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interviewLCI — L'invité d'Adrien Gindre· 5 septembre 2023 21 min

L’Interview Politique – Alexis Corbière, député de Seine-Saint-Denis LFI (NUPES), invité d’Adrien Gindre dans le 6/9

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:06
Présentateur

8h30 sur LCI, l'invité ce matin, c'est Alexis Corbière. Bonjour. Bonjour Adrien Jean. Vous êtes député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis. On va parler avec vous dans un instant, bien sûr, de l'avis de votre parti, de la famille politique de la gauche, mais d'abord celle des Restos du Coeur, qui ont lancé un appel à l'aide sur TF1 dimanche. A la suite de cela, le gouvernement a annoncé une aide de 15 millions d'euros et des dons privés qui se multiplient. La famille de Bernard Arnault, par exemple, 10 millions annoncés hier. Est-ce que vous dites bravo Bernard Arnault ? Non, non. D'abord... Pourquoi non ?

0:36
Alexis Corbière

Je vais essayer de développer. D'abord, une pensée pour les Restos du Coeur, Secours Populaire. Toutes les associations qui, sur le terrain, travaillent. Nous, en circonscription où je suis Montreuil-Bagnolet, avec le Secours Populaire, on fait des collectes en cette rentrée, parce qu'il y a un besoin de fourniture scolaire et puis même après alimentaire, etc. Ils font un travail formidable, formidable. Alors vous dites une pensée, mais il y a un problème d'argent. Non, mais d'abord, voilà. Et eux qui se retrouvent avec notamment les prix de l'électricité pour leurs locaux, etc., qui explosent et qui font que ce travail est indispensable.

Ils ont parfois doublé le nombre de gens auxquels ils apportent de l'aide. Et ce qui est d'abord symptomatique d'une réalité de près de 10 millions de gens qui vivent sous le seuil de pauvreté en France, etc., ce qui est un scandale. Deuxièmement, il était prévu 10 millions d'ores et déjà, avant même ce cri d'alerte... De la part du gouvernement. De la part du gouvernement. Ce à quoi, en raison de la crise et de la possibilité que ces associations qui jouent un rôle indispensable, ce qui est préoccupant, ce qui est préoccupant. Je me souviens, les Restos du Coeur, Coluche, quand il les avait fondés, il avait dit j'espère que ça ne durera pas. Et depuis, il y a une pérennité de la pauvreté.

1:36
Présentateur

Il y a aussi pour vous de dire, c'est bien ce que le gouvernement fait, c'est bien ce que Bernard Arnault fait ?

1:39
Alexis Corbière

Premièrement, ce que fait le gouvernement, comme vous dites, c'est 5 millions, ce qui est insuffisant. Et après, je vais vous dire une chose, que la chose soit claire. Je suis pour la solidarité, pas la charité. M. Bernard Arnault va donner 0,004% de sa fortune personnelle. C'est comme si quelqu'un qui avait un petit bas de laine de 10 000 euros donnait 4 euros. D'accord ? Sans compter que M. Bernard Arnault a, à travers sa fondation Louis Vuitton, toute une série de défiscalisations significatives, de près de 200 millions, je crois.

2:08
Présentateur

Il n'y aura pas de défiscalisation dans le cadre de cette aide au Restos du Coeur. Sur ce cas-là, il n'y avait pas de défiscalisation.

2:11
Alexis Corbière

Mais quand Notre-Dame avait brûlé, il avait donné, je crois, beaucoup plus. Je suis en train d'oublier le chiffre à l'heure où je parle. Ce que je veux dire, c'est que... Vous ne pouvez pas dire, c'est bien de donner 10 millions d'euros au Restos du Coeur. Non, parce que si, c'est qu'il les donne très bien. Ce que je veux dire, c'est qu'aujourd'hui, on a supprimé l'ISF et on s'aperçoit aujourd'hui que nous avons besoin de plus de solidarité. La République, c'est la solidarité. D'accord ? Le système caritatif, c'est avant la République. C'est à votre bon maître et à votre bon cœur, mon cher maître, et à la sortie de je ne sais trop quoi, on tend la main. Moi, je dirais à M.

