L'alliance de Ciotti avec le RN : vers un éclatement des Républicains ? - Aurélien Pradié est l'invité des 4V du 12 juin 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bonjour et bienvenue dans Les 4V, Aurélien Pradié. Bonjour Thomas Soto. Est-ce que c'est aux représentants de LR ou à l'allié du Rassemblement National que je m'adresse ce matin ?
Il y a une chose que j'ai toujours admirée dans la vie comme dans la vie politique, Thomas Soto, c'est le courage, c'est la fidélité et c'est la droiture. Il y a une chose que je déteste par-dessus tout dans la vie comme dans la vie politique. C'est la lâcheté, la compromission et c'est la trahison. Je ne trahirai jamais. Éric Ciotti, vous avez devant vous un homme libre, comme tous les députés et les républicains qui sont restés droits dans leurs bottes et qui demain vont revenir devant leurs électeurs. La politique, ce n'est pas qu'une affaire de tactique, de petits calculs pour sauver sa peau. La politique, c'est une question de code d'honneur.
Et je vais vous dire les choses comme je les pense. J'ai eu envie de vomir. J'ai eu envie de vomir quand j'ai entendu le chef de ma famille politique, de la famille politique des gaullistes, aller se vendre au Rassemblement National. Moi, Thomas Soto, je ne me vendrai à personne. Et je ne suis ni le péniste, je ne le serai jamais, ni mélenchoniste, ni macroniste. Il y a un espace dans cette vie politique. Nous ne pouvons pas laisser les Français étouffés. Dès demain, je reviendrai dans le lot. Je dirai aux lotois que je resterai l'homme fidèle et droit que j'ai toujours été. Et je dis à mes collègues députés, les Républicains, qui vont rester dans ce chemin de droiture. Soyez fiers.
Qui va partir ? Quelle est l'ampleur de la division ?
Une extrême majorité.
Qui va rester ou qui va partir ?
Qui va rester. Vous mesurez le choc que ça a été pour nous. Moi, je ne partirai pas des Républicains. Parce que dans la famille gaulliste, les traîtres, ce sont eux qui partent. Et ce sont les résistants qui restent. Éric Ciotti est un traître ? Évidemment. Rendez-vous compte, tout de même, des choses, pendant des semaines, après la réforme des retraites, cet individu s'est roulé par terre pour devenir ministre d'Emmanuel Macron. Et aujourd'hui, il se roule par terre pour devenir ministre de Marine Le Pen. Mais enfin, qu'est-ce que c'est que cette vie politique ?
Et je vous le dis avec une sincère colère, comment voulez-vous demain que nous rebâtissions ce champ de ruines qu'est notre démocratie, si nous ne sommes pas capables, les uns les autres, de droite comme de gauche, de tenir un cap, pactiser en permanence, c'est insupportable ?
En attendant, c'est lui qui sient le parti pour la campagne des législatives. Est-ce qu'il va sortir dans les jours qui viennent ? Est-ce que vous avez la possibilité, puisque c'est votre envie, de faire sortir Éric Ciotti des Républicains avant les législatives ? Est-ce que les statuts du parti le permettent ? Mais il n'est plus, à l'instant où il a pris cette décision folle, le chef du parti gaulliste. Effectuellement, il est encore. Statutairement, il est encore.
S'il le faut, Thomas Soto, nous le sortirons du bureau qui est le bureau des héritiers du général de Gaulle. C'est impossible. C'est une question d'heure. Moi, je ne partirai pas de cette famille politique parce que je n'abandonnerai pas la famille des Républicains.
Vous souhaitez lui empêcher l'accès au bâtiment ?
Il partira. Il y aura dès cet après-midi une décision du bureau politique. Eh bien, peu importe. Si cet individu n'est pas capable de garder le peu d'honneur qui lui reste, alors nous, nous allons prendre les décisions qu'il faut. Et je vous le dis. Quitte à l'empêcher d'accéder à son bureau. Peu importe. Dans tous les cas de figure, il n'est plus notre chef. Il ne le sera plus demain. Et je dis à tous les Français qui nous écoutent et qui nous regardent, qui doivent être estomaqués par ce paysage, qui d'ailleurs, quelle que soit leur conviction politique, peut-être même ceux qui ont voté Rassemblement National aux Européennes, ne s'y retrouvent plus.
