Raphaël Glucksmann : "Les nationalistes nous promettent un destin de laquais"
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France Inter, Nicolas Demorand, le 7-9. Et c'est un format spécial européen pour le grand entretien cette semaine et la semaine prochaine. Huit têtes de liste que vous pourrez entendre défendre leur programme au micro de France Inter. A mes côtés, Alexandra Ben Saïd et Yaël Gauze, chef du service politique. Et bien entendu, vos questions au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile d'Inter. Bonjour Raphaël Glucksmann. Bonjour. Et merci d'être là ce matin. Vous êtes tête de liste Parti Socialiste Place Publique. La liste porte le nom Envie d'Europe écologique et sociale. Et on posera cette question à chacun de nos invités, celle du moment dans lequel on se trouve.
La construction européenne va de moins en moins de soi. Fédéraliste est devenu un mot honteux, voire une insulte dans le débat politique. Scrutin national après scrutin national. On voit porter au pouvoir des dirigeants élus sur la critique de l'UE, la volonté d'en casser les règles, les obligations, l'idéologie. Et les pro-européens répondent que si l'Europe dysfonctionne, c'est qu'il en faudrait plus, toujours plus. Ça, c'est l'axiome de base de ces dernières années. Mais pourquoi n'en faudrait-il pas moins ?
De l'Europe ? Oui, parce que nous vivons des temps tragiques, que nous vivons des moments extrêmement difficiles, que ce monde est dangereux. Et que sans l'Europe, nous ne pourrions pas lutter contre le réchauffement climatique, contre le dérèglement du climat, contre la disparition de la biodiversité. Sans l'Europe, nous subirons la mondialisation, nous subirons les multinationales. Comment voulez-vous imposer une amende à Google ou à Apple sans l'échelle européenne ? Et effectivement, moi j'entends la musique souverainiste, nationaliste, se répandre partout, le Bruxelles bashing, être à la mode. Mais que nous promettent les nationalistes ?
Ils nous promettent un destin de souverain, ils parlent de souveraineté nationale. Ce n'est pas un destin de souverain qu'ils nous promettent, c'est un destin de laquais. De laquais des empires chinois, russes, américains, de laquais tout simplement. Vous n'avez qu'à regarder de l'autre côté des Alpes, en Italie, M. Salvini qui est le héros de la nouvelle droite, de l'extrême droite européenne et du Bruxelles bashing. Eh bien, M. Salvini, il montre ses muscles parmi les plus faibles, face aux migrants. Mais quand un vrai puissant arrive en Italie, qu'est-ce qu'il fait M. Salvini ? Il se couche, comme il s'est couché face aux Chinois, il se vend, il vend le port de Gênes.
Il refuse de négocier avec l'Union européenne, avec la Chine. Il veut négocier seul à seul avec les Chinois. Et résultat, il vend le port de Gênes, il vend les infrastructures stratégiques de l'Italie. Et c'est ça le destin qu'on se réserve sans Europe. Sans une Europe qui, enfin, cesse d'être simplement un marché et devient une puissance politique protectrice. C'est ça l'enjeu de cette direction. Un destin de dominer, donc ? Bien entendu, la seule manière de maîtriser son destin, la seule manière de reprendre le contrôle, comme le disait le slogan des brexiteurs, ce n'est pas de sortir de l'Europe.
La seule manière de reprendre le contrôle sur notre destin, de reprendre le contrôle sur les désordres du monde, d'imposer des normes et des règles à cette mondialisation, eh bien, c'est la construction européenne. C'est la capacité qu'on a à construire une puissance politique européenne. Alexandre ?
Raphaël Glucksmann, vous dites que nous vivons des temps tragiques. Les sondages nous annoncent une poussée de la droite dure au Parlement européen. Et pourtant, le clivage nationaliste contre progressiste, ça n'est toujours pas le vôtre. Comment expliquer ?
Non, parce qu'il s'agit d'une élection européenne. Moi, je vois bien le kidnapping qui est en train d'être opéré sur ces élections. On fait comme si, enfin, le président Macron, ses ministres, Madame Loiseau, sa liste, font comme s'il s'agissait d'un deuxième tour d'élection présidentielle. Et donc, ils font un chantage au barrage. Moi, vous savez, pendant les élections présidentielles, j'ai voté Benoît Hamon au premier tour, mais j'étais le premier à appeler à faire barrage à Marine Le Pen au second. Mais là, il ne s'agit pas de cela. On ne va pas rejouer continuellement ce jeu du chantage au barrage. Là, il s'agit d'une élection européenne.
