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Discours / meetingJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 5 janvier 2017 32 minAutoproduitFond programmatiqueInstitutions & électionsEurope & internationalDéfenseSolidarités & famille

VOEUX DE MÉLENCHON - UNE FRANCE NON ALIGNÉE POUR LA PAIX - #VoeuxJLM

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 30 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 12:00Locuteur 2Chiffre
    « 30.000 enfants sans toit, vers les 2.000 morts par an dans la rue. »
  • 14:00Locuteur 2Fait
    « On réclame contre lui 8 mois de prison avec sursis. »
  • 21:00Locuteur 2Chiffre
    « Les Etats-Unis d'Amérique consacrent chaque année plus de 630 milliards de dollars à leur défense. »
  • 22:00Locuteur 2Chiffre
    « Le budget militaire de l'Arabie Saoudite est supérieur à celui de la Russie. »
  • 36:00Locuteur 2Chiffre
    « L'ONU prévoit qu'il y aura 250 millions de réfugiés climatiques. »
  • 45:00Locuteur 2Promesse
    « La France n'a pas à entrer dans cette escalade absurde. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Mon premier mot pour vous dire merci. Merci, d'autant que... aux professionnels, qui ont permis que cette soirée se tienne, aux bénévoles, très nombreux, qui en assurent le déroulement à cet instant.

La convocation, à une date anticipée par rapport à celle que j'avais d'abord imaginée, a été fort tardive et je... j'en présente des excuses désolées à...

à tous ceux qui n'ont pu, de ce fait, se joindre à nous. Mais cependant, je pensais que dans de telles conditions, je n'étais pas certain que vous puissiez vous libérer, et pourtant, c'est ce qui s'est fait, et dans une proportion tout à fait significative. La tradition veut qu'on présente des vœux, qui sont le plus souvent l'occasion de toutes sortes d'homélies laïques bien-pensantes, que j'approuve naturellement totalement, mais dont l'intérêt n'est pas toujours évident du point de vue, en tout cas, d'une campagne, même s'il l'est toujours du point de vue de la qualité des intentions de ceux qui prononcent les vœux.

Je me suis exprimé sur de nombreux sujets depuis un an qu'a commencé ma campagne, je l'ai fait encore récemment dans les départements des Antilles françaises, et dimanche prochain, je m'exprimerai sur le travail à Tourcoing, c'est-à-dire sur les salariés. Car j'entends beaucoup de discours sur le travail dont il me semble qu'ils font l'économie de penser qu'il est fait par quelqu'un, et c'est précisément ce quelqu'un qui rend tout possible : la masse immense des salariés. Et puis ensuite, je m'exprimerai au Mans sur la question qui me semble absolument nécessaire de rendre centrale dans la prochaine campagne présidentielle, puisqu'il me semble qu'elle est sévèrement mise en cause : c'est ce projet magnifique, issu des travaux de la Libération qu'est la Sécurité Sociale en France, et le projet de Sécurité Sociale intégrale que je porte dans le projet "L'Avenir en Commun".

C'est tout ça pour dire que je ne parlerai pas de tout ça ce soir. Les vœux, par nécessité, doivent d'abord se porter vers ceux qui en ont le plus besoin. C'est pourquoi, à cet instant, ma pensée se tourne, quand il fait si froid, vers la masse des 9 millions de pauvres que compte notre pays, alors qu'il est si riche et qu'il y a plus de millionnaires qu'il n'y en a jamais eu.

Ma pensée se tourne vers ces personnes qui n'ont pas de toit sur leur tête. Ces 3,5 millions de Françaises, de Français, de personnes, peu importe, au fond, leur nationalité, mal ou pas logées du tout. Ma pensée se tourne vers ces 30.000 enfants sans toit, vers les 2.000 morts par an dans la rue.

Je n'en dis pas plus pour l'instant. Mais il faut faire sa place à la loi du cœur en toutes circonstances, c'est pourquoi je veux exprimer une pensée particulière et personnelle pour M. Cédric Herrou contre lequel il est plaidé 8 mois de prison avec sursis... (Applaudissements) pour avoir répondu au-delà de ce qui est licite, au-delà même du champ du licite et de l'illicite, à un instinct qui le poussait, au fond, fort humain, à aller au devant de ceux qui en avaient tellement besoin à ses yeux, ces réfugiés qui étaient déjà sur le sol de notre pays, abandonnés et errant à leur triste sort.

