Bruno Le Maire : « Nous approchons à grands pas d’un accident financier »
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 81 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:45OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'avec tout ça, il n'y a pas aussi une volonté de faire oublier les critiques, de faire oublier que vous êtes l'homme aux milliards de dettes ?
- 3:18OuverteRéponse partielle
Mais c'est aussi un peu votre égo qui parle. Ça vous a blessé, toutes ces critiques dont vous avez fait l'objet ?
- 4:30RelanceRéponse directe
Lesquelles ? Sur les retraites particulièrement
- 5:00FerméeRéponse directe
Vous pensez que ça va passer, Mme Le Maire ?
- 5:49OuverteRéponse partielle
La lettre aux entrepreneurs de Sébastien Cornuys, c'est une erreur politique ?
- 6:30RelanceRéponse directe
Ce qu'il demande, pour le moment, c'est le Rassemblement National. Ce rabais, c'est un peu étonnant de la part d'un Européen convaincu comme vous.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:59Invité politiqueChiffre
« Aujourd'hui, la dette n'est pas à 1 000, elle est à plus de 1 300 milliards. »
- 2:03Invité politiqueChiffre
« Il y a eu 300 milliards d'euros de dettes supplémentaires depuis que je suis parti. »
- 2:15Invité politiqueChiffre
« Quand j'étais ministre des Finances, les taux d'intérêt moyens étaient à 1%. »
- 2:19Invité politiqueChiffre
« Ils vont dépasser les 5% les semaines qui viennent. »
- 2:22Invité politiqueChiffre
« Vous avez un taux de chômage à 7,6%. Il approche les 9% aujourd'hui. »
- 2:27Invité politiqueChiffre
« L'écart de taux entre l'Allemagne était de 30 points. Il va dépasser les 100 points aujourd'hui. »
- 2:33Invité politiqueChiffre
« La dernière année où j'étais ministre de l'Économie et des Finances sur une année pleine, 2023, la croissance a approché les 2%. »
- 4:34Invité politiquePromesse
« Sur les retraites, je propose la désindexation d'un point de toutes les pensions de retraite, sauf le minimum de vieillesse. »
- 4:37Invité politiquePromesse
« Je propose de supprimer également l'abattement de 10%. »
- 4:40Invité politiquePromesse
« Je propose de geler l'avancement des fonctionnaires. »
- 4:43Invité politiquePromesse
« Je propose de geler le point d'indice des fonctionnaires. »
- 4:47Invité politiquePromesse
« Je propose de désindexer toutes les aides sociales. »
- 6:09Invité politiquePromesse
« La première, c'est que nous demandions un rabais sur la contribution de la France à l'Union Européenne. »
- 13:26Invité politiquePromesse
« On voyait tout à l'heure affiché 70 jours pour l'examen du budget, je propose 30 jours maximum. »
- 13:33Invité politiquePromesse
« Le ministre des Finances, il doit avoir un droit de veto sur les propositions de dépenses des ministres. »
- 15:43Invité politiquePromesse
« J'appelle une nouvelle cinquième république dans laquelle vous aurez dix ministres qui seront définis dans la constitution. »
- 15:48Invité politiquePromesse
« Dans laquelle vous supprimez le 49-3, mais en échange vous ne pouvez plus renverser le gouvernement et le censurer si vous n'avez pas une majorité alternative. »
Temps de parole
- Bruno Le Maire78 %
- Présentateur11 %
- ?8 %
- Présentateur 22 %
≈ 49 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Vous
écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation à l'incipient ministre de l'économie et des finances.
C
'était entre 2017 et 2024 une interview en partenariat avec la presse régionale, comme tous les jours, représentée ce matin par Fabrice Vesser-Redon, du groupe EBRAS, les journaux de la façade Est de la France. Bonjour Fabrice. Bonjour Aurélien, bonjour Bruno Le Maire.
Bonjour.
Bruno Le Maire, vous êtes de retour, de retour sur la scène médiatique, de retour sur le fond, sur les idées. Vous avez publié un manifeste pour une autre France. Que préparez-vous
?