Et à l'échelle européenne, au Parlement européen, ce qui est dominant, ce n'est pas le clivage Macron-Le Pen, ce n'est pas le clivage nationaliste-libéraux. C'est d'abord le clivage gauche-droite. L'enjeu des élections européennes, c'est d'abord de savoir si les sociodémocrates ou les conservateurs du PPE, eh bien, seront en tête et seront la force dominante du Parlement européen. Il s'agit d'élections européennes. On parle d'Europe tous les cinq ans. Je veux dire, on ne va pas se faire voler cette élection. Il y a vraiment un risque qui est pris avec la démocratie aujourd'hui.
Vous voulez dire que les petits groupes, par exemple, les groupes de la droite dure, ça sera toujours un petit groupe au Parlement européen ?
Mais bien sûr, ce sera un petit groupe au Parlement européen. Malheureusement, trop nombreux. Il faudra des gens pour les combattre et qu'ils soient fermes sur les principes. Mais ça reste un petit groupe. Le groupe que rejoint Emmanuel Macron, les ultra-libéraux d'Aldé, eh bien, c'est aussi un petit groupe. L'enjeu des élections européennes, c'est ce clivage gauche-droite. Je veux dire, on nous vend un nouveau monde en France, mais il a fait pchit à l'échelle européenne, ce nouveau monde. Les autres Européens qui sont loin d'être attardés, qui sont loin d'être attachés aux antiquités, eh bien, ils croient encore dans ce clivage gauche-droite.
Les élections espagnoles viennent de nous le montrer une fois de plus.
Gaël. Alors justement, vous voulez radicaliser l'offre sociale-démocrate. Cette offre, elle existe ailleurs en Europe. 8 pays sur 27 sont dirigés par des sociodémocrates. Vous parliez de l'Espagne, aussi le Portugal. On a vu aussi une victoire en Finlande récemment aux législatives. Au Danemark, ils sont donnés favoris pour le 5 juin. Le Parti démocrate italien se porte bien. Qu'est-ce qui ne va pas en France ? Vous, vous risquez d'amener les socialistes de 13 à 0 eurodéputés. Vous en avez conscience ?
Déjà, nous aurons des eurodéputés, mais radicaliser l'offre sociale-démocrate, ça veut dire tirer les leçons des échecs et des compromissions. La sociale-démocratie, c'est trop longtemps installée dans une forme de complaisance vis-à-vis du libéralisme, vis-à-vis des accords de libre-échange, vis-à-vis de l'austérité. Elle se porte bien ailleurs, mais pas en France. Regardez ce qui s'est passé en Espagne. Pourquoi pas en France ? Regardez ce qui s'est passé en Espagne. Pourquoi Pedro Sanchez a-t-il gagné les élections ? Il a augmenté le SMIC de 22%. Il a imposé des mesures de gauche.
Il a imposé ce congé parental égalitaire que nous portons pendant ces élections, c'est-à-dire la répartition égalitaire entre hommes et femmes des congés parentaux. Il a imposé la constitutionnalisation de l'indexation des retraites. Il a imposé des mesures de gauche. Il a montré qu'en fait, quand la gauche gouverne et quand la droite gouverne, ce n'est pas la même chose. Et donc, il a su remobiliser le peuple de gauche. Il faut qu'il y ait un clivage en politique. Si on veut que les gens de gauche se mobilisent, qu'ils retrouvent leur enthousiasme, qu'ils aillent voter, il faut leur montrer que quand Pedro Sanchez gouverne, ce n'est pas pareil que quand le Parti Populaire Espagnol gouverne.
Mais souvenez-vous, il y a deux ans, dans ce studio même, tous les analystes disaient quelque chose de définitif, de manière ultra péremptoire. Ils disaient à propos de l'Espagne, le Parti Socialiste Espagnol est mort. Désormais, la seule opposition qui vaille, c'est populiste contre droite dure. Podemos contre PP. Et qu'est-ce qui s'est passé ? Eh bien, c'est la social-démocratie, justement, qui en se radicalisant, qui en retrouvant ses racines, qui en retrouvant sa capacité à ne plus suivre le marché, à imposer une politique différente de celle de la droite, eh bien, c'est la social-démocratie qui est renaie de ses cendres et qui l'a emportée. Et c'est ce qui va se produire en France.
