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interviewRCF — L'Invité de la Matinale (sur Site radio)· 21 mai 2026 17 min

Prix à la pompe : "le pire est à venir", avertit l'économiste Philippe Chalmin

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Invité

Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr.

0:12
Sébastien Lecornu

RCF Notre-Dame.

0:14
Présentateur

Pierre-Hugues Dubois, vous allez nous parler énergie.

0:16
Sébastien Lecornu

Clara, est-ce que vous avez une voiture ?

0:18
Présentateur

Oui, une voiture, une petite voiture, une 208.

0:20
Sébastien Lecornu

Comme moi, vous observez les prix à la pompe. 2,04 euros pour le sans-plomb en moyenne, 2,13 euros pour le gazole. Sébastien Lecornu a décliné hier soir quelques mesures. Il annonce notamment doubler le plafond de la prime versée par les employeurs aux salariés et l'indemnité carburant de 50 euros pour les travailleurs modestes, prolongée pour 3 mois.

0:38
Présentateur

Justement, vous en parlez Pierre-Hugues. Vous recevez ce matin l'économiste Philippe Chalmin, professeur émérite à l'université Paris-Dauphine et fondateur du Cercle Cyclope.

0:46
Sébastien Lecornu

Bonjour Philippe Chalmin. Bonjour. Et merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation ce matin. Après ces annonces du Premier ministre, Marine Le Pen parle de mesurettes. Les Français vont continuer à subir, dit la France insoumise. Ces mesures, Philippe Chalmin, sont-elles suffisantes au regard de l'ampleur de la crise et des prix à la pompe ?

1:04
Invité

Elles ne sont pas extraordinaires, mais il faut bien se rendre compte que la France n'a pas les moyens de faire autre chose. Les temps heureux du quoi qu'il en coûte sont largement passés. Hier, la Commission européenne vient de revoir ses prévisions de croissance. La France ne ferait que 0,8% en 2026 et de ce fait, le déficit budgétaire va déraper encore. Nous roulons aujourd'hui à plus de 5% de déficit public. Il faut appeler un chat un chat. Nous n'avons pas les moyens de faire les cadeaux nécessaires. Simplement, il faut savoir que, effectivement, quand vous achetez de l'essence, vous achetez pour l'essentiel de l'impôt.

Mais, il faut bien se rendre compte que 1 centime de diminution de la fiscalité, si celle-ci était générale, ça représente en base annuelle 500 millions d'euros de moindre retraite. Si jamais 1 centime, vous ne le sentez pas passer, donc, pour que le geste soit sensible, il faudrait que ce soit 10 centimes. 10 centimes, ça ferait 5 milliards d'euros. On n'en a pas les moyens. Alors, le cornu, il fait ce qu'il peut. Il fait des mesurettes. Oui, ce sont des mesurettes.

2:34
Sébastien Lecornu

Ça va quand même coûter 710 millions d'euros à la France. Pour des mesurettes, c'est quand même cher.

2:38
Invité

Oui, mais, alors, moi, j'avais une idée, mais qui remonte d'ailleurs à la dernière crise. Et on m'avait dit à l'époque que ça tenait de l'usine à gaz, qui aurait été, c'est un petit peu ce qui se fait, comme vous avez des chèques restaurants, qu'on puisse avoir des chèques carburants. Et les chèques carburants pourraient être cofinancés, ce serait ça l'intérêt, par les entreprises.

3:02
Sébastien Lecornu

Ça permettrait de mieux cibler, c'est ça ?

3:04
Invité

Voilà, ça permettrait de mieux cibler, et surtout parce que dans beaucoup d'entreprises, les employés ont des véhicules, enfin les cadres ont des véhicules de fonction, et donc ils ne paient pas leur essence. Donc eux, à la limite, ils ne sont pas touchés directement.

3:20
Sébastien Lecornu

Et en plus, c'est ceux qui ont des salaires plus confortables.

3:23
Invité

Voilà, et ceux qui sont vraiment touchés, ce sont ceux qui doivent faire 50 kilomètres à la campagne pour aller travailler. Et alors, ce sont aussi les retraités, les demandeurs d'emploi, etc. C'est vrai que, de toute façon, nous sommes dans une situation d'un choc énergétique majeur. Hier aussi, l'Agence internationale de l'énergie vient d'agiter un chiffon rouge en disant que sur un certain nombre de produits raffinés, notamment sur le kérosène, on était en alerte rouge, tant que le détroit de Rousseau est bloqué. Et malheureusement, ça ne semble pas se résoudre. Nous perdons 10 millions de barils chaque jour de production sur un marché mondial de l'ordre de 100 millions.

