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interviewBFMTV· 14 avril 2025 20 min

Algérie, motion de censure, taxes américaines: l'interview de Manuel Bompard en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Merci d'être avec nous ce matin. Le gouvernement sonne l'état d'alerte budgétaire. Et vous me direz dans quelques instants, si vous êtes d'accord sur ce constat, l'alerte budgétaire, vous me direz aussi où est-ce qu'il faut faire des économies, ce que vous proposez en la matière. Mais d'abord, un mot peut-être sur ce nouvel épisode des relations, on va dire tumultueuses, entre Paris et Alger. L'Algérie veut expulser ce matin 12 agents de l'ambassade de France à Alger en réponse à l'arrestation en région parisienne d'un agent consulaire algérien. Ce dernier est soupçonné d'avoir participé à une tentative d'enlèvement d'un opposant.

Le ministre des Affaires étrangères ce matin dit, si la décision de renvoyer nos agents était maintenue, nous n'aurons d'autre choix que d'y répondre immédiatement. Manuel Bompard, est-ce que vous demandez vous aussi à Alger ce matin de renoncer à son projet ?

0:47
Manuel Bompard

Écoutez, moi je souhaite qu'on mette un terme à cette logique de surenchère et d'escalade réciproque des uns qui répondent aux autres. Je ne connais pas évidemment l'ensemble des détails qui ont présidé d'abord à la mise en détention provisoire de cet agent consulaire. Ensuite, la réponse de l'Algérie. Je crois que M. Retailleau, qui est à l'initiative de cette surenchère et de cette escalade, doit sortir du jeu. Ce n'est pas son rôle. Il est ministre de l'Intérieur, il n'est pas ministre des Affaires étrangères.

1:15
Présentateur

Il est activé sur l'arrestation de l'agent consulaire algérien.

1:17
Manuel Bompard

Je pense que tout le monde a vu que depuis plusieurs mois maintenant, M. Retailleau instrumentalise la relation entre la France et l'Algérie à des vocations de politique intérieure. Et à chaque fois qu'il salit cette relation... Il n'a rien dit, Bruno Retailleau, Manuel Bompard. Il a repris la parole encore hier sur ce sujet. Et à chaque fois qu'il a sali cette relation, ensuite c'est le président de la République ou le ministre des Affaires étrangères qui sont obligés de passer derrière. Donc moi je ne connais pas la nature exacte de ce que l'Algérie reproche à la France et de ce que la France reproche à l'Algérie dans cette histoire.

Ce que je souhaite et ce que je demande, c'est que ces discussions-là, elles ne se fassent pas par provocation publique permanente, par surenchère publique permanente. Je pense que le peuple français et le peuple algérien, ils ont envie de vivre en paix, en coopération et pas à se vivre comme des adversaires.

2:03
Présentateur

Mais pour bien comprendre ce que vous dites, Manuel Bompard, et on ne va pas s'étendre sur le sujet, puisque évidemment l'histoire est extrêmement complexe, vous demandez à la France de ne pas répliquer, par exemple, si Alger décidait d'expulser ces deux agents ?

2:14
Manuel Bompard

Non, je demande à ce qu'il puisse y avoir une discussion entre la France et entre l'Algérie pour faire en sorte que ces personnes ne soient pas, les personnes françaises à l'ambassade de France en Algérie ne soient pas expulsées et que la situation qui a produit cette escalade due à la démise en détention provisoire de cet agent consulaire algérien soit aussi examinée. Enfin écoutez, il y a souvent, il y a parfois des désaccords entre la France et l'Algérie, comme entre la France et d'autres pays, ça ne donne pas lieu à chaque fois à la mise sur la place publique et à une logique de surenchère permanente à laquelle on assiste depuis plusieurs mois.

Il est temps que cette surenchère s'arrête et que les problèmes, quand il y en a, soient réglés par la discussion, par la diplomatie, comme on l'a toujours fait, tout simplement.