Je défends une vision de la France à un moment où on le voit bien,
il
y a des inquiétudes qui sont très profondes. Je vous passe un message très simple, c'est que le pays en a connu d'autres,
dans
sa très très longue histoire,
et
que si nous prenons vite les bonnes décisions, nous avons tout pour être un pays qui est réussi au XXIe siècle. Simplement des réformes ne suffiront pas. Ce que je dis dans mon manifeste à une autre France, qui est disponible sur mon site internet, uneautrefrance.fr, c'est que maintenant il faut changer de modèle.
Le
modèle est complètement à bout de souffle. C'est un modèle qui redistribue des richesses avant d'en produire. C'est un modèle où il n'y a plus d'autorité de l'État, parce que tout le monde se mêle de tout, et plus personne n'est responsable de rien. C'est un modèle dans lequel les États européens sont divisés, alors qu'ils devraient se rassembler. J'ai proposé que six États se rassemblent dans une fédération d'États-nations. Donc nous sommes arrivés au bout de 40-50 années d'histoire. Il faut refonder le modèle, comme le général de Gaulle avait su le faire en 1958. La situation était aussi dramatique
qu
'en 1958.
La
refondation doit être aussi profonde qu'en 1958.
– On va revenir sur les propositions. Est-ce qu'avec tout ça, il n
'y a
pas aussi une volonté de faire oublier les critiques, de faire oublier que vous êtes l'homme aux milliards de dettes ? C'est comme ça que vous ont surnommé à un moment vos adversaires
? – Oui,
c'est pour ça que je veux remettre aussi les points sur les i. Aujourd'hui, la dette n'est pas à 1 000, elle est à plus de 1 300 milliards. Il y a
eu
300 milliards d'euros de dettes supplémentaires depuis que je suis parti. Donc on voit bien que ce n
'est
pas un problème de personne, c'est un problème de système. Vous avez donné les chiffres tout à l'heure. Je veux aussi rétablir un certain nombre de vérités et remettre les points sur les i. Quand j'étais ministre des Finances, les taux d'intérêt moyens étaient à 1%. Ils vont dépasser les 5% les semaines qui viennent. Vous avez un taux de chômage à 7,6%. Il approche les 9% aujourd'hui. L'écart de taux entre l'Allemagne était de 30 points. Il va dépasser les 100 points aujourd'hui. Et la dernière année où j'étais ministre de l'Économie et des Finances sur une année pleine, 2023, la croissance a approché les 2%.
Vous
m'entendez ? Les 2%.
Aujourd
'hui, on est quasiment en récession avec 0,4% de croissance. Donc je reviens aussi pour remettre les points sur les i, sur ce que nous avons fait en matière économique, sur la manière dont je me suis battu pour réduire la dépense publique en me retrouvant face à des oppositions qui ne voulaient rien entendre, rien accepter comme réduction de dépense. Et au moment où je proposais un plan de redressement complet de nos finances publiques, le président de la République a fait le choix de la dissolution.
Donc
après 2 ans de silence, à un moment où la situation financière est aussi grave, j'appelle chacun à prendre ses responsabilités. Je prends les miennes, que chacun prenne les.
Mais c'est aussi un peu votre égo qui parle. Ça vous a blessé, toutes ces critiques dont
vous avez fait l'objet ? Ce n'est pas du tout une question
d'égo. C'est une question d'intérêt supérieur
de la nation française. Je veux
rétablir la vérité.
Parce qu'on ne bâtit… C'est que
quelque part, la personne que vous êtes a été touchée.
Mais vous êtes toujours touchée par les critiques, c'est normal. Mais ce n
'est
pas le sujet. Le sujet, c'est que la situation de la France aujourd'hui est dramatique.
Nous
nous approchons à grands pas d'un accident financier majeur.
Où
ce n'est plus le peuple français et son gouvernement qui décidera librement de ce qu'il faut faire pour redresser les comptes de la nation. Mais ce sera la Banque Centrale Européenne. Et donc, non seulement je rétablis un certain nombre de vérités, parce que je pense qu'au bout de 2 ans, c'est bien de le faire. Mais surtout, j'explique, avec l'expérience qui est la mienne, ce qui est nécessaire de faire pour reprendre le contrôle de nos finances publiques. Vous voyez, on a un débat là aujourd'hui sur… Faut-il désindexer ou non les pensions de retraite ? Mais je veux le dire avec beaucoup de clarté. Non seulement il le faut,
mais
c'est totalement insuffisant.