Nous n'en sommes qu'aux prémices. Je suis convaincu, moi, qu'il y a une attente en France d'une gauche capable de gouverner réellement à gauche. Et c'est ça, ce que nous lançons le 26 mai. Je vous sens en colère, Raphaël Glucksmann, ce matin.
En colère, je ne sais pas pourquoi, d'ailleurs, parce que vous avez le sentiment que l'élection a été confisquée, que la campagne n'est pas à la hauteur de l'enjeu, que la tenaille dont parlait Alexandra à l'instant, populiste, progressiste, au fond, écrase la politique aujourd'hui ?
Je suis en colère parce que cela fait déjà deux ans qu'on nous installe dans un match entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Et qu'à force de s'adresser aux citoyens simplement comme des castors, y compris dans des élections qui ne sont pas, je le répète, un second tour d'élection présidentielle, eh bien, on va lasser les castors, on va les fatiguer. Et la prochaine fois qu'il faudra réellement faire barrage contre l'extrême droite, eh bien, les gens resteront à la maison. On ne joue pas avec la démocratie. Il y a une élection européenne. Donc l'enjeu, c'est l'affrontement de visions différentes de l'Europe.
Si vous voulez, si vous voulez une Europe libérale, si vous êtes satisfait du bilan d'Emmanuel Macron, si vous pensez que son projet est le bon, eh bien, votez pour la REM. Mais ne votez pas pour faire barrage, parce que ce n'est pas l'enjeu de cette élection aujourd'hui. Et moi, je suis convaincu, si vous voulez, ce n'est pas simplement de la colère, c'est aussi une forme d'enthousiasme. Moi, je suis convaincu qu'il y a le désir en France pour une alternative sociale et écologique à ce match entre libéraux et nationalistes. Ça ne peut pas être cela, la France. Il y a une quête de justice sociale dans notre pays. Il y a même une colère sociale. Il faut qu'elle ait un débouché politique.
Il faut qu'il y ait quelque chose de constructif qui émerge. Et c'est ça, ce qu'on essaye de faire aujourd'hui. C'est la première pierre, le début de la grande aventure des années qui viennent. La grande aventure des années qui viennent, c'est celle de la refondation d'une gauche de gouvernement dans notre pays.
Yael, Alexandra, allez-y !
C'est bien beau de faire le procès du duel progressiste contre nationaliste, mais vous, comme philosophe, vous étiez assigné une mission qui était de réveiller la gauche, de l'unifier. Ça finit avec cinq, six listes. Est-ce que ce n'est pas votre échec, finalement, cette fin de campagne ?
Ce n'est pas notre échec. Quand vous regardez notre liste, de quoi elle est composée, notre liste ? Une parmi, combien à gauche ? Bien sûr, parce que ce qu'il faut faire, il y a les querelles d'appareils. Je me suis heurté aux mémoires d'appareils, aux égaux d'appareils. Mais au-delà de ça, il y a un problème de culture politique. On sait tous qu'il faut la réunion, pour qu'il y ait une alternative crédible qui émerge, qu'il faut la réunion entre la social-démocratie et l'écologie politique. C'est la seule manière d'avoir une gauche crédible dans notre pays. Mais pour ça, il faut une révolution culturelle. Il faut une révolution mentale, et chez les écologistes, et chez les socialistes.
Les socialistes sont en train de la faire. Les écologistes doivent la faire eux aussi. Vous savez, sur notre liste, il y a un rassemblement de gens qui sont issus de cultures politiques extrêmement différentes. Nous avons deux prix Goldman, l'équivalent du prix Nobel d'écologie, qui sont des activistes écologiques radicaux. Claire Nouvian, Bruno Van Pettiguen. Et eux, se retrouvaient avec des socialistes qui, jadis, étaient encore productivistes. C'est une révolution mentale.
Mais simplement, on a tous compris, les gens qui composent cette liste, qui sont des gens bien, qui sont issus de la société civile, qui ne font pas carrière dans la politique, on a tous compris qu'en fait, il fallait savoir dépasser, non seulement les appareils, mais même nos propres cultures politiques. Que les socialistes renoncent au productivisme, et que les écologistes intègrent la question sociale au fond, au cœur de leur vision, pour qu'enfin on puisse avoir cette force qui sera, j'en suis convaincu, l'alternative au libéralisme.
