Macron et l'armée : une réconciliation, mais à quel prix ? #cdanslair 14.07.2018
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 48 %Attaque 30 %Défensif 22 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:16OuverteRéponse directe
Jean-Dominique Merchet, c'est regrettable ?
- 4:59OuverteRéponse directe
Isabelle Lasserre, ça a encore un intérêt, une utilité, le défilé militaire du 14 juillet ?
- 6:39OuverteRéponse directe
Soazie Kemener, est-ce que ça va mieux entre le président et l'armée ?
- 26:19OuverteRéponse directe
Sur la fameuse loi de programmation militaire, il y a une question intéressante, question SMS. Les lois de programmation militaire promettent beaucoup, mais ne sont-elles pas systématiquement sous-exécutées ?
- 37:48OuverteRéponse directe
Est-ce qu'Emmanuel Macron a hésité à maintenir cette opération ou ça s'est fait naturellement ?
- 39:11OuverteRéponse directe
Nos interventions à l'étranger ont-elles un effet sur le risque terroriste dans notre pays ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 7:27PrésentateurFait
« Hier Emmanuel Macron avait promulgué la loi de programmation militaire qui prévoit d'augmenter le budget jusqu'en 2025. »
- 15:45PrésentateurChiffre
« Au total, l'investissement prévu d'ici à 2025 se chiffre à près de 300 milliards d'euros. »
- 15:52PrésentateurChiffre
« De quoi atteindre les 2% du PIB, la richesse nationale. »
- 17:20PrésentateurChiffre
« Neuf Français sur dix ont une bonne opinion des militaires. »
- 26:47InvitéFait
« La dernière loi de programmation militaire votée sous François Hollande avec Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, a été augmentée en cours de route. C'était la première fois. »
- 35:56PrésentateurChiffre
« Le budget de l'armée pour les opérations extérieures sera doublé d'ici 2020. »
- 35:46PrésentateurChiffre
« 4 000 soldats sont répartis au Mali et dans tout le Sahel. »
- 46:40PrésentateurFait
« Le service national universel sera soumis à une grande consultation auprès de la jeunesse dès cet automne. »
- 1:02:03PrésentateurFait
« J'ai commandé un régiment dans les années 96-97, donc fin du service national. »
- 1:02:20PrésentateurChiffre
« Budgétairement, c'était totalement impossible. Ça coûtait trop cher. »
- 1:03:18InvitéChiffre
« Ça coûte un milliard par an. »
- 1:03:30InvitéChiffre
« Le Sahel, c'est 500 millions par an. »
Temps de parole
- Présentateur39 %
- Invité21 %
- Invité 215 %
- Invité 314 %
- ?4 %
- Invité 43 %
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Bonsoir
à tous, bienvenue dans C'est dans l'air, grand soleil sur les Champs-Elysées ce matin pour le traditionnel défilé militaire du 14 juillet, à l'image des relations entre Emmanuel Macron et l'armée qui étaient orageuses l'an dernier, mais qui se sont éclaircies. Le temps des clashes est passé, un an après la démission fracassante du chef d'état-major Pierre Devilliers, 4000 soldats ont descendu l'avenue sous le regard du président de la République. Il faut dire qu'hier Emmanuel Macron avait promulgué la loi de programmation militaire. qui prévoit d'augmenter le budget jusqu'en 2025.
Dans cette émission, nous ferons donc le point sur la réconciliation en marche entre l'Elysée et la Grande Muette, ainsi que sur les opérations extérieures en cours, notamment en Afrique, sans oublier le grand projet d'Emmanuel Macron, le service national obligatoire, qui suscite beaucoup de questions. On en parle ce soir avec nos invités, Jean-Dominique Merchet, vous êtes journaliste à l'Opinion, spécialiste des questions de défense et de diplomatie. Ainsi, votre dernier ouvrage, Macron-Bonaparte, paru aux éditions Stock.
Général Dominique Trinquant, ancien chef de la mission militaire française auprès des Nations Unies, vous avez fait partie de l'équipe défense d'Emmanuel Macron durant sa campagne présidentielle, et vous êtes aujourd'hui directeur des relations extérieures du groupe Marc. Soisique Kemener, vous êtes rédactrice en chef du service politique de Marianne. Je rappelle votre dernier ouvrage,
«
L'irrésistible ascension, les dessous d'une présidentielle insensée » aux éditions Flammarion. Isabelle Lasser, vous êtes rédactrice en chef adjointe au Figaro, en charge des questions de diplomatie et stratégie. Vous êtes longtemps occupé des questions de défense. Votre dernier livre,
«
Notre guerre secrète au Mali, les nouvelles menaces contre la France » est aux éditions Fayard. Bonsoir à tous les quatre.
Bonsoir. Merci
beaucoup de participer à cette émission en direct. Nous attendons bien sûr, comme chaque soir, vos questions par SMS et Internet. Alors c'est terrible parce que,
malgré
des jours et des jours d'entraînement, il peut se produire un petit incident. Et c'est arrivé ce matin, lorsque deux motards se sont percutés, place de la Concorde, ça fait la joie des réseaux sociaux, Jean-Dominique Merchet, c'est regrettable ?
Oui,
c'est les risques du métier, c'est pas très grave, il n
'y a
pas mort d'homme. Il y a un autre incident avec le fumigène de la Patrouille de France, où on se trompe de bidon, mais du rouge à la place du bleu. Bon, voilà, je pense que ce sera
vite... Voilà l'image. Effectivement, il y a une
fumée rouge à l'extérieur, à gauche, là, qui est... C'est dommage, mais honnêtement, il n
'y a
pas mort d'homme,
il
sera vite oublié. C'est un beau défilé, il faisait très beau sur Paris, les gens étaient contents. Bon, voilà,
soyons positifs. Qu
'est-ce qui s'est passé sur la Patrouille de France
? Non, c'est une erreur humaine,
aucun doute. L'armée de
l'air, tout à l'heure... Les missionnaires du maître
s'est trompées. Il y a des bidons de couleurs différentes,
enfin,
des contenus de fumigènes de couleurs différentes. Il y a eu un gars qui a
mis
une couleur rouge à la place, une couleur bleue. Je pense que lui, personnellement, doit être très, très, très mal ce soir, donc on ne
va
pas en plus l'enfoncer. Voilà, bon,
voilà. Le
général Trinquant, ça n'occulte
pas le reste du
défilé. Non, exactement,
on est dans un grand week-end national, si j'ose dire, avec le défilé du 14 juillet et demain un événement national. Les citoyens sont allés voir et complimenter l'armée française, comme on disait avant la guerre de 1914. Et je crois qu'il
y
a une espèce, non pas d'euphorie, mais d'optimisme sur tout ça, qui fait suite, effectivement, comme vous le disiez hier, à la promulgation de la loi de programmation militaire. Donc, voilà, on est dans l'optimisme. S'il y
a
eu deux couacs, bon, ils en tireront les enseignements au niveau où ça doit être tiré, et puis n'en faisons pas une grosse affaire. C'est-à-dire qu'il pourrait y avoir des sanctions, là, contre les personnes
concernées
? Enfin, non. Je laisse au commandement. Mais
les gars qui tombent en
moto, non. Ceux qui sont en moto, non,
évidemment, non. Le
gars qui s'est trompé de bidon, oui,
enfin,
sa carrière ne va pas être accélérée, on va dire. Voilà, il y
a
peu de chance. C
'est...
Bon,
ça, c'est dit. Juste avant qu'on aille plus loin, ça vient d'où, ce défilé militaire ? Ça existe depuis quand ? Troisième République, 1880 et quelques. Il faut se rappeler qu'à l'époque, c'était la ligne bleue des Vosges. On devait reconquérir l'Alsace et la Lorraine. Et les premiers défilés avaient lieu sur Longchamp. Et donc, à l'époque, il y avait une union entre les citoyens et l'armée qui se manifestait par ces défilés importants, qui étaient cavalerie, infanterie à l'époque, essentiellement. Isabelle Lasserre,
ça
a encore un intérêt, une utilité,
le
défilé militaire du 14 juillet ?
Je crois que ça en a encore plus qu'avant, parce qu'il ne cesse de grossir ce défilé militaire. D'abord,
il
y
a
eu, avec François Mitterrand, qui avait installé la tribune Place de la Concorde. Et on le voit aujourd'hui, depuis les attentats de 2015 et de 2016, la popularité de l'armée ne cesse de grimper. Elle atteint des taux, je crois, à peu près 89% qu'on n'a pas vus depuis extrêmement longtemps dans la Vème République. Le drapeau bleu-blanc-rouge qu'on cachait avant, qui était encore dans les années 80 interdit dans les manifestations trotskistes, est aujourd'hui complètement exhibé. Puis personne n'en a honte, on peut l'acheter, on le trouve partout. Et le défilé militaire est de plus en plus populaire. Il y
a
de plus en plus de monde, il est de plus en plus suivi à la télévision. Donc oui, franchement, non seulement il a un sens, mais je pense que le sens aujourd'hui, quand on le mélange à cette popularité des armées, est encore plus important.
