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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 26 novembre 2024 25 min

Colère agricole, narcotrafic et loi immigration... le "8h30 franceinfo" de Bruno Retailleau

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Bruno Retailleau. Bonjour Jérôme Chapuis. On les entend depuis ce matin sur France Info. Les agriculteurs se mobilisent à nouveau aujourd'hui. Ils haussent le ton. Ils ont l'intention cette fois de viser des bâtiments administratifs. Est-ce que vous maintenez votre message de fermeté, tolérance zéro ?

0:17
Bruno Retailleau

Non mais le message de fermeté, je suis ministre de l'Intérieur et je ne suis pas ministre de l'Intérieur à mi-temps. Mon métier c'est de faire respecter leur République. Donc je ne peux pas faire deux poids, deux mesures. Simplement je suis un enfant de la ruralité. J'habite toujours là où je suis né, dans une petite commune de moins de 1600 habitants. Je connais beaucoup d'agriculteurs et je pense que leur cause est juste.

Voilà leur cause est juste parce que, notamment avec le Mercosur, on ne peut pas demander à nos agriculteurs d'avoir le niveau qualitatif pour notre alimentation au top mondial et en même temps importer du Brésil notamment et de l'Amérique du Sud des pratiques qu'on interdit ici en France. Ça, ça n'est pas supportable. Je me suis toujours opposé. D'ailleurs, j'étais député en 1994 aux accords de Marrakech et mes votes ont été constants, que ce soit sur le CETA ou sur le Mercosur.

1:08
Invité

Sur les actions des agriculteurs, juste encore un mot quand même parce que vous dites le droit de manifester est garanti par la Constitution, mais il est garanti ou il ne l'est pas ?

1:19
Bruno Retailleau

Mais il est garanti. Mais la violence n'est pas constitutionnelle. D'ailleurs, je voudrais, parce que vraiment, j'ai vu durant ces dernières semaines, ces derniers jours, les manifestations et pour la plupart, elles se sont bien déroulées. Donc, je voudrais remercier ceux des agriculteurs qui ont manifesté tranquillement, dans le calme. Donc, on peut manifester en France sans casser, sans blesser. Même fermeté pour tout le monde, les cheminots par exemple. Mais même fermeté, c'est exactement la question que vous me posiez. C'est-à-dire qu'est-ce qu'il faudrait avoir deux poids, deux mesures ? Est-ce que pour une profession, on devrait céder et sur d'autres professions, on devrait tenir ?

Non. L'ordre public est un tout. Et vous pensez bien que si un jour, je cédais pour une profession, pour une cause, alors plus rien ne tiendrait.

2:06
Invité

Peu de temps après votre arrivée, Place Beauvau, Bruno Retailleau, tout début octobre, vous aviez donné des consignes de fermeté au préfet pour éloigner les clandestins. Est-ce que vous avez des chiffres, des résultats déjà ?

2:16
Bruno Retailleau

Nous aurons des résultats prochainement. Je pense qu'ils seront favorables. On a des premiers résultats qui montrent que les éloignements ont augmenté significativement. C'est-à-dire ? Ces derniers jours, ces dernières semaines, nous avons reconduit par des vols groupés, des Albanais, des Géorgiens, avec Frontex. C'est Frontex qui a payé d'ailleurs ces vols de retour. Mais quand j'aurai des statistiques précises, j'en ai déjà. Elles sont bien orientées. Je suis certain qu'avec la politique de fermeté vis-à-vis notamment de l'immigration illégale, je suis certain que nous obtiendrons des résultats.

2:48
Invité

Il y a cet éternel problème des laissés-passés consulaires qui sont au cœur du rapport de Brigitte Clinker, que vous avez sans doute vu, qui détaille les raisons de l'échec de ces expulsions. 96% des annulations sont dues à ça, essentiellement pour des ressortissants de pays du Maghreb notamment, et le rapport pointe du doigt, l'Algérie, qui ne coopère quasiment plus avec la France. Ça vous surprend ?