On réclame contre lui 8 mois de prison avec sursis. Il ne m'appartient pas de rendre la justice ni de dire comment les lois doivent être interprétées. Je sais comment lui a fait son choix et je veux dire que je l'approuve en tant qu'être humain.

J'ajoute que j'ai été surpris de voir qu'on pensait demander comme punition supplémentaire la confiscation de son véhicule. Je pense qu'on devrait aussi confisquer les couverts avec lesquels il nourrissait les affamés, les couvertures avec lesquelles il pourrait réchauffer ceux qui grelottent de froid, mais je crois que la meilleure des confiscations, si on voulait vraiment en finir, c'est de lui confisquer son cœur. Car c'est à lui qu'il avait demandé ses raisons d'agir, et je plaide pour que jamais nous ne l'oublions, en aucune circonstance.

Mesdames, messieurs, mon intention est de dédier ce que j'ai à dire ce soir à la cause la plus large, la plus urgente et peut-être la plus aiguë : je veux parler de la paix. La paix est un sujet politique qui n'est plus jamais posé dans le débat public comme tel. On parle de la guerre, on ne parle pas de la paix.

On parle de telle ou telle guerre et des raisons qu'on aurait de s'aligner automatiquement dans tel ou tel camp puisque la période est celle d'un retour de ce qu'on appelait autrefois le "campisme". Quand commence un conflit, si vous avez un point de vue comme ce que j'exprime avec mes amis le plus souvent, qui est un point de vue strictement extérieur et qui veut le rester, extérieur au conflit, et bien, vous êtes suspect d'ambiguïté car vous n'acceptez pas de vous mettre en rang, immédiatement et suivant les injonctions qui vous en sont faites, par le camp des puissants dorénavant en France, de l'atlantisme. C'est-à-dire un ensemble de personnalités et de médias qui, quelle que soit la guerre, la trouvent toujours bonne du moment qu'ils l'observent du côté qui convient aux Etats-Unis d'Amérique.

C'est très mal commencer ce siècle que de le commencer dans une telle ambiance et avec une telle manière de tenir à distance les faits. Je veux y venir. Le siècle avait commencé avec la naissance de l'URSS, c'est-à-dire le socialisme comme réponse à la tuerie de la Grande Guerre de 1914-1918.

Le siècle s'est achevé avec la fin de cette Russie soviétique. Dès lors, s'est démembré un immense ensemble géopolitique dans des conditions qui n'avaient jamais été vues, on n'a rien négocié. Pour la première fois, ce que peut appeler, en y mettant des guillemets, un "Empire" a été démembré sans qu'on en parle.

Je ne dis pas que les précédentes négociations internationales aient été brillantes à l'issue de la Première Guerre mondiale ou à l'issue de la Seconde, mais, enfin, elles avaient eu lieu. Et c'est de cette façon qu'ont été démembrés l'Empire Austro-Hongrois et l'Empire Ottoman. Et là, rien.

On s'en est donc remis au jeu spontané et mécanique des rapports de force. Et dans cette situation, qui par nature, était dangereuse, et, nous autres Français, avons eu à en connaître lorsque les frontières ont changé à nos portes par la réunification de l'Allemagne. Il aura fallu de notre part une certaine insistance pour qu'on finisse par admettre que la ligne des fleuves Oder-Neisse séparerait, et pour toujours, l'Allemagne de ses voisins.

Ce sont traditionnellement des situations dangereuses qu'il faut donc traiter avec soin. Pendant toute cette période, on a pensé qu'il suffisait d'imposer par la force ce qui semblait bon à un camp qui s'était lui-même proclamé vainqueur et que cela suffirait. Si bien qu'on a passé son temps à mentir.

On a menti aux derniers dirigeants de l'Union Soviétique en leur promettant que si l'on démembrait cet ensemble, l'OTAN ne s'avancerait pas vers les frontières de la Russie. On a menti aux responsables russes en leur disant ensuite que ceux qui entraient dans l'Union Européenne n'entreraient pas dans l'OTAN. On a menti quand on a dit qu'on respecterait les anciens accords qui partageaient les moyens d'intervention des uns et des autres.