Si
nous voulons vraiment reprendre la maîtrise de nos comptes publics, il faut que dès ce budget 2027, il y ait des décisions bien plus radicales, bien plus profondes pour nous assurer notre liberté financière.
– Lesquelles ? Sur les retraites particulièrement
?
– Sur les retraites, je propose la désindexation d'un point de toutes les pensions de retraite, sauf le minimum de vieillesse. Je propose de supprimer également l'abattement de 10%. Je propose de geler l'avancement des fonctionnaires. Je propose de geler
le
point d'indice des fonctionnaires.
–
Je propose de désindexer toutes les aides sociales. –
C'est la rigueur, c'est la rigueur. – Sauf le RSA ? – C'est une
politique de rigueur.
– Non, c'est une politique de lucidité
et
de reprise en main de nos comptes publics. –
Mais vous pensez que ça va
passer,
Mme Le Maire ? –
Je vous dis
simplement… – Le
gouvernement était contraint de suspendre la réforme des retraites.
– Je dis simplement… – Vous pensez que vos mesures qui sont
encore plus dures vont passer ?
–
Je dis simplement ce qu'il est nécessaire de faire, si on veut dire la vérité aux Français, sur la reprise en main de nos comptes publics, et après pouvoir réinventer réellement notre futur. Mais j'ajoute à ça, au-delà de ces mesures de désindexation qui permettent effectivement de trouver vraiment des sommes qui sont significatives, moi j'aurais maintenu la surtaxe à l'impôt sur les sociétés.
Parce
que ça me paraît très difficile d'expliquer aux Français, aux retraités, aux fonctionnaires, que oui, une désindexation est nécessaire, mais que dans le même temps, on va revenir sur l'effort qui est demandé aux entreprises. La justice, vous m'entendez ?
La
justice,
c
'est la clé
de
mesures qui puissent être acceptables par les
gens. – Donc la
lettre aux entrepreneurs de Sébastien Cornuys, c'est une erreur politique ?
–
Mais les entrepreneurs qu'on soutienne les PME,
qu
'on soutienne les TPE, oui, mais quelle est la meilleure manière de les soutenir
?
C'est d'avoir des taux d'intérêt qui baissent,
pour
qu'ils puissent emprunter, innover, investir. Et pour ça, il faut reprendre le contrôle de nos finances publiques. J'ajoute
deux
propositions qui me paraissent importantes. La première, c'est que nous demandions
un
rabais sur la contribution de la France à l'Union Européenne.
Tout
simplement parce qu'aujourd'hui, on a un niveau de vie moyen en France qui est hélas inférieur au niveau de vie moyen des autres Européens. Donc je ne
vois
pas pourquoi nous ne demanderions pas, comme d'autres pays, comme l'Allemagne, comme le Danemark, comme l'Autriche,
un rabais sur la contribution. C'est un peu
étonnant de la part d'un Européen convaincu comme vous de demander un rabais. Ce qu'il demande, pour le moment, c'est le Rassemblement National.
Mais on peut être un Européen convaincu, faire des propositions très fortes comme la Fédération d'États-Nations, et en même temps se dire qu'il faut qu'on arrête de financer avec l'argent des Français la construction d'autoroutes dans le sud de l'Espagne ou dans l'est de la Pologne. Tout simplement parce que c'était justifié il
y
a 15 ou 20 ans quand il y avait un rattrapage qui était nécessaire, mais ça ne l'est plus aujourd'hui. –
Mais vous
pensez que ça va passer auprès de nos voisins européens ? –
Mais je
pense que nos voisins européens, ils peuvent comprendre… – Pourquoi nos voisins
européens, qu'une économie en meilleure santé, eux, financeraient pour nos
autoroutes ? – Ils peuvent
comprendre, je pense, que la situation financière de la France, elle est préoccupante pour toute la zone euro, elle fragilise toute la zone euro, et que faire en sorte que la France puisse être soulagée de 5 milliards d'euros par an, c'est l'intérêt collectif aussi. Il faut être lucide. La première qualité aujourd'hui d'un responsable politique français, c'est la lucidité. Et la deuxième, c'est le courage. pour tenir, tirer les conséquences du constat
que l'on peut faire. – Oui, mais pourquoi nos
voisins qui, eux, ont fait les réformes pour établir leurs finances publiques, devraient payer pour nous, et nous, on devrait…
– On ne leur demande pas de payer, on demande juste de contribuer
moins, le temps que nous rétablissions nos finances publiques, et que la France sorte de l'ornière financière dans laquelle elle est. Quel est l'intérêt des autres pays européens, notamment de la zone euro ? Est-ce qu'il y a un accident financier
en
France ?
