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interviewBFMTV· 10 avril 2024 21 min

"On nous a trompé" sur le budget: l'interview en intégralité de Bruno Retailleau, sénateur LR

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Bruno Retailleau. Bonjour à vous. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes sénateur, sénateur Les Républicains de la Vendée, et vous êtes président du groupe Les Républicains au Sénat. On va revenir sur ce déchaînement de violence chez les jeunes. On a appris à l'instant qu'un jeune avait succombé à des blessures. Il a été poignardé dans le quartier de la Monnaie, à Romand-sur-Isère. Mais d'abord la politique. Vous pourriez faire tomber le gouvernement. Vous avez menacé d'une motion de censure le gouvernement sur les questions budgétaires, d'insincérité budgétaire du gouvernement.

Et depuis, toutes les autres formations de l'opposition ont dit que si vous déposiez cette motion, il vous suivrait, ce qui mécaniquement entraînerait la chute du gouvernement. Vous êtes vraiment déterminé ?

0:49
Bruno Retailleau

Nous le sommes, mais ça va dépendre aussi du gouvernement. D'abord, je pense qu'il faut qu'on défende les Français. Les deux quinquennats d'Emmanuel Macron se seront soldés par 1 000 milliards de dettes en plus. Aujourd'hui, le stock de la dette que supportent les Français, parce qu'au bout du compte, c'est eux qui en sont responsables sur leurs épaules, si j'ose dire, et non pas dans leurs décisions. Ça ne dépend pas d'eux, évidemment. C'est des mauvais gouvernements qui ont ajouté la dépense publique à la dépense publique. Mais sur 3 000 milliards, 1 000 milliards depuis 2017 pour Emmanuel Macron.

Ce qui fait de la France le cancre de l'Europe, avec l'affaiblissement de la voix de la France en Europe. C'est important, puisqu'on est à quelques encablures des élections européennes. Mais surtout, notre rapporteur général du budget au Sénat est allé faire un contrôle sur place et sur pièce à Bercy.

1:32
Présentateur

– Il a regardé les comptes, quoi.

1:33
Bruno Retailleau

– Exactement. Il a découvert des notes. Et ces notes indiquent très clairement que très vite, très très vite, avant même que le Parlement ait pu voter le budget 2024, les ministres savaient que les hypothèses étaient pipotées. Donc le budget était insincère. On nous a menti, on nous a trompé.

1:50
Présentateur

– On nous a trompé, ça veut dire que ce que vous dites est très grave. C'est que lorsque Bruno Le Maire va faire un 20h il y a 3 semaines pour tirer le signal d'alarme en disant « Il n'y a plus autant d'argent, il va falloir faire des économies », en fait, il surjoue l'étonnement. Il le sait depuis longtemps.

2:08
Bruno Retailleau

– Mais bien sûr, il le sait d'autant plus. On a depuis hier une autre mauvaise nouvelle, puisque le déficit s'est accru jusqu'à 5,5% du PIB. C'était pour 2023. Mais on sait déjà que les chiffres du gouvernement pour 2024, 2024, on est au mois d'avril, ça a tout juste commencé. Eh bien désormais, on ne sera pas à 4,4% de déficit, on sera à au moins 5%.

2:31
Présentateur

C'est catastrophique. – Ça, c'est la nouvelle du jour, effectivement, Bruno Retailleau. Je précise les choses pour que ceux qui nous entendent, qui nous écoutent et qui nous regardent comprennent bien de quoi il s'agit. 2023, le déficit est arrivé à 5,5% du PIB. C'est considérable et c'est beaucoup plus élevé que ce qui était prévu. Pour 2024, le gouvernement tablait sur un déficit à 4,4%, ce qui était déjà très élevé. Aujourd'hui, la trajectoire est finalement revue à nouveau à la hausse et ce serait plutôt de l'ordre de 5%.