3:10
Bruno Retailleau

Pour l'Algérie ou pour le rapport ?

3:12
Invité

Les deux. Les deux ?

3:13
Bruno Retailleau

Non, ça ne me surprend pas d'ailleurs. La politique que je fais, que je mène pour surmonter ces difficultés, c'est une politique qui consiste à signer des accords bilatéraux, pour qu'on puisse renvoyer des étrangers en situation régulière, soit dans leur pays d'origine, soit dans des pays de transit, où ils ont séjourné. Par exemple, comme le Kazakhstan, si nous voulons renvoyer, par exemple, des Afghans. Or, nous n'avons pas d'ambassade de représentation diplomatique.

3:36
Présentateur

Mais s'agissant de l'Algérie, par exemple, est-ce que vous avez été surpris par... Est-ce qu'il y a de la mauvaise volonté, de la mauvaise foi de la part des autorités algériennes sur ce dossier des laissés-passés ?

3:45
Bruno Retailleau

Les relations entre la France et l'Algérie, chacun les connaît. Bien sûr. Je me suis rendu avec le président de la République au Maroc, précisément parce qu'il y avait au Maroc un certain nombre de difficultés que nous allons surmonter. Avec l'Algérie, la relation diplomatique, elle est compliquée. Notamment en raison de la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Mais elle a été compliquée de tout temps.

4:10
Invité

Mais précisément dans ce nouveau contexte, comment vous modifiez le rapport de France sur ce sujet avec l'Algérie ?

4:15
Bruno Retailleau

Pour l'instant, les derniers chiffres n'ont pas montré d'inflexion. Mais c'est trop peu. C'est beaucoup trop peu. Aujourd'hui, je pense qu'il y a un sujet qui mérite que le reste se soit laissé de côté, c'est Boilem Sansal. Le président de la République s'en préoccupe.

4:31
Invité

Pas le gouvernement. On n'a pas entendu ni le Premier ministre.

4:34
Présentateur

Il faut rappeler quand même qui est Boilem Sansal, écrivain franco-algérien, qui a été naturalisé par le président de la République lui-même, qui est arrivé il y a quelques jours en Algérie, qui, depuis, en est sans nouvelles, et il doit être présenté très prochainement par un procureur.

4:48
Bruno Retailleau

Moi, j'ai échangé par SMS quelques jours avant qu'il ne soit arrêté. C'est un écrivain, c'est un immense écrivain, mais c'est aussi un Français. La nationalité française lui a été accordée. Et la France doit sa protection, bien sûr, à Boilem Sansal. Je fais confiance au président de la République pour déployer toute l'énergie qu'on peut lui connaître pour obtenir sa libération.

5:07
Invité

Les médias algériens disent qu'ils risquent la prison à vie.

5:11
Bruno Retailleau

Je n'en dirai pas plus. Pourquoi ? Tout simplement parce que l'efficacité commande la discrétion.

5:17
Présentateur

C'est ce qui explique le relatif silence du gouvernement ces derniers jours.

5:21
Bruno Retailleau

Mais bien sûr. Y compris le mien. Encore une fois, Boilem Sansal est quelqu'un qui m'est cher. J'ai échangé avec lui par texto quelques jours seulement avant son arrestation. Donc ce qui est important, ce n'est pas de donner de la voix. Ce qui est important, c'est d'obtenir des résultats.

5:37
Présentateur

Alors reparlons de l'immigration, de ce dossier immigration. Vous avez promis, Bruno Rotaillot, une nouvelle loi. Mais la dernière, adoptée dans la douleur il y a un peu moins d'un an, n'est toujours pas intégralement appliquée. On révélait ce matin sur France Info 8 décrets d'application sur une trentaine au total. Vous confirmez d'abord ces chiffres. Pourquoi est-ce que ça traîne ?