–
De
votre
point de vue, Bruno Le Maire, il y
a
des pays qui ont réussi à redresser vraiment, réellement,
en Europe ? –
La Grèce l'a fait, le Portugal l'a fait, l'Espagne l'a fait, derrière la situation du Portugal. Simplement, ces pays l'ont fait contraints et forcés. Ils l'ont fait parce que le FMI, dans le cas de la Grèce, est intervenu et a obligé, et que les autres Européens ont obligé la Grèce à prendre des mesures très dures. C'est justement, par amour profond de mon pays,
ce
que je veux éviter à la France. La situation où nous ne sommes plus libres de notre destin, et où c'est la Banque Centrale Européenne qui va nous dire ce qu'il faut faire. Vous voyez, quand je vois qu'on a retiré la réforme des retraites, qu'on a eu tellement de mal à faire passer, mais aujourd'hui, elle rapporterait plusieurs milliards d'euros. Quelle inconséquence ! Vous voyez bien que sur les
dépenses de l'État…
– Est-ce qu'il y avait d'autres choix ? C'est-à-dire, vous, à la place du Premier
ministre, vous n'auriez pas
suspendu la réforme ?
– Personnellement, j'ai fait un autre choix, je suis parti. En 2024, il y a
eu
la dissolution, et le choix qui a été fait par le président de
la
République, c'est entre le rétablissement des comptes que je proposais
et
le chaos politique,
le
choix de la dissolution du chaos politique.
–
Ce que vous nous dites,
Bruno Le Maire ? –
Donc, je
suis
parti, et je dis haut et fort qu'abandonner la réforme des retraites, augmenter les impôts et renoncer, comme l'a très bien dit Christine Ladard tout à l'heure, à tout ce qui avait fait la politique économique depuis 2017 jusqu'à 2024, eh bien, c'est profondément regrettable.
– Vous nous dites que pendant les 7 ans, vous avez été dans le gouvernement, les gouvernements Macron,
vous
avez été freiné
dans
ce que vous vouliez faire pour la France ?
– C
'est
un secret de polychinelle, la bataille pour réduire les déficits, pour réduire la dépense. Depuis 2021, où j'ai dit, nous devons sortir du quoi qu'il en coûte, c'était une bataille de tous les instants,
avec
des victoires, avec des économies qui ont été faites,
et
puis des défaites. Et au bout du compte, une sanction qui a été celle de la dissolution, qui a mis le pays dans un état de confusion et de désordre politique complet, et quand il y
a
de la confusion et du désordre, on perd le fil de sa politique économique,
on
abandonne la réforme des retraites, on abandonne la politique de soutien aux entreprises, on augmente les impôts, et on se retrouve dans la situation où nous sommes aujourd'hui, c'est-à-dire une situation périlleuse pour le pays. Il faut en sortir. Et pour en sortir, il n'y a qu'une seule façon de faire, c'est prendre des décisions puissantes, et les prendre maintenant.
– Est-ce que les
circonstances sont réunies ? Est-ce que les conditions sont réunies ? Vous évoquiez De Gaulle tout à l'heure.
Qu
'est-ce qu'il faudrait pour qu'il y ait cet électrochoc que les Français demandent
? –
Alors c'est la grande question.
