Il piège les p*docriminels sur Snapchat, un criminologue et une sénatrice réagissent | Face À L'Actu
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 22 %Attaque 39 %Défensif 39 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 3:35OuverteRéponse directe
Quand un citoyen piège un prédateur en direct et obtient en trois jours ce que l'institution n'avait pas empêché, faut-il l'applaudir, l'encadrer ou l'arrêter ?
- 5:05OuverteRéponse directe
Pourquoi vous allez sur Snapchat, d'abord ?
- 5:40OuverteRéponse directe
Comment vous y prenez-vous ?
- 6:19OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous faites des preuves ensuite ? Vous les transmettez à la police ?
- 7:09OuverteRéponse directe
Pourquoi vous en êtes arrivé à aller piéger des pédocriminels sur Internet ? Quel a été le déclencheur ?
- 7:36OuverteRéponse directe
Comment vous vous protégez, vous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:00PrésentateurChiffre
« 5 millions et demi de victimes, 160 000 par an. »
- 0:41InvitéFait
« Nous avons créé un système qui fournit de la chair fraîche aux pédocriminels. »
- 1:48PrésentateurChiffre
« 70 à 73% des affaires liées à la pédocriminalité finissent par un classement sans suite. »
- 2:49InvitéPromesse
« Il faut absolument un fichier public de délinquants sexuels en France. »
- 6:56InvitéChiffre
« Il a pris deux ans ferme. »
- 18:33InvitéFait
« Premier amendement, suppression de l'entretien pour en faire un questionnaire. »
- 18:59InvitéChiffre
« 2027, 28, 29, 30, 31, 32, ça fait un million d'enfants supplémentaires victimes. »
- 30:50InvitéChiffre
« Là, 5 millions et demi de victimes, 160 000 par an, je n'ai jamais eu un cas de chiffre. »
- 30:54InvitéChiffre
« C'est 10% d'enfants victimes de violences sexuelles. »
- 30:58PrésentateurChiffre
« 10% des adultes vivants dans ce pays et 10% des enfants qui dans leur petite enfance ont subi une violence sexuelle. »
- 33:28InvitéFait
« Certains pays font plutôt de la prévention, c'est-à-dire dire, vous avez des tentations pédophiles, venez, on va vous aider. »
- 33:51InvitéFait
« Le Code de la santé publique prévoit plein de clauses que personne ne traite jamais parce que très souvent, on découvre que dans le Code de la santé publique ou dans le Code pénal, parfois dans le Code civil, on découvre des tas de choses que nous avons cessé d'appliquer mais qui sont encore utilisables. »
- 35:30InvitéFait
« Quand je dis qu'on trouve un pédocriminel, on trouve 10, 20, 30 victimes. »
- 36:45PrésentateurPromesse
« J'ai proposé un amendement qui vise à sanctionner ceux qui ne signalent pas. »
- 37:26PrésentateurFait
« L'anonymat, il faut le lever. »
- 37:33PrésentateurPromesse
« Grâce à un amendement que j'ai fait adopter, ce sera désormais terminé. On connaîtra leur nom et leurs fonctions. »
- 38:19InvitéFait
« Le fichier commun unique du signalement de tous ceux qui ont contact avec des enfants et le fichier public de tous ceux qui ont été condamnés pour des actes de pédocrimie. »
- 42:42InvitéFait
« On fait d'abord une formation généralisée et une mutualisation. »
Temps de parole
- Invité53 %
- Invité 217 %
- Présentateur16 %
- Invité 37 %
- ?7 %
≈ 37,7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
5 millions et demi de victimes, 160 000 par an. France ne protège pas suffisamment ses enfants.
Je reçois des messages dégueulasses tous les jours, des trucs de fou.
Quand j'entends une maman me dire « mon enfant avait été agressé sexuellement, je ne le savais pas » et quand je lui donnais son bain, je me demandais pourquoi est
-ce
qu'il avait de la colle dans les cheveux. Nous
avons créé un système qui fournit de la chair fraîche aux pédocriminels.
La justice, malheureusement, elle est noyée, noyée, noyée de dossiers. Le
premier
ennemi
de la vérité, c'est l'institution qui est censée la protéger.
Comment un homme de 40 ans peut être attiré par un enfant de 4, 5 ou de 10, 12 ans
? La
France, c'est pédolande. Vrai. Vrai, elle compte au moins 5,5 millions de victimes adultes ayant vécu un phénomène d'agression pédocriminel dans leur enfance.
Vrai, puisque, vous l'avez dit, un enfant sur dix est aujourd'hui victime de violences sexuelles en France. La justice française est coupable de la mort de Liana.
Vrai.
Moi,
je ne
crois
pas que la justice soit coupable de quoi que ce soit. Moi,
je dirais vrai, parce qu'il
y a
un fonctionnement en silo où chaque institution, en fait, travaille dans son couloir et qu'il n'y a pas de coordination.
Fini-y. Créateur de contenu suivi par plus de 500 000 personnes, démasquant
des
présumés pédocriminels en ligne en essayant d'en faire condamner le maximum possible. Le danger, c'est l'inconnu à la sortie de l'école. Vrai, on ne sait pas sur qui nos enfants peuvent tomber en sortant de l'école. Faux.
Le
danger, c'est l'inceste, donc le connu dans la famille et le malheureusement trop connu dans l'école.
Vrai, puisqu'on sait très bien que les pédocriminels vont là où il y a des enfants. On condamne plus vite un voleur qu'un violeur.
Vrai. Alors, vrai, mais on condamne plus vite les délits que les crimes, et fort heureusement d'ailleurs.
Vrai, puisque c'est très simple, il
y
a un chiffre qui est glaçant. 70 à 73% des affaires liées à la pédocriminalité finissent par un classement sans suite.
Alain Boer, professeur émérite de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers et auteur de « Il faut sauver nos enfants », le livre noir de la pédocriminalité en France. Traqueur de pédocriminels est plus efficace que la police. Pas plus efficace. Alors, probablement vrai pour la détection du pédocriminel. Hélas, pas plus vrai pour le traitement, le suivi, l'enquête et la condamnation, puisque le traqueur n'est ni policier ni juge.
Vrai, parce qu'il y a tellement de zones grises en France, au sein même des institutions dans lesquelles les pédocriminels arrivent à s'infiltrer. La
parole d'un enfant ne pèse toujours rien face à celle d'un adulte. Vrai, parce que c'est facile pour un adulte de manipuler un enfant. Plutôt vrai, malgré un progrès avant l'affaire Doutreau.
Je dirais encore vrai, pour une simple et bonne raison, c'est que depuis des décennies, la parole de l'enfant a été ignorée, minimisée, voire méprisée. Agnès Évren, rapporteure de la commission d'enquête sur le périscolaire et sénatrice de Paris.
Il
faut absolument un fichier public de délinquants sexuels en France. Vrai. Vrai, mais il faut un double fichier, un fichier du signalement de ceux qui n'ont pas encore été condamnés pour leur interdire l'accès aux enfants à titre de précaution, et un deuxième fichier des délinquants condamnés, là pour des raisons qui sont simplement que la condamnation définitive doit être publique.
Vrai,
il faut un fichier unique qui centralise en fait tous les secteurs liés à la petite enfance. Le secteur du sport, le secteur de l'éducation et le secteur du périscolaire. Il faut se faire justice soi-même.
Faux.
On peut être aidé par la justice, même si des fois c'est compliqué, mais il ne faut pas se faire justice soi-même. Faux,
il
faut aider la justice, mais pas la remplacer.
Je
dirais faux, mais la justice est beaucoup trop lente et la justice ne s'adapte absolument pas au temps et aux besoins de nos enfants. Et alors, je vous pose la
question à tous les trois. Quand un citoyen piège un prédateur en direct et obtient en trois jours ce que l'institution n'avait pas empêché, faut-il l'applaudir, l'encadrer ou l'arrêter
?
Moi, je l'applaudis, mais simplement parce qu'il l'a fait dans le cadre de la loi. Il n'a pas interpellé lui-même, il n'a pas poursuivi lui-même, il ne s'est pas fait justice. Il a dénoncé, je précise d'ailleurs qu'il y a des tas de dispositions du code pénal qui prévoquent les citoyens et une activité d'indication, de dénonciation, de déclaration, parfois même une obligation pour les fonctionnaires publics, l'article 40. Donc, dans le cadre de ce qu'il fait, que j'ai regardé avec beaucoup d'attention depuis quelques temps, il est parfaitement dans le cadre de ce qu'il est bien de faire.