5:58
Bruno Retailleau

Ça traîne pour des raisons de contexte, notamment électoral à l'époque. Et aujourd'hui, je me suis engagé à ce que la totalité des décrets qui dépendent de mon ministère soient sortes et soient signés d'ici la fin de l'année. Mais les autres ?

6:11
Présentateur

On parlait du ministère du Travail, notamment.

6:13
Bruno Retailleau

Idem, parce qu'il y a des consultations, notamment sur les métiers en tension. Il faut donner du temps au temps. Mais ces décrets vont sortir. J'ajoute que cette loi va nous être, et nous est déjà, très favorable, puisque en matière d'éloignement, elle nous permet de lever des protections dont bénéficiaient des individus qui étaient sur notre sol et qui avaient commis des délits et même parfois des crimes. Voilà. Et ces protections, notamment lorsqu'il arrivait avant l'âge de 13 ans sur le territoire français, eh bien, ils étaient très protégés. Cette loi a levé ces protections. Et c'est pour nous vraiment un point énorme.

6:47
Invité

Quelle est l'utilité, Bruno Retailleau, d'une nouvelle loi, alors que l'autre n'est pas appliquée, à part, disons-le, envoyer un signal au RN ?

6:54
Bruno Retailleau

Non, moi, je veux envoyer, voyez, madame, je veux envoyer un signal aux trafiquants. Je veux envoyer un signal aux filières qui abusent de ces êtres humains.

7:04
Invité

Les immigrés et les trafiquants, ce ne sont pas tout à fait les mêmes.

7:07
Bruno Retailleau

Eh bien, c'est bien ce que je vous dis. Les trafiquants, ce sont eux qui abusent de ces pauvres êtres humains, qui sont déracinés, qui sont envoyés en Méditerranée où certains trouvent la mort, et même en Manche. On va arriver à plus de 70. C'est les filières. Et moi, je ne confonds pas les deux. Vous vous entendez que je confonde les deux ? Dites-moi.

7:23
Invité

J'entends que vous parlez de trafiquants et vous venez de préciser.

7:27
Bruno Retailleau

Bien sûr. Bien sûr, je le précise. Je le précise fermement. Et aujourd'hui, on le voit bien que pour obtenir des résultats, il faut la fermeté. Et ce que je veux, c'est que l'ensemble des États membres de l'Europe sont en train de durcir leur législation. Et moi, je ne veux pas qu'en France, il y ait des dispositifs, que ce soit pour le soin, pour le regroupement familial, pour le délit de séjour irrégulier, qui soient plus avantageux que la moyenne européenne. Parce que si nous sommes dans des positions plus attractives, alors on crée des appels d'air. Voilà. Et je vais vous dire, ces mesures de fermeté, elles sont soutenues par plus de 70%, plus de 75% des Français.

Et je vais vous dire aussi, mon dernier Conseil européen, où il y avait l'ensemble des ministres de l'Intérieur, tous se sont exprimés, les 27. Vous étiez incapables de reconnaître si un ministre de l'Intérieur appartenait à un gouvernement de droite ou de gauche. Parce que nous avons tous le même discours sur l'immigration. Tous nos peuples veulent la fermeté. Il n'y a que quelques-uns, à Paris et ailleurs, qui sont, parce qu'ils ont des moyens d'habiter les beaux quartiers, parce qu'ils ont des moyens de mettre leurs enfants dans des bonnes écoles, se protègent des conséquences de ce désordre migratoire.

8:33
Invité

On commence par appliquer la précédente, avant de déjà parler de la suivante.

8:36
Bruno Retailleau

Mais, chère madame, nous appliquons, je viens de vous le dire, la précédente, puisque, précisément, les bons chiffres que dans quelques semaines, je communiquerai en matière d'éloignement, ça nous vient aussi de cet article. À l'époque, c'était l'article 9 et l'article 10 de la loi qui nous permettaient de lever des protections en matière d'éloignement des étrangers. Je pense que ça, c'est déjà appliqué. Et nous appliquons tout ce que nous pouvons appliquer de la loi.

