Les mots pour convaincre
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:00Invité politiqueFait
« comme ce dont je vais vous parler aujourd'hui c'est des mots et bien j'ai la chanson de Dalida dans la tête que vous connaissez toutes et tous des mots toujours des mots encore des mots »
- 0:40Invité politiqueFait
« ce dont nous parlions et qui me paraît être un vrai sujet politique c'est de savoir quel mot utiliser à quel moment pour à la fois être évidemment juste et en phase avec nos convictions mais aussi pouvoir parler au plus grand nombre sans mettre à distance »
- 1:23Invité politiqueFait
« notre enjeu de vocabulaire n'est pas juste un problème de mots tout simplement mais un problème d'idée et des véhicules qui permettent de conquérir la majorité »
- 2:04Invité politiqueFait
« il faut qu'on trouve à chaque fois le bon équilibre juste équilibre qui nous permet de tenir cette tension »
- 2:47Invité politiqueFait
« un terme qui était il y a 25 ans totalement excluant et devenu progressivement au contraire mainstream »
- 5:31Invité politiqueFait
« est-ce qu'on les perd est-ce qu'il faut que tous les mots soient simples ou est-ce que de temps en temps on peut élever le niveau général »
- 6:14Invité politiqueFait
« l'intersectionnalité c'est le croisement entre race classe et sexe donc c'est à dire l'idée que les rapports de domination se cumulent les uns aux autres s'imbriquent »
- 7:36Invité politiqueFait
« quand le mot est entré a fait son entrée on croira peut-être que c'est une conquête mineure mais on aura tort car nommé c'est déjà dévoilé et dévoilé c'est agir »
- 11:44Invité politiqueFait
« le mot gauche a été associé à l'air Hollande le gouvernement Hollande a fait une politique de droite »
Temps de parole
- Clémentine Autain100 %
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
comme ce dont je vais vous parler aujourd'hui c'est des mots et bien j'ai la chanson de Dalida dans la tête que vous connaissez toutes et tous des mots toujours des mots encore des mots parce qu'il s'agit du débat que j'ai eu avec François Ruffin à la Fête de l'Humanité et alors que nous avons parlé pendant une heure de beaucoup beaucoup de choses il y a un petit point à la toute fin qui a retenu l'attention d'un certain nombre de médias et pour vous lire là la traduction de libération de chez Paul peut-être vous lisez le chez Paul de Libé ou le journaliste écrit Clémentine Autain ne veut plus employer les mots qui mettent à distance comme intersectionnalité patriarcates et au libéralisme donc évidemment c'est raccourci très très court puisque en fait ce dont nous parlions et qui me paraît être un vrai sujet politique c'est de savoir quel mot utiliser à quel moment pour à la fois être évidemment juste et en phase avec nos convictions mais aussi pouvoir parler au plus grand nombre sans mettre à distance et ça c'est une question qui est une question sans à se poser et à se reposer en remettant l'ouvrage sur l'établi puisque il en va en fait de la bataille de l'hégémonie culturelle pour reprendre les termes de grammechi ou dit par un autre je pense à Edgar Morin et lui dit c'est avec par des mots qu'on conquiert des territoires idéologiques même idée c'est-à-dire que notre enjeu de vocabulaire n'est pas juste un problème de mots tout simplement mais un problème d'idée et des véhicules qui permettent de conquérir la majorité c'est à dire qu'ils deviennent qui fassent partie d'une certaine manière du sens commun et il y a forcément une tension entre ce qui met à distance c'est-à-dire des mots qui mettent à distance parce que ils sont trop marginaux à un moment donné qu'ils apparaissent comme violent qu'ils sont inaudibles et ce qui permet de choquer c'est-à-dire qu'il faut aussi qu'on ait une manière de de d'interpeller et de pas toujours utiliser les mêmes mots sinon évidemment ne fait pas éruption débat public et on ne peut pas conquérir l'hégémonie culturelle on se laisse sans arrêt sur le reculoir donc il faut qu'on trouve à chaque fois le bon équilibre juste équilibre qui nous permet de tenir cette tension et alors c'est un débat que moi j'ai dans ma tête et avec d'autres depuis très très longtemps depuis que j'ai commencé à militer puisque il y a 25 ans moi j'ai démarré en engagement sur le terrain féministe et déjà à l'époque où le terme n'était pas du tout comme aujourd'hui c'était un terme vraiment totalement marginalisant chaque fois que je voyais un journaliste quand j'ai créé mixité mouvement mixte pour l'égalité entre les sexes à chaque fois on me disait