On leur a menti spectaculairement en installant des batteries de missiles anti-missiles, avec l'approbation irresponsable du président de la République François Hollande à peine élu, qui s'était rendu à l'Assemblée Générale de l'OTAN, en 2012, à Chicago, si mes souvenirs sont bons, pour accepter, après, parait-il, qu'il ait exprimé des réserves dont il nous avait dit qu'elles avaient été entendues. Foutaises. Ces batteries ont été installées et menacent pour 75% du dispositif de défense de la Russie.

On peut comprendre que dans de telles conditions, que cela nous plaise ou non, ce partenaire ait fini par penser que seule la force lui apporterait les garanties que la parole des autres lui refusait tout le temps. Voilà pour cet aspect du problème. L'instabilité résultant du démembrement d'un Empire.

Dans la même période, la Chine toute-puissante, qui avait été au XIXème siècle la première puissance économique du monde, revient dans l'économie de marché, et on a pensé qu'il suffirait qu'il y ait une économie de marché pour que ceux qui la dominaient jusque là, la dominent toujours, sans qu'on ne voie arriver la conséquence terrible d'un choix pareil : c'est que les Chinois ne... font autre chose que de fabriquer les ombrelles et les tongs dont on pensait qu'ils se contenteraient, et qu'ils sont, en l'espace de deux ou trois décennies, devenus la première puissance mondiale marchande.

L'atelier du monde. Et quand on dit "l'atelier du monde", ça inclut la production quasi-générale de tout ce que notre civilisation humaine, à cette étape, a de plus avancé au plan de la technique. Si bien que, mécaniquement, et sans qu'elle n'ait rien voulu, et sans qu'elle ne manifeste jamais aucune volonté hégémonique, elle s'est trouvée dans la situation d'être le premier vendeur du monde, et il est donc assez logique que sa monnaie soit celle dans laquelle se feraient les échanges, avec ce reste du monde qui lui achète ses marchandises.

De la sorte, les Etats-Unis d'Amérique ont été menacés dans ce qui est le cœur de leur puissance, c'est-à-dire le dollar, auquel le monde entier est contraint d'avoir recours pour échanger, et ceci, à un moment où avait explosé une bulle financière qui représente plusieurs dizaines de milliers de fois la totalité des biens réels qui s'échangent. Voilà les causes fondamentales de l'instabilité générale du monde. La conjonction de ces trois situations pour n'en former plus qu'une, au sein de laquelle chacun pense d'abord à sa puissance et aux moyens de le protéger.

Evidemment, c'est dans ce contexte que tous les autres facteurs d'instabilité viennent s'inscrire et rendent la situation encore plus dangereuse. Je n'irai pas plus loin dans la géopolitique, car je devrai conclure sur ce point, sans évoquer la nature des risques nouveaux qui surviennent dorénavant. C'est ceux qui résultent de ce que l'on doit maintenant appeler, depuis décembre 2016, et après la délibération du Congrès des géologues, je crois, des géologies internationales, l'Anthropocène, c'est-à-dire le moment où les êtres humains changent la planète elle-même.

Et bien, la première conséquence, celle que tout le monde connait, c'est le changement climatique qui est commencé. Et ce changement climatique est d'ores et déjà responsable de 20 millions sur les 60 millions de réfugiés qui circulent sur la planète, 20 millions d'entre eux sont des réfugiés climatiques. Et les gens qui sont des réfugiés climatiques ne se soucient pas de savoir quelles frontières ils passent.

Ils vont, quand ils sont à la tête de troupeaux, dans les pacages les plus proches, et tout ça disloque les frontières, les surveillances, les accords, la gestion des ressources naturelles. L'ONU prévoit qu'il y aura 250 millions de réfugiés climatiques. Face à quoi on ne fait rien.

Aucune organisation n'a commencé à prendre en charge - aucune organisation internationale - les conséquences de cette situation. Vous aurez donc, en plus de gens qui se battent pour des raisons de puissance, d'autres, qui passant par là pour des raisons climatiques, achèveront de tout disloquer et de rendre tout ce qui est déséquilibré encore plus déséquilibré que ça ne l'était auparavant. Mais ça me conduit à dire que si l'écologie, ou plus exactement la connaissance que nous avons des conditions de la destruction de l'écosystème est un problème, l'écologie est aussi une réponse géopolitique en faveur de la paix.

