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interviewRadio J — L'interview politique· 13 novembre 2025 13 min

Marc Fesneau - L'interview politique du 13/11/25

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Et ce matin, David Raudallone, vous recevez donc Marc Fénault, député du Loir-et-Cher, président du groupe Modem à l'Assemblée et ex-ministre de l'Agriculture et des Relations avec le Parlement. Bonjour Marc Fénault.

0:18
Marc Fesneau

Bonjour. Tout d'abord, un mot sur le 10e anniversaire du 13 novembre. Où en est-on après ? Quel a été l'impact du pire attentat terroriste connu par la France sur son sol ? Est-ce que d'après vous, ça a accentué la fracturation de la société, la montée des haines depuis 10 ans ?

0:34
Invité

Je pense que si nous avions un événement de même nature aujourd'hui, sans doute la société française réagirait avec au moins facilement de résilience. Quand je dis facilement, ce n'est pas le bon mot d'ailleurs, mais reconnaissons que les forces politiques à l'époque, le président de la République de l'époque, d'ailleurs François Hollande, et l'ensemble des forces politiques, avaient plutôt fait une œuvre d'apaisement dans des attentats, parce que ce n'est pas un attentat, des attentats qui avaient quand même marqué très profondément la société. N'oublie pas qu'avant, il y avait eu Charlie Hebdo. Et les pires cachères.

Et l'hyper cachère dans la série, c'est vrai qu'on voit mal la séquence de tout ce qui s'est passé à partir de janvier 2015 au fond. Et donc tout ça a quand même, je pense, laissé des traces assez profondes dans la société française. Alors on a quand même, reconnaissons aussi que sur la question sécuritaire... On a progressé. Sans doute, c'est éloigné le risque d'un attentat organisé depuis l'extérieur avec de multiples ramifications. La vérité m'oblige à dire aussi qu'en revanche, les démarches ou les dérives individuelles sont beaucoup plus difficiles à contrôler, on le sait.

1:34
Marc Fesneau

Mais vous pensez que si aujourd'hui un tel événement se produisait, la classe politique, les Français réagiraient de façon beaucoup plus violente et éruptive ?

1:43
Invité

J'espère que la société française se saisirait ou se ressaisirait comme elle l'a fait en 2015. Je me souviens des policiers qui avaient été applaudis. Il y avait quelque chose d'une espèce de fraternité, je ne sais pas si elle a été retrouvée, mais d'une fraternité recherchée à l'époque. J'espère qu'on aurait ça.

1:58
Marc Fesneau

Un attentat meurtrier, il y en a eu aussi le 7 octobre dans les kiboutts du sud d'Israël qui a déclenché une guerre de deux ans. Le cessez-le-feu tient globalement, mais il y a quand même quelques accros. Est-ce que vous êtes optimiste pour les prochaines phases du processus, sachant que la phase 2, c'est le désarmement du Hamas et que pour l'instant, on ne voit rien venir ?

2:18
Invité

La difficulté, c'est celle-là. C'est-à-dire que la phase 1, qui était plutôt une phase de libération d'otages ou de restitution des corps d'otages israéliens, se termine, si j'ai bien compris. La difficulté, c'est que la phase 2 est une phase beaucoup plus politique. Parce que la phase 2, c'est quand même la substitution, on ne sait pas bien par quoi d'ailleurs, au Hamas de forces politiques, qu'ils soient des forces politiques, elles démocratiques et elles non terroristes. Et nous n'en sommes pas encore là.

Alors après, reconnaissons au président des États-Unis, sur lequel on peut dire beaucoup de choses, y compris que parfois il fait ça un peu à la force, on va dire, qu'il a réussi à imposer au moins cette partie-là de la trêve qui était salutaire pour tout le monde, je pense. Après, la délibération politique, la solution politique est loin d'être acquise, ça c'est sûr. Donc on va voir comment ça se passe. Tant que ça tient, c'est quand même une bonne nouvelle.

3:08
Marc Fesneau

Puisqu'on parlait de la montée des haines, est-ce que vous estimez que la France insoumise, pour ne pas la citer, a une responsabilité dans la montée, je vais même dire l'explosion des actes et paroles antisémites depuis le 7 octobre, avec l'exploitation politique de la situation et de la guerre entre Israël et le Hamas ?

3:20
Invité

En tout cas, je pense qu'on fait toujours défaut, quand on est responsable publique et politique, à toujours vouloir fracturer les sociétés, à vouloir faire monter les communautés ou les gens les uns contre les autres. Reconnaissons que la France insoumise, continuellement depuis qu'elle est émergée sous la houlette de Jean-Luc Mélenchon, c'est une force politique qui ne cherche qu'à faire monter la querelle entre les Français et les uns les autres. Il y a cherché à chaque fois des victimes, ici telle communauté, là tel État, ici telle catégorie de Français d'ailleurs aussi. Et moi, je pense que c'est... La politique, c'est exactement pour moi l'inverse de ça.

