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interviewRTL — Le Grand Jury· 1 avril 2025 20 min

TOUT SAVOIR SUR - Marine Le Pen inéligible pour 2027, le récit d'un séisme politique

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour à tous, c'est Marie-Pierre Haddad. Je vous retrouve pour un nouvel épisode de « Tout savoir sûr », le podcast de la rédaction de RTL. Aujourd'hui, on revient ensemble sur la condamnation de Marine Le Pen dans l'affaire des assistants des eurodéputés du Rassemblement National. Une décision de justice qui a fait plonger le parti dans l'inconnu.

0:23
Marine Le Pen

Depuis la mi-journée, Marine Le Pen est donc inéligible. Pendant cinq ans, la députée du Rassemblement National n'a plus le droit de se présenter à une élection. Exécution provisoire, l'effet est immédiat. Ce qui veut dire qu'en l'état des choses, elle est empêchée d'être candidate à la prochaine présidentielle en 2027. Marine Le Pen, on le rappelle, a été reconnue coupable de détournement de fonds publics dans le procès des assistants parlementaires européens. Au-delà des cinq ans d'inéligibilité, la députée est condamnée à quatre ans de prison dont deux fermes sous bracelet électronique ainsi que 100 000 euros d'amende.

0:58
Présentateur

De tous les scénarii possibles, celui-ci était le pire pour Marine Le Pen. Et pourtant, c'est celui qu'elle se refusait d'envisager. La veille de son jugement, la patronne des députés RN déclarait dans la tribune dimanche « Je ne crois pas que les juges iront jusque-là ». Jusqu'où ? Et bien jusqu'à l'inéligibilité avec exécution provisoire pendant cinq ans. C'est pourtant ce qui s'est produit. Et pour comprendre le séisme politique que représente cette décision de justice, je vous propose qu'on revienne ensemble sur cette journée qui est synonyme d'un saut dans l'inconnu pour le Rassemblement National.

Julien Fautrat, journaliste au service politique de RTL, nous décrit l'ambiance de cette journée si particulière.

1:38
Invité

Marine Le Pen vient d'arriver, comme à son habitude, très en avance, veste bleu clair, entourée de ses proches, le pas calme et le visage impassible. Des dizaines de journalistes devant elle, pagaille indescriptible, ce matin au palais de justice avec des médias du monde entier.

1:52
Présentateur

Marine Le Pen, impassible et en avance, arrive au tribunal de Paris avec son clan et ses proches, parmi lesquels il y a d'ailleurs son ancien compagnon et maire et reine de Perpignan, Louis Alliot, puisqu'il fait aussi partie des 24 coprévenus. 10h23, l'audience commence. Bénédicte de Pertuis, la présidente du tribunal, lit le jugement. 152 pages, le rappel des faits, puis l'annonce de culpabilité pour tous les prévenus, puis le risque de récidive. Marine Le Pen, elle, regarde fixement la présidente du tribunal. Et si jusqu'ici son visage reste impassible, elle va peu à peu laisser s'échapper son agacement.

2:30
Invité

Assise au premier rang, elle s'agace, elle fait nom de la tête, regardant fixement la présidente du tribunal, qui indique donc que Marine Le Pen a utilisé 4 assistants parlementaires comme salariés du parti, dont Thierry Légié, son garde du corps, dont Catherine Griset, son amie et assistante. Et puis c'est le coup de massue.

2:46
Présentateur

Deux mots sont prononcés et il scelle le sort politique de Marine Le Pen. Exécution provisoire, pour dire concrètement application immédiate de la peine. Marine Le Pen quitte précipitamment le tribunal, comme nous le raconte Célestin Bougère, qui lui se trouve au QG du Rassemblement national.

3:02
Invité

Il y a 5 minutes environ, on a vu arriver 3 voitures noires vite retintées. Et c'est Marine Le Pen qui est sortie d'une des voitures, l'air contrarié. Visiblement, elle avait les sourcils froncés. Une dizaine de journalistes l'encerclent. On lui demande pourquoi elle a quitté la salle d'audience avant même de le prononcer de sa peine. Mais elle ne répond pas. Elle demande qu'on s'écarte, qu'on la laisse passer. Elle s'engouffre finalement sans un mot. La porte se referme, elle est maintenant à l'intérieur, dans l'intimité du siège du Rassemblement national.