Bernard Arnault, c'est qu'il devrait payer plus d'impôts. Sa fortune personnelle est taxée et est imposée à 18%, ce qui est extrêmement faible. Il a toute une série, on le sait très bien, d'argent placé dans des paradis fiscaux. La moindre des choses... Ça, c'est vous qui dites. D'accord, parce que démontre toute une série d'études, mais qu'importe. Et par ailleurs, la défiscalisation qu'il obtient à travers la fondation Louis Vuitton, c'est une réalité. Mais au-delà de ça, ce que je veux dire, c'est que, je veux dire merci de donner 10 millions, ça va être utile.

Mais ce que je souhaite, c'est que, quand vous payez des impôts, vous, moi, tout le monde, qui, proportionnellement, est équivalent à ce que va donner M. Bernard Arnault, la ministre n'accompagne pas M. Gendre pour aller au resto du cœur. Vous dites ça, parce qu'on renvergé tout à l'heure, la ministre des Solidarités sera au resto du cœur. Cette opération de communication sur 0,004% de la fortune personnelle de M. Bernard Arnault doit quand même nous interroger à ce qu'on est en train de pervertir les valeurs républicaines. M. Bernard Arnault, il va gagner ce qu'il a donné en 1h30. En 97 minutes, il aura retrouvé ses 10 millions d'euros.

Donc, je voudrais qu'on en revienne à des choses simples. Moi, je ne suis pas pour que les plus puissants fassent des opérations de communication sur le dos de la pauvreté. Mais est-ce que vous êtes pour que les plus puissants donnent à l'examen ?

3:49
Présentateur

Qui ? Là, il y a les restos du cœur. Vous avez cité le secours. Il y a la Croix-Rouge qui dit encore, on l'a entendu ce matin dans le 6-9 de Jean-Baptiste Boursier, on a besoin d'aide. Et dont l'aide. Mais qui ? Est-ce que c'est au gouvernement à l'État de le faire ? Est-ce que c'est aux acteurs privés, comme Bernard Arnault, j'y reviens, de donner ? Qui a la responsabilité aujourd'hui d'aider ces associations ?

4:06
Alexis Corbière

Mais d'abord, si des privés qui ont la chance d'avoir fait fortune veulent donner, je les félicite. Ce que je suis en train de dire, c'est que je trouve pervers que l'ère Macron, si je puis dire, en 2017, a commencé par la suppression de l'ISF. On a dit, les plus riches donnent trop, on va les soulager de ces impôts. Ce n'est pas la suppression de l'ISF qui met les restos dans la difficulté aujourd'hui.

Non, mais c'est la même idée qu'aujourd'hui, on se dit, face à l'augmentation de la pauvreté, un État qui a été déshabillé du point de vue de ses recettes fiscales, parce que c'est ça aussi, où on baisse les impôts avec l'idée qu'en permanent, c'est ça qu'il faut faire, aide publique donnée pour les entreprises, baisse d'impôts systématiques, qui nous placent, nous-mêmes, l'État, dans sa puissance publique en difficulté, des acteurs sociaux formidables qui font un travail qui devrait être celui de l'État en vérité, mais c'est eux qui le font, nous disent, les amis, si ça continue, on va devoir fermer.

Je ne suis pas pour que le système, d'un seul coup, se retourne et qu'on dise que les puissants donnent à votre bon cœur, M. Arnaud, M. Bolloré, que sais-je. S'ils donnent, tant mieux. Ils peuvent même donner discrètement et silencieusement. Si, par contre, c'est une opération de communication qui vise à ce que, d'un seul coup, la ministre se transforme en agent de communication, le service de presse de M. Bernard Arnaud, pour dire, regardez comme il est formidable, je dis, écoutez, proportionnellement ce qu'il donne, hier, devant le carrefour à Montreuil, des gens m'ont donné plusieurs cahiers qui valaient plus proportionnellement que ce que M.

