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interviewLe Crayon· 11 juillet 2023 10 min

L'intelligence artificielle va-t-elle tous nous remplacer ?

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Mathilde Panot

Vous avez sûrement suivi l'arrivée récente de ChatGPT qui a bouleversé notre rapport à l'intelligence artificielle. Et avec la robotisation, l'automatisation et la puissance algorithmique, l'intelligence artificielle vit un nouvel âge d'or. De l'automatisation des tâches à la conduite autonome, en passant par les assistants vocaux intelligents. Dis Siri ! L'IA est en train de transformer notre quotidien à une vitesse impressionnante.

Pourtant, si certains peuvent se réjouir de ces avancées qui nous rapprochent un peu plus d'un monde imaginé par Isaac Asimov, d'autres craignent que ces nouveautés technologiques nous rapprochent d'un futur plus dystopique qu'un Norwell ou un Huxley auraient pu l'imaginer. Parce qu'entre l'inquiétude que les robots prennent nos emplois, ou encore que l'intelligence artificielle creuse davantage le fossé entre les riches et les pauvres, il semble légitime de se poser deux minutes et de réfléchir aux potentielles conséquences qui auront lieu dans le monde dans lequel on vivra demain. C'est justement le sujet qu'on a abordé avec Mathilde Panot, présidente du groupe LFI et figure de la gauche.

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Présentateur

Pour moi, il y a quelque chose qui me frappe en ce moment, et c'est d'ailleurs pas que moi, c'est la révolution de l'intelligence artificielle qui menace, d'après une étude de Goldman Sachs récente, 300 millions d'emplois.

Est-ce qu'on n'est pas un peu dans un barrage contre le Pacifique de Duras, dans lequel la mère de l'héroïne essaye tant bien que mal de lutter contre un océan qui est inexorable, avec des ajustements qui protègent les travailleurs, peut-être superficiellement ou dans un temps court, mais où structurellement, le monde de la technologie font qu'on va se retrouver avec des disparités qui ne feront qu'augmenter entre un monde de la tech qui est maîtrisé par des personnes qui s'enrichissent avec ça et des classes populaires qui sont asservies par un manque de compréhension de ce monde-là et par un changement et par des robots d'une tech qui remplacent les humains.

Est-ce que c'est quelque chose que vous appréhendez, sur lequel vous réfléchissez, sur lequel vous vous positionnez en termes de régulation, développement en France d'une industrie comme ça, compétitive ?

1:59
Invité

Dans les choses sur lesquelles on a affaire dans notre pays et justement affaire autre que de faire une réforme des retraites à 64 ans. Juste avant de répondre à cette question-là, je veux faire un truc plus large. Parce que par exemple, ça c'est une question démocratique de choix de société qui est fait, qui doit être posée avec des choses où il ne s'agit pas de dire non, on ne veut pas, qu'il y ait de robots, parce qu'à la rigueur, moi je trouve ça plutôt bien qu'il y ait des choses qui petit à petit soient prises en charge par des robots et c'est aussi comme ça qu'on a réussi à à la fois diminuer le temps de travail sur des choses et puis à alléger la pénibilité de certains métiers.

Donc moi, ce n'est pas pour refuser ça. Mais par exemple, la question de la régulation, c'est des choix démocratiques qui doivent être faits. De même que nous, on appartient à une génération, je ne parle pas seulement de notre âge, mais même si c'est plutôt nous qui devons le faire, mais qui avons un défi à relever qu'aucune génération avant nous n'a eu à affronter. Enfin, comment est-ce qu'on gère ce que ça veut dire le dérèglement climatique et la crise écologique qui a des impacts, mais qui sont foisonnants ?

Quand moi je lis dans un rapport que d'ici à 2030, c'est-à-dire dans 7 ans, la demande en eau potable excèdera de 40% la ressource disponible et n'importe quel être humain sur cette planète, 3 jours sans eau et on est mort.

3:25
Présentateur

En France ou dans le monde ?