mais alors vous vous dites féministe c'est quand même très curieux qu'est-ce que ça veut dire et j'étais regarder comme une espèce de bête bizarre aujourd'hui la majorité des Français se sont appropriés ce terme et donc un terme qui était il y a 25 ans totalement excluant et devenu progressivement au contraire mainstream comme on dit c'est-à-dire appartenant au champ lexical de de la pensée dominante donc le double problème que ça pose c'est que il faut bien se rendre compte à la fois je le revendiquais et à la fois on s'appelle mouvement mixte pour l'égalité entre les deux sexes et non pas mouvement féministe parce qu'on a une discussion sur les mots qui permettent justement voilà de se faire entendre et en même temps sans cacher le fait qu'on ait féministe et on est déjà dans un débat au regard d'un terme qui est potentiellement excluant dans une période d'ailleurs où tous les mois en isthme sont absolument passés de mode et d'ailleurs le reste pour une large part puisqu'on est sorti des grandes utopies des grandes idéologies communissent socialistes tout ça étant censé cette effondré et pas simplement sensé d'ailleurs on le sait le communisme avec le blog soviétique l'échec de la sociale démocratie pour le socialisme donc il y a des réalités derrière qui font que ces mots qui ont porté une espérance se sont fracassées sur le mur d'un certain nombre d'expériences et qui font que les utiliser devient devient compliqué parce qu'on n'est pas compris ou parce que c'est associé à une autre idée donc fut un temps par exemple au moment du traité constitutionnel européen en 2005 où on s'était appelés les collectifs anti-libéraux on était contre le libéralisme économique et moi j'allais dire presque dans ma salle de bain pas cuisiner moi je me sens plus anticapitaliste que ont-ils libéral parce que je trouve que dans libéral on entend une liberté d'ailleurs une fois je m'étais fait attraper dans le métro à un homme était venu me voir mais moi j'aime bien votre combat pour le nom au Traité constitutionnel européen mais par contre pourquoi vous appelez les anti-libéraux vous êtes contre la liberté et en fait on était arrivé là parce qu'on trouvait que le mot capitaliste c'était impossible de le prononcer ça m'était trop à distance et que on voulait on parle libéralisme on dénoncé quelque chose qui nous semblait être plus audible voilà et chemin faisant se rend compte que aujourd'hui le mot capitalisme lui-même revient les plus un mot tabou et je pense que c'est pas mal parce que le capitalisme c'est la loi du profit par par essence plus que simplement les normes de marché que visent un peu le libéralisme économique mais on voit bien que à chaque époque on essaie de trouver le mot qui nous permet de faire de faire une incursion ce qui m'est à distance c'est aussi évidemment les mots compliqués les mots compliqués alors là je me souviens d'une fois j'avais utilisé à plusieurs reprises à la télévision le mot bi-actif les couples bi active et j'ai un proche qui m'avait appelé en me disant mais ils arrêtent avec tes couples bien actifs on comprend rien qu'est-ce que ça veut dire bah c'est un couple dont les deux membres sont actifs c'est-à-dire travaillent d'un point de vue enfin son actifs par opposition à chômage évidemment coupe bi active c'est pas très c'est pas très simple mais il me semble parfois que dans un discours global audible qu'on peut comprendre introduire des notions un peu précises un peu technique ne font pas perdre les gens mais c'est un vrai débat c'est une vraie discussion est-ce qu'on les perd est-ce qu'il faut que tous les mots soient simples ou est-ce que de temps en temps on peut élever le niveau général et s'il est bien expliqué introduire un mot un peu un peu compliqué on pourrait la voir sur intersectionnalité ce dont on est battait avec François Ruffin mais aujourd'hui le mot d'intersectionnalité c'est comme presque wokisme il est devenu comment dire rempli de plein de choses absurdes qui mettent parfois totalement à distance de ce qu'on veut dire intersectionnalité je pense que les trois quarts des gens ne comprennent pas du tout ce que c'est alors que c'est assez simple en vrai l'intersectionnalité c'est le croisement entre race classe et sexe donc c'est à dire l'idée que les rapports de domination se cumulent les uns aux autres s'imbriquent c'est pas très compliqué ça devrait être partagé par l'intégralité des personnes qui se disent progressistes et de gauche en réalité c'est ça l'intersectionnalité j'ai envie de dire n'est plus ni