9:01
Invité

Oui, de l'AME, la médicale d'État, que vous vouliez réformer.

9:04
Bruno Retailleau

Est-ce que l'AME, elle doit être réformée ? Écoutez, l'AME, d'abord, le chiffre explose. On est passé, on était à 320 000 clandestins. C'est les clandestins qui bénéficient de l'aide médicale d'État. Des étrangers, situation irrégulière. Situation irrégulière. 2020, 320 000. L'an dernier, plus de 420 000. Ça explose au-dessus du milliard. 1,2 milliard, 1,3 milliard. Ce que je veux dire, c'est qu'on demande aux Français des efforts. Des remboursements des médicaments, des remboursements des visites médicales. Il y a 2 millions de Français qui ne peuvent pas se payer des complémentaires. Le sondage est faute.

9:39
Invité

Vous savez aussi qu'il y a des publics là-dessus.

9:40
Bruno Retailleau

Attendez.

9:41
Invité

Et que soigner ces gens, c'est aussi protéger l'ensemble de la population nationale.

9:46
Bruno Retailleau

Non, non. Ce que je veux, moi, ce n'est pas l'abolition de l'AME, c'est l'aide médicale d'urgence. Comme la plupart des pays européens. Pouvez-vous me dire si l'Allemagne, la Suède, l'Espagne et d'autres pays sont en situation de santé publique moins bonne que la France ? Non. Ce que moi je veux, là encore, c'est faire en sorte qu'on limite les excès. On limite les excès. Et là encore, je pense, d'ailleurs, le rapport de M. Stéphadini et M. Évin avaient très bien décrit cette situation dans laquelle l'AME enquistait, en réalité, maintenait en situation de clandestinité ses étrangers en situation irrégulière. Je pense qu'on va demander des efforts aux Français.

Moi, je veux demander des efforts à ceux qui ont violé la loi, qui ont violé nos frontières.

10:31
Présentateur

Quand verra-t-elle le jour ?

10:33
Bruno Retailleau

Écoutez, j'espère qu'il y a dans quelques semaines, dans quelques jours, d'ailleurs, l'examen du projet de loi de finances. pour 2025. Et j'espère que des amendements seront apportés pour modifier les règles de l'AME.

10:46
Présentateur

Vous aurez une majorité pour ça ?

10:48
Bruno Retailleau

Écoutez, en tout cas, pour ce qui concerne le PLF, pour l'instant, il est au Sénat, puisqu'il n'y a pas de majorité. Vous n'avez qu'à l'Assemblée la première partie.

10:57
Présentateur

On vous pose la question parce qu'en fonction des ministres qu'on reçoit ici, au sein même du gouvernement, tout le monde n'a pas la même position que vous.

11:03
Bruno Retailleau

Écoutez, moi, j'ai en charge un périmètre. Je pense que si demain, si on écoute les Français, si on est démocrate, on écoute les Français, une énorme majorité de Français. Ce qui est notable, c'est que désormais, une majorité des Français qui votent à gauche veulent justement la fermeté en matière de politique migratoire. C'est ce que je veux aussi. Et Michel Barnier est, là encore, il l'a dit dans sa déclaration de politique générale, il est dans cette direction de la fermeté.

11:32
Présentateur

Bruno Rotaillot est avec nous jusqu'à 9h sur France Info. On va laisser passer le fil Info. Il est 8h44, Maureen Suignard.

11:40
Invité

Casser, brûler, menacer, ça n'est pas une solution, soutient Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA. Le principal syndicat agricole appelle à la mobilisation aujourd'hui contre les normes, la cause des agriculteurs est juste, affirme sur France Info Bruno Rotaillot, le ministre de l'Intérieur qui s'oppose aussi au traité commercial entre les pays du Mercosur et l'Union Européenne, mais affirme qu'il fera preuve de fermeté en cas de dégradation. France Info vous avait révélé cette affaire il y a deux ans. Voici l'heure du procès après la séquestration de Paul Pogba. Six proches du footballeur sont jugés principalement pour extorsion, séquestration et association de malfaiteurs.