Après, il faut que le système suive et c'est là où l'activité législative, la démonstration qu'en a faite Mme Evren dans sa commission d'enquête sur le Paris scolaire, montre à quel point il y
a
une déficience, même si le citoyen, même si des milliers de citoyens tentaient de faire ce qu'il fait, si le système ne suit pas, et là, ça ne sert à rien, et ça inciterait à ce moment-là à se faire justice soi-même. Donc, il faut adapter la capacité du système policier et judiciaire, policier, gendarmique et judiciaire, à la capacité des citoyens. Alors, Finisier, racontez-nous exactement ce que vous faites, racontez à Mme Evren comment est-ce que vous procédez. Donc, tous les soirs, je me connecte sur Snapchat
et
j'ai des centaines d'ajouts sur Snapchat d'inconnus qui pensent que j'ai 14 ans et qui, tout simplement, m'envoient des messages.
Alors, pourquoi vous allez sur Snapchat, d'abord
?
Alors, Snapchat, c'est un réseau social pour les jeunes. C'est ça. Et justement, beaucoup de présumés pédocriminelles
vont
sur Snapchat
en
sachant que c'est un réseau social de jeunes.
Complètement. Et même
quand on scrolle sur Snapchat, on voit que c'est rempli de jeunes
dans
les réels.
Donc, ils ont quel âge ?
Rappelez l'âge de ces...
Entre... 14,
18 ans. C'est vraiment très, très jeune. Même des gens qui ont moins de 14 ans et qui n'ont pas le droit d'être sur l'application sont sur Snapchat tellement c'est réputé.
Et
alors, comment vous y prenez
?
Et justement, je reçois un message de ce présumé pédocriminelle. C'est là où on commence à discuter. Je rappelle mon âge, bien évidemment.
Je
précise qu'il s'invente un autre look.
Il ne
se ressemble pas sur Snapchat. Il ressemble à une jeune fille de 14 ans. C'est ça.
J
'ai une intelligence artificielle, exactement. Et justement, c'est là où on discute. Je récolte les preuves. Il y en a qui dérapent
en
plusieurs jours. Il y en a, c'est le soir même où ils dérapent complètement et c'est dégueulasse ce qu
'ils
disent. Et des fois, il y
a
des appels aussi. Des appels vidéo comme avec, je ne
sais
pas si je peux dire son nom, Dominique. Mais
qu'est-ce que vous faites des preuves
ensuite ? Vous les transmettez à
la police ? Ça permet de
faire avancer l'enquête ? Concrètement, qu'est-ce qui se passe une fois que vous avez ces témoignages et ces preuves
?
Avec l'association 211 Organisations, dont je fais partie, on fait des dossiers. On recherche aussi qui est la personne après, en amont. Et justement, après ce dossier qui est fait, il y
a
un signalement qui est fait.
Et
des fois, je n
'ai
même pas besoin de faire des signalements. Je l'affiche. La personne sur Instagram,
elle
se fait reconnaître et elle part en garde à vue. C'est déjà arrivé plusieurs fois. des gens que
j
'ai affichés sur YouTube, sur Instagram, qui ont pris des peines, simplement, dont Jubal, pour ceux qui me suivent. Il a pris deux ans ferme. Je n
'ai
même pas de signalement.
C
'était vraiment au tout début. C'était au tout début. Mais
c
'est
étonnant parce que
vous êtes quand même très jeune. Vous avez quel âge ?
21 ans.
Pourquoi vous en êtes arrivé à aller piéger des pédocriminels sur Internet ? Quel a été le déclencheur ? Parce que moi, je vous suis aussi. Et je trouve ça assez glaçant comme témoignage. Est-ce que vous vous protégez vous-même, personnellement ? Moi, je sors de cette commission d'enquête sur le péri-scolaire totalement éprouvée. Des témoignages que j'ai entendus des parents qui, parfois, me réveillent la nuit. Quand un enfant rentre chez lui à l'âge de 7 ans en disant « Maman,
on
a appris un nouveau jeu avec l'animateur, c'est de faire grossir nos dizis. » Moi, je suis totalement choquée. Ça me réveille la nuit. Comment vous vous protégez ? Vous avez 21 ans.
Ça,
c
'est sûr que
c
'est horrible. Comment je me protège ? Je ne
suis
pas protégé.
Psychologiquement, je veux dire. Psychologiquement.
Franchement, je ne
suis
pas protégé psychologiquement. Je prends sur moi, on va dire. C'est vrai que des fois, c'est dur. Pour le coup, sincèrement, des fois, c'est dur. Je ne
suis
pas au max psychologiquement.
Je
ne
sais
pas. Peut-être que je suis immunisé, entre guillemets. Contrairement à d'autres, je ne sais pas.
Alors, dites-nous
pourquoi
vous en êtes arrivé à débusquer, à
les piéger.
Quand j'étais jeune, j'avais même 14-15 ans,
j
'étais déjà sur les sites. Je connaissais ces sites.
À
l'époque, j'essayais juste
de
les humilier, tout simplement. C'était sur Coco.
Et
c'était vraiment un site rempli. Mais j'étais choqué. Parce qu'à la base, j'avais vu sur Internet, justement, des petites vidéos de gens qui humiliaient ces pédocriminelles.
Et
c'était horrible. J'avais mis Julie 14 ans. Enfin, Julie 14 ans, je mettais juste 14 ans dans mon pseudo. Et j'avais 30 messages en même pas une minute sur Coco.
Il
y a eu l'affaire, notamment Gisèle Pellicot,
ce
qui a permis la fermeture du site. Mais c'est horrible. Ils ont attendu qu'il y ait des victimes pour fermer ce site, qui est depuis des années réputé.
Parce qu'ils étaient
totalement anonymes,
en fait. C'est ça qui a facilité
comment ? Il n'y a rien de
vraiment anonyme. C'est une indifférence coupable. Je raconte dans mon livre que moi, ce qui m'a vraiment rappelé à mes devoirs de professeur de criminologie. Moi, je m'occupais du terrorisme, du crime organisé, des choses qui m'apparaissaient comme importantes. Et le reste, c'était des faits
divers, c
'est-à
-dire
des faits
divers
individuels. Alors, je les voyais passer, mais ça ne m'occupait pas. Je m'en veux, d'ailleurs. Il ne faut pas croire que je dis ça facilement. Et puis, à un moment, je vois passer l'affaire Liana Rosa. Alors, pour la première fois, c'était une affaire double. Et je salue, d'ailleurs, le courage du ministre de la Justice. Ça ne m'arrive pas tous les jours de saluer le courage d'un ministre. Moi, c'est quasiment antinomique dans la situation politique actuelle. Qui dit, je vais aller chercher les dossiers. Moi, je me disais, il y en a 8-10 000. Quand je vois qu
'il
y en a 88 000, 80 000 connus. Ceux qui sont connus sous
le tapis. Judiciarisés. Ou en cours d'eux, ou en enquête,
quelque part, perdu dans un coin, sous un tapis quelconque. Je me dis, ah oui, quand même, comment n
'ai
-je pas vu cela ? Et du coup, je me replonge dans le rapport de la Civise et de la Siasse, des deux commissions d'enquête, dont j'ai vu passer le rapport.
Vous
savez, 80 pages, 100 pages, 200 pages, comme vous voyez passer des trucs énormes. Vous savez, les propositions
de loi avec le
document qui va avec, que personne n'a le temps de lire parce qu'il y en a trop. Et je vais dire, ah oui, quand même, 5 millions et demi de victimes minimum adultes vivant en France. C
'est 10% d'enfants. Mais c'est ça, 10%. Et 160
000 enfants victimes tous les ans. Estimation minimale. C
'est
ça. Et je me dis, mais c
'est
un océan de pédocriminalités. Donc, je me replonge là-dedans. Et qu'est-ce qui m'arrive en premier ? Apostrophe. 1990. Cinq hommes et grillards, sous le regard bienveillant de Bernard Thibault, racontant comment on viole des petits garçons et des petites filles. Parce que c'est fun.
Et
une femme, mon héroïne personnelle, Denise Bombardier, écrivait une cannelle, qui dit, mais vous êtes tous dingues. Chez moi, vous seriez tous en taule. Et elle se fait agonir d'injures sur le plateau et surtout après.
Et
je redécouvre la fameuse pétition des années 70 dans le monde sur vive la pédophilie. Parce
que
la pédophilie, c'est fun. Des 200 plus grands intellectuels français de ce pays. Et en fait, il
y
a une culture de la pédophilie. Quand vous dites c'est pédolande, il y a une culture de la pédophilie.