3:26
Invité

Dans le monde, dans le monde. C'est une question qui est terrifiante, qui mène le vertige quand on réfléchit à ça. Tout ça, moi j'aimerais qu'on puisse en parler. Qu'on soit dans le 7e pays le plus riche au monde, 7e ou 8e ou 6e comme vous voulez, je dis 7e, mais voilà. Et qu'on est 10 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, que les Restos du Coeur nous disent que la moitié des gens qui sont accueillis ont moins de 30 ans, ça veut dire une jeunesse qui est ultra précarisée, ça c'est des questions que j'aimerais qu'on puisse se poser. Alors je reviens plutôt que d'emmener le pays dans une sorte de rapport de force pure et dure avec une souffrance qui est incroyable.

Je vais vous dire, moi ils ont perdu tout, ils ont perdu la bataille de la mobilisation, ils ont perdu la bataille de l'opinion et ils ont perdu la bataille de l'horizon. Voilà, parce que les gens, ce pourquoi ils se battent, et je pense que c'est ce que le pouvoir n'a pas compris, et je vais répondre à votre question juste après, mais ce pourquoi les gens se battent, il y a une question de la dignité de tout un peuple qui est en train de se jouer là. Parce que c'est une réforme qui est vécue dans les chaires, parce que c'est une réforme qui met en jeu même la manière dont on voit l'organisation de notre vie collective. Enfin, 40% des présidents d'associations sont des retraités.

Ça veut dire, est-ce qu'une vie associative peut continuer avec ça ? 50% des maires des communes rurales sont des retraités. 23 millions d'heures par semaine, c'est ce qui se passe dans notre pays de grands-parents qui gardent leurs petits-enfants. Et ce n'est pas la même chose de payer quelqu'un qui garde un enfant plutôt que vous qui transmettez des choses, dans un moment où l'enfant apprend à devenir humain dans l'échange avec quelqu'un. Et ce n'est pas la même chose d'avoir ce lien-là que d'être gardé par quelqu'un qui peut-être aura 5, 6, 7 enfants si les parents peuvent se le permettre. C'est ça qui est en train de se jouer.

Et donc sur la question que vous posez, moi j'aimerais que ce soit des débats qui permettent de ne pas être sur du court-termiste tout le temps, mais qui sont en fait les grands débats qu'on a à poser et qui sont quand même des débats importants. De savoir, je disais moi, je ne suis pas contre le fait qu'on puisse soulager sur plein d'aspects des choses qui concernent des pénibilités très fortes. Je suis d'accord avec ça. Mais est-ce que ça veut dire qu'on n'aura pas besoin d'humains dans plein de choses ? Non, ça je ne suis pas d'accord par exemple.

Moi, je ne suis pas d'accord pour aller dans un supermarché ouvert le dimanche, je prends l'exemple des Monoprix, où vous n'avez plus aucune caissière, puisque ce n'est plus que des robots qui font des caisses automatiques, qui permettent en fait d'ouvrir le dimanche. Moi, la question que je veux poser, c'est est-ce qu'on a besoin d'avoir des magasins ouverts le dimanche ? Avec quand même un vigile qui est là. C'est ça une question qui est intéressante à poser. Est-ce que, alors certains parlent de taxer les robots, je ne sais pas, ça c'est une discussion que nous, on n'a pas tranchée de notre côté.

Mais c'est en fait, évidemment qu'il faut de la régulation, et ça c'est là encore des choix démocratiques qu'on doit faire sur comment est-ce qu'on organise notre société. Et moi, je suis très favorable, alors je sais que c'est des débats qu'on a depuis longtemps, qu'on a même l'impression qu'on oublie tellement on n'en parle plus parfois, mais moi je suis favorable à ce qu'il y ait au moins un jour dans la semaine, qui ne soit pas consacré à des trucs consuméristes ou autres, où on va s'occuper d'autres choses, des siens, de choses qui nous font plaisir, de faire du sport, de faire du jardinage, de faire n'importe quoi d'autre qui n'est pas aller dans des magasins.