Un cessez-le-feu est-il proche entre Israël et le Hezbollah ? Le Conseil de sécurité israélien se réunit aujourd'hui pour approuver un accord. La présidence française affirme que les discussions ont avancé significativement et appelle les deux parties à se saisir au plus vite de cette opportunité. Ils n'ont pas perdu un match depuis le début de la compétition. Le stade brestois, le petit poussé de la Ligue des Champions, va jouer à 21h contre le FC Barcelone. Le PSG joue aussi, mais dans une situation beaucoup moins bonne. Il risque l'élimination et affronte donc le Bayern Munich ce soir.

12:52
Locuteur non identifié

Et ce matin, Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur.

12:59
Invité

Bruno Retailleau, les portables en prison. Vous avez peut-être entendu le choix de France Info signé Gaëlle Joly. Ce matin, l'an dernier, l'administration pénitentiaire en a confisqué 53 000 pour un total de 79 000 détenus. Officiellement, la chasse est lancée, mais hors micro, les directeurs de prison vous disent qu'ils laissent faire pour acheter la paix sociale, que certains détenus craquent sinon et que ça arrange finalement les policiers qui mettent certains détenus sur écoute. Qu'est-ce que vous comptez faire pour ça ?

13:25
Bruno Retailleau

La pénitentiaire, ça ne relève pas du ministère du périmètre de mon ministère. C'est mon collègue Didier Migaud pour le ministère de la Justice, mais de ce point de vue-là, nous sommes alignés.

13:34
Invité

Il y a une question de sécurité qui fait que le sujet vous revient également.

13:37
Bruno Retailleau

Absolument, de profondément choquant. Regardez Amra, le dénommé Amra dont on sait qu'il s'est échappé dans les conditions que vous savez en tuant et on s'est aperçu que depuis la prison, il commanditait des délits, etc. J'ai eu un certain nombre de preuves que l'un des dirigeants de la DZ Mafia qui est emprisonnier a commandité des dizaines de délits et de crimes depuis sa prison. Ça c'est intolérable. Je sais que Didier Migaud veut y mettre fin, notamment avec des quartiers de très haute sécurité où on pourrait emprisonner ces individus les plus dangereux pour faire en sorte qu'il y ait un brouillage.

C'est incroyable qu'aujourd'hui on puisse communiquer en prison et surtout que depuis la prison, on puisse commanditer des crimes.

14:22
Présentateur

Il y a une doctrine, il suit ce sujet, Bruno Rotaillot, il y a une doctrine parce qu'on a entendu ce matin qu'il y a d'un côté des détenus dangereux qui peuvent faire du trafic ou voire commanditer des crimes et puis de l'autre il y a aussi des détenus qui disent sans ça je craque pour qui le portable est simplement un passe-temps.

14:43
Bruno Retailleau

Écoutez, il y a eu un temps où les prisonniers de France n'avaient pas de portable. Puisque le portable n'existait pas. La prison, c'est la prison. On est en prison parce qu'on a commis des délits ou des crimes. Point final, c'est l'enfermement. Et moi je trouve absolument stupéfiant, stupéfiant, que des individus, mais très dangereux, commanditent des crimes depuis leur prison et qu'ils pourrissent même des territoires. Il suffit que la prison soit dans une ville pour que cette ville soit contaminée en matière, par exemple, de narcotrafic. Et donc on fait quoi ?

L'idée de mon collègue Didier Migaud, et je l'appuie, est de faire des quartiers de très haute sécurité où on pourrait isoler notamment ces individus les plus dangereux et les couper de tous contacts.

15:23
Invité

Mais manifestement, c'est plus de la moitié des indies détenus en fait qui sont concernés. Donc ce n'est pas quelques quartiers de sécurité.