Est
-ce que les responsables politiques,
– Que
vous êtes. – Nous tous, dont je fais partie, sont suffisamment lucides pour dire que la situation est grave
? Nous
mettons de côté nos intérêts politiciens, nos intérêts du moment, nous nous hissons à la hauteur de la situation,
et
à la hauteur des attentes des Français,
et
nous prenons maintenant les décisions que les circonstances exigent.
C
'est ce que je propose,
et
je le fais en mettant, comme aucun autre responsable politique, carte sur table.
Donc
je dis effectivement, désindexation, baisse des gèles des traitements des fonctionnaires, tout ce que je vous ai indiqué précédemment, baisse de la contribution de la France à l'Union européenne, puis j'ajoute aussi des
décisions… – Mais vous ne répondez pas à ma question. – Mais comment vous
faites passer ça au Parlement par
jour ? – Oui, c'est une autre
option. J'ajoute à ça des décisions qui doivent être faites, il ne
faut
pas baisser le traitement des ministres,
il
faut réduire le nombre de ministres dans le gouvernement, passer à 10 ministres par un de plus, il faut réduire les tailles des cabinets, pas 15 mais 5 membres. Ça c'est des décisions qui sont fortes et puissantes. – Soit vous faites cela, et vous faites le choix de vous hisser à la hauteur des circonstances, soit vous attendez la crise, mais elle est inévitable.
Et dans le fond, quand vous discutez derrière les caméras, derrière ces plateaux de télévision, avec les responsables politiques qui se cachent, qui se plantent, qui ne disent pas la vérité, qui se tortillent, qui hésitent entre une position et une autre, qui se gondolent, qui ne tiennent pas une position claire, ferme, comme les circonstances l'exigent, ils vous disent vous-mêmes, on va attendre la crise, elle va arriver, alors pourquoi est-ce qu'on prendrait le risque de s'exposer face aux Français à annoncer des mesures impopulaires ?
Moi j'appelle chacun à s'élever à la hauteur de la gravité des circonstances, à se rassembler, à oublier les querelles politiciennes, et à comprendre que personne n'a rien à y gagner, ni la France, ni les Français, ni eux-mêmes. Parce que gagner demain une élection présidentielle,
si
c'est pour la gagner en pleine crise financière,
le
prochain président de la République sera impuissant.
Donc
pour l'intérêt de l'avenir de notre pays, c'est maintenant qu
'il faut régler notre problème financier
pour être libre demain et avoir une élection présidentielle utile.
Le gouvernement, les candidats à la présidentielle sont conscients de la situation, mais ils n'agissent pas par manque de courage politique, c'est ça le conseil que vous faites ?
Ils
en
sont parfaitement conscients, je l'espère. Mais qui aujourd'hui a présenté
une
série de mesures et un véritable plan complet de redressement des finances publiques comme ce que je fais ? J'ajoute qu'au-delà des mesures immédiates que j'ai proposées, il faut évidemment une réforme des retraites et dire très clairement qu'il est indispensable de garder un âge légal de départ à la retraite. J'ai proposé 65 ans,
qu
'il est urgent de mettre en place la capitalisation que j'avais commencé à mettre en place avec le produit d'épargne retraite, qu'il faut une grande transformation de l'État pour savoir ce que fait l'État encore, pour moi, éducation, santé, sécurité et ce qu'il ne fait plus. Et j'ajoute un troisième volet dans ce plan global qui n
'est
pas un plan de rétablissement des finances publiques, c'est un plan de rétablissement de la souveraineté nationale. Le troisième volet, c'est revoir complètement la procédure budgétaire. On voyait tout à l'heure affiché 70 jours pour l'examen du budget, je propose 30 jours maximum. Le ministre des Finances, il doit avoir un droit de veto sur les propositions de dépenses des ministres. Le Parlement, on doit limiter son pouvoir d'amendement pour qu
'on évite des dépenses supplémentaires. – Juste une petite parenthèse là-dessus,
puisqu
'on est sur le public sénat, limiter le droit d'amendement, c'est un droit des parlementaires,
c
'est un droit constitutionnel,
le droit d'amendement, pardon.