3:00
Bruno Retailleau

– Ce qu'il faut bien comprendre, parce que j'imagine que les téléspectateurs, les auditeurs se disent, ça c'est de la comptabilité, c'est des chiffres, on y éloigne tout ça. Non, on peut être très proche de tout ça. Ce qui s'est passé, par exemple, en Italie en 2011, ce qui s'est passé en Grande-Bretagne, au Royaume-Uni en 2022, c'est une mécanique où à un moment donné, ça se dérègle et les marchés prennent peur. Si la France voit sa note, par exemple, dégradée, déjà dans quelques jours…

3:24
Présentateur

– Ce sont les agences de notation, notamment l'agence Moody's, qui déjà a l'air de douter de la sincérité, comme vous, du gouvernement, et de sa sincérité à vouloir vraiment remettre de l'ordre dans les comptes. Ce sont ces agences sur lesquelles s'appuient tous ceux qui prêtent de l'argent à la France. Si ces agences disent « Attention, en fait, la France n'est pas capable de rembourser sa dette, alors le prêt sera moindre. » Il faut vraiment que les gens comprennent. C'est comme un foyer à qui les banquiers diraient « Je ne vous prête plus d'argent parce que je ne vous fais pas confiance pour rembourser. »

3:54
Bruno Retailleau

– Et quand on ne fait pas confiance, ça veut dire qu'il y a une prime de risque qui s'ajoute au taux d'intérêt. Et le taux d'intérêt devient astronomique, et à ce moment-là, il y a une panique des marchés, et c'est le gouvernement qui est au pied du mur, et c'est là qu'on tape les Français. On les tape sur les impôts, on les tape sur les retraites. C'est cette mécanique qu'on veut dénoncer. Et nous, on a annoncé cette ligne rouge. Si demain, le gouvernement augmentait les impôts justement pour compenser ses impérissis, sa mauvaise gestion, alors il faut qu'il soit sûr que ce dépôt de motion de censure tombera automatiquement. – Automatiquement ? – Automatiquement.

4:29
Présentateur

– Cela dit, Bruno Retailleau, le président veut vous couper l'herbe sous le pied. Il annonce, et il l'a dit hier, pas question de faire un projet de loi budgétaire rectificatif, c'est-à-dire ce moment où, à l'Assemblée, vous pourriez saisir l'opportunité de déposer cette motion.

4:46
Bruno Retailleau

– Alors ça, c'est grave. C'est toujours dans la même veine, c'est-à-dire qu'on est quand même dans une démocratie parlementaire. Et les parlements, il faut que les Français le sachent, ont été inventés pour voter l'impôt, pour voter la dépense. Et le président de la République dit, oui, on va bricoler des choses, mais en dehors du Parlement. On nous a donc menti en 2023 sur les hypothèses macroéconomiques, sur le déficit. On nous a rementi en 2024. Et là, on se dit, non, non, on va nous faire des décrets d'annulation, mais surtout pas de vote du Parlement. – Je vais préciser les choses. – Ce n'est pas acceptable, parce que ce n'est pas pour nous.

Ce n'est pas pour un sénateur ou un député qui verrait finalement sa petite cloriole entachée. Non, c'est pour les Français. Nous, on représente les Français.

5:25
Présentateur

– Encore une fois, je redis les choses précisément. Emmanuel Macron, il y a deux jours, s'invite à une réunion de sa majorité. En surprise, il pousse la porte, il arrive, et il fait la leçon d'abord à son gouvernement, en disant, il ne faut pas que ce soit la foire à la saucisse, il faut le calme des vieilles troupes. Le gouvernement se met dans une situation où il se prend des leçons de sérieux budgétaires, matin, midi et soir, par des gens qui n'ont pas voulu voter l'année dernière la réforme des retraites. Ça, c'est vous. On va y revenir quand même dans un instant.

5:51
Bruno Retailleau

– Je l'ai porté et je l'ai fait voter au Sénat par mon groupe.

5:56
Présentateur

– Donc, il vous insulte gratuitement ?

