"Je suis angoissé pour les campagnes" : Paul Melun sur la France oubliée
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
J'écris cela en étant angoissé. Pour l'avenir des campagnes. Je suis très inquiet.
Je veux dire, quand je vois les villages, moi le village où je où je vis quand je quand je ne suis pas à Paris pour le travail, on essaie de maintenir vaille que vaille l'épicerie. Je salue d'ailleurs celle qui tient le marché Annie. On essaie de sauver la boulangerie, le coiffeur mais en fait à mesure avant il y avait une pharmacie.
Avant il y avait 11 11 troqués dans un village de 1500 habitants. Aujourd'hui, il y en a un qui fait aussi épicerie, poste, crédit agricole et cetera et journaux. Enfin, je veux dire, on n'imagine pas le désespoir de ces communes.
Mais qu'est-ce qu'il y a Jackie ? Il a que tu per les tétons. Maman, on rentre sur Melin.
Les vacances sont finies. On a tous loup. Petit clin d'œil, Claude Brasser.
Claude Brasseur effectivement dans le camping, on rentre sur Melin. C'est Paul Melin qui est avec nous aujourd'hui, l'éditorialiste, auteur de Plug Story aux éditions Fire. Bonjour Paul Melin.
Bonjour et merci de me recevoir. Paul Melin, c'est un roman Plug Story mais enfin on a l'impression que c'est vous le plou de Plug Story. Vous qui avez grandi dans les deux sèves qui êtes monté à Paris comme on dit à la capitale.
Vous en avez marre finalement qu'on qu'on moque cette France parfois appelée la France des oubliées ? Bah c'est de là que par le livre. C'est-à-dire que j'ai toujours eu horreur, une sainte horreur du mépris social et je trouve que euh tout ce qui dépasse le périphérique dans ce pays a tendance à être méprisé, que ce soit la banlieu, la banlieu proche, que ce soit les provinces, que ce soit la diagonale du vide, il y a même des magazines Téléama pour ne pas le citer qui ont appelé ça la France Moche, la France des ronds-points, la France des centres commerciaux.
Or moi dans le bouquin, il y a même un passage où je fais une espèce de réhabilitation d'éloge du centre commercial. Parce que moi, parle quand j'étais petit, j'ai eu des moments de poésie dans un centre commercial avec mes parents où on prenait un truc au drive, on allait au jeu, on passait un bon moment. Donc je pense qu'on peut voir de la poésie dans plein d'endroits et pas seulement dans les villages de cartes postales ou dans les beaux quartiers des grandes villes.
Surtout quand on arrive dans le monde des médias qui est plus Ah oui bah ça c'est intéressant parce que c'est un peu le cas de mon personnage qui lui c'est c'est pas vraiment les médias, lui il rêve de devenir influenceur. C'est la mode aujourd'hui. Quand on c'est le nouveau Rastignac rêve devenir influenceur.
Rastignac 2.0 c'estd qu'au 19e siècle il aurait certainement voulu aller à la capitale pour devenir une plume, un journaliste, un critique littéraire, un écrivain. Aujourd'hui, plus grand monde a envie de faire ça, à part quelques-uns.
Mais en tout cas, lui, ce qu'il se dit, c'est je vais devenir influenceur. C'est trop facile de devenir influenceur. Je peux gagner des million.
Je peux aller à Dubaï, je peux avoir un bateau, un Riva et aller en Italie avec une fille splendide et cetera. Or, ça va être ses ambitions. Voilà.
Et et beaucoup de gens sont dans cette dynamique de dire "Je vais monter à Paris, je vais essayer de quitter ma province." Et lui, c'est toute cette histoire. C'est comme la chanson d'Aznavour quoi.
C'est j'ai à 18 ans, j'ai quitté ma province. Bien décidé, empoign. J'adore les romans de transfuge de classe, je trouve ça passionnant les romans d'apprentissage et donc j'ai voulu en faire un mais un peu moderne à l'air du du numérique et de et du monde des influenceurs je trouve passionnant par ailleurs.
Joël, non, c'est euh vraiment un très très beau roman et euh comme vous, j'adore les romans de transfuge de classe ou même peut-être des essais sociologique déjà parce que je suis une transfuge de classe et euh je vous disais justement avant que ça commence, j'ai dit je me suis beaucoup reconnu alors que en fait quand vous vivez en banlieu on vous appelle pas des ploues. En général, c'est plutôt les gens de province ou dans la ruralité mais quelque part c'est le même méfri social en fait que vous vivez mais aussi les mêmes conditions. J'allais dire la transformation un peu à la serpe, c'està-dire c'est c'est très dur en fait d'arriver dans un milieu pour lequel vous étiez c'est pas destiné.
