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ChroniqueBLAST (sur YouTube)· 22 décembre 2022 10 minAutoproduitActualité / polémiqueInstitutions & électionsTravail & emploiRetraitesSolidarités & famille

MACRON : LE PRÉSIDENT EXTRÉMISTE ?

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 95 %Défensif 5 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:15Locuteur 1Fait
    « Si on passe en 49.3, c'est qu'on n'a pas la légitimité, et c'est qu'on n'a pas la légitimité démocratique. »
  • 0:30Locuteur 1Fait
    « Le 49.3 est un revolver qui cible la démocratie. Le 49.3 est un revolver qui cible la nation ici assemblée. »

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Ci-gît la démocratie parlementaire avec pour épitaphe 49-3, deuxième épisode. L'Assemblée nationale, c'est pas la Samaritaine, je veux dire, on fait pas son marché. Nous refusons de nous habituer à la méthode du 49-3.

Si on passe en 49-3, c'est qu'on n'a pas la légitimité, et c'est qu'on n'a pas la légitimité démocratique. Nous ne gouvernons pas la France à coup de 49-3. Une honte pour notre démocratie.

Le 49-3 est un revolver qui cible la démocratie. Le 49-3 est un revolver qui cible la nation ici assemblée. Ce que le gouvernement nous demande, c'est d'obéir.

D'obéir à leurs politiques, d'obéir à leurs amendements, d'obéir à leurs volontés. Il utilise le 49-3 comme un outil de contournement de la volonté démocratique exprimée par les Français. Pour vous, un bon député est un député soumis.

Si la démocratie parlementaire ne s’use que si l’on s’en sert, alors il y a au moins une chose qu’on ne pourra pas du tout reprocher à Emmanuel Macron et à ses ministres : c’est de l’avoir trop érodée. Alors finalement, pourquoi avez-vous si peur du débat ? Car le moins qu’on puisse dire est que depuis la réélection du chef de l’État français en avril 2022, les macronistes usent de cette démocratie avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de modération.

De l'article 49 alinéa 3. article 49 alinéa 3 article 49 alinéa 3 article 49 alinéa 3 Leur truc à eux, depuis six mois, c’est plutôt le passage en force - à grands coups d’articles 49.3.

Aux dernières élections législatives, au mois de juin dernier, ils ont comme on sait perdu leur majorité absolue à l’Assemblée nationale au profit, principalement, du parti d’extrême droite contre lequel ils avaient promis de dresser un barrage. Il faut avoir un mot pour les Français qui ont voté simplement pour défendre la République. Face à l'extrémisme, je sais nos désaccords, je les respecterai, mais je serai fidèle à cet engagement pris.

Je protégerai la République. mais devant laquelle ils viennent plutôt de passer cinq ans à ouvrir un large boulevard, à grands coups de vilenies dont la liste est beaucoup trop longue pour être dressée ici. En effet, vous êtes plus molles ?que nous pouvons l'être.

Rappelons-nous qu’ils lui ont d’ailleurs offert, immédiatement après ces élections, deux vice-présidences de l’Assemblée nationale. De son côté, la gauche, où le Parti communiste, le Parti socialiste et les Verts se sont réunis autour de La France insoumise, est, elle aussi, sortie renforcée de ces législatives. De sorte qu’Emmanuel Macron et ses ministres, qui avaient pris l’habitude, entre 2017 et 2022, de gouverner sans véritables entraves, se trouvent désormais confrontés, sur leur gauche, à une opposition progressiste qui leur mène la vie dure.

Heureusement : il y a le 49.3. C’est-à-dire l’article 49, alinéa 3, de la Constitution de la Cinquième République qui permet au gouvernement, en engageant sa responsabilité et en s’exposant donc à une possible censure, de faire passer des textes budgétaires sans les soumettre au vote des parlementaires, et autant de fois qu’il le souhaite.

Ou qui lui permet, pour le dire autrement et plus simplement, de faire à peu près comme si l’opposition n’existait pas. Nous ne découvrons bien sûr pas cet article 49.3 : par exemple, et pour ne citer qu’eux, les « socialistes » à guillemets François Hollande et Manuel Valls, fameux spécialistes du coup de force législatif, l’ont utilisé six fois en deux ans.

J'engage donc la responsabilité du gouvernement. J'ai donc décidé, après la délibération du conseil des ministres du 10 mai, d'engager la responsabilité du gouvernement sur le vote en nouvelle lecture du projet de loi relatif au travail. Entre 2015 et 2016, pour imposer deux lois (dites loi Macron et loi El Khomri) qui avaient en commun d’être profondément antisociales.

Mais l’actuel chef de l’État et sa Première ministre Elisabeth Borne ont très, très, très largement battu ce record, en recourant dix fois au 49.3 depuis le 19 octobre dernier en un peu moins de trois mois, donc. Ce déni de démocratie – car c’est bien de cela qu’il s’agit – en dit évidemment très long sur la véritable nature des macronistes.

Mais les explications qu’ils produisent pour le justifier sont plus intéressantes encore car elles renvoient, indirectement, à leur promesse jamais tenue de faire barrage à l’extrême droite. Selon le ministre des relations avec le Parlement Franck Riester, cité par Le Monde, ce sont ainsi les 89 députés du Rassemblement national et les 74 députés de La France insoumise, exclus de « l’arc républicain » par le parti présidentiel, qui seraient responsables de ce blocage. Selon cet audacieux ministre, en effet, « il n’y a pas de culture parlementaire avec (ces) extrêmes », car je cite encore « ils cherchent surtout à cliver la société ».