15:28
Bruno Retailleau

Bien sûr. Commençons en tout cas, pour ce qui me concerne, moi, ministre de l'Intérieur, et du combat extrêmement important que j'entends mener contre la criminalité organisée et le narcotrafic, je pense qu'il faut commencer par le haut du spectre. Parce que c'est le haut du spectre qui est le plus dangereux.

15:44
Présentateur

Ça veut dire qu'on se concentre, comme vous dites, sur le haut du spectre avec des quartiers ultra sécurisés et donc qu'on le tolère pour les autres quartiers ?

15:50
Bruno Retailleau

Ah, moi je ne tolère rien du tout. Non, non, non, mais attendez, vous m'interrogez, vous vous interrogez, ministre de l'Intérieur, je suis sûr que vous aurez à cœur d'inviter Didier Migaud. Pour ce qui me concerne, moi, non, ce serait zéro téléphone pour tout le monde.

16:01
Présentateur

Autre information ce matin sur France Info du service Police Justice à Marseille. La saturation du trafic de cannabis entraîne une diversification des produits avec des effets toujours plus puissants. Et cette note confidentielle du renseignement territorial et de l'office anti-stupéfiant, l'OFAST, que s'est procuré France Info, évoque des concentrés de cannabis congelés juste après leur récolte, le tout vendu sur les réseaux sociaux, pour des cigarettes électroniques notamment. Est-ce que vous confirmez avoir eu cette information ?

16:32
Bruno Retailleau

J'étais à Marseille et j'ai discuté notamment avec les enquêteurs de l'OFAST. Et je vous confirme que la situation est dramatique. Et elle est dramatique, c'est la raison pour laquelle je veux faire du combat contre le narcotrafic, contre ces drogues qui entraînent des meurtres. Vous vous rendez compte, cet enfant de 5 ans, 2 balles dans la tête, ces jeunes qui sont tués, ces jeunes qui tuent de plus en plus jeunes, qui sont tués de plus en plus jeunes. Déjà, la commission d'enquête du Sénat avait parlé d'une épouvantable vague de submersion. Aujourd'hui, la drogue la plus dure, elle est disponible partout, tout le temps.

Partout, en ville, en campagne, tout le temps, y compris, vous l'avez indiqué, par des livraisons à domicile, ce qu'on appelle le Uber-Sheet. Il faut réagir, il faut réagir comme on a réagi avec le terrorisme. Je prends souvent ce parallélisme, cette comparaison. On a réagi il y a 10 ans. On a créé, par exemple, un parquet national antiterroriste. On a créé une chaîne pénale spécialisée. On a eu recours à des techniques d'investigation, des techniques de renseignement, d'enquête très sophistiquées. Et on a refondé un arsenal législatif. Moi, ce que je veux pour la France, parce que ça menace, la drogue menace jusqu'à nos institutions, jusqu'à l'équilibre fondamental de notre nation.

Et je pense vraiment que ce qu'on a fait pour le terrorisme, il faut désormais le faire contre le narcotrafic.

17:51
Invité

Où en est la campagne de sensibilisation des consommateurs dont vous aviez parlé quand vous étiez allé à...

17:55
Bruno Retailleau

J'ai un arbitrage à rendre d'ici quelques jours entre trois scénarii qu'une agence nous a proposés.

18:04
Invité

Donc c'est éminent, c'est relativement...

18:06
Bruno Retailleau

C'est éminent. Donc il y a le choix d'abord du type de campagne. Ensuite, il y a la production. Et enfin, j'espère bien que d'ici la fin du mois de janvier, nous serons capables de la diffuser, notamment sur les écrans de télévision.

18:19
Présentateur

Et ça ciblera spécifiquement les consommateurs. Parce que vous avez entendu, vous êtes très dur à l'égard des consommateurs.

18:24
Bruno Retailleau

Je suis dur... Écoutez, j'ai les informations. Vous me donnez une information, mais vous n'imaginez pas les informations dramatiques que j'ai. Cet effroyable rajeunissement de ceux qui sont tués et de ceux qui tuent. Ces familles... J'ai rencontré à Marseille. Ces mamans qui ont perdu leur fils. Cette mère, cette femme qui a perdu son mari dans des conditions abominables. Moi, je veux faire quelque chose.