2:58
Présentateur

Et sur la place publique, également ce matin, c'est 40 à 50 milliards. Je reviens sur le sujet budgétaire. à trouver pour l'année prochaine, pour 2026, pour retrouver un déficit non pas raisonnable, mais moins déraisonnable que les années précédentes. On va évidemment parler de ce que vous allez proposer à François Bayrou demain, puisqu'il vous réunit au cours d'une conférence des finances publiques. Mais sur le constat d'abord, Manuel Bompard, est-ce que vous êtes d'accord avec ce que dit le Premier ministre, le ministre de l'Économie ? Il faut faire des économies.

3:25
Manuel Bompard

Il faut faire en sorte que le déficit ne soit pas un déficit de 5,4% encore l'année prochaine. Ça, évidemment.

3:33
Présentateur

Objectif de 4,6% l'année prochaine, pour être précis.

3:36
Manuel Bompard

Mais la faute à qui, madame ? Écoutez, est-ce que vous savez que le niveau de recettes, si on le prend en proportion du PIB, n'a jamais été aussi bas dans ce pays depuis 2010 ?

3:47
Présentateur

Les recettes, c'est la somme des impôts.

3:48
Manuel Bompard

Est-ce que vous savez ? Mais pas seulement. Les impôts, les taxes, les recettes de l'État. Est-ce que vous savez que si les recettes de la France étaient restées au même niveau qu'en 2017, quand Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, aujourd'hui, le déficit serait inférieur à 3% du PIB ?

4:02
Présentateur

C'est la faute d'Emmanuel Macron ?

4:03
Manuel Bompard

Mais évidemment, c'est la faute d'une...

4:04
Présentateur

Et des cadeaux faits... Évidemment. Je vous vois venir. Des cadeaux faits au plurie. C'est ce que vous allez me dire, Manuel Bompard.

4:09
Manuel Bompard

Écoutez, pardon, mais c'est factuel. Ce n'est pas un point de vue idéologique. Depuis qu'Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, l'État s'est privé de 60 à 80 milliards d'euros de recettes par an. Donc c'est factuel. Vous pouvez le vérifier, le chiffre que je viens de vous indiquer. Donc aujourd'hui, on nous dit qu'il faut aller trouver 40 milliards d'euros d'économie.

4:26
Présentateur

Et en face, l'Élysée vous dit que ça a produit de la croissance, ça a produit de la réduction de chômage, du nombre de chômeurs. Ça a produit ces effets. Ce que Emmanuel Macron appelle cette politique de l'offre, ce que vous contestez.

4:37
Manuel Bompard

Mais attendez, regardez les chiffres de croissance ce premier trimestre de l'année 2025. On est presque à zéro. Enfin, c'est ridicule. Le chômage est reparti à la hausse. Donc évidemment, cette politique n'a pas produit de résultats. Et elle a très largement contribué à appauvrir l'État, à créer du déficit, à créer de la dette publique, parce qu'Emmanuel Macron a fait le choix d'avoir une politique qui est de multiplication des cadeaux aux plus riches et aux grandes entreprises, aux grandes multinationales. Et que l'argent qui a été donné aux plus riches et aux multinationales manque aujourd'hui pour équilibrer le budget de l'État. C'est assez simple comme logique.

Si vous voulez un budget à l'équilibre, il faut que les recettes correspondent aux dépenses.

5:14
Présentateur

Donc Manuel Bompard, si je comprends bien ce que vous dites, vous dites, la réponse est simple, les 40 à 50 milliards, il faut aller les chercher chez les plus riches, chez les entreprises qui font des bénéfices.

5:23
Manuel Bompard

40 milliards, c'est ça que veut M. Éric Lombard ? Je vous mets deux mesures sur la table. Ça fait précisément 40 milliards d'euros de recettes supplémentaires pour l'État. Premièrement, ce qu'on appelle la taxe Zuckman sur le patrimoine des milliardaires. Ça concerne 147 personnes en France. Si vous taxez leur patrimoine à hauteur de 2%, vous rentrez à peu près 14 milliards d'euros par an.

5:41
Présentateur

Si elles restent en France ?

