Gabriel Attal s'exprime sur les crises énergétiques et budgétaires
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« Environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié consommé dans le monde transite par le D3 d'Ormouse. »
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« Une hausse de 10 dollars du prix du baril, c'est un coût de 3 milliards d'euros pour l'économie française. »
- 5:05Invité politiqueChiffre
« La France emprunte désormais à 4,5 % plus cher que l'Italie. »
- 6:33Invité politiqueChiffre
« L'an prochain, la France consacrera 3 % de sa richesse nationale à rémunérer ses créanciers contre 2,2 % pour investir dans la recherche et le développement. »
- 8:01Invité politiqueChiffre
« Les énergies fossiles représentent encore près de 60 % de notre consommation finale d'énergie. »
- 8:46Invité politiqueChiffre
« En 2025, le nucléaire a produit plus des 2 tiers de notre électricité. »
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à un moment où notre pays à notre pays affronte une série de de crises majeures et en réalité parce que depuis trop d'années les Français vivent au rythme des crises et ont le sentiment de les subir. Des crises qui s'accélèrent, des crises qui nous viennent de l'extérieur et dont nous ne contrôlons pas l'origine. Aujourd'hui encore, on le voit, les tensions au Moyen-Orient entraînent une flambée des prix du pétrole et des carburants. est un choc exogène dont les Français subissent aujourd'hui les conséquences très concrètes évidemment notamment sur les prix à la pompe.
Parfois, on donne l'impression de courir dernière derrière les crises, de gérer leurs conséquences les unes après les autres sans jamais être suffisamment prêt et suffisamment fort avant que ces crises ne surviennent pour les éviter et pour les affronter. Or, je suis convaincu que le rôle de la politique ne peut pas être seulement de gérer la crise du moment, puis d'attendre la suivante. Il doit être de comprendre pourquoi notre pays est aussi vulnérable lorsqu'un choc survient et de traiter ses vulnérabilités à la racine pour préparer les prochaines crises. Reprendre le contrôle, c'est le sens même de ma candidature à l'élection présidentielle.
Ce matin, j'ai souhaité m'entretenir avec un groupe d'économistes pour entendre leur diagnostic, leur faire part de mes propositions, entendre leurs analyses. C'est aussi ça ma méthode à l'occasion de cette campagne, écouter et consulter pour recueillir les meilleures analyses et les meilleures solutions. En y regardant de plus près, la plupart de ces crises, aux conséquences qui sont si concrètes dans la vie des Français, ont deux origines, l'énergie et les finances publiques. Ces deux sujets peuvent sembler très différents, mais en réalité, il pose exactement la même question, celle de notre liberté d'agir et de notre capacité à agir.
Quand on dépend presque entièrement de l'étranger pour le pétrole et le gaz que nous consommons, on dépend de décisions que nous ne prenons pas et quand on est trop endetté, on perd progressivement la capacité financière à répondre aux conséquences de ces décisions. L'enjeu de cette élection présidentielle pour moi, c'est donc aussi de cesser de courir après les crises pour reprendre en main notre avenir, pour rendre la confiance, pour assurer la sérénité aux Français. Ça impose un constat lucide sans faux semblant. Ça impose aussi des solutions fortes, des changements profonds pour l'avenir. J'y suis prêt et j'y reviendrai dans cette conférence de presse.
Le cœur de mon projet, c'est donc de renouer avec ce qui a fait les grandes heures de la France, la planification. Il faut anticiper, il faut planifier. et j'ai la conviction qu'on a toutes les cartes en main pour réussir ce chantier. Commençons par la situation immédiate. La hausse des carburants que nous connaissons aujourd'hui, c'est d'abord la conséquence d'une crise internationale que nous subissons depuis le début le début de la guerre en Iran, la circulation maritime dans le D3 d'Ormous est pratiquement à l'arrêt. Le D3 d'Ormouse, je le rappelle, c'est un point de passage essentiel pour l'économie mondiale.
Environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié consommé dans le monde transite par le D3 d'Ormouse. Aucune des décisions qui ont conduit à cette situation n'a été prise par la France ou par les Européens. Et pourtant, quelques semaines plus tard, ce sont les Français qui en ont subi les conséquences lorsqu'ils arrivent à la pompe à essence. Cette crise, elle coûte à toute notre économie. Une augmentation durable du pétrole, ça signifie davantage d'argent envoyé à l'étranger au lieu d'être consacré en France au salaire, à l'investissement ou à l'innovation.
Elle met en pression et sous pression les secteurs les plus consommateurs d'énergie, la chimie, la plasturgie, l'agroalimentaire, les engrais, les transports. Une hausse de 10 dollars du prix du baril, c'est un coût de 3 milliards d'euros pour l'économie française. Et puis cette crise, elle coûte à nos services publics parce que chaque euro d'intérêt de la dette payé est un euro qui ne va ni à l'hôpital, ni à l'école, ni à la sécurité. Et ce qui rend la hausse des prix que nous traversons particulièrement critique et singulière, c'est qu'elle intervient au moment où notre pays n'a aucune marge de manœuvre financière.