Bernard Arnaud va donner et eux n'auront pas la chance d'être accompagnés de la ministre pour dire merci. Moi, je leur dis merci à ces braves gens et je dis, si M. Arnaud veut donner, qu'il donne, qu'il donne aussi avec une certaine pudeur et discrétion, et M. Bernard Arnaud, il pourrait même militer pour que l'ISF soit rétabli et que ces 4 milliards qu'on récupère soient notamment consacrés à la lutte contre la pauvreté. Non, vous comprenez, la solidarité, ce n'est pas la même chose que la charité. La charité, c'est l'ancien régime, la solidarité, c'est la République, et la solidarité, c'est l'impôt.

5:44
Présentateur

Alexis Corbière, prenons la même idée que vous développez et appliquons-la à un autre sujet. On a aussi, dans les problématiques qui se posent aux Français en cette rentrée, la hausse des prix des carburants. On voyait encore tout à l'heure sur l'antenne de LCI la question du gasoil. Le gouvernement n'a dit pas de nouvelles restournes. Là, qu'est-ce que vous dites, vous ? Est-ce que le gouvernement serait dans son rôle d'aller vers une nouvelle restourne ? Est-ce que c'est aux industriels ou distributeurs de carburants de le faire ? Ou est-ce que vous dites, pour la transition écologique, ce n'est pas plus mal, l'essence coûte cher, très bien, allons vers d'autres modes de transport ?

6:12
Alexis Corbière

Non, on ne peut pas le dire comme ça. Moi, je suis pour des blocages de prix. Travailler sur la transition écologique, le fait qu'éventuellement les Français utilisent des transports en commun, notamment, et utilisent moins les véhicules individuels, je suis favorable, mais sur le temps long. Écoutez, moi, j'ai la chance d'habiter en région parisienne, où il y a un maillage de transport, à perfectionner, parce que beaucoup de bus sont en retard, en raison notamment du fait que la région Île-de-France privatise ou supprime des lignes. Mais ce n'est pas la même chose. J'étais dans l'heure, samedi, où le député Philippe Brun m'avait invité dans une circonscription... Socialiste.

Voilà, il est député socialiste, une circonscription, on va dire, rurale ou semi-rurale. Là-bas, il y a des problèmes de transport en commun. Je veux dire, on ne peut pas travailler sans la voiture, soyons honnêtes. Le moindre commerçant, la moindre personne, le moindre club de sport. Donc, l'État doit en faire plus, encore là aussi. Non, il faut bloquer les prix, il ne faut pas que les groupes pétroliers en profitent pour augmenter leur marge à l'heure actuelle. Et je suppose qu'il y ait des mesures particulières qui soient prises, parce que c'est une vraie discrimination et un impôt privé qui est en train d'être pris dans les poches des Français.

Ça ne veut pas dire qu'il faut oublier le prix.

7:12
Présentateur

Ça veut dire que c'est aux industriels ou distributeurs de carburant de faire l'effort financier, pas à l'État ? Oui, il me semble, non ?

7:18
Alexis Corbière

Non, non, mais il me semble, parce que si c'est l'État, l'État, il ne va pas y avoir une double sanction de la part des gens qui déjà prennent une inflation extrêmement importante. Je crois que c'est l'Union des familles de France qui considère que pour la rentrée scolaire, on est à près de 10% d'augmentation des prix pour des fournitures scolaires. Et en plus, l'État va se retrouver appauvri alors qu'on a une explosion des bénéfices pour notamment les groupes du CAC 40. Moi, c'est ça qui m'intéresse. Vous savez, l'économie, finalement, c'est de la tuyauterie.