moins alors après on peut remplir la théorie je dis pas qu'il y a pas des chercheurs qui mettent peut-être encore d'autres choses que moi-même je suis pas toujours capable de bien bien préciser mais si j'utilise le terme d'intersectionnalité c'est vraiment juste pour dire cette idée simple peut-être que ça met à distance de dire le mot et si je l'explicite davantage de personnes seront d'accord avec moi pour dire que quand on est une caissière de supermarché donc c'est à dire une femme issue d'un milieu social défavorisé et par ailleurs de couleur de peau noire et ben voilà ça fait trois raisons pour laquelle dans sa vie il va y avoir une imbrication de rapports de domination qui vont lui être défavorable c'est ça l'intersectionnalité c'est penser tous ces rapports de domination donc on peut utiliser le terme mais peut-être qu'il met à distance si on l'explicite pas bien mais on peut aussi se dire que le plus important c'est de porter l'idée sans nécessairement braquer par un terme qui aujourd'hui n'est pas compris mais parfois c'est bien aussi de tenir bon sur des mots parce que c'est aussi comme ça qui se propage et qu'on conquiert l'hégémonie et c'est ce qui nous fait gagner la bataille Simone de Beauvoir quand le mot sexisme a été introduit dans le dictionnaire a dit quand le mot est entré a fait son entrée on croira peut-être que c'est une conquête mineure mais on aura tort car nommé c'est déjà dévoilé et dévoilé c'est agir je ne peux pas dire mieux c'est à dire qu'effectivement quand on gagne un mot comme on a gagné sur féminisme comme on a gagné sur féminicide féminicite ça sort aussi les les violences conjugales qui vont jusqu'au meurtre du fait divers d'un seul coup c'est un terme qui permet d'unifier des cas qui sont qui étaient autrefois éclatés et par raccordé à de la violence structurelle sexiste ça ça me paraît très très important qu'on arrive à à imposer des termes comme on a imposé autrefois le mot de sans-papiers sans papier alors qu'on parlait avant de clandestins beaucoup plus et dans le langage on voit bien qu'il y a une bataille qui se joue si vous parlez de clandestins c'est des gens qui ne sont pas légitimes si vous parlez de sans papiers vous parlez de gens qui sont dépossédés comme on parle également de sans toi de sans emploi et laissant comme ça viennent s'ajouter les uns aux autres qui créent aussi toute une grammaire qui est une grammaire qui est du côté des catégories qui sont opprimées et qui permettent de dire que eux n'ont pas quelque chose et donc je trouve que les mots de ce point de vue là sont très important de la même manière je trouve que quand Jean-Luc Mélenchon prend le terme des doigts glissant créolisation c'est au début ça fait bizarre on dit mais de quoi il parle et en fait il le remplit et ça permet de parler du métissage de ce qu'est la France qui est par opposition à l'extrême droite qui a une vision totalement tronquée d'une France éternelle figée blanche chrétienne qui est en dehors de du réel qui est fantasmé et qui est évidemment empreinte de de racisme et qui est une vision de la France contraire en tout cas à celle que nous défendons fidèle à la liberté à l'égalité et à la fraternité donc créolisation par exemple c'est un mot nouveau que je trouve bien d'employés pour essayer là aussi de de capter de dire un fait et de se disputer de d'assumer la conflictualité avec avec l'extrême droite autre mot auquel en revanche je ne croyais pas du tout je me rendre hommage à mes à mes amis Cédric Durand erasmique que Cheyenne c'est le mot de planification écologique les deux intellectuels que je viens de nommer ce sont battus il y a quelques années pour qu'on parle de planification écologique et moi je leur disais mais moi dans planification j'entends l'ex URSS c'est à dire l'idée de planifier je vois le Gosplan et c'est l'angoisse et me disait mais non au contraire ce mot va choquer mais il est juste au sens où il s'agit d'anticiper et d'organiser dans le temps la transition écologique et ça c'est vrai que c'est juste c'est à dire voilà un mot qui est juste dans son sens il faut bien faire un plan parce que ça se fait pas en trois secondes et qu'il faut organiser tout ça ce que je vous disais dans le temps et en même temps le mot a une connotation et c'est amusant de voir que sans doute ont-ils eu raison et Jean-Luc Mélenchon pour le coup avec puisqu'il l'a repris dans les différentes campagnes que nous avons tous menées puisque ce mot là il est aujourd'hui dans la bouche d'Emmanuel Macron et il ne met pas du