5:42
Manuel Bompard

Évidemment. Non, mais ça, on pourra en discuter si vous voulez. Mais la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune qui avait été justifiée à l'époque comme étant une mesure qui allait permettre que les gens qui, soi-disant, étaient partis pour faire de l'exil fiscal reviennent finalement, il y a eu la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune. Ça n'a eu aucune conséquence de ce point de vue-là. Première mesure, la taxe Zuckman, l'impôt de 2% sur le patrimoine des milliardaires, 14 milliards d'euros.

Deuxième mesure, ce qu'on appelle l'impôt universel, c'est-à-dire le fait que les multinationales, qui aujourd'hui ne payent pas l'impôt, qui correspond pourtant au chiffre d'affaires qu'ils réalisent en France, parce qu'ils ont des mécanismes d'optimisation fiscale, qui fait qu'ils ont un chiffre d'affaires très important en France, mais finalement le bénéfice qui est déclaré en France n'est sans aucun rapport avec le chiffre d'affaires.

Si vous décidez de taxer les multinationales au regard du chiffre d'affaires qu'elles produisent en France, c'est ce qu'on appelle l'impôt universel Zuckman, là aussi, du nom de l'économiste Gabriel Zuckman, alors vous rentrez 25 à 26 milliards d'euros par an dans les caisses de l'État. 14 plus 26, si mes calculs sont bons, ça fait 40, non ? Donc M. Lombard, il a ses recettes. Sauf que ce que je vois, c'est qu'il nous dit précisément que ce n'est pas ce qu'il va faire. Pas d'augmentation d'impôt.

6:50
Présentateur

Pour l'instant, la ligne fixée par le gouvernement, c'est qu'on ne revoit pas à la hausse les prélèvements obligatoires, sauf sur les hauts revenus, les personnes qui gagnent beaucoup d'argent et qui jusqu'ici avaient des effets d'optimisation. Enfin, c'est 2 milliards, aujourd'hui, avec un taux d'imposition minimal à 20%. 20% de ce que gagnent ces personnes, ça doit être... Elles ne peuvent pas payer en dessous en termes d'impôts. Je ne sais pas comment le dire autrement. Elles ne peuvent pas sur-optimiser ou faire des montages fiscaux. Il y a une autre piste, Manuel Bonpar. Est-ce que vous souhaitez, par exemple, que ce taux de 20% de taxation minimale soit revu à la hausse ?

Est-ce qu'il faut aller au-delà, par exemple ?

7:29
Manuel Bompard

Attendez. Je vais répondre à votre question, mais d'abord, je vais quand même préciser une chose, parce que je vois bien le langage qu'utilise le gouvernement. En gros, si vous proposez d'augmenter les recettes de l'État, on vous dit que vous voulez augmenter les impôts pour faire croire aux gens qui nous écoutent que c'est leurs impôts qui vont augmenter. Alors qu'en vérité, quand je vous propose une taxe sur le patrimoine des 147 milliardaires ou un dispositif pour que les multinationales payent effectivement leurs impôts en France, pardon, mais aucun Français, aucune Française aujourd'hui qui nous écoute, à part s'il est dans les 147 milliardaires, va avoir ses impôts augmentés.

Je veux quand même préciser ce point-là, parce que je vois bien comment la malhonnêteté du débat public peut conduire à ce que, quand nous disons qu'il faut augmenter les recettes, on fait croire aux gens qu'à la fin, c'est eux qui vont devoir payer davantage. Ça, c'est la première chose que je vais vous dire. Deuxièmement, le dispositif dont on est en train de parler, qui a été introduit à titre normalement exceptionnel cette année.

8:15
Présentateur

Ce sera pérennisé vraisemblablement l'année prochaine.

8:17
Manuel Bompard

Alors manifestement, il y a des accords entre ce que dit M. Lombard et ce que dit Mme Monchalin. Mais bon, prenons... Ministre de l'Economie, ministre des Comptes publics. Partons du principe qu'il va être effectivement pérennisé. Je vous l'ai dit tout à l'heure. Bon, pourquoi pas ? Moi, je ne suis pas évidemment opposé à ce qui puisse être pérennisé. D'ailleurs, on avait fait nous-mêmes des amendements pour qu'il puisse l'être pérennisé. Ces amendements avaient d'ailleurs été adoptés à l'Assemblée nationale quand on a pu débattre. Ensuite, il y a eu un 49.3, ils se sont assis sur ces amendements. Mais on parle d'une recette de 2 milliards d'euros.