–
Oui, je fais un parallèle simplement avec la Troisième République et la reconquête de l'Alsace et la Lorraine. C'est face à la menace que la nation se soude. Et là, c'est pareil, depuis deux ou trois ans, il y
a
une menace bien identifiée, qui n
'a
rien à voir avec celle d'avant la guerre de 1914. Mais on sent la population se réunir autour de ceux qui sont appelés à défendre la nation. et il y a vraiment une espèce de communion qui se crée, qu'il est intéressant de souligner.
–
Soisie Kiméner.
– D'ailleurs, on entendait il y
a
encore quelques années des critiques assez vives avant le défilé du 14 juillet. Souvenez-vous, certains, les Verts avaient demandé sa suppression d'ailleurs. Et aujourd'hui, plus personne n'aurait l'idée de formuler ce genre de proposition, tout simplement, effectivement, parce qu'il
y a
eu cette vague d'attentats, parce que les militaires aussi ont été remis au cœur de la cité, c'est
-à
-dire qu'on croise des patrouilles sentinelles en permanence. Donc, il y a une coexistence qui s'est faite et il y
a
plus cette séparation qui a amené certains à dire « On a un défilé du 14 juillet, c'est du folklore, ça renvoie à quelque chose qui est différent de ce qui existe aujourd'hui dans l'esprit des Français. Plus personne ne remet ça en cause, ou en tout cas, ils sont très marginaux aujourd'hui.
»
C
'est même politique, selon vous ? Il peut y avoir un message politique ?
C'est une démonstration de force, de toute façon. Donc, effectivement, c'est très attendu par une partie de la population parce que c'est aussi une manière de réassurer la population, de dire « Regardez, on a beaucoup parlé, on va en parler ensuite, des problèmes budgétaires des armées, on voit des rapports parlementaires qui indiquent que certains hélicoptères sont cloués au sol. Donc, quelque part, il
y a
une volonté de montrer « Regardez, il y a des forces vives qui sont là, on voit les polytechniciens, on voit aussi les gendarmes qui ont rendu un hommage aujourd'hui, on en reparlera tout à
l
'heure certainement, mais à Arnaud Beltrame. » Donc, il y a une diversité, une force qui fait que finalement, ce défilé est suivi et que c'est vrai que ça donne une cohérence à ce week-end où, effectivement, il y aura la finale de la Coupe du Monde demain, mais il
y
a un tout qui se fait derrière le drapeau.
Jean-Dominique Merchet, l'utilité de ce
défilé du 14 juillet
? – Vous
savez, c'est comme toutes les traditions, il y a assez peu de pays qui font ce genre de choses. C'est un moment, c'est un lieu de mémoire, comme diraient les historiens. C'est-à-dire, c'est un moment, ça existe, ça fait partie du patrimoine national, c'est un peu comme la Tour Eiffel, ça existe, on a fait le défilé du 14 juillet, les gens y sont très attachés, n'ont pas envie que ça change. Et c'est amusant de noter que quand l'année dernière, vous vous souvenez que Donald Trump avait assisté à ce défilé, il a tellement aimé ça qu'il en a réclamé un qui lui sera organisé à Washington pour le 11 novembre.
Alors évidemment, vu de l'étranger, beaucoup de gens regardent ça avec une certaine curiosité parce que où est-ce qu'il y a un défilé comme ça dans le monde ? Il y a à Paris et à Moscou, sur la place rouge, pour le 9 mai, c'est-à-dire pour le jour de la victoire de l'Union soviétique contre l'Allemagne nazie.
–
Pékin et Corée du Nord
aussi. – Alors
il y a la
Corée du Nord, mais
là ce sont des régimes quand même un peu plus, assez différents. Mais donc, il y a un attachement des Français à ça, c'est lié à notre histoire, et aussi le fait, je pense que ça joue beaucoup, l'armée, pourquoi l'armée redevenue populaire ? Évidemment, il y a les attentats, mais
elle
était déjà très très populaire avant les attentats, et on a vu très nettement les courbes de popularité de l'armée augmenter à partir du moment où le service national a été supprimé il
y
a 22 ans. Donc nous avons une armée de volontaires, de gens qui se bousculent au portillon pour y rentrer, soyons clairs, il n'y
a
pas de difficulté massive de recrutement dans l'armée française, et certainement pas dans les officiers et les officiers. Donc voilà, ça se passe bien, et les gens aiment ça en fait, voilà. – Et
cette journée
est un
point
d'or
? – Oui, bien sûr, si on supprimait ça. – Je voudrais répondre
sur l'opération Sentinelle, où on voit toujours, finalement, la population voit les soldats, donc est content. Mais l'inverse est vrai, c'est-à-dire que les soldats voient la population, ce qui n'était pas le cas. Les soldats dans la rue rencontrent la population, et pour eux c'est extrêmement important. Et le défilé du 14 juillet, on parle toujours de la population qui applaudit l'armée, mais les soldats sont extrêmement fiers de défiler devant la population et de rencontrer la population. Et d'ailleurs, après les défilés, souvent il y a des réunions dans les quartiers, etc.
– Donc ça a été rétabli cette année devant… – Dans lesquels les militaires
rencontrent la population. Les militaires ont besoin de sentir qu'ils sont là pour la population, et que ce qu'ils font est au bénéfice de la cité.
–
Isabelle Lasserre
? –
Moi, je voudrais aussi ajouter quelque chose. Je crois que la popularité de renouvelée de l'armée, elle est aussi due à quelque chose qui est en connexion avec les valeurs de l'armée, qui rencontre en ce moment celle de la France, ou plutôt celle qu'elle a perdue dans certaines institutions. Et aujourd'hui, l'armée fait figure d'institutions qui tiennent debout, qui est stable et qui, à la fois, délivrent les promesses de la République, mais qui aussi fait passer des messages, enfin, en fait, met en avant des valeurs comme l'autorité, la discipline, l'ordre et le courage, qui ont été désertés dans les institutions depuis très longtemps, que ce soit l'école, etc.
Et c'est ça que les Français, en fait, reconnaissent en l'armée. Et c'est une des raisons pour lesquelles elle est populaire. Et ce qui est incroyable, c'est qu'en 2010, par exemple, quand on demandait aux Français, selon les sondages, quel budget il fallait couper, celui qui arrivait le premier, c'était la défense. Et dans le dernier sondage qui est paru, je crois que c'était il y a une semaine, les Français citent les allocations familiales et les allocations chômage.
Il
y a 8 ans,
entre
les deux.
Oui, juste sur les sondages, on parle des 85% de popularité des armées. Mais ce qui est intéressant, pour appuyer ce que vous venez de dire, c'est que quand on classe
en
qui avez-vous confiance pour représenter le pays, les militaires viennent loin devant. Loin devant les élus, loin devant tout le monde.
Oui, ce qui n'est pas forcément une bonne nouvelle. Et les journalistes, hein ?
Oui,
pour les autres. Ce n
'est
pas forcément une bonne nouvelle. Parce que les militaires, les armées, n'ont certainement pas le monopole des valeurs qui sont diffusées largement dans la société, aller voir ce qui se passe dans un hôpital public, la manière dont les gens y travaillent, le dévouement quotidien. Il n
'y a
pas que les militaires. Donc il faut faire attention à ne pas surhéroïser l'État militaire par rapport à la société civile,
ce
qui est un peu un travers, c'est vrai. D'une institution qu'on aime bien, l'armée, elle a un peu tendance à être comme ça. Donc c'est un peu plus, soyons plus nuancés.
Le défilé du 14 juillet s'est donc déroulé aujourd'hui sous de bons auspices pour les militaires français. Contrairement à l'an dernier, on se souvient du rappel à l'ordre d'Emmanuel Macron au chef d'État-major Pierre Devilliers qui, chose rare, avait alors démissionné. C'est du passé. Hier, le chef de l'État a promulgué la loi de programmation militaire qui prévoit d'augmenter le budget de la défense jusqu'en 2025. Et il a multiplié les messages de réconfort auprès des troupes Julien Launay et Thomas Buyer.
Un
défilé presque sans accroc. Seul ce petit carambolage
et
ce panache rouge-bleu-blanc-rouge sont venus perturber l'événement. Anecdotique pour Emmanuel Macron, soucieux de manifester sa volonté d'apaisement pour l'occasion.
La
veille de la parade, devant les hauts gradés, il avait pris soin de choyer les troupes dans son discours.
Je
n'ignore pas vos souffrances,
vos
doutes,
la
difficulté parfois de vous réinsérer,
la
difficulté aussi d'expliquer ce que vous avez vécu.
Mais
je sais
que
la fraternité d'armes
n
'est pas un vain mot
et
que vous n'êtes pas seul. Sachez également
que
je pense à vous
en
chaque instant.
