1er-Mai: le discours de Jean-Luc Mélenchon en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
D'ores et déjà, dans des dizaines et des dizaines de communes, se sont rassemblées des foules comme jamais on en avait vu à une telle date, parfois de toute l'histoire des 1er mai. Le peuple de France, je dis bien le peuple de France dans toute sa diversité, se rassemble dans ce que nous avons de plus profondément commun, l'amour de la liberté, le goût de l'égalité, le souci de la fraternité, qui nous fait dire que nous n'avons pas de maître depuis 1789, autre que le peuple lui-même.
Et c'est bien heureux qu'Emmanuel Macron ait choisi de se donner, on ne sait pourquoi, 100 jours que nous ne lui donnons pas, dont la conclusion serait le 14 juillet, et nous lui apprendrons à cette occasion à bien comprendre toute la signification d'insurrection contre l'arbitraire et l'ancien régime, que signifie aujourd'hui et pour toujours, et pour la terre entière, le 14 juillet et la marseillaise. Le 1er mai n'est pas la fête du travail, comme l'ont assez stupidement instillé les pétainistes.
Le 1er mai est la fête de ceux qui travaillent, c'est-à-dire de ceux qui, pour produire et reproduire leur existence matérielle, doivent consentir à donner leur temps, un temps contraint au travail et à la production d'une richesse qui ensuite est répartie d'une manière inégalitaire au profit des uns et au détriment des autres. Le 1er mai a, depuis sa première expression à la fin du 19e siècle, à l'appel de la première internationale, était le moment de la lutte pour la diminution du temps de travail contraint.
J'ai bien dit contraint, c'est le travail salarié, car le reste du temps, ça s'appelle le temps libre, c'est le temps libre du travail que l'on choisit, car ainsi est faite la condition humaine, qui n'est que de travail, mais le travail libre, c'est celui que l'on dédie à la société, par les actions bénévoles, parce qu'on est élu, parce qu'on est responsable d'associations ou militant, parce qu'on se dédie à sa famille et que l'on prend en charge les tâches qui résultent de la vie familiale. Le temps libre que nous réclamons est le temps de la souveraineté sur soi et sur son existence. Voilà ce que signifie le mot « liberté » dans ce cas.
Depuis les premiers jours, ce fut pour la réduction du temps de travail contraint. Le triangle que vous voyez sur moi, comme sur beaucoup d'autres camarades, est le premier triangle rouge que portèrent en cuir les travailleurs français pour dire « 8 heures de travail », « 8 heures de loisirs », « 8 heures de sommeil ». Depuis les premières heures du mouvement ouvrier et des revendications de liberté personnelle, la diminution du temps de travail est la revendication centrale des salariés, diminution dans la journée, arrachée de haute lutte contre la journée de 10 et 12 heures. Dans la semaine, arrachée de haute lutte, la semaine de 5 jours et bientôt, je l'espère, celle de 4 jours.
Et enfin dans la vie, et enfin dans la vie, avec la retraite à 60 ans que nous avions décidé et mis en place en 1981, pour laquelle nous nous sommes battus et que nous récupérerons. Soyez-en certains, mais la diminution du temps de travail a pris une signification nouvelle à notre époque. Quelle est cette époque ? C'est celle de la crise climatique devenue irréversible. L'avez-vous compris, M. Macron ? Irréversible. Ce qui est maintenant en cause, c'est que cessent les sottises de dirigeants qui prétendent qu'il faut produire plus, c'est-à-dire prélever encore et encore à la nature, sans calculer jamais comment elle verra en retour sa capacité de reconstitution.
Travaillez moins pour travailler mieux, pour gaspiller moins, pour détruire moins, pour prélever moins sur la nature. Travaillez moins, travaillez mieux, travaillez tous. Voilà une ligne politique radicale de l'écologie politique et sociale. Voilà le sens que nous autres, les insoumis, nous mettons à cette journée, dans laquelle nous vivons la complétude de ce que nous sommes.
