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InterviewRMC — Face à Face (sur Podcast)· 19 avril 2023 21 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsSolidarités & familleImmigration & asileRetraites

Face à Face : Patrick Buisson - 19/04

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:18OuverteRéponse directe

    Bonjour Patrick Buisson. Vous publiez un livre qui s'appelle Décadence.

  • 0:25OuverteRéponse directe

    Vous aviez d'ailleurs fasciné Nicolas Sarkozy à une époque puisque vous aviez expliqué comment réussir à revenir au pouvoir.

  • 0:52OuverteRéponse directe

    Au fond, vous avez, beaucoup ont dit que la France se droitisait, mais on entend surtout la gauche quand même, non ?

  • 1:43OuverteRéponse directe

    Enfin, il a été élu face à Marine Le Pen.

  • 2:02OuverteRéponse directe

    On va revenir sur Marine Le Pen, puisque vous faites partie de ceux qui disent qu'elle ne pourra jamais accéder au pouvoir. J'aimerais bien comprendre pourquoi, mais allons-y.

  • 2:50OuverteRéponse directe

    Pourquoi ? Parce que de toute façon, il ne peut pas être candidat à sa propre succession, mais il n'y a pas de troisième mandat possible.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:33Invité politiqueChiffre
    « Quand on regarde l'étude du Cevipov qui fait autorité en la matière, on s'aperçoit qu'on a voté pour lui sur les items qui sont des items de droite. »
  • 3:06Invité politiqueFait
    « Les retraites, on sait qu'il faut la recommencer par une autre réformate d'ici 4 ou 5 ans. »
  • 3:57Invité politiqueFait
    « Alors, je dis ce que dit Bruno Rentailleau au Sénat, qui a fait amender le projet de loi gouvernementale, dans ce sens, notamment pour les carrières des mères de famille. »
  • 6:04Invité politiqueFait
    « Les syndicats parlent de mobilisation historique, il n'en est rien. En 1995, c'était beaucoup plus important. »
  • 6:47Invité politiqueFait
    « Nicolas Sarkozy dit que c'est une opportunité. Nous allons produire de l'image. »
  • 9:02Invité politiqueChiffre
    « Notre modèle démocratique n'arrive plus à fabriquer de légitimité. Le président de la République est élu par 38,5% des inscrits et les députés par moins d'un électorat. »
  • 9:22Invité politiqueChiffre
    « Certains experts au contraire disent que ça représente plusieurs milliards d'euros. »
  • 10:08Invité politiqueChiffre
    « Marine Le Pen dans les années 2015-2007 était donnée gagnante face à François Hollande qu'elle était également à 30 ou 31%. »
  • 11:26Invité politiqueFait
    « Elle a une quatrième échelle. Elle a besoin d'alliés, elle ne peut pas arriver au pouvoir toute seule. »
  • 11:45Invité politiqueChiffre
    « Elle a tiré 15%, 17% de l'électorat de Mélenchon. »
  • 15:19Invité politiqueFait
    « Les grandes lois dites d'émancipation débouchent aujourd'hui sur des formes d'aliénation que les féministes de la première génération ont pointé. »
  • 17:17Invité politiqueFait
    « Dans les familles ouvrières jusqu'en 1960, il y avait un matriarcat budgétaire. Les hommes travailleurs amenaient l'argent aux femmes qui leur donnaient d'argent de poche. »
  • 18:52Invité politiqueFait
    « La carence de la loi de Simone Veil, dont le discours qu'elle fait à l'Assemblée nationale, elle présente cette loi en disant que l'avortement sera l'ultime recours pour les situations de détresse. »
  • 19:51Invité politiqueFait
    « Il n'y a pas eu de remboursement dans un premier temps. Il a fallu attendre la révision de 1979 et elle a fait voter la loi à ce qu'on appelle ad experimentum. »

Temps de parole

  • Patrick Buisson70 %
  • Présentateur28 %

2,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC. RMC jusqu'à 9h. Apolline Matin. Face à face. Apolline de Malherbe. 8h33 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Patrick Buisson. Bonjour Apolline. Vous publiez un livre qui s'appelle Décadence. Vous êtes politologue, vous êtes historien, vous êtes expert des sondages. Vous aviez d'ailleurs fasciné Nicolas Sarkozy à une époque puisque vous aviez expliqué comment réussir à revenir au pouvoir. Nicolas Sarkozy qui a clairement pris ses distances d'avec vous. Mais enfin, vous êtes toujours celui qui murmure à l'oreille d'un Éric Zemmour, parfois d'une Marine Le Pen ou d'un Bruno Retailleau. Conseiller occulte diront certains, mauvais génie diront d'autres.

En tout cas, votre regard sur notre époque. Avec ce regard aussi sur la crise. Au fond, vous avez, beaucoup ont dit que la France se droitisait, mais on entend surtout la gauche quand même, non ?

1:00
Patrick Buisson

Oui, alors il faut peut-être essayer de comprendre ