Francois Sauvadet - L'interview politique du 12/11/25
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Questions et réponses
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- 0:28OuverteÉludée
Est-ce que vous pensez que c'est une bonne chose pour la diplomatie française dans le cadre des initiatives prises par le Président, et notamment la reconnaissance de l'État de Palestine ?
- 1:13OuverteRéponse directe
Quel regard vous portez aujourd'hui sur les débats nationaux, les débats parlementaires ?
- 2:44RelanceRéponse directe
Vous parliez de surenchère. On a parfois l'impression que depuis quelques semaines, l'Assemblée nationale est un théâtre.
- 4:39OuverteRéponse directe
Est-ce que vous avez le sentiment que les députés devraient s'inspirer des élus locaux en matière de compromis ?
- 6:10OuverteRéponse directe
Sur les 104 départements de France, votre organisation estime que c'est environ la moitié qui vont se trouver dans le rouge.
- 7:55OuverteRéponse directe
Dans un contexte où on a 3 000, bientôt 3 500 milliards de dettes, est-ce que vous craignez d'être les dindons de la farce de ce budget ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:28Invité politiqueFait
« Emmanuel Macron a reçu Mahmoud Abbas hier à l'Elysée. »
- 1:25Invité politiqueFait
« L'Assemblée vote aujourd'hui, la suspension, enfin se prononce sur la suspension de la réforme des retraites. »
- 1:52InvitéFait
« Pas de budget, ça veut dire demain la poursuite des déficits, ça veut dire demain la poursuite de la dépense. »
- 2:07InvitéFait
« L'abandon de la réforme des retraites, c'est une erreur majeure qu'on payera durablement. »
- 6:14Invité politiqueChiffre
« Votre organisation estime que c'est environ la moitié qui vont se trouver dans le rouge, voire un peu plus, dans la capacité de rembourser les emprunts. »
- 6:51InvitéChiffre
« En un an, nous avons doublé le nombre d'enfants qui nous sont confiés entre 0 et 4 ans. »
- 8:10Invité politiqueChiffre
« La part des dépenses sociales est passée de 50 à 70% dans le budget des départements. »
- 8:44InvitéChiffre
« Sur le handicap, nous avons 30% de participation de l'État. »
- 8:49InvitéChiffre
« Sur la protection de l'enfance, nous y participons à hauteur de 11 milliards, l'État participe à hauteur de 3% . »
- 10:11InvitéChiffre
« L'endettement de l'ensemble des départements de France, ce n'est même pas 1% de l'endettement français. »
- 11:20InvitéChiffre
« On gère 100 000 ponts. »
Temps de parole
- Invité74 %
- François SAUVADET25 %
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Et ce matin, François Sauvadet, président de l'Assemblée des départements de France, est au micro de David Rovodallon. Bonjour à tous les deux.
Bonjour François Sauvadet. Bonjour. Vous nous parlez depuis les assises des départements à Albi, dans le sud-ouest. Alors on va bien sûr parler des collectivités territoriales. Mais un mot sur la politique nationale et d'abord sur la diplomatie. Emmanuel Macron a reçu Mahmoud Abbas hier à l'Elysée. Est-ce que vous pensez que c'est une bonne chose pour la diplomatie française dans le cadre des initiatives prises par le Président, et notamment la reconnaissance de l'État de Palestine ?
Écoutez, comme président du département de France, je ne vais pas me prononcer. Simplement, je crois qu'il y a une vraie aspiration à ce qu'on trouve, la voie de la paix. Je crois qu'il n'y aura de paix durable que s'il y a un dialogue. Si la France peut contribuer à ce dialogue, il faut que ce soit poursuivi. Mais je n'oublie pas, je vous le dis, ce 7 octobre, donc je n'oublie pas les drames que les familles ont vécu. Et c'est très présent à mon esprit. Je souhaite vraiment, je crois comme beaucoup de Français, une paix durable, équilibrée et juste. C'est la garantie sur la sécurité d'Israël.
Pour revenir à la politique nationale, quel regard vous portez aujourd'hui sur les débats nationaux, les débats parlementaires ? L'Assemblée vote aujourd'hui, la suspension, enfin se prononce sur la suspension de la réforme des retraites. Est-ce que vous pensez que c'est une bonne chose, puisque c'était une revendication du Parti Socialiste pour ne pas censurer ? Est-ce que Sébastien Lecornu a eu raison de leur accorder ?