Et que pendant des années, on a fait des choses comme ça, alors moi ça m'arrive de faire des courses le dimanche, mais je suis favorable à ce qu'on ferme les magasins le dimanche, parce que c'est ce qui permet de faire des choses de société, où les gens ne sont pas au boulot. Alors il y aura toujours les gens qui travaillent pour les hôpitaux, mais où le grand nombre, on décide qu'il y a au moins un jour dans la semaine où on ne fait pas travailler tout le monde jusqu'à n'en plus pouvoir, et où du coup on n'est pas d'accord pour qu'on utilise des robots pour faire travailler, enfin voilà, où on se donne des règles communes.

7:29
Mathilde Panot

La question de Jules aussi est portée je pense sur la question économique, est-ce qu'on ne risque pas d'être à la traîne d'un point de vue économique si on n'entre pas dans cette révolution-là, donc soit les robots ou l'intelligence artificielle, donc voilà, mais je suis bien, c'est ça. Oui, ça joue aussi, je ne sais pas.

7:46
Invité

Après ça c'est, non, mais ça c'est à la fois le fait, enfin je ne sais pas, mais les Français, quand vous regardez dans l'histoire, ils ont inventé des choses, ils ont inventé plein de choses, si déjà on permettait juste à des gens qui font des doctorats dans ce pays de pouvoir continuer à faire de la recherche en ayant par exemple des postes de maître de conf qui sont ouverts, enfin si on redonnait à la fois la possibilité à une recherche française de vraiment pouvoir se développer plutôt que de faire une opération genre welcome en France en sélectionnant quelques chercheurs et puis en appauvrissant l'ensemble de la recherche française, ça par exemple, ça serait utile, et je pense que ça permettrait de créer des choses qui, y compris, enfin voilà, ça serait utile non seulement pour notre pays, mais bien au-delà des frontières comme l'ont été beaucoup de découvertes ou de développement de choses.

Donc en fait, on a une intelligence énorme dans ce pays. Si on met les moyens pour faire en sorte que on arrive à faire des choses intelligentes, on pourra le faire. La question, si elle est posée en disant il faut à tout prix baisser tous les droits sociaux de ce pays, dépenser le moins possible et puis faire en sorte qu'on soit une start-up nation, je ne sais quoi, moi je ne suis pas d'accord avec ça.

Je pense qu'y compris, il y a plein de choses qui ont été inventées justement parce qu'on a organisé le fait à la fois d'avoir une recherche publique, des services publics de qualité et qu'avec tout ça, en fait, contrairement à ce que disent certains des néolibéraux, c'est comme ça qu'on invente des choses qui aident le pays et qui aident l'économie en général qui sont bien meilleures que ce qu'on nous propose en nous disant il faut baisser vos salaires parce que vous n'êtes pas compétitifs et puis il faudrait gna gna gna et puis il faut uberiser l'ensemble de la société parce que sinon on ne s'en sort pas.

Enfin, si c'est pour tirer tout le monde vers le bas tout le temps, moi je ne suis pas d'accord avec ce modèle-là. Et je pense que justement, une des choses qui permet de tirer tout le monde vers le haut, c'est d'avoir des réflexions sur comment on s'organise, comment on met de l'argent dans les choses dont on a besoin, dans de la formation dans notre pays. Enfin voilà, il y a plein de choses que par ailleurs on sait très bien faire si tenté qu'on ait une volonté politique qui puisse se développer dessus. Et donc il y a un minimum, les gens ont un bon sens très fort sur ces questions-là.

10:02
Mathilde Panot

Si ce sujet vous plaît, n'hésitez pas à aller voir l'entretien qu'on a fait en intégralité avec elle. D'ici là, pensez toujours à mettre un j'aime, à mettre un commentaire et à vous abonner, c'est super important pour nous soutenir. Portez-vous bien, salut !

L'intelligence artificielle va-t-elle tous nous remplacer ? — Mathilde Panot · Pourquijevote