tout à distance il permet d'exprimer l'idée qu'il faut organiser dans le temps mais du coup je pose la question suivante qui arrive celle de la triangulation et du brouillage parce que à partir du moment où les adversaires reprennent nos mots alors pas spécialement celui-là de plan on peut dire qu'on a gagné la bataille culturelle mais après des fois il le reprennent et il faut en trouver d'autres pour remarquer à nouveau le conflit c'est très important et puis le brouillage le brouillage il fait qu'il y a des mots qui peuvent être bien à un moment et puis on peut plus les utiliser un autre puis on les reprend exemple évidemment le mot gauche le mot gauche a été associé à l'air Hollande le gouvernement Hollande a fait une politique de droite et donc moi je me souviens en circonscription chez moi je me souviens très bien un jour au beau dot où je faisais du porte-à-porte et où j'utilisais le mot gauche et où les gens me disaient à mes de quoi vous parlez Hollande parler de Hollande et donc de cette petite là il y avait un rejet de cette politique et le mot associé à cette politique qui était une politique vécue par des catégories populaires comme étant absolument noir négative et on le comprend donc on a mis sous le boisseau le mot gauche et le et sans doute qu'il faut le reprendre à un moment où on est capable de le remplir donc l'enjeu de re-remplir les mots me paraît très important de les remplir donc il faut remplir certains mots j'ai le débat en ce moment sur la question des services publics puisque sans doute si vous me suivez vous avez vu que je pense que c'est une thématique forte phare qu'il faut qu'on se prenne très fortement à gauche parce que elle est capable de donner à voir la cohésion sociale telle que nous voulons l'amener et de dire que le sort des plus démunis des plus défavorisés bien tire tout le monde vers le haut le service public c'est ce qui permet de penser l'intérêt général pour tout le monde mais aussi de raccorder des publics et des territoires puisque quand on parle de toujours de ce débat entre les campagnes et les zones plusieurs bannisées on a l'impression qu'il y a un choc et qu'on sait pas très bien comment les relier si on parle de service public je pense qu'on pourrait les relier néanmoins on me dit que la terminologie service public elle a une connotation puisqu'on est plein de tout ce qu'on nous a bruiné dans toutes ces décennies hyper libérales sur le plan économique où on estimé qu'il y avait trop de fonctionnaires que le service public c'était la bureaucratie où on a dénigré au fond les services publics en estimant même que le privé pouvait faire mieux et du coup le mot service public lui-même il avait disparu parce que il était devenu négatif et je pense que en l'occurrence on intuition c'est qu'il faut le reprendre parce qu'il fait partie de ces mots au but vous savez les mots au bus c'est l'expression de Paul arrière qui quand il avait sorti le mot décroissance disait à un moment donné il faut prendre un mot aussi qui qui choque qui voilà qui interroge et donc peut-être que service public sans être aussi choquant que décroissance je pense qu'il n'est pas aussi choquant et aussi mot obus mais en tout cas est un vieux mot qu'on peut remplir et donc c'est de cette utilisation des mots comme pouvant interpeller interpellé alors après une fois qu'on interpelle c'est important d'interpeller parce que regarder avec balance ton port balance ton porc c'est une expression qui est évidemment choquante qui vise à comme on dit maintenant disrupter sa disrupt ça choque mais néanmoins c'est aussi grâce à ces mots qui ont choqué balance ton port que sans doute on n'a pas passé une étape dans la visibilité de la parole de femmes qui dénoncent les violences qu'elles subissent donc tout ça pour dire que c'est pas un sujet qui est un sujet très simple c'est un sujet qui est assez complexe mais il est important de l'avoir parce que il faut qu'on ait à la fois des mots justes mais des mots qui marquent et des mots qui correspondent à l'époque pour à la fois être accord avec nos idées parce qu'il s'agit pas d'en Rabat et je termine là-dessus c'est pas parce que on utilise moins un mot à un moment donné que ça veut dire que on abandonne le contenu et la radicalité que l'on veut porter radicalité au sens de prendre à la racine mais en revanche ce qui est sûr c'est qu'il faut qu'on arrive aussi à embrasser largement et à convaincre largement donc il faut tenir ces deux bouts voilà l'appel que je voulais faire aujourd'hui
Clémentine Autain