Est-ce que ce n
'est
pas un peu antidémocratique de dire aux parlementaires vous êtes gentils mais le budget vous l'approuvez, vous n'êtes
pas content, c'est pareil. – Je comprends que
vous posiez la question surtout sur cette chaîne, mais je le dis avec cette année d'expérience que j'ai fait passer cette budget, si on continue à répéter sans cesse les mêmes choses à chaque fois qu'on veut véritablement rétablir les finances publiques, on n
'y
arrivera pas.
–
Vous faites tout ça ? Non mais dès que vous arrivez avec des économies, on vous dit austérité. Dès que vous dites réduction du pouvoir d'amendement des parlementaires,
on
vous dit c'est contre la démocratie. Moi je vous dis simplement que les économies, tous les autres pays l'ont fait en Europe et on n'a pas parlé d'austérité. Et je vous dis que la limitation du droit d'amendement des parlementaires, ça existe en Grande-Bretagne où c'est le gouvernement qui décide de ce sur quoi le Parlement pourra s'exprimer. et il ne me semble pas que le
gouvernement
britannique ce soit un gouvernement autoritaire.
C
'est une des très grandes démocraties de la planète. Ce que je veux dire,
c
'est que si nous ne sommes pas arrivés
depuis 40 ans à rétablir… – Vous dites aux parlementaires que vous n'avez pas votre chapitre
sur le budget.
– Je vous en dis, voilà, vous allez vous prononcer là-dessus ou là-dessus, mais moi j'ai fait 7 budgets et à 7 budgets, j'ai eu droit à entre 70 et 100 milliards d'euros de dépenses supplémentaires. Donc j'en tire la conclusion pour l'avenir de mon pays, qui depuis 40 ans n'a pas eu, 50 ans que dis-je, n'a pas eu un budget à
l
'équilibre,
c
'est que notre pétonne n
'est
pas la bonne. Et vous voyez, je ne peux pas demander
aux
retraités,
à
tous ceux qui aujourd'hui touchent leur retraite et à qui on dit on va désindexer vos pensions, je ne
peux
pas leur demander un effort. Si je ne
leur
garantis pas
que
c'est une fois pour toutes, et si on veut que ce soit une fois pour toutes, il faut non seulement les mesures d'urgence, non seulement des réformes de structure comme celle que je propose sur l'État ou sur les retraites,
mais
il faut également transformer complètement la méthode d'examen du budget pour éviter cette multiplication de dépenses supplémentaires à chaque budget.
– Vous faites tout ça avec la même constitution
?
–
Avec des
parlementaires qui ne peuvent pas
aggraver la charge de la dette. – Vous
êtes obligés de faire des modifications de la constitution, moi j'appelle
une nouvelle
cinquième
république dans laquelle vous aurez dix ministres qui seront définis dans la constitution, dans laquelle vous supprimez le 49-3, mais en échange vous ne pouvez plus renverser le gouvernement et le censurer si vous n'avez pas une majorité alternative, c'est ce qui existe en Allemagne et c
'est
ce qui garantit la stabilité, une constitution dans laquelle vous limitez le pouvoir de nomination du président de
la
république pour que les ministres aient un vrai pouvoir de domination et que vous rétablissiez l'autorité de décision dans les ministères. Nous sommes, je l'ai dit, un moment de refondation. C'est la seule manière de nous sortir des difficultés et de la gravité de la situation dans laquelle nous sommes.
–
C
'est pour ça que vous dites qu
'on
est en 58. Pour vous, il faut aussi remettre à plat la constitution ?
–
Bien sûr, j'appelle une nouvelle cinquième république pour qu'on redéfinisse clairement. –
Ce
n
'est pas une
sixième république
?
– Non, une nouvelle cinquième république, c'est-à-dire que vous avez besoin de transformations très profondes. Regardez la colère populaire,
comment
vous l'apaiser ?
En
tapant sur les gens
ou
leur donnant la parole
? Moi,
ma proposition, c'est que dans cette nouvelle cinquième république, vous fassiez droit à ce qui est une grande demande du peuple français, le référendum d'initiative citoyenne.
–
Sur la colère, vous sentez quelque chose ou pas ?
– Bien sûr, je
continue à me déplacer. – Les ronds-points, vous sentez quelque chose ?
–
Dans
les Ardennes, chez mon ami Miguel Leroy, je serai samedi à Briançon, chez le maire de Briançon qui est aussi un grand ami, Arnaud Murgia.