Pas
seulement au moment des commémorations,
mais
à chaque moment où il faut choisir. Décidez. Opération reconquête, marquée aussi par la signature de la loi de programmation militaire 2019-2025.
Une
feuille de route ambitieuse, avec plus de moyens à l'avenir,
mais
difficile de faire table rase du passé.
Il
y a un an, le recadrage du chef d'état-major déclenchait la première crise du quinquennat.
Je
suis votre chef.
Les
engagements que je prends devant nos concitoyens
et
devant les armées, je sais les tenir.
Et
je n'ai à cet égard besoin de nulle pression
et
de nul commentaire. réplique cinglante à Pierre de Villiers en désaccord sur les arbitrages budgétaires en matière de défense.
Elle
va se solder par une démission fracassante. Il quitte alors son bureau sous les applaudissements nourris de ses subordonnés. Quelques mois après son départ, le général semble avoir fait la paix avec Emmanuel Macron.
Je
sens une dynamique réelle depuis l'été dernier. Je m'en réjouis. J'essaie d'être objectif et attentif et je vous la juge sur l'impact ou pas de ma démission.
Avec l'effort financier consenti par l'exécutif, la brouille ne serait plus qu'un mauvais souvenir.
Au
total, l'investissement prévu d'ici à 2025 se chiffre à près de 300 milliards d'euros. De quoi atteindre les 2% du PIB, la richesse nationale.
Une
remontée en puissance de l'armée se profile à l'horizon
mais
pas dans l'immédiat.
Nos
troupes ne
t
'enverront pas la couleur tout de suite. Parce que, évidemment, entre la décision qui est prise, l'argent qui est investi, la ressource qui est mise au profit des armées et le moment où cela produit, ça va prendre du temps, forcément. Il faudra deux années avant que nos soldats, dans la reconstruction de leurs infrastructures, dans l'arrivée de nouveaux équipements, puissent mesurer concrètement l'effort qui va être marqué par la nation pour ces soldats. Patience, alors qu'il y a urgence à moderniser. Selon un rapport du Sénat, deux tiers des hélicoptères sont incapables de voler. Une défaillance parmi d'autres
qui
illustre la difficulté du quotidien. Toutes les armées souffrent, c'est visible aujourd'hui, on le sait, on l'entend. Le chef d'état-major des armées, le général Lecointre, l'a redit il y a deux jours. Il a même utilisé des expressions très fortes comme le délabrement. Le président Macron, par la loi de finances qui vient de s'écouler et par le vote de cette loi de programmation, montre qu'il tient les engagements qu'il a pris.
Les
militaires ont été tellement déçus dans les décennies passées
qu
'aujourd'hui, ils jugeront sur pièce.
L
'attente pour des soldats souvent mobilisés, loin des leurs, à l'étranger ou sur le territoire avec sentinelle. Cet engagement inspire confiance à la population. Neuf Français sur dix
ont
une bonne opinion des militaires. Soazie Kemener, est-ce que ça va mieux entre le président et l'armée
?
Oui, ça va mieux. Ça va mieux, bien entendu. Alors, il y a eu tout un début de flottement, effectivement. Alors, il y a eu effectivement cette crise avec le général Pierre de Villiers, mais on voyait bien que le président avait du mal à doser sa relation militaire. Pourquoi ? Parce que c'est un spécialiste des questions économiques qui arrivait à l'Elysée. Il était très attendu sur le régalien.
Il
y avait une pression très, très forte sur ces questions-là. Donc, dès le début, il y a cette image, il s'installe à la tête du commande-car que l'on voit derrière vous pour sa remontée des Champs-Elysées dès le jour de son investiture. Donc, il dit je vais prendre vraiment possession de ce titre de chef des armées. Et puis, après, on voit qu'il
y a
un problème de relation et de mots. Et il utilise ces mots qu'il regrette sans doute aujourd'hui, même s'il ne
l
'a jamais reconnu. Vous
croyez qu'il regrette
? Ce qui est sûr, c'est que ça a marqué. Il voulait marquer son autorité par ces mots, mais je pense que face à des militaires, ça passait plus pour de l'autoritarisme que de l'autorité. Donc, c'était mal dosé. Donc, depuis un an, on voit, il y
a
eu beaucoup de déplacements sur le théâtre d'opérations extérieures. Il y a eu notamment cet hommage au colonel Beltrame et les militaires le reconnaissent aujourd'hui qu'il a su trouver les mots. Alors, avec l'aide de sa pub, Sylvain Fort, mais en tout cas, pour parler aux militaires et pour dire ce qu'était l'engagement militaire. C'est ce que dit d'ailleurs le général Lecointre dans une interview à Fanny Chrétienne ce matin. Il explique que le colonel Beltrame n'était pas un martyr, c'était un héros et puis, il reconnaît que les mots qui ont été employés ont été les bons. Et puis, il y a aussi ce conseil de défense à l'Elysée qui est maintenant hebdomadaire.
Donc, ça aussi, c'est un signal important même si c'est opérationnel et s'y passent des choses et c'est là notamment que cette loi de programmation militaire a été discutée. Mais, il y a plein de signaux comme ça qui font que sa relation en tout cas est beaucoup plus juste aujourd'hui qu'elle ne l'était au début du quinquennat.
Avec un an de recul, est-ce qu'on
peut
essayer d'analyser un tout petit peu mieux ou plus ce qui s'est passé entre Emmanuel Macron et le général de Villiers ? Est-ce qu'on a les clés ? Est-ce qu'on sait tout
?
Non, en réalité, non, pas totalement parce que vous êtes dans le mystère de deux personnalités. Il faut être dans la tête d'Emmanuel Macron et dans la tête du général de Villiers. Général de Villiers, on l'a assez un peu décrypté. Emmanuel Macron, c'est un peu plus compliqué à décrypter donc son autoritarisme,
sa
verticalité comme on dit maintenant. Voilà. Non, il y a une incompréhension,
il
y
a
une maldonne, il y a quelque chose qui dysfonctionne, clairement, sans doute un peu des deux côtés, mais le responsable, c'est le chef quand même. Voilà, le responsable, c'est le chef. les propos du général de Villiers, je le rappelle, ont été tenus à huis clos. Il s'exprimait devant la représentation nationale. Il leur doit un langage de vérité. Et l'excès des phrases du président de la République l'année dernière reste inexplicable, si ce n'est, effectivement,
comme le
disait, de réagir un peu à ce qu'il vient de dire, tout en étant un peu plus trivial, pourquoi le courant repasse parce qu'Emmanuel Macron a donné satisfaction aux militaires.
Les
militaires voulaient quoi ? Ils voulaient de l'argent. Ils ont de l'argent. Et non seulement ils voulaient de l'argent, mais ils voulaient en faire quelque chose de précis de cet argent, c'est-à-dire qu'ils voulaient réparer, comme ils disent, une armée qui, effectivement, connaissait un certain nombre de problèmes structurels importants. Et donc, il leur a donné satisfaction. Donc, d'abord et avant tout, Emmanuel Macron est redevenu populaire parce qu'il a donné satisfaction aux militaires. Beaucoup moins la considération, tout ça. Au final, la considération, c'est comme l'amour, ça se marque par des preuves.
Et les preuves, pour les militaires, ce sont des milliards d'euros qu'ils auront en plus. Général Dominique Trincrand.
Oui, juste deux points. D'abord, sur l'incident en question, je crois qu'effectivement, il y
a
eu incompréhension effectivement,
ça
s'est passé dans une commission à huis clos. Ce que peut-être le général de Villiers n'avait pas perçu, c'est qu'il y avait eu des élections législatives juste avant et que la commission avait changé et qu'il y a des députés de la commission qui ont utilisé ce qu'a dit Pierre de Villiers pour le faire fuiter pour
le faire fuiter
dans la presse juste avant que le président n'intervienne. D'où la réaction du président. Deuxième point, le président Macron, c'était quasiment la première fois qu'il marquait son autorité. De ma perception, il a marqué l'autorité
entre
guillemets un peu facilement parce que devant les militaires on peut le marquer, mais il a marqué pour tout le monde. Ça, c'est le deuxième point. Ensuite, sur la position vis-à-vis des militaires,
je
voudrais rappeler qu'il n'est pas un secret
que
les militaires ne votent rarement trop à gauche. Et donc, il voyait arriver Emmanuel Macron qui avait été classifié comme quelqu'un de plutôt de gauche
de
façon un peu bizarre. Je peux en parler puisque j'étais dans l'équipe de préparation. Je ne me suis pas fait que des amis. Je vous le dis tout de suite. Et donc, ceci étant, l'application de la LPM, c'est exactement ce que nous avions prévu pendant la campagne électorale.