3:33
Présentateur

Et là, tout s'enchaîne. Réunion de crise au QG du RN, déclaration à la chaîne et l'ultime défense se met en place. Laurent Jacobelli, vice-président du groupe RN à l'Assemblée, au micro de RTL.

3:44
Invité

Clairement, nous avons bien compris que le système était dans des soubresauts qui voulaient l'empêcher, qu'une candidate et les électeurs se rencontrent. Très clairement, tout est dit. Par exemple, quand on parle de risque de récidive pour que la peine d'inigibilité soit prononcée immédiatement, quelle récidive ? Marine Le Pen n'est plus députée européenne. Ça fait dix ans que le Parlement européen ne nous a rien reproché à partir du moment où il nous a dit qu'il n'avait pas la même conception de nous des collaborateurs parlementaires. On voit bien, du coup, qu'il y a une volonté politique derrière et qu'on est bien au-delà simplement du fait de dire la loi.

4:20
Présentateur

Jordan Bardella, lui, écrit sur le réseau social X, « Ce n'est pas seulement Marine Le Pen qui est injustement condamnée, c'est la démocratie française qui est exécutée. » Et à l'international aussi, les soutiens de Marine Le Pen se mobilisent. Donald Trump et Elon Musk aux États-Unis.

4:34
Invité

« C'est une affaire vraiment très importante. Je suis au courant de tout cela et beaucoup de gens pensaient qu'elle n'allait pas être condamnée. Je ne sais pas s'il s'agit d'une condamnation, mais elle a été interdite de candidature pendant cinq ans. Elle est la principale candidate. Cela ressemble beaucoup à notre pays. »

4:50
Présentateur

Vladimir Proutin en Russie, Victor Orban pour la Hongrie et Matteo Salvini, le vice-président du Conseil des ministres italiens. Et la classe politique française aussi réagit. Le Premier ministre François Bayrou regrette que la France soit le seul pays à faire cela. Jean-Luc Mélenchon lui estime que la décision de destituer un élu devrait revenir au peuple. Et voici le commentaire de Laurent Wauquiez, le patron des Républicains.

5:13
Invité

« Je n'ai pas l'habitude de commenter une décision de justice. Mais là, c'est une décision très lourde et exceptionnelle. Et donc, je veux quand même dire exactement ce que je ressens. Il n'est pas sain que dans une démocratie, une élue soit interdite de se présenter à une élection. Et je trouve que les débats politiques, ils doivent être tranchés dans les urnes. C'est les Français qui doivent décider. Et c'est comme ça, normalement, que ça doit se passer. Et là, cette décision va nécessairement avoir un poids très lourd sur le fonctionnement de notre démocratie. C'est sans doute pas le chemin qui leur est fait reprendre.

5:40
Présentateur

À tous ces détracteurs qui la pensent hors course pour l'élection présidentielle, la chef de file des députés RN réplique au 20h de TF1 et met en pause, au passage, le recours au plan B. Et oui, le plan B comme Jordan Bardella.

5:53
Invité

Je crois que l'état de droit a été totalement violé par la décision qui a été rendue. Mais je vais faire rappel parce que je suis innocente, monsieur Boulot. Et vous êtes tous innocents, le parti est de votre droit. Mais évidemment que nous sommes tous innocents. Et nous voulons voir reconnu cette innocence. Et nous considérons que, et je ne suis pas la seule, peut-être les rédacteurs de la loi, voyez, et de la Constitution, que s'il existe la possibilité de faire appel dans notre pays, c'est parce que des juges de première instance peuvent se tromper. Voilà. C'est le principe même de ce qu'on appelle le double degré de juridiction, c'est-à-dire la possibilité de faire rejuger son affaire.