Je l'ai oui, je l'ai je l'ai énormément grandi dans en ayant grandi dans une banlieue complètement d'autant plus que moi je bah j'ai commencé les grandes goles c'était assez tard j'avais 30 37 ans donc il y a 10 ans déjà oui déjà oui donc voilà et moi ma question en fait que que j'ai pour vous elle est vraiment pour vous personnellement c'est de savoir donc quand vous repartez dans dans les deux séèvres qui est-ce que vous êtes êtes Paul Melin des plateaux qui a fait des écoles d'élite et cetera où est-ce que vous redevenez vous avez réussi vous réussissez à switcher complètement et vous redevenez un fils de paysan ou voilà comment est-ce que voilà quelle identité vous où que je sois j'essaie d'être le même et quand je suis chez moi à la campagne dans ma maison, j'ai un grand jardin là par exemple il y a 3 jours avant de faire mes émissions du weekend j'étais avec mon père, on a passé la débroussailleuse parce que là c'est la période donc l'herbe était très très haute. On a passé d'abord la lame, après le rotophile et on a terminé avec le tracteur tondeuse pour que ce soit bien propre. Bah voyez, c'est j'aime bien faire ça et ça n'enlève rien au fait qu'à côté je vais aller écrire un bouquin.
Mais quel est le regard qu'on porte sur vous lorsque vous rentrez ? Je pense qu'on porte un regard euh plutôt sympathique, plutôt bienveillant. Vous savez, il y a pas de On vous appelle le parisien ?
Non mais non pas du tout. Il a une voiture avec vide teintée de toute façon. Donc les gens le pas puis il en sort pour faire ses courses.
Il a des lunettes de soleil. Voilà. Oui, quand j'arrive aux superruces, j'arrive avec Charles Consigni qui me conduit dans la voiture.
Oui, oui. Ne confondez pas mes séjours Charles avec les vôtres en Jura dans les deux sères dans la boule. On peut on peut pas l'aborder.
Charles Consigni, c'est enfin bref, je viendrai à vous après. Non mais non, je je ressens aucun aucun mépris pour le coup euh contre contre moi. Mais c'est très intéressant ce que vous disiez aussi sur les banlieux.
J'aurais pu se faire ce livre sur les banlieux en fin de compte et les mêmes causes produisant les mêmes effets. Ça crée des ruptures, des défiances, un discours antiélite. Alors dans les banlieux, il est repris par la France insoumise et par Mélenchon.
Dans les campagnes, c'est le Rassemblement national. Je parle beaucoup du vote pour le Rassemblement national dans le livre, mais dans tous les cas, le mépris social est un carburant liquide pour le populisme, pour les discours complotistes, pour la rupture. Plus vous mettez en place de violence sociale, plus vous désertez ces terrains, plus les gens des partis traditionnels LR, PS, macronistes, ne viennent plus voir les gens vivre avec eux, leur parler et qu'on les traite parfois avec condescendance en disant c'est des plou, c'est des pecno et d'autres termes ça que ça crée la défi. l'a beaucoup dit notamment avec le mouvement des gilets jaunes euh et à l'époque le président lui-même avait semble-t-il pris conscience qu'il y avait une autre France, c'est peut-être pas celle qui avait voté pour lui mais qui existait et on a tout oublié en fait parce que il y a eu des livres, il y a eu du constat et on a on a rien fait depuis.
Non et moi j'essaie à ma toute petite échelle. J'avais pensé quand j'ai fait ce livre, je me dit j'aurais pu écrire un essai, un Xièm essai qui dit qu'en gros il faut arrêter le mépris social et puis aller chercher des références très compliquées. Je me suis dit non, il faut humaniser, il faut brosser les portraits des personnages et il faut les rendre visibles en littérature.
On parle beaucoup notamment dans les discours un peu woke de l'invisibilisation de certains. Ben, il faut commencer par l'invisibilisation des classes populaires françaises. Et là, moi, j'essaie dans ce livre de les rendre visibles, de les rendre touchantes, de les rendre pourquoi pas poétiques, de montrer leurs amours, leurs tendresses, les relations familiales.
Et ça, je trouve que c'est leur rendre un service. Après, il y a des gens en politique qui j'espère auront le programme qu'il faut pour faire des choses. Jean-Philippe, mais d'abord moi jeis dire, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire votre roman.
On a aussi le droit simplement d'avoir du plaisir. La la deuxième chose, avant, vous évoquiez Rastignac qui tu t'es reconnu un peu là-dedans ou pas ? Moi, je suis un gars de la province.
Moi moi je je je nous on monte qui a bien réussi à Paris. Non, on réussit pas à Paris. Nous on monte à Paris en tout cas.