C
'est-à-dire que c'était bien. C'était fun. C'était à la mode. Et donc, le temps qu'on passe du droit de pissage au viol, ça a été plusieurs centaines d'années pour le combat des femmes. Et encore, a-t-il fallu attendre vraiment MeToo pour dépasser. Il a fallu attendre l'affaire Pellico pour qu'il se passe quelque chose sur le viol familial.
Mais est
-ce
que ça a changé aujourd'hui selon vous
? Alors,
moi, mon livre, ce n
'est
pas mon livre. On a écrit beaucoup des livres,
mais
je suis dans une posture académique, la neutralité axiologique. On regarde les choses, on donne des éléments,
on
ne prend pas position. Ça,
c
'est mon livre. C'est un livre personnel. Il est militant et engagé. Je ne suis pas neutre. Je ne suis pas neutre parce qu'au bout d'un moment, d'abord, je m
'en
suis beaucoup voulu de ne
pas
m
'en
être occupé avant, ce qui est quand même d'un point de vue professionnel.
Écoutez, c'est déjà pas mal. Vous avez maintenant ce livre qui est très glaçant. Évidemment, je voulais qu'il soit
incitatif à une sorte de mobilisation pour qu'on pousse à la loi intégrale, à votre commission d'enquête et à ses propositions. Parce que moi, j'ai lu ça avec beaucoup d'intérêt. Mais au fait que de toutes ces commissions qui se suivent et se cumulent, la SIAZ, la CIVIS, etc., c'est passé. Et en fait, on n'a pas fait même pas 10%, 20%. D'ailleurs, la CIVIS a fait un rapport.
Oui, avec des recommandations
qui n'ont jamais été suivies.
De l'inspection générale
de Paris en 2015, dont
on découvre en 2026 chez vous, d'ailleurs,
que
oui, alors non, pas tant que ça. Il faut voir et peut-être et un jour et je m'excuse de vous demander pardon pour ne
pas
m'en être occupé. Donc, il y
a
un enjeu dans ces affaires et cet enjeu, il est exactement ça.
C
'est-à-dire qu'on n'entend pas encore, on doute, on sous-estime. L'affaire Doutroi fait beaucoup de mal à la parole des enfants.
Il
faut être honnête. L'affaire Doutroi fait beaucoup de mal à la parole des enfants. Mais on n'est pas ressorti du vide d'outroi.
Mais
moi, je pense qu'au
-delà de l'affaire Doutroi, il y a un déni, une omerta systémique dans toutes les
institutions. Est-ce que c'est
parce que ça tient à l'intime, à l'horreur et à la honte
qu'en fait, on
détourne le regard ?
C
'est-à
-dire
qu'à la fois dans les discours, on sacralise l'enfant. Mais dès qu'il s'agit de le protéger, eh bien, on en est incapable et on détourne le regard.
Vous
avez raison. Une partie, c'est parce que l'inceste,
c
'est quand même les deux tiers ou les trois quarts
de l'enfant. C'est
80%. Peut-être 80%. Oui,
mais
enfin, tout
de même. Oui, mais l'omerta
familiale est un sujet considérable.
L'omerta des
institutions l'est aussi. Oui, mais l'omerta familiale, elle empêche la prise en compte des institutions. Mais quand les institutions sont directement confrontées, fédérations sportives, écoles, périscolaires, églises et autres, elles font pareil. C'est-à
-dire
que tout le monde a décidé de passer ça sous le tapis et de faire comme si rien ne se passait ou que c'était des cas pris individuellement. Des cas isolés. C
'est pas systémique, je l'ai tellement entendu dans la commission. Oui, voilà, exactement.
Moi,
j
'ai eu la même chose quand j'ai fait. Vous savez que j'ai bien compartimenté pour que tout le monde se rende compte que ce n'est pas un effet, une sorte de truc filandreux, machin. Non, c'est chaque morceau. Il n
'y
a pas un pour relever l'autre. Alors, de temps en temps, il y a des bonnes nouvelles. Par exemple, l'Association des maires de France dans le Lot a décidé que c'était un sujet qu'il fallait s'en occuper et au niveau départemental.
Et c'est insuffisant. La
France
ne protège
pas suffisamment ses enfants.
C'est ce que je dis. Honnêtement, moi, je trouve que cacher
des faits aussi ignobles. Moi, dans ma commission périscolaire, on parle d'enfants qui n'ont pas 14 ans. On parle d'enfants
qui ont 3 ans, 4 ans, 5
ans et 6
ans,
qui ne savent même pas mettre de mots sur ce qu'ils ont subi, qui ne savent même pas se représenter ce qu'est la sexualité.
Pour
montrer le livre, j'ai choisi un dessin d'enfant.
C
'est un
dessin de très jeune
enfant. Et en fait, c'est ça qui était absolument hallucinant. C'est qu'il y a sous Snapchat, vous voyez Snapchat, il y a ceux qui n'ont pas accès à Snapchat et qui sont quand même victimes directement. Alors là, par la proximité, ce n
'est
pas ceux qui sont devant l'école, c'est ceux qui sont dedans l'école et dedans la famille. Ça
vous fait réagir,
Finzi
?
En fait, il y a un vrai problème. Je ne
sais
pas pourquoi, en France, les enfants ne sont pas mieux protégés que
ça. Ce
n
'est
pas compréhensible parce que le futur est aux enfants. C
'est l'avenir de la société, nos enfants. C'est l'avenir.
Bien sûr. Il y a beaucoup de choses à changer. Pour moi,
il y
a
vraiment... En
fait, les moyens doivent être mis
sur
les enfants, sur la jeunesse. Vraiment, les moyens doivent être mis pour les protéger et pour les faire grandir en paix. Et ce n
'est
pas compréhensible qu'en France... Est-ce que vous comprenez qu'on reproche aux trackers de pédocriminels, justement, de faire du sensationnalisme ? Puisque vous, vous l'avez dit, vous monétisez vos contenus. Est-ce que vous avez l'impression que c'est un combat ou que ça tourne un peu au spectacle
?
Moi, je suis démonétisé très souvent. Et il n
'y a
pas de sensationnel. Enfin, moi, je fais ce que je fais.
Je
fais ce que je fais. Il n
'y a
pas de sensationnel, je trouve.
C
'est eux, justement, c'est les prélateurs qui rendent ça sensationnel.
Moi, je
voudrais le défendre parce que, franchement, grâce à vous... Alors, après, on peut toujours s'interroger. Ce n
'est
quand même pas normal que ce soit des citoyens qui
en
soient à faire ce que la justice devrait faire ou la police. Mais toutefois, il faut, dans ce pays, briser l'omerta et révéler les faits. C'est pour ça que j'ai tenu à cette commission d'enquête. Et appeler un chat un chat, quand on les voit sur Internet, c'est vrai que c'est dégueulasse. Moi aussi,
j
'entends... Là encore, ça résonne encore à mes oreilles. Quand j'entends une maman me dire « Mon enfant avait été agressé sexuellement, je ne le savais pas. » Et quand je lui donnais son bain, je me demandais pourquoi est-ce qu'il avait de la colle dans les cheveux. C'est dégoûtant. Il faut que les Français entendent cette réalité. Parce que beaucoup ont envie de détourner le regard. C'est pour ça qu'un livre comme le vôtre, M. Bauer, qui est extraordinaire et que j'invite tout le monde à lire, et vous-même qui révélez les faits, moi, je l'ai fait également en France. Il faut savoir qu'il y a 76 départements aujourd'hui concernés par ces violences dans le périscolaire.
76 départements, on a 101 départements.
Au
moins. 67 sur 101 départements. Non,
non,
mais...
Ça dit tout. Au
moins. Exactement.