Et c'est là que le sujet énergétique rejoint le sujet des finances publiques. Car nous avons deux dépendances, la dette et les énergies fossiles. C'est ça qui nous rend vulnérable aujourd'hui. Le déficit public atteign 152,5 milliards d'euros en 2025, soit 5,1 % du PIB. Il devrait s'élever à 5,4 % du PIB en 2026. Au lieu de diminuer, il augmente. Quant à notre dette, elle dépasse désormais largement les 3000 milliards d'euros et représente plus de 115 % de notre richesse nationale. Et surtout, les conditions auxquelles nous finançons cette dette ont changé. Pendant très longtemps, l'État français a pu s'endetter à des taux exceptionnellement faibles. Cette période est révolue.
Vous le savez, la France emprunte désormais à 4,5 % plus cher que l'Italie. Regardons les autres grandes économies. Certaines ont peu de croissance mais aussi peu de déficit. D'autres ont beaucoup de croissance mais aussi des déficits importants. La France cumule depuis la dissolution le pire des deux mondes. Beaucoup de déficit et peu de croissance. C'est ce qui nous rend particulièrement fragile. En 2020, lorsque le Covid a frappé, l'État a pu mobiliser des moyens considérables pour éviter l'effondrement de notre économie.
On a pu financer le chômage partiel, soutenir les entreprises, protéger massivement les ménages parce que nous disposions encore d'une capacité d'endettement à des taux extrêmement faibles. Si une crise d'ampleur comparable survenait demain, nous l'aborderions dans une situation désormais très différente avec une dette beaucoup plus élevée et des taux d'intérêt sensiblement supérieurs. Voilà le vrai danger. La dette, elle devient problématique lorsqu'elle nous empêche de répondre à la prochaine crise. elle devient problématique lorsqu'elle finit par tout obstruer. Et c'est le deuxième problème majeur de la situation actuelle. La charge de la dette augmente fortement.
Elle était, je le rappelle, de 52 milliards d'euros en 2025. Elle devrait atteindre 91 milliards d'euros l'année prochaine et dépasser probablement les 100 milliards d'euros pour le budget 2028. C'est donc un doublement du montant des intérêts de la dette en seulement 3 ans. Ce sont 1000, ce sont 100 milliards que nous ne pouvons pas consacrer à l'école, à la recherche, à l'intelligence artificielle, à la défense, à la santé ou à notre industrie. L'an prochain, la France consacrera 3 % de sa richesse nationale à rémunérer ses créanciers contre 2,2 % pour investir dans la recherche et le développement. On marche sur la tête. À cette fragilité financière s'ajoute notre dépendance énergétique.
Les énergies fossiles représentent encore près de 60 % de notre consommation finale d'énergie. C'est une consommation qui est importée alors même que notre électricité est décarbonée à environ 95 %. C'est un paradoxe français. On a construit l'un des systèmes électriques les moins carbonés au monde, mais on continue à utiliser massivement des hydrocarbures importés pour nous déplacer, pour nous chauffer, pour faire fonctionner notre économie. On est preneur de prix, jamais faiseur de prix alors même que nous avons toutes les ressources entre nos mains. Alors aujourd'hui, deux factures très lourdement sur le pays.
Celle des intérêts de la dette et celle des énergies que nous achetons à l'étranger. Mais je voudrais aller un peu plus loin car la crise actuelle révèle seulement la partie la plus visible de nos dépendances. Derrière notre dépendance aux hydrocarbures, il y a tout un continent caché de dépendance matérielle dont on parle beaucoup moins dans le débat public. On importe une partie très importante des engrais qui sont nécessaires à notre agriculture. Pour électrifier notre économie, on a besoin de lithium, de cuivre, de graphites, de nickel, de cobalt, de terre rare. Or, le raffinage de beaucoup de ces matériaux est aujourd'hui concentré dans quelques pays et notamment la Chine.
C'est un point extrêmement important. Notre objectif ne peut pas être sortir de la dépendance au pétrole du Moyen-Orient pour entrer demain dans une dépendance intégrale aux métaux et aux batteries raffinées en Chine. On doit donc raisonner beaucoup plus largement l'indépendance énergétique du 21e siècle. C'est évidemment produire notre propre électricité, c'est maîtriser nos infrastructures et nos matières premières. C'est transformer et recycler. C'est développer la géothermie, les réseaux de chaleur, la biomasse, les gaz renouvelables et la récupération de chaleur.
C'est aussi évidemment davantage de sobriété, pas de décroissance, loin de là, mais la recherche des usages les moins consommateurs et la chasse à tout gaspillage. En réalité, c'est toute une stratégie que nous devons repenser, toute une planification qu'il nous faut mettre en place et il y a urgence à planifier. Face à ce constat, certains pourraient considérer, en tout cas certains semblent considérer que la situation est désespérée. Le message que je veux passer aujourd'hui, c'est que je crois exactement l'inverse. Je crois que la France a des atouts considérables. Nous avons sur notre territoire des groupes comme EDF, Schneeder électrique, Air Liquide, Le Grand, Total Energie ou Rexel.