Bon, Raphaël Glucksmann, vous parlez des appareils, vous parlez des personnalités sur les listes, mais mettez-vous à la place des électeurs, on va dire des électeurs de gauche, ils vont se retrouver dans l'isoloir, et ils auront six listes de gauche qui promettent toutes du social et de l'écologie. Pourquoi choisir votre liste ? Pourquoi choisir Envie d'Europe ? Les programmes se ressemblent intensément. Où est votre différence ?
La différence, c'est déjà que, si on veut peser à l'échelle européenne, si on pense qu'il y a vraiment dix ans avant la catastrophe climatique, avant qu'elle devienne irréversible, eh bien, il faut former des majorités, il faut faire basculer des majorités. Le Parlement européen, ce n'est pas rien. Il faut donc s'inscrire dans une logique d'alliance en Europe. On ne peut pas changer tout, tout seul. Nous, nous avons des alliés, ce sont les sociodémocrates européens, nous avons des alliés, ce sont Pedro Sanchez en Espagne, Paul Magnette en Belgique, et c'est finalement, en votant pour nous, on vote pour que la gauche européenne domine la politique européenne.
Ça fait plusieurs mandatures, déjà, que les conservateurs dominent la Commission, qu'on nous impose une politique néolibérale, et donc il faut pouvoir en sortir. Et il faut montrer, en fait, que le rapport de force à l'échelle européenne, c'est inversé. Voter pour nous, c'est voter pour une gauche européenne qui domine le Parlement européen. C'est la seule manière qu'on a de faire basculer les politiques, et c'est pour ça que nous, on s'est inscrits dans cette logique d'alliance avec les sociodémocrates européens.
S'il s'agissait juste de faire du témoignage, eh bien, franchement, c'est plus facile de faire du témoignage en écrivant des livres, en étant activiste dans des ONG, qu'en entrant en politique. Donc, si on entre en politique, c'est pour faire basculer des majorités. C'est pour faire en sorte que la social-démocratie, eh bien, bascule vers une radicalité plus forte sur la question écologique et la question sociale, et qu'on ait une majorité alternative en Europe.
Yaël ? Soyons concrets. Prenons votre programme. Il y a chez vous le chef de file de Nouvelle Donne, Pierre Larouturo, qui a conceptualisé la banque pour le climat. Cette banque, on la retrouve aussi en tête de gondole du programme de La République En Marche. Alors, quelle différence ? Quelle est la différence entre ces deux banques climat, celle d'Emmanuel Macron et la vôtre ? Quelle différence ?
Ça fait deux ans que M. Larouturo, avec M. Jean Jouzel, se bat pour ce pacte finance-climat. Et donc, subitement, alors que la France ne l'a jamais mis sur la table du Conseil européen, subitement, avant les élections, eh bien, La République En Marche redécouvre une âme écolo. Vous êtes plagié ? Et au-delà de ça, c'est pas l'enjeu, parce qu'en fait, fondamentalement, le pacte finance-climat, c'est pas simplement une banque climat. C'est aussi un budget climat. Et nous, ce qu'on explique, c'est qu'il va bien falloir qu'il y ait une contribution qui soit faite à la transformation sociale et écologique de nos sociétés. Et ça, bien sûr, La République En Marche ne va pas le reprendre.
Parce que dans ce budget climat, il y a quoi ? Il y a un impôt sur les bénéfices des grandes sociétés. Et ça, c'est notre différence avec La République En Marche. Jamais ils ne porteront cela. Cet impôt européen sur les bénéfices des grandes sociétés, il va contribuer à lancer un grand plan de rénovation thermique des bâtiments. Il va lancer un grand plan, permettre de financer un grand plan de mobilité. Et c'est quoi cet impôt ?
Vous savez, aux Etats-Unis, ce n'est pas un pays bolchevique les Etats-Unis, aux Etats-Unis, de Roosevelt à Trump, le taux d'imposition sur les bénéfices des grandes sociétés, c'est-à-dire principalement aujourd'hui les dividendes versés aux actionnaires, était de 38%. Trump a fait un big bang néolibéral en matière fiscale et il l'a baissé à 24%. Ce taux en Europe est de 19%. Nous sommes un continent qui favorise les actionnaires, y compris par rapport aux Etats-Unis d'Amérique.