LPM, loi
de programmation
militaire. Oui, loi de
programmation militaire. Donc, une fois de plus, le président dit je fais ce que je dis. Et donc, là, les militaires voient exactement, ils étaient un peu dubitatifs en disant tout ça, bon, c'est des propos de campagne, on va voir ce qui se passe. Et puis là, ça se passe. Donc, maintenant, et moi le premier, je dis ok, très bien, on a une loi de programmation. Maintenant, on va regarder annuellement si c'est appliqué. D'où le rôle de Mme Parly parce que, ancien secrétaire d
'État au
budget, on lui demande de faire appliquer le budget. Et là, les militaires seront complètement satisfaits. Enfin, dernier point, je voudrais rappeler que ce n
'est
pas pour faire plaisir aux militaires qu'on leur donne un budget,
c
'est pour remplir la mission de défense de la France. Ce n
'est
pas pour les militaires, c'est pour la défense du pays. Et il se trouve que les militaires en sont en charge. Voilà. Isabelle Lasserre
?
Alors, moi, j'ai une lecture assez simple du conflit Emmanuel Macron-Devilliers qui est la suivante. Pierre Devilliers ne comprend pas que ce n
'est
pas le même pouvoir. Il pense qu'il va pouvoir faire exactement la même chose que ce qui lui avait si bien servi sous François Hollande, c'est-à-dire passer en force, brandir sa démission à chaque fois qu'il y avait des problèmes budgétaires. Et en plus, il n'était pas tout seul à le faire puisque, à plusieurs reprises, d'autres chefs d'État-major s'étaient joints à lui et même une fois le ministre. Donc,
il
ne comprend pas que Macron, ce n
'est
pas François Hollande et que ça ne fonctionne plus du tout pareil. Ça, c'est ce qu'il n
'a
pas perçu de son côté. Du côté d'Emmanuel Macron, pour moi, ce qui se passe, c'est très simple. Ça explique sa colère parce que c'est effectivement quelqu'un qui tient ses promesses pour l'instant. En tout cas, on verra pendant combien de temps mais pour l'instant, il les tient.
Ce qui se passe, c'est que quand il arrive au pouvoir, il commande un rapport de la Cour des comptes, que le rapport de la Cour des comptes arrive et qu'il est beaucoup plus négatif que ce que le gouvernement prévoyait, qu'à ce moment-là, l'obsession d'Emmanuel Macron, c'est de descendre en dessous des 3% du déficit du PIB parce qu'il veut arriver devant Angela Merkel à l'automne avec une situation économique totalement assainie parce qu'Angela Merkel ne regardera que ça et qu'à cette époque, il pense qu'il va pouvoir relancer l'Europe avec Angela Merkel. Donc, il dit, il faut des coupes.
Il
demande à son Premier ministre
et
à Bercy de faire des coupes et après, il rattrape l'erreur. Ça, c'est, moi, mon explication,
j
'ai pas mal bossé là-dessus. Moi, elle
est
assez simple, l'explication. Sur le fait que les choses se soient normalisées, calmées, je pense que Pierre de Villiers est lié pour beaucoup parce qu'il a complètement contribué à pacifier les choses dans son bouquin. Il n
'a
pas du tout attaqué Emmanuel Macron. Mais l'autre fois, il y
a
un officier qui me disait, j'ai trouvé ça vachement intéressant, il disait, en fait, voilà, bon, la constitution de la Vème République de 1958 a été faite par un militaire qui était aussi un politique. Et on ne peut pas comprendre ce qui se passe aujourd'hui si on ne comprend pas que cette constitution soit pour un militaire
qui
peut avoir aussi un rôle politique,
soit
pour un homme politique
qui
agit comme un militaire. Et c'est là que les militaires souvent, moi, me disent, quand je leur pose la question, Macron, il est compatible avec la 58ème, avec la constitution de 58ème,
de
la 5ème République, il l'a complètement épousée, il est rentré en elle comme dans un gant et même jusqu'au point où il la bouge vers le côté présidentiel. Mais les militaires disent, il a la même culture que nous, en fait. Il a une culture de résultat, efficacité, avec une marge de manœuvre. Et c'est pour ça que ça marche.
Sur la fameuse loi de programmation militaire, il y a une question intéressante, question SMS. Les lois de programmation militaire promettent beaucoup, mais ne sont-elles pas systématiquement sous-exécutées ?
Non,
ça c'est un mythe que le gouvernement actuel essaie de faire passer. Je rappelle que la dernière loi de programmation militaire votée sous François Hollande avec Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, a été augmentée en cours de route. C'était la première fois.
Elle
était, c'était une loi de programmation qui s'étendait sur le 2012, 2019. Elle prévoyait une baisse des effectifs et des crédits. Elle a été changée en cours de route en 2015 à la suite des attentats pour engager la remontée. D'abord, la remontée des effectifs. Donc, non, ce n'est pas Emmanuel Macron qui a inversé la tendance contrairement au storytelling
que
l
'on entend. C'est
le gouvernement...
Non, je ne suis pas
spécialement socialiste ni hollandais. Pas du tout. Mais la réalité brutale, c'est l'équipe précédente qui a engagé la remontée en puissance. Il suffit de demander à l'armée de terre. L'armée de terre s'en réjouit tous les jours. L'armée de terre dit nous avons... Dès 2016, le chef d'état-major de l'armée de terre disait j'ai enfin les effectifs dont j'ai besoin. Donc, non, le courant, Emmanuel Macron, confirme et amplifie un mouvement engagé par ses prédécesseurs.
Non, mais vous avez raison. Sur la dernière, on parle des lois de programmation de façon générale. Elles n'ont jamais été respectées les deux dernières précédentes. Celles-là, oui, face à la menace, face aux attentats, il y a eu une réaction avec, je le rappelle, une augmentation des effectifs dans les équipements.
Vous confirmez.
Oui, d'accord, mais dans l'équipement, en revanche, ça ne s'est pas confirmé. Maintenant, je voudrais tout à fait appuyer ce que vous avez dit à propos de la réaction du général de Villiers puisque je le connais très bien et lui,
il
m'a dit dès le départ, il m'a dit pas de guerre, j'ai dit ce que j'avais à dire, le chef a pris ses responsabilités, je démissionne, je m'en vais, terminez. Et il a écrit un bouquin dans lequel il ne fait aucune
polémique. Du
coup, on a une drôle d'impression aujourd'hui, un an après,
on
se dit ça a servi à quoi finalement ce clash, cette démission, Soisic-Emener
?
Vous avez entendu ce que dit le général Pierre de Villiers, il dit regardez, ça va mieux aussi pour ça, c'est ce qu'il
affirme lui. C
'est ce qu'il affirme lui, on n'est pas obligé de le croire, mais en tout cas, ce qui est sûr, c'était une façon, je vous rejoins totalement quand vous disiez tout à l'heure que ça parle aussi à l'électorat de droite globalement et pas seulement aux militaires, c'est-à-dire que pour Emmanuel Macron au début de son quinquennat, il fallait s'installer par des actes d'autorité, alors ça pouvait être des actes symboliques ou ça pouvait être par la parole, donc effectivement, ce discours devait servir à ça, mais ça ne lui a pas servi tant que ça puisqu'il est allé trop loin, il avait mal dosé, à mon avis, ce rapport avec Pierre de Villiers.
Mais pour revenir à ce qu'on disait sur la loi de programmation militaire, moi ce que je trouve intéressant, c'est qu'il y
a
une espèce de petit palier ou en tout cas, vous avez un petit cliquet avant que la loi de programmation ne soit mise en œuvre, c'est ce fameux plan famille qui est porté par Florence Parly et ça,
c
'est quelque chose qui est très facilement audible, je pense, pour les militaires et leurs familles parce que quand on parle d'un militaire, c'est tout un écosystème autour, ce n
'est
pas seulement un militaire et donc il y
a
un certain nombre de mesures qui sont presque des mesures de bon sens qui ont été présentées par la ministre et qui je pense étaient très attendues en tout cas quand on discute un peu avec des militaires, vous allez confirmer ou infirmer, mais alors par exemple, le wifi dans les casernes ou bien alors des choses un peu plus sérieuses, enfin même si c'est sérieux pour les relations avec les militaires envoyés en opération, mais la couverture de soins pour les victimes de stress post-traumatique, donc il va y avoir toute une série de petites mesures qui paraissent des petites mesures mais qui sont des mesures très importantes dans la vie quotidienne et ça, on verra la trace normalement avant 2019, donc je pense que ça, ce sera important dans la relation en tout cas avec ce pouvoir et les militaires.
C
'est 20 ans après la réalisation de ce que c'est qu'une armée de métiers.
Il y a 20 ans, on passait d'une armée d'appelés à une armée de métiers et on pensait qu'on le faisait comme ça sans rien changer et là, le plan famille, exactement c'est ça, c'est les militaires professionnels sont des gens qui s'engagent dans la durée, qui ne sont pas seuls, qui sont entourés et il faut prendre tout ça en compte et là aussi, je voudrais en témoigner, c'est quelque chose qui a été prévu, moi je l'ai senti très nettement dans la campagne, en fin de campagne où le message sur les familles est passé et donc aujourd'hui, effectivement, il y a des moyens qui sont mis sur les familles parce qu'il faut pérenniser l'engagement.
