Michel Fournier : comment lutter contre la désertification des campagnes ?
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Bonsoir Michel Fournier, aujourd'hui ministre délégué chargé de la ruralité mais toujours maire des Voivres. Vous achevez votre sixième mandat et votre combat c'est le même d'ailleurs. Que vous soyez élu local ou ministre, c'est de lutter contre la désertification de nos campagnes.
On l'a vu, vous vous êtes battu pour sauver l'école de votre village. Aujourd'hui les maires se battent pour ouvrir une pharmacie ou un cabinet médical parce que c'est la première source d'inquiétude de leurs administrés, la difficulté de l'accès aux soins. Oui, bonsoir.
C'est vrai que le premier sentiment d'insécurité en fait dans les territoires, on évoque souvent l'immigration ou d'autres trucs comme ça. Non, c'est la santé. S'il n'y a pas de réponse de santé, il n'y a pas d'attractivité dans nos territoires ruraux.
Donc c'est très important que l'on se penche sur ce problème parce qu'il est un peu récurrent. Ça fait 25 ans que ce problème a été identifié, la pénurie de praticiens. Est-ce qu'il faudra à un moment ou à un autre contraindre les médecins à s'installer en zone rurale ?
Vous y êtes favorable ? Jusque-là, tous les gouvernements, y compris ceux d'Emmanuel Macron, n'ont pas voulu. Oui.
Il semblerait que le mot contrainte soit un gros mot, ce qui est même étonnant quand même. Parce que, voilà, l'intérêt c'est quoi ? C'est que tout le monde puisse avoir une réponse de santé.
Puisque là, j'ai vu que j'étais très jeune. Aujourd'hui, je suis un peu plus âgé. J'ai 75 ans et mon médecin traitant, je l'ai trouvé à une heure de chez moi.
Ça veut dire une heure allée, une heure retour. C'est logique, ça ? C'est quand même pas...
C'est pas sain. Donc, ce qu'il faut savoir, c'est qu'effectivement, à un moment donné, il faut avoir un regard très objectif pour dire...
Il y a la base, j'ai vu tout à l'heure par rapport à votre reportage, le volontariat, etc. Mais ça s'illimite. À un moment donné, il faudra sur certains points qu'il y ait effectivement une obligation, alors une forme d'obligation, je ne dis pas de mesure coercitive totale, non.
Mais bien mettre les gens devant leurs responsabilités. C'est pour ça que le programme France Santé, qui a été annoncé par le Premier ministre, j'étais un peu surpris au départ. Mais je me suis dit, c'est très important.
Parce que finalement, ça donne un éclairage fort. Et l'intérêt de ce programme-là, ça ne va pas résoudre tout. On va labelliser des maisons, ok ?
Des centres dans lesquels se regrouperont des médecins. Voilà, voilà. Et on va labelliser, ça doit être 5000 en 2027, 2000-2026.
Donc ça, c'est important. Mais c'est surtout un éclairage pour dire, il y a vraiment des situations difficiles. Dramatiques.
Dramatiques. Il faut trouver des solutions. Il faut trouver des solutions.
Mais aussi une chose, c'est que s'il n'y a pas de budget, les solutions sont plus modestes. Vous parlez du processus parlementaire en cours, là, c'est ça ? Oui, c'est bien cela.
Pas seulement du montant des crédits, mais le fait qu'ils puissent adopter un...
Quand on développe des politiques, quand on développe des politiques et que l'on met en face avec des moyens, et que ces moyens, ils sont dans la programmation budgétaire et notamment le budget de la Sécu, eh bien, voilà, si ce n'est pas, ça ne sera pas un accélérateur. Il faut d'un côté avoir un accélérateur dans l'état d'esprit de toutes les professions, profession médicale, mais aussi un accélérateur pour bien montrer qu'il doit y avoir cet accompagnement et que cet accompagnement permettra aux collectivités, puisque c'est souvent les collectivités, soit une commune ou les intercôts, qui créent ces structures. Et donc, je trouve que ce n'est pas raisonnable si on ne va pas au bout, tout en dénonçant le fait que la santé, c'est la première des insécurités.
La difficulté d'accès aux soins, elle aggrave un sentiment de déclassement. On parlait des jeunes. Trois jeunes ruraux sur quatre se sentent comme des citoyens de seconde zone.