Vous voulez remonter à combien ?
Eh bien, il faut le moduler entre 1 et 5% supplémentaires à l'échelle européenne parce que fondamentalement, si on veut mener cette transformation, il va falloir que ceux qui aujourd'hui gagnent le plus dans cette mondialisation destructrice, eh bien, contribuent le plus. Il ne faut pas que la transformation écologique, ça pèse sur les gens qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler. Il faut que ce soit les actionnaires qui contribuent à cette transformation. Et vous savez, ça, c'est quelque chose d'essentiel pour nous, c'est que nous, on dit une chose très simple. Tout le monde veut une Europe plus sociale et plus écologique.
Mais à un moment, si on veut une Europe plus sociale et plus écologique, il va falloir augmenter le budget de l'UE. Il va falloir qu'il y ait des ressources propres. Et oui, il va falloir un impôt européen. Il faut assumer cela, même si le mot impôt sonne impopulaire aujourd'hui.
Alexandra Ben Saïd, alors je précise juste. Dernière question, Alexandra, avant de donner la parole aux auditeurs qui sont extraordinairement nombreux, que ce soit au standard ou sur les réseaux et l'application. Vous voulez créer cet impôt européen sur les bénéfices des entreprises. Vous voulez aussi un ISF européen. Donc vous voulez créer plusieurs impôts. Que dire à ceux qui voient dans cette écologie finalement plus d'impôts, plus de normes, plus de taxes. On parle ce matin de la taxe sur le kérosène. Comment dire que c'est le prix à payer ? Comment convaincre ?
Mais déjà, il faut que ce soit socialement juste. Nous, on ne propose pas de taxer ceux qui déjà sont les victimes de la mondialisation. Il faut taxer les principaux pollueurs, c'est-à-dire les gens les plus riches dans notre société.
Le billet de l'avion, s'il y a une taxe kérosène, tout le monde fera cette taxe supplémentaire. Mais bien sûr,
le scandale qui a créé six mois de crise sociale dans notre pays et le mouvement des gilets jaunes, c'est justement on taxe les gens qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler et on ne taxe pas les billets d'avion des gens qui partent en week-end à Barcelone ou à Prague.
C'est fondamentalement injuste et nous, ce qu'on dit, c'est que justement la transformation écologique de nos sociétés, ça doit être l'occasion, l'opportunité de refonder notre société dans un sens beaucoup plus juste, de réhabiliter l'idée de redistribution, de réhabiliter l'idée de puissance publique capable de façonner sa société, capable d'inverser les structures de domination, capable de corriger les inégalités créées par le marché. Cette idée-là, elle a perdu dans les têtes parce que le néolibéralisme a gagné les dernières batailles culturelles et avec l'écologie politique, il faut réhabiliter la logique redistributive et c'est profondément le cœur même du projet social-démocrate.
Allez, on file au standard. Bonjour Guillaume. Oui, bonjour France Inter et bonjour à monsieur Bluxman. Bonjour. Je me permets juste une petite question qui m'interpelle quelque peu à savoir pourquoi réussiriez-vous et le Parti Socialiste en l'occurrence que vous représentez à peser sur une Europe sociale là où à l'époque et où un Parti Socialiste où la gauche était beaucoup plus forte, Jacques Delors a échoué et par la suite Lionel Jospin face aux politiques libérales de Tony Blair et de monsieur Schroeder. J'attends votre réponse. Merci.
Merci Guillaume. Alors pourquoi Gluxman réussirait-il là où Delors a échoué et Jospin capitulé pour le dire pour paraphraser Guillaume ?
C'est pas Gluxman seul évidemment qui va réussir, c'est qu'il y a une prise de conscience aujourd'hui en Europe.
