Narcotrafic, immigration, prison de haute sécurité, censure : Gérald Darmanin répond - C à Vous
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
D'autres n'arrêtent pas de le dire. Ce qui a bousculé notre Etat, c'est le drame d'Incarville. Quand on a vu qu'un trafiquant de drogue, qui n'était pas le plus haut trafiquant de drogue que nous connaissions...
Des gens comme lui, il y en a des centaines dans les prisons françaises. Ce n'était pas l'ennemi public numéro 1. Il a su s'évader de sa prison en assassinant, avec l'équipe qui l'a libéré, 2 agents pénitentiaires en pleine journée.
Les conditions de professionnalisme dépassent l'entendement. Il y a une surface financière telle qu'ils sont capables de commander des équipes depuis leur cellule. Les Français ne le comprennent pas.
Ce n'est plus simplement le point de deal près de chez nous, c'est comment l'Etat est défié dans son autorité. - A.-E.Lemoine: C'est pour ça que vous voulez prendre modèle sur le système carcéral italien, utilisé pour la mafia.
A Rome, vous avez visité un centre où une cinquantaine de détenus sont soumis à un régime d'isolement. En quoi ce modèle italien peut permettre d'empêcher les criminels de continuer à agir depuis la prison? - G.Darmanin: L'Italie a inventé la mafia, mais elle a aussi inventé l'antimafia.
On peut s'inspirer de ce modèle, qui a été validé par la Cour européenne des droits de l'homme. - A.-E.Lemoine: Les mesures posent question.
Elles sont très strictes. - G.Darmanin: Elles utilisent la modernité, les technologies.
Les grandes difficultés, aujourd'hui, c'est qu'on sort les détenus et on les amène devant le juge. C'était le cas de monsieur Amra. On les sort de leur prison et on les ramène.
Peu de gens attaquent les prisons. En Italie, l'intégralité se fait en visio. C'est un régime de détention différent de ce qu'on a en France.
Rien ne va dans ce système carcéral. Nous ne sommes pas capables d'empêcher les narcotrafiquants de communiquer à l'extérieur. Ils peuvent téléphoner.
En même temps, des gens dorment à terre. Il faut être plus dur avec les narcotrafiquants en les rassemblant dans des prisons de haute sécurité. - A.-E.Lemoine: Ce n'est pas un incubateur de crimes, la prison? - G.Darmanin: Combien de personnes représentent ce degré de dangerosité? 600, 700... - P.Cohen: On peut en libérer plein? - G.Darmanin: On peut penser que notre système carcéral doit se concentrer sur les personnes les plus dangereuses pour l'extérieur et peut-être être plus attentif à la réinsertion de personnes qui ne représentent pas un danger pour l'extérieur. - P.Cohen: C'est quelque chose que votre famille politique a toujours refusé, l'idée qu'il faut trouver des alternatives à la prison et les multiplier. - G.Darmanin: Ce qui compte, quand on donne une punition à quelqu'un, ce n'est pas la dureté de la peine qui compte, c'est sa durabilité.
Si vous punissez des gens 10 ans après le crime qu'ils ont fait, ça n'a aucun sens. En revanche, qu'on soit sûrs qu'ils fassent de la prison...
C'est plus efficace que de multiplier les places de prison et les peines. Ma mère ne comprend pas pourquoi quelqu'un qui est condamné à 6 mois de prison ne fait pas de prison. Que font les magistrats?
Loin du laxisme qu'on pense, ils augmentent le quantum de peines. On a un système un peu fou où on a augmenté la durée de la peine des prisonniers par rapport à ce qu'on aurait fait si on était plus fermes. Plusieurs ministres ont essayé de répondre à la question carcérale.
Nous ne discriminons pas les détenus par rapport à ce qu'ils ont fait. On discrimine les détenus par rapport au fait d'être en prison provisoire ou s'ils sont condamnés définitivement. Monsieur Amra était en prison provisoire.
On est mauvais sur les gens qui devraient se réinsérer. Il faudrait revoir le système carcéral. - A.-E.Lemoine: On serait meilleurs avec le modèle italien? - G.Darmanin: On pourrait se concentrer sur une centaine de personnes.
On fait 10 fouilles par jour s'il le faut. Les gens ne sortent pas de leur prison. Il y a un système de technologies qui fait qu'on est certains qu'ils ne peuvent pas communiquer avec l'extérieur.
On est plus à l'écoute des personnes qui ont commis des délits graves mais qui ne sont pas dangereuses pour l'extérieur. La personne qui fait un délit routier, qui a eu la possibilité d'écraser quelqu'un, qui l'a rendu handicapé, c'est normal qu'il aille en prison, mais il ne doit pas aller dans le même lieu que le narcotrafiquant. - P.Cohen: La délinquance financière n'irait jamais en prison? - G.Darmanin: Non.
Ce n'est pas les mêmes prisons. Pour construire une prison en France, on met 7 ans. On peut faire construire des prisons de haute sécurité pour les personnes les plus dangereuses, celles qui vont s'évader, celles qui doivent être mises dans un cocon technologique pour ne pas communiquer avec l'extérieur.