Alors moi je suis un alsien, j'ai jamais compris d'ailleurs pourquoi de Strasbourg on disait on monte à Paris parce que c'est plutôt une translation mais de Marseille 20 ans que je vis à Marseille, on monte on monte encore à Paris et avant on évoqué Rastignac. Je sais pas moi, j'ai pensé à une fable. Il y a parce que il y a un contexte, il y a une aventure et il y a une morale parce que alors on va pas on va pas dévoiler la la fin du livre, mais il y a une vraie morale à à ce à à à à à ce bouquin.
Euh ce qui m'a beaucoup intéressé moi, c'est le le le portrait très vrai que vous brossez de des de cette de cette petite ville. Là, on est aux alentours de Langon. Oui.
Euh moi j'ai ma j'ai ma j'ai ma famille ma belle famille qui était en Dordogne pas très loin. Pas très loin. Et malheureusement ça ressemble beaucoup à ce que vous dites.
C'est-à-dire moi je les gens les gens qui nous écoutent se reconnaîtront. Ribéac en Dordogne 60 ans 70 ans. C'était une sous-préfecture avec tout ce que ça voulait dire. sous-préfecture, une administration, une gare, un hôpital, une vie et petit à petit et ben c'est une ville s desséché au milieu.
On a mis un grand centre Leclerc d'un côté, un grand Intermarché de l'autre et et donc les jeunes qu'il y a là-bas, pour autant qu'il y a encore des jeunes d'ailleurs en de moins en moins pourant et bien effectivement l'attraction c'est Bordeaux, c'est c'est ce truc mais c'est la métropole. Ouais. À côté.
Oui, mais alors dans dans dans le dans le bouquin de Paul, c'est justement ça qui est intéressant, c'est que la métropole ne suffit plus quoi parce que c'est c'est Paris et je pense que s'il faisait un bouquet, une suite de ça dans un ou 2 ans, il mettrait Tokyo ou euh Singapour quoi. Exactement. Donc c'est à la fois c'est une vraie chronique, beaucoup de plaisir mais c'est un peu angoissant quand même.
Oui, c'est un peu c'est un peu terrifiant. Mais moi, j'écris cela en étant angoissé. Angoissé pour l'avenir des campagnes.
Je suis très inquiet. Je veux dire, quand je vois les villages, moi le village où je où je vis quand je quand je ne suis pas à Paris pour le travail, euh on essaie de maintenir vaille que vaille euh l'épicerie. Je salue d'ailleurs celle qui tient le marché Annie.
Euh on essaie de sauver la boulangerie, le coiffeur mais en fait à mesure avant il y avait une pharmacie. Avant il y avait 11 11 troqués dans un village de 1500 habitants. Aujourd'hui il y en a un qui fait aussi épicerie, poste, crédit agricole et cetera et journaux.
Enfin, je veux dire, on n'imagine pas le désespoir de ces communes et à quel point elles se elle se videent de leurs de leurs habitants. Donc, on a la vision fantasmée de certains villages genre Saint-Émilion, Saint-Paul de Vance, euh je sais pas Bellî en mer, on dit c'est il y a des bien sûr qu'il y a des villages qui sont préservés, des villages de carte postale, les plus beaux villages de France, Rokamadour, Saint-Cir la popie, mais après il y a des vrais villages entre guillemets qui n'intéressent personne parce qu'il y a du parpin et des petits pavillons inévitablement où on voter Ren ensuite ? Bah bien sûr et c'est ça le problème.
Dans mon roman, par exemple, l'ancien boucher que j'invente euh lui il ça son commerce a fermé, personne l'a repris, il devient le secrétaire de section du Rassemblement national et il distribue les tractes à la sortie de l'église ou du marché en disant bah allez voter pour un votion ou c'est un vote de colère contre Paris et les élites ? C'est ça un peu les deux. Un peu les deux.
C'est on a longtemps dit c'est juste de la colère. Non c'est pas juste de la colère. Marine Le Pen a su proposer des choses qui pour partie collent aux attentes du peuple et de ces endroits.
Sinon, elle aurait pas repris les bastions communiste du nord-est par exemple. Donc le discours social, c'est quelque chose qui est séduisant. Vous avez pas de service public à proximité.
On va faire des choses. Ça c'est un discours qui peut plaire. Par exemple, le discours sur l'insécurité et l'identité.
Vous avez peur de perdre votre identité ? Vous avez peur qu'on vous casse l'église et cetera. On va vous mettre des éoliennes à côté.
Pas de souci, je vais intervenir. C'est ça le discours que les gens veulent entendre. Donc aujourd'hui, il est porté par Marine Le Pen mais il y a certains pays européens, vous prenez pas les sociaux-démocrates au Danemark, bah eux, ils portent un discours très ferme sur l'immigration et pour autant ils sont pas d'extrême droite.
