, pardon, mais le sketch, là, on nous l'a déjà fait la semaine dernière, l'année dernière. Et l'année dernière, certains ont cédé. Le Parti Socialiste, le Rassemblement National, ils ont laissé passer le budget. Et le budget, c'est la pire croissance depuis 10 ans hors période Covid. C'est le retour à la hausse du chômage. C'est la baisse du pouvoir d'achat. Donc, si on veut continuer dans cette politique, il faut laisser le gouvernement faire. Moi, je ne veux pas continuer dans cette politique.

C'est pour ça que je pense qu'il faut censurer le gouvernement.

19:08
Locuteur non identifié

Ce serait intéressant, justement, de voir à ce moment-là si le PS... Parce que là, c'est assez surprenant de voir comment le PS veut absolument soutenir le gouvernement, finalement, éviter de censure. Mais à ce moment-là, s'il y a un 49.3 des ordonnances, ce qui paraît également certainement inévitable, ce que là, le PS va maintenir. Ce serait quand même assez incroyable. Eh bien oui. Donc, on voit bien qu'ils tiennent avant toi leur poste que l'intérêt de la France. Mais c'est ça qui est... Je pense que ça, ça fait le jeu, justement, de LFI ou d'autres parties. Certainement, ça n'améliore pas l'image, effectivement, du PS. Tout ça, pour sauver un gouvernement qui, de toute façon...

Parce que tout le monde ait envie d'avoir des municipales et des législatives en même temps. Mais pourquoi pas ? Finalement, mais quel est l'intérêt, finalement, d'avoir aujourd'hui ? On va avoir un déficit public qui va encore augmenter, malheureusement. Et donc, on va être encore la risée du monde, comme d'habitude. Et donc, je pense qu'aujourd'hui, ça serait le bon moment pour dire, nous ne sommes pas d'accord. Ils avaient dit que c'était un facteur de censure, les socialistes, ce fait 49 fois. Mais d'ailleurs, je ne pense même pas que la France insoumise veuille de législatives en même temps que de municipales. Je ne parle pas de censure du gouvernement, etc.

Mais cette configuration-là, elle ne vous plairait pas non plus, pas plus qu'aux autres partis.

20:04
Manuel Bompard

Mais nous, on est cohérents. On veut que la politique que cherche à imposer ce gouvernement dans la continuité des gouvernements précédents s'arrête.

20:13
Locuteur non identifié

Mais organiser les deux élections en même temps, ça vous paraît faisable ou souhaitable ?

20:17
Manuel Bompard

Peu importe. À un moment, il faudra bien, si on ne veut pas que cette politique se poursuit, il faudra bien un retour aux urnes. Ça devrait être au moment des élections. Moi, j'ai toujours dit que je pensais que le problème, il était davantage à l'Élysée qu'à l'Assemblée nationale. Et que je pensais que la solution, elle passait davantage par le départ du président de la République que par des...

20:33
Présentateur

Parce qu'il faut aussi dire les choses, une dissolution ne serait pas tellement à votre avantage.

20:36
Manuel Bompard

Non, mais je m'en fiche. En fait, je veux dire, le sujet, ce n'est pas celui-là. Or, le problème aujourd'hui, ce n'est pas la composition de l'Assemblée nationale. Le problème aujourd'hui, c'est un exécutif qui veut imposer à tout prix, même quand il perd les élections, la continuité de sa politique. Donc, si vous voulez changer cette politique, il faut changer celui qui est responsable. Sauf qu'en cas de dissolution,

20:58
Présentateur

c'est le RN qui gagnerait. Et donc, j'imagine que ce n'est pas tout à fait ce qu'on veut dire.

21:02
Manuel Bompard

Moi, je vous propose quelque chose. Supprimer les élections. Si vous connaissez déjà le résultat des élections avant qu'ils aient eu lieu.

21:07
Présentateur

Non, mais je regarde les sondages. Oui, mais justement, c'est pour ça que vous demandez plutôt le départ d'Emmanuel Macron plutôt que la dissolution.

21:13
Manuel Bompard

Mais non, mais vous pourriez me dire dans ce cas-là, tous les sondages disent que c'est l'extrême droite qui va gagner. Donc, ce n'est pas mon sujet, les sondages. Moi, mon sujet, c'est ce que je considère comme étant juste pour le pays. Et pour le pays, je pense qu'on a besoin de changer de politique. Enfin, pardon, après, je vous laisse poser votre question. Mais tout le monde a compris maintenant que sinon, on va être condamné pendant un an et deux mois à rien faire. Et vous pensez que la France peut se payer le luxe d'attendre pendant un an

21:39
Présentateur

Est-ce que la dissolution est réellement sur la table ?