Donc, c'est une recette qui est évidemment très faible. Et on parle quand même d'un dispositif qui vise à faire en sorte que les gens payent même pas l'impôt qu'ils doivent normalement. Parce que normalement, en France, vous savez, l'impôt est progressif. Et si vous avez des recettes très importantes, vous payez davantage d'impôt. C'est un dispositif qui est mis en place pour dire quelle que soit l'optimisation fiscale qui est mise en place, il faut qu'il y ait au moins 20% de taux d'impôt effectif. D'accord ? Mais la dernière tranche de l'impôt, par exemple, sur le revenu, elle n'est pas à 20%. Elle est à 40, 45. Et on pourrait d'ailleurs la monter plus haut.

9:11
Présentateur

Et c'est ce que dit le gouvernement. Il dit, à l'inverse, ou en tout cas, en parallèle ou en miroir à cette mesure, on peut aussi toucher aux niches fiscales. Les niches fiscales qui permettent précisément d'optimiser ce que vous payez.

9:21
Manuel Bompard

Vous savez, moi, j'ai participé au débat à l'Assemblée nationale sur le budget de M. Barnier à l'époque. Parce qu'avec M. Bayrou, on n'a pas eu de débat. Ils disent ça dans la presse. Mais à chaque fois qu'on arrive très concrètement sur les niches fiscales,

9:32
Présentateur

et vous, vous en identifiez, Manuel Bompard, des niches fiscales, là, immédiatement accoupées, qui permettraient de faire rentrer plus de 2, 3, 4 milliards d'euros.

9:40
Manuel Bompard

Il y a des milliards d'euros de niches fiscales. Il y a des niches fiscales pour l'aide à la personne, par exemple, qui ne sont pas du tout bien calibrées. Il y a le crédit impôt recherche, dont tout le monde sait aujourd'hui que les entreprises bénéficient du crédit impôt recherche, alors qu'en vérité, parfois, ça ne vient pas du tout financer un effort de recherche. Normalement, le crédit impôt recherche, c'est pour financer un effort de recherche. Un effort de recherche.

Quand vous voyez l'entreprise Sanofi qui a touché du crédit impôt recherche, alors qu'elle a supprimé quasiment l'ensemble des postes de chercheurs en France, vous voyez bien qu'il y a un problème avec le crédit impôt recherche. Donc oui, je veux dire, moi, je suis favorable à ce qu'il y ait des nouvelles recettes. Mais évidemment qu'on peut faire des efforts sur la dépense. Par exemple, on distribue des centaines de milliards d'euros par an d'aide aux entreprises sans aucune conditionnalité, sans aucune réflexion sur à quoi ça sert, est-ce que c'est bien utilisé, est-ce que ça se traduit par de la conservation de l'emploi ou par de la destruction de l'emploi.

Donc là aussi, on peut faire des efforts, évidemment. Mais cette logique qui consiste à dire, bon, augmenter les impôts, on ne peut pas. Venir remettre en cause les aides aux entreprises, on ne peut pas. Ou les niches fiscales qui profitent aux plus riches, on ne peut pas. Et à la fin, la seule solution, c'est d'aller voir tout le monde et de vous dire, il va falloir travailler plus longtemps. Ça, pardon, mais c'est une logique dans laquelle je ne me retrouverai évidemment pas.

10:49
Présentateur

Pour l'instant, sur les niches fiscales, il y a uniquement celle sur les gardes d'enfants qui est écartée par le gouvernement. Ce que vous évoquiez dans les salles de la personne, c'est un des items, par des aspects de la personne.