Donc il faut on peut trouver des discours pour c gens. Ouais. Pour c mais pour ces villages c'est plus un cordon sanitaire parce qu'ils sont pas franchement menacés par ce qui se passe dans les villes.
Bien sûr, c'est plus de dire ce qui se passe là-bas, on en veut pas chez nous, donc d'entrée, on vote Renou, c'est le vote préventif. Mais mais ils ont quand même l'actualité à peu tout le monde parce que il y a une RX, il y a il y a des morts. Oui, moi je suis pas d'accord avec ça parce que il se passe ça c'était avant on disait ça, on disait il se passe rien, c'est pas vrai.
L'insécurité, elle gagne ses campagnes. Il y a des morts dans je veux pas le dire mais au début il y a un mort dans son bouquin. Donc et et c'est un mort dans dans un petit pâelin.
Mais parce que je m'inspire, je pouvais pas faire l'impas sur ce sujet. Je m'inspire du sujet du bal de CR et de la mort du jeune Thomas qui est un sujet dont moi j'ai beaucoup entendu parler quand j'étais à la campagne et dont on me disait c'est quand même un truc terrifiant et cetera, est-ce qu'on va devoir mettre des vigiles quand on organise la fête du videgrenier ou la fête du Téléton ou je ne sais quoi autour du la commune ? Moi, je suis tombé des nu.
J'ai dit un vigile dans un village mais enfin ça a aucun sens. On n'est pas dans une boîte de nuit en région parisienne, il y a pas on va pas mettre un vigile. Et ben en fait ça a que fait un débat.
Les gens se sont dit mais mais peut-être que demain on va se faire et en fait c'est pas une psychose pour le coup c'est un sentiment d'insécurité au sens de du pour Moretti. C'est que les gens se sont dit on a le sentiment que demain ça peut nous arriver aussi comme c'est arrivé à Créole. Donc j'en parle dans le livre, je pouvais pas faire l'impasse sur le sujet de l'insécurité au nom du politiquement correct.
Non moi je trouve que c'est un thème très intéressant et un livre évidemment très intéressant. Il y a un peu deux thèmes. Il y a le thème de l'ascension individuelle euh du provincial monté à Paris.
Ça ça existe depuis les illusion perdu de Balzac. Euh et néanmoins, c'est toujours très actuel. Et puis il y a le thème de cette France effectivement périphérique reléguée où là on est plus dans Christophe Guiloui et de la de lui rendre sa noblesse et là on est plus dans Wellbeck.
Tout le génie de Wellbeck, ça avait été de voir la la poésie des classes moyennes en quelque sorte. Euh mais je trouve ça d'autant plus actuel que avant il y a il y a pas si longtemps, on essayait quand même. La question de l'ascenseur social était une vraie question.
Euh la question du désenclavement des banlieux était une vraie question. La question du respect de la France profonde était une vraie question. Et quand même, sans tout rapporter à la politique, mais ces 10 dernières années, on a eu une classe politique qui la Macronie, pour ne pas la nommer, hein, au sens large, au sens large, on a une classe politique qui a assumé son mépris social et ça c'est carrément.
Ah ! Ah ! Oui, moi je la gauche, la gauche, la Macronie, la Macronie.
Alors, avant elle, il y avait la gauche cavière. Oui, la gauche cavière, tu as raison. Elle a elle a un peu elle était un peu le le précurseur là-dedans.
C'est on assume, souvenez-vous de Benjamin Grivu qui stigmatis la France qui roule au diesel flo et qui fume des gauloises. Parce que quoi ? C'est mieux de quinoa et de rouler comme un débile sur son vélo électrique en angulant.
C'est plus valorisé dans la société actuelle. Oui. Donc moi je je trouve que c'est je trouve que c'est très actuel.
J'observe d'ailleurs et et je l'ai observé singulièrement quand même ces derniers temps, l'incroyable maintenant réussite des fils d'ant on se on il y avait quand même un peu de pudeur, on recrutait quand même pas au poste les plus le fils d'un tel, le fils d'un tel, la fille de trucmuch et cetera. Aujourd'hui, je vois dans ma génération ceux qui décrochent les plus beaux jobs que ce soit dans les médias, dans l'administration ou dans les entreprises, au cinéma. cinéma au cinéma on parle même pas dans 9 cas sur 10 c'est des fils d' des fils et filles d' et donc effectivement on a toute une France qui est reléguée qui est qui est en dehors de tout ça et qui en plus est méprisé officiellement parce qu'elle a pas la bonne bagnole parce que ceci parce que cela donc je trouve que c'est un excellent livre très politique en réalité très politique et qui remet sur la tête un énorme sujet c'est un livre de gauch droite dans la moi je viens de la gauche mais quand on parle peut ça peut être discours de gauche.