Quand vous avez eu énormément de richesses qui s'accumulent entre les mains de quelques-uns, c'est autant de richesses qui ne permettent pas, par la redistribution, de faire fonctionner le système. Donc l'État et le gouvernement en font assez pour le pouvoir d'achat aujourd'hui ? Je crois que vous avez dit l'inverse.

7:56
Présentateur

Maintenant, ce que vous dites, c'est aux industriels de faire les efforts, aux distributeurs de faire les efforts, pas à l'État.

8:00
Alexis Corbière

Oui, mais comme l'État est inactif, moi, de ce que j'ai compris, on n'a que de la part de M. Bruno Le Maire des sollicitations, des encouragements, s'il vous plaît. Et il n'y a aucune mesure un petit peu, comment dirais-je, législative qui est prise.

8:12
Présentateur

Donc l'État doit peser la contrainte sur les autres sans sortir d'argent.

8:16
Alexis Corbière

Regardez sur la grande distribution, il est quand même acquis aujourd'hui, que l'explosion des prix a permis à ce que les grands groupes fassent des marges significatives. Je le disais encore en économie, ce qui considérait qu'au moins 50, voire 70% des marges qui ont été faites financières dernièrement, ça a essentiellement profité à la grande distribution. Ce n'est pas dû à la guerre en Ukraine, M. Poutine ou que sais-je. Enfin, je veux dire, on a eu là quelque chose qui est un problème. Ça a contribué à déstabiliser quand même. Non, mais soit. Enfin, je ne crois pas que ce soit honnête de dire que c'est la faute. Ça a des conséquences, mais ça n'est pas vrai.

Donc, à quoi sert la puissance publique ? Soit on est les bras ballants face à cette situation, soit on observe que toute une série de groupes qui déjà font des marges financières peuvent en faire un peu moins afin de permettre aux Français de pouvoir vivre. Et de ce point de vue-là, l'État, je le trouve particulièrement peu présent. Le gouvernement a eu raison de ne pas augmenter les prix du tabac ? Débat difficile, parce que sur le tabac, il y a un sujet qui est un sujet sérieux de santé publique. Donc, il faut, autant que possible... Comme sur les carburants, il y a un sujet de transition écologique. Maintenant, c'est de la consommation populaire, on le sait très bien.

Et à l'heure où tout augmente, tout augmente, vous augmentez l'alcool, vous augmentez le tabac, vous savez très bien qui vous a les ciblés en particulier, une fois de plus. Donc, moi, je ne suis pas pour ces mesures punitives et tout. Donc, sur ce terrain-là, je suis pour ne pas en rajouter dans la période.

9:35
Présentateur

On parlait à l'instant d'écologie. Plusieurs élus de gauche et écologistes s'étonnent ou s'émeuvent du fait que la Première Ministre et de Mise de l'Éducation soient allées hier en Bretagne en utilisant un avion gouvernemental et non pas le TGV pour un trajet estimé à 38 minutes en avion versus 1h30 en TGV. Ce n'est pas de la démagogie, cette critique, quand on sait que forcément, une Première Ministre a des contraintes d'agenda, de sécurité et que l'usage avec le Président et la Première Ministre se déplacent en avion gouvernemental.

9:59
Alexis Corbière

Moi, il peut y avoir une partie de... Je ne connais pas l'emploi du temps. Je veux bien admettre que quand on est Premier Ministre, on a des contraintes. Mais quand on est Premier Ministre aussi, ce qu'on fait nécessairement à une portée pédagogique, symbolique. Donc, on ne peut pas dire, attention, aujourd'hui, prenez le train, il faut la transition écologique, etc. et ne pas donner l'exemple. Voilà. Donc, je pense que là-dessus, il faut tendre vers le fait que, notamment, les membres du gouvernement utilisent le train, voilà, et que c'est maladroit de le faire. Peut-être que ce déplacement n'était pas indispensable. Ce que je veux dire, c'est que...