Les autres, c
'est parce qu'on ne le sait pas
encore. Exactement. Moi, je n'ai pas
un cas, ni un département, et je pense particulièrement à l'Outre-mer, qui est encore plus désespérant en termes de réponse publique
à
la question. Parce que j'y vais assez souvent aux Antilles, en Guyane, il y a des situations. Moi, je reçois des centaines de courriels et de lettres toutes plus... Alors, comme vous dites, il se trouve que moi, mon métier m'amène à avoir des horreurs depuis que j'ai commencé à faire ce métier, c'est-à
-dire
il
y
a 40 ans. Mais même là, j'avoue qu'il m'arrive encore d'avoir un petit haut le cœur de temps en temps dans des lettres personnelles écrites par des parents ou d'anciennes victimes. Parce que le problème des victimes, c'est qu'elles posent trois problèmes. D'abord, elles sont victimes. 5 millions et demi ou peut-être 6 millions et demi, si on ne sait pas, de personnes. Elles somatisent, donc elles vont mal. Elles surconsomment tous les produits possibles et imaginables. De temps en temps, elles s'effondrent. Vous voyez, Colosse
d
'Argile, l'espèce de grand rugbyman qui vous explique qu'un jour,
il
s
'est
effondré devant son fils, puisque tout d'un coup, ça lui a été remonté. J'ai une collègue
journaliste
qui me dit, j'étais devant ma vieille institutrice tout d'un coup au milieu du repas. Elle se met à pleurer en me disant, je viens de me rappeler que j'ai été violé. Un sentiment de malaise général. Et puis,
il
y a de la reproduction. Je rappelle que la quasi-totalité des pédocriminels en prison, je vous explique qu'ils ont d'abord été victimes avant d'être auteurs pour reprendre le contrôle. Donc, il y a un triple enjeu qui n'est pas un coup. Ce que j'explique à l'Assemblée, aux parlementaires, aux sénateurs, en disant, attention, c'est un investissement. Vous ne vous rendez pas compte de l'argent que vous allez gagner en investissant sur les enfants, leur protection et
la jeunesse. Leur santé
mentale,
évidemment, leur bien-être. Les
médicaments, le traitement psychiatrique, déjà très faible, etc. Vous voyez, il y a eu un amendement à la loi intégrale.
Un
des éléments importants de la loi intégrale, c'est un entretien avec les jeunes enfants
pour
essayer de voir si par hasard, ils n'ont pas un petit problème. Premier amendement, suppression de l'entretien
pour
en faire un questionnaire. Alors, j'imaginais, enfant de 6 ans, bonjour, machin, 6 ans. Alors, j'ai été violé, oui, non, je ne sais pas. Vous imaginez ? Bon,
alors,
du coup, il
y a
une émotion des associations, des streamers, des youtubeurs. Enfin, tout le monde dit, quand même, vous êtes tous dingues. Réponse. D'accord, on va le faire, mais d'ici 2032. Alors, j'ai compté. 2027, 28, 29, 30, 31, 32, ça fait un million d'enfants supplémentaires victimes. D'ici qu'on se réveille.
Or, en même temps, le
mouvement des lycéens et des collégiens pour faire un lien avec ça. Mais oui, oui. Il dit, nous, on veut des infirmières, des assistantes sociales et des médecins dans les écoles. Ben, faisons ensemble. Il n
'y
a pas... Voilà. Réglons un problème qui est mobilisateur, à la fois pour les parents, les enfants, les parlementaires, les instituteurs, le système scolaire, le mouvement des collégiens et lycéens. Ben, il y a une revendication qui paraît à peu près simple. Pourquoi ne pas traiter en même temps du problème de la vie sociale dans l'école et du décèlement précoce des victimes potentielles dans le mètre ? Parce que là, on traite à la fois des victimes de l'inceste potentiel, mais aussi de ce qui se passe dans le
scolaire et le périscolaire. Le
problème, c'est qu'on a un système, et ça, c'est une réalité que j'ai découvert à travers cette commission périscolaire, qui est totalement réactif, jamais préventif. C'est-à-dire que personne n'a été capable, dans les cas qu'on a examinés, de détecter les signaux faibles chez l'enfant pour alerter. C'est parce que l'enfant a parlé et que les parents ont alerté qu'on a pu gérer
la situation. Vous avez le cas que vous
avez
traité de l'ASE,
par exemple. L'aide sociale à l
'enfant sur les protéger les enfants. Ça, c'est encore un autre sujet qui est en gravissime. Mais de temps en temps, un fournisseur pour
les pédocriminelles.
Mais c'est ça.
Avec des collègues locaux qui disent « Mais nous, on n'a pas le droit de faire toute une série de choses qui pourraient nous permettre de... » On ne peut pas les empêcher de sortir, on ne
peut
pas aller les chercher dehors, on n'a pas de capacité d'intervention. Enfin, nous avons créé un système qui fournit de
la chair fraîche aux pédocriminelles. Et
sans parler des conditions de recueil de la parole de l'enfant. Puisque toute la preuve pénale, elle repose sur la parole de l'enfant. Sauf que quand l'enfant est auditionné quatre mois après l'agression, sa mémoire traumatique s'est effacée.
Surtout les
très jeunes. Surtout les très jeunes. Encore une fois, on parle d'enfants
de 3, 4 ou 5 ans.
La
famille
est relativement faible.
Il n'y en a qu'une à Paris. Les
personnels formés sont rares. Et
ce n'est pas leur bonne volonté qu'on a... Dans votre
livre, ce qui est très intéressant, c'est que vous dites justement ce fonctionnement en tuyau d'orgue. C'est-à-dire ce fonctionnement en silo. La justice d'un côté, la police de l'autre, les mairies, les collectivités. Et c'est là où il faut mettre tout le monde autour de la table, coordonner tous les acteurs locaux pour
protéger nos enfants. C
'est
ce
qui est dans votre rapport.
C'est pour ça qu'il y a une assez grande
cohérence. On n'est pas vraiment dans un débat... En fait, chacun fait ce qu'il fait à la
place de ce que
l'État devrait faire. C'est assez frappant. Si tout le monde s'unit, ça changerait clairement
les choses.
Les 5 millions et demi, il faut les accompagner, les traiter. Il y a des tas d'endroits où on peut demander à quelqu'un en Allemagne ou ailleurs, on dit vous avez des pulsions pédophiles, venez,
on
va vous aider. Et ceux-là ne deviennent pas des pédocriminels. Nous ne sommes même pas capables de faire ça en France. Même pas. C'est le service minimum. Anticipation du risque à venir. Et Finisie, est-ce que ça vous arrive que des familles vous contactent via cette association 211, justement, parce qu'elles ont un doute sur un homme pour que vous arriviez
à
les démasquer
?
Justement, sur le site de l'association, on peut faire des signalements. Et ça arrive que des familles
font
un signalement à l'association. Moi, je ne suis pas directement au courant. Des fois, je reçois des messages, des mails de familles qui veulent que je démasque
un
potentiel proche à eux. Ça ne marche pas comme ça, malheureusement.
Je
ne
veux
pas venir, moi, au pédocriminel. Ce n'est pas légal. Et oui, on reçoit, l'association reçoit apparemment des mails sur des prédateurs, des potentiels prédateurs, des proches.
On
reçoit toutes choses, en fait. Et
vous connaissez
la police ? Comment vous travaillez avec la police
?
On établit un dossier et on aide aussi, on aide des potentielles victimes à parler parce qu'on a des contacts dans l'association. Il y
a
des contacts directement. Et justement, on peut aider les victimes
et
on fait des dossiers.
Alors
Alain, vous qui êtes criminologue, il faut savoir que Finlisi, lui, il se masque avec une intelligence artificielle. Est-ce que vous l'avez regardé ?
Est
-ce qu'il a des techniques de
bons
criminologues, si vous voulez, pour faire parler les
gens ? Un
criminologue n'est pas un policier ni un magistrat.
Ce
n
'est
pas son rôle. On forme des policiers et des magistrats, des avocats, des défenseurs des droits, des journalistes. J'ai même eu des parlementaires. Donc des gens qui veulent comprendre comment marche le fonctionnement d'un esprit criminel, la manière de faire de la prévention, de la dissuasion, de la sanction, de la réinsertion aussi, parce que les gens ne vivent pas toute leur vie en prison. Et donc tous ces processus-là. Donc non, j'ai trouvé que sa méthode était intéressante parce qu'elle était légale. Moi, je vois beaucoup de collègues aux États-Unis qui ont des méthodes plus brutales.