Quand, dans un programme comme le nôtre, nous prévoyons de sortir des énergies carbonées, et bien, c'est une contribution directe à la paix. Parce que les causes de la guerre au Levant et au Moyen-Orient n'ont rien à voir avec la religion, n'ont rien à voir avec une lutte entre je ne sais quels fanatiques modérés et des fanatiques tout court, c'est une guerre qui a à voir avec l'appropriation de la richesse centrale de notre temps : le pétrole et le gaz, matières premières sur la base desquelles fonctionnent toutes les économies du monde. Vouloir sortir des énergies carbonées et faire de la planification écologique, c'est une politique de paix.

C'est une géopolitique nouvelle que nous proposons, et la France, non seulement y gagnerait en indépendance, mais elle y gagnerait dans le fait qu'elle ne serait plus entraînée dans des combats dans lesquelles elle doit entrer pour des raisons qui tiennent à ses besoins d'approvisionnement, pas seulement en termes de gaz ou de pétrole, ce n'est pas de cela dont je veux parler, c'est de l'uranium et des autres matières qui concourent à la production de l'énergie nucléaire. Je reviens donc sur le cadre général pour vous dire... je sais combien, souvent, mes propos sont déformés, transformés, jusqu'au-delà du risible, ce qui pourtant ne me fait que moyennement sourire, mais qui atteste d'un même aveuglement.

Il faudrait s'aligner. Je ne m'alignerai pas. La politique que je défends est une politique non alignée.

A mes yeux, la France n'est pas une nation occidentale, c'est une nation universaliste. Elle n'a rien à faire dans ce que l'on nomme, par un confort de vocabulaire, l'Occident. Peu convaincant, comme je l'ai dit depuis le début, puisqu'on compte dans cet Occident, des Japonais.

La France est une nation universaliste, elle n'a rien à faire dans l'alliance politique qui a survécu à la fin du monde de Yalta qui est l'OTAN. Et je voudrais tout de suite commencer par briser le cercle de ces mots qui enferment la pensée et empêchent de bien réfléchir aux défis qui sont devant nous. On veut montrer aujourd'hui, avec une guerre de retard, la Russie comme la cause de tous les maux du monde.

Et ça conduit à une sorte de deux poids, deux mesures permanent car ici, on condamne un bombardement qu'on a le bon goût d'oublier là-bas. Tout ça est absurde. Il faut cesser de penser sous le coup de l'événement instantané.

Il faut penser dans le long terme ce qui est en train de se passer. Il n'est pas vrai que la Russie soit une menace pour la paix du monde. C'est un mensonge.

C'est un acte de propagande destiné à justifier un projet politique en Europe : c'est la construction comme idéal européen, après le Brexit et après l'échec de tout le reste, d'un bavardage, ici appelé Europe de la Défense qui est entièrement construit sur l'idée qu'il faut se regrouper face à une menace qui, à mes yeux, n'existe pas. Ou plus exactement qu'on fera naître à force de le désigner comme une menace. Je plaide non pas ma conviction idéologique, je l'ai dit tout à l'heure.

Je ne me sens pas plus concerné ou impliqué, ou aligné par celui-ci que par celui-là. Ce n'est pas le sujet. Mais je demande quand même qu'on regarde les chiffres, la réalité.

Après la fin du monde de Yalta, alors que l'adversaire potentiel de l'OTAN a disparu, 65% des dépenses militaires du monde sont réalisés par les partis... les pays membres de l'OTAN.

Les Etats-Unis d'Amérique consacrent chaque année plus de 630 milliards de dollars à leur défense. Mesdames et messieurs, on pourrait donc supposer que s'il y avait une menace, celui qui menace en fait au moins autant. Le budget des Etats-Unis d'Amérique en matière de défense correspond à 2 fois le budget total de la Russie et de la Chine en matière militaire.

Mesdames et messieurs, le budget militaire de l'Arabie Saoudite est supérieur à celui de la Russie. Alors il faudrait que chacun veuille bien retrouver un peu du sens de la mesure et, en tout cas, pour la part qui me concerne, la France n'a pas à entrer dans cette escalade absurde. D'autant que je vous annonce qu'elle va bientôt mettre bien du monde à contre-pied.

Car le monde n'attend pas les pleurnicheries des dirigeants européens pour aller là où est son intérêt. Commençons par dire qu'il faut se réjouir du cessez-le-feu, approuvé à l'unanimité de l'ONU, en Syrie. Il faut maintenant donner sa chance à la paix.