Je pense que les juges se sont trompés. Je pense même qu'ils ont, encore une fois, fait fi, en réalité, de toutes les explications qui ont pu être données. Car dès les premières heures, je vais vous dire, de ce procès, j'avais compris que nous serions jugés de manière particulièrement partielle. Jordan Bardella est un atout formidable pour le mouvement. Et je le dis depuis longtemps. J'espère que nous n'avons pas à user de cet atout plutôt qu'il n'est nécessaire. Mais en attendant, je suis combative. Je ne vais pas me laisser éliminer ainsi.

7:02
Présentateur

Le lendemain, l'opération sauvetage du soldat Le Pen est donc en marche. Jordan Bardella annonce des manifestations, une pétition est lancée et des milliers de tracts seront aussi distribués.

7:11
Invité

Tout le monde s'acharne sur elle. Moi, elle ne me gêne pas forcément, mais elle fait peur à beaucoup de monde, oui. Ce n'est pas normal. Elle devait être candidate et après, c'est tout. Les juges gauchistes, c'est ça. Non, il n'y a pas eu de faute. C'est tout début du barata, c'est comme pour Sarkozy, la même chose. Je lui ai fait reprocher. Une condamnation, bien qu'elles ne soient pas la bienvenue, était acceptable, mais pas l'inigibilité. C'est profondément déçu. De toute façon, les gens, ils continueront à invoter pour eux.

7:35
Présentateur

Quant aux trois poids lourds du Rassemblement National, Jean-Philippe Tanguy, Laure Lavalette et Sébastien Chenu, ils ont décidé, eux, d'interpeller le gouvernement à l'Assemblée. Mais que va-t-il se passer dans les prochains jours, les prochaines semaines pour Marine Le Pen et pour le Rassemblement National ? C'est l'une des nombreuses questions qui restent en suspens. Bonjour Julien Fautra. Bonjour à tous. Alors, on t'a entendu tout au long de cet épisode pour nous faire le récit de ce séisme politique.

8:00
Invité

Et quel récit, quel séisme.

8:01
Présentateur

Tu es donc journaliste au service politique de RTL et tu as suivi cette journée de procès pour Marine Le Pen. Sur le plan politique, est-ce que tu peux nous expliquer si Marine Le Pen va continuer tout simplement à faire de la politique ? Est-ce qu'on va la voir siégée à l'Assemblée ou est-ce qu'elle va se mettre un petit peu en retrait dans les prochains jours ?

8:19
Invité

Vous la connaissez Marine Le Pen, vous les connaissez les Le Pen. Est-ce que c'est le style à se mettre de côté, avancer en catimini ? Non, ce n'est pas du tout le style de Marine Le Pen. Peut-être que je m'avance un petit peu et qu'il y a une stratégie derrière ça que je ne connais pas à l'heure où on enregistre ce podcast. Mais non, ce n'est pas du tout le style de Marine Le Pen de se mettre en retrait. Ce n'est pas non plus qu'attendre ses troupes. Il y a un petit élément qui est intéressant, c'est que lorsqu'elle a perdu son père, elle s'est mise en retrait, elle est restée quelques temps un peu avec sa famille, préparée les obsèques, préparée l'hommage, etc.

Et ça a été un moment un petit peu de flottement dans le parti. Je pense qu'elle en a conscience. En tout cas, ses troupes l'ont manifestée de cette façon-là avec les journalistes. Il manquait de repères. C'est un parti qui est très vertical, le Rassemblement National, qui l'a toujours été. C'est-à-dire que tout part et tout arrive à la tête, au sommet. Tout part de Marine Le Pen et tout arrive à Marine Le Pen. Et donc, quand Marine Le Pen n'est pas là, c'est finalement tout le corps Rassemblement National qui vacille. Elle a décidé d'être hyper offensive dans l'épuisement des voies de recours qui lui permettront peut-être, peut-être pas, d'être candidate à la présidentielle.

9:32
Présentateur

Est-ce que tu sais, malgré tout, si Marine Le Pen a envisagé, dans cette folle journée, à un moment, d'arrêter la politique ?