5:59
Bruno Retailleau

– En tout cas, il ment. J'ai voté d'abord cette réforme des retraites. Elle a été forgée au Sénat par un amendement que je déposais tous les ans dans le cadre du PLFSA, du projet de loi de finances à la Sécurité sociale. Le gouvernement l'a repris. Je suis monté au créneau constamment. On m'a beaucoup plus entendu, vous voyez, alors que je suis dans l'opposition, mais je pensais que c'était bon pour les retraités d'aujourd'hui et de demain, pour sauver le régime de retraite par répartition, je me suis engagé alors que je n'étais pas obligé et nous l'avons voté, croyez-moi.

Tous ceux qui m'entendent, qui me connaissent, qui m'ont entendu à ce moment-là au Sénat et qui ont connu nos votes, vous diront que ce que je dis, c'est la vérité.

6:36
Présentateur

– Pour vous, c'est très injuste.

6:36
Bruno Retailleau

– Mais c'est injuste. Ce qui est injuste aussi, c'est que lorsqu'il s'en prend au ministre, peut-être, parce que les ministres sont aussi responsables…

6:43
Présentateur

– Oh, il s'en prend sans le cil à Bruno Le Maire à qui il a dit « enfin, ça fait 7 ans que t'es ministre ».

6:46
Bruno Retailleau

– Mais oui, mais ça fait 7 ans qu'il est prison de République et on sait bien que c'est Jupiter qui gouverne en France, c'est pas M. Bruno Le Maire. Donc plutôt que de s'en prendre au ministre, il devrait s'en prendre à lui-même. Le quoi qu'il en coûte, c'est lui.

6:57
Présentateur

– Le quoi qu'il en coûte, c'est lui, mais il l'ajoute donc dans cette réunion, j'entends parler de projet de loi de finances rectificatives, ce projet de loi, je le précise encore une fois, dans le fonctionnement législatif, c'est un texte qui serait d'origine gouvernementale pour rectifier un budget qui aurait évolué en fonction des dépenses, des recettes. Il dit « je n'en vois pas l'intérêt, donc pas question d'en déposer un, le gouvernement doit faire les choses avec sérieux pour tenir nos objectifs, nous n'avons pas un problème de dépenses excessives, mais un problème de moindre recette ».

7:28
Bruno Retailleau

– Voilà.

7:29
Présentateur

– Ça vous fait rire ?

7:29
Bruno Retailleau

– Non, c'est un rire jaune. Je vais vous dire pourquoi. Il dit « vous avez raison », je répète la phrase. Il dit que notre problème, ce n'est pas les dépenses excessives, c'est un problème de moindre recette. Comme si la France n'avait pas un problème de dépense. Il faut savoir que la dépense publique, c'est quasiment 58% de la richesse que produisent les Français. On a le record des pays développés, de l'OCDE, record de la dépense publique. Et on voit bien que derrière cette phrase, qu'est-ce qui se cache ? Il n'y a pas cette recette. C'est quoi les recettes pour l'EVA ? C'est les impôts, c'est les prélèvements obligatoires.

Donc on voit qu'il y a une intention sans doute cachée, et un plan qui est caché, après les européennes, évidemment, d'augmenter les impôts. Du reste, M. Attal a fait un groupe qui l'a chargé de réfléchir pour taxer les rentes. Mais c'est quoi les rentes ? Est-ce que c'est l'épargne des Français ? Est-ce que c'est les Français modestes qui ont placé leur épargne sur le livret A ? Les Français de classe moyenne qui ont placé leur argent après le travail d'une vie sur une épargne de plus long terme, par exemple l'assurance-vie ? Est-ce que c'est les propriétaires ?

Je viens de voir une nouvelle étude d'un institut tout à fait qui a pignon sur rue dans la République, l'INSEE, pour dire qu'il y a cette idée des loyers imputés, des loyers fictifs. Et déjà, pendant la première campagne de M. Macron, M. Pisani-Ferry avait évoqué cette idée, finalement, les propriétaires, il y a quelque chose d'injuste parce que les propriétaires ne paient pas de loyer. Et il faudrait finalement que la fiscalité tienne compte des loyers imputés qu'ils ne paient pas.

8:58
Présentateur

C'est-à-dire qu'une fois que la propriété a été réglée, il faudrait continuer à payer un loyer à l'État.