Je serais heureux si on cessait de nous interpeller continuellement sur les appréciations que l'on porte sur un passé récent. Elles ne servent à rien. Ce qui compte, c'est le présent.

Et je veux dire à cette occasion ma position : je réaffirme mon ferme attachement à la souveraineté, à l'indépendance, à l'unité et à l'intégrité territoriale de la Syrie. Je ne choisis pas parmi les groupes et bandes armées terroristes : je les condamne toutes. Je réaffirme ma volonté de répondre à la menace que constituent Daech, le front Al-Nosra et tous les autres individus, groupes, entreprises et entités associés à Al-Qaïda ainsi que les autres groupes terroristes.

Je demande un règlement politique du conflit et un cessez-le-feu. Car en l'absence de règlement politique du conflit syrien, la situation continuera de se détériorer. Il faut à tout prix faciliter une transition politique conduite par les Syriens et prise en main par eux.

C'est au peuple syrien, et à personne d'autre, qu'il appartient de décider de l'avenir de son pays. Je dois à l'honnêteté de cet instant de vous dire que la position que je viens d'assumer est, mot pour mot, celle de la résolution de l'Organisation des Nations Unies. J'ajoute que la dernière résolution, celle du 31 décembre, dit, après avoir félicité la Russie et la Turquie de s'être accordées sur un cessez-le-feu, que : "La seule solution propre à régler durablement la crise en République Arabe Syrienne passe par un processus politique sans exclusive, par un processus politique sans exclusive - sauf les bandes armées que je viens de nommer - sans exclusive, dirigé par les Syriens." C'est le moment de dire qu'un tel processus n'a de sens qu'avec des élections.

On m'objecte que ce serait une utopie. Mais, face à la violence, toute solution pacifique passe pour une utopie, à juste titre. Mais c'est une utopie féconde, c'est celle qui permet de se sortir par le haut d'une situation, pour le reste, inextricable.

Il faut donc qu'il y ait des élections. On m'a dit que c'était un rêve de penser des élections. Non, mesdames et messieurs.

Il est plus facile d'organiser des élections qu'une guerre générale. Il est plus facile de transporter des bureaux de vote et d'établir un état civil sérieux que de transporter des troupes, du matériel et des explosifs. C'est plus facile.

Par conséquent, rien ne s'oppose matériellement à ce qu'on envisage l'organisation d'élections libres, sous contrôle international, en Syrie. Je suis certain que c'est dans cette direction qu'après un désarmement qui ne tardera pas, on ira. Car je ne crois pas que qui que ce soit sur cette scène se soit déclaré partisan, à titre personnel, de M.

Bachar el-Assad. Je ne crois pas. Je crois que l'enjeu n'était pas là.

Et puisque le reste de la situation semble s'être réglée et améliorée, on peut passer à une étape où, en effet, la politique doit avoir le dernier mot, c'est-à-dire le vote du peuple. Naturellement, je ne résiste pas au plaisir d'interpeller tous ceux qui nous avaient longuement expliqué qu'il s'agissait soit d'une guerre de religion, soit d'une guerre entre, d'un côté, des fanatiques modérés et, de l'autre côté, le gouvernement dictatorial de M. Bachar el-Assad.

Et voici que le cessez-le-feu est conclu entre les Russes et les Turcs. Donc c'est bien que nous avions raison, dès le début, en disant qu'il s'agissait d'une guerre de puissances. Et les puissances se sont accordées pour un cessez-le-feu après que chacune ait été au bout de la possibilité qu'elle se sentait de déplacer les lignes.

Il faut s'en souvenir. C'est pourquoi, dans ce contexte, je suis si chagrin de voir mon pays, beaucoup de ses intellectuels, tant de ses médias être entrés dans un atlantisme d'un niveau de violence que même pendant la Guerre Froide, on ne connaissait pas. Car, du moins dans la Guerre Froide, y avait-il plusieurs points de vue.

Aujourd'hui, il semble qu'il n'y en ait plus qu'un. Et qu'on soit interdit de penser, sitôt qu'on ne pense pas comme il faudrait qu'on le fasse. Je trouve ça déplorable.