Enche pointe un sujet qui est fondamental qui est celui de la méritocratie ou de l'ascension sociale de l'ascenseur social. Or ça c'est plutôt un thème qu'on donne à la droite. Moi je suis pas d'accord.
Je considère qu'il y aurait par exemple un gros discours de gauche à tenir notamment sur les banlieux par exemple en disant bah en fait vous êtes des futurs entrepreneurs, vous êtes des futurs journalistes, vous êtes des futurs patrons, vous allez réussir, vous allez travailler, vous êtes pas des victimes. Or on fait le contraire, c'est le discours de Mélenchon. On laisse les gens bien profondément dans la victimisation.
On leur dit on va s'occuper, nous on est de gauche, on va faire des prestations sociales. On est de gauche. Le discours de gauche c'est pas dire je suis de gauche donc je vais faire des prestations sociales.
Elles sont très utiles. Moi je suis pour l'état providence. Je suis un gaoliste de gauche, j'ai pas de problème avec ça.
Mais le vrai sujet c'est qu'est-ce qu'on fait pour que vous puissiez réussir votre le travail était une valeur fondamentale de la gauche. le travail pardon et si on reprend les les textes et grands textes le travail c'était l'occasion de sortir justement de sa condition et on sortait de de misère souvent faut je dis je dis souvent moi j'ai j'ai voté à gauche jusqu'à François Hollande alors si on considère que Macron n'est pas de gauche voter oui il y a des bas mais souvent les gens qui nous écoutent d'ailleurs pensent souvent que que j'ai changé mais moi j'ai pas changé c'est la gauche qui a changé changer. C'est la gauche qui parle plus de travail.
Moi j'ai j'ai grandi avec le travail. Mes parents votaient à gauche. Mon père pouvait pas voter parce que mais je veux dire il était militant du Parti socialiste par exemple et il nous ont transmis ça.
Mais moi la gauche, elle parle plus du tout de préoccupations d'une fille comme moi de quartier et qui veut bosser et qui n'a que le travail, qui a pas de parents riche, pas de réseau, machin, qui a que le travail. Donc moi, j'ai pas changé, c'est la gauche qui a changé. Donc moi je me sens je me suis plutôt sentie abandonné par la gauche.
Mais il y a quelque chose dans alors votre personnage je regrette en fait qu'il soit entre guillemets si mauvais dans le sens où il parle plus à ses amis, il leur répond plus au téléphone et cetera. Mais c'est pas du tout comme ça. Mais mais justement justement c'est ce qu'on les appels de Charles que je filtre.
C'est c'est justement ce qui fait que souvent on crache sur les gens qui s'élèvent socialement entre guillemets parce qu'on considère qu'ils trahissent. Exactement. Moi je je vous assure que moi je reçois des messages qui pensent que oui c'est une traître, elle a changé et cetera plus en plus oui j'ai le malheur il y a 3 ans de de quitter le 9 pour le 16e vous aggravez votre cas là donc moi je regrette que vous ayez pas fait malheureusement un personnage qui reste malgré tout oui ancré et j'avais deux choix très simples où je faisais un un cynique et moi j'adore les cyniques en littérature ça me fait plus rire un type qui profite de parfois un peu cynique quo qui profite de ses charmes. de ses atouts qui jouent de la séduction pour réussir parce que je trouve que c'est ça l'image du héros balsacien ou alors j'aurais pu faire un un gentil garçon et je pense que un gentil garçon qui resterait fidèle à sa condition et à sa classe peut aussi réussir contrairement à une idée reçue.
On nous dit souvent du moment que vous franchissez le rubicon par exemple de la notoriété ou de l'argent, vous devenez riche ou vous devenez célèbre, vous avez fait des grandes écoles, vous parlez plus à vos parents, vous parlez plus à vos grands-parents, vous parlez plus à vos amis, vous devenez le parfait salot. Non, c'est pas vrai. C'est c'est là aussi une perception.
Il peut y avoir une perception aussi de l'autre. Voilà. Paul Mollin reste avec nous, on va continuer d'en discuter parce que est-ce que est-ce qu'aujourd'hui on peut encore réussir et rester le même, c'est-à-dire venir de province, réussir à Paris et rester le même, est-ce que c'est encore possible aujourd'hui sans changé sans sans sans on est combien de tu encore le Nisso ? un Alsen, on a unis, on a quelqu'un des deè le seul parisien ici c'est moi.
C'est Paul Melin qui est avec nous, plug storiste un roman aux éditions Fillard mais inspiré de de de sa vie, de ce jeune parti de la province pour réussir réussir à Paris. Est-ce que c'est ça le trajet ? dire je vais réussir à Paris puis le moment venu, je redescendrai chez moi.
Ouais, il y a un peu de ça. Et d'ailleurs, on observe un mouvement où les quarantaires quand ils ont parfois des enfants et cetera retourne à leur province natale. Il y a une sorte d'attachement.