21:41
Locuteur non identifié

Non, je ne crois pas qu'elle soit réellement sur la table. Je pense que Sébastien Lecornu a fait une petite manœuvre qui a déjà été choisie, utilisée par Emmanuel Macron. C'est-à-dire qu'il a agité une possible dissolution sans y croire vraiment lui-même. C'est vrai qu'il l'a fait dans un contexte devant des journalistes et ensuite, son service de communication a laissé partir. Le truc est très mal parti. Mais enfin, voilà, il est sorti. Mais ça fait trois mois que Sébastien Lecornu se donne beaucoup de mal pour empêcher cette dissolution. Donc je ne vois pas pourquoi aujourd'hui, il la mettrait sur la table alors que depuis trois mois, il essaie d'y échapper et il a plutôt réussi.

Il a même réussi à faire passer un budget de la Sécu.

22:27
Présentateur

Donc là, c'est une stratégie quand il dit j'organiserai des législatives en même temps que les ministres.

22:31
Locuteur non identifié

C'est-à-dire qu'en même temps, il met tous les partis un peu devant leur responsabilité parce que c'est vrai que là, on en parle comme ça entre nous. Enfin, s'il y avait des élections et des législatives demain en même temps que des municipales, je ne sais pas si vous voyez déjà techniquement, c'est déjà compliqué à mettre en place. Pas sûr que ça amuse tout le monde dans le pays de voter. Parce que les municipales, c'est très important pour les Français. Si vous leur mettez en plus les législatives, pas sûr. c'est parce qu'ils aient beaucoup à Lyon ou à Paris, il faudrait trouver je ne sais pas combien de... Il y a trois, très compliqué. Quatre à Lyon.

C'est surtout pour les partis que c'est compliqué parce qu'il faut financer deux campagnes en même temps. Absolument.

23:03
Présentateur

On voulait vous faire entendre l'analyse, Manuel Bompard, de The Economist

23:08
Locuteur non identifié

qui... Quel accent ! Ah, voilà. Julie, c'est...

23:12
Présentateur

Qui analyse la situation politique de la France.

23:16
Locuteur non identifié

Oui, c'est vrai. Alors, je ne sais pas s'il faut rire ou pleurer de cet édito, mais c'est vrai que ce n'est jamais forcément agréable de recevoir déjà une leçon par nos meilleurs amis, bien sûr, les Britanniques. Mais c'est vrai que l'hebdo The Economist signe un édito au vitriol sur l'impasse budgétaire de la France. Regardez, tout est dans le titre presque. Le titre, il va s'afficher à Notre Merde Show, littéralement traduit par un véritable spectacle de merde. Ce ne sont pas mes mots, ce sont ceux de The Economist, je rassure les téléspectateurs. L'édito qui s'attarde, bien sûr, sur la situation catastrophique des finances publiques françaises.

Alors là, tout le monde en prend pour son grave, les politiques, les citoyens, tout le monde, avec cette phrase « Le président français est un canard boiteux chez lui avec seulement 20% d'opinions favorables dont l'approche est hautaine et distante. » Chaque acteur, d'ailleurs, de la politique française devrait avoir honte, c'est ce qu'ils disent, y compris la France insoumise, y compris également le Rassemblement national, tout le monde prend cher. Les partis traditionnels également, n'échappent pas au lance-flamme de The Economist qui pointent l'absence d'alternatives portées par la droite et par la gauche. Regardez ce qu'ils disent.

Les Républicains, supposément conservateurs fiscaux, ont autorisé la suspension de la réforme des retraites qui coûtera 100 millions d'euros. Et alors là, on est quand même limite dans l'ingérence puisqu'ils suggèrent même quelque chose. Regardez, si Sébastien Lecornu ne peut pas fixer le budget d'ici la fin janvier, il doit partir et de nouvelles élections devraient être convoquées. J'aimerais quand même rassurer nos chers amis anglais qu'en tout cas, leur rappeler qu'ils ont dépassé les 100% de PIB de leur dette et que quand on veut faire les moyens... On va en grande forme même avoir les moyens. Le Royaume-Uni va y aller très mal. C'est bien de le rappeler.