Qu
'est-ce que je sens d'inquiétude très profonde ? Et je pense qu'en démocratie, vous trouvez les solutions, pas contre le peuple, avec le peuple.
Donc
dans cette nouvelle constitution, oui, je souhaite que le référendum d'initiative citoyenne devienne un droit, je souhaite qu'on puisse se prononcer par référendum sur beaucoup plus de sujets, y compris des sujets d'inquiétude majeure, comme l'immigration.
– Mais vous, vous étiez à Bercy, au moment des Gilets jaunes, au moment du Covid, vous l'avez pratiqué, vous, ce quoi qu'il en coûte. Est-ce que ce n
'est
pas un peu facile de dire, quand vous étiez à Bercy, hop, vous avez sorti le carnet de tchèque, et là vous dites, c'est pas très courageux de sortir de carnet de tchèque, il faut le limiter. Est-ce que le quoi qu'il en coûte, finalement, vous n'avez pas un peu biberonné les Français au quoi qu'il en coûte
? –
Le quoi qu'il en coûte…
–
Ce n
'est
pas vous, déjà,
le
quoi qu'il en
coûte ?
– C'est la forme du président de
la
République, pour le coup, je l'assume totalement.
– Vous
le défendiez ? – Bien sûr, je l'ai défendu, en revanche, nous n'avons pas été d'accord sur la date de sortie du quoi qu'il en coûte. Dès 2021, j'ai appelé à en sortir, là, c'était plus difficile. Mais quand on l'a mis en place, oui, je pense que c'était la bonne décision, et j'assume ce que j'ai décidé, ce qui me paraissait utile. Pourquoi ? On compare des choses qui ne sont pas comparables. Le Covid, c'est l'effondrement de l'économie mondiale, comme ça ne s'est pas produit depuis 1929. Donc, au grand mot, les grands remèdes.
Et
je pense que les remèdes qu'on a apportés à ce moment-là, ça nous a évité une crise économique, ça nous a évité une crise sociale, ça a évité l'effondrement
complet. – Mais vous avez aussi répondu aux
Gilets jaunes. On le disait, quand les Gilets jaunes ont commencé, la moyenne des prix à la pompe, c
'était 1,50€. Là, c'est deux fois plus élevé. Et vous
dites, là, il ne faut pas
les aimer ? – Le
Covid, crise majeure, nous avons apporté une réponse majeure, et je pense que tous ceux qui sont commerçants, qui travaillent dans l'hôtellerie, dans la restauration, dans l'industrie, savent parfaitement ce qu'ils doivent aux décisions que nous avons prises à ce moment. C'est ce qui a permis, en 2023, d'avoir ces près de 2% de croissance dont je parlais. On a pu se redresser ensuite et retrouver de la croissance et de la création d'emplois. Sur les Gilets jaunes, on a apporté une aide.
Aujourd
'hui, il faut aussi apporter une aide
à
tous ceux qui n'ont pas d'autre choix que de prendre leur voiture pour aller travailler, soit les aides-soignantes en zone rurale,
que
ce soit les salariés qui travaillent dans des zones où les prix du logement sont très chers, donc ils sont obligés d'habiter à 50, 40, 80 kilomètres de leur lieu de travail. Mais ces personnes-là, il faut les aider, il n
'y a
absolument aucun doute. Et regardons aussi ce que ça représente comme somme. Mettre en place des aides ciblées sur ceux qui travaillent, qui n'ont pas d'autre choix que de prendre leur voiture, ça va coûter quoi ? 100, 120, 150 millions. Les économies qu'il faut trouver, c'est des économies systémiques entre 30 et 40 milliards d'euros. Donc si nous faisons toutes les économies nécessaires que j'ai proposées,
nous
gardons la possibilité, qui me paraît une question de justice, une question de stabilité sociale, d'aider ceux qui en ont vraiment besoin quand le prix du carburant tape les 2,30, 2,40, peut-être demain 2,50.
Bruno Le Maire, votre manifeste pour une autre France a tout d'un programme présidentiel. Vous ne voulez pas dire si vous êtes candidat à la présidentielle ou non. Qu'est-ce qui vous déciderez ? Qu'est-ce que vous attendez ?
