Nathalie Arthaud: "François Bayrou fait preuve de bien peu d'esprit démocratique"
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8h42, bienvenue sur RMC, notre invitée ce matin, Nathalie Arthaud, bonjour. Bonjour. Candidate, lutte ouvrière à l'élection présidentielle 2022, vous étiez hier à la mutualité à Paris, 1500 personnes pour défendre votre programme, c'est votre troisième campagne. En 2012, 0,56% des voix, je rappelle vos résultats, en 2017, 0,64%. Pourquoi vous représentez une troisième fois Nathalie Arthaud ?
Parce que je sais que le programme, les perspectives que je porte pour les intérêts du monde du travail, eh bien cela compte, cela compte énormément pour tous ceux qui essayent de se défendre contre les bas salaires, contre les petites retraites, contre l'exploitation. Ça les encourage, ça les encourage effectivement à s'organiser, à se battre. Donc pour moi c'est le plus important et j'espère que oui, dans cette élection, eh bien la voix que je porte pèsera encore plus.
On va entrer dans le détail de votre programme, il y a une certaine constance d'ailleurs, depuis ces trois candidatures. D'abord parlons du fait de savoir si vous serez réellement candidate ou pas. Pour vous, c'est quasiment fait. Les parrainages, 419 au dernier des comptes, peut-être un peu plus depuis, je ne sais pas si vous avez...
Non, non, mais ce n'est pas encore fait, parce que c'est 500, vous le savez, et donc nous nous continuons de nous battre, parce que les règles sont aussi difficiles pour nous que pour les autres. Mais bon, c'est vrai que je suis reconnaissante et j'ai confiance aussi dans le sens du pluralisme des maires des petites communes. Ceux qu'on a en contact nous le disent. Ils estiment que la vie politique ne doit pas être monopolisée par les partis institutionnels, tous ces grands partis qui sont estampillés, tamponnés, finalement, par la grande bourgeoisie, par le système.
Donc ils ont à cœur de faire entendre aussi les voix, et y compris les voix issues des classes populaires, dont ils font partie d'ailleurs. Vous savez, les maires des petites communes, c'est souvent aussi des anciens techniciens, des anciens ouvriers, des petits agriculteurs. C'est le monde du travail.
Vous parlez de pluralisme, des autres candidats qui sont parfois plus à la peine que vous dans la récolte de ces parrainages. Il y a Philippe Poutou, il y a Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan, Éric Zemmour, Marine Le Pen, qui n'ont pas autant de signatures que vous à l'heure qu'il est. Est-ce qu'il faut les aider ?
D'abord, je vois que Bayrou a tendu la main et va décider d'en aider un certain nombre.
Une banque de parrainages. Vous savez ce qu'on va faire, Nathalie Arthaud ? On va l'écouter, François Bayrou, pour ceux qui ne l'auraient pas entendu. C'était cette semaine, face à Apolline de Malherbe sur RMC et BFM TV.
Il y a des multiplications de candidatures, comme à chaque élection, qui paradoxalement trouvent les signatures, alors qu'ils ne représentent pas un mouvement important des Français. Je ne suis pas de l'avis politique de Jean-Luc Mélenchon, de Marine Le Pen, de Zemmour. Mais je trouverais anormal et même scandaleux qu'ils ne puissent pas se présenter.
Anormal que Mélenchon, Le Pen, Zemmour ne puissent pas se présenter, mais paradoxal que vous, parce que c'est vous qui le vise, Nathalie Arthaud ou Philippe Boutou, qui dans les sondages sont assez bas ou ont eu des résultats assez bas aux dernières élections, puissent se présenter. Vous comprenez ce que veut dire François Bayrou ?
Voilà, donc il fait preuve finalement de bien peu d'esprit démocratique. C'est ça la réalité. Voilà, les courants qui sont minoritaires, tous ceux qui sont à contre-courant et qui sont effectivement contre l'ensemble de ce système, doivent se taire. On a l'impression que ça le dérange. Oui, on a l'impression que ça le dérange. Avoir puissance en signature et pas certains autres. D'abord, c'est effectivement un Bayrou et consorts qui ont fait ces règles, contre lesquelles nous nous battons depuis le début en réalité, qui veulent empêcher effectivement que des voix discordantes, et en particulier les voix des travailleurs, des petites gens. Mais vous savez pourquoi il y a aujourd'hui...
Il faut les faire sauter ces règles. Pourquoi il y a le convoi pour la liberté ? Pourquoi il y a eu les gilets jaunes ? C'est précisément parce qu'on ne donne jamais la possibilité aux petites gens, aux classes populaires de s'exprimer, parce qu'on veut les faire taire, parce qu'on veut les museler. Et c'est vrai pour tout. Et c'est vrai aussi pour la parole politique. C'est ça la réalité. Donc, écoutez, nous ces règles-là, elles ne nous arrangent pas, mais on se bat pour effectivement pouvoir porter notre politique.