Je rappelle qu'un engageant, un engagé pourrait être entre guillemets rentable, il faudrait qu'il reste 8 ans à peu près. Aujourd'hui, on n'y arrive pas tout à fait et donc, on veut rentabiliser le système et avoir des gens, des vrais professionnels qui restent longtemps dans l'armée pour rentabiliser le système. Parmi les missions conduites par l'armée française hors de nos frontières, la plus importante en termes d'effectifs est celle menée contre les groupes djihadistes au Sahel. Depuis 2013, l'opération Serval est devenue l'opération Barkhane. 4000 soldats répartis sur une zone grande comme l'Europe, de la Mauritanie au Tchad, en passant par le Mali, bien sûr, où notre équipe
a
passé plusieurs jours aux côtés des forces françaises en plein désert. Reportage de Romain Bessnenou et Stéphane Lopez. Ménaka, en plein cœur du désert malien.
Une
centaine de soldats français de l'opération Barkhane est installée sur cette base depuis quelques semaines, retranchée au milieu des sacs de sable et des barbelés.
Le
lieutenant François a 30 hommes sous ses ordres. Sa mission, sécuriser la région et écarter le risque terroriste.
Pour
nous, la porte à éteindre, c'est le sud de Ménaka, quartier de
la
Médina, ténéraire par l'axe Homme, donc la RN20, et la même formation que ce matin. Départ 16h, retour 18h.
Good.
Nickel.
Comme
tous les jours, son unité part en patrouille en centre-ville.
Sous
un soleil accablant et une température de 45 degrés, les quatre blindés s'élancent à travers le désert.
La
route empruntée n'est jamais la même. Il faut éviter les mines artisanales et tout autre piège tendu par les djihadistes du Sahel. La difficulté, c'est la mobilité. C'est-à
-dire
qu'on a des passages où on peut manœuvrer sans problème, les axes roulants, et parfois des passages avec des grands bancs de sable où là, les véhicules vont s'ensabler, on a beaucoup plus de temps pour manœuvrer. Seulis que les terroristes, ils ont des motos,
des petites motos, des petits pick-up, ils connaissent le terrain parfaitement. Donc forcément, pour eux,
c
'est des axes de mobilité.
En
2013, la région de Ménaka a été reprise des mains des djihadistes, d'Aqmi et de groupes rebelles.
Aujourd
'hui, les ruelles semblent sécurisées mais les groupes armés terroristes rôtent toujours. Le lieutenant François et ses hommes espèrent avoir un effet dissuasif et au passage, faire un peu de renseignements.
Il
faut une menace. On peut trouver par exemple beaucoup de déchets de tir, c'est-à-dire des munitions qui ont été utilisées, qui n'ont pas explosé par exemple. Il
faut
faire attention aussi à ce qu'on regarde. Parce qu'on peut avoir des pick-ups, voir des personnels armés, non armés, avec des attitudes. Et mis bout à bout, ces petits renseignements, ça nous permet de faire une petite base de données et donc de savoir quelles maisons on peut cibler, quelles maisons sont intéressantes pour nous.
au Mali, ce
soir-là, des côtes de bœufs pour tous les soldats ont été livrées par avion avec du matériel militaire.
Le
quotidien du soldat français est quand même assez rustique puisqu'au quotidien, il mange des rations de combat. Il vit dans le sable, dans la poussière. Et quand on a la chance, par l'intermédiaire de nos voies arrières, de recevoir des vivres fraîches, on essaye d'organiser une petite soirée particulière. C'est un repas cohésant avant d'aller
au
terrain. On mange beaucoup. Une petite boisson, une petite bière, ça passe.
À
seulement 26 ans, les lieutenants François et Stanislas dirigent chacun une unité.
C
'est la première fois qu'ils partent en opération extérieure, confortés dans leur engagement par les dernières attaques terroristes en France. On est un peu à la source des événements qui peuvent avoir lieu en France.
Donc
forcément, oui, ça donne du sens. Donc forcément, pour nous, c'est intéressant. Et ça renforce
notre
volonté de servir notre pays. Ça,
c
'est évident.
On
participe à
une
sorte
de défense de l'avant
où quand
on est sur le territoire, on défend la nation.
Mais
ici aussi, on aille,
on
défend les concitoyens,
on
protège les
concitoyens à
travers le Sahel
en
bloquant notamment tout ce qui est remonté des terroristes vers la Méditerranée.
La
France est présente sur plusieurs terrains extérieurs. 4 000 soldats sont répartis au Mali et dans tout le Sahel. 1 200 sont au Levant et 900 au Liban.
Le
budget de l'armée pour les opérations extérieures sera doublé d'ici 2020,
façon
d'anticiper une guerre longue
et
douloureuse.
Voilà
pour ce reportage donc au cœur de l'opération Barkhane. Isabelle Lasserre, on est parti pour rester longtemps au Mali ?
Oui, parce que là, la situation est plutôt en train de se dégrader.
C
'est-à-dire qu'autant l'opération Serval était militairement une spectaculaire réussite, autant tout le volet politique, développement économique n'a absolument pas suivi. C'est-à-dire qu'en fait, une intervention militaire, ça ne sert à rien si on ne prévoit pas, pour prendre de relais à cette opération militaire, un vrai plan politique qui permette de rétablir l'autorité de l'État sur tout le pays et un vrai plan de développement économique. Ce travail n'a pas été fait. Ce n
'est
pas forcément de la faute des Français, mais de la part du président Ibeka qui n
'a
absolument rien fait. Les armées locales sont absolument incapables de fonctionner parce qu'elles sont rongées par la corruption, parce qu'elles sont divisées par des divisions ethniques. Ceux du Sud ne veulent pas aller au Nord. Résultat des courses depuis 2013, donc cinq ans après l'opération Serval, le Nord est redevenu comme avant,
c
'est-à-dire un espèce de chaos organisé tenu par les djihadistes et les mafias. Le centre est en train de fuir le Mali, c'est-à-dire que c'est le Far West. Les djihadistes sont de plus en plus nombreux. Il n
'y a
plus du tout d'école, il n
'y a
plus que des écoles coraniques. Les petites filles ne vont plus à l'école. Et le Sud vit tranquillement, comme ça, sans absolument rien faire. C'est une catastrophe absolue politiquement et économiquement au niveau du développement.
Est-ce qu'Emmanuel Macron a hésité à maintenir cette opération ou ça s'est fait naturellement ?
Il
a décidé de poursuivre l'opération ? À maintenir, non, mais à la revoir, oui. C'est-à-dire que voir s'il y avait besoin de tous ses moyens, s'il y avait besoin d'autres moyens, etc. Vous devez rappeler qu'il
y
a un gros effort qui est fait actuellement, qui portera ses fruits, espérons-le, mais on ne le sait pas trop pour l'instant, c'est le G5 Sahel. C'est-à-dire que les cinq pays du Sahel doivent constituer une force. Il y a beaucoup de financements qui ont été promis, qui ne sont pas encore arrivés, mais qui doit permettre à cette force de faire assurer la sécurité par les cinq pays. Parce qu'il faut se rappeler qu'on a deux opérations qui se succèdent mais qui ne
sont
pas du tout les mêmes. Serval était au Mali pour arrêter les djihadistes avant Bamako. Barkhane, c'est sur l'ensemble de la zone, c'est sur les cinq pays. Et donc, le relais est à passer au G5 Sahel. Mais maintenant, qu'on soit bien d'accord, et c
'est
un militaire qui vous parle, les militaires ne sont pas faits pour régler le problème, ils sont faits pour faire taire les armes et permettre aux politiques de régler le problème. Or, le problème, comme vous le soulevez, il y a des élections bientôt présidentielles au Mali, mais rien ne s'est passé globalement sur le plan politique pour le règlement de la fameuse zone de l'Azawad, la zone nord, qui est un problème qui dure depuis des années, qu'on a vu émerger par l'arrivée des djihadistes, mais qui existe depuis des années.
Question SMS, nos interventions à l'étranger, alors pas seulement d'ailleurs au Sahel, mais on pense aussi à ce qui se passe en Syrie et en Irak, nos interventions à l'étranger ont-elles un effet sur le risque terroriste dans notre pays
? Alors, ça dépend où. Je pense qu'on ne peut pas avoir une réponse globale. Au Sahel, je posais la question il y a quelques semaines au coordonnateur national du renseignement à l'Elysée, l'homme qui est en charge de la coordination de
la
lutte antiterroriste. Je lui demandais est-ce qu'il y a une menace terroriste contre le territoire national en provenance du Sahel ? Sa réponse a été non. Il n'y
en
a pas.
Nous
n'avons pas de menace terroriste en provenance du Sahel. Sur le sol hexagonal.
Sur le sol
français.