Il y a des prisons à taille humaine où on est enfermé, privé de sa liberté, mais on n'est pas dans un cocon et une protection. Personne ne va attaquer une prison où il y aurait des prisonniers qui auraient fait des délits routiers. Si je devais passer un message, c'est qu'il faut changer notre système carcéral pour permettre la réinsertion de ceux qu'on peut réinsérer.
On doit mettre à l'isolement les quelques centaines de personnes qui sont capables de commander des points de deal et d'assassiner des magistrats, des gendarmes... - A.-E.Lemoine: E.Piolle a appelé à mener des tests salivaires anonymes à l'Assemblée et au Sénat.
C'est une bonne idée? - G.Darmanin: Je suis prêt à me soumettre à tous les tests que monsieur Piolle voudrait. - A.-E.Lemoine: Ca veut dire qu'il y a un problème? - G.Darmanin: Il faut aussi le faire dans son conseil municipal.
E.Piolle ne lutte pas contre la drogue à Grenoble. Il souhaite plus qu'une légalisation générale.
Ca décourage beaucoup les policiers qui luttent contre le narcotrafic. Les agents municipaux ont été écrasés par des bandes qui naissent de ce narcotrafic. Il a un discours très déresponsabilisant pour la police. - E.Tran Nguyen: La question, c'est la consommation en France.
Plus d'un million de personnes ont testé la cocaïne en 2023. - G.Darmanin: La cocaïne augmente, c'est vrai.
Les drogues de synthèse augmentent. Ce sont les plus dangereuses. Personne ne le dit, mais la consommation de cannabis baisse en France.
Il y a encore beaucoup de gens qui consomment du cannabis. Mais la lutte contre les stupéfiants, ce n'est pas juste plus de police et de gendarmerie. C'est une lutte de prévention également.
Il y a des cercles de pouvoir, de richesse qui utilisent la drogue. De mes yeux, j'ai vu les scooters de La Défense venir dans les tours Picasso de Nanterre récupérer de la drogue. Ce n'est pas qu'une question de jeunes de quartiers issus de l'immigration.
Ce sont aussi des cadres, des journalistes, des politiques qui en consomment. La question de la drogue n'est pas qu'une question de jeunes de quartiers issus de l'immigration. - E.Tran Nguyen: L'immigration, justement...
Les chiffres pour 2024 ont été publiés. Les expulsions d'étrangers sont en hausse. Les régularisations sont en baisse de 10 %, avant même l'application de la circulaire Retailleau.
Faut-il réduire encore plus les régularisations, comme le souhaite le ministre de l'Intérieur? - G.Darmanin: C'est une question difficile à répondre en quelques instants.
Je ne pense pas que l'immigration soit mauvaise pour le pays. C'est une chance d'avoir des immigrés qui travaillent, qui s'assimilent, qui respectent la République. Mes deux grands-pères étaient une chance pour moi.
En même temps, quand l'immigration est irrégulière, quand on ne peut pas l'assimiler, ça peut être une difficulté pour la France, comme pour les personnes qui viennent. Dire que c'est une chance ou une malchance, c'est caricaturer un propos qui n'est pas la réalité que nous vivons. L'immigration, ce sera un fait de plus en plus important.
Du fait du réchauffement climatique, les réfugiés...
Il faut qu'on écoute le mouvement du monde. La difficulté que nous devons avoir, et je pense que le ministre de l'Intérieur a raison...
Lorsqu'on édicte des règles, il faut que ce soit des règles comprises par tout le monde, rapidement comprises. Quand on dit non à quelqu'un, il doit s'en aller. Quand on dit oui, il doit vite s'intégrer.
Vos résultats sont les premiers de la loi immigration. Il faut accélérer les procédures. On dit non au bout de 2 ans et demi.
Entre-temps, ils ont eu des enfants, ils ont travaillé. Ils vont demander une régularisation du fait qu'ils ont une vie familiale en France. Personne n'est bon dans cette histoire.
Ni l'Etat, ni l'étranger...
Il faut rendre beaucoup plus rapides nos décisions collectives. - A.-E.Lemoine: Demain, une motion de censure à l'initiative de LFI sera examinée à l'Assemblée nationale.
Les socialistes ont annoncé qu'ils ne la voteraient pas. Le RN semble prendre le même chemin. Vous êtes heureux de ce répit que vous offre le PS et le RN? - G.Darmanin: Je suis heureux que mon pays ait un peu de stabilité.
La France est une grande puissance mondiale, qui regarde son nombril pendant que Trump investit dans l'IA, pendant que la Russie et monsieur Trump se mettront d'accord sur le dos de l'Ukraine. La question du Proche-Orient nous touche tous. En Inde, on a une puissance mondiale qui va sans doute devenir une des plus grandes puissances du monde.
Quand on va au Moyen-Orient, quand on se balade en Amérique du Sud, on voit que le moderne l'emporte. Je suis heureux que mon pays ait un peu de stabilité. La difficulté que nous connaissons, c'est qu'une fois qu'on a cette stabilité, il faut faire des choses pour la France. - A.-E.Lemoine: Sans majorité, c'est plus compliqué. - G.Darmanin: Pour réussir, il faut du temps, de l'argent et un Parlement.
On n'a rien de tout ça. Il faut faire au mieux avec ce trio infernal.
Gérald Darmanin