Barème Odoxa, rendu public la semaine dernière, il juge que les responsables politiques ne les écoutent pas suffisamment, qu'ils sont déconnectés de la réalité, et c'est précisément ce que vous reprochez au président Macron, à peine élu, avant de le recevoir dans votre commune en avril 2018. On lui reproche d'être le président des riches, on lui reproche des choses. Je pense que ce qu'on peut lui reprocher essentiellement, c'est de ne pas avoir forcément une connaissance complète des territoires.
Ça, ça lui manque. Il n'a jamais été élu local. Ce qui fait qu'il ne sait pas que dans les territoires, autres que dans les métropoles ou dans les villes, des choses peuvent se passer, et l'imagination est aussi bien en milieu rural qu'en milieu urbain.
Est-ce qu'aujourd'hui, le ministre Fournier a gardé la liberté de parole du maire des Voivres ? Vous n'avez qu'à regarder sous le fronton de ma mairie, c'est indiqué, à jamais libre et non incorporable. C'est clair.
Ma pierre tombale est déjà faite comme ça. Oui, c'est votre épitacle. C'est décidé.
Donc c'est clair, ça. C'est la devise qui appartient à la commune ou...
Non, c'est la vôtre. Non, c'est la mienne. Ah, c'est la vôtre.
Ah oui, d'accord. Donc en gros, vous restez un électron libre. Oui, attention.
Je sais aussi avoir une loyauté. Quand on est dans une équipe, il faut avoir une loyauté. Mais moi, on est venu me chercher par rapport à ce que je peux représenter, par rapport à ce que je peux dire, et puis pas seulement dénoncer, mais surtout construire.
Et à cette époque, ce que j'ai voulu démontrer au président, quand il est venu chez moi, très rapidement, en 2018, au mois d'avril 2018, je lui ai dit, mais attends, voilà ce qui se passe dans nos territoires. Il y a de l'initiative, il y a des jeunes qui créent des...
Je prends un seul exemple. une entreprise qui s'appelle Inbo, qui fait des lunettes monture-bois. C'est des jeunes qu'on en a installés, qui sont encore implantés, et aujourd'hui, qui ont une trentaine de salariés, etc.
Et c'est ça que j'ai voulu démontrer. Parce que souvent, on pense que tout doit se passer dans l'urbanité, et que les seules réponses économiques, c'est là. Mais ce n'est pas du tout ça.
Ce qui caractérise, on le voit, c'est votre franchise. D'ailleurs, vous avez admis que vous aviez appris votre nomination en regardant la télévision. Ce n'est pas tous les jours qu'un ministre a ce genre d'honnêteté.
Votre parcours aussi est singulier. Vous avez eu mille vies, Michel Fournier. Notamment, quand à 17 ans, vous avez quitté l'école pour partir en Allemagne.
Là où vous avez connu la rue, la faim, le froid. Cette expérience, elle vous a marquée, et ça vous constitue ? Bien sûr, toute expérience marque.
Et toute expérience, pardon, parce que j'en ai une multiple, vous oubliez tout ce que j'ai fait. Ah bah si, vous avez été douanier, fleuriste, poseur de volets roulants, agent commercial, multi-cartes. Vous avez tout vendu.
Swingom, radiateur électrique. Éleveur de moutons. Et même des valises d'espionnage vous avez vendues.
Ah ça, je ne pensais pas que vous le saviez. Bon, allez oui. Non mais c'est pas un secret défense.
Mais non, mais ça veut dire tout simplement que j'ai eu énormément de responsabilités et j'ai utilisé tout cela au bénéfice de ma commune et de mes habitants. Puisque de nombreux projets ont été réalisés par rapport à cette expérience-là. Et cette expérience, je veux la mettre au profit aussi.
Aujourd'hui, je suis là, c'est pour faire bouger certains axes. C'est ce qui manque aussi aux professionnels de la politique, cette expérience de la vie. Il y a un jeune qui s'appelle, comment ?
Je sais que vous...
Vous savez, il n'a jamais travaillé. Vous pensez au président du Rassemblement National ? Je crois que c'est son nom.
Effectivement. Et on veut prétendre, sans expérience, pouvoir diriger un pays, sans avoir eu un seul échec. Parce que l'échec construit.