Sur
notre sol en France. Voilà. Donc ça, l'histoire de dire on va au Sahel pour combattre le terrorisme, c'est la ligne avancée de la défense de la France, tout ça, c'est un peu plus compliqué que ça. En revanche, en Syrie et en Irak, c'est évident, en Syrie et en Irak, il y avait des groupes terroristes organisés de Daesh
et
d'Al-Qaïda qui ont préparé, qui ont mené des actions à partir de Raqqa, à partir d'autres, contre le territoire national. Donc là, effectivement, le fait d'aller les détruire a changé la donne.
En
Afghanistan, la situation était encore différente. En Afghanistan, il y avait eu, à partir de l'Afghanistan, Ben Laden avait commis des attentats, non pas contre la France. La France a été un des rares pays à ne pas être touché par les attentats, contrairement, évidemment, aux États-Unis, mais aussi à la Grande-Bretagne ou à l'Espagne. Et donc, effectivement, le fait d'aller
combattre
Al-Qaïda en Afghanistan et puis, au final, aller chercher Ben Laden dans son refuge au Pakistan fait partie de la lutte anti-terrorisme. Donc, il ne
faut
pas globaliser. Et la tendance du discours général est de dire, oui, au Sahel, on se bat contre... Non, au Sahel,
on
se bat contre des groupes armés qu'on qualifie de terroristes, qui pratiquent sans doute parfois le terrorisme, mais qui ont une base sociale
dans
le pays. Et c'est bien ça, le problème. Comme les talibans en Afghanistan qui sont toujours là. Quand on voit ces images de votre reportage, évidemment, il y a dix ans, vous auriez quasiment pu faire le même reportage en Afghanistan, avec le même lieutenant, avec le même patrouille dans les rues, avec le même discours. Il faut maintenant que ce soit nos alliés qui prennent en charge l'armée afghane, maintenant c'est le G5 Sahel. Tout ça ne marche pas. Tout ça ne marche pas. Les armées occidentales ne gagnent pas les guerres dans les pays musulmans. C'est la réalité qu'on observe depuis 30 ans, 40 ans, même peut-être plus que ça, si on remontait à la guerre d'Algérie.
La réalité, elle est celle-là. Il faudra un jour qu'on en tire les conclusions politiques. L'heure ne semble pas venue. C'est pour ça que je demandais si Emmanuel Macron avait eu un doute.
Je
crois qu'il
a posé le problème... Pardon.
Il
a posé le problème de manière un peu différente.
C
'est-à-dire qu'Emmanuel Macron a tout de suite dit, dès qu'il est arrivé au pouvoir, qu'il ne considérait pas que les interventions militaires françaises à l'extérieur du pays étaient destinées à durer. Et qu'il savait et qu'il était absolument certain que seul un plan politique et un plan de développement économique permettraient de résoudre le problème. Donc, il a voulu... En fait, il a formalisé ça. Il en a vraiment pris conscience. Le problème, c'est qu'après, il
y
a le principe de réalité. La France, pays, puissance moyenne, avec un grand pouvoir parce qu'on a un siège au Conseil de sécurité, l'arme nucléaire, on a des responsabilités internationales. Et quand il y a des crises internationales, on est dedans. Donc, on a beau dire qu
'on
va se désengager parce que ça ne sert à rien, etc. On
est obligé d'y aller.
Oui, parce que d'autant plus que... C'est vrai, l'histoire du terrorisme, la mondialisation, elle s'applique aussi au groupe terroriste. Et donc, quand on assèche un truc, c'est comme un ballon avec de l'eau dedans. On appuie sur un bout. Et bien, ça part de l'autre côté. Donc, ça se remplit en Libye. Ça se remplit dans plusieurs pays africains. Et en fait, voilà. Sozique, Emmanuel. Pour ce qui est de la doctrine d'Emmanuel Macron, je trouve qu'il l'avait annoncé de façon assez claire. C'était devant la conférence des ambassadeurs. C'était donc à la fin de l'été dernier, si ma mémoire est bonne.
En tout
cas, en août, en septembre. Fin août, voilà. Et donc, il avait dit que de toute façon, toute l'action de la France à l'étranger, vraiment, le premier but, c'était la lutte contre le terrorisme. Et il avait englobé à ce moment-là ce qui se passait au Sahel. C'est pour ça aussi que sans doute ces commentaires reviennent. Et ce qui est intéressant, c'est qu'à chaque fois qu'il a parlé du Sahel, c'est la seule fois en fait où il rend un hommage net à François Hollande. Parce qu'évidemment, on guettait dans les premiers discours d'Emmanuel Macron et il citait assez rarement son prédécesseur.
En revanche, sur Serval, en revanche, sur les débuts de Barkhane, il saluait ce qu'avait fait François Hollande et il s'est plutôt, même s'il a certainement eu des attares moamonts, il s'est installé dans une continuité dans cette zone-là particulièrement.
Alors voilà peut-être un autre motif de satisfaction pour les responsables de l'armée française. Le service national obligatoire. voulu par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle ne devrait pas vraiment ressembler à un service militaire. Les officiers craignaient de devoir gérer des centaines de milliers de jeunes chaque année sans en avoir les moyens. On se rapproche plutôt d'un service citoyen d'un mois, obligatoire, à effectuer entre 16 et 18 ans. Victoria Rouxel et David Lemarchand.
Rapide et efficace, alignement.
On
ne doit avoir qu'un seul pied, une ligne. Dernière répétition à l'aube. pour le tableau final du défilé.
Sous
la supervision des hauts-gradés, neuf jeunes civils.
Peu
habitués à la discipline martiale.
Pour
eux, pas d'uniforme militaire. C'est la mission du service civique qui les amène à parader le 14 juillet.
C
'est immense en fait. C'est vraiment impressionnant. D'habitude, tu regardes ça à la télé et là, je suis dedans, plein dedans.
Un
service civique de 6 à 12 mois auprès d'une structure investie dans les domaines de la santé, de l'éducation ou de l'environnement. Un engagement volontaire au service des autres et de la nation.
Savire
la patrie, bientôt une obligation pour la jeunesse.
C
'était une des promesses de campagne d'Emmanuel Macron, restaurer un service national, inspiré du bon vieux service militaire.
Quelle
est votre première impression
?
Moi, apparemment, je suis tombé sur une bonne base. J'espère que mon impression va se prolonger. J'ai un peu le cas à faire, mais
c
'est pas
ça.
Et les cheveux
? Ah,
c'est rien. Pas grave, ça va pas leur faire de mal, j'ai l'impression. Créée au 18e siècle, la conscription concerne tous les hommes français de 20 à 25 ans. Un service obligatoire qui prend fin dès 1997 avec l'annonce par Jacques Chirac de la professionnalisation des armées.
Depuis
son élection, Emmanuel Macron a revu sa copie. Le service national universel sera finalement civil.
Le
gouvernement souhaite imposer une phase de cohésion nationale à 16 ans pendant les vacances, 15 jours en hébergement collectif et 15 jours pour élaborer un projet associatif, une étape obligatoire.
Puis
pour prolonger l'engagement citoyen, la possibilité jusqu'à 25 ans d'effectuer une mission volontaire comme le service civique actuel.
Une
formule au contour encore flou qui ne convainc pas toute la classe politique.
Il
y a
chaque année 800 000 jeunes français qui seront concernés et il faut être
en
capacité de le faire de façon souple. Ça ne doit pas perturber la vie, ça doit enrichir la vie. Et aujourd'hui, le mécanisme imaginé par Emmanuel Macron me paraît insuffisant et finalement peu sûr parce que sur un temps trop court, il faut donner du temps pour que chacun puisse donner de son temps à la nation. Des associations proposent déjà des expériences similaires à des jeunes de 13 à 15 ans. Le CASP compte beaucoup pour les SDF car il apporte un espoir souvent disparu chez ces gens.
Ben, à vous la parole mesdames et messieurs.
Après une semaine de sport extrême pour créer de la cohésion au sein du groupe, les adolescents élaborent des projets à vocation sociale qu'ils doivent présenter à l'oral. L'adolescence c'est une période qui permet de s'affirmer, de découvrir nos valeurs, et d'apprendre à les assumer. Voici maintenant notre
projet.
Alors nous, on s'est tout d'abord mis d'accord sur le fait que les personnes sans-abri perdent au fil du temps ce côté social, ce côté qui leur permet de créer des liens. Donc nous, on s'est dit jeudi 19 juillet 2018, nous allons faire une journée pour les aider.
Pour
tous, cette aventure de trois semaines est une révélation.
Moi
quand je suis arrivée, j'étais la petite fille qui n'était pas sociale, j'avais mes casse-sur-les-oreilles,
j
'écoutais de la musique,
je
ne parlais à personne. Et là, je me fais des amis, je parle tout le temps. Moi, à 14-15 ans, je ne suis pas forcément intéressée par les SDF, le développement durable, etc., des sujets un peu importants. Et le fait de nous plonger, de nous montrer la réalité, la vraie vie, combien c'est dur, combien c'est bouleversant, ça nous permet nous aussi de nous sensibiliser et de nous préparer à devenir un futur citoyen.