Je leur dis que vous allez voter pour ces girouettes ? Vous allez voter pour cette grande tambouille ? Il faut aujourd'hui lancer un appel. Il y a une relève à droite. Il y a une nouvelle génération. Moi, je tiendrai le drapeau. Avec tous mes amis.
Vous parlez des électeurs qui ont voté pour vous 7 et quelques pourcents aux Européennes dimanche dernier. Est-ce que vous leur présentez vos excuses au nom du parti ce matin ? Parce que quand on a voté pour François-Xavier Bellamy, on ne savait pas qu'on votait pour Jordan Bardella.
C'est une trahison. Évidemment que la souffrance que je peux avoir, et je la partage avec vous, c'est parce que j'ai vécu la même trahison. Mais moi, je ne vais pas rester statique face à la trahison. Et c'est pour ça que je lance cet appel-là. Je dis à Jordan Bardella, à Gabriel Attal, à Mathilde Panot, vous n'êtes pas seul. Il va y avoir en face de vous, dans les années qui viennent, la nouvelle génération à droite. Il va y avoir des femmes et des hommes qui sont gaullistes. Là, pour l'instant, il y a un champ de ruines chez LR. Oui. Mais il faudra le temps nécessaire pour le rebâtir. Moi, je vais vous dire les choses. Vous voulez prendre la tête du parti ? Ça vous intéresse ou pas ?
Ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui. Et vraiment, je le dis à tous ceux qui ont des petites initiatives personnelles pour récupérer ce qu'il reste du cadavre de la droite gaulliste, ce n'est certainement pas le moment. Ce que je peux simplement vous dire, c'est que moi, je suis là et je vais l'être longtemps avec tous ceux qui vont tenir le drapeau. Et je le dis aux Français qui ne se retrouvent pas dans cette tambouille, qui ont envie d'une droite gaulliste et peut-être d'une gauche qui ne se vante pas à la France insoumise, à Jean-Luc Mélenchon. Nous allons reconstruire. Nous sommes là et nous allons y rester. Ça prendra le temps nécessaire.
Vous allez reconstruire avec la droite gaulliste de LR et peut-être une partie de la gauche, la gauche non-mélenchoniste ?
Avec tous ceux qui sont gaullistes. C'est le projet initial de Macron, ça. Tous ceux qui reviendront à l'Assemblée nationale et qui seront gaullistes. Et moi, je ne suis pas macroniste. Je ne l'ai jamais été. J'ai d'ailleurs voté une motion de censure contre Emmanuel Macron quand M. Ciotti avait refusé le dévoter. Je vais vous dire une chose simple à laquelle je crois profondément. La situation actuelle est aussi de la responsabilité du président de la République, peut-être même de sa première responsabilité. Il a été le premier à effacer tous les repères dans cette vie politique.
Quand la vie politique est une foire où on peut se vendre, se faire acheter, alors il ne faut pas être étonné d'arriver à la perte de repères dans laquelle nous sommes. Je veux rétablir des repères dans cette vie politique.
Et en même temps, Aurélien Pradié, est-ce que vous ne pensez pas qu'il représente quand même une partie de votre électorat ? Éric Ciotti n'a jamais caché qu'il était d'une droite qui n'était pas molle. Il s'en est même vanté. Il l'a assumé, y compris dans la campagne qui l'a menée à la présidence de LR. C'est une plaisanterie.
La réforme des retraites. Éric Ciotti m'a démis de mes fonctions de vice-président. Et c'est d'ailleurs ma plus grande fierté. Parce que j'étais défavorable à la réforme des retraites portée par Emmanuel Macron. Il voulait aller jusqu'à 65 ans. Qu'est-ce qu'il va raconter à Marine Le Pen et à Jordan Bardella qui veulent la retraite à 60 ans ?
62.