Bon, moi quand je suis à Paris, je me sens un peu en apné. Bon, j'aime bien Paris mais je me dis toujours, bon je suis là pour 3 4 jours, c'est comme si j'étais en weekend permanent, je viens en weekend à Paris et après je m'en vais. Et je pense qu'il il y a beaucoup de sages chez pas mal de gens qui sont montés à Paris et qui repartent.
H on parlait de l'ascenseur social. Aujourd'hui, il y a plus de débat autour de ça. L' comme si on avait renoncé en disant de toute façon, cet ascenseur est cassé, on n'y arrive pas.
C'estàd que l'éducation, l'école ne ne fait que reproduire finalement les inégalités et cetera. Et donc c'est c'est un échec et on est passé autre chose. Oui, parce que je crois qu'on a un rapport en France un peu pudique à la réussite.
C'est-à-dire que on on la on la criminalise parfois, on peut avoir un peu honte de vouloir réussir sa vie. Enfin, il y a pas de honte à vouloir réussir sa vie. Et puis réussir sa vie, d'ailleurs, c'est pas que vouloir être riche.
Ça peut être vouloir être très bon dans son travail, ça peut vouloir euh dire dans les métiers manuels notamment, ça peut être les grandes écoles et les études, ça peut être les métiers artistique. Il y a plein de façons d'être épanoui. Mais mais je crois que à l'heure du développement personnel, d'ailleurs, c'est un peu cocas qu'on ait ce genre de de pudeur, mais il faut pas avoir de pudeur à aller chercher de la de la de la réussite.
Et et je crois que le sujet de l'ascenseur social devrait redevenir au cœur du débat politique. Or, Emmanuel Macron en 2017 avait un peu mis ça sur la table. qui était un peu moi c'est ça qui m'avait séduit, c'était le côté startup nation, c'est de dire d'où que vous veniez, vous pouvez devenir entrepreneur, vous pouvez créer, vous pouvez réussir.
Je trouve que c'était une promesse qui était intéressante et qui dépassait pour le coup le clivage gauche- droite. Bon, après, on peut juger ce qu'on veut en disant est-ce que ça a réussi ou pas, ça c'est pas mon sujet, mais je pense que ça aurait pu mieux réussir. Mais en tout cas, la promesse était intéressante et je m'étonne que beaucoup de partis politiques ne se saisissent pas de ça en disant bah en fait vous grandissez dans un petit village, on va vous donner les moyens, on va vous aider à réussir.
On va pas vous aider à rester dans votre village avec des perfusions, on va vous aider à réussir. pareil pour les jeunes qui viennent de banlieu et je crois que ça par exemple ça pourrait être mais la France c'est désindustrialisé c'estàd qu'avant autour des villages ou dans les dans les départements il y avait toujours un pôle d'intraction il y avait une industrie, il y avait une boîte familiale comme il y a Michelin à Clermontferrand ou d'autres alors du côté de la Gironde il y a encore les vin et encore mais sinon il y a plein de territoires qui sont désindustrialisés il y avait les légères il y avait les on est donc obligé de partir. Voilà.
Donc on est obligé de partir et de partir ou vers la grande ville ou vers la capitale. Ça a complètement appauvri des territoires entiers. Et quand vous faites de la géographie ou de l'économie locale, vous apercevez que les communes qui tiennent le mieux, il leur reste quoi ?
Une cimenterie, un gros pôle commercial, un centre de recherche, une usine qui qui est présente. Et en fait, s'il y a plus ça, c'est terminé. Mais la désindustrialisation, elle a été théorisée, organisée.
On a dit les Chinois feront des paires de chaussettes et cetera. Puis nous, on réfléchira à la conception du prochain Airbus. Grosse erreur parce qu'en fait c'est prendre les Chinois pour des imbéciles.
Ils ont évidemment pris les savoir-fair, il y a eu euh toute une montée en gamme des cerveaux et cetera et aujourd'hui plus personne n'a besoin de l'Europe. L'Europe devient une espèce de grand marché de consommateur passif. Jean-Philippe André mais Paul dans dans les dans le dans les bours que vous décrivez aujourd'hui, les grandes industries que toi tu évoques aujourd'hui, le premier employeur c'est le centre Lecler.
Absolument. C'est le premier employeur c'est l'intermarché. un centre lecler dans je sais pas à Langon ou là-bas par là-bas ou je répète encore bi l'ascenseur social je reviendrai un mot là-dessus c'est est-ce que j'ai une chance puisque'il y a plus de sous-préfecture il y a plus rien est-ce que je peux rentrer dans le centre Lecler et je ferai ma carrière centre Lecler qui par ailleurs est le premier sponsor du club de rugby, le premier sponsor du du foot qui en général même a même un adjoint au maire et cetera qui qui travaille chez eux et juste un mot sur ascenseur social moi je ser assez curieux de savoir si ascenseur social ça se traduit dans d'autres langues.