Le
service national universel sera soumis à une grande consultation auprès de la jeunesse dès cet automne et devrait être mis en place d'ici 2026 pour un budget d'1,7 milliard d'euros par an.
Général Trinquant, ça patauge un peu. Il faut être honnête. On a vu un peu depuis un an toutes les versions. Alors là, il
y a
quelque chose qui
se
dessine. On peut comprendre l'idée, la philosophie, mais la mise en œuvre, objectivement. La première chose, c'est que moi, ça m'amuse beaucoup d'écouter tout ce qui se dit quand vous dites que ça patauge. Parce que j'ai fait les fiches du départ, donc je connais à peu près le sujet. Et ça patauge beaucoup parce que tout le monde veut que ça patauge. Premier point, on dit il a changé. Non, ça n'a pas changé. Le service national n'a jamais été un service militaire. Il n'a jamais été question de former des militaires. Il a été question de former, de réunir la jeunesse
pour
un rôle citoyen
à
la lueur de la menace d'éclatement de la société française. C'est ça le sujet. Une
expérience de la vie
militaire
partagée. 6 mois après
18 ans, c'était le discours du président de la République
que vous avez écrit. Permettez-moi de continuer si vous le voulez bien. Donc, si vous le voulez bien,
permettez-moi, vous avez cité tout à l'heure le cabinet du ministre de la Défense précédent qui était fermement opposé à ce projet et qui a, dans la rédaction du discours qui s'est passé aux Arts et Métiers auxquels j'assistais au mois de mars, a lancé un certain nombre de pics dedans qui ont brouillé le message. Ça, c'est le premier point. Donc, aujourd'hui,
nous
sommes bien d'accord, le fond, ça n'est pas de former des militaires, c'est un travail de citoyens. Deuxième point, un mois.
C
'était le projet initial. Un mois obligatoire avec un mois facultatif dans lequel on choisit un certain nombre d'options qui peuvent être découvertes. Le service civique en fait partie, le SAMU, enfin, différentes options. C'est ce qui est resté. Alors, il y a des choses qui ont changé. Il y
a
eu un rapport de l'Assemblée nationale qui est sorti au mois de janvier et qui disait pourquoi 18-21 ans
?
Et moi-même, j'ai lu et j'ai trouvé ça une idée très intéressante. Parce que, pourquoi ? Parce que 16 ans, c'est la fin de la scolarité obligatoire. Et que les jeunes d'aujourd'hui, on voyait les images qui dataient tout à fait à ce que je disais. Moi, j'ai commandé que des appelés. Jusqu'en 1997, le régiment que
j
'ai commandé était un régiment d'appelés. Et la jeunesse d'aujourd'hui n'a pas vraiment la même physionomie que la jeunesse d'il y a 20 ans. Donc, voilà. Voilà ce que je peux en dire aujourd'hui. Maintenant, sur la suite, il y a le général Ménal Wyn qui a été désigné, qui a présenté son projet au président au mois de mai. Il y
a
un deuxième sujet qui est arrivé et que je trouve intéressant aussi. C'est de discuter avec la jeunesse. Je suis passé assez souvent sur des plateaux télévisés avec des représentants de la jeunesse et qui disaient qu'on ne reproche rien à ça. On ne reproche qu'une chose, c'est qu'on n
'a
pas été associés. Effectivement, la jeunesse n
'est pas
associée à un projet de jeunesse. C'est quand même un sujet. Donc, c'est le sujet qu'il y a maintenant. Voilà où nous en sommes. L'objet est bien que des citoyens français du 16e et du 9-3, je le disais, dans les quartiers perdus de la République, puissent se mélanger, puissent se rencontrer. Et ça ne peut pas être la carte scolaire qui le fait parce qu'elle n'est pas capable de le faire.
Jean
-Dominique Merchay ? Oui, je suis... Quel que soient les gens qui ont écrit le discours du candidat Macron, le candidat Macron parlait d'un service militaire de manière très nette. Et évidemment, un an plus tard,
les
textes sont là, en général. Et un an plus tard, ce projet fait pchit. Mais alors,
on
ne
va
pas faire de politique politicienne. Je pense que les gens... Il y a trois choses qui se confondent dans cette affaire. Il y a d'abord les jeunes en difficulté.
Les
jeunes en difficulté, il faut aller les aider, il
faut
aller les chercher. Et ça, le logiciel militaire, c'est assez bien faire ça. Ça se fait outre-mer avec le service militaire adapté. Ça se fait maintenant sur le territoire national avec le service militaire volontaire. Ça, il faut développer. Il y a une autre idée qui est que les jeunes ont envie de servir. C'est le service civique, on s'engage dans les associations, ce qu'on vient de voir dans votre reportage. On s'engage aussi dans l'armée, dans la réserve de la gendarmerie. Et puis, il y a cette affaire de cohésion nationale. Alors là, on se raconte des histoires. Si on croit qu'on va faire de la cohésion... La cohésion nationale, elle peut reposer sur quoi ?
Elle peut reposer d'abord sur des émotions partagées. En ce moment, on vit sans doute un moment de cohésion nationale au travers du football. Et puis, il y
a
des politiques publiques. Et les politiques publiques, ce sont des politiques du logement. C'est-à-dire qu'il faut que, si on veut de la cohésion nationale,
il
faut qu'il puisse y avoir des pauvres dans les quartiers riches. Et
la
carte scolaire, parce que ça ne se fera pas en 15 jours sur une période de scolarité, ça fera que dans les mêmes écoles, on trouvera, à partir de l'âge de 6 ans jusqu'à l'âge de 16 ans, pendant 10 ans, des gens qui viennent de milieux différents. Mais vous voyez bien qu'on n'arrive pas à le faire. Et on se raconte une histoire en disant on va faire ça en 15 jours. Ce n
'est
pas sérieux.
– Sous-et-Climédiaire, en tout cas, il veut le faire, le président. Il n'a pas l'habitude de lâcher l'affaire. –
C'est une mesure pilabicité. On regarde les sondages, les Français en particulier, de droite, La République en marche, un peu moins à gauche, mais c'est quand même majoritaire. Donc, ça leur plaît. Même si, effectivement, je ne suis pas convaincue non plus qu'en si peu de temps, on puisse créer de la cohésion nationale et ce brassage qui est resté un peu comme une nostalgie du service d'avant.
Parce
que, finalement, ceux qui en parlent aujourd'hui, ils ne
sont
assez peu à l'avoir fait. Et donc, il
y a
une forme de nostalgie comme ça qui s'est installée. Après, dans la mise en œuvre. D'abord, il y a eu ces attardements politiques parce qu'il y a quand même eu une ministre qui a dit mais ce ne sera pas obligatoire. Et puis, ensuite, le président de la République, ça, c'était devant l'association de la presse présidentielle. C'était à l'hiver dernier qui a dit mais ce sera entre 3 et 6 mois. Donc, on était perdus. Totalement perdus. Donc, pour l'instant, ce qu
'on
sait, c'est qu'il va y avoir des discussions, effectivement, avec des organisations de jeunesse. Donc, on aura des arbitrages définitifs. Mais ça, ce sera plutôt à la fin de l'année. Donc, c'est une mesure qui est très, très lourde à mettre en œuvre. Pourquoi ? Parce que, dès le départ, de toute façon, les militaires ont dit mais on ne va absolument pas s'occuper de ça parce que, pour les raisons qu'on évoquait tout à l'heure, c'est-à-dire qu'ils sont tous concentrés vers les opérations extérieures, opérations sentinelles n'ont pas le temps ni les moyens de s'occuper de jeunes.
Et
puis, aujourd'hui, on ne sait toujours pas, par exemple, on va se faire l'hébergement. On parle de 15 jours d'hébergement. Est-ce qu'il va falloir créer des structures ? Est-ce qu'on va réquisitionner les internats ? Est-ce que ça va se faire pendant un morceau des vacances scolaires ? Donc, il
y
a vraiment énormément de questions. Et puis, il y
a
aussi la question du financement. Alors, on a eu des financements très différents. Il y a un rapport parlementaire qui parlait d'1,6 milliard par an. Mais ça,
c
'est au moment où ce sera installé. Parce qu'il va falloir justement créer les hébergements, etc. Une fois qu'on
aura les structures.
Donc, c'est très, très compliqué. Mais c'est impossible, quasiment impossible pour Emmanuel Macron de revenir en arrière parce que c'est plébiscité, parce que c'est une mesure qui peut plaire, encore une fois, à l'électorat de droite. Et puis, il l'a dit, tout simplement.
Voici maintenant vos questions SMS et Internet.
