Philippe Rio : "Il y a un volet humain et pas seulement urbain dans ce plan"
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Chapitres
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Questions et réponses
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Vous dites quoi, Philippe Riau, enfin ?
- 0:53OuverteRéponse directe
Alors ça passe par quoi ? J'imagine que vous avez quelques pistes.
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Vous voulez dire transversal par rapport au ministère ?
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Philippe Riau, ce serait ça la grande différence ?
- 2:26RelanceRéponse directe
Ce serait ça la différence par rapport aux autres plans ?
- 3:19OuverteRéponse directe
Concrètement, vous attendez quoi ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:06Locuteur 1Fait
« la mère des batailles sera l'éducation, la formation professionnelle, la lutte contre l'illettrisme. »
- 1:11Locuteur 1Fait
« il y a un volet humain extrêmement important, même si la qualité urbaine sera présente »
- 2:40Locuteur 1Chiffre
« On ne peut pas mettre sur le dos de la politique de la ville qui représente 0,42% du budget de l'État tous les maux de notre société »
- 2:56Locuteur 1Chiffre
« De quoi parle-t-on ? Le CICE, pour les entreprises qui devaient créer tant d'emplois et tant d'emplois, c'est 50 milliards d'euros. »
- 3:03Locuteur 1Promesse
« Si avec 48 milliards d'euros, on arrive à faire en sorte que 6 millions d'habitants vivent mieux, c'est toute la France qui vivra mieux. »
- 4:47Locuteur 1Chiffre
« C'est 50% des élèves qui sortent du système scolaire sans diplôme. »
- 5:13Locuteur 1Chiffre
« c'est le double d'illettrisme dans les quartiers populaires par rapport à la moyenne nationale, soit 20% d'illettrisme. »
- 6:24Locuteur 1Promesse
« nous avons demandé que 2 milliards soient fléchés dans les quartiers politiques de la ville pour bénéficier aux gens qui en ont le plus besoin. »
Temps de parole
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Il est 6h21, nous accueillons le maire communiste de Grigny, dans l'Essonne, l'une des villes les plus pauvres de France. Philippe Riau, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous sur France Inter. On se souvient de l'appel de Grigny, l'appel des élus des quartiers populaires. C'était en octobre dernier. Six mois plus tard, voici le plan Borloo, remis aujourd'hui, non pas au président de la République comme prévu, mais au Premier ministre, Édouard Philippe. Ça fait plusieurs semaines qu'on l'annonce, qu'on l'attend. Plusieurs fois reporté aussi ce plan de bataille pour les banlieues, le voici donc. Vous dites quoi, Philippe Riau, enfin ?
Oui, ça va permettre d'avoir une discussion avec la nation entière, parce que c'est un plan de mobilisation de la nation. C'est un élan, c'est la volonté, ou en tout cas l'ambition, de réconcilier la banlieue avec la France, la France avec la banlieue, et puis la République avec les quartiers populaires. C'est ça l'ambition que nous avons tous dans l'équipe que nous avons constituée.
Alors ça passe par quoi ? J'imagine que vous avez quelques pistes. Vous avez travaillé aux côtés de Jean-Louis Borloo, vous faites partie d'une commission. quelles sont les pistes de ce plan ?
À la différence de ce que l'on peut entendre, la mère des batailles sera l'éducation, la formation professionnelle, la lutte contre l'illettrisme. C'est-à-dire qu'il y a un volet humain extrêmement important, même si la qualité urbaine sera présente, la remise en marche des programmes de rénovation urbaine, parce qu'il faut continuer ce mouvement-là, travailler sur les transports. Mais je crois que la différence avec les autres plans, c'est qu'il y a un volet humain qui est extrêmement présent. Et l'autre élément, en termes de méthode, c'est que c'est un projet global. Et donc nous alertons déjà en disant au président de la République, il faut tout prendre.
Vous voulez dire transversal par rapport au ministère ?
C'est un projet global. Le droit commun doit être partout, l'inventivité, l'ingéniosité, la force de persuasion dans tous les domaines. Il ne peut pas y avoir de mesure gadget. Là, un petit truc, là un autre truc. C'est un projet global qui est construit de cette manière-là et qu'il faut tenir pour avoir les effets escomptés. Parce que si on prend que la moitié, un quart, ou la bonne idée là, mais pas l'autre volet, on aura un plan déséquilibré. Et puis on se retrouvera dans quelques années à se dire que ça n'a pas fonctionné.
Philippe Riau, ce serait ça la grande différence ? 48 milliards, on peut le rappeler, d'investissement. Mais vous parlez d'un big bang quelque part. Jean-Louis Borloo a parlé d'un big bang institutionnel. Ce serait ça la différence par rapport aux autres plans ? Parce qu'il y en a eu en 40 ans et puis des millions d'euros mis sur la table, on a vu que ça n'avait pas marché.
Oui, il y a des choses qui ont fonctionné. On ne peut pas mettre sur le dos de la politique de la ville qui représente 0,42% du budget de l'État tous les maux de notre société et le malaise de nos quartiers populaires. Sur les 48 milliards, moi j'appelle les auditeurs à réfléchir et à tout le monde. De quoi parle-t-on ? Le CICE, pour les entreprises qui devaient créer tant d'emplois et tant d'emplois, c'est 50 milliards d'euros. Si avec 48 milliards d'euros, on arrive à faire en sorte que 6 millions d'habitants vivent mieux, c'est toute la France qui vivra mieux. Et je suis sûr qu'en termes d'emplois, ces 48 milliards seront bien plus créateurs d'emplois que le CICE. C'est évident.
Concrètement, vous attendez quoi ? Que ça compense la fin des contrats aidés, la baisse des APL, que ça valorise l'associatif, que ça renforce le budget de la ville ? C'est quoi la priorité de ce plan ?