4:11
Sébastien Lecornu

Pourtant, on observe une petite baisse du prix du Brent en ce moment. Pourquoi ?

4:15
Invité

Alors, nous sommes dans une phase un petit peu presque de respiration. Alors, il serait assez compliqué de rappeler à vos auditeurs que tout le monde se focalise sur le prix du Brent. On se balade ces temps-ci entre 100 et 110 dollars le baril. Mais il s'agit de ce que j'appellerais le Brent financier, c'est-à-dire le Brent sur le marché à terme, ce qui est la référence, mais qui est un Brent papier, quelque part. Ah oui, ce n'est pas le baril physique, ce n'est pas le liquide.

Le baril physique, alors avec des différences considérables suivant les différents crus, je dirais presque, parce que vous avez des brutes, vous avez le Brent, vous avez le WTI, vous avez le Dubaï, vous avez le Murban, etc. Et il se trouve qu'en particulier au bas d'avril, on a eu des tensions extrêmes. On est monté, pour certains bruts, à plus de 170 euros, dollars, pardon, le baril. Alors, les choses se sont un peu calmées. Pourquoi est-ce qu'elles se sont calmées ? Parce qu'on a assisté à une baisse considérable de la demande.

Les prix, la demande mondiale au mois d'avril, je vous parlais d'un marché mondial de l'ordre de 100 à 105 millions de barils chaque jour, la demande a baissé de 5 millions de barils, ce qui est considérable.

5:43
Sébastien Lecornu

C'est-à-dire que comme c'était plus cher, les gens ont moins consommé, ils ont moins roulé, les avions ont moins roulé, etc.

5:48
Invité

Alors, c'est plutôt les raffineries ont moins acheté, mais du coup, si les raffineries ont moins acheté, vous avez eu moins de produits raffinés. Et en particulier, alors là, je vais rentrer un petit peu dans la technique. Allons-y. Tous les brutes se ressemblent. Alors, grossièrement, il y a des brutes légers, il y a des brutes lourds, et c'est sur les brutes lourds qui sont plutôt les brutes du Moyen-Orient que les raffineries asiatiques, elles produisent ce qu'on appelle les distillats moyens, c'est-à-dire ce qui est un peu en bas de l'échelle, et notamment le diesel et le kérosène.

Le prix du kérosène, donc ce qui sert dans les avions, ce qu'on appelle le jet fuel, eh bien le prix du kérosène, et il a, dans certains cas, été multiplié par 3. Le prix de l'essence, moins, c'est ce qui explique que, quand vous allez sur une station-service, autrefois, le diesel était moins cher que l'essence. Et en ce moment, c'est plus cher. Le diesel est plus cher que l'essence. Et donc, oui, mais nous vivons un vrai choc. Donc, nous étions grossièrement, il faut à peu près à la louche, 1 dollar le baril, égal 1 centime le litre à la pompe. C'est plus ou moins vrai, ça dépend bien entendu des variations entre l'euro et le dollar, etc.

Mais donc, au début de l'année, nous étions aux alentours de 60 dollars. Aujourd'hui, on est aux alentours de 100, 110. Ça veut dire que nous avons pris 40 à 50 centimes à la pompe.

7:24
Sébastien Lecornu

Philippe Chalmin, vous parliez d'une phase de respiration que nous connaissons en ce moment. Le prix du Brent baisse un tout petit peu, en tout cas, effectivement, le Brent financier. Est-ce que ça peut se répercuter à la pompe dans les semaines qui viennent ? Est-ce qu'on peut espérer qu'on repasse sous la barre des 2 euros le litre de gazole ou des 1,90 euros le litre sans plomb ?

7:42
Invité

De 2 euros le litre de gazole, certainement pas. On est un peu... Bon, dans les stations-services que vous fréquentez, puisque vous avez une automobile, vous avez pu voir que vous ne trouvez pas aujourd'hui, en dehors de Total, qui maintient son cadeau, parce qu'on peut vraiment dire un cadeau, de 1,99 le litre, même la grande distribution est aujourd'hui aux alentours de 2,03, 2,04. Ça va fluctuer. Mais ça ne va pas baisser significativement. Et alors, très honnêtement, le pire est à venir. Le pire est devant nous.

