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interviewCNEWS· 8 juillet 2026 3 min

L'édito de Paul Sugy : «Marine Le Pen : raisonnable de s'en mettre aux juges ?»

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

La politique avec vous. Paul Suji, journaliste au Figaro. Bonjour Paul.

Bonjour. La cour d'appel de Paris a rendu hier une décision qui semblait calibrée exprès pour permettre à Marine Le Pen de se présenter à la présidentielle. Cette fois, les juges ont tenu compte de l'importance de préserver la liberté des électeurs.

Enfin, bah oui, enfin les magistrats sur ce dossier se sont montrés un peu raisonnables. Il aura fallu pour ça plus d'un an de bataille culturelle. Je crois que nous l'avons mené ici avec Panache pour faire entendre cet argument démocratique.

Là, les juges ont donc sorti leur calculettes. Ils ont certes maintenu la peine d'inéligibilité. Ils sont pas les seuls à blâmer.

Les parlementaires, y compris ceux du RN à l'époque, avaient insisté à la suite de nombreux scandales politiques pour que cette peine devienne quasi automatique lorsqu'un élu est condamné. Mais les magistrats ont donc sorti leur calculettes de sorte que les mois soient comptés et que cette peine n'empêche pas Marine Le Pen d'être candidate au nom de la préservation, je cite entre guillemets, de la liberté de choix de l'électeur. Ce jugement a été facilité par un arrêt, on s'en souvient du Conseil constitutionnel rendu l'an dernier et qui intimait au juges l'ordre d'apprécier la proportionnalité des peines avec le respect de cette liberté.

Il faut se réjouir en premier lieu de cette inflexion judiciaire qui est fidèle au fond plus fidèle à l'idée qu'on se fait de la séparation des pouvoirs. Alors, c'est aussi une ruse. On vous rend votre éligibilité mais on vous colle un bracelet électronique.

Et les juges ici se montrent en définitive bien plus perméable au regard de l'opinion et aux sentences des éditorialistes qui ne voudraient eux-mêmes bien l'admettre. Parce qu'au fond, ce n'est pas la première fois depuis le début de ce procès qu'on sent une inflexion en fonction du regard de l'opinion. Le jugement de première instance avait conduit de nombreux observateurs à fustiger l'exécution provisoire de la peine.

Tout à coup, la cour d'appel a dit "On s'exprimera bien avant l'élection présidentielle. Donc la question de l'exécution provisoire ne se posera même plus." Bon, il était donc question cette fois-ci de la peine d'inéligibilité.

Voilà qu'elle s'est volatilisée. En définitive, la justice est bien sous influence. Alors, les magistrats ont mis de l'eau dans leur vin.

Est-ce que ça justifie le pari que Marine Le Pen a fait hier soir en annonçant son pourvoie en cassation ? Vous y voyez un paris ? Il me paraît même très très hasardeux Paris euh et peut-être même fort peu raisonnable.

Qui peut au fond imaginer un seul instant que Marine Le Pen soit entièrement relaxée en cassation ? Alors évidemment, on sait pas quand interviendra la décision de cassation. Elle avait dit la cour qu'elle s'exprimerait d'ici janvier.

Est-ce que finalement le procès sera retardé ? On verra bien. En attendant, j'entends aussi les moyens juridiques que soulèvent la défense de Marine Le Pen, notamment un article du code pénal qui voudrait que le détournement de fonds public ne vaudrait que pour les institutions nationales, pas pour le Parlement européen.

Enfin, les juges ont déjà balayé cet argument à deux reprises et pour le reste, Marine Le Pen conteste plus l'effet, ni même le montant des sommes en jeu et les juges ont tu entre leurs mains des preuves importantes de son implication. Donc ça me paraît quand même très compliqué d'imaginer une relaxe complète. Alors certes, tous les autres partis au Parlement européen avaient fait le même et puis les tribunaux ont été beaucoup plus cléments avec le modem où la France insoumise accusé des mêmes faits.

Euh c'est certain, mais la nature des faits euh reste euh pour les juges en tout cas euh un motif de condamnation et on imagine difficilement comment est-ce que Marine Le Pen échappera euh à cette condamnation. Elle ne fait ici que gagner du temps. Alors elle entend batailler jusqu'au bout pour laver son honneur.

C'est une femme combative. Elle l'a rappelé hier. Oui, mais elle rentre cette fois dans une bataille personnelle effectivement, celle de laver son honneur et de prouver son innocence jusqu'au bout.

Bataille qui devient difficilement compatible avec le lancement d'une campagne. Le RN avait jusqu'ici réussi à enjamber l'Aléa notamment en proposant un candidat de substitution au cas où les choses tourneraient mal. Il replonge à présent tête baissée dans une succession d'alé judiciaire dont personne ne peut prédire avec certitude l'issue.