Et puis, comme vous le savez, sur Coco, il y avait aussi des guet-apens qui visaient à frapper des gens, c'est-à-dire à se faire justice. Alors, même pas à se faire justice soi-même, d'ailleurs, à faire justice à la place des autres, puisque ceux qui organisaient les guet-apens n'étaient pas victimes, ni parents de victimes. Ils étaient juste des justiciers qui pensaient qu'ils allaient faire ça à la place du système. Lui, il ne le fait pas. C'est pour ça qu'on est là ensemble sur ce plateau, parce qu'autrement, je ne serais pas là, et je pense Mme Evren non plus, parce que ce n
'est
pas ce qu'on recommande. Mais ce qu'il fait est utile et nécessaire dans le cadre où il le fait. Moi, par exemple, quand je reçois des signalements ou des lettres, je les envoie à France Victime, qui a commencé à ex-inavème, qui commence à prendre en compte ça parce que la quantité de familles de victimes est telle que ce n
'est
pas seulement victimes du terrorisme, c
'est
victime d'un assassinat, etc. Ou à Adélie, par exemple, une association que j'ai découverte justement dans le Lot, et qui, elle, forme les personnes en charge de l'enfance à la prise en charge de la protection de l'enfance sur ce terrain-là. Car beaucoup des gens qui sont en charge de la protection de l'enfance ne sont pas capables de faire du décèlement. Mais c'est ça. C'est-à
-dire
qu'il y a un double problème. Même les
gens
qui sont dans le secteur de l'enfance viennent me dire, viennent
acheter le livre,
viennent me dire, j'étais hier à Valence, viennent me dire, oui, alors, on a acheté votre livre parce qu'il y a des choses qu'on comprend et qu'on ne comprenait pas avant. Alors même que, il y a des gens qui disent, mais nous, on le vit depuis des années et l'omerta, non seulement on ne nous écoute pas, mais on nous engueule quand on le dit à l'extérieur.
Il faut protéger les
lanceurs d
'alerte. Vous avez tout à fait raison. Oui, parce qu'il y en a
dans le secteur et notamment dans l'aide sociale à l'enfance, ce qu'il vous raconte est à peu près dix fois pire que ce que j'écris. Et encore, je me suis tenu. Mais il y a un phénomène d'interdiction de la parole pour défendre et protéger les enfants, y compris dans les institutions de protection de l'enfance qui se limitent à protéger les enfants de on ne sait pas bien quoi d'ailleurs et surtout de ne pas parler de ça. Mais justement, pourquoi est-ce que ça ne
va
pas plus vite ? Quand Finisie raconte, justement, qu'il met la moindre photo d'une gamine de 14 ans ou qui se grime en gamine de 14 ans et que directement tous les prédateurs sortent, vous ne
vous
dites pas pourquoi est-ce que la justice ne va pas plus vite ?
Qu
'est-ce que vous
ressentez quand vous voyez tous ces pervers ? Parce qu'elle est complètement emborgée,
la justice,
malheureusement. Elle
est noyée, noyée, noyée de dossiers. Moi, je suis allée à la brigade de protection des mineurs et ils m'ont dit en fait, le périscolaire,
c
'est epsilonesque par rapport à tout ce qu'on reçoit sur les violences intrafamiliales en fait. Et puis tout le reste de la délinquance, de la lutte contre le terrorisme. Je ne
sais
pas ce que vous en pensez, vous.
Pour moi, il doit y avoir plus de moyens.
Voilà,
c'est ça.
Il doit y avoir plus de moyens pour même les policiers parce que c'est vrai qu'ils sont débordés. Comme vous dites.
Enquêteurs spécialisés. On manque d'enquêteurs spécialisés.
Exactement.
Il
n
'y a qu'une salle Mélanie à Paris.
Ce n
'est
pas logique. Pour moi, il y a vraiment beaucoup de métiers même qui doivent être
créés
pour justement concernant ça.
Vous pensez
qu
'il
devrait y avoir une brigade de trackers par exemple ?
Ça n'est pas une
priorité absolue aujourd'hui. Franchement, la protection de l'enfance n'est pas une priorité absolue. C'est pour ça que moi, j'ai proposé que l'année 2027 soit l'année de l'enfance une cause nationale.
Ça
devrait l'être. Voilà. Qu'est-ce que vous ressentez quand vous voyez ces pervers tous les jours, pédocriminels présumés qui sortent comme ça dès qu'on y voit la tête d'une jeune fille ? Honnêtement, de la haine. Je reçois
des
messages dégueulasses tous les jours et des trucs de fous. Et je me dis comment ils peuvent être... Moi, je ne comprends pas. Je n'arrive pas à les comprendre. Vous, vous arrivez...
Expliquez-nous comment ils
peuvent être attirés par des enfants. Comment un homme de 40 ans peut être attiré par un enfant de 4, 5 ou de 10, 12 ans ?
Parce que, hélas, tous les vices sont dans la nature, au sens de morale. Il faut faire attention. Moi,
je
ne
suis
pas prof de morale. Bien
sûr, nous non plus, mais on essaie de le décrypter.
Non, non. Simplement, vous avez des processus pervers psychologiques ou psychiatriques. Psychologiques qui sont juste une construction sociale, psychiatriques qui sont une maladie mentale. Ça fait bien la différence entre les deux. avec des pulsions pédophiles qui existent depuis toujours. L'histoire du monde est faite de ce type de pulsions. L'inceste est devenu un sujet au moment de la christianisation de l'Occident. Ce n
'est
pas le cas dans le monde anglo-saxon, par exemple. L'inceste, c'était un phénomène tout à fait naturel et normal. Donc, on ne se rend pas bien compte, mais la construction des valeurs, les valeurs de
la
République, les valeurs chrétiennes... C
'est quand même une
valeur universelle, la protection de l'enfance. Elle n
'est
ni de droite ni de gauche.
Elle n'est
pas universelle. Elle tend à le devenir, mais elle ne l'est pas. Et
on ne se rend pas
bien compte des problématiques de ce qu'était l'avant. C'est-à
-dire
que nous, on oublie parce qu'on a l'impression que tout est maintenant. Avant, il ne se passait pas grand-chose. Demain, c'est trop tard. Non, non. C'est une construction qui a été assez lente. Voilà. Et donc, aujourd'hui, par exemple, regardez l'âge légal.
L
'âge légal.
L
'âge légal est passé de 10 ans
à
35 ans avant de revenir à 18 ans avec un débat sur 16 ans. Mais l'âge de puberté qui était aussi l'âge du mariage, je précise qu'en France, on peut encore se marier avec une mineure. C'est dans le code. Si les parents sont d'accord, c
'est
ça
?
Oui, mais quand même.
C'est n'importe
quoi. Oui, c
'est
n'importe quoi. Et donc, il faut se rendre compte que ce n
'est
pas si simple. 13 ans, 15 ans, 18 ans, 21 ans, 26 ans pour le fiscal.
En
fait, nous avons une pluralité d'âges en France. Si vous allez en Europe, c'est pire. L'âge de responsabilité pénale, l'âge d'irresponsabilité. Nous avons un truc qui n'a jamais été cohérent. Moi, je suis pour la cohérence. On trouve un âge. Cet âge indique ce qu'est un mineur, ce qu'est un majeur. Et une fois qu'on est tombé d'accord, ça vaut pour tout. Donc,
vous pensez qu'on n'a pas en France de culture de protection, de culture commune
de
protection de l'enfance ?
Je confirme, c'est ce que je dis dans mon rapport. C
'est le problème pour
l'âge. C
'est une réalité glaçante,
affligeante. mais parce qu'on l'a
ignorée.
C
'est-à-dire que tant qu'on n'en parle pas, vous savez comment marche ce pays, tant qu'on n'en parle pas et qu'on
ne casse pas, ce n'est pas sérieux. Sauf
si vous avez une réaction. Quand un fait divers devient un fait de société, ce n
'est
pas grâce à l'État.
C
'est grâce aux citoyens. Ça a toujours été comme ça. Le citoyen se révolte et tout d'un coup, ce qui apparaissait comme un problème lointain devient un problème important et donc l'État dit « Ah bah oui, il faut quand même que je m'en occupe ». Et donc, c'est pour ça que grâce à vous ou grâce à vous, j'espère un peu grâce à
moi, grâce à vous aussi, moi je suis plutôt
le synthétiseur académique de « Ce problème existe, voilà ce que nous sommes dans
les
sources du problème, voilà comment vous pouvez le comprendre
». Mais vous
n'êtes pas nombreux à le dire justement. Vous
n'êtes
pas
nombreux à le dire
justement. Oui, mais même moi, je trouve que j'ai mis très longtemps, pour être honnête. Je fais ce livre parce que je m'en veux. Je m'en veux pas plus intelligent ou voilà. Mais une fois que je l'ai vu, je m'en suis dit quand même.
Au moins,
vous avez culpabilisé
et donc ça a donné ce bouquin. Merci.
C'est un effort de déculpabilisation. Mais voyez, vous-même, je pense avant l'enquête sur le pays scolaire,
ce
n'était pas votre sujet de préoccupation totale. Vous, ça vous a choqué quand vous étiez plus jeune.