Et
la première question concerne le fameux service national. Regardez, avec qui ? Avec quoi ? Comment ? 2300 milliards de dettes. On a vendu nos casernes et nos cadres sont surbookés par les missions extérieures. Isabelle Lasserre. C
'est bien ça le problème. C'est comment financer ça. Mais alors, il y a tout un tas de solutions. Utiliser les bâtiments scolaires pendant l'année. Enfin, le projet est quand même assez détaillé. C'est un petit peu compliqué
à
mettre en place. Les militaires y étaient très réticents parce qu'au début, ce budget, ils ne savaient pas s'ils devaient être financés par eux. Depuis que le budget depuis qu'on a promis à l'institution militaire qu'elle ne financerait pas le service, on est un petit peu plus décontractés. J'ai quand même une toute petite précision. C'est que je crois que l'âge très jeune... 16
-18.
Entre 16 et 18.
Non,
c'est 15 ans.
Non,
c
'est 16 ans. C'est 16 ans, alors ça a plus le bon,
16 ans.
Alors,
16 ans...
Ce qui est très jeune aussi. Oui.
Alors, moi, on m'avait expliqué que c'était justement parce qu'à cet âge-là,
on
peut encore récupérer quelqu'un qui veut partir, qui veut aller faire le djihad en Syrie.
Qui est radicalisé.
Mais après, c'est trop tard. Et donc, en fait, l'âge jeune a aussi été décidé en fonction de ça.
Mais,
quand même, sur le fond, c'est quand même, pour moi, un outil qui me paraît davantage relevé du ministère de l'Éducation
que
de celui des armées.
Sera
-t-il possible d'être exempté du service national universel ? Ça commence.
Et dans quelles conditions ? Et le
jeune qui ne voudra pas y aller, est-ce qu'on viendra aller chercher entre deux gendarmes ? Et peut-on même créer une obligation d'internat
? Oui, c'est une question. C
'est une question
juridique. Peut-on
obliger des parents
à
envoyer leurs enfants en internat pendant 15 jours ? Alors que, je vous rappelle que dans le texte, dans la loi française, l'école, la participation à l'école n'est pas obligatoire. Ce qui est obligatoire, c'est de scolariser les enfants. Un enfant peut être scolarisé dans sa propre famille.
On
doit le scolariser. Donc, comment va-t-on faire juridiquement pour ça ? C'est compliqué. Mais, vraiment, c'est une usine à gaz. Et si Emmanuel Macron avait un peu de courage, il dirait, bon, c'est trop compliqué, on arrête et on va faire des choses très positives avec cette richesse formidable que sont tous ces jeunes qui ont
envie d'être
volontaires.
Attendez,
avant d'enterrer, on a encore une
question. On a encore une question là-dessus. Vu les tensions internationales, à quoi servirait le service national en cas de conflit ? Est-ce que ça serait une sorte de réserve ? Non,
non.
Moi, je cite toujours Thucydide. La force de la cité ne réside pas dans ses murailles et ses vaisseaux, mais dans le caractère des citoyens. Je citerai Bernanos, si vous le voulez, qui, pendant la guerre de 1914, disait « pourvu que le derrière tienne ». C'est le caractère des citoyens. Alors, dans une crise internationale, la résistance et la résilience de la population est aussi, au moins aussi important que les soldats qui combattent. Juste un point, quand même, sur l'implication des militaires, c'est que le président, hier,
a
quand même dit, à la fin de son discours, que, bien sûr, les militaires participeront à la formation. Ce qui n'avait pas été dit jusqu'à maintenant. Et ce qui était un peu la crainte des militaires. Donc là, il y a un vrai sujet à voir, puisque les militaires ne souhaitaient pas, et lui leur a dit « qui d'autre le ferait, vous êtes, en reprenant ce que vous disiez, vous êtes les gens qui sont capables
d'aller chercher les gens ». Si je
peux ajouter pour votre...
Téléspectateur,
pardon, la vocation des gens qui vont sortir de ce service, par exemple, au bout de 15 jours ou d'un mois, n'est pas d'aller défendre le pays à l'extérieur des frontières. Mais par contre, je ne
sais
pas du tout si ça va marcher, mais il y a un projet de les impliquer dans les situations de crise qui pourraient avoir lieu en France. par exemple, s'il y
a
une méga inondation, parce que quand ils sortent du service, ils auront une veste kaki qu'on leur donnera, et ils peuvent aller se présenter aux autorités locales et dire « bon, moi,
il y a une inondation, donc je suis volontaire pour aider ». La solidarité. Je ne
juge pas de sa faisabilité ou non, mais
en
fait, c'est fait pour aider à gérer les crises quand elles arrivent en France.
Il y avait eu une vague patriote au lendemain des attentats. Les jeunes sont-ils encore volontaires pour s'engager aujourd'hui
? Moi,
je suis très frappé par le volontarisme des jeunes pour s'engager pour des tas de choses. Et donc, si vous voulez, je pense que d'une certaine façon, ceux qui sont volontaires les mélanger à ceux qui sont moins volontaires pour prendre ce terme, permettra de motiver à cet âge-là. C'est pour ça qu'au départ, nous, on l'avait prévu après 18 ans, mais je trouve que c'est une bonne idée de le faire entre 16 et 18 ans. La décision de Jacques Chirac de supprimer le service national n'a-t-elle pas été une grave
erreur ? Pas du tout. C'était absolument indispensable. D'ailleurs, pourquoi François Mitterrand ? En fait, c'est François Mitterrand qui a réellement tué le service national obligatoire. En 1991, 10-11, pendant la première guerre du Golfe, puis dans l'engagement des Balkans en ex-Yougoslavie parce qu'il a refusé d'y envoyer des appelés. Mais c'était une tradition qui remontait au 19e siècle. Sauf pendant la guerre d'Algérie, on n'envoyait pas d'appelés dans les opérations extérieures. Voilà. Parce que la France considérait que ses enfants n'avaient pas à mourir pour les opérations extérieures. Donc à partir de ce moment-là, où l'armée devenait
une armée expéditionnelle... Mais il n'y a plus que la division d'Aguet,
du coup. Pardon ? Il n'y
a
plus eu que
la division d'Aguet.
À partir du moment... Et toutes les armées modernes sont des armées professionnelles. Toutes les armées modernes
sont des armées professionnelles. Et budgétairement.
On fait semblant de s'étonner que la Suède rétablit le service national. Ils reprennent 3 000 personnes par an alors qu'ils pourraient en recruter 100 000. Donc c'est tout à fait échantillonnaire. C'est purement de l'affichage. Toutes les armées modernes, même l'armée suisse est une armée dont le cœur se professionnalise. C
'est dire si Chirac a eu raison.
Budgétairement, c'était un choix important qu'il devait faire. J'ai commandé un régiment dans les années 96-97, donc fin du service national. Il y avait, j'allais dire, les pauvres gars qui n'étaient pas exemptés étaient les seuls qui faisaient leur service militaire. Il y avait beaucoup de gens qui étaient exemptés. Premier point. Deuxième point, on a demandé aux armées d'étudier la possibilité de garder un service national à côté de
l
'armée professionnelle. Budgétairement, c'était totalement impossible. Ça coûtait trop cher. Les opérations extérieures de l'armée sont-elles trop coûteuses pour la France
?
Non. Alors, les Allemands ont un mot gentil pour nous dire que nous voyageons en première avec un billet de seconde. C'est un peu méchant, mais c'est un choix, c'est un choix que fait la France d'avoir une armée. D'abord, je rappelle qu'en Europe, nous sommes les seuls aujourd'hui à avoir une capacité d'intervention telle que nous l'avons. On parle beaucoup de nos amis britanniques que je connais bien. Ils ont beaucoup perdu ça depuis leur intervention en Irak et en Afghanistan. Et
les Allemands ne se battent pas. Et
les Allemands ne se battent pas. Donc,
c
'est un choix que la France fait. On parlait du P5, du poste permanent au Conseil de sécurité et de l'intervention en Afrique. Je rappelle que la position de la France au Conseil de sécurité tient essentiellement à sa très grande connaissance et à ses interventions en Afrique. Il y
a
quelque chose de
savoir si c'est efficace. Ça coûte un milliard par an. Ce n
'est
pas énorme, un milliard par an. On peut se payer ça, mais est-ce que ça sert à quelque chose ? C'est ça la question qu'il faut se poser. Si c'est un milliard efficace, faisons-le. Mais manifestement, le Sahel, on voit que le Sahel, c'est 500 millions par an. Est-ce que ces 500 millions, ils permettent de régler le problème ? La question, vraiment, elle doit être débattue. Je ne
dis
pas que c'est facile de trancher, mais elle doit être débattue démocratiquement sans qu'on dise vous êtes un mauvais français parce que vous êtes contre cette intervention.
Merci
beaucoup
à tous les quatre. Merci d'avoir participé à
cette émission. Merci à l'équipe qui a préparé ce C'est dans l'air. Ce soir, la Redif est à 23h20. Très bonne soirée sur France 5.