9:05
Bruno Retailleau

Ils n'aiment pas les propriétaires.

9:06
Présentateur

C'est vraiment ça que vous avez...

9:08
Bruno Retailleau

Ah, ils n'aiment pas les propriétaires. Quand on supprime, par exemple, l'impôt sur les grandes fortunes, vous pouviez avoir des bitcoins, vous pouvez avoir des lingots d'or à l'époque, là, vous étiez exonérés, maintenant, ça a changé. Par contre, vous étiez propriétaire, il y a l'IFI. On vous tape. Ensuite, on efface la taxe d'habitation, désormais dans les communes. Tout le monde profite d'une salle de sport, d'une crèche. Mais ceux qui paient, c'est qui ? Ce n'est pas les locataires, c'est les propriétaires via... Il n'y a plus de taxe d'habitation, mais via le foncier bâti. Donc on voit bien qu'on n'aime pas les propriétaires. Et moi, je veux une France de propriétaires.

9:40
Présentateur

Donc vous dites, on prendra nos responsabilités. S'il le faut, nous déposerons cette motion de censure. J'ai quand même envie de vous demander si ça passe. Imaginons que ça passe. Que, en effet, votre motion de censure soit déposée, qu'elle soit votée par l'ensemble des groupes d'opposition et que le gouvernement tombe. Vous faites quoi le jour d'après ?

9:54
Bruno Retailleau

Ah ça, c'est pas... La clé, c'est le président de la République. Moi, je suis respectueux des institutions de la Ve République. Il y a deux voix. Soit il renomme un Premier ministre, un nouveau gouvernement. Pas simple, parce qu'ils peuvent aussi être frappés par une motion de censure. Soit il dissout. Moi, je considère, je suis gaulliste et je suis démocrate. Je considère que lorsque ça va mal dans un pays, lorsqu'il y a des blocages politiques, c'est pas les accords de couloir qui peuvent résoudre les choses. C'est l'isoloir. C'est le recours au suffrage universel.

10:23
Présentateur

Donc vous dites, si en effet le gouvernement chute, la logique politique, le courage politique, serait dans ce cas une dissolution.

10:31
Bruno Retailleau

Absolument.

10:31
Présentateur

Bruno Retailleau, lorsqu'on interroge, notamment les auditeurs d'RMC, sur ces questions d'efforts budgétaires, spontanément, même s'ils savent que c'est pas forcément là qu'on trouvera les sous, ils disent, oui, mais enfin, les sénateurs, dans le même moment, les sénateurs comme les députés, d'ailleurs, se sont augmentés. Qu'est-ce que vous dites à ça ?

10:48
Bruno Retailleau

Je dis simplement que ça fait des années que l'indemnité, attention, c'est pas le salaire qui a été augmenté.

10:53
Présentateur

Oui, mais enfin, dans les faits,

10:54
Bruno Retailleau

c'est l'enveloppe des frais. Vous êtes salarié. C'est l'enveloppe des frais. Vous avez des frais professionnels. Et il se trouve que beaucoup de sénateurs, de députés, ne sont pas parisiens. Ils ont besoin d'aller à l'hôtel pour se loger. Il y a eu une fantastique augmentation de burzonné, des chambres d'hôtel. Qu'est-ce qu'on fait ? On va pénaliser les gens qui viennent à Paris, qui habitent en province, qui n'ont pas de maison en province, à Paris. On va les pénaliser ? Non, il faut suivre. En réalité, il faut indexer vis-à-vis de l'inflation. Et encore, on y perd.

11:22
Présentateur

Mais vous imaginez bien le signal que ça a donné, Bruno Retailleau, c'est 700 euros.

11:26
Bruno Retailleau

Oui, mais c'est 700 euros. Mais c'est depuis des années qu'il n'y avait pas eu d'augmentation. Et il faut tenir compte, il va y avoir les Jeux olympiques.

11:32
Présentateur

Donc pas question de renoncer à cette augmentation.