Le pire est devant nous, puisque, je vous le répète, marché mondial aux alentours d'une centaine de millions de barils le jour, il passait par Hormuz 20 millions de barils le jour de pétrole. Là-dessus, on a trouvé quand même, il y a quelques zéléoducs qui fonctionnent, etc. Et puis, il y a quelques producteurs hors de la zone qui ont augmenté leur production. Donc, on est à peu près, on perd chaque jour un peu plus de 10 millions de barils, qui sont soit pris sur la demande, soit pris sur les stocks. On estime que depuis le début du conflit, on a perdu, entre guillemets, un milliard de barils. Les stocks commencent à se réduire, notamment les stocks commerciaux.

Et donc, chaque jour de blocage d'Hormuz, ce sont 10 millions de barils en moins.

9:13
Sébastien Lecornu

Est-ce qu'on pourrait avoir une pénurie ? Il pourrait y avoir une pénurie ? Parce que c'est déjà le cas dans d'autres pays du monde, je pense à l'Asie notamment.

9:18
Invité

Il peut y avoir, non pas, j'ai toujours du mal à parler de pénurie, parce qu'avant la pénurie, il y a la hausse des prix. Et c'est la hausse des prix qui permet, en réduisant la demande, de limiter la pénurie. Il peut y avoir, alors je ne vais pas dire des pénuries, des difficultés d'approvisionnement pour certains produits, et le produit le plus sensible, c'est incontestablement le kérosène. Parce qu'on va rentrer en plus dans une période de forte consommation. Vous savez, il y a un peu des saisons de consommation. L'hiver, c'est la saison du chauffage, ce qu'on appelle en anglais la heating season. Alors ça touche plutôt le gaz d'ailleurs.

Et puis, à partir du printemps, aux Etats-Unis, on reprend la voiture, c'est ce qu'on appelle la driving season. On est en train de rentrer dans la driving season. Puis un peu plus tard, il y a ce qu'on appelle la flying season. Tout le monde va partir en vacances, donc va prendre un avion. Et donc, il y a du kérosène. Et puis, il y a aussi, de plus en plus, avec les évolutions climatiques, surtout en Asie d'ailleurs, ce qu'on appelle la cooling season, c'est-à-dire le moment où on met les climatiseurs. Voilà.

10:29
Sébastien Lecornu

Philippe Chalmin, si je reviens sur ce que vous disiez, le pire est à venir. En France, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on pourrait connaître des prix à la pompe qui sont à quoi ? A 2,50 le litre de gazole ?

10:38
Invité

Alors, sur le gazole, on y a été à un certain moment, à 2,50.

10:42
Sébastien Lecornu

3 euros ? 3 euros ?

10:44
Invité

Alors, je raisonne, bon, ne rentrons pas en trésant. Il est clair, que les premières tensions viendront par le diesel. Ensuite, l'essence, si j'applique ce que nous disions, c'est-à-dire 1 dollar le baril égale 1 centime à la pompe, ce qui se vérifie quand même à peu près, imaginons ce que certains n'hésitent pas à, dont certains n'hésitent pas à parler, c'est-à-dire 200 dollars le baril, 200 dollars le baril, ça me fait 80 centimes de plus, là, je suis carrément à 3 euros le litre. Et 200 dollars le baril, certains s'y préparent. Alors, bien entendu, en dehors de la sphère énergétique, êtes-vous capable de me dire ce que vont décider Trump et les Iraniens ?

Je suis tellement trompé par le passé, je pensais, par exemple, que Trump n'irait pas en Chine, n'irait pas voir Xi Jinping sans avoir réglé son problème. Il ne l'a pas fait. Alors, la prochaine grande échéance qui va vous faire sourire, c'est la coupe du monde de foot. Bon, ça, c'est peut-être un peu secondaire, il y a une autre échéance importante qui sont les mid-terms. Parce qu'il y a une chose dont il faut se rendre compte. Nous, nous avons une essence dont le prix monte. Le prix de l'essence monte encore plus aux Etats-Unis parce que le matelas fiscal est en moindre. Ils sont beaucoup plus sensibles à la hausse du prix de l'essence.

Trump avait été élu avec une promesse je vais ramener l'essence à 2 dollars le gallon. Le gallon, c'est 3 litres 8. Il y a plus de 4 aujourd'hui. On est à 4,55.

12:38
Sébastien Lecornu

Philippe Chalmin, nous sommes sur RCF Notre-Dame avec vous, professeur émérite à l'université Paris-Dauphine. On est sur une radio chrétienne, on va poser la question de la sobriété quand même au-delà des plans gouvernementaux. Est-ce que cette crise nous oblige aussi à réfléchir à nos modes de vie ?