La politique, ça n'est pas dresser les gens les uns contre les autres. La politique, c'est au contraire d'essayer de rassembler un peuple. Et alors, pour le coup, la France insoumise est singulièrement dans cette dynamique-là. Au fond, la volonté de Mélenchon est toujours la même. C'est de... Dans chaque événement de la vie, grave comme ce qu'on vient d'évoquer, ou moins grave, c'est de fracturer, de fracturer, de fracturer. Il en restera toujours quelque chose. C'est-à-dire de...

4:15
Marc Fesneau

Fracturer, il en restera toujours quelque chose.

4:16
Invité

Il en restera toujours quelque chose. Je pense que c'est le fond de commerce, si je peux dire, et pas le fond de commerce seulement. C'est la stratégie, c'est une stratégie d'affrontement. Tout est conflictualisable. Tout. Tout est radicalisé. On peut parler de tout ce qu'on veut. Tout est radicalisable et tout est conflictualisable. C'est extrêmement toxique et extrêmement dangereux pour la société, je pense.

4:35
Marc Fesneau

Alors, il y a quelque chose sur lequel les insoumis vont avoir du mal à fracturer et à radicaliser. C'est cette bonne nouvelle qu'est la libération de Boalem Sansal hier. L'écrivain a fait l'objet d'une grâce du président algérien Abdelmagid Tebboune. C'est une réponse à l'offre de médiation de son homologue allemand, Frank Walter Steinmeier. Il a quitté hier dans un appareil allemand Alger pour Berlin. Il mange soulagement, bien sûr. Mais est-ce qu'il n'y a pas une petite déception, que ce soit la diplomatie allemande qui a obtenu sa libération ? Ça en dit long, finalement, sur les tensions entre Alger et Paris ?

5:05
Invité

C'est les méandres de la diplomatie. Il est arrivé que la France serve d'intermédiaire pour des libérations d'otages tiers qui n'étaient pas des tâches françaises. Parfois, c'est une facilité pour celui qui libère que de dire « je n'ai pas libéré à l'État dont il est ressortissant, mais à un tiers ». Enfin, pensez bien que si c'est arrivé, ce n'est pas parce qu'il a négocié ou qu'il y a eu des discussions avec l'État allemand. Mais il faut remercier néanmoins l'État allemand d'avoir été le tiers de confiance, si je peux dire, dans cette affaire-là. C'est les méandres de la diplomatie. Mais en tout cas, c'est heureux que Boalem Sansal retrouve la France et puisse surtout trouver des soins.

Parce qu'il y avait aussi ça derrière. Non seulement il était emprisonné, mais en plus il était emprisonné avec un état de santé qui était assez déplorable, si j'ai bien compris. Donc c'est une bonne nouvelle. Il faut remercier tous ceux qui ont oeuvré la diplomatie française, le président de la République et l'État allemand qui a joué un rôle qui est intéressant.

5:54
Marc Fesneau

Rappelons qu'un autre Français, le journaliste sportif Christophe Glez, est toujours détenu en Algérie depuis mai 2024, condamné à 7 ans de prison pour apologie du terrorisme pour son travail sur la jeunesse sportive de Kabylie, un club de football. On va revenir à l'actualité politique en France. Il faut le préciser à nos auditeurs, vous êtes très fatigué, Marc Feno, puisque vous êtes couché très tard hier. La suspension de la réforme des retraites a été adoptée en première lecture à l'Assemblée nationale, avec le soutien majoritaire du PS, des écologistes, du RN, l'abstention des députés renaissance. Et les filles et les communistes ont voté contre.

Attention, il faut s'accrocher pour suivre. Il faut s'accrocher pour comprendre. Est-ce que c'est une bonne chose que cette suspension ait été votée ?

6:32
Invité

Écoutez, nous, nous n'étions pas favorables à la suspension. En même temps, on a laissé passer cette suspension parce que c'était le cadre dans lequel s'était inscrit l'accord de non-censure et la volonté de compromis du Premier ministre. Bon, on ne va pas passer notre temps à s'opposer à tout et à ne pas faire la part du chemin qu'il faut faire. Mais cette part du chemin m'oblige à dire quand même qu'on n'a rien résolu. Nous avons une démographie qui est désastreuse. Nous étions les derniers à avoir une démographie un peu, non pas galopante, mais solide. Et ça s'est effondré ces dix dernières années. Donc il faudrait quand même s'interroger là-dessus.