11:33
Bruno Retailleau

Mais non, mais la démocratie, il faut avoir le courage, je veux le dire. La démocratie, c'est un coup. Est-ce que demain, on veut que le sénateur ou les députés soient payés au SMIC ? Ou alors que ce soit gratuit ? Est-ce que c'est ça la question ? Les parlementaires, par exemple, allemands, sont bien mieux payés que les parlementaires français, de même que les parlementaires européens ?

11:51
Présentateur

Bruno Retailleau. Vous l'avez défendu tout à l'heure, cela dit.

11:58
Bruno Retailleau

Je n'ai pas défendu, il n'est pas à défendre d'ailleurs. Je pense que c'est son patron qui est responsable, ultimement.

12:03
Présentateur

Bruno Retailleau, un mot quand même sur cette proposition du ministre de la fonction publique qui, hier soir, dit qu'il faut lever le tabou de l'emploi à vie pour les fonctionnaires. Vous saluez cette proposition ?

12:14
Bruno Retailleau

Moi, j'ai fait une proposition, je l'avais exprimée d'ailleurs à votre micro il y a quelques mois, et ça fait des années que je la porte. Je pense que, dans la fonction publique, la règle, ça devrait être le contrat. On vient pour deux ans, trois ans, cinq ans pour accomplir une tâche. Et puis, soit on est rembouché, soit on quitte. Ensuite, le statut, ça devrait être réservé, par exemple, aux justes, aux magistrats, à des fonctions régaliennes.

12:36
Présentateur

Ça représente déjà 20% de la fonction publique, c'est les contractuels.

12:38
Bruno Retailleau

Oui, mais je propose, moi, d'en faire vraiment la règle. Quand on réfléchit à l'intelligence artificielle, aujourd'hui, on a besoin de recruter des gens qui sont très experts dans ces matières-là. Ça ne correspond pas à la grille de la fonction publique. Il faut pouvoir les payer correctement. Donc, il faut moderniser la fonction publique. Et on ne peut pas la moderniser avec des anciennes règles. Donc, oui au contrat, et exceptionnellement, le statut, pour des magistrats, pour des militaires, etc.

13:04
Présentateur

Bruno Retailleau, l'ultra-violence chez les jeunes. Il y a eu, bien sûr, un certain nombre de drames ces derniers jours. À l'instant, on a appris encore ce matin qu'un jeune avait été poignardé, semble-t-il, hier soir à Romand-sur-Isère et qu'il a succombé à ses blessures. Il y a eu hier les obsèques de Shamseddin. Un mot d'abord sur cette expression crime d'honneur qui a été utilisée, y compris parce qu'aux yeux de ceux qui ont, semble-t-il, tabassé à mort, Shamseddin, ça répondait aux définitions médiévales du crime d'honneur, c'est-à-dire que leur sœur aurait eu des échanges à caractère peut-être amoureux, on ne sait même pas, avec Shamseddin.

Et donc, pour la venger ou pour laver cet honneur, il faudrait tabasser à mort Shamseddin. Que faire ? Quelle réponse apporter ?

13:53
Bruno Retailleau

Shamseddin, crime d'honneur, Samara, je vous rappelle, à Montpellier, battue, roi de coup, parce qu'elle s'habillait à l'européenne. Et on apprend ce matin, dans l'Est, dans le Barin, une jeune fille, au sortir du quart, de 13 ans, qui elle-même est violentée parce qu'elle ne respectait pas le Ramadan. Vous avez utilisé un terme, vous avez fait référence au médiéval. Non, la référence, elle est à la charia, à l'islamisme. La France a payé près de 300 morts, 273 morts depuis 2012 par les attentats terroristes. Et aujourd'hui, en France, la charia s'applique, dans certains quartiers.

Vous avez des crimes d'honneur, vous avez aussi une police des mœurs qui veille pour que les jeunes filles, les femmes ne s'habillent pas n'importe comment. On est en France en 2023, au XXIe siècle.

14:45
Présentateur

Vous estimez qu'il y a des espaces où ce ne sont plus les lois de la République, mais les lois de la religion. C'est ce que vous venez de décrire. Musulmane, islamiste. De quoi vous parlez ?