Depuis le Brexit, ils vont de mieux en mieux. C'est bien connu. Le problème, c'est que, encore une fois, ça c'est nouveau. The Economist, je me souviens, il y a encore quelques années, il disait que la France en était très bien sortie. Absolument. Avec les mêmes recettes. Donc là, c'est en train de changer. On pourrait tester un actif du Wall Street Journal il y a quelques semaines où là aussi, lorsqu'il y a eu l'abandon de la réforme des retraites, où là, la France commence aujourd'hui parce que n'oublions pas ce qu'il y a derrière.

Derrière, il y a 55% de notre dette qui est détenue par des étrangers, par des investisseurs étrangers, donc qui lisent, les économistes ou le Wall Street Journal qui se disent mais vraiment, la France, c'est en train d'aller en volo. Et ça, ça devient extrêmement dangereux, un délitement complet avec la hausse du taux d'intérêt et c'est vrai que c'est les Français qui à la fin, comme d'habitude, malheureusement, vont payer.

25:38
Présentateur

Un spectacle de merde. Je reprends les mots de The Economist, Manuel Bompard. Votre réaction ?

25:44
Manuel Bompard

Ils disent ce qu'ils veulent. Après...

25:46
Présentateur

Oui, mais ça ne donne pas une image quand même un peu désastreuse effectivement de la politique française.

25:51
Manuel Bompard

Mais alors, qu'est-ce que vous proposez ? Que tous abordent...

25:54
Présentateur

On trouve un accord peut-être ?

25:55
Manuel Bompard

Un accord sur quoi ?

25:56
Présentateur

En l'occurrence, sur le budget.

25:57
Manuel Bompard

Mais je pense que si vous posez la question à tout le monde, tout le monde va vous dire qu'il veut un accord mais le problème, ce n'est pas le fait de vouloir un accord ou pas, c'est ce que vous mettez dedans. En fait, vous avez un gouvernement qui s'entête pour continuer à... Mais qu'on soit prêt

26:08
Présentateur

peut-être à faire des concessions.

26:10
Manuel Bompard

Mais madame, le gouvernement, il est prêt à faire quelle concession ? Il en a fait beaucoup quand même. Il a lâché sur la réforme des retraites, ce n'est pas une petite concession. On va vraiment en 2026 pour commencer le débat de 2025.

26:21
Locuteur non identifié

Non, mais c'est une concession. Franchement, il a suspendu sa réforme des retraites

26:24
Manuel Bompard

pendant un an. Si vous appelez ça une grande concession, je comprends pourquoi il n'y a pas... Il a lâché un peu

26:29
Locuteur non identifié

sur la fiscalité quand même. Vous ne dites plus décalage, je vous dites suspension.

26:32
Manuel Bompard

Si vous l'appelez comme vous voulez.

26:34
Locuteur non identifié

Je me souviens de grands débats autour de ce plateau, vous disiez

26:36
Manuel Bompard

si ça plaît à M. Jeudy de parler de suspension. L'annuel, bon pas. Ce n'est pas mon problème. Non, non. Non, non. Non, non. Non, non. Non, non. Attendez, pardon, parce que là, on est très politicien, etc. Non, vous n'êtes pas politicien parce que concession

26:49
Locuteur non identifié

sur la réforme des retraites, concession sur les impôts, c'est pas rien.

26:52
Manuel Bompard

Je ne sais pas, par exemple, vous considérez...

26:54
Locuteur non identifié

Ça a coûté cher en tout cas.

26:55
Manuel Bompard

Qu'est-ce qui a coûté cher ? Non, 100 millions d'euros, c'est cher.

26:57
Locuteur non identifié

Non, c'est sur la crédibilité, on vient de le voir. Et d'ailleurs, ça a coûté au moins 2 milliards d'euros. Moi, si vous voulez, mon sujet,

27:03
Manuel Bompard

c'est moins ce que fait The Economist que les difficultés d'accès aux soins pour les Français alors qu'on a encore coupé 2 milliards d'euros dans le budget de la Sécurité sociale, que les difficultés de pouvoir d'achat quand on a un budget aujourd'hui sur la table qui va, par exemple, amputer la prime de Noël pour les allocataires du RSA, qui va, par exemple, réduire la prime d'activité pour des gens qui gagnent moins de 2 000 euros par mois. Vous voyez, c'est plutôt ça, mes sujets. Ce n'est que le début de ce que dit The Economist du spectacle politique français.

27:30
Présentateur

On voulait vous entendre aussi sur ce qui se passe en ce moment en Iran. Des milliers de manifestants dans les rues qui défient comme jamais la République islamique. Plus de 600 morts déjà selon une ONG. Est-ce que vos messages de soutien sur les réseaux au départ n'étaient pas un peu maladroits ? Des messages sous le prisme économique et social. Vive le courage du peuple iranien qui se mobilise contre la vie chère. Et pour ces droits, ça va beaucoup plus loin que ça, non ?