J
'attends de voir quelle est la réaction des Français aux propositions que je peux faire. Être candidat, ça ne
se
décide pas comme ça, le matin dans un café.
Là, ça semble très réfléchi. Non mais d'accord, mais vous voyez qu'il y a déjà une
quarantaine de candidats. L'impression que chacun s'est levé un matin, s'est dit, tiens, je vais être candidat à la présidence de la République. Enfin, la situation est grave.
Donc vous ne serez pas un de plus ? Vous attendez, est-ce que c'est une primaire ?
Est-ce que c'est une primaire de la droite et du centre, là, vous serez candidat ?
Je ne sais même pas s'il y aura de primaire.
Vous
savez… Mais si,
il
y
en
a
une.
Si, il y en a une.
Mais
avec
des si, on mettrait Paris en bouteille et Lutèce dans une amphore.
Vous ne voulez pas répondre à cette question ? Non, pourquoi je ne veux
pas répondre ?
Il y a déjà trop de candidats, c'est ça ?
J
'ai 30
années d'expérience politique. J'ai été ministre de l'Agriculture, ministre d'Affaires européennes. Pendant 7 ans, ministre de l'Économie et des Finances. Il
y a
des choses que j'ai réussies, d'autres sur lesquelles j'ai échoué. J'ai une conscience aiguë de la gravité de la situation
dans laquelle nous sommes. On ne met pas autant de
propositions sur la table à 7 mois d'une présidentielle sans dévénéter
derrière. Mais
soit vos propositions, elles sont écoutées. Ce ne
sont
pas des propositions,
c
'est une vision du pays. Est-ce que cette vision du pays qui repose sur la prospérité par le travail et la production, le rétablissement de l'autorité de l'État et
la
fédération d'État
-nation pour l'Europe ?
C
'est-à
-dire
trois orientations très claires et très simples. Est-ce que cette vision-là, elle recueille le soutien des Français ? Oui ou non, vous vous
déplacez, vous écoutez. Mais vous en avez discuté avec les
candidats ? Bien sûr,
j'ai discuté de cela avec Gabriel Attal, que je dois voir très prochainement. Je peux en discuter avec d'autres personnes à tout moment.
Et Gabriel
Attal, il serait prêt à reprendre vos propositions ? Mais on
verra ce que chacun fera. Et
vous soutiendrez celui qui
reprend vos propositions ?
Ce n'est pas une question de soutenir un candidat ou un autre, c'est défendre une vision de son pays. Je n
'ai
pas 30 années de vie politique derrière moi pour me dire, tiens, je vais me mettre en soutien de l'un ou de l'autre. Je défends ma vision. Elle recueille ou
non
l'enthousiasme et le soutien des Français. Et à partir de là, vous prenez une
décision.
Est-ce que vous en avez parlé avec Dominique Devine-Pin, que vous connaissez bien, qui vous avez travaillé ? Non, mais je serai sans doute
l'occasion de lui en parler.
Je
reste
ami avec Dominique
Devine-Pin. Je suis là pour défendre mes visions. Regardez, je me suis exprimé sur l'éducation il n'y
a
pas très longtemps. En disant, il est indispensable d'établir une continuité entre l'enfance, la petite enfance et l'école. C'est la seule manière véritablement de retrouver des meilleurs résultats.
Vous avez déchaîné les
passions. Oui,
justement, mais tant mieux parce qu'au moins, sans doute que j'ai été mal compris, donc je rétablis les choses. J'hésite certainement pas de faire de nos bébés et de nos enfants des écoliers. Il s'agit de garantir à toutes les familles de France une modalité de garde en crèche ou avec des assistantes maternelles qui permettent aux enfants de s'éveiller dans les meilleures conditions possibles. C'est une faculté, ce n'est pas une obligation. Mais au moins, j'ouvre un débat sur la refondation d'un modèle qui ne donne pas les résultats qui sont attendus.
Merci Bruno Le Maire, merci beaucoup d
'être
venu nous parler de votre vision,
de
votre manifeste pour une autre France. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Bruno Le Maire