La social-démocratie a vu la mort en face en s'alignant sur des politiques néolibérales et bien elle a perdu son âme, elle a perdu son identité et aujourd'hui le vent nouveau qui se lève qui nous vient notamment d'Espagne c'est justement un vent de rupture c'est la prise de conscience que finalement si on continue dans ces accords de libre-échange si on continue dans cette politique austéritaire si on continue dans cette idée que l'Europe est un marché et une monnaie mais n'est pas une puissance sociale n'est pas une puissance politique protectrice et bien on aboutira à la grande explosion à la grande explosion au grand effondrement écologique et à la grande explosion sociale et à la disparition de la gauche européenne et donc il y a cette prise de conscience là et il faut opérer cette bascule c'est le moment c'est précisément la question du départ c'est-à-dire que c'est parce que les temps sont tragiques que la social-démocratie va se réveiller et qu'on sort de cette fable qui a duré 30 ans une fable sur la fin de l'histoire une fable sur finalement la perte de sens de l'idée même de politique on sort d'une fable et on se réveille au monde et on voit que finalement si on continue comme ça la démocratie c'est la démocratie elle-même qui va péricliter pas simplement la social-démocratie
Yael vous ne courriez pas après et pourtant ils sont bien de retour les éléphants socialistes veulent sauver le soldat Glucksmann ils vont s'afficher dans les prochains jours avec vous Christiane Taubira à Rouen demain Bernard Cazeneuve à Lyon jeudi Martine Aubry à Lille Najat Vallaud-Belkacem ce sera dimanche avec vous en meeting il n'y a pas une contradiction là entre le renouveau la radicalité que vous prenez et le retour des éléphants mais non
on ouvre un chemin et c'est quelque chose d'absolument nécessaire que les grandes voix de la gauche soutiennent ce chemin ce chemin du renouveau moi je suis fier fier infiniment fier que Christiane Taubira qui est pour moi la grande voix humaniste française celle qui parle au coeur de la gauche et bien vienne mener campagne avec nous
un soutien de François Hollande ça vous aiderait ou ça vous plomberait je suis fier
chacun fait ce qu'il veut je suis fier et on accueille tous les soutiens vous demandez l'aide
à François Hollande ce matin
on accueille tous les soutiens et je suis fier que Bernard Cazeneuve qui est la grande voix de la social-démocratie en France nous soutienne je suis fier que Anne Hidalgo et Martine Aubry nous soutiennent et François Hollande
pourquoi vous ne répondez pas
qu'il a dit qu'il allait voter socialiste et j'en suis ravi je suis fier surtout que tous ces maires j'étais hier encore avec une nouvelle génération d'élus de terrain de maires la maire de Nantes la maire de Brest le maire de Clermont-Ferrand qui sur le terrain réinventent la gauche justement en réussissant cette alliance entre social-démocratie et écologie solidarité sociale et transformation écologique et bien ce chemin qu'on ouvre c'est le chemin de la renaissance de la gauche vous savez on ne va pas se mentir il y a une résignation il y a eu des compromissions il y a un sentiment de lassitude qui a gagné le peuple de gauche le drapeau de la gauche aujourd'hui il est à terre donc nous on savait qu'il y avait des coups à prendre que ça serait difficile mais on se baisse on reprend ce drapeau on le reprend pas
qu'est-ce que vous êtes allé j'entends Yael Gauss vous demander si vous réclamez à François Hollande son soutien si vous aimez tel ou tel qu'est-ce que vous êtes allé faire dans cette galère Raphaël Glucksmann Yael disait tout à l'heure que vous aviez un rôle de lanceur d'alerte c'est vrai vous étiez un intellectuel de la famille de gauche au sens large vous vendiez des livres là vous êtes obligé d'avaler les couleuvres et les éléphants et Dieu sait que c'est gros est-ce que vous regrettez
tout simplement mais pas une seconde je regrette mais parce que commenter le déclin de la gauche commenter la crise de la démocratie ça va un temps si on croit dans les mots qu'on prononce si on croit dans les mots qu'on écrit alors il faut tout faire pour remédier à cette crise il faut tout faire pour descendre dans l'arène et combattre pas une seconde je savais qu'il n'y avait que des coups à prendre je savais que c'était beaucoup plus facile de rester sur mon inventin
facile ou efficace
