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interviewBFMTV· 7 mars 2025

Ukraine, effort de guerre... L'interview en intégralité de Marc Ferracci, ministre de l'Industrie

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Bonsoir Marc Ferracci, merci d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes le ministre de l'Industrie et de l'Énergie. D'abord, votre réaction à ce que ce soir dit Donald Trump, redit l'Union européenne qui a été créée selon lui pour profiter des États-Unis.

C'est parfaitement excessif, c'est même faux, d'un point de vue factuel, d'un point de vue historique, d'un point de vue politique. Donc on a besoin, face à ce genre de déclaration, d'abord de garder son sang-froid, de ne pas surréagir. On a besoin d'être unis en européen, à la fois d'ailleurs sur les enjeux de défense, mais aussi, on va sans doute s'en parler, sur les enjeux commerciaux, puisqu'il y a un certain nombre de menaces qui risquent de se concrétiser dans les prochains jours et les prochaines semaines sur les tarifs douaniers que pourrait imposer l'administration américaine.

Donc voilà, il ne faut pas surréagir, il faut garder son sang-froid et il faut surtout, surtout agir de manière concertée, unis en européen. L'Union européenne qui ne donne pas autant que les États-Unis à l'Ukraine, 350 milliards de la part des États-Unis, affirme Donald Trump, sans sourcer ce chiffre ce soir, 100 milliards seulement, dit-il, de la part de l'Union européenne. Quelle stratégie poursuit-il, d'après vous ?

Vous dites qu'il faut garder son sang-froid, ne pas surréagir. En attendant, ça va avoir la main, le président américain. a une approche des relations internationales, de la diplomatie, qui est une approche très transactionnelle et qui est mue par un certain nombre de principes, et notamment le fait de donner un bénéfice économique, financier, budgétaire aux États-Unis.

Ça, on le sait. Donc il est dans une logique qui consiste bien à pousser son avantage. Les chiffres que vous évoquez, ils ne sont pas du tout, du tout documentés.

J'insiste, l'Union européenne a plus aidé l'Ukraine que les États-Unis. Tout à fait, bien sûr. Mais encore une fois, je pense qu'il ne faut pas rentrer dans ce genre de polémique.

Il faut être extrêmement précautionneux sur la manière dont on aborde les choses et on doit se donner des objectifs clairs. Le premier des objectifs, c'est la paix. Et c'est la paix pas aux conditions des Russes.

C'est ça qui est très important. Parce que ce que nous proposent, au fond, aujourd'hui, les États-Unis, et ce que, évidemment, souhaiterait Vladimir Poutine, c'est une paix qui ne fournisse pas à l'Ukraine des garanties de sécurité. Or, j'insiste quand même sur ce point.

Les garanties de sécurité, elles sont absolument essentielles. Il faut quand même se souvenir qu'au début de cette guerre, la Russie de Vladimir Poutine a souhaité envahir Kiev, envahir la capitale ukrainienne. Il faut se souvenir qu'au moment où elle a envahi l'Ukraine, la Russie passait pour un pays parfaitement pacifique et absolument pas hostile.

Donc il faut se projeter dans des scénarios dans lesquels la Russie pousse son avantage. Et Jean Tadin, d'ailleurs, aux intervenants, le dire de manière assez claire. Il se peut que la Russie soit dans une logique consistant à faire une pause, à se réarmer, à retrouver une force et un allant sur le terrain pour ensuite repartir.

La Russie dépense aujourd'hui 10% de son PIB, 10% de son PIB pour sa défense, pour son armée. Je pense que lorsqu'on dépense 10% de son PIB, la France c'est 2%, eh bien ça signifie qu'on a des plans...

Oui, tout à fait. Mais ça signifie qu'on voit plus loin que le simple conflit actuel en Ukraine. Est-ce qu'on prépare la guerre, monsieur le ministre ?

En tout cas, on se prépare à être en capacité d'avoir un effort de guerre soutenu sur la durée. Pourquoi ? Pour les raisons que je viens d'indiquer.

Parce qu'aujourd'hui, la Russie est une menace. Elle est évidemment l'agresseur de l'Ukraine, mais elle est aussi une menace pour nous. Elle est une menace qui prend des formes très diverses.

C'est des attaques de type cyber, c'est de la désinformation, c'est des tentatives extrêmement évidentes d'influencer et d'influer sur les élections européennes. C'est également d'ailleurs maintenant des menaces qui se traduisent au plan militaire, puisqu'on a eu une situation de très vive tension qui a été décrite par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, avec un chasseur russe qui a essayé visiblement de déstabiliser un drone français. Et donc là, on est vraiment face à des choses extrêmement concrètes, extrêmement tangibles.