Mais
ce n
'est
pas le cas de tous vos petits copains ou copines que vous
connaissez. On n'avait pas conscience de l'ampleur. On n'avait pas conscience de cette ampleur. Tout
d'un coup, on se rend compte que tous ces petits faits divers, moi, je lui
ai
dit que
c'est
un océan de pédocrimianité. Je n'ai jamais vu un seul cas criminel dans toute ma carrière avec autant de victimes.
Oui, il y
a
une pluralité de victimes, en
fait. Et pour moi,
le 11 septembre,
c
'était l'alpha et l'oméga du pire que j'avais connu. C'est totalement faux. Là, 5 millions et demi de victimes, 160 000 par an, je n'ai jamais
eu un cas de chiffre. Pour marteler ce chiffre,
c'est 10%
d'enfants victimes
de violences
sexuelles. 10%
adultes.
10% des adultes vivants dans ce pays
et 10% des enfants qui
dans leur petite enfance
ont
subi une violence
sexuelle.
Alors, pour qu'on s'en rende compte, justement, puisque peut-être que tous les parents ne sont pas sur Snapchat, TikTok, etc., quel message vous avez à leur faire passer aujourd'hui et même aux adolescents, d'ailleurs, qui vont se mettre sur les réseaux sociaux, qu'est-ce qu'on voit de pire et pourquoi est-ce que les parents, par exemple, ne doivent pas publier des photos de leur enfant en maillot de bain, etc. Expliquez ça. Qu'est-ce qu'on voit de pire sur les réseaux sociaux, Finis
?
Les créateurs sont partout sur les réseaux sociaux. Par exemple, moi, j'ai un conseil pour les parents.
Il
faut, par exemple, sur Snapchat, que ce soit sur tous les réseaux sociaux, déjà,
il
faut surveiller ce que fait votre adolescent, votre enfant. Et aussi, sur Snapchat, il y a les demandes d'amis aléatoires. Donc, tu peux aller sur demandes d'amis et ajouter n'importe qui. Tu peux trouver
des
gens de n'importe quel âge et il faut désactiver ça. J'ai un conseil pour les parents.
Par
exemple,
là, juste
rien qu'hier, j'ai eu un pédagogique criminel qui faisait du chantage au suicide pour recevoir des faux... Enfin, pour me montrer son sexe. Donc, il voulait absolument que je regarde son sexe. Il me disait, regarde, c'est dur, machin. Il
est
dégueulasse. Je lui disais que je ne comprenais pas et que je ne voulais pas. Il forçait. Il forçait complètement.
Et... Quel âge, il faisait
du chantage au suicide ? Ah, je vais me tuer parce que tu ne
veux
pas regarder. C'est horrible.
C
'est rien qu'aventurant.
Imaginez
l'innocence de la petite gamine de 14 ans et la culpabilité qui lui fait ressortir.
Je me dis, heureusement, je ne
suis
pas une vraie fille de 14 ans. Et quand je vois ça, je me dis, il
y
a des vraies victimes, bien évidemment. Et il faut changer les choses. Déjà, l'anonymat, pour moi, l'anonymat, c'est un vrai problème. Ça crée beaucoup de pédocriminels.
Pour
moi, il faut les afficher.
Il
faut justement faire, comme on a dit, un site où on répertorie justement ces gens.
Même,
comme vous avez dit, juste avec un saignement. Ça doit être important. Ça doit être important. Ça doit être fait. Il doit y avoir des moyens qui doivent être mis à
ce sujet-là.
Est-ce qu'il faudrait aller
jusqu'à la
castration chimique comme dans d'autres pays ? Pour vous, est-ce que pour vous, ces gens sont si malades qu'il faut les empêcher d'agir
?
Certains, oui. Certains sont horribles. Pour moi, il faudrait.
Pour
moi,
il
faudrait,
même
si c'est un long débat, je ne
suis
pas vraiment renseigné sur ce sujet de castration chimique,
mais ça
devrait être en tout cas étudié. Je pense que ça l'est déjà.
Ça
devrait être étudié. Certains pays font plutôt de la prévention, c'est-à-dire dire, vous avez des tentations pédophiles, venez, on va vous aider. Ça ne marche pas si mal. Nous, on ne le fait pas. D'autres, le traitement, c'est un traitement qui doit être traité par un médecin ou un psychiatre, mais ça nécessite un consentement.
C
'est-à-dire qu'on fait de la castration chimique que
si
on veut bien suivre le traitement et personne ne vous suit. Par contre, il y
a
aussi la capacité d'isolement. Le Code de la santé publique prévoit plein de clauses que personne ne traite jamais parce que très souvent, on découvre que dans le Code de la santé publique ou dans le Code pénal, parfois dans le Code civil, on découvre des tas de choses que nous avons cessé d'appliquer mais qui sont encore utilisables. Vous savez, il a fallu attendre 2025 pour qu'une commission sénatoriale, comme quoi le Sénat, je dois le dire, découvre que le narcotrafic existait en France. 2025. Ça fait 40 ans que mes collègues le disent. La dernière fois que des magistrats sont venus dire avec un précédent mise à justice, il les a engueulés pour avoir dit la vérité.
La dernière fois qu'un chef d'état-major des armées était venu dire que l'armée était à l'os, il s'est fait punir par le chef de l'État. Il faut se rendre compte que la parole publique pour dénoncer les réalités de ce qu'on vit au quotidien, alors pas moi, mais les agents du service social, les agents du judiciaire, les agents de la police, les agents de la gendarmerie, etc., c'est un courage terrible contre sa propre institution. Le premier ennemi de la vérité, c'est l'institution qui est censée la protéger. Pas seulement les enfants, la vérité. Donc, il y a un enjeu. Moi, je suis pour qu'on ouvre toutes les catégories, y compris l'enfermement. L'enfermement.
Parce que nous avons, dans la question de la dangerosité, qui est un sujet criminologique majeur, traité avec beaucoup de difficultés par notamment mes collègues de
l
'Académie de médecine, mais on sent bien qu'on a mis en place des dispositifs pour dire que si quelqu'un a été condamné, qu'il est au bout de sa peine et qu
'il
est encore très dangereux, on ne
le
laisse pas sortir. C'est une décision judiciaire, elle est basée sur des experts. On peut avoir le même idée sur la protection de l'enfance par rapport à un pédocriminel. Alors, évidemment, malheureusement,
on
ne peut pas le faire par anticipation, mais on peut protéger tous les autres. Car quand je dis qu'on trouve un pédocriminel, on trouve 10, 20, 30 victimes. Ce qui est le cas. C'est-à
-dire,
si c'était
un
assassin, en général, il y a une victime ou deux.
Il y a une pluralité
de victimes par un seul pédocriminel.
Oui, mais tout d
'un coup, vous en arrêtez un après 25 signalements et vous découvrez 25 victimes. Ce n
'est
pas la dernière qui compte. C'est toutes celles qui ont précédé. La dernière qui compte, malheureusement, c'est celle qui déclenche. Mais avec un retard invraisemblable et vous découvrez soudain le nombre de signalements précédents non transmis, non synthétisés,
non
partagés
dans le scolaire, dans le
sportif. Et d'ailleurs, c'est un peu comme quand vous avez un auteur de crimes multiples, de masse, etc. Le lendemain matin, tout le monde dit, ah oui, il était bizarre, ah oui, il avait fait
un truc,
mais personne
n'en a parlé. C'est toujours après. C'est après qu'il s'en rende
compte.
Là,
il faut faire avant.
Vous
dites qu
'il
faut faire avant aussi, c'est après qu
'il
s'en rende compte, finis-y. Oui, en fait, il faut déjà que ce soit plus rapide. Quand il y
a
un signalement, il faut que ce soit vraiment pris au sérieux directement, parce qu
'entre
le temps du signalement et que le signalement soit pris en compte, le mec, enfin le prédateur, le pédocrimel, il peut contacter des victimes,
il
peut faire ses crimes en toute impunité.
Et
c'est là où, en fait, il
faut
être plus rapide.
C'est pour
ça d'ailleurs que moi, j'ai proposé un amendement qui vise à sanctionner ceux qui ne signalent pas, pour mieux prendre en compte en fait les signalements, parce qu'on n'a pas, encore une fois, de culture de signalement en France. On apparaît comme un dénonciateur, en fait, ou celui qui joue les chevaliers blancs.