Déplacement de rentrée scolaire, il n'y aurait pas eu de soutien aux enseignants ? Oui, mais je vais vous faire un aveu. Entre Paris et la Bretagne, il y a des écoles, moins loin, auxquelles on peut aller. Donc, quand on fait le choix d'aller à un endroit, pourquoi ce choix-là, etc. Vous voyez ce que je veux dire ? Mais après, bon, si nous venions à diriger ce pays, il est peut-être possible que celui ou celle qui aurait des responsabilités, pardon, si l'agenda le contraint, qu'il soit obligé de faire ça. Je ne sais pas dans le cas présent. Vous pourriez l'avion même au pouvoir. Oui.

Et puis, si en plus, on va à l'étranger et de l'autre côté de la Méditerranée, à moins qu'on ait élu un bon nageur ou une bonne nageuse, il vaut mieux peut-être prendre ce moyen de transport-là. Mais je suis d'accord avec l'idée... Il a déjà été épinglé pour l'avion en Amérique du Sud. Oui, épinglé. Non, je ne vois pas ce qu'il avait été épinglé, mais... Ah, ben, les mêmes types de... Il a pris l'avion pour l'Amérique du Sud. Je l'assure qu'il vaut mieux plutôt que la nage. Ce qui est peut-être votre pondération dans la réponse. Non, non, non, non. Je suis d'accord avec l'idée symbolique.

Je suis d'accord avec l'idée que quand on fait quelque chose politiquement, quand on va dans une école, c'est le choix. Et que ce choix, s'il a pour conséquence un bilan carbone négatif, ça n'est pas une bonne chose. Et mes amis écologistes ou tous ceux qui protestent ont plutôt raison de dire que c'est pas malin. Voilà. Plutôt raison, mais vous êtes quand même plus modéré que certaines réactions.

11:38
Présentateur

Je suis très modéré. Dans la journée d'hier, on a également entendu le président de la République, toujours en matière d'écologie, proposer que tous les collégiens de France plantent un arbre. Il l'a dit dans le cadre d'une interview au youtubeur Hugo Descryptes. Est-ce que c'est une bonne manière d'éveiller les consciences écologiques ? Chaque collégien, par exemple, de sixième, qui planterait son arbre chaque année ?

11:56
Alexis Corbière

Pourquoi pas ? Moi, je suis un révolutionnaire de 89 ou 93. On plantait des arbres, l'arbre de la liberté. C'est un beau symbole de planter des arbres. Si on fait de l'éducation à l'écologie, avec nos enfants, que ça passe par planter des arbres, je trouve que le geste est beau et écologiquement, il est utile. Bon, après, M. le Président, j'ai quelque chose à vous dire. Dans ma circonscription, il y a encore au moins trois établissements qui sont mobilisés depuis hier parce qu'il manque des professeurs. On peut parler de ça, parce qu'il paraît que cette rentrée, c'était évident qu'il allait y avoir des professeurs dans chaque élève. C'était l'engagement du Président et de son ministre.

Oui, voilà. M. le Président, dans mon département, il y a un médecin scolaire pour 21 000 gamins. Et encore, j'ai discuté hier avec une dame qui travaille dans une école, 30% des enfants sont décelés, des problèmes de caries. Par exemple, il n'y a même pas la possibilité de pouvoir leur apporter des soins. Ça, c'est des vrais sujets. C'est des vrais sujets parce que ça pèse sur la scolarité, la santé qui se dégrade dans nos enfants et ce maillage que permet l'école. Donc, il y a une erreur de priorité pour vous.

12:51
Locuteur

Voilà.