Le ratio d'actifs et de retraités est terrible. C'était un pour quatre, un retraité pour quatre actifs. Et maintenant, nous sommes à un pour un sept. Les mathématiques, je veux bien tout entendre, de la gauche à l'extrême droite. Mais les mathématiques sont imparables et je ne connais pas un pays qui n'ait pas posé la question d'âge. Simplement, dans ce moment, reconnaissons ceci étant que cette réforme des retraites, on n'a jamais réussi. On n'a pas été les seuls. Je me souviens d'Alain Juppé en 1995 à poser ce débat sur les retraites autrement que par la conflictualité. C'est-à-dire qu'on ne sait pas posément, mais est-ce que dans ce pays, on sait posément poser des débats ?

Peut-être un espèce de tropisme français.

7:40
Marc Fesneau

Rares sont les sujets qui font consensus, notamment la fin de vie peut-être.

7:43
Invité

Oui, encore. Mais on aime bien les débats pour les débats un peu en France parfois. Et on n'aime pas trouver les solutions parce que ça permet d'éviter de se confronter à la solution. Donc, pour ceux qui se concernent, c'est une bonne nouvelle. Mais moi, je pense aux jeunes générations parce qu'on est quand même en train de... Chaque temps perdu, c'est de la dette qui s'accumule. Et la dette qui s'accumule, c'est sans doute la génération suivante qui va la payer assez chère. Donc, c'est le prix du compromis. Simplement, j'aimerais qu'on aille au bout. C'est-à-dire qu'on parle des dépenses qu'il faut aussi réduire sur un certain nombre d'autres dispositions.

Sinon, on ne fait pas l'œuvre utile. C'est tellement facile de raser gratis.

8:14
Marc Fesneau

Le prix du compromis, dites-vous, on comprend que la stabilité politique a un coût économique. Mais est-ce qu'elle vaut justement un tel prix ? Est-ce que les concessions OPS ne sont pas trop importantes pour sauvegarder cette stabilité ?

8:26
Invité

Mais toute la question de la stabilité, c'est stabilité politique, stabilité économique. Est-ce que la stabilité politique se fait trop au détriment de la stabilité économique ? Je pense que, concrement à ce qu'on croit, les acteurs économiques, ils aiment bien aussi de la stabilité. La stabilité politique, ça aide aussi les acteurs économiques à se projeter. Si aujourd'hui, on disait qu'on rentre dans une phase, tous ceux qui inventent dissolution, destitution, démission, élections, on est parti pour 4 mois de flou en ne sachant pas comment ça atterrit. Je ne suis pas sûr que pour les acteurs économiques, ce soit bon. Donc, ce n'est pas simplement la stabilité politique pour le plaisir.

Je pense que la stabilité politique, elle sert aussi. C'est pour ça d'ailleurs qu'on la défend. Il y a des limites aussi à ça. C'est-à-dire qu'on ne peut pas faire n'importe quoi au prix de la stabilité politique. Parfois, on a l'impression que c'est un petit peu le cas, notamment sur la débauche de décisions fiscales. Oui, mais on apprend aussi. Alors, on est en train de découvrir ce que c'est que le compromis, ce que c'est que de discuter entre parties qui ne sont pas des mêmes forces. Alors, on accuse les gens de trahison comme si on avait été faire, je ne sais pas quoi. Parler avec un socialiste n'est quand même pas un acte répréhensible. Ce n'est pas une intelligence avec l'ennemi.

Ce n'est pas une intelligence avec l'ennemi. Et de parler avec des gens de droite ou des forces du centre, ce n'est pas non plus un truc, un acte...

9:31
Marc Fesneau

Justement, là-dessus, on a l'impression que finalement, les facteurs, les flotteurs, si vous me permettez cette métaphore marine, dans cette assemblée, c'est le modem et le PS, qui sont des facteurs de stabilité, que vos partenaires, est-ce qu'on peut encore parler de partenaires au sein du bloc central, l'ex-majorité, partie Horizon ou Renaissance, n'en font un peu qu'à leur tête avec des alliés comme ça. Pas besoin d'adversaires, Marc Féno, non ? Parce que là, on a vu qu'Horizon avait voté contre la suspension de la réforme.

9:55
Invité

Alors, j'essaie de ne pas, moi-même, participer à la querelle entre nous. Parce que je pense que c'est inutile. On voit bien qu'il y a parfois des sous-jacents qui ne sont pas tout à fait liés au budget, mais qui me semblent liés un peu à la présidentielle.

10:08
Marc Fesneau

Non, ce n'est pas possible. J'ai cru voir, j'ai cru distinguer ça. Je ne peux pas vous laisser dire ça.