Écoutez, d'abord, il nous faut un budget pour la France. Tous ceux qui pensent que pas de budget qui voudrait reconduire les dépenses aujourd'hui se trompent singulièrement. Pas de budget, ça veut dire demain la poursuite des déficits, ça veut dire demain la poursuite de la dépense. Et ça, ce n'est pas supportable dans un pays qui croule sous le poids de la dette. Alors, il faut reliver les voies d'un accommodement. Je vois bien la difficulté de la tâche de Sébastien Lecornu. Il faut un budget. Maintenant, à quel prix ? C'est une vraie question. Je crois qu'il faut faire preuve de beaucoup d'esprits de responsabilité.
L'abandon de la réforme des retraites, c'est une erreur majeure qu'on payera durablement. Pas ma génération, mais la génération des enfants. On a un vieillissement de la population, il faudrait faire face lucidement. Moi, ce qui m'inquiète beaucoup en ce moment, c'est l'espèce de surenchère permanente et que les hommes politiques, parfois, en tout cas nos parlementaires, manquent de lucidité par rapport aux enjeux qui sont devant nous. Le vieillissement de la population, il aura un coût. On a un système de répartition qui veut que ce soit les générations d'aujourd'hui qui payent pour demain, qui va payer demain.
Je crois qu'il faut vraiment retrouver le chemin du bon sens et dont on manque le plus en ce moment dans la vie politique française.
Vous parliez de surenchère. On a parfois l'impression, c'est vrai, que depuis quelques semaines, l'Assemblée nationale est un théâtre, pour ne pas dire un théâtre d'ombre, parce que beaucoup de mesures qui sont votées, notamment en matière de fiscalité, vont être ratiboisées, si j'ose dire, par le Sénat lors de la prochaine lecture. Et en réalité, c'est un débat qui compte pour du beurre, si j'ose dire.
Non, il ne compte pas pour du beurre. Mais en tout cas, on voit bien que c'est une surenchère permanente. La gauche a pris en otage le débat politique. Et je pense que ce n'est pas ça dans une démocratie mature. Voilà, il y a des défis qui sont devant nous considérables. Mais moi, je suis désespéré de ce que je vois comme président des départements de France au Parlement. en désespéré. Cette surenchère, cette taxation sans en mesurer les conséquences sur le plan économique, vous voyez le spectacle. Et je le dis sans démagogie, sans faire du populisme. J'ai été parlementaire pendant plus de 20 ans. Donc je vois bien, j'ai participé de ces débats.
Mais aujourd'hui, je vous le dis, c'est un sentiment vraiment presque de colère que j'éprouve à l'égard de tous ceux qui devraient assumer et comprendre que quand le peuple se désespère de la politique, la responsabilité, c'est de lui offrir des chemins de confiance. Et donc, ça passe par un dialogue. Aujourd'hui, les temps des élections viendra. Mais aujourd'hui, c'est le temps de se sortir de ce marasme politique dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui. Et vraiment, moi, je vous le dis, on a besoin de bon sens dans le pays.
Et si on écoutait davantage d'ailleurs nos collectivités, parce qu'aujourd'hui, sur le terrain, c'est nous qui tenons le pays, il n'y a pas une ministre de l'éducation nationale. On a assuré la rentrée dans tous nos collèges de France. On n'a pas eu le ministre des Transports. On n'a pas eu le ministre de la Santé. On a continué d'assumer nos missions de solidarité à l'égard des Français. Et donc, je crois qu'il faut vraiment chacun... Et moi, j'appelle ce matin à la responsabilité depuis le tard, nous tenons l'Assemblée des départements de France.
Alors, on va en parler dans quelques instants. Mais est-ce que vous avez le sentiment que les députés devraient s'inspirer des élus locaux en matière de compromis, puisqu'on s'aperçoit à l'occasion de cette Assemblée ingouvernable et privée de majorité, que le compromis est quasiment impossible dans notre classe politique nationale ?
Oui, il est impossible. Et puis, on va se rapprocher des élections municipales. On va se rapprocher ensuite des élections présidentielles. Donc, évidemment, je dis, moi, je lance un appel à la responsabilité. Est-ce qu'on mesure vraiment l'état dans lequel se trouve l'opinion aujourd'hui ? Il y a un désarroi profond. Il y a un rejet de la vie politique. Et je le répète, je ne redis pas ça par souci de courir après les plus populistes d'entre nous. Mais en tout cas, il y a un vrai... Moi, j'appelle un sursaut de responsabilité. Vous savez, ça fait des mois et des mois que j'alerte sur la situation du pays, que j'alerte sur la situation des départements de France. Des mois et des mois.