12:52
Alexis Corbière

Je vous l'avais dit. Il n'y a plus qu'une erreur de priorité. Il y a un amusement médiatique sur parfois certains sujets et un refus d'aller au cœur. L'école, c'est le socle de la République. Voilà. Si on croit à la République, c'est-à-dire la possibilité de faire du commun, d'élever, d'émanciper les femmes et les hommes, etc. Il faut qu'il y ait une confiance qui soit retrouvée dans la République. Je vais vous dire une chose. Moi, ce qui m'inquiète, c'est qu'aujourd'hui, il y a une perte de confiance dans l'école publique dans le pays. Il y a une perte de confiance. Et les parents ont bien compris que selon l'école dans laquelle ils vont, ce n'est pas la même qualité d'enseignement.

Et ça, ça se dégrade. Et Emmanuel Macron le dégrade. Et pour terminer, je ne sais pas si on aura le temps de développer, l'enseignement professionnel. Monsieur Macron, moi, je suis prof de lycée professionnel. Il y a une réforme et il s'est rendu dans un lycée professionnel la semaine dernière. Ce n'est pas l'ambition de la réforme. L'ambition de la réforme, c'est seulement de revaloriser cette filière. D'accord. Ça, c'est le baratin de communication du gouvernement. Alors, je vais vous dire. Est-ce que quand vous supprimez quatre semaines de cours pour les transformer en un mois de stage supplémentaire, est-ce que vous améliorez l'enseignement professionnel ? Je dis non.

Je vais vous dire une chose. On n'apprend pas en entreprise aussi ? Non. On apprend en entreprise. Je vais vous dire une chose. Les enfants de l'enseignement professionnel, ils vont déjà en stage en entreprise. Mais ce dont on a besoin, y compris quand vous discutez avec les chefs d'entreprise, c'est d'avoir des stagiaires qui ont des compétences et des connaissances et des qualifications qui leur sont apportées aussi par leurs professeurs. Plus vous dégradez le niveau d'enseignement avec les professeurs. L'entreprise, elle ne forme pas en soi. Elle forme ou elle déforme. Ce que je veux vous dire, c'est que depuis 2009, parce que M. Macron dit qu'on n'a rien fait depuis des années.

En 2009, le bac pro, c'était quatre ans. Ils ont supprimé une année. Maintenant, c'est que trois ans. En 2018, M. Blanquer, ministre de Macron, a supprimé 30% des cours dans l'enseignement professionnel. Cette fois-ci, ils suppriment quatre semaines. D'accord ? Et en plus, ce qu'ils veulent... Je ne jugerai pas sur pièce. Non, non, mais je ne jugerai pas sur pièce. Je ne laisse pas la chance. Ça dégrade. Et ce qu'ils font, c'est qu'ils augmentent le nombre de gamins en apprentissage et ils font baisser en lycée pro. Peut-être que vous ne connaissez pas la différence, mais l'apprentissage... C'est six. D'accord.

L'apprentissage, deux élèves sur cinq seulement réussissent leur examen alors que c'est trois sur quatre dans les lycées professionnels. Donc, ce que raconte M. Macron, c'est une méconnaissance totale de l'enseignement professionnel. C'est un mépris des enfants des classes populaires. Ils dégradent leurs cours. Et vous savez quoi ? Et il arrive à cette rentrée, il dit, pour la première fois, j'agis pour l'enseignement professionnel. On n'est pas tout à fait surpris de s'y en désaccord.

15:06
Présentateur

Oui, mais c'est le fond du sujet. On partage un objectif que les choses aillent mieux, pas les moyens. Dans cette rentrée, vous caderez les sujets de fond. Il y a un sujet qui se pose, c'est la question de l'uniforme. Le président de la République, hier, s'est déouvert une expérimentation. Pour citer ses propos, il dit, la question de la tenue unique, pour être tout à fait précis, qui n'est pas l'uniforme et, de son point de vue, dit-il, plus acceptable, un peu moins strict d'un point de vue disciplinaire, elle règle beaucoup de sujets. Est-ce qu'il faut expérimenter cette tenue unique, cette tenue scolaire, comme disait à votre place il y a une semaine la secrétaire d'État à la ville ?