9:38
Invité

Non, pas du tout. Juste après son retour au siège, elle a fait une visio avec les quatre, une trentaine d'élus qui étaient présents. Elle a très vite décidé de faire cette visio et elle a très vite dit « Comment est-ce qu'on va de l'avant ? » Et donc, à ma connaissance, alors peut-être que les choses seront démenties et qu'elle a eu un moment de flottement, mais franchement, je crois pas. Marine Le Pen, elle est tout de suite remontée sur le cheval. Elle a dit, elle ne voulait pas entendre de la présidente du tribunal la sentence. Elle a dit tout de suite, et elle a dit à ses troupes « J'ai compris ». Elle a décidé de partir, de façon un peu théâtrale.

Vous savez, ils font comme ça les Le Pen. C'est toujours un peu grandiloquent, un peu théâtrale.

10:15
Présentateur

Le président du Rassemblement National, Jordan Bardella, on appelle maintenant à la mobilisation citoyenne et il assure que le parti va organiser des manifestations. Dès ce week-end, comment ça va se dérouler ? Est-ce qu'on sait si on aura une grande manifestation à Paris ? Ou au contraire, est-ce que ce sera plus éclaté dans le reste de la France ?

10:32
Invité

A priori, plus éclaté et pas de rassemblement dans la rue. On en discutait hier soir avec Laurent Jacobelli, qui était sur RTL au micro. Il disait, on n'est pas parti pour faire des grands rassemblements. Ce n'est pas notre ADN, on n'est pas fait comme ça. Un cadre me disait, franchement, on ne veut pas prendre le risque qu'il y ait un dérapage, un débordement, etc. Non, ça va prendre d'autres formes. On ne sait pas quoi, mais ça va prendre d'autres formes. Il va y avoir des tractages, c'est-à-dire qu'il est demandé aux cadres, aux élus de faire du terrain, du terrain, du terrain à fond ce week-end.

Ça prend la forme d'une pétition aussi, vous l'avez lu, cette pétition très dure contre les juges. Mais il y a plusieurs petits cailloux qui sont comme ça disséminés pour soutenir Marine Le Pen.

11:21
Présentateur

On parle de Jordan Bardella. Est-ce qu'en parallèle de tout ça, lui, Jordan Bardella, se prépare à assurer la suite en vue de la présidentielle de 2027 ?

11:29
Invité

Ça, c'est la question à 10 000 dollars. On a parlé du plan B, Bardella. Oui, bien sûr. Il y a dans un coin de sa tête à lui l'idée qu'il est l'héritier, le successeur. Il l'a écrit tel quel dans son livre. Marine Le Pen a choisi un successeur et c'est moi. Alors, ce n'est pas la phrase précise, mais c'est à peu près ça. Il a, lui, en tête l'idée qu'il est le successeur, l'héritier. Marine Le Pen a en tête qu'il est, lui, le successeur, l'héritier. La question, maintenant, c'est le timing. Et Marine Le Pen l'a dit dans une interview au Figaro il y a quelques jours. Elle l'a dit sur TF1 face à Gilles Boulot que ce n'était pas le moment pour Jordan Bardella.

Sous-entendu comprendre qu'il n'était pas tout à fait prêt. Elle dit comme ça, en 2032, il aura 36 ans. Voilà, une façon de dire qu'il aura un peu roulé sa bosse et qu'il sera à ce moment-là prêt. Donc, je pense que dans la tête de Marine Le Pen, il n'a pas encore tout ce qu'il faut pour être un candidat à l'élection présidentielle. Alors, il a la popularité, il a des segments de population. Il a les jeunes, notamment, qui lui font beaucoup confiance. Il a une partie des électeurs de droite qui sont allés au Rassemblement national parce qu'il a un positionnement qui leur correspond davantage. Il a une incarnation, il a une popularité, on le connaît. Il est connu de tous les Français.

Marine Le Pen, imagine qu'il lui manque encore peut-être des fêlures, des densités, je ne sais pas, quelque chose en tout cas qui lui manque à ce stade.

12:55
Présentateur

Oui, d'après elle, il a le profil du Premier ministre, mais pas encore forcément celui du Président de la République ou du mandat à l'élection présidentielle.

