"Fin du grand débat, début du grand débarras !" Juan BRANCO Bourse du Travail Paris 14 mars 2019
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 4:54OuverteRéponse directe
C'est dans le nord de la confédéralisme démocratique qui a été mise en place. Je voulais savoir ce qu'on vous en pensait. Et si on peut s'inspirer de cet exemple-là pour justement préparer ce jour d'après.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Il y a entre 10 et 15 000 personnes qui meurent chaque année de chômage dans ce pays, selon l'INSERM, l'Institut Statistique des Études Médicales d'État. »
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« Ça fait 450 000 personnes qui sont mortes du fait de l'indifférence et de l'impéricide de nos politiques publiques et de nos dirigeants. »
- 6:09Invité politiqueFait
« tous ceux qui prennent des décisions, non plus politiques, mais techniques dans ce pays, sont aussi des personnes qui viennent des mêmes classes sociales, qui sont de la bourgeoisie, et en particulier de la bourgeoisie parisienne. »
- 7:35Invité politiqueFait
« Faut-il sacrifier la démocratie pour sauver l'écologie ? »
Temps de parole
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Le prochain intervenant, ce sera Juan Branco, qui est avocat de Maxime Nicol et de Jolene Assange. Merci de prendre la parole.
Il y a des vies à sauver dans ce pays. Il y a entre 10 et 15 000 personnes qui meurent chaque année de chômage dans ce pays, selon l'INSERM, l'Institut Statistique des Études Médicales d'État. 10 à 15 000 personnes qui meurent chaque année depuis 30 ans. Ça fait 450 000 personnes qui sont mortes du fait de l'indifférence et de l'impéricide de nos politiques publiques et de nos dirigeants. Cette indifférence est suscitée par un simple fait, le fait que ces personnes, leurs enfants, leurs amants, leurs amis, sont complètement protégés des conséquences de leurs décisions.
Ils vivent dans un monde qui, peu à peu, s'est débranché du reste de la société et qui a fait qu'ils ont pu penser de politique non plus comme une forme d'engagement, mais comme un enjeu de carrière. Comme quelque chose dans lequel leurs intérêts seuls leur permettraient d'agir et de penser. Et c'est en ça que la crise des Gilets jaunes se connecte à la question des quartiers populaires, où ils ne vivent pas, à la question de la crise écologique, qui ne les affectera pas, et évidemment à la question sociale, à laquelle ils sont complètement indifférents.
Et donc à partir de là, moi je pense que l'embranchement qu'on a créé aujourd'hui, et qu'on commence à mettre en place, est une évidence et n'a même pas à être justifié. Je pense qu'il est sensible pour quiconque se mobilise, n'a pas à être argué, n'a pas à être décrit. Il faut juste le mettre en place. Et j'en viens très pratiquement à la question de ce samedi, qui pour moi est essentielle, parce que moi je pense qu'on est à un point de rupture, surtout pour ce mouvement. Contrairement à ce qu'on pense, ces personnes-là ont de l'argent, ont des ressources, ont des moyens, ont des positions qui leur permettent de tenir et qui leur permettront de tenir. Nous, non.
Moi, je vois les personnes les plus représentatives de ce mouvement devoir prendre des blabla-cars toutes les semaines pour traverser la France, pour aller manifester et accompagner ceux qui s'usent les week-ends au-delà de s'user la semaine, pour se battre pour leurs droits. Et je vois les conséquences que ça produit pour eux, pour leur famille, pour leur état physique, psychique, mental, et pour leur capacité à se mobiliser. Alors ce samedi, c'est pas une date comme une autre.
C'est non seulement la fin du grand débat, de ce meeting de propagande successif qui ont été organisé depuis trois mois avec la complicité honteuse des médias et de nos élites, nos supposées élites, qui les ont relayés comme dans un pays autoritaire, sans aucune distinction, dans l'indifférence la plus complète, encore une fois, aux effets que ça pouvait produire, dans la confiance qu'on pouvait avoir dans son institution, dans la confiance qu'on pouvait avoir pour eux, en eux, le fait qu'ils relèvent une parole d'état comme ça, sans aucune distance et aucune capacité à dire « Mais non, mais ce n'est pas possible qu'on se soumette à ce point à un agenda gouvernemental et qu'on écrase une parole qui est portée pourtant par des dizaines, des centaines de milliers de Français qui représentent des millions de Français, et qu'on l'écrase complètement parce qu'un pouvoir politique a décidé de ne pas donner de réponse politique à ces demandes.
Et qu'il a décidé d'envoyer la police pour écraser ces demandes plutôt que de leur offrir une réponse qui soit à la hauteur de ce qu'attendait ce peuple français. Les violences policières ne sont pas un enjeu. L'enjeu, c'est la question politique. Les violences policières sont le résultat de ce refus du gouvernement d'entendre son peuple. C'est tout. Et de la même façon que dans les quartiers populaires, ce n'est pas la question de la police. C'est la question de l'indifférence de nos gouvernants vis-à-vis de la situation sociale, économique et politique des personnes qui sont en état d'apartheid dans ces quartiers populaires. On est en moment historique.
Historique parce qu'il peut y avoir une rupture qui peut être très violente pour nous. Et qui peut faire que ce mouvement, qui pour l'instant est une mineure dans l'histoire de France, devienne une majeure. Si on arrive à imposer à ce gouvernement le fait que nos corps, nos simples corps, la vulnérabilité de nos corps, parce que c'est tout ce qu'on a à leur opposer, ils nous parlent de violence, c'est eux qui sont armés. C'est eux qui ont des moyens coercitifs d'État. C'est eux qui essaient de nous écraser par ce moyen. On n'a que des corps à leur opposer. C'est que ça que l'on a imposé depuis le début.