Que s'est-il passé depuis ? Rien. Aujourd'hui, nous avons des départements qui sont en quasi-faillite. On continue de charger la barque. On continue de charger la barque de la dépense. Elle est légitime pour venir... Pour assurer les solidarités dans le pays. Mais en tout cas, qui finance l'État, et je le dis, doit assumer ses responsabilités. Les parlementaires doivent dialoguer entre eux. Le temps des élections viendra. Aujourd'hui, c'est le temps de la responsabilité. Et je lance cet appel vraiment... J'ai écrit d'ailleurs à tous les députés, j'ai écrit à tous les sénateurs, pour les alerter sur la situation que nous vivons dans le pays et qu'on ne peut pas rester dans cette situation.
Il nous faut un budget pour la France.
Alors, sur les 104 départements de France, votre organisation estime que c'est environ la moitié qui vont se trouver dans le rouge, voire un peu plus, dans la capacité de rembourser les emprunts. Et récemment, vous avez exprimé, je cite, votre colère à ce sujet.
Oui, c'est en même temps une colère et puis en même temps un sentiment d'abandon. Moi, je me ressens comme beaucoup de Français. Vous savez, on a beaucoup de responsabilités des départements de France. C'est parfois peu connu de l'opinion, mais on s'occupe de toutes les solidarités, de la protection de l'enfance, notamment des plus fragiles. C'est-à-dire que les présidentes et présidents de départements sont les protecteurs de nos enfants défavorisés. Je ne sais pas si on mesure bien ce qui se passe dans le pays. En un an, nous avons doublé le nombre d'enfants qui nous sont confiés entre 0 et 4 ans. En un an, vous imaginez la montée des précarités.
On se sent bien seul, on assure le matière à domicile, le financement de nos EHPAD et tout cela. On nous a continué de nous charger la barque sans nous assurer les moyens de financer. Aujourd'hui, nous n'avons plus que des dotations de l'État, nous n'avons plus d'autres recours. Les dotations sont gelées. En deux ans, imaginez que nous avons augmenté la dépense des départements en France de plus de 6 milliards d'euros. 6 milliards, il faut arrêter de charger la barque. Alors, je l'ai dit au gouvernement successif, tout le monde a aujourd'hui conscience de la difficulté parce que demain, qui va entretenir nos routes ?
Il y a un département, notamment la Gironde, je pense aussi dans les Ardennes, je pense aussi à l'Aisne, qui sont en situation de quasi-faillite. S'il n'y a pas la solidarité nationale, et si on ne mesure pas avec responsabilité qu'on a devant nous le mur du vieillissement et la montée des précarités, on ne peut pas nous laisser seuls assumer des responsabilités en nous disant « débrouillez-vous ».
Alors, je crois que la part des dépenses sociales est passée de 50 à 70% dans le budget des départements, grosso modo. Ça veut dire que ce sont les collectivités territoriales qui assument les missions que l'État ne peut plus ou ne veut plus assurer. Les départements sont les pompiers de la République, en quelque sorte ?
Exactement. Vous savez, il y a trois grands domaines pour faire. Bref, nous avons la protection de l'enfance, on protège des milliers et des milliers d'enfants, je vous ai dit, les chiffres de progression qui sont absolument alarmants, et c'est sans doute le sujet le plus inquiétant. On s'occupe évidemment de toute la question du handicap, en élargissant le champ des prises en charge sans qu'on ait eu le financement, et puis le vieillissement de la population, sans compter l'insertion et la situation économique aujourd'hui se dégradent. Donc on se retrouve tout seul. Songez que sur le handicap, nous avons 30% de participation de l'État.
Sur la protection de l'enfance, nous y participons à hauteur de 11 milliards, l'État participe à hauteur de 3%. Donc on se sent seul, et aujourd'hui, on est au bout du chemin. Donc franchement, tout le monde a conscience de la situation, et rien ne bouge. C'est ça qui désespère les présidents du département, c'est ça qui désespère les Français.
Et en même temps, François Sauvadet, dans un contexte où on a 3 000, bientôt 3 500 milliards de dettes, et près de 6%, j'exagère à peine, de déficit, les collectivités locales sont souvent présentées comme un réservoir d'économie inépuisable. Est-ce que vous vous craignez d'être les dindons de la farce de ce budget ?