10:12
Invité

Mais j'ai besoin de vérifier. Vous avez raison, je ne suis pas complètement sûr. Mais donc, on est sur quelque chose qui n'est pas le moment politique qu'on traverse. Je reconnais que nous essayons, nous, et nous avons dit un certain nombre de choses, y compris sur la dépense, et j'aimerais bien qu'on puisse parler de la dépense. Parce que c'est fascinant de voir comment, dans ce pays, on se cache derrière son petit doigt ou derrière le mur quand il s'agit de parler de la dépense.

10:32
Marc Fesneau

On a voté beaucoup d'impôts, mais peu d'économies.

10:35
Invité

Oui, je disais juste, l'affaire du compromis, c'est aussi de penser que dans un processus législatif, vous avez une première lecture, vous avez une lecture au Sénat, vous avez une deuxième lecture. Bon, il y a de quoi élaguer et revenir à la raison. Et que là, on est plutôt un peu dans un, pardon de l'expression, une guerre de position. C'est que chacun vient affirmer ce qu'il est avec son drapeau. Alors, les uns suppriment toutes les agences, les autres les multiplient. Après, il y a un moment, il faut que tout ça, dans un entonnoir du compromis, si je peux dire, s'entende. Et donc, si on pouvait sortir un peu des postures, ce que j'ai demandé depuis le début.

Après, la question, c'est est-ce qu'on arrive à faire un atterrissage ? Et ça, pour le coup, pour l'instant, c'est difficile à distinguer.

11:09
Marc Fesneau

That is the question, on l'a dit Shakespeare. Donc, comment ça peut atterrir cette affaire ? Ça va être voté, ce budget ? Ça va passer par ordonnance ? Est-ce qu'on va revenir au 49-3 ? C'est quoi votre pronostic ?

11:18
Invité

Le mieux, ça serait qu'on aille au vote. Mais j'ai peur que ce budget soit un petit peu orphelin de parents. C'est-à-dire que personne ne vienne assumer la paternité ou la maternité du bébé. Donc, ça, c'est quand même un problème. C'est-à-dire que tout le monde va dire, ceci n'est pas à moi. Et ça, c'est un problème. Parce que tout le monde y aura mis un peu de sa patte, bonne ou mauvaise d'ailleurs, et qu'à la fin, on va nous expliquer qu'on ne veut pas prendre ses responsabilités. Le compromis, et c'est pour ça que j'ai un peu interrogé la question du 49-3. Si personne n'est capable d'assumer un compromis par un vote positif, il n'y a pas 36 solutions.

Parce que sinon, c'est un vote contre si on ne veut pas l'assumer. Et si on ne veut pas l'assumer devant les Français, après, il y a le 49-3. Le 49-3, non pas de contraintes, mais de compromis. Il y a un 49-3 qui permet de dire, écoutez, personne ne peut totalement voter le texte, mais personne n'est au point de pouvoir le rejeter par une censure d'un gouvernement. Bon, pour l'instant, je ne suis pas le seul à le dire. Les socialistes peuvent l'avaler, ça ? Parce que c'est quand même un des points d'accord. La difficulté, c'est comme on est dans un jeu de posture. Tout le monde va dire, jamais, pas de 49-3. OK, mais à la fin, il faut qu'on m'explique comment on veut un budget.

Parce que je ne suis pas sûr que les ordonnances soient tellement plus... Démocratiques. Respectueuses du travail du Parlement. Vous voyez, alors moi, je n'ai rien contre rien. Mais enfin, si on sérit les problèmes, au moins, il y a un vote au Parlement avec le 49-3. Parce que contrairement à ce qu'on ne croit, le 49-3, on ne vote pas sur le texte. Mais si le texte ne vous plaît pas au point 2, vous renversez un gouvernement. Ce n'est quand même pas tout à fait un acte anodin dans une démocratie. Donc, on va voir. Le mieux, ce serait que chacun assume sa paternité, si je peux dire, et accepte un budget. Mais ça nécessite de faire des pas les uns vers les autres.

12:54
Marc Fesneau

Très rapidement, et en quelques secondes, pardon, parce qu'on arrive au bout. Vous avez des nouvelles de François Bayrou ? On s'inquiétait un petit peu. Il se murmure qu'il aurait toujours des ambitions pour la présidentielle de 2027. Vous confirmez, Marc-nous ?

13:04
Invité

Je vais vous dire, j'ai dîné avec lui hier soir. Ah ben voilà, vous avez des infos fraîches. Il est concentré plutôt sur la situation budgétaire. Vous savez que c'est une préoccupation. Il a aussi maire de Pau et il s'occupe des municipales. Je ne crois pas que ce soit son ambition immédiate et que ce soit son obsession du moment.

13:19
Marc Fesneau

Merci, Marc-Pénaud.

13:20
Présentateur

A très bientôt sur Radio-G. Merci à tous les deux. Et demain, 7h45, nous retrouverons Paul Amar pour sa semaine politique.