27:56
Manuel Bompard

Mais pour ces droits, madame, ce n'est pas que économique et social. Je ne sais pas pourquoi vous dites que c'est que économique et social. Parce que tous,

28:01
Présentateur

vous insistiez beaucoup

28:02
Manuel Bompard

sur la vie chère,

28:04
Présentateur

sur l'inflation.

28:05
Manuel Bompard

Mais madame, pas que moi. Ça va beaucoup plus loin que ça. France 24, l'AFP disaient tous la même chose. C'est qu'évidemment qu'il y a un mouvement de contestation contre le régime des Mollahs depuis des années et des années en Iran.

Mais il y a eu, avant le jour de l'an, au moment de Noël, il y a eu un nouveau déclenchement de manifestations et que le point de départ de ces nouvelles manifestations, et ça, c'est très largement documenté par vos collègues, c'était la situation économique, la dévaluation, l'inflation, y compris avec des secteurs, des commerçants, par exemple, qui n'étaient pas forcément à la pointe des manifestations de contestation contre le régime et qui se sont mis en mouvement à cette occasion.

Et j'ai bien vu que certains essayaient de polémiquer juste parce que nous disions quelque chose qui est assez factuel, qui était de dire que ce qui avait relancé, refait démarrer le mouvement de contestation, c'était la situation économique. À aucun moment, on a dit que les revendications qui s'exprimaient dans la rue et le mouvement de révolte du peuple iranien se réduisaient à une simple contestation économique.

28:59
Présentateur

Vous souhaitez que le régime tombe ?

29:00
Manuel Bompard

Mais oui, bien sûr, mais enfin depuis des années et des années. Maintenant, ce que je dis, c'est attention, pour le remplacer par quoi et dans quelles conditions ? Parce que je vois bien comment certains essayent de se greffer en expliquant que finalement, il n'y aurait qu'une alternative possible qui serait le retour de la monarchie iranienne avec la figure du fils du chat qu'on met en avant, dont je ne suis pas sûr d'ailleurs qu'il ait une base populaire et de soutien dans la population iranienne qui soit si importante que ça.

Mais je vois bien comment il y a dans les médias et dans un certain nombre de réseaux d'influence pro-américains ou pro-israéliens la volonté de le faire passer comme étant l'alternative possible. Donc moi, mon message, il est clair. Ni les mollas, ni le chat. Voilà. Moi, je pense que c'est le peuple iranien qui doit dire comment il doit être gouverné. Et il aspire à être libre. Il aspire à choisir librement son avenir. Et donc, ça veut dire aussi que ce changement, s'il doit avoir lieu, il ne doit pas être provoqué par l'extérieur.

Et quand je vois des menaces d'intervention, de bombardements, qui, je rappelle, des bombardements, il y en a déjà eu il y a quelques mois qui ont fait plus de 1000 morts, et bien je dis que, comme le disait Jean Jaurès au début du XXe siècle, quand on prétend vouloir apporter la liberté par les armes, en apportant la liberté, on la retire. Donc c'est le peuple iranien qui doit décider librement de son avenir et je pense qu'il faut l'appuyer et le soutenir dans ses revendications. Mais quand le peuple

30:16
Locuteur non identifié

est massacré par centaines comme c'est apparemment, on n'a pas les chiffres exacts, comme c'est le cas actuellement, comment nous ici, en démocratie, on peut se dire alors bon, ben oui, il ne faut pas les aider, il ne faut pas les protéger.

30:29
Manuel Bompard

Je ne dis pas qu'il ne faut pas les aider, mais je ne suis pas sûr que leur envoyer des bombes soit une manière de les aider. En tout cas, je ne suis pas sûr, y compris que ce soit ce à quoi aspire le peuple iranien. Vous dites qu'il faut faire tomber le régime et ce n'est pas à nous de reconstruire la guerre. Ben écoutez, mais pardonnez-moi, mais je pense qu'on est quand même assez maintenant informés et on devrait avoir appris de nos erreurs. Je ne suis pas sûr que le régime de Saddam Hussein était un régime qu'on appréciait beaucoup et quand il y a eu la guerre en Irak, il y avait plutôt un mouvement de contestation en France contre cette guerre. Les États-Unis y sont allés quand même.

Je n'ai pas l'impression que pour la population irakienne, ça a été des années de bonheur et d'allégresse. Merci Manuel Bompard.

31:08
Présentateur

Merci Manuel Bompard.