C'est avec l'échec que tu te dis, là, je ne recommencerai plus comme avant. Ça, je tiens compte de ça. Et on est dans une société où on a peur d'accepter la notion d'échec.
Mais ce n'est pas grave. Ce qui est grave, ça serait de se dire, eh bien, je suis en échec et je reste dans cette situation-là. Mais pour cela, il faut avoir fait.
Et aujourd'hui, il y a quand même un certain nombre de personnels politiques qui n'ont jamais fait. Et moi, je n'arrive pas à comprendre que, dans ces situations-là, on peut prétendre avoir une responsabilité à ce niveau-là. Et donc, après toute votre expérience professionnelle, vous vous êtes lancé en politique en 1983, en devenant conseiller municipal, puis maire en 1989.
Et en 2000, vous pestiez déjà contre la bureaucratie écrasante imposée aux élus locaux. Déjà, il faut être costaud. Parce qu'un dossier d'appel d'offres, eh bien, c'est ça, multiplié par deux, voire multiplié par trois.
Il faudrait consacrer toutes ces soirées, et surtout les soirées d'hiver, à lire tout cela pour un appel d'offres. Voilà. C'est un exemple de la paperasserie à laquelle on est confronté.
Voilà un autre exemple. Ça, c'est ce que lui m'a envoyé le tribunal administratif pour consultation, pour pouvoir bien m'aider certainement à mieux comprendre les choses. Alors, je vous l'avoue, j'ai rien compris.
Alors, depuis le rôle du maire, il a évolué. Son statut aussi doit changer. Là, on est à quatre mois des municipales.
Vous envisagez de vous représenter pour un septième mandat ? Poursuivre ? C'est d'actualité.
C'est clair. Parce qu'il y a une situation, à l'heure actuelle, dans ma commune. On a fait beaucoup de projets.
Des projets à la taille de la commune. Si je vous parle de projets 300 habitants, des projets à 2 millions d'euros. Ah, bon ?
Mais qu'est-ce que vous allez construire ? Un zénith ? Non, non, non, non.
J'ai construit de la vie. Centre d'éducation à l'environnement. On reçoit 5 à 7 000 gamins.
Un hôtel rural. Café-restaurant. J'ai 20 logements sociaux.
Faits par la commune, parce que personne ne voulait venir les faire. Ça aussi, c'est un problème, le logement. On a créé et on a acheté plusieurs maisons, une trentaine de maisons peut-être.
Et on en a cédé à des familles qui étaient en très grande difficulté, avec des systèmes de location-vente, de crédit-bail aux particuliers. Enfin, avec des bouts amphithéotiques. Tous des process qui sont hors des lignes traditionnelles.
C'est-à-dire qu'à un moment donné, si on ne se bouge pas, et que l'on ne fasse pas un petit peu à côté de...
On n'y arrivera pas. Et on est dans un pays, c'est ça le problème. Ça a été montré.
Ben oui, ça n'a pas changé. On est enterrés sous...
Aujourd'hui, vous faites une cession, une vente. Mais ce n'est plus un dossier, vous avez cela. Et moi, quand je reprends les actes de mes parents pour l'achat de...
Il y avait trois feuilles. Mais c'est la réalité. Et donc dans cela, on vous demande des diagnostics.
Voilà le DPE, par exemple, pour le logement. Mais c'est une catastrophe. C'est une catastrophe.
Vous avez une maison, il y a un ancien corps de ferme, il y a quatre murs, un toit. On vous demande d'être classé au point de vue économie d'énergie. Ben, il n'y a pas de chauffage, il n'y a pas de...
Donc vous avez un classement qui va être un classement G et qui vous oblige, quand quelqu'un veut reprendre cette maison, à faire des investissements qui sont hors de potentialité. Et puis parce que les banques ne veulent pas prêter. C'est une bagarre.
Je suis toujours dans cette bagarre. Donc c'est pour ça que je repars. Merci Michel Fournier, ministre délégué chargé de la ruralité auprès de la ministre de l'Aménagement du territoire et de la décentralisation, Françoise Gattel.
Merci d'être venu ce soir sur le plateau de Cetavo. On vous libère parce que vous avez des obligations de ministre. Merci.
Merci.
Michel Fournier