Le destin de notre pays est tout à fait différent que d'aller cheminer en courant et en sautillant derrière les wagons de la grande puissance. Je déplore, tout en félicitant des résultats qu'ils obtiennent par ce moyen, l'influence que les Etats-Unis d'Amérique, leurs différentes agences, leurs think tanks de toutes sortes - qui, en effet, permettent une grande agitation intellectuelle et une certaine influence sur les individus - conduisent les penseurs en France à s'aligner d'une manière aussi systématique. Je déplore et je ferai cesser, si les circonstances le permettent, cet incroyable transfert des officiers français qui sont dorénavant plus nombreux à l'état-major de l'OTAN qu'ils ne le sont dans l'état-major des armées françaises.

Il est clair que dans l'hypothèse où nous aurions à diriger notre pays, cette situation prendrait fin immédiatement, en prévision de la sortie de l'OTAN qui s'impose comme une des constantes de la politique internationale à laquelle nous nous préparons. Mesdames et messieurs, la situation va encore beaucoup bouger, et la France doit cesser d'osciller au gré de ce que veulent ou ne veulent pas les Etats-Unis d'Amérique. Que le président Hollande se soit senti, une nouvelle fois, entraîné, quasiment autorisé à organiser des bombardements en Syrie sans avoir rien demandé à la représentation nationale et qu'il y ait renoncé au dernier moment parce que les Etats-Unis d'Amérique n'en voulaient pas, ne doit pas nous faire oublier le total des dégâts que depuis deux quinquennats, on a accumulé en renonçant à l'indépendance politique de notre pays sur la scène internationale.

M. Fillon, car je ne voudrais pas en rester à M. Hollande qui, lui, n'a déclenché que 3 guerres, M.

Fillon est le premier ministre qui a inclus la France dans le commandement de l'OTAN. M. Fillon est le premier ministre qui a organisé la violation de la décision qui avait été prise par l'ONU, et à laquelle on avait conduit à l'adhésion de la Russie et de la Chine, à l'époque, qui était de créer une zone d'exclusion aérienne en Libye pour empêcher que le tyran bombarde le mouvement de masse qui s'y trouvait, et qui ont saisi ce texte de l'ONU pour lequel on avait obtenu l'accord des Russes et des Chinois pour ensuite organiser des bombardements et la destruction politique de ce pays, comme vous le savez.

Voilà qui est M. Fillon. Mais M.

Fillon a du nez. On le dit maintenant pro-russe. Et bien disons que cette girouette-là a un tour d'avance sur les autres, car il n'y a que les naïfs qui croient que les Etats-Unis d'Amérique servent autre chose que leurs intérêts.

Dans le passé, naguère, face à la Russie soviétique, ils avaient fait le choix d'une alliance tactique avec les Chinois pour compléter l'encerclement, auquel ils travaillaient, de la Russie. Et du coup, toutes sortes d'esprits se sont dit que ça serait tout le temps comme ça, qu'il y avait, en quelque sorte, un code génétique qui irait dans ce sens, mais pas du tout. La menace principale, aujourd'hui, pour les Etats-Unis d'Amérique ne vient pas de Russie.

Les hommes d'affaires nord-américains le savent. La menace militaire n'existe pas, la menace économique n'existe pas. La vraie menace, elle est du côté de la Chine.

Voilà pourquoi M. Trump n'est pas du tout quelqu'un qui agit d'une manière inconsidérée et sans y avoir réfléchi, lorsque d'un côté, il fait des gestes d'apaisement à l'égard de la Russie et, de l'autre côté, qu'il durcit la position des Etats-Unis d'Amérique du côté de l'Asie. Car c'est là que, pour l'avenir, va se trouver, à ses yeux, l'adversaire principal.

Et bien, vous verrez, mesdames, messieurs, que si cette orientation se confirme, il y aura bientôt de très grands bouleversements. Et vous verrez ceux qui bêlaient d'un côté, bêler de l'autre, le lendemain : les mêmes, avec les mêmes arguments comme hier, vous les avez vus se retourner, un jour pour les Turcs, le lendemain pour les Kurdes, le surlendemain, pour les Turcs, le jour d'après, pour les Kurdes et ainsi de suite pendant toute la durée d'une guerre. Je ne vais pas plus loin.

Naturellement, dans cette circonstance, nous, Français, nous ne serons pas plus anti-chinois que nous n'acceptons d'être anti-russes. Et j'ajoute, pour ce qui concerne la Russie, que la cause soit claire : à mes yeux, la Russie est un partenaire, quelque soit le régime politique en place dans ce pays. La France, la République française a fait un accord avec le tsar Nicolas II au début de la IIIème République.