12:54
Invité

Oui, je dis toujours que le pétrole a plus de 100 dollars le baril. Ça nous fait mal sur le moment. C'est un cadeau pour les générations futures. Ce n'est que sous la contrainte que vous devenez raisonnable. Et donc, il est clair que ça va nous inciter à revenir et à accélérer au contraire la transition énergétique. Il est clair que le pétrole reste quand même et nous le voyons incontournable. Parce que, ne l'oubliez pas, on parle, on vient de se focaliser ce matin sur le pétrole, mais Ormuz c'est aussi le gaz.

13:31
Sébastien Lecornu

C'est ce que j'allais de vous dire.

13:32
Invité

Tous les dérivés de ces énergies fossiles, l'urée et l'ammoniaque pour faire des engrais, le soufre dont on découvre l'importance parce qu'avec l'acide sulfurique, oui, vous faites aussi des engrais, acide phosphorique, etc., mais vous l'utilisez dans l'extraction de cuivre et de nickel. Et le cuivre et nickel, ils sont très importants dans la transition énergétique. Donc, tout se touche un petit peu et on est en train de se rendre compte que même des produits de base, votre sac poubelle en polyéthylène, il est fait à partir de pétrole et bien d'autres produits.

14:11
Sébastien Lecornu

Philippe Chalmin, il y a quelques semaines, Total Energy a annoncé avoir fait des profits exceptionnels grâce à cette crise. Le gouvernement appelle l'entreprise à redistribuer ses bénéfices. Qu'est-ce que vous répondez à ça ? Est-ce que c'est très conforme à la doctrine sociale de l'Église de redistribuer les super profits de Total Energy ?

14:26
Invité

Écoutez, ce sont des profits importants. Ce sont des profits légitimes. Total est un producteur de pétrole, il en profite comme en profitent les pays producteurs, etc. C'est une chance pour la France que d'avoir une entreprise mondiale basée en France avec ses centres de recherche en France. Il se trouve que je suis du sud-ouest, je connais bien la ville de Pau, économiquement, la ville de Pau tient grâce à la présence de Total, héritier d'El-Fakitaine dans le temps. Donc, il faut se réjouir et le bashing des riches, honnêtement, n'a pas de sens.

Bien entendu, alors, ramenons, il faut payer l'impôt à César, Total, paie l'impôt à César, Total rémunère effectivement ses salariés, rémunère ses actionnaires, objectivement, à l'heure actuelle, ils font quand même un geste, il n'y a qu'à voir d'ailleurs les files d'attente aux stations Total, parce qu'à 1,99, ils sont en train de vendre quasiment à perte, il faut quand même appeler un chat un chat, donc, ils jouent un certain rôle citoyen, mais c'est la démagogie traditionnelle, c'est d'ailleurs une chose, ce n'est pas, c'est une critique que je fais toujours au monde catholique, par rapport à nos frères protestants, nous sommes toujours très ambiguës par rapport à l'argent.

Et bien justement,

16:08
Sébastien Lecornu

justement, Philippe Chalmin, lundi, le pape Léon XIV va publier Magnifica Humanitas, un texte qui devrait parler d'intelligence artificielle, mais pas que, il va parler de toute la doctrine sociale de l'Église, vous qui êtes économiste, qu'est-ce que peut changer les propos d'un pape pour votre vision ?

16:24
Invité

Ah oui, écoutez, c'est très important et paradoxalement, je suis frappé de voir que les encycliques papales ont une influence souvent beaucoup plus grande que celle de notre religion dans un contexte notamment occidental d'une certaine déchristianisation.

C'est un symbole aussi qu'il publie son encyclique le même jour que son prédécesseur Léon XIII avait publié Rerum Novarum et Rerum Novarum c'est la base de la doctrine sociale de l'Église, elle a été accumulée par la suite, le plus grand texte pour moi, ça reste Caritas in Veritate de Benoît XVI sur ce thème et nous sommes nombreux à attendre ce que le pape, alors là on sort un peu de la doctrine sociale de l'Église, ce que le pape va dire sur l'intelligence artificielle et ce sera le mot

17:16
Sébastien Lecornu

de la fin,

17:17
Invité

Philippe Chalmin. ça risque d'être quand même le grand sujet des mois à venir.

17:21
Sébastien Lecornu

Philippe Chalmin, merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin sur RCF Notre-Dame. Sous-titrage MFP.