Donc vous répondez d'une autre manière, mais par l'affirmative à ma question. Oui, d'une certaine manière, on prépare la guerre. On a d'autre choix que d'anticiper une éventuelle guerre.

De toute façon, on doit toujours anticiper les menaces et anticiper l'évolution des menaces. Mais il est évident que nous ne souhaitons pas la guerre, nous ne souhaitons pas une quelconque escalade. Ce que nous souhaitons, c'est d'abord que Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky se mettent autour de la table pour négocier un plan de paix.

Un plan de paix qui respecte...

On en est loin, mais vous savez, les choses vont très vite. On a pu quand même constater ces derniers jours, ces dernières semaines, que l'histoire s'accélérait grandement. Donc moi, je ne fais pas de pari sur ce qui se passera dans les prochains jours.

Mais ce qui est certain, c'est qu'on doit désormais considérer la Russie pour ce qu'elle est, c'est-à-dire une menace qui va s'inscrire dans la durée. J'insiste vraiment sur cet aspect-là. Et c'est la raison pour laquelle, en Européen, nous devons nous armer, nous réarmer, faire un effort à la fois budgétaire sur nos capacités de défense.

Et c'est ce qui a été annoncé cette semaine à Bruxelles, vous le savez. Comment l'industrie française va-t-elle contribuer à l'effort de guerre ? Demandé avant-hier par Emmanuel Macron.

D'abord, l'industrie française, c'est une base industrielle de défense, c'est-à-dire 4000 entreprises qui participent à la capacité à produire des obus, à produire des missiles, à produire des chars, à produire des canons. Ce qui n'est pas au niveau aujourd'hui, si je puis dire ? Elle est au niveau du point de vue qualitatif.

Nous sommes le seul pays à être capable de produire sur notre sol à peu près tous les armements. Donc ça, c'est un aspect extrêmement important. Nous avons une base industrielle et technologique de défense qui est très forte.

Ensuite, ce dont nous avons besoin, c'est de monter en capacité, c'est-à-dire de produire plus. Qualitativement, nous savons produire à peu près tout ce dont on a besoin sur le champ de bataille. En revanche, nous avons besoin de produire plus.

Et nous avons été capables de le faire. En 2022, quand le président de la République a pris acte de l'agression de l'Ukraine par la Russie, il a mis en place un plan de montée en capacité de nos industries d'armement. Et aujourd'hui, on a multiplié par 4 la production de missiles, on a multiplié par 3 la production de canons César, par exemple.

Ça prouve que nos industriels sont en capacité de répondre. Et ça, c'est un élément très important. De quoi ils ont besoin ?

Pour pouvoir répondre, pour pouvoir monter en capacité, ils ont besoin de financement, et ils ont besoin de perspective et de visibilité, c'est-à-dire de commandes. Et c'est ça qui se joue aujourd'hui au niveau européen. Réarmer l'Europe, ça prendrait 10 ans.

C'est ce que dit Marine Le Pen dans une interview au Figaro. Vous savez, ce que l'on n'a pas fait dans les dernières années ou les dernières décennies, eh bien aujourd'hui, il faut le faire. C'est ça qu'on doit se dire.

Réarmer l'Europe, c'est d'abord se donner des perspectives et faire monter en capacité notre base industrielle de défense, ces fameuses 4000 entreprises qui aujourd'hui participent à la production d'armes. À quel horizon ? C'est aussi, tout dépend des objectifs que l'on se donne, c'est-à-dire des besoins que l'on exprime.

Aujourd'hui, nous sommes en train de discuter, c'est-à-dire nos armées. La semaine prochaine, les chefs d'état-major d'armée se réuniront pour discuter de tous ces sujets. À Paris, la première des étapes, c'est d'établir les besoins.

Ensuite, je saurai répondre à votre question. Et je saurai répondre en tenant compte des capacités de financement. On va avoir besoin de capacités de financement, à la fois avec de l'argent public.

Et vous le savez, Ursula von der Leyen, la présidente de l'Union européenne, a annoncé que 150 milliards d'euros seraient débloqués pour prêter aux États européens en faveur de leur défense. On a déverrouillé les possibilités d'endettement en assouplissant les règles de déficit européens, ce qui pourra permettre de rajouter 650 milliards d'euros à ces 150. Donc 800 milliards d'euros seront possiblement débloqués pour financer la défense européenne.