14:54
Bruno Retailleau

C'est l'islamisme. C'est l'islam politique. La charia, ce sont des règles tirées d'une lecture fondamentaliste du Coran appliquées aujourd'hui. Est-ce qu'on est à Téhéran ? Est-ce qu'on est à Bagdad ? Est-ce qu'on est à... On est en France, dans la République française. Et le problème, il est là. Alors, qu'est-ce qu'on fait ? Parce qu'il faut agir aujourd'hui. On est intransigeant sur la laïcité. Moi, j'attends encore le gouvernement, puisque à chaque fois qu'au Sénat, on a voté, par exemple, l'interdiction du voile pour les accompagnatrices scolaires, j'attends que le gouvernement dise oui. On ne peut pas avoir des compartiments.

La République, la laïcité, c'est tout le temps, partout, dans l'école, dans les murs, à l'école, hors les murs, y compris d'ailleurs dans le sport. Première chose. Deuxième chose, il faut écouter ce qu'a dit un préfet. Le préfet Audeboin, qui a parlé des HLM, pour en dire que c'était des ghettos. Aujourd'hui, par exemple, la moitié de la population d'origine algérienne réside dans des HLM. Il faut fluidifier les parcours. On ne peut pas...

15:55
Présentateur

Mais ça veut dire quoi ? Vous allez en faire quoi ? Vous allez les mettre où ?

15:58
Bruno Retailleau

Il faut, par exemple, pour les collèges. Moi, je pense que l'idée de sortir des collèges, de quartiers, pour que les jeunes sortent de leur quartier, sinon, on fait toute sa vie dans le même quartier. Ça veut dire que, par exemple, prenons un exemple,

16:09
Présentateur

vous êtes une famille d'origine algérienne qui vit dans un HLM, si je reprends ce que vous dites. Il faut permettre aux enfants d'aller dans les écoles, des centres-villes. Il faut...

16:20
Bruno Retailleau

Il faut en tout cas ne pas mettre toutes les installations publiques à proximité dans le quartier parce qu'on enferme le quartier sur lui-même et on crée des apartheid.

16:29
Présentateur

Là, ce que j'entends, c'est une forme de responsabilité de l'État aussi, à avoir enfermé...

16:33
Bruno Retailleau

Mais attendez, la responsabilité de l'État, je me souviens quand j'écoute encore ces phrases résonnent lorsque le Premier ministre, M. Attal, lors de la déclaration de politique générale, vous avez cette phrase, tu dégrasses, tu casses, tu répars. Mais qu'est-ce qu'ils ont fait depuis ? Ils se payent de mots. Qu'est-ce qu'ils ont fait ? Oui, il a promis des travaux d'intérêt éducatif pour les moins de 16 ans. Mais ça existe déjà, la loi le permet déjà. Moi, ce que je propose, c'est trois choses, très claires. On change de braquet, on change de pied sur la politique pénale pour les mineurs parce qu'il est là, l'hyper-violence...

17:06
Présentateur

Plus l'excuse de minorité ?

17:08
Bruno Retailleau

Un, plus l'excuse de minorité, on la ramène à 14 ans. Deux, on abaisse la majorité pénale à 16 ans. Trois, on fait des courtes peines de prison. C'est-à-dire qu'un jeune, dès lors qu'il y a violence physique, il est enfermé. Pas dans n'importe quelle prison, mais il est retenu pendant quelques semaines. Et on attaque le porte-monnaie de la famille défaillante. On supprime les allocations familiales. Les allocations familiales, c'est pour remplir un rôle, un devoir. On a des droits en France, mais on doit aussi avoir des devoirs.

17:36
Présentateur

Donc, un durcir considérablement, si on vous entend, la politique pénale.

17:41
Bruno Retailleau

Deux ? Les allocations ? La politique de peuplement, la politique d'aménagement du territoire, comme je le disais, quand on parlait des quartiers, quand on parlait des HLM, je pense qu'on ne doit pas être à vie dans le même HLM. Ce n'est pas ça, la politique, comment dirais-je, de logement social en France. Initialement, ce n'était pas ça.