Le tsar était un affreux bigot doublé d'un tyran. Et ça n'a pas empêché la République de faire accord avec lui. Parce que c'est la géopolitique qui commande, et pas les bonnes intentions des uns et des autres.

Mon point de vue est un point de vue strictement français. Je vais donc achever - en vérifiant que j'ai bien dit tout ce que j'avais à dire... oui, à peu près - je vais achever en disant que l'atmosphère belliqueuse actuelle, irrespirable, est extrêmement dangereuse.

Et que l'année 2017 doit être mise à profit par la France pour tourner la page du campisme atlantiste. Vous ne le savez pas, parce que personne ne s'y intéresse, et il est vrai que c'est moyennement intéressant, mais l'Europe consacre une très grande énergie à écrire toutes sortes de rapports et de résolutions belliqueuses à l'égard de la Russie, et évidemment de la Chine, car elle n'est jamais en retard d'une mauvaise cause. Je ne vous inflige pas la lecture, mais ce que je veux que vous sachiez, c'est que l'Europe s'est déclarée en guerre contre la guerre d'information que mènerait la Russie, attribuant à Russia Today et à Sputnik la responsabilité de la mauvaise mentalité des Français à l'égard de l'Europe.

Ridicule. D'un bout à l'autre. Mais ce qui est le plus alarmant, c'est de voir sur quel ton sont proférées ce genre de sottises.

Et voici que maintenant, il serait question de je ne sais quel état-major européen soi-disant, de défense, en fait. C'est ce qui est proposé à l'Europe aujourd'hui pour se rassembler. L'Europe de la Défense, c'est l'Europe de la guerre, et nous n'en voulons pas.

Et en tout cas, je peux vous dire pour ma part qu'il ne saurait être question de faire un mètre de plus dans cette direction pour la République française. Tout au contraire, nous ferons machine dans un tout autre sens : la sortie de l'OTAN et la constitution d'un nouveau bloc qui refuse de s'aligner sur le choc des puissances du moment. Pour ce qui nous concerne, nous devons nous tourner vers les nations émergentes avec lesquelles nous partageons un destin, puisque nous sommes présents sur les cinq continents.

J'ajoute que dans le projet "L'Avenir en Commun", l'Union Européenne n'est pas la seule préoccupation à laquelle la pensée géopolitique des Français doit se consacrer. Tout au contraire. Elle doit se préoccuper des espaces dans lesquels il y a une pertinence à son action, et en particulier, le moment est venu de penser à une francophonie politique.

Déjà, un groupe de travail que dirige M. Bernard Cassaigne, qui est ici parmi nous, travaille au livret qui va préciser les propositions concernant cette francophonie politique. Celles sur l'Europe, vous les connaissez, c'est celles du plan A et du plan B.

Celles sur l'OTAN, vous les connaissez. Je vous ai tout dit. Je ne voulais pas laisser passer l'occasion extraordinaire que sont des vœux pour traiter d'un sujet d'une telle gravité qui, d'habitude, n'occupe qu'un instant dans un discours parce qu'il y a tant de choses à dire par ailleurs, il y a tant de préoccupations à prendre en compte, il y a tant de choses par rapport auxquelles il faut qu'il y ait une parole du candidat de l'Avenir en Commun.

Que souvent, ces questions sont mises de côté, ou bien résumées, comme vous le savez, à savoir si on est pour ou on est contre telle ou telle guerre, tel ou tel bombardement. Il faut cesser de croire que le monde commence chaque matin avec les éditions du matin. Le monde répond à des cycles lents des rapports entre les nations.

L'Histoire ne s'efface pas. Je ne dis pas qu'elle ne soit pas transformable, mais elle doit nécessairement être connue dans tous ses aspects pour pouvoir être dépassée. Si nous voulons un monde de paix, il faut renoncer à la mentalité de la guerre.

Je m'exprime comme l'a fait avant moi, dans des circonstances infiniment plus tragiques, le grand Jean Jaurès. Et personne ne doit jamais oublier que son dernier éditorial était consacré à la paix, alors même que la guerre semblait aux portes de notre pays, ce qu'elle fut, en effet, trois jours plus tard. Et le grand Jaurès fait appel au sang-froid, à la réflexion.

Le camp de la France, ça doit être le camp du sang-froid et le camp de la paix, et rien d'autre. Merci pour votre attention, j'espère n'avoir pas été trop long. (Applaudissements)