13:02
Invité

Exactement, c'était le ticket. Marine Le Pen et Jordan Bardella avaient fait une interview dans la presse pour dire « nous sommes le ticket ». Le ticket, c'est l'exécutif à deux têtes, typiquement, dans la Constitution de la Vème République. Moi, je suis candidate à l'élection présidentielle, dit Marine Le Pen, et Jordan Bardella sera mon Premier ministre.

13:18
Présentateur

Chez les héritiers, il y a aussi Marion Maréchal. Marion Maréchal, est-ce que cette décision de justice contre Marine Le Pen, elle peut accélérer le retour de Marion Maréchal dans le giron du Rassemblement National ? Elle est partie du Rassemblement National. C'est un peu un serpent de mer. Elle est partie chez Éric Zemmour.

13:33
Invité

Elle a fondé son propre parti, parti qui a envie de s'allier avec le Rassemblement National. Donc, il y a un rapprochement.

13:42
Présentateur

Elle s'est détachée complètement d'Éric Zemmour, maintenant ?

13:45
Invité

Elle s'est détachée complètement d'Éric Zemmour et elle essaie, d'une façon ou d'une autre, de... Alors, elle ne veut pas, elle le dit comme ça, revenir au RN, mais avec son parti en être un des satellites, j'allais dire. Sauf qu'il faudrait qu'au RN, on veuille d'elle. Et au RN, il y a une immense majorité des cadres avec qui on peut discuter qui ne sont pas fans, pour le dire de façon un peu pudique. Je me souviens d'un qui disait, mais qu'est-ce qu'elle nous apporterait en termes d'électorat ? Un autre qui disait, on n'a que des coups à prendre. Sauf que, qui décide au Rassemblement National ?

14:22
Présentateur

Marine Le Pen.

14:22
Invité

Marine Le Pen. Et donc, il y a une histoire de famille qui, à un moment, dépasse chez les Le Pen. Une histoire de famille qui peut dépasser la stricte logique, rationalité, majorité politique. C'est la famille Le Pen.

14:37
Présentateur

Justement, tu dis que Marine Le Pen décide de tout au sein du Rassemblement National. Est-ce que l'entente au sein du parti, maintenant qu'elle est fragilisée, l'entente au RN peut être un petit peu plus électrique et il peut y avoir plus de problèmes ? Ou au contraire, ça va créer une espèce de solidarité autour d'elle et encore plus de force dans les troupes ?

14:57
Invité

Je ne dis pas, pour faire un petit point, je ne dis pas qu'elle décide de tout. Je dis qu'elle est à l'origine et à la fin d'à peu près tout. Je pense que si elle n'est plus présidente du parti, c'est qu'elle a envie de laisser tout un tas de décisions internes, qu'elle en a un peu assez, de la gestion des effectifs, etc. Elle ne décide pas de tout, mais elle est à la fin de tout.

15:19
Présentateur

Elle est incontournable, en tout cas. La question était de savoir si l'entente au sein du parti risque d'être un petit peu plus fragile.

15:27
Invité

C'est un peu ce qu'on dit, c'est-à-dire entre Jordan Bardella et Marine Le Pen, vous voulez dire. Jordan Bardella et Marine Le Pen, en tout cas, se déploient pour dire qu'il n'y a pas une feuille de papier et de cigarette entre deux, qu'ils ont la même doctrine politique, que l'entente est totale. Après, il y a les entourages. C'est toujours là où les langues se délient. Et dans l'entourage de Marine Le Pen, il y a beaucoup de personnalités qui sont venues au Rassemblement National pour Marine Le Pen. Des députés, notamment, qui sont derrière Marine Le Pen, c'est leur chef.

Et c'est en elle qu'ils ont confiance, qu'ils se sont engagés pour elle, même d'un point de vue, j'allais dire, idéologique. Ni droite, ni gauche. Alors que Jordan Bardella tire plus vers la droite, quand même. Il parle de la campagne de Sarkozy régulièrement comme d'un modèle. Autour de chez Marine Le Pen, il y a des gens qui ne sont pas fans de Jordan Bardella. Il y a eu des frictions à certains moments.