Ou 62. C'est à peu près la même chose. Qu'est-ce qu'il va raconter à Marine Le Pen et à Jordan Bardella qui ne veulent pas réformer, notamment le système d'assurance chômage, là où lui voulait être extrêmement dur avec ceux qui n'étaient pas en activité ?
Quel feu ? C'est pour sauver les députés LR.
Mais on ne sauve pas les députés en se vendant aux plus offrants. Les choses sont claires. Dans cette affaire, la France a disparu. Qu'allons-nous hériter ensuite, après ce débat ? De quoi allons-nous hériter ? Tout cela, ce n'est pas fait pour sauver la France. C'est fait pour sauver leur peau. Et moi, je préfère perdre dans l'honneur, je le dis comme je le pense, que de me déshonorer. Je me battrai pour les idées auxquelles je crois. Mais du coup, il y aurait l'étiquette... Par exemple, vous êtes candidat. Il y aurait l'étiquette LR ?
Il y aurait le slogan...
Tant qu'Éric Ciotti est président des Républicains, il n'y aura pas d'étiquette LR pour les candidats qui vont s'engager. Mais je vous le dis, c'est une question d'heure. Cet individu ne restera pas dans le bureau héritier du général de Gaulle parce que la trahison, ça se paye en politique.
Je vous écoute et je vous trouve assez proche dans votre discours de ce que disait Edouard Philippe, ancien Premier ministre et ancien membre de votre famille politique, ancien LR, qui a appelé hier à une grande coalition du PS jusqu'aux Républicains. Est-ce que ce n'est pas là la seule arme efficace pour empêcher le RN d'entrer à Matignon ?
Si Edouard Philippe veut reconstruire, il faut qu'il descende dans l'arène. Il y a des élections législatives. Où sont tous ceux qui nous donnent des leçons ? Où est Jordan Bardella ? Où est M. Philippe ? Où sont quelques autres ? S'ils veulent reconstruire, qu'ils soient candidats aux élections législatives. Nous, nous allons mener la bataille. Et elle sera difficile. Et moi, quand je vais revenir dès ce soir dans le lot pour dire aux électeurs de tous bords, faites-moi confiance, continuez avec cette représentation...
A qui on parle ? Qu'est-ce que vous représentez ? Quel est votre programme ?
Eh bien, ils savent à qui ils parlent. A celui qu'ils ont accompagné depuis des années. La politique, c'est aussi ça. Ils savent peut-être qu'il y a aussi des candidats sincères et d'autres qui ne le sont pas. Mais pour répondre mieux à votre question, demain à l'Assemblée nationale, il faudra rebâtir. Je ne suis pas macroniste et je vous le dis, je n'ai pas vocation à l'être. Une fois les élections législatives, une fois que les Français auront choisi, nous devons travailler tous dans l'intérêt du pays
et c'est ce que je ferai. En 2011, pour définir Éric Ciotti en un mot, en un seul mot, Marine Le Pen avait employé le terme naïveté. Et vous, pour définir Éric Ciotti aujourd'hui ? Supplétif.
Il est devenu le supplétif du Rassemblement national. Quel destin misérable. Et pour définir Marine Le Pen en un mot ? Une tromperie. Je ne suis pas sûr que Marine Le Pen ait envie de défendre quelque Français que ce soit. Mais ça, c'est à moi de mener cette bataille avec tous ceux qui le voudront, de respecter les Français qui, y compris, ont voté Rassemblement national et de leur dire demain, c'est à cette droite courageuse qu'il vous fera confiance, pas aux trompeurs qui, aujourd'hui, vous amènent dans le mur.
J'ai une dernière question. Emmanuel Macron va tenir une conférence de presse en fin de matinée. Ce sera à 11h à suivre en direct sur France 2, d'ailleurs. Quelle question vous aimeriez lui poser au chef de l'État ?
Quand allez-vous grandir ? On ne joue pas avec la France. Dimanche, le président de la République a joué avec la France. Comme depuis plusieurs mois, depuis plusieurs années. Ce n'est pas être à la hauteur de la présidence de la République.
Merci beaucoup Aurélien Pradier d'être venu dans les 4V. Bonne journée à vous. C'était les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Aurélien Pradié