C'est tout ça. Encore une fois, il faut comprendre que c'est tout ça. Ce n'est pas un côté les emplois aidés pour le secteur marchand ou pour le secteur non marchand. C'est tout ça en même temps. Et ça ne marchera que s'il y a tout ça en même temps. C'est ça la nouveauté et ce que l'on doit gagner dans la période qui s'ouvre. Parce que le rapport Borloo est une étape. Il ne doit pas aller dans les poubelles ni de l'Elysée, ni dans les poubelles de Matignon.
Ça fait des mois que depuis l'appel de Grigny, vous, les élus de quartier, vous vous mobilisez. Vous dites qu'il y a plus qu'urgence. Vous dénoncez un cocktail social explosif dans nos quartiers. Ce n'est pas alarmiste ?
Écoutez, regardez ce qui s'est passé à Toulouse. Nous vivons sous une poudrière, sur un volcan. Nous le savons tous. Le monde associatif le sait. Les élus locaux le savent. C'est-à-dire les experts d'usage. Les fonctionnaires qui travaillent dans les écoles. Nous le savons tous. Il n'y a peut-être que là-haut où on pense que tout va bien parce qu'il y a une petite reprise économique et que les problèmes ne sont plus là. Ce n'est pas vrai. C'est extrêmement tendu. C'est une réalité. Il faut la mesurer.
C'est quoi l'état des lieux aujourd'hui, Philippe Riau, en termes d'illettrisme ? Vous en parliez de décrochage scolaire ou même de santé, par exemple.
Écoutez, je prends l'exemple de ma ville que je maîtrise mieux. C'est 50% des élèves qui sortent du système scolaire sans diplôme. Et donc là, ce n'est pas la politique de la ville qui est réinterrogée. C'est l'éducation nationale. Dans un plan massif, robuste, solide pour réinvestir ces quartiers, pour adapter à la réalité des choses. En matière de santé, c'est des enfants qui sont moins vaccinés. C'est des taux d'obésité dans nos quartiers qui sont supérieurs à la moyenne nationale.
Et en matière d'illettrisme, c'est Thierry Lepan, le délégué interministériel, qui a annoncé lors de notre Tour de France à Mulhouse, c'est le double d'illettrisme dans les quartiers populaires par rapport à la moyenne nationale, soit 20% d'illettrisme. Et la langue française, elle est importante parce qu'elle fait vivre ensemble. Elle fait nation. Et donc, nous devons réinvestir un plan massif sur la maîtrise de la langue française. Donc, tout ça est très global.
Rapprocher les élites des quartiers, il suffit sans doute d'un peu de diversité. Une des pistes de ce plan, on sait maintenant, c'est un concours spécifique pour que les jeunes des quartiers puissent devenir de hauts fonctionnaires. Ça, c'est une bonne idée, Philippe Rio ? Ou c'est gadget, comme vous disiez ?
C'est une bonne petite idée. Il faut aller au bout parce qu'effectivement, je commence un peu à avoir de l'expérience. Moi, je suis né dans ces quartiers et j'ai vu des élites qui quand même ont un peu tous le même format de pensée et les parcours un peu originaux sont importants pour mieux appréhender, mieux comprendre et apporter des solutions concrètes surtout.
Le plan formation et apprentissage est en cours. Lui aussi, 15 milliards sur la table, quand même, ce n'est pas rien, ça, Philippe Rio ?
Oui, dans l'appel de Grigny, nous avons demandé que 2 milliards soient fléchés dans les quartiers politiques de la ville pour bénéficier aux gens qui en ont le plus besoin.
Vous avez peur d'être oublié ?
Ah oui, c'est tout le travail que nous avons mené avec Jean-Louis Borloo auprès du ministère du Travail pour alerter et créer les mécanismes simples, efficaces qui permettent que les gens qui en ont le plus besoin touchent cet argent qui existe et bénéficient de processus de formation, de parcours de formation sur les compétences de base, les compétences socles avant d'aller... En clair, on améliore l'employabilité des habitants parce qu'ils sont très, très, très peu formés.
La banlieue n'est pas dans les radars du gouvernement. Dites-vous, vous dénoncez dans la presse il y a quelques jours le mépris des pouvoirs publics. C'est bien la preuve avec ce plan Borloo que c'est le contraire ?
Écoutez, c'est un plan. Je le disais tout à l'heure, il peut être mis à la poubelle du jour au lendemain. On ne peut prendre... Le gouvernement et le président de la République ne peuvent prendre que des mesures et pas la globalité du plan.
Oui, ce sont des préconisations.
Voilà, ce sont des préconisations. Donc, nous, nous continuons avec Territoires gagnants, l'association Ville et Banlieue, l'association d'élus, avec également les zèbres. Le Tour de France continuera. Cet après-midi, nous sommes à Paris. Et le 14 mai, nous avons rendez-vous à Alône, dans la banlieue du Mans, pour travailler sur la culture.
On vous sent méfiant. On a entendu dire que c'était le plan de la dernière chance. si ce plan n'est pas à la hauteur de vos espérances, Philippe Rio, est-ce que vous allez faire comme Stéphane Gatignon à Sevran et démissionner ?
En tout cas, on ne restera pas les bras croisés en pleurant sur notre sort, ça c'est sûr.
Merci Philippe Rio, maire communiste de Grigny. C'était Emmanuel Macron, je rappelle qu'il y aura, quoi qu'il arrive, le dernier mot qu'il dira fin mai, début juin, ce qu'il retient de ses préconisations du plan Borloo. Merci à vous d'être venu dans le 5-7 de France Inter. Au revoir. Merci. Au revoir.
Philippe Rio