Des êtres astreints, chacun à des servitudes, celle du travail contraint, mais des êtres qui s'insèrent par les penses pour l'humanité tout entière, voués à l'intérêt général humain, c'est-à-dire à la lutte pour la défense et la protection de notre écosystème, non pas pour faire de vaines paroles, mais pour le transformer en mesures concrètes. Jachève. Le Conseil constitutionnel a fait son travail. Il a défendu une constitution de nature autoritaire et anti-ouvrière. Le Conseil constitutionnel ne peut pas valoir plus que la constitution qu'il défend.
Et il a pu conclure qu'un texte qui n'a été voté par personne s'impose à tous les Français, comme autrefois les lettres de cachet du monarque s'imposaient à tout le monde qui pouvait finir à n'importe quelle heure à la Bastille. Aujourd'hui, vous pouvez finir à n'importe quelle heure en garde à vue sans raison. Aujourd'hui, vous pouvez finir à n'importe quelle heure gazé ou bien éborgné, etc., etc. Le caractère autoritaire du régime, qui tient à la nature autoritaire que contient le libéralisme, car les libéraux sont persuadés qu'il n'y a pas d'autre solution que les leurs, tant et si bien que tous les autres sont des fous ou des dangereux.
Voilà comment et pourquoi ils nous caricaturent tout le temps comme ils le font. Et moi spécialement, puisque vous tous, vous connaissez la couleur de mes amygdales, chaque fois qu'on me passe en photo. Cet effet de bestialisation consciente, en voilà la racine. Et le Conseil constitutionnel a pu ensuite décider, alors même que c'est écrit dans sa propre conclusion, que le bilan qui a été établi du coup de cette loi n'est pas sincère. La racine d'une loi ou d'une décision légitime, c'est sa justification. C'est-à-dire que quoi que vous en pensiez, du moins a-t-elle été prise pour des raisons connues de tous et vérifiables. Voilà donc ce qu'a fait le Conseil constitutionnel.
Il n'y a pas de bon Conseil constitutionnel aussi longtemps qu'il y a une mauvaise constitution. Vous autres qui n'aviez pas compris, vous qui disiez, mais quelle mouche lépique de nous parler sans arrêt de cette sixième république. Maintenant, sans doute, comprenez-vous pourquoi la liberté est un bien précieux, pourquoi mieux vaut mille fois faire confiance, peut-être même aux erreurs que l'on commet dans la liberté, que celles qui sont commises par des petits tyrannos de week-end, comme ceux qui sont à la tête de l'État, et qui prétendent nous imposer le fait de passer à autre chose. Nous ne passerons pas à autre chose.
L'appel solennel que je fais au nom du mouvement, puisque notre responsable est à 7h à Marseille, où est sa circonscription, Emmanuel Bompard. L'appel solennel que je relais est ne cédez pas, rien, jamais, la lutte continue jusqu'au retrait. N'écoutez pas la voix mièvre et chevrotante de la résignation, de la capitulation. L'homme d'âge que je suis a vu dans tant de pays des situations que l'on croyait inamovibles, des petits messieurs qui se pensaient absolument indispensables et irrenversables. l'être tout soudain, quand le peuple manifestait sa volonté inflexible de ne pas être domestiqué. Ne vous laissez pas domestiquer, quoi qu'il vous en coûte.
Si vous êtes des insoumis, des insoumises, soyez-le jusqu'au bout. Le dernier rang des combattants, c'est le vôtre. Les premiers à courir devant, c'est vous ! Les derniers à céder, c'est vous ! Ah, la mauvaise république ! Écoutez, on entend de plus en plus des choses qu'on n'entendait pas au départ. Car on est tous là pour refuser de se faire voler deux ans de vie, que personne ne l'oublie. On ne passera pas à autre chose parce qu'on ne peut pas passer à autre chose de sa propre vie. Ce n'est pas possible. Mais quand je commence à entendre partout Macron démission, ce n'est plus un mot d'ordre d'avant-garde, ça commence à devenir un désir et une espérance populaire de masse.
Sous-titrage Société Radio-Canada
Jean-Luc Mélenchon