Très peu de pays européens disposent d'une telle continuité industrielle depuis la production de l'énergie jusqu'au réseau et aux matériaux. On dispose surtout d'un parc nucléaire unique en Europe. En 2025, le nucléaire a produit plus des 2 tiers de notre électricité et les travaux préparatoires aux nouveaux EPR ont commencé. On a parallèlement développé les renouvelables. Plus de 7 GW de capacité renouvelable supplémentaire ont été installé en 2025. Notre parc hydraulique est un atout majeur et la France produit aujourd'hui suffisamment d'électricité pour être très largement exportatrice. En 2025, notre solde exportateur net a atteint un niveau historique.
C'est une force économique et c'est aussi une force géopolitique. Cette électricité, elle doit nous permettre d'électrifier notre industrie, nos transports, nos bâtiments. Elle doit nous permettre d'accueillir de nouvelles activités industrielles et technologiques. Elle doit aussi servir notre ambition dans l'intelligence artificielle. On aura besoin de quantité considérables d'électricité pour entraîner, pour faire fonctionner les modèles de demain. Et je ne veux pas que notre électri notre avantage électrique serve uniquement à installer en France des infrastructures permettant de faire fonctionner des technologies qui sont conçues ailleurs.
Je veux qu'ils servent aussi à développer nos modèles, nos entreprises et notre souveraineté technologique. On a donc les moyens d'agir. C'est le constat important et surtout la France a déjà montré dans son histoire qu'elle était capable de transformation d'une telle ampleur. Après le choc pétrolier de 1973, nos prédécesseurs ont décidé de changer profondément le modèle énergétique français. Le plan Mesmer a été lancé en 1974. 3 ans plus tard, le premier réacteur concerné était raccordé au réseau et entre la fin des années 70 et la fin des années 80, près d'une cinquantaine de réacteurs ont été mis en service.
En une quinzaine d'années, le réseau et le système électrique français a été profondément transformé. Cette décision qui avait été prise il y a un demi-sècle, elle continue à nous protéger aujourd'hui. Sans elle, la crise qu'on vit aujourd'hui serait beaucoup plus grave. On aura une production électrique beaucoup plus dépendante du gaz et du charbon importé et donc une facture énergétique plus élevée et une exposition encore plus forte aux événements internationaux. Sans le plan Mesmer compte tenu de ce que serait notre exposition au fossil, on serait aujourd'hui en récession.
C'est une leçon importante parce que ça montre que les grandes décisions de souveraineté ne produisent pas seulement leurs effets pendant la durée d'un quinquena ou d'un Septena à l'époque. Elles peuvent protéger un pays pendant 50 ans face aux crises. L'ensemble de nos usages. Avant d'y venir, je veux parler de l'urgence parce que l'urgence est essentielle. Il faut pas donner l'impression que qui que ce soit reste sourd à la situation des Français et aux difficultés qu'ils rencontrent. C'est difficile aujourd'hui et c'est dur pour beaucoup de Français. Alors, il faut évidemment agir pour passer cette crise.
La première priorité, je le redis pour moi, ça doit être de protéger les Français qui travaillent, qui n'ont pas d'autre choix que d'utiliser leur voiture pour aller travailler et dont les revenus ne leur permettent pas d'encaisser cette hausse des prix à la pompe. Le gouvernement a reconduit et élargi l'aide aux gros rouleurs qui travaillent. Je crois que c'était nécessaire. des millions de nos compatriotes, des classes moyennes et des classes populaires n'en veuvent plus travailler dur et de tirer la langue. C'est vers eux que nos efforts doivent se porter en priorité.
Il a également été annoncé le relèvement de la prime l'accompagnement face à l'augmentation des prix du carburant par les employeurs sans charge ni impôt à 1000 €. Et j'invite évidemment les partenaires sociaux et les entreprises à s'en saisir pour en faire un objet de négociation sociale. C'est aussi, je crois, l'intérêt économique des entreprises que de permettre à leurs salariés de continuer à venir travailler. Hier, le gouvernement a fait des annonces. Mon but, c'est évidemment toujours d'être responsable. Il faut éviter l'emballement des crises. S'agissant de la dette, je le redis ici, le meilleur moyen d'éviter une crise de la dette, c'est d'avoir un budget solide à la fin de l'année.
Et donc, je vous le redis ici avec mon groupe parlementaire, nous n'entraverons en rien le gouvernement dans sa tâche de doter le pays d'un budget car l'incertitude, elle se paye chère et pour éviter la crise sociale, il faut répondre à la détresse des Français sans leur mentir. C'est aussi ça, agir en responsabilité et ne pas prendre le risque d'ajouter une crise à la crise. Gérer l'urgence, c'est la mission du gouvernement et il le fait. Comme candidat à la présidentielle, ma responsabilité, c'est d'être prêt et de préparer l'avenir. Pour cela, il faut dire la vérité. Et la vérité, c'est aussi que les deux extrêmes pavent le chemin de la dépendance de la France.
Gabriel Attal