Anasse Kazib, cheminot au Bourget au Meeting de Philippe Poutou
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir à tous. Merci tout d'abord aux camarades du NPA de m'avoir réinvité. On était ensemble à la tribune avec Philippe le 8 mars.
Le 8 mars dernier, il avait passé signature. Aujourd'hui, il a ses 573 parrainages. Je vous ai retrouvé là.
Entre temps, entre le 8 mars et aujourd'hui, j'ai 4 camarades de la SNCF qui se sont suicidés. Le plus connu, qui a fait un peu la une des médias, c'est un camarade, Edouard Postal, qui s'est donné la mort le 10 mars suite à ce qu'on suppose. Parce que les derniers messages et les derniers contacts qu'on avait avec lui, c'était suite à la répression dont il était victime à la SNCF.
Il s'est suicidé. Pourquoi ? Parce qu'on lui a dit qu'il avait un regard menaçant, qu'il était cause de stress pour sa hiérarchie.
Aujourd'hui, malheureusement, il est cause de plus rien du tout parce qu'il s'est jeté en l'air pour pas grand-chose. Pour pas grand-chose, pour des cadres qui ont essayé de mettre une répression et un acharnement sur ce militant-là qui essayait de se battre, qui avait gagné au Prud'homme il y a quasiment un an, qui avait rencontré 45 000 euros pour discrimination sur son déroulement de carrière. Voilà.
Donc entre-temps, il y a un copain Frédéric Heine de la CGT Mulhouse qui s'est suicidé deux jours après Edouard Postal. Le week-end dernier, il y a un copain du service mécanique de Bordeaux qui s'est suicidé. Et on apprend du coup, parce qu'il y a des affaires maintenant qui remontent, il y a trois semaines, il y a un copain de la ville de Sainte qui s'est suicidé aussi.
Et il y a un certain nombre de personnes, il y a une copine Carole de la CGT qui a fait un infarctus. Enfin, voilà, on peut noircir le tableau. La seule fois où on part de la SNCF et là on est en pleine campagne présidentielle, c'est pour entendre quel candidat va vouloir aligner le régime des retraites à la SNCF avec la Sécurité sociale.
Il n'y a même plus besoin de l'aligner. Moi, j'ai reçu mon papier de décote de retraite il n'y a pas très longtemps, je partirai à 64 ans. Donc il faut savoir que Sarkozy est déjà passé par là et qu'à la SNCF, chaque année on rajoute un certain nombre de trimestres pour faire en sorte qu'à la fin, ça sera lissé dans quelques années.
Aujourd'hui, il n'y a plus aucun cheminot qui part à 55 ans, le minimum, ils partent tous à 58 ans. Donc aujourd'hui, moi je suis là, pourquoi ? Parce que bien sûr, si on est à la tribune avec Philippe Poutou, c'est qu'on soutient Philippe Poutou.
Parce qu'on est obligé de le soutenir. Aujourd'hui, bien sûr, il y en a plein qui se disent, mais qu'est-ce qu'on vient soutenir un candidat ouvrier ? De toute façon, il va faire 0,5% et au final, ça ne sert à rien du tout.
Nous, on essaie de faire en sorte qu'il ait une tribune, d'essayer de porter ses idées parce que c'est le seul qui a des vraies idées pour le salariat. Marine Le Pen parle pour les agriculteurs, les autres, chacun parle un peu pour chasser pêche. Philippe Poutou, c'est le seul qui parle au plus grand nombre, c'est-à-dire le salariat.
Il y a ses 23 millions de personnes et il n'y a personne d'autre que lui qui s'y intéresse. Donc moi, en tant qu'ouvrier, en tant que cheminot, je me dois d'essayer de soutenir sa candidature parce que c'est le seul qui essaie de proposer quelque chose, un projet révolutionnaire pour la France. Et ce qui est bien, c'est qu'il n'a pas le melon, ce n'est pas quelqu'un qui se dit « moi, je veux le pouvoir, je veux ceci, cela ».
Il a très bien compris que la tribune des présidentielles, c'était uniquement pour porter les idées de la classe ouvrière parce que, comme Philippe, comme Gigi, comme les autres autour de la table, on a les mêmes galères. On est dans une tribune surélevée, mais je vous rassure, on est tous au même niveau que vous. On est tous à découvert à la fin du mois et en attendant, on a le droit comme débat sur TF1 des voleurs.
Voilà, pour la plupart, c'est ce qu'on essaie de nous faire croire, qu'aujourd'hui, les ouvriers, les Français, les citoyens, n'ont rien d'autre, ne méritent rien d'autre que des personnes qui, aujourd'hui, se déclarent honnêtement, comme des personnes qui ont fraudé le fisc. Voilà, là, on a eu l'euro, il n'y a pas longtemps, il y en a parlé. Voilà, l'euro qui est normal, en toute décontraction, parle au micro, dit « oui, j'ai employé mes enfants de 16 ans » et c'est normal, il est devant un cordon de CRS et de policiers, il n'y a personne qui lui met les menottes.