Pourquoi ? Parce que pour moi la définition aux États-Unis c'est l'American Dream. American Ouais mais tu viens de le dire, il y a pas écrit ascenseur social parce que ascenseur ça signifie qu'il y a que tu te mets au bas d'une pente et il y a un escalator qui t'emmène tout seul en haut.
Non c'est pas comme ça que ça on pourrait l'appeler l'escalier social. C'est voilà. Et alors moi, je suis plutôt de ceux qui disent on doit mettre à ma disposition un escalier.
Un escalier c'estàd je dois pouvoir, quel que soit la province où je suis, l'endroit où je suis, dire il y a un chemin qui m'amène mais par contre le chemin c'est moi qui décide marche après marche d'y aller et je ne suis pas tiré par quelqu'un. C'est le débat que tu avais ce matin toi sur la sistana. L'escalier social doit exister.
Nos parents, mon père il n'a jamais eu d'ascenseur social. Il a il a eu un escalier en disant "Je vais grimper, je me prends en charge et j'y arrive." Là, vous pointez un truc qui est très vrai, c'est que le problème c'est que on court tous à 100 m sauf que certains partent à à 10 m de l'arrivée et d'autres à 150 m.
Euh pour qu'un type comme moi du milieu d'où je venais écrive un jour un livre qui soit publié chez un éditeur euh ou passe à la télé ou fasse une école avec un concours à l'entrée, c'était très difficile. Je partais avec de chaque cheville. Bah je pense que c'est du travail et enfin c'est être sérieux, être discipliné et puis surtout pas être dans un désir peut-être un peu mais beaucoup de chance aussi.
Il faut le dire aussi, il faut le dire. Il y a du travail et du talent. S'il y a que du travail ça sert à rien.
C'est que du talent ça sert à rien. Les deux combinés ça aide. Et puis c'est aussi un rapport à l'échec.
C'est que ça fait un peu développement personnel de dire ça pour le coup mais c'est assez juste. C'est vous prenez une gifle dans la figure faut repartir. Une autre faut repartir.
Vous voyez pour le coup on parlait des fils d'eux. Vous voyez que les il y a il y a vous entrez dans une grande école tous les fils d'eux ils sont à l'automobile club de l'école. Ils ont tous les trucs géniaux et cetera.
Ils ont les fringues à la mode. Leur vie est géniale. Ça vous arrivez, vous avez les frings, je vais pas citer de marque pas cher ou de free prix, vous commencez votre vie, vous avez la voiture qui marche pas bien, vous dites "Bon ben, on va y aller, on va réussir et puis un jour j'aurai la même voiture que je ferai la même chose." Et ça c'est pas c'est pas c'est pas ni de la jalousie, ni de la méchanceté, ni c'est juste de l'opinatâreté.
Et ça, je crois que si on réhabilitait ces valeursl c'était alors et Macron s'était pas mal fait taclé quand il avait dit qu'il voulait une France de de de gens qui voulaient devenir milliardaires et cetera. Moi, je crois que c'est pas c'est pas une si mauvaise idée. Enfin, à à considérer que l'argent est les talons de la réussite que je conteste mais il y a plein d'autres choses.
Lui qui est presque aussi lui un peu un rubin dans son genre, c'est-à-dire Macron, il est quand même monté à Paris aussi et en province sa femme aussi. Je veux dire Brigitte Macron qui était prof de français à à je sais plus le nom de la ville. Amien Amien voilà ça me revient non mais l'autre côté de la porte Champéré j'avais un je l'avais sur le bout de la langue.
Elle était pas prédestinée à rencontrer Rihanna et Jeff Bezos à l'Élysée si vous voulez. Donc il y a il y a bon il y a quand même ce phénomène là. lui qui s'était fait lire sur cette idée d'émancipation.
À la fin, je trouve que tout ce qu'il a fait c'était laisser complètement enquister une société de cast avec une caste qui est de plus en plus refermée sur elle-même non mais pourtant il voulait casser il voulait casser justement ses ses sociétés de cast. Lui il a cassé il l'a pas fait il l'a pas fait. regarder qui est promu dans les cabinets ministériels, qui fait carrière en Macronie, où que ce soit, je suis désolé, c'est beaucoup beaucoup quand il a ouvert les portes, les vannes même pour la députation, il a quand même fait un peu cassé quelques notes. vérité, c'est que voilà Paul parlait de l'opinaté l'opinatreté.