10:59
Manuel Bompard

J'ai pris cet exemple, mais vous voyez qu'il y a des choses qui correspondent à des dépenses beaucoup plus importantes. Et enfin, je voudrais dire une dernière chose, Naïla Latrousse, quand même. Parce que la logique politique et économique qui consiste à faire croire qu'en réduisant la dépense publique, en quelque sorte, on va relancer l'économie, tout le monde sait que ce n'est pas vrai. Et toutes les études, toute l'expérience, y compris économique, c'est ce qu'on a appliqué à la Grèce. Des plans d'austérité successifs, à la fin, ça s'est réduit. Ça s'est traduit par une baisse du PIB de 25%.

11:27
Présentateur

Je rappelle ce que dit Eric Lombard, ministre de l'économie, ce que dit la porte-parole du gouvernement, c'est regarder du côté de la dépense publique, mais aussi permettre d'autres recettes, soit à travers les niches fiscales, soit, je l'évoquais, à travers cette piste d'augmenter...

11:41
Manuel Bompard

Mais Naïla Latrousse, à un moment, on peut quand même regarder les recettes qui sont mises en place dans ce pays et savoir si elles fonctionnent ou si elles ne fonctionnent pas. Je finis ma phrase, Manuel Bonfard. Enfin, pardon, le budget de M. Bayrou, l'OFCE, qui n'est pas la France insoumise, l'Observatoire français des conjectures économiques, dit que c'est une réduction de la croissance de 0,4 points. Donc, il y a une logique que tout le monde doit comprendre. Si vous contractez la dépense publique, si vous contractez l'activité économique, à la fin, ça se traduit avec moins de recettes fiscales. Et donc, c'est un cercle vicieux. Et à l'inverse de ça, il faut produire un cercle vertueux.

Et un cercle vertueux, ça passe par des investissements qui permettent de relancer la machine économique. Et on en a bien besoin, par exemple, dans la transition écologique, pour donner cet exemple.

12:18
Présentateur

Juste, comme vous avez évoqué à l'instant, Manuel Bonfard, cette idée de travailler davantage, vous êtes contre, évidemment, toute nouvelle réforme des retraites qui serait mise sur la table par le gouvernement. Parce qu'on entend cette petite musique montée de « il faut travailler plus, les Français ne travaillent pas assez ».

12:33
Manuel Bompard

Non, mais d'abord, je suis évidemment contre une nouvelle réforme qui consisterait à reporter encore l'âge de départ à la retraite ou à allonger encore la durée de cotisation. Mais je ne suis pas seulement pour ça. Je suis pour revenir sur la réforme des retraites, dont je rappelle quand même qu'elle a été passée en force par 49-3, que 90% des actifs étaient opposés au report de l'âge de départ à la retraite à 64 ans et qu'aujourd'hui, quand même, que tout le monde réalise ce qui est quand même formidable d'un point de vue démocratique. Vous avez aujourd'hui une majorité de députés à l'Assemblée nationale qui est pour l'abrogation de la réforme des retraites.

On n'a jamais eu l'opportunité de voter. Sophie Binet

13:07
Présentateur

vous lance un appel ce matin dans Libération. Elle vous dit que vous avez la possibilité de vous saisir de la question. C'est vrai que vous avez le référendum d'initiative partagée. Il suffit de 185 parlementaires pour l'initier. Vous avez le compte ?

13:18
Manuel Bompard

Pourquoi pas ? Pourquoi vous ne le faites pas ? Parce qu'on a déjà essayé de le faire. Après, moi, je veux bien qu'on réexamine les conditions juridiques de le faire. Mais vous savez qu'à la fin de la mobilisation contre la réforme des retraites, quand le gouvernement est passé en force par 49-3, il y a déjà eu deux tentatives de référendum d'initiative partagée sur le sujet. Et à l'époque, le Conseil constitutionnel a considéré que les rédactions qui avaient été proposées ne rentraient pas dans le champ d'application du référendum d'initiative partagée. Mais évidemment...

13:42
Présentateur

Donc la seule issue c'est le référendum comme le demande aussi Sophie Binet ?

13:45
Manuel Bompard

Mais non, mais il y a quand même une issue un peu plus simple, pardon.

13:47
Présentateur

Mais juste le référendum. Attendez, il est à la trousse. Vous le souhaitez ou pas ?