Voilà, donc nous, on en a marre de se faire balader, on en a marre de toute cette casse de politiciens qui n'apportent rien du tout aux ouvriers, qui ne répondent à aucun critère, pour essayer d'améliorer le quotidien des salariés, des ouvriers, des étudiants, des retraités. Je regarde, il y a des affiches 32 heures sans perte de salaire. Le seul moyen d'essayer de baisser le chômage concrètement, et ça a été prouvé par le temps, c'est le moment où il y a eu les 35 heures, il y a eu 400 000 chômeurs de moins, c'est en baissant le temps de travail et en répartissant.
Si vous analysez un petit peu, Fillon avait dit « moi, je vais supprimer 500 000 fonctionnaires à ma présidence », ils lui ont demandé « comment vous allez les supprimer », il a dit « en passant de 35 à 39 heures ». Et derrière, il a dit qu'avec les 39 heures, on va baisser 6 millions de chômeurs. Donc moi, il faut m'expliquer comment, en passant à 39 heures, on supprime 500 000 emplois, et en même temps, on supprime 6 millions de chômeurs.
Ils nous prennent vraiment pour des cons. Donc maintenant, il va falloir qu'on se dise « est-ce qu'on veut essayer de faire péter le système-là et porter les candidats qui le méritent, à porter ces revendications, à faire en sorte que les gens se battent ? » Parce qu'à un moment donné, il y en a marre.
Moi, je vous dis la vérité, il y en a marre de voir à quel point on est exploité, à quel point on est réprimé, à quel point on se fout de notre gueule. Ou au quotidien, on voit le traitement médiatique qui est fait des ouvriers. Je vous parlais d'Edouard Postal, ça a fait quasiment très peu de bruit dans les différents médias.
Contrairement aux chemises arrachées d'Air France, c'est une réalité. Il y a eu même la seule qui a porté un peu la voix, c'était Audrey Vernon de France Inter. Et ils n'ont rien trouvé de mieux à faire que de censurer sa chronique.
Donc, eux qui, au mois de janvier 2015, étaient tous Charlie, la main sur le cœur, essaient de prôner avec un crayon papier au bout des doigts, de prôner la liberté d'expression, etc. Au final, ils ne respectent rien de ce qu'ils font. Donc, il va falloir qu'on se batte tous.
Il va falloir qu'on se batte tous. C'est pour ça que nous, aujourd'hui, en tant qu'ouvriers à la SNCF, on essaie de se battre. Je vais vous parler trois secondes du combat qu'on est en train de mener avec mes camarades du Bourget.
Parce que les cheminots, ce n'est pas des lentilles. Il faut savoir que moi, je suis agent circulation sur le triage du Bourget. qui est hélas connu pour la déportation, le triage de Drancy.
Et puis, ça me fait penser, en même temps, aux copains de la mosquée de Clichy, qui se sont vus chasser comme ça. Ça nous fait rappeler des heures sombres qu'on n'a pas connues, mais qu'on a étudiées. Et on est en train de retourner dans nos travers.
Et moi, sur le triage du Bourget, je travaille 8 heures. Et dans les 8 heures, je n'ai ni pause, ni panier repas, ni ticket restaurant. Je n'ai rien pour bouffer.
Donc, aujourd'hui, avec mes camarades cheminots, on ne fait pas pour la dignité, c'est-à-dire d'obtenir des paniers repas parce qu'on n'en a pas. Voilà, la réalité, c'est ça. C'est qu'on croit que les cheminots, ils ont la prime charbon, ils ont ceci, ils ont cela, tout ça, c'est du pipeau.
Donc, voilà, et je ne vais pas faire trop long. Moi, je vous invite tous à vraiment lire le programme de Philippe Poutou, de vous l'approprier, parce que c'est votre programme. Moi, je pense que c'est le programme de la classe ouvrière.
C'est à vous de vous dire qui on veut. Est-ce qu'on veut un gars comme nous, qui a la même vie que nous, qui sait c'est quoi, de se manger les bouchons le matin sur l'autoroute pour aller taffer pendant que d'autres disent qu'on ne taffe pas beaucoup, de se dire, moi, je n'arrive pas à garder mes gosses, je n'arrive pas à payer la crèche, je n'arrive pas à emmener mes enfants au sport, etc. de se voir des majorations de banques.
Juste une petite dernière, il y a une semaine, je suis à découvert, je vous l'avais dit, il y a une semaine, j'ai reçu un prélèvement de 5 euros, c'est un truc d'assurance, prévention, je ne sais pas quoi. Donc, ma banque, ce qu'elle a fait, elle a rejeté le prélèvement de 5 euros, elle m'a mis 20 euros de frais. Voilà, donc au lieu de retirer les 5 euros, ils vont préférer retirer 20 euros et en attendant les 5 euros, ils sont reparsés en rejet.
C'est vous dire ce système bancaire que, moi, ce que j'aime, c'est que chez Philippe, il démontre ça, ce système de banque. Quand il en parle, on le prend pour un fou, mais c'est la réalité de la classe ouvrière, c'est ce qu'on vit au quotidien. Moi, je suis sûr que si Fillon lui demande combien vous avez sur votre compte, il n'est pas capable de vous le dire, mais je suis sûr que chacun d'entre vous, aujourd'hui, a regardé combien il avait sur son compte et qu'on suit chaque jour combien on a pour tenir la fin du mois.
Merci beaucoup.
Anasse Kazib