Des corps qui ont été en souffrance, qui ont souffert de l'ordre politique, depuis des années, qui ont été écrasés par leur indifférence. Et bien ces corps-là, il faut qu'on les sorte samedi et qu'on leur montre que la masse qu'on représente sera capable de les renverser, de bouleverser leur âme et de les faire peur.
C'est dans le nord de la confédéralisme démocratique qui a été mise en place. Je voulais savoir ce qu'on vous en pensait. Et si on peut s'inspirer de cet exemple-là pour justement préparer ce jour d'après.
Évidemment, la question du jour d'après est essentielle, surtout parce qu'elle nous permet de nous projeter et de nous donner l'énergie, peut-être pour le jour premier, celui où on obtiendra la fin d'un pouvoir unique. Et il faut évidemment se poser cette question, elle me semble essentielle. Et je pense que cette question passe justement par une réflexion sur la reconstitution politique de notre pays. C'est-à-dire, quelle est la première demande des Gilets jaunes ? C'est de retrouver une parole qui soit entendue. Les Gilets jaunes, c'est quoi ?
C'est avant tout des personnes qui sont précaires, des prolétaires au sens large du terme, des ouvriers, des employés, qui constituent 50% de la population. Or, à l'Assemblée nationale, je pense que vous le savez tous aussi bien que moi, il y a 1% d'ouvriers et d'employés. Et donc à partir du moment où on a une Assemblée qui est censée non pas être la plus compétente, mais tout simplement représenter la population et qui obnubile la moitié de la population de ce pays, quoi qu'il arrive, vous êtes dans une déficience qui fait qu'il y a des personnes dans la rue et ils continueront à être dans la rue tant que cette représentation, ce déficit de représentation ne sera pas corrigé.
Parce que si vous ajoutez à l'Assemblée, évidemment, les élites technocratiques du pays, ceux qui sortent de l'ENA, des grandes écoles, etc., vous voyez qu'à Normale-Suppe, la politique technique, 1% de fils d'ouvriers et d'employés aussi. Donc tous ceux qui prennent des décisions, non plus politiques, mais techniques dans ce pays, sont aussi des personnes qui viennent des mêmes classes sociales, qui sont de la bourgeoisie, et en particulier de la bourgeoisie parisienne.
Si vous agitez à ça le fait que dans les rédactions, vous n'avez plus un fils d'ouvrier ni d'employé non plus, que la même endogamie s'est constituée, et qu'en fait, vous vous retrouvez sans être marxiste, dans un système dans lequel une classe sociale a accaparé tous les leviers qui lui permettent de faire le politique, de prendre la décision, de former le consentement, et d'imposer aux autres une façon de penser qui va faire qu'in fine, vous allez vous retrouver à imposer leurs intérêts, par habitus, hein, c'est même pas conscient, c'est même pas du complotisme, pour une partie d'entre eux-ci, mais pour les autres, ça va être juste par réflexe.
Évidemment que quelqu'un qui n'a jamais connu la souffrance, qui n'a jamais connu une difficulté pour se loger, pour nourrir, etc., ne ressentira pas la même urgence au moment de défendre les intérêts de ceux qui sont en difficulté aujourd'hui. Il pourra peut-être abstraînement le concevoir, mais dans les faits, dans la chière, au moment de s'engager, dire, là je prends un risque, là je prends le risque de me faire exclure au comparti, là je prends le risque de me mettre en dissidence par rapport à l'espace social auquel j'appartiens, il le fera pas. Et donc évidemment, commencer par ces questions de la représentativité qui va être celle qui va permettre de résoudre la question écologique.
Pourquoi ? Parce qu'évidemment, les Français ne vont jamais accepter qu'on leur impose, par exemple, de haut, des sacrifices. Il faut qu'il y ait un consentement au sacrifice. Il y a Le Monde qui a fait cet article extraordinaire, cet éditorial qui disait « Faut-il sacrifier la démocratie pour sauver l'écologie ? » Vous voyez déjà dans quel camp se place le monde. La réponse était évidemment quelque part, « Oui, devenons un pays à la Chine ou à la Russe, à la Chinoise ou à la Russe, pour faire de l'écologie.
» On voit très bien que Xi Jinping et Poutine sont vraiment de grands écologistes et on voit en fait surtout à quel point cette classe sociale n'en a rien à faire de la démocratie, de l'orientation populaire. Évidemment, c'est exactement l'inverse qu'il faut faire. C'est en démocratisant la décision politique qu'on créera du consentement et qu'on amènera tout le monde à se dire « Oui, je suis d'accord pour réduire telle ou telle chose dans mon train de vie pour permettre à l'ensemble de la collectivité de vivre meilleure.
» Donc c'est à partir en fait de cette question de la représentation, de ce créé démocratique qui existe dans le pays qu'on pourra reconstituer des politiques publiques qui seront plus juste, plus saines et qui permettront probablement de sauver la planète.
Donc la première chose qu'il faut faire, évidemment, c'est une réforme de notre système politique, ce qui va nous permettre d'avoir une Assemblée nationale, une représentation populaire qui fera, qui n'aura pas forcément exactement autant en termes de pourcentage d'ouvriers, d'employés qu'il y a dans la population, mais qu'il y aura des ouvriers, des employés à côté des aristos et des bourgeois qui aujourd'hui siègent à l'Assemblée nationale. Voilà.
Juan Branco