13:50
Manuel Bompard

Mais oui, oui, évidemment. Moi, je suis tout à fait favorable à un référendum. Et je suis sûr que s'il y avait un référendum, les Françaises et les Français voteraient pour l'abrogation de la réforme des retraites. Mais quand même, enfin quand même, il y a une majorité de députés à l'Assemblée nationale aujourd'hui qui sont favorables à l'abrogation de la réforme des retraites. Peut-être, peut-être, je me permets de formuler une hypothèse, peut-être qu'en démocratie, un jour, on peut laisser les députés voter. C'est peut-être bien dans une démocratie de laisser les députés voter.

14:14
Présentateur

Je décrypte le sous-titre de ce que vous dites, Manuel Bompard, c'est que la dernière fois que vous l'avez proposé au cours d'une journée où vous aviez l'initiative des débats, il y avait eu de l'obstruction parlementaire et le texte n'avait pas pu être examiné dans les délais impartis.

14:26
Manuel Bompard

Oui, mais c'est quand même formidable.

14:27
Présentateur

Je poursuis sur la retraite. Est-ce qu'il faut faire contribuer les retraités les plus riches, ceux qui défendent cette hypothèse, soit de revenir sur un abattement fiscal dont disposent les retraités, soit de désindexer les pensions de retraite pour les retraités les plus riches, mettent en avant comme argument qu'aujourd'hui, quand vous travaillez, quand vous êtes un actif, vous vivez moins bien que certains retraités ?

14:47
Manuel Bompard

Moi, dans le statut co-actuel, je ne suis pas pour reporter l'indexation des retraites ou annuler l'indexation des retraites sur l'inflation pour une catégorie de la population. Par contre, dans le financement d'un retour à l'âge de départ à la retraite à 62 ans et ensuite d'un retour à l'âge de départ à la retraite à 60 ans, je pense qu'une mesure qui consiste à produire une forme de surcotisation pendant toute la vie pour les plus hauts revenus devrait faire partie du panel des mesures qui permettent de garantir l'équilibre d'un système de retraite avec un âge de départ à 60 ans. Mais impacter aujourd'hui les retraités, ça ne me paraît pas être une mesure nécessaire.

Enfin, écoutez, on a les revenus, on a les ressources aujourd'hui pour pouvoir financer le retour de l'âge de départ à la retraite dans un premier temps à 62 ans et ensuite même à 60 ans. On a ces ressources, on a ces recettes. Il suffit d'avoir la volonté politique de le faire. Donc maintenant, il y a des députés qui ont la volonté politique de le faire et c'est complètement incroyable que le gouvernement refuse que ces députés puissent tout simplement voter sur le sujet. Enfin, quand même, on nous a inventé un conclave en nous disant on va faire le conclave et puis à la fin du conclave peut-être que les députés pourraient voter.

Bon, le conclave, tout le monde a compris maintenant que ça a échoué. Eh bien, peut-être que c'est le temps que les députés puissent voter sur ce sujet.

16:02
Présentateur

Ils ont réorienté leur débat sur le financement

16:04
Manuel Bompard

de la protection sociale

16:06
Présentateur

pour être parfaitement exact.

16:08
Manuel Bompard

Vous avez la CLT et Force Ouvrière qui sont sortis du conclave.

16:10
Présentateur

Quand j'écoute ce que vous dites ce matin, je n'ai aucun doute sur le fait que vous n'arriviez pas à trouver de convergence avec le gouvernement à l'issue de la conférence des finances publiques. Est-ce que ça veut dire que si vos solutions ne sont pas conservées, il y aura forcément une censure ? Et qu'est-ce que vous demandez au Parti Socialiste ? J'ai vu que Jean-Luc Mélenchon les tenait pour responsables du régime ou de la cure de minceur annoncée par Éric Lombard.