C
'est arrivé aussi. C'est pour ça qu'il faut protéger en fait ceux qui alertent. Et par ailleurs, je voudrais dire une chose aux parents. Il faut qu'on ait tous conscience et qu'on se le dise franchement. D'ailleurs, vous le voyez sur Snapchat. Là où il y a des enfants, il y a des risques de pédocriminalité.
Et
que donc, il faut être extrêmement vigilant. Faites attention sur les réseaux sociaux, parce qu'ils ne vont pas travailler dans les EHPAD, les pédocriminels. Ils vont travailler là où ils pensent pouvoir vivre librement leur déviance sexuelle. Et c'est vrai que l'anonymat, il faut le lever. Par exemple, je vois que dans le périscolaire, on ne connaît pas le nom et les prénoms et les fonctions des animateurs. Et grâce à un amendement que j'ai fait adopter, ce sera désormais terminé. On connaîtra leur nom et leurs fonctions.
Incroyable.
Donc, le Sénat examine
dès aujourd'hui le texte sur la protection des enfants. Si vous n'aviez qu'une mesure à inscrire la plus urgente, la plus urgente, Agnès Sévren, et je vais vous poser la question à tous justement de cette mesure qui pourrait faire vraiment avancer les choses.
C'est briser la loi du silence, briser cette culture du pas de vagues et lever l'anonymat de ceux qui encadrent nos enfants.
C
'est inadmissible. On va dans n'importe quel endroit, on connaît le nom de l'ATSEM ou de la professeure, mais pas de celui qui va emmener par exemple l'enfant au change ou au dortoir.
Alain
Bauer, vous avez beaucoup de mesures dans votre livre évidemment que je recommande, le livre noir de la pédocrimie, minabilité, mais qu'est-ce qui est le plus urgent pour faire avancer les choses
? Le
fichier commun unique du signalement de tous ceux qui ont contact avec des enfants et le fichier public de tous ceux qui ont été condamnés
pour
des actes de pédocrimie. Je précise bien qu'il y
en
a deux, ce n
'est
pas tout à fait la même chose. Je reste dans mon cadre qui est le cadre légal, mais l'un c'est préventif et l'autre c'est curatif. Finis-y, pour vous, qu'est-ce qu'il faut faire d'urgence pour lutter contre la pédocriminalité ? Pour moi, il faut tuer l'anonymat comme vous avez dit, partout, partout. En fait, ils sont cachés partout. Par exemple, même sur des jeux, Roblox, des jeux d'enfants, littéralement,
ils
sont cachés. Même des petits jeux de société sur les réseaux sociaux comme top-top,
c
'est rempli de pédocriminales.
On
a eu des dossiers sur ça, justement, sur des jeux comme ça. Et c'est là où il y
a
un vrai problème d'anonymat. Comme vous avez dit, pour moi, si on tue l'anonymat, ça pourrait changer, enfin, pas tout changer, mais ça pourrait grandement faire avancer
les choses. On
va me passer à l'acte. Bien sûr, évidemment.
Vous qui avez
étudié tous les trois, justement, la pédocriminalité, est-ce qu'il y a un portrait robot du pédocriminal
?
Non.
Ça
touche tous les milieux sociaux, les milieux, d'ailleurs, j'allais dire, privés comme publics.
Aisés comme...
Aisés
comme défavorisés,
malheureusement.
En revanche, là où ils ont un profil particulier, je le vois bien, sont des adultes très charismatiques, très manipulateurs, qui savent parfaitement bien faire avec les plus vulnérables.
Et
quand même 10% de femmes. Je précise parce qu'on a parlé
des hommes. Il
y a quelques femmes.
Très
minoritaires, mais quand même. Finisie, vous voyez des similarités entre tous ces pervers ? Pour moi, pas du tout. Ça peut être n'importe qui. Mais effectivement, comme vous avez dit, les pires, comme Dominique, c'est vrai qu'ils ont une sorte de charisme pour parler aux jeunes.
Ils
ont cette manière de faire. On dirait qu'ils ont appris.
C'est-à-dire qu'ils
arrivent à les mettre dans une sécurité psychologique. Exactement.
Ils choisissent.
Ils choisissent. Les plus éloignés de leur famille, les familles les plus difficiles, les plus divisées, les plus... Et puis découvrant, soudain, quelqu'un qui s'occupe d'eux, parce que parfois, je ne dirais pas que les familles sont complices, ce serait exagéré, mais elles sont tellement contentes que quelqu'un s'occupe du gamin ou de la gamine qu'en fait, elles sous
-traitent aux
pédocriminels une forme de reconstruction d'un univers familial qui n'existe pas. Et ça, c'est un élément extrêmement important quand on découvre ça parce qu'il y a l'inceste familial mais il
y
a l'inceste amical. C'est le décalage d'un degré qui est très important et qui est entre deux. C'est pour ça que ma réaction sur l'inconnu, l'inconnu,
c
'est le mot paradoxalement sur la question de l'inceste.
Je
vous le dis, c'est le moins grave. Le pédocriminel, il est dans l'école plus que dehors. C'est-à-dire qu'il y en a partout
et
que dans aucun des secteurs de la société concernée, personne ne fait son travail de détection de signalement ou d'intervention. Car même ceux qui détectent et qui signalent se font engueuler pour l'avoir fait plutôt que féliciter pour l'avoir fait.
C
'est le fameux pas de vague dont vous parlez. Est-ce que cette loi va changer quelque chose ou est-ce qu'il faudrait mille fois plus de moyens, encore d'autres électrochops, d'autres morts malheureusement ou est-ce que cette loi est la bonne ?
Écoutez, ce qui manque particulièrement,
c
'est la coordination de tous les acteurs. Et ça, ça ne coûte pas d'argent, c'est de mettre tous les acteurs institutionnels concernés autour de la table et de casser ces silos. Vous en parlez parfaitement bien dans votre livre, vous le décrivez parfaitement bien. Aujourd'hui, ce qui malheureusement nuit à la protection de l'enfant, c'est que chacun est dans son couloir. Il faut arrêter ça absolument.
Vous
savez, quand il y
a
eu les attentats de 2015, l'année d'après, on m
'a
demandé de créer ce que j'avais fait 15 ans avant aux États-Unis, c
'est
-à
-dire
une école d'analyse du renseignement puisqu'on détectait beaucoup, on analysait peu et on agissait comme on pouvait à la française. C'est ça.
C
'est
exactement
la même chose sur la pédocrimianité. On s'occupe de les attraper après qu'ils aient fait des dizaines de victimes. Nous, ce qu'on propose, c'est de les attraper avant, de les empêcher de nuire. Alors, même si malheureusement il y avait une victime qui permet le déclenchement, c'est mieux que d'en avoir 15, 25 ou 35. Comment on fait pour les attraper ?
On
fait d'abord une formation généralisée et une mutualisation car effectivement, il y a beaucoup de moyens éparpillés mais si on les rassemble, on découvre qu'il y
en
a beaucoup.
Ce
que je disais tout à
l'heure... Et ça permet,
pardon je vous coupe, mais la dilution des responsabilités.
Cette
déresponsabilisation elle
est insupportable en fait pour les parents.
des infirmières scolaires, des médecins scolaires, des personnels scolaires formés, et bien vous résolvez la question de la détection précoce dans le système scolaire. Vous pouvez le faire dès la maternelle. Donc ça,
c
'est pour la problématique incestueuse familiale ou amicalo-familiale. Si vous formez tout ce petit monde, vous aussi, vous pouvez les protéger d'eux. Si vous aidez les parents à comprendre ce qui se passe sur les réseaux sociaux qui est devenu l'outil le plus développé aujourd'hui de la relation sociale, vous répondez à une partie de problème. Tout ça, c'est un immense problème de formation.
C
'est un investissement pour prévenir les immenses coûts de ce qui va arriver après. Et le jour où tout le monde aura compris ça, la loi sera l'argument essentiel de construction d'eux et les moyens, c'est beaucoup plus une mutualisation, beaucoup plus de formation et on ne manque pas d'institutions de formation qui sont là pour former. On n'a pas créé des centaines d'emplois pour former tous les analystes du renseignement ou tout le reste. On peut y arriver et les associations, elles sont prêtes. Celles dont j'ai cité qui ont appris sur le tas à traiter de ces problèmes,
à se rendre
compte d'un des
gens.
Les collègues qui sont retraités, ils sont prêts aussi. C'est d'ailleurs ceux qui font vivre les associations aujourd'hui, les bénévoles. C'est des bénévoles qui font vivre les associations d'aide aux victimes. Ce n
'est
pas les subventions publiques. Quand vous touchez 50 euros pour traiter d'un dossier de famille victime ou d'enfant victime, ce n
'est
pas avec les 50 euros que vous traitez un truc qui va durer un an et demi ou deux ans. Finissiez-vous cette loi ? Vous lui faites confiance ? Vous avez confiance en la justice
?