Donc ça, ce sont des mouvements qui se sont produits dans des délais extrêmement brefs. Et face à une urgence, les Européens montrent qu'ils sont à la hauteur du moment et donc à la hauteur de l'histoire. François Bayrou ne ferait-il pas un tout petit peu du Elon Musk ?

Non, pas du tout. Elon Musk a une approche extrêmement brutale, extrêmement violente, consistant à couper dans les dépenses publiques sans discernement. Et il veut demander aux fonctionnaires de rendre des comptes ?

Ce que nous propose le Premier ministre, ce qu'il nous a proposé, et j'étais évidemment partie prenante en tant que membre du gouvernement de cette démarche, c'est d'améliorer l'efficacité de notre dépense publique. Ça répond à votre question, juste avant l'intervention du Premier ministre, comment on finance l'effort de guerre ? Il y a deux manières de trouver des ressources.

Il y a de l'argent public et il y a de l'argent privé. S'agissant de l'argent public, vous le savez, nous sommes dans une situation budgétaire difficile. Ce que nous devons faire, et ce pourquoi je milite à titre personnel depuis des années, j'ai même écrit des ouvrages il y a un certain nombre d'années là-dessus, c'est une meilleure évaluation des dépenses publiques qui nous permette de couper les dépenses inefficaces en partant des missions, en partant des besoins, en partant de ce que doivent délivrer à nos concitoyens les ministères.

Et donc à l'échelle de votre ministère, il va y avoir un audit des conclusions et finalement de l'argent de prix pour financer un budget de la défense beaucoup plus important en quête de guerre. Pas qu'un budget de la défense, parce que nous avons aussi d'autres besoins. On ne va pas abandonner l'école, on ne va pas abandonner la santé, on ne va pas abandonner la sécurité de nos concitoyens.

Ce dont nous avons besoin, c'est d'identifier les dépenses inefficaces. Il y en a beaucoup, il y en a dans la sphère sociale, il y en a dans la sphère de l'État. Et ça, nous devons avoir maintenant le courage de nous attaquer aux dépenses inefficaces.

Vous savez, moi je donne quelques éléments d'exemple. J'ai, dans mes fonctions précédentes, en tant que parlementaire, en tant que membre de cabinet ministériel, j'ai eu l'occasion d'élaborer et de piloter des réformes de l'assurance chômage, par exemple. Je pense que nous avons un système d'assurance chômage qui devrait être plus incitatif, ce qui permettrait de faire des économies.

C'est un exemple, mais on peut en trouver beaucoup d'autres. Et ce que je veux vous dire, c'est que l'argent public, on peut le trouver en étant courageux et en identifiant des réductions de dépenses et des économies. Puis après, il y a un autre aspect, pour répondre à votre question, c'est qu'il n'y a pas que l'argent public qui permet de financer la dépense.

Il y a l'argent privé, à la fois l'épargne des Français et des Européens, qu'on doit orienter vers nos industries de défense. Ça ne veut pas orienter l'épargne des Français va servir à réarmer la France ? S'ils le souhaitent.

On peut tout à fait, et nous y réfléchissons, nous sommes même en train de travailler dessus, imaginer un livret d'épargne qui soit orienté vers la défense. Ce soir, vous appelez d'une certaine manière les Français qui le veulent. À une forme de patriotisme, consistant à orienter l'épargne pour ceux qui en disposent, ce n'est pas le cas de tous nos concitoyens, mais certains en ont, à orienter cela vers nos industries en général, puisque je suis d'abord ministre de l'Industrie, mais aussi vers les industries de défense.

Et puis, on a aussi besoin de faire en sorte que les grands fonds d'investissement, français, européens, même internationaux, financent plus et investissent plus dans la défense. Et on constate d'ailleurs qu'il y a certaines règles européennes aujourd'hui, on appelle ça la taxonomie, c'est un peu jargonnant, mais il y a certaines règles européennes qui sont assez dissuasives et qui détournent les grands investisseurs de certaines industries comme les industries de défense. Eh bien, il faut que ça change également, et il faut s'appuyer également sur les ressources et l'argent privé pour augmenter nos capacités de production dans tous les domaines, l'industrie et aussi l'industrie de défense.

On a aujourd'hui une capacité...

On a besoin de tous, de tous, pour sur les armes. Bien sûr, tout le monde doit être responsable de ça et nous avons un formidable levier de réindustrialisation de notre pays. Pour accélérer la réindustrialisation, eh bien, il faut aussi s'intéresser aux industries de défense dans leur globalité.

Merci. Merci. Merci.

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