18:46
Présentateur

Donc cette campagne soulignera ça ?

18:47
Bruno Retailleau

Je dis aux consommateurs, il n'y a pas d'offre s'il n'y a pas de demande. Et un joint, un rail de côte, il a le goût des larmes, il a le goût du sang. Je veux responsabiliser les consommateurs. C'est mon devoir.

18:58
Invité

Bruno Taillot, vous avez vivement réagi ce week-end à la proposition de loi des insoumis de supprimer le texte de 2014 qui punit l'apologie du terrorisme de 5 à 7 ans de prison pour la faire revenir dans la loi sur la liberté de la presse. Sur le fond, quand même. Est-ce qu'il n'y a pas un sujet avec cette loi ? Même le Comité des droits de l'homme de l'ONU conseillait, il y a quelques semaines, à la France de réviser ce texte pour qu'il ne puisse pas être invoqué de façon abusive, je finis de citer, pour indûment restreindre la liberté d'expression d'autrui.

19:27
Bruno Retailleau

Le Comité des droits de l'homme de l'ONU, est-ce que ce n'est pas ce comité qui avait condamné la France ?

19:34
Invité

Alors on pourrait citer Marc Trévinic, ancien juge antiterroriste,

19:37
Bruno Retailleau

qui était pour à l'époque, qui est contre vous. Pour avoir, je crois, condamné la France pour avoir voté cette loi contre le port de la burqa. C'est une proposition de la honte. On vient de commémorer le neuvième anniversaire de l'attentat, du massacre du Bataclan. Et la proposition de loi de LFI, que fait-elle ? Elle dépénalise le crime d'apologie du terrorisme. C'est faux, elle ne l'implémente pas dans la loi qui concerne la liberté de la fraise de 1880. C'est faux. Ce qui restera dans la loi sur la presse, ce sera la condamnation d'apologie pour les crimes, les crimes de guerre, et crimes contre l'humanité. Mais il n'est pas question de crimes d'apologie. Vous le remarquerez.

20:28
Présentateur

Mais si on met de côté la proposition de loi LFI, et si on discute posément de cette loi, qui date de 2014, si on écoute des voix comme celle du juge antiterroriste Marc Trévinic, si on écoute, par exemple, aussi Olivier Faure, qui est d'accord avec vous sur la proposition de loi LFI, il s'en désolidarise.

En revanche, ces personnes disent que cette loi de 2014, elle est peut-être allée trop loin, parce qu'en quelque sorte, à gros trait, elle met dans le même panier des personnes qui font l'apologie du terrorisme, et qui font de la propagande terroriste, et de l'autre, des personnes qui s'expriment, qui ont des propos peut-être moralement condamnables, mais qu'on met dans le même sac que les terroristes. Voilà. La violence,

21:12
Bruno Retailleau

elle est toujours précédée d'une pensée et par les mots. Ceux qui ont été condamnés, c'est parce qu'ils avaient franchi la ligne rouge. Il y a une énorme différence entre la loi de 1981 et la pénalisation de l'apologie pour le crime contre les terroristes. C'est la loi sur la liberté de la presse. C'est le délai de pré-excription. Trois mois dans un cas, six mois dans l'autre. Il n'y a pas photo. En réalité, on voit bien ce que cherche à faire LFI. Il est tout à sa propagande électoraliste, clientéliste.

On le voit bien parce que le terrorisme qui a frappé et qui frappe toujours en France, une petite dizaine d'adentats, ont été déjoués sur toute cette année 2024 par nos services que je veux saluer. Mais ce terrorisme, il a un nom. C'est le terrorisme islamiste. Je veux le rappeler. Donc, c'est bien une proposition de loi de la honte. C'est une sorte d'insulte vis-à-vis de ceux et de celles qui sont morts, qui sont tombés, justement, sous les coups du terrorisme islamiste.