16:34
Manuel Bompard

À un moment, il faut dire les choses franchement. si le gouvernement de M. Bayrou peut aujourd'hui dérouler sa politique, c'est-à-dire un budget, parce que là, on parle du budget 2026, mais un budget 2025 qui fait des coupes historiques dans le budget de l'écologie, dans le budget de l'éducation nationale, dans le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche, de la culture, tout ça, c'est cette année. Bon, si ça, c'est possible, si les provocations de M. Retailleau dont on parlait en introduction sont possibles, si on est dans une situation dans laquelle le gouvernement peut geler comme ça encore 9 milliards d'euros de crédit, c'est ce qu'ils ont fait il y a quelques semaines.

C'est bien parce que ce gouvernement a été laissé en place. Et si ce gouvernement a été laissé en place, c'est parce que les censures n'ont pas été votées. Et si elles n'ont pas été votées, c'est la responsabilité du Parti Socialiste d'un côté qui ne l'a pas voté et du Rassemblement National de l'autre qui ne l'a pas voté non plus. Donc évidemment, ces gens qui se prétendent des opposants sont responsables aujourd'hui de la politique qui est mise en place. Mais comment vous espérez

17:22
Présentateur

convaincre le Parti Socialiste de revenir à vos côtés et de voter la censure ?

17:25
Manuel Bompard

Je crois qu'il faut qu'il réalise la politique de ce gouvernement qui sont mis en place aujourd'hui, cette année, et qui sont envisagées pour l'année prochaine, nous amènent dans le mur et n'ont strictement rien à voir avec les engagements politiques que nous avons pris devant les électrices et les électeurs au moment des élections législatives. Donc nous, évidemment, nous sommes favorables à la censure de ce gouvernement. Nous avons déjà essayé à cinq reprises. À cinq reprises, nous avons déposé une motion de censure. Et nous sommes prêts, là, dans les prochains jours, à déposer une nouvelle motion de censure.

Mais comme on n'a pas des motions de censure de manière illimitée, nous sommes prêts à déposer cette motion de censure si on a une garantie qu'au moins tous les députés de gauche la votent.

18:05
Présentateur

Manuel Bompard, un dernier mot de la guerre commerciale entamée par Donald Trump qui a encore répété cette nuit qu'aucun pays n'est à l'abri, qu'aucun pays n'est protégé à l'avenir face à l'augmentation des taxes que les États-Unis pourraient remettre en place. Le ministre de l'Économie réunit tout à l'heure un conseil des entreprises pour discuter des effets de cette guerre commerciale et de la hausse des droits de douane. Que fait-on des 28 000 entreprises françaises qui exportent aux États-Unis ? Est-ce qu'on les aide ? Est-ce qu'on les taxe ?

18:32
Manuel Bompard

Non, évidemment qu'il faut les aider. Et il y a différentes mesures à mettre en place pour les aider. Celles-là, on les aide ? Évidemment. Mais de toute façon, il faut aider. Moi, je n'ai pas de problème à dire qu'il faut aider évidemment les entreprises françaises qui vont être confrontées à une difficulté due à l'augmentation de ces droits de douane. On verra quelle est l'ampleur exacte puisque Trump avait fait des annonces très importantes. Finalement, il a annoncé pour l'instant une augmentation de 10 % des droits de douane relative à la France. Non, mais c'est très important, évidemment. Donc, il y a certains secteurs en France qui sont impactés par cette mesure.

Et par exemple, une manière de les aider, c'est de faire en sorte de ramener le prix de l'électricité, de remettre en place un blocage du prix de l'électricité, un tarif réglementé de l'électricité parce qu'on sait que c'est aujourd'hui une très grande difficulté pour la compétitivité de nos entreprises. Et ensuite, il faut des mesures de réponse aux annonces de Donald Trump. Bon, la France ne fait rien, l'Union européenne ne fait rien, le gouvernement français dit « Ah, on n'a qu'à en profiter pour faire une super zone de libre-échange avec les États-Unis, tout ça n'est pas sérieux.

» Et je pense que notamment une mesure de réponse, c'est de se concentrer sur la taxation des grandes entreprises du numérique qui constitue l'essentiel de la balance commerciale américaine aujourd'hui. Vous l'évoquiez

19:36
Présentateur

il y a quelques instants, Manuel Bompard. Merci d'avoir été l'invité de RMC et de BFM TV. Il est 8h52. Merci à vous.