15:32
Alexis Corbière

Alors déjà, vous ne l'avez pas dit, mais qu'on sorte du mythe, en France, il n'y a jamais eu d'uniforme, parce que j'entends parfois dans le débat, il faut revenir avant cette tenue. Non, non, non, je vous demande juste s'il faut expérimenter la tenue scolaire. Non, petit un, quand il y avait des blouses à l'époque, c'est parce qu'il y avait des stylos qui fuitaient et qui salissaient les vêtements et en 1965, quand le stylo bic est arrivé, on a considéré qu'il n'y avait plus besoin de protéger les vêtements. Donc ce mythe d'une école avant où il y a de ça, c'est faux. Deuxièmement, qu'est-ce que c'est qu'on veut faire ? Je l'ai abordé tout à l'heure. C'est aller vers la mixité sociale.

Quel est le problème que nous avons ? C'est qu'aujourd'hui, vous avez 20%, 18% pour être précis, des enfants qui vont dans l'enseignement privé, qui n'ont jamais autant concentré les enfants des catégories supérieures. Il y en a vraiment un séparatisme scolaire qui se met en place. Et au sein même de l'enseignement public, vous avez, en particulier quand on est en région parisienne, un établissement à Paris, c'est évidemment pas le même qu'en Seine-Saint-Denis. Donc une perte de confiance. Et donc, la réponse à ma question ? Donc la réponse, c'est ces inégalités que l'on voit. Vous pouvez mettre des vêtements, vous ne les dissimulerez pas. C'est un amusement. C'est un amusement.

16:30
Présentateur

Est-ce que la tenue scolaire, ce n'est pas justement un moyen d'éviter l'apparition des disparités sociales de manière criante à l'école, le harcèlement parce que certains enfants se font harceler en fonction de leur tenue, voire la raquette ?

16:40
Alexis Corbière

Puisque vous posez une question franche, je vous réponds non. La tenue ne change pas ça. La tenue peut avoir des avantages. Moi, je connais un peu l'Amérique latine, mais je veux dire, par rapport à ce que je viens de décrire, le fait que ce qu'on sent... Écoutez-moi... Non, mais c'est expérimenté. Mais Macron, il est au courant que c'est... Moi, je viens de Béziers, M. Ménard l'a expérimenté. Ça n'a pas marché. À Provins, ça a été expérimenté. Mais on peut... Ce que je veux dire, c'est pourquoi pas... Et est-ce que ce n'est pas Alexis Cambière ? Mais attendez, attendez, je vous...

Ce qu'il me dit dire, c'est que le sujet de fond, je viens de le dire, on s'aperçoit qu'on a une dislocation de l'école publique qui est un problème. Et la réponse d'Emmanuel Macron, ce n'est pas de dire comment on travaille à la mixité sociale, comment on fait en sorte qu'il y ait véritablement...

17:17
Présentateur

On peut faire plusieurs choses en même temps à Alexis Cambière. Non, mais il ne le fait pas. Il y a un autre sujet.

17:20
Alexis Corbière

Pourquoi il me parle de t-shirt et de pantalon et de chemise alors que je lui parle prof, assistante sociale, médecin scolaire ?

17:25
Présentateur

Il y a une autre problématique à Alexis Cambière auquel le gouvernement tente de répondre. Et vous l'avez vu, c'est la question aussi de la montée d'une forme de protestation fondamentaliste, religieuse. Il y a eu l'interdiction des Abaïa annoncée sur TF1 par Gabriel Attal il y a dix jours. Hier, jour de rentrée scolaire, 298 élèves, c'est les chiffres que vient de donner le ministre de l'Éducation nationale, se sont présentés avec Abaïa. Dans 67 cas, il y a eu un refus de retirer l'Abaïa. Le fait que ces chiffres soient donnés ce matin, qu'ils montrent qu'il y a encore des refus, est-ce que ce n'est pas la preuve précisément que le gouvernement a raison d'agir sur ce sujet ?

Vous parlez de 67 cas, c'est ça ? Oui, ça compte.