22:11
Présentateur

Il est beaucoup question ces jours-ci. Autre sujet, Bruno Retailleau, des rodéos urbains, un drame à Bassins ces derniers jours, un autre dans les côtes d'Armor avec l'IGGN, d'ailleurs, qui est saisi, l'inspection de la Gendarmerie nationale après une course-poursuite avec une moto conduite par un jeune de 15 ans qui a trouvé la mort. Que comptez-vous faire depuis le temps qu'on entend parler de ce sujet pour limiter ces risques qui ont parfois aussi des conséquences au-delà des drames, des conséquences sur la vie quotidienne des Français ?

22:42
Bruno Retailleau

Bien sûr. J'ai demandé aussi bien au directeur général de la Gendarmerie nationale qu'à son collègue, le directeur général de la police nationale, de réexaminer notre doctrine vis-à-vis des rodéos. Pourquoi ? Parce que vous avez des départements où, en règle générale, les instructions qui sont données à nos gendarmes et notamment à nos policiers, c'est de ne pas poursuivre. Et puis d'autres, c'est l'inverse. Donc il faut vraiment qu'on ait une doctrine qui soit la plus nette possible, la plus claire possible. Ça empoisonne, bien entendu, l'avis de nos propres concitoyens. Mais ce que je veux, c'est remettre à plat cette question-là. Il faudra quelques semaines.

Nous avons nommé, j'ai nommé, nous avons nommé en conseil ministre les deux directeurs généraux de la police nationale et de la Gendarmerie nationale. Il faut leur laisser quand même quelques semaines pour rendre cette copie.

23:29
Invité

Bruno Taillot, est-ce que vous serez encore ministre à Noël ?

23:32
Présentateur

Écoutez, vous êtes la mère Noël, peut-être, vous allez me le dire. Non, on ne fait pas de pronostics, mais est-ce que vous êtes comme Michel Barnier ? Ça vous motive de vous dire que vous serez peut-être plus ministre demain ?

23:44
Bruno Retailleau

Non, moi ce qui me motive, c'est la mission que j'ai d'assurer l'ordre public. Et je vis, c'est vrai, avec ce sentiment d'urgence, mais ce sentiment d'urgence, il ne tient pas au calendrier. Je sais que le temps peut me manquer. Le sentiment d'urgence, c'est l'état de la sécurité et de l'insécurité en France. C'est ça qui me motive. Et je fais le maximum, et c'est la raison pour laquelle j'ai offert plusieurs fronts. Le front de l'insécurité, le front du narcotrafic, le front, là encore, de l'immigration et d'autres fronts encore, parce que je pense qu'il faut répondre très vite à l'attente de nos compatriotes.

24:15
Invité

On continuera d'en parler évidemment dans les prochains jours de la motion de censure. Juste un mot sur Anne Hidalgo qui annonce qu'elle n'est pas candidate à la mairie de Paris. Rachida Dettisra, la candidate des Républicains ?

24:24
Bruno Retailleau

Écoutez, c'est trop tôt. C'est trop tôt. On vient d'apprendre ce matin cette confirmation qu'Anne Hidalgo ne renouvellerait pas en tout cas un troisième mandat. Elle a désigné un possible successeur. Pour l'instant, tout ça est trop trop rapide et bientôt pour que je puisse prendre position, moi, ma famille politique. Ce que simplement je veux dire...

24:43
Invité

Vous le souhaitez ?

24:44
Bruno Retailleau

Non, ce que simplement je veux dire, c'est que moi je suis à mon poste, dans les responsabilités qui sont les miennes. Croyez-moi, la tâche est lourde pour que ça m'évite de parler d'autres choses, notamment sur le plan politique.

24:56
Présentateur

Merci, Renaud Rotaillot, ministre de l'Intérieur. Vous étiez l'invité de France Info ce matin. On va se retrouver dans quelques minutes avec Renaud Delis pour les informer. A tout de suite.