facile ou efficace de rester sur mon inventin et j'avais déjà j'aurais pu écrire la tribune au 27 mai sur la médiocrité de la gauche la gauche la plus bête du monde la gauche qui n'a pas su s'unir la gauche qui n'a pas su présenter une alternative mais ça c'est facile c'est facile et moi je ne pourrais pas dormir je ne pourrais pas dormir si je me contentais de commenter je ne pourrais pas dormir tant que la gauche est à terre notre pays a besoin de gauche l'Europe a besoin de gauche et donc tout ce que je pourrais je le ferais pour que la gauche se relève qu'elle soit enfin une alternative que les gens qui se sentent de gauche que ce soit les citoyennes et citoyens qui font des maraudes pour aider les sans-abri ou qui créent des coopératives agricoles ou qui ouvrent leurs portes aux exilés quand notre état faillit à toutes ses obligations que tous ces gens aient enfin une représentation politique puisque la politique ce n'est pas que des affaires politiciennes la politique c'est ce qui décide de notre avenir et donc il faut s'y investir toutes et tous
vous dites pas de libéralisme il faut en finir avec ce dogme et vous voulez proposer aux Européens des mesures qui améliorent leur quotidien il faut commencer par là alors je vais vous ramener au programme vous proposez de passer d'une politique agricole commune à une politique agricole et alimentaire commune concrètement qu'est-ce que ça va changer pour les agriculteurs et là je pense subvention et qu'est-ce que ça va changer pour les consommateurs et là je pense au prix à la qualité
bien sûr vous savez moi j'étais sur l'île de la Réunion la première chose à faire c'est déjà d'imposer une forme de protectionnisme aux frontières de l'Union Européenne j'étais sur l'île de la Réunion et un poulet sur les marchés un poulet élevé au Brésil élevé au Brésil conditionné en Roumanie et envoyé sur l'île de la Réunion coûte deux fois moins cher qu'un poulet élevé sur l'île de la Réunion donc déjà ça c'est une chose insupportable si on veut réformer notre agriculture si on veut réformer ce qu'on a dans notre assiette si on veut changer ce qu'on a dans notre assiette il faut une forme de protectionnisme ensuite il faut réformer la PAC ça veut dire quoi ?
ça veut dire que la subvention publique aujourd'hui entretient un système productiviste qui à la fois détruit l'environnement met de la nourriture malsaine dans nos assiettes et ne permet plus aux agriculteurs de vivre de leur travail et donc ce qu'il faut c'est arrêter de subventionner l'hectare et la production et il faut subventionner le travail l'emploi il faut assurer un revenu décent aux agriculteurs qui choisissent la transformation écologique de la production il faut permettre enfin que la subvention publique cesse d'entretenir la catastrophe une subvention publique ça doit réorienter l'économie réorienter la société dans un sens souhaitable dans un sens durable donc c'est ça la refonte de la PAC c'est prendre un système qui fonctionne sur la tête et le remettre à l'endroit
une question de Georgia l'Europe suite à vos propos sur l'Italie et la Chine et l'Europe n'a-t-elle pas obligé la Grèce à privatiser toutes ces infrastructures et à les vendre aux Chinois à commencer par le port du Piret ça réagit énormément que répondez-vous à Georgia et à tous les auditeurs qui se posent une question de ce type
qu'elle a raison que c'est l'erreur fondamentale des politiques menées jusqu'ici à l'échelle européenne qu'on a placé l'austérité budgétaire au-dessus de tout au-dessus de toute considération sociale et politique et c'est pour ça qu'il faut un rapport de force aujourd'hui clair en Europe qu'il faut un clivage que la gauche et la droite ce n'est pas la même chose qu'il ne faut pas se résigner il faut que l'Europe si elle veut survivre mène enfin des politiques sociales et écologiques et c'est exactement ce que nous proposons dans notre programme une rupture claire
Merci Raphaël Glucksmann et bonne fin de campagne européenne il y avait énormément de questions encore aux auditeurs je n'ai pas eu le temps de leur donner la parole vous voulez rajouter un mot
vite vite vite Bien sûr c'est qu'il faut voter selon son cœur il faut voter selon ses convictions il ne faut pas être otage il faut reprendre ce drapeau de la gauche qui est à terre il faut se réunir il faut se rassembler c'est l'aventure des années qui viennent c'est la grande aventure politique de la refondation de la gauche que nous lançons aujourd'hui Voilà vous l'avez dit Raphaël Glucksmann
vous pourrez continuer en meeting il reste grosso modo une dizaine de jours de campagne ces grands entretiens spéciaux se poursuivent évidemment demain Nicolas Dupont-Aignan sera notre invité le carrefour du 7-9 est à ce moment-là
Raphaël Glucksmann