Il en faut pour arriver là où tu veux arriver mais il en faut aussi pour ne pas te laisser avaler entre guillemets par le système dans lequel aujourd'hui tu baignes. Et ça c'est c'est compliqué. Donc peut-être que le président Macron avait cette volontélà et je pense qu'au début il l' il a fait un peu et puis il s'est laissé avaler il y a des rigidités énormes.
C'està-dire qu'il y a des technures, on voit y a même vous parlez en off avec des gens qui sont ministres ou qui ont été ministres, ils vous disent ben moi j'ai pas les leviers. C'est pas être complotiste que de dire ça. C'est qu'en fait il y a des patrons d'administration centrale qui font l'appuel beant.
Le gars il est pris entre le budget de Ber, les décisions européennes, le patron d'administration centrale, les discours du PM. Il est au milieu de quelque chose où la parole politique et le la puissance du politique est démonétisée. Un sousrétire d'État au PTT sous de Gaulle avait plus de pouvoir que le ministre à Berj'ui.
He alors puisqu'on parle un peu de politique, dans dans un an, il y aura un changement de pouvoir. Forcément en 2027, la présidentielle est lancée. Il y a on a fait le compte vendredi il y a une il y a 23 candidats déclarés hein. 23 on a enlevé tous ceux qui qui réfléchissent mais 23 candidats et déclarés.
Ça veut dire que il y en aura un choix. C'est formidable. Au contraire, c'est ça ça témoigne que on sait plus où on est.
Vous avez 23 personnes qui croient à leur propre ascenseur social. En tout cas, c'est dire des gens qui se voient président, c'est quand même marrant. C'est vous dire à quel point le job de président a perdu de sa superbe.
C'estàdire que pour ou alors c'est les gens qui sont mégal et très narcissiques ce qui est possible. Ou alors c'est les deux. Je pense que c'est les deux.
Il faut quand même être un peu fou pour se parce que ils veulent tous être Macron. C'està dire venu un peu de nulle part et je vais y arriver et par mon talent je vais je m'imposer. Ma est une sorte quand même malgré tout de rastignac.
C'estàd qu'il a Charles le disait très bien, il est arrivé de sa province, il a cassé les codes. Il y avait quand même une vie politique française. La 5e République était structurée entre deux partis.
Le Parti socialiste, jadis la SFIO, LR, jadis UMP et RPR. Donc les deux grands partis qui structurent la vie politique, le centre gauche et le centre droit. Lui, il arrive, il fait tout valser, il nous met les socialistes à 6 % et il prend le pouvoir.
C'est la plus grande OPA de la vie politique française. Après, peut-être de Gaulle quand même en 58. Donc c'est exceptionnel ce qui s'est passé.
Donc c'est vrai que ça donne des ailes à tout le monde. Maintenant tout le monde se dit un entrepreneur, pourquoi pas un artiste, pourquoi pas un essayiste va se dire bon après tout je réunis les 500 signatures. On va pas revenir à un truc plus tradit en fait en quelque sorte quelqu'un qui aura été maire qui voilà qui aurait eu le parcours traditionnel un président âgé de 30 ans avec une princesse à l'Élysée quoi c'est possible aussi.
Alors là pour si on devait parler de transfuge de classe d' mon personnage dans le roman Seb, il est assez admiratif de Bardella parce que Bardella est très bon sur les réseaux sociaux et alors lui qui est fan des influenceurs, Bardella est quasiment une sorte d'influenceur en politique. Donc il scroll, il passe les vidéos comme ça à toute vitesse sur TikTok et sur Insta et donc quand il voit Jordan Bardella, il dit "C'est Jordan". C'est pas Jordan Bardella, c'est Jordan.
Ben lui, il est bibronné à ça. Il le voit, il dit "Putain, il est assez beau gosse, il porte beau, il fait du rameur, il est assez costaud, parfait." Donc lui, il s'identifie à lui.
Ça va pas plus loin et c'est pas un discours politique. Il a 17 ans mon personnage. Et sa mère à mon personnage, elle elle est fan de Marine Le Pen.
Elle dit Marine parce que il y a Facebook, les chats, on raconte des histoires sur sa vie et elle trouve ça génial. Donc il y a aussi ça en politique. Il y a aussi quelque chose de charnel, quelque chose de l'attachement et donc des personnalités comme Édouard Philippe pour lequel j'ai du respect mais il est il a pas il habite pas ça en lui.
Il habite pas une proximité tout de suite du genre tape dans le dos et par là 2027 à l'Élysée. Vous y croyez franchement ou pas ? Moi j'y crois pas mais je peux me tromper vous savez les prs je pense Melin Melin 2027 plus.
Oui merci Paul s'appelle plug story finalement on a on a tous je tous en nous un peu de cette pl story. C'est aux éditions Fard. Merci d'être passé voir les G.
Merci beaucoup.
Jean-Luc Mélenchon