18:01
Alexis Corbière

Je ne sais pas, il y a 12 millions d'élèves des difficultés quand on rencontre des millions de gens. Après, si on veut... D'accord, d'un côté, il y a des millions de problèmes, il y a des millions de gens qui sont face à des problèmes, des centaines de milliers, là, on va parler du cas de 67 personnes. Si l'on veut réduire le fait que certains élèves basculent dans un obscurantisme de plus en plus jeunes, ça, cela ne me réjouit pas, il faut le faire, c'est la mission de l'école, mais il faut aussi travailler à ce que j'ai essayé de dire précédemment.

C'est-à-dire, comment ça se fait qu'on s'aperçoit que souvent, ce que vous décrivez, vous faites de la mixité sociale, il n'y a pas ce genre de problème.

18:37
Présentateur

Mais donc, à chaque fois, quelque soit la question sur l'école, vous répondez, le problème, c'est la mixité sociale, mais il peut y avoir plusieurs formes de problèmes,

18:42
Alexis Corbière

plusieurs enjeux. Mais est-ce qu'on peut parler et dénoncer ce séparatisme scolaire dont j'ai parlé, qui produit des choses qui ne me régulisent pas ? Mais l'un n'empêche pas l'autre, Alexis Corbière. Est-ce qu'on ne peut pas dire qu'il y a des séparatismes sociales et en même temps il y a un séparatisme religieux ? L'un produit l'autre. L'un produit l'autre. Alors, une fois que j'ai dit ça, moi je suis favorable à la loi de 2004 contre les signes religieux. Et c'est dans le cas de la loi de 2004 que se fait cette interdiction de l'Abbaya ? Je vais vous dire, je pense qu'y compris ce qu'a fait M. Attal, j'ai lu hier, risque de créer une insécurité juridique dans beaucoup d'endements.

Parce que les Abayas, c'est une chose. C'est sous le contraire. Il y a un recours au Conseil d'État qui est examiné cet après-midi. Même sans ça, Abaya et Camis.

19:16
Présentateur

Soit le Conseil d'État a dit la règle. Je t'amène, on verra.

19:19
Alexis Corbière

Abaya et Camis. Camis, ça veut dire chemise. Camis, ça, un espagnol. D'accord ? Allez définir. C'est les filles qui vont prendre. Les garçons qui portent la camis. Non, non, mais je veux dire, la camis, le camis, au Maghreb, c'est une chemise, une grande chemise. Pour les garçons, ça va être plus compliqué à évaluer. Et puis, un jeune homme va se présenter avec une barbe. D'accord ? C'est une religion ou pas, c'est une religion. Quelle discussion allons-nous avoir ? Bref, on se lance dans des choses extrêmement compliquées. En 1905, Aristide Briand, Aristide Briand, pardon ? Vous dites aux jeunes filles portez la baïa, il n'y a pas de souci. Ce n'est pas ça que je suis en train de dire.

Je veux dire, pour convaincre des gens. Progressivement, vous savez, la tenue, n'importe peu, ce qui m'intéresse, c'est plutôt le prestige de la religion, pour parler, comme disait Aristide Briand en 1905, ce n'est pas la tenue. Moi, ce que je veux, c'est que les gens, je veux l'émancipation. Je refuserai qu'une élève, ou même, 20% des gamins vont dans l'enseignement privé confessionnel. Ça n'oppose aucun problème. C'est pas du tout ce que le gouvernement fait. 12 milliards... Pardon ? Qu'est-ce qu'il fait le gouvernement ? 12 milliards d'euros sans consacrer à l'enseignement privé confessionnel. Merci Alexis Corbière. Il est encouragé.

Par contre, on crée des débats et on ne défend pas l'école publique.

20:25
Présentateur

Merci Alexis Corbière d'avoir accepté l'invitation à l'LCI et d'avoir répondu à certaines questions, mais pas toutes.