Quand on écoute, vous parliez des convois de la liberté, des gilets jaunes, quand on les écoute, quand on leur pose la question d'ailleurs aussi, leur vote ne se porte pas franchement vers vous, Nathalie Arthaud. Les classes ouvrières, aujourd'hui, votent parfois à l'extrême droite, parfois à droite, pas forcément à lutte ouvrière ou très peu. Pourquoi ?
Je vous garantis que dans les entreprises et dans les quartiers populaires, où nous sommes présents, tous ceux qui ont envie de se battre, qui cherchent à se défendre, eh bien, ils regardent vers nous. Et ils savent qu'ils peuvent compter sur nous. Ça, c'est parce qu'il n'y a pas que les élections dans la vie. Il y a aussi tous les combats pour, justement, des augmentations de salaire, contre les cadences, contre les... Voilà, une série d'injustices. Et je peux vous dire que, ben voilà, on fait partie de tous ceux qui sont... Mais on a l'impression que tous les Français sont à l'usine. Ils sont à l'avant-garde de tout ça. Maintenant, les élections, c'est une autre paire de manches.
C'est une autre... Voilà, d'abord, dans les élections, je vous ferai remarquer qu'il y a beaucoup de travailleurs qui s'abstiennent, qui sont complètement indifférents à ce cirque électoral, parce qu'ils savent qu'au lendemain de l'élection présidentielle, la galère, ça continuera pour eux. La précarité, le chômage, ça continuera. Donc, il y a ça. Il y a aussi, parce qu'on peut parler d'un autre déni démocratique, toutes les femmes et les hommes des classes populaires qui sont étrangers et qui n'ont pas le droit de vote. Donc, tout ça, ça existe aussi.
Et c'est dans votre programme, Nathalie Arthaud, une mesure phare, augmentation du SMIC. Il y a cinq ans, c'était 1800 euros net. Cette année, c'est 2000 euros net. Est-ce que c'est aussi valable pour les fonctionnaires ? C'est ma première question.
C'est valable pour tous, pour tous. Et c'est valable aussi pour les retraités, figurez-vous.
Donc, il va falloir que l'État le finance.
Non, il va falloir que le patronat le finance. Le grand patronat le finance.
Même l'augmentation du SMIC pour les fonctionnaires sera, selon vous, dans votre programme, financée par le grand patronat. Expliquez-nous.
De toute façon, vous savez, les richesses, les richesses, ça sont créés effectivement par les entreprises. Et elles sont créées par qui ? Par les travailleuses et les travailleurs. Par les ouvriers, par les employés, par les techniciens, par les ingénieurs. Toutes les richesses viennent de là. Ces richesses, aujourd'hui, on constate qu'elles vont enrichir une minorité de capitalistes qui, d'ailleurs, n'ont jamais été aussi riches. Et ça devient hallucinant.
Donc, vous taxez plus, vous réquisitionnez ces dividendes.
C'est l'idée toute simple que ces richesses-là, elles doivent d'abord et avant tout répondre aux besoins des classes populaires, aux besoins des travailleurs qui portent la société sur leurs épaules. Leurs besoins, donc, ça veut dire un emploi, un emploi pour tous. Nous, nous sommes pour zéro chômeur. Des salaires qui soient dignes, décents. Et nous, on pense que 2000 euros pour vivre sans avoir à compter, c'est la moindre des choses. Et puis, on pense aussi qu'il faut des hôpitaux publics. On pense aussi qu'il faut de l'éducation. On pense aussi qu'il faut... Et donc, cet argent-là, il faut les prendre, effectivement. Il faut prendre l'argent là où il est, tout simplement.
Le grand patronat, j'ai bien compris, Nathalie Arthaud, mais qui est le premier employeur en France ? Mais le... C'est l'artisanat ? Non. Moi, je pense... Nathalie Arthaud, je pense 2000 euros net.
Non, ce n'est pas l'artisanat, ce n'est pas vrai.
Je pense au patron de boulangerie. Tiens, d'ailleurs, Jérôme nous dit... Ma question pour Mme Arthaud. SMIC à 2000 euros, très bien. Mais quelle proportion de charge pour nous, les patrons ?
Alors, je ne sais pas si il est boulanger. Mais moi, je suis convaincue que les boulangers seraient ravis de voir leur clientèle populaire arriver pour acheter un gâteau, pour acheter une bonne tarte. Parce qu'en réalité, aujourd'hui, beaucoup de gens se privent. Oui, ils seraient ravis aussi de pouvoir payer la vendeuse. Beaucoup de gens se privent pour se nourrir, ne vont plus chez le coiffeur, etc. Nathalie Arthaud, vous ne répondez pas à la question de Jérôme. Si, je réponds. Parce qu'il y a un certain nombre d'artisans et de commerçants, je peux vous dire qu'ils seraient ravis que leur clientèle populaire ait une augmentation du pouvoir d'achat.