Pour moi,
en
fait,
il
y a quelque chose de plus gros quand même. Je pense qu
'il
y
a
quand même beaucoup plus de moyens qui doivent être mis.
C
'est un bon début.
Mais
pour moi, il y a vraiment
des
plus gros moyens qui doivent être mis
du
côté de l'enfance. et c'est tellement logique pour moi. Je ne comprends pas pourquoi ce n
'est
pas déjà fait depuis des années. Ça doit être fait. Ça doit être fait. L'enfant doit être protégé.
C
'est quoi le pire de ce que vous voyez au quotidien
?
Le pire
?
Comme je vous ai dit, c'est ces pédocriminelles qui sont trop à l'aise. Ils sont à l'aise. Je leur dis que j'ai 14 ans. Ils me parlent directement de leur sexe. Il y en a même qui m'envoient des photos directement de leur sexe. Je dis en plus que je n
'ai
pas envie.
Il y en
a qui forcent. Il y
en
a même un récemment
qui
est en train de faire... Il force. Il dit, tu me rends
triste
parce que tu ne
veux
pas voir. Il m'appelle en vidéo. Horrible. Heureusement, on a retrouvé qui c'était.
Mais
tous les jours, c'est ça. Tous les jours, c'est ça. Ils sont à l'aise.
Qu'est-ce qui vous a le plus choqué ?
Est-ce
qu
'il
y
a
un cas particulier
?
Plus choqué
? Il
y en a un, c'était un papy. Il s'habillait en jupe. Jupe, dentelle.
Je
ne
sais
pas, c'était une sorte de haut en dentelle. Et il se mettait tout nu. Il n'avait rien sous la jupe.
Et
il montrait devant la caméra. Heureusement, on n'avait pas vu. Mais j'ai eu le temps de prêcher. De voir en avance qu'il allait le faire. Il a ouvert son entrejambe et montré comme ça à la fille de 14 ans. Heureusement que c'est une vraie fille de 14 ans.
C
'est
fictif, oui.
Oui. Et comme ça, il s'en fout. Il est à l'aise. Il n'en a rien à faire. Un vieux papy comme ça qui...
Vous
parliez
de
vice.
On
ne pourra jamais empêcher l'âme humaine d'avoir des déviances.
Oui,
mais toute déviance n'est pas un crime.
Le
viol est un crime.
L
'agression sexuelle est un crime. Le problème, c'est à quel moment la détection se produit. Donc, tout ce qui empêche le passage à l'acte est un élément positif. Soit ça se traite psychologiquement, psychiatriquement, soit ça se traite chimiquement, soit ça se traite par la décision pénale et l'enfermement. Depuis toujours, la criminologie a traité de ces questions. Alors, on a traité de quelques sujets un peu idiots, la génétique du crime, on est criminel, on a fait le ménage. Mais depuis, on a des outils absolument formidables avec mes collègues psychiatres, psychologues, criminologues, pour traiter de l'ensemble du processus prévention, détection, dissuasion, sanction, réinsertion.
On sait faire. Parfois, on a des injonctions assez contradictoires.
Il faut
reconnaître que nos amis qui pensent la loi de temps en temps nous font des trucs assez curieux. Mais au-delà de ça, sur l'individu en tant que tel, on sait à peu près traiter de l'intégralité des sujets, y compris le fait que le plus dangereux doit être isolé de la société. Voilà. Donc, on le sait. Mais le problème, c'est que d'abord, on n'admet pas la complexité. On est tous dans l'idée qu'en fait, il n
'y a
pas d'auteur on est toujours victime de quelque chose donc personne n'est responsable. Ça, ça a été la fin de la responsabilité. Puisque personne n'est responsable,
on
n'interdit rien.
Et les
pédocriminels en profitent justement.
Et
les pédocriminels en profitent. Ou alors, c'est répression absolue qui vole un oeuf, vole un bœuf.
Et
voilà. On sait bien qu'il faut sortir de ça. Mais pour sortir de ça,
il
faut être formé, éduqué, informé et avoir un outil légal. Comme je dis souvent, on m'invite souvent dans des commissions d'enquête parlementaire pour expliquer dix ans après un texte parfaitement stupide et qui ne peut pas fonctionner pourquoi il ne fonctionne pas. Soit quoi nous disons ? Il y a dix ans, on aurait pu vous le dire si vous nous aviez posé
la question.
pas moi seulement, tous mes collègues. Parce qu'en général, il y a consensus. Quand on voit un truc qui n'a aucun sens,
on
le voit arriver, on dit non, vous savez, ça n'a aucun sens. Oui, mais non. Et dix ans après, on dit mais pourquoi ça n'avait aucun sens ? Alors, pas les mêmes, évidemment. Mais il y
a
un petit travail où on n'arrive pas encore à être bien coordonné avec le gouvernement quand il fait des projets de loi parce qu'il croit qu'il sait tout sur tout, avec tout. Et alors, le rapport qui va avec vous explique que tout va bien
alors
que c'est plein de trous, que c'est n'importe quoi. Quand ça n'a pas été fabriqué avec l'IA, parce que maintenant, ça se voit,
les parlementaires, on
a un dialogue qui est plutôt sympa avec eux, je tiens à le dire, avec les rapporteurs, etc. Après, il y
a
les amendements qui arrivent. Et là, vous ne comprenez plus rien à ce qui va se passer. Puis d'amendement en amendement, vous savez plus ce que vous avez trouvé à la fin. Vous savez, qu'est-ce qu'un dromadaire, un cheval revisé par un comité ? Voilà. Donc, on est un peu dans ça. Mais on arrive maintenant peu à peu à apprendre. Vous voyez, le rapport de la commission sur le périscolaire, il est très intéressant pour ça. Mais le rapport sur la loi intégrale, il était formidable. Les amendements sur la loi intégrale, beaucoup moins. Beaucoup moins. Parce que du coup, le naturel a repris le dessus. Et tous ces
gens
qui étaient unanimes surtout, ils étaient beaucoup moins au moment du vote. On
espère que le
Sénat fera du rattrapage. À la
fin
de ce débat, il y a sûrement des parents qui nous regardent, qui nous écoutent. De quoi doivent-ils avoir peur ? Quels sont les bons réflexes ? Est-ce que c'est le téléphone portable ? Est-ce que c'est le périscolaire ? Chacun, si vous aviez un conseil ou une mise en garde à donner aux parents aujourd'hui. Écoutez vos enfants. Écoutez vos
enfants. Écoutez
vos enfants.
Quoi
qu'ils disent, écoutez vos enfants. S'il y a un truc qui vous paraît bizarre, alors écoutez vos enfants. Parlez à vos enfants. Si c'est pas... Si l'âge ne le permet pas, faites-leur faire un dessin. C'est extraordinairement parlant, les dessins d'enfants.
Il y
en a qu'on a refusé de mettre en première... en couverture du livre.
J
'ai trouvé plein de dessins d'enfants issus d'affaires pédocriminels. Mes éditrices, qui sont... Il y a un garçon et trois femmes,
ont
eu un haut le cœur sur un dessin d'enfant. On n
'était
même pas rendu compte à quel point ça pouvait être... Voilà. On a appris un plus doux. Mais c'est pour vous dire à quel point ça peut être extraordinairement parlant. Il faut être juste formé à qu'est-ce qu'un dessin d'enfant
veut
dire ou peut dire. Écoutez vos enfants.
Moi,
je dirais croyez vos enfants et regardez en effet les changements de comportement brutaux. Si vous voyez que votre enfant fait des cauchemars, se remet à faire pipi au lit, devient agressif, en colère, dites-vous que sans doute... Alors, il ne
faut
pas les rendre paranoïaques non plus, les parents. Mais vérifiez bien.
C
'est en effet la détection des signaux faibles de souffrance chez l'enfant. Soyez sensibles à ça.
Pour
moi, il faut vérifier tous les réseaux sociaux.
Il
faut faire attention à qui l'enfant peut parler.
Il
peut parler à n'importe qui. Même sur les jeux vidéo. Ce
n'est
même pas que les réseaux sociaux, c'est aussi les jeux vidéo. Les
forums
de jeux vidéo. Les forums de jeux vidéo aussi. Et il faut les croire. Il faut les croire, bien évidemment.