17:57
Présentateur

Là, on est bien d'accord que ce n'est pas ceux qui y sont qui ne veulent pas bouger. C'est une politique de logement.

18:04
Bruno Retailleau

Absolument, qu'il faut revoir. Exactement. C'est une politique du logement qu'il faut revoir. Et encore une fois, ne pas tout concentrer dans les quartiers est intraitable sur la laïcité. Intraitable. Et ça, c'est le troisième pilier ? La laïcité dans le sport, la laïcité dans l'école. Vous vous rendez compte qu'un parent d'élève, quand il vient dans une école, pas question de porter le voile. Quand il participe à des travaux à l'école, quand il aide, par exemple, pas question de porter le voile. Dès lors qu'il est, par exemple, en voyage scolaire, alors là, on le permet. Ça n'est plus possible. On doit être parfaitement intransigeant. C'est des signaux.

18:33
Présentateur

Mais vous l'avez peut-être vu, il y a un directeur d'établissement qui, lors de journée porte ouverte, c'est-à-dire où on accueille les familles qui vont peut-être mettre leur enfant plus tard dans l'école ou non, avait demandé à deux mères de famille de sortir de l'établissement parce qu'elles étaient voilées. Le rectorat lui a semblant le titre donné tort puisque ce n'était pas des parents d'élèves dont les enfants étaient déjà scolarisés et ce n'était pas dans un temps où...

19:00
Bruno Retailleau

C'est tout cela qu'il faut changer.

19:02
Présentateur

Vous vous dites qu'il a eu raison.

19:03
Bruno Retailleau

C'est tout cela qu'il faut changer. Moi, je pense que, dès lors qu'il y a... Ces parents sont des auxiliaires, en réalité, des professeurs. Les mêmes règles s'appliquent, encore une fois, dans l'école, dans les murs, à l'école, hors les murs. Voilà. Et regardez ce qui s'est passé. Je parlais de la police des mœurs, de la charia, parce que c'est de cela quand on parle de crime d'honneur. Vous avez reçu Mila. Et là, il y a un autre type de police. C'est la police de la pensée. Elle a dit, je crois que c'était à votre micro, qu'en allant dans une émission, on lui avait demandé de s'excuser.

19:35
Présentateur

Oui, alors justement, elle a précisé ensuite, et c'est important, je pense que là, vous êtes vous-même victime d'une surinterprétation qui a été faite, y compris par mes confrères du Figaro, d'ailleurs, qui, alors qu'elle a dit « on m'a demandé de m'excuser », elle ne visait pas, semble-t-il, du tout, l'émission quotidienne à laquelle elle faisait référence, mais plutôt, probablement, l'entourage, peut-être même les élus macronistes qu'elle aurait rencontré avant. Donc, c'est important de repréciser les choses.

19:58
Bruno Retailleau

Moi, je ne parle pas de la responsabilité de telle ou telle, mais ça a bien eu lieu. J'ai même entendu dans une émission, ensuite, qu'on lui reprochait des fréquentations trop à droite. Cette jeune fille, elle a été menacée de mort. Elle a le courage.

20:11
Présentateur

Vous ne lui reprochez pas, vous ? Elle est aujourd'hui, elle s'est montrée proche d'identitaires qui ne sont pas du tout les républicains.

20:18
Bruno Retailleau

Mais attendez, elle est menacée de mort. Une jeune femme qui a eu le courage de dénoncer justement la charia, de dénoncer ce qu'elle subissait, reçoit des menaces de mort et on va lui reprocher ses fréquentations. Mais alors, on est où ? On est où ?

20:32
Présentateur

Bruno Retailleau, très en colère ce matin. Sénateur Les Républicains de la Vendée, président du groupe Les Républicains au Sénat. Merci d'être venu à mon micro ce matin. Il est 8h53. Merci d'avoir regardé cette vidéo !

20:41
Locuteur

Merci d'avoir regardé cette vidéo !