Moi écoutez, je n'emploierai pas le mot dindon de la farce. Moi, ce que je constate simplement, c'est qu'on affiche de grandes ambitions, c'est que l'État nous fixe des dépenses supplémentaires, je vous l'ai dit, 6 milliards de plus. Il faut arrêter de charger la barque et savoir comment on va financer les grands défis qui sont devant nous, celui du vieillissement de la population, celui de la prise en compte de la précarité, du handicap et de la protection de l'enfant. Ce débat-là, il est devant nous. Simplement, il y a une urgence, je l'ai dit au Premier ministre successif, c'est qu'il ne faut pas, il faut qu'on assure le financement.
Songez sur l'handicap, c'est une participation de 30% de l'État. Comment voulez-vous faire ? En plus, on nous plafonne les dépenses et on nous dit maintenant, il faut participer au redressement des finances publiques. Savez-vous que l'endettement de l'ensemble des départements de France, ce n'est même pas 1% de l'endettement français ? 1%. En plus, on entretient nos routes, pour lesquelles on entretient 380 000 km de route, on doit financer le défi des services départementaux d'incendie et de secours avec le changement climatique. Moi, je demande simplement au gouvernement, comment on fait ?
On va attendre la faillite des territoires pour prendre conscience que vraiment, il faut qu'on redéfinisse un pacte social et un pacte d'aménagement du territoire entre l'État et les départements en particulier. Alors, toutes les collectivités ne sont pas dans le même cas. Les communes s'en sortent encore plutôt pas mal. Mais là, qu'est-ce qu'on va attendre ? Qu'on boucle les clés de nos départements ? Enfin, moi, je suis extrêmement choqué. Et je trouve que dans un État responsable, dans un grand pays comme la France, qu'on laisse les collectivités comme ça sans réponse pendant des mois en vous disant « Oui, il y a un problème » et qu'on n'ait absolument pas les solutions.
Alors, c'est choquant. Moi, j'appelle aujourd'hui sur Radio-J tous les parlementaires de France à la responsabilité. On va préparer nos budgets. Nous ne pourrons pas faire face au financement des allocations individuelles de solidarité. On ne pourra pas y faire face. Et sans compter l'investissement. L'investissement sur nos routes, sur nos ponts. On gère 100 000 ponts. Le jour où on va fermer nos routes, là, l'État central va se réveiller pour se dire « Il y a peut-être un petit problème en France ».
Dans ce contexte, comment vous sentez, puisque vous évoquiez ce sujet, les prochaines municipales au mois de mars ? On s'attend beaucoup à une poussée du Rassemblement national, à ce qu'ils conquièrent pas mal de villes moyennes, voire quelques grandes villes ?
Oui, le risque, il est là. Vous voyez bien. Le mécontentement, il va s'exprimer comment ? Alors, il s'exprime dans la rue, vous avez vu les agriculteurs, le mercosur, on aurait pu s'épargner d'ailleurs, de dire qu'on s'apprête à signer, sans s'assurer que les produits qu'on importe respectent les mêmes règles que nos agriculteurs. Donc, oui, il y a un vrai risque. Et s'il n'y a pas un réveil national par rapport à ce risque d'arrivée du Rassemblement national, l'arrivée sera inéluctable. Comment voulez-vous que s'exprime le décontentement ?
Moi, partout où je vais sur le terrain, en Côte d'Or, où je suis élu, j'entends les gens qui me disent « Vous allez voir dans les urnes, on veut que ça change ». Donc, j'ai dit au gouvernement et aux parlementaires, écoutez les responsables locaux. Écoutez les responsables locaux. Nous sommes les représentants d'une France que nous vivons au quotidien. La France rurale se désespère, la France des quartiers se désespère avec des violences, et on n'a pas de dalle construite entre les collectivités et l'État. Il y a un problème. Bon, moi, je connais bien Sébastien Lecornu, il était président du département, je le crois sincère dans son engagement, mais le problème, il est systémique.
Il faut qu'on reprenne pied dans ce pays. Et j'appelle à un retour au bon sens, simplement au bon sens.
Merci, merci François Sauvadet. On a bien entendu votre coup de colère. Très bonne journée et à bientôt sur Radio-J. Sous-titrage ST' 501
François SAUVADET