Ils seraient ravis de pouvoir augmenter aussi leurs salariés,
mais ils ne peuvent pas à hauteur de 2 000 euros net. Vous parlez des petites entreprises. Vous parlez précisément de ceux qui ont très peu de salariés, voire zéro salarié. Oui, mais c'est le premier employeur de France. Les charges qui pèsent sur eux, ce ne sont pas les salaires. Et par ailleurs, je tiens à dire que cette histoire de petites entreprises, c'est toujours l'alibi pour nous faire taire et pour qu'on ne revendique pas notre dû à nous, les travailleurs. Parce que, prenez Carrefour, ce n'est pas la petite entreprise du coin. Carrefour, vous êtes à 15 ans d'ancienneté, vous êtes à 1 300 euros net. Vous faites 20 ans d'ancienneté, vous êtes à 1 500 euros net.
Alors, j'en ai un petit peu marre. On utilise les petites entreprises toujours pour finalement occulter la responsabilité des grands groupes dans les salaires trop bas, les salaires de misère. C'est eux qui sont les responsables. Donc, il faut prendre le problème par ce bout-là.
Alors, laissons les TPE de côté, puisque vous voulez le faire. Nathalie Arthaud, écoutons un indépendant. Pascal nous appelle depuis le Gard, clinésithérapeute libérale. Bonjour Pascal. Oui, bonjour. Vous avez une question très précise pour Nathalie Arthaud.
Ah oui, bonjour madame Arthaud. Bonjour. Moi, ce que je voudrais vous dire, c'est que je suis tout à fait d'accord avec vous qu'on ne peut pas vivre avec 2 000 euros par mois. Et je vais même plus loin que vous. Moi, je propose même qu'on double les salaires. La seule chose qui va nous différencier, c'est la manière de le faire. Vous, vous ne voulez prendre l'argent soit aux entreprises du CAC 40, soit aux petites et moyennes entreprises, on vient d'en parler, soit éventuellement sur l'évasion fiscale. Mais est-ce qu'un pays comme le nôtre, 7e puissance mondiale, peut appuyer son budget sérieusement sur l'évasion fiscale ? Ce n'est pas sérieux.
L'Assemblée nationale ne votera jamais un budget sur quelque chose qui est hypothétique. Comment peut-on savoir quelle est l'évasion fiscale de cette année ou de l'année prochaine ? Bon, donc, ce que je veux dire, c'est qu'il serait beaucoup plus judicieux de vous tourner vers un peu de protectionnisme pour essayer de taxer les GAFA, mettre une taxe contre les produits étrangers, notamment les produits chinois, de façon à ce que ce soit l'État qui supporte cette augmentation des salaires et non pas le monde de l'entreprise. Merci Pascal.
Et je voudrais donc simplement vous dire qu'on ne peut pas vivre avec la carte vitale dans la poche de gauche, avec tout ce que ça peut donner comme avantage, les RTT, les congés payés, les remboursements médicaux, et dans la poche de droite, aller sur Amazon avec la carte bleue pour acheter des produits chinois.
Merci Pascal. Votre réponse, Nathalie Arthaud ?
Ma réponse, c'est que si nous voulons savoir véritablement quelles sont les richesses disponibles dans cette société, eh bien il faut imposer un contrôle sur les comptabilités, précisément de ces grands groupes et voir les contrats léonins qu'ils signent avec leurs fournisseurs, avec leurs sous-traitants. Je peux vous dire que si on faisait la transparence sur les comptabilités des multinationales, on verrait mais l'argent qui dégouline à un pôle. Moi, vous savez cet argent, d'ailleurs on le connaît, on voit qu'il s'empile à un pôle.
Je tiens à dire, par exemple, que la fortune de Bernard Arnault, elle n'a jamais été aussi importante, et au titre de 2021, il a touché quand même 3,8 millions par jour.
Et elle financerait l'intégralité de votre programme.
Vous vous rendez compte ? 3,8 millions par jour, deux SMIC à la minute, on va nous faire croire qu'il n'y a pas d'argent pour payer les salaires, pour embaucher. Eh bien moi, je ne suis pas d'accord avec ça. Et toute ma campagne, c'est de dire que, oui, on a les possibilités dans cette société de vivre dignement, et que les classes populaires et ceux qui produisent les richesses ont mille fois le droit d'accéder à cette vie décente.
Merci Nathalie Arthaud, candidate lutte ouvrière à l'élection présidentielle.
Nathalie Arthaud