Par lui-même, ce dernier énoncé est tout à fait fascinant, car il constitue un retournement complet de la réalité. Car dans la réalité, ce ministre qui dénonce sans rire l’absence de « culture parlementaire » d’une opposition de gauche qui selon lui ne chercherait qu’à « cliver la société » Nupes, qui était très agressif, qui était, je dirais, presque caricaturaux dans leur façon d'être dans l'opposition, très dur, sans proposition. appartient quant à lui au gouvernement qui, dans la vraie vie, enchaîne depuis trois mois les coups de force parlementaires pour imposer aux Français, sans jamais tenir compte des avis de la représentation nationale, des mesures extraordinairement impopulaires.

Et ça ne va pas s’arrêter, puisque ce même gouvernement promet déjà qu’en cas de besoin si l’opposition se montre trop indisciplinée, il aura de nouveau recours à l’article 49.3 en 2023, pour imposer notamment une réforme des retraites dont il sait pourtant qu’elle est rejetée par une écrasante majorité de la population française. Dans la réalité, donc, et contrairement à ce que suggère ce curieux ministre : c’est bien le gouvernement pour lequel il travaille qui démolit ce que lui-même appelle « la culture parlementaire » à grands coups de 49.3 pour mieux faire passer des textes ultra-clivants.

Mais c’est surtout lorsqu’ils dénoncent ce que Franck Riester appelle « les extrêmes » que les macronistes montrent leurs vrais visages et leurs véritables inclinations. « Les extrêmes aujourd'hui proposent d'ajouter de la crise à la crise, en revenant sur les grands choix historiques de notre nation. » À quoi sert en effet cette formule, « les extrêmes », devenue au fils des ans un leitmotiv des discours de propagande du parti présidentiel ?

Elle désigne d’une part l’extrême droite, et d’autre part, et comme pour faire équilibre, La France insoumise qui est donc systématiquement présentée comme étant d’extrême gauche. Cette dernière affirmation est-elle vraie ? Pour répondre à cette question, il faut prendre le temps de se pencher sur un programme politique qui témoigne effectivement, par son contraste avec les pratiques du macronisme, de ce qui peut être considéré comme une certaine radicalité progressiste.

Ce programme annonce par exemple, et en vrac, que « l’âge d’ouverture des droits à la retraite sera ramené à soixante ans pour les hommes et à cinquante-cinq ans pour les femmes », que « l’Éducation nationale respectera rigoureusement toutes les croyances » et qu’il en finira avec « les expulsions », qu’il présente comme une « spécialité déshonorante » de la Cinquième République. Mais ce n’est pas tout, car ce programme promet aussi que, je cite : « le groupe Dassault, dont la puissance financière et politique repose essentiellement sur l’importance des commandes publiques dont il bénéficie, sera nationalisé, non seulement en ce qui concerne ses productions aéronautiques et militaires, mais aussi dans tous ses développements », touchant notamment à ses activités dans la « presse ». D’autres entreprises privées devront aussi être je cite encore « arrachées au capitalisme », pour être également nationalisées.

Dernier exemple – qui là encore tranche singulièrement avec les pratiques du macronisme : l’État, détaille encore ce programme, cessera « toute vente d’armes et matériels de guerre aux gouvernements colonialistes, racistes ou fascistes ». Tout cela est donc effectivement assez radical. Mais voilà : ce programme n’est pas du tout celui de La France insoumise.

C’était celui du Parti socialiste dans les années 1970, avant l’élection de François Mitterrand qui n’était pas exactement un bolchevik enragé. Aujourd’hui, le programme des Insoumis est infiniment moins radical : il est très, très en-deçà de ce qu’était le programme de François Mitterrand en 1981. Le programme des Insoumis ne peut donc aucunement être considéré comme « extrême » : « Jean-Luc Mélenchon n'est pas la gauche.

Jean-Luc Mélenchon, c'est l'extrême gauche. Vous dites, est-ce qu'il est dangereux ? Oui, Jean-Luc Mélenchon, son programme est dangereux. » il s’agit très simplement d’un programme de gauche, de facture somme toute assez banale mais il est vrai qu’après quatre décennies de droitisation générale du paysage politique français, on avait un peu oublié ce que c’était.

Lorsqu’ils présentent La France insoumise comme une formation extrémiste, les macronistes mentent donc effrontément – une fois de plus. Mais surtout, en traçant, pour mieux disqualifier la première, un signe d’égalité entre cette soi-disant « extrême gauche » qui est en réalité une gauche social-démocrate tout à fait classique et une extrême droite cramponnée à ses obsessions xénophobes, le parti d’Emmanuel Macron contribue très activement à rendre cette extrême droite raciste plus fréquentable puisqu’au fond, nous expliquent les macronistes, elle ne serait pas plus inquiétante que la gauche antiraciste. Les macronistes, en même temps qu’ils dépossèdent le Parlement de ses prérogatives à grands coups de 49.3, contribuent ainsi, inlassablement, à la normalisation d’un courant politique qui n’existe, depuis son origine, que par l’excitation de la haine de tous contre tous, et qui, à chaque fois qu’il est arrivé au pouvoir, par des élections ou des coups d’État, a aboli la démocratie. « Derrière le nazi, il y a aussi un homme, un homme comme les autres.

Le nazi, a-t-il pas des yeux ? » Mais il est vrai aussi qu’entre adeptes des coups de force, il n’est pas étonnant que des complicités de fait finissent par s’établir.