16:26
Présentateur

Oui, parce qu'on sait que Jordan Bardella ne s'entend pas forcément avec les députés. Certains lui reprochent de ne pas assez parler aux députés et de décider.

16:34
Invité

Il ne faut pas faire une généralité, mais effectivement, une grande partie des députés sont derrière Marine Le Pen. C'est le gros des troupes, un des élus du Rassemblement National. Et c'est vrai qu'il y a, comme ça, une petite frustration chez certains députés. Il y en a eu au moment de la sortie du livre de Jordan Bardella. Il y en a eu au moment de prise de certaines décisions. Ces députés qui considèrent que le fonctionnement du parti est trop vertical, trop clanique. J'ai entendu aussi le fait que Jordan Bardella n'était pas assez entouré de matière grise, pas assez structuré. Mais effectivement, il y a des petites frictions en interne.

Et la plupart de ces frictions, elles viennent de députés qui ont une frustration à l'égard de Jordan Bardella et de son fonctionnement.

17:19
Présentateur

Alors, par rapport à la stratégie du Rassemblement National, les députés font à nouveau planer la menace de la censure. Et ils estiment qu'en cas de dissolution, qui pourrait être possible à partir de juillet prochain, leur parti aurait plus d'élus lors des législatives. Mais en cas de dissolution, maintenant, Marine Le Pen, elle, elle ne pourrait pas se représenter au scrutin. Est-ce que ça veut dire que la stratégie va changer et que le RN va un petit peu moins pousser pour une censure, une dissolution ?

17:45
Invité

Je vous donne la version officielle de Marine Le Pen. La version officielle de Marine Le Pen, c'est mon cas personnel, ma situation judiciaire ne change rien à mes choix politiques. C'est-à-dire que si elle décide de censurer à un moment pour des raisons politiques, elle censurera. On n'est pas obligé de la croire complètement. Elle est demandée la version officieuse. La version officieuse, on ne l'a pas totalement, mais on n'est pas obligé de la croire. Le RN monte sur deux sujets ces dernières semaines. Il monte sur la question des retraites, un petit peu. Il monte surtout sur la question de l'énergie.

Et sur la question de l'énergie, notamment le développement des énergies renouvelables, l'investissement dans les énergies renouvelables. Alors que le RN a, et Marine Le Pen est allé à Flamanville pour le dire comme ça, le nucléaire, c'est un trésor français et qu'elle souhaite le valoriser et qu'elle souhaite en profiter. Et que c'est déjà un investissement sur le long terme de la France et qu'il faut miser sur le nucléaire. Donc, si François Bayrou décide de ne pas passer par l'Assemblée nationale pour un paquet de plusieurs milliards d'euros de développement des énergies, ça peut la pousser à censurer. En tout cas, c'est un petit peu la menace qu'elle fait peser.

Donc, vous voyez, il y a des sujets comme ça dans l'actualité. Marine Le Pen a dit qu'elle commençait à être un peu fatiguée du fonctionnement de François Bayrou, qu'elle trouve qu'il ne se passe pas grand chose à l'Assemblée nationale, que cette question de l'énergie, c'est un irritant, que la question des retraites était finalement uniquement là pour gagner du temps. Et puis, peut-être que François Bayrou ne va pas avancer aussi vite qu'il l'a promis au RN sur la question de la proportionnelle. Voilà, il commence à y avoir une petite musique qui monte, qui est montée avant la décision.

Est-ce que la décision de la présidente de Pertuis au tribunal correctionnel de Paris va changer quelque chose ou pas ? Ça, j'allais dire, l'avenir nous le dira.

19:43
Présentateur

Oui, et on observera et on analysera ça ensemble, c'est sûr, lors de prochains épisodes. Merci beaucoup, Julien Fautra, à la réalisation de cet épisode. Nicolas Godet, vous pouvez écouter tous les épisodes de Tout savoir sûr, les noter et nous laisser des commentaires sur l'application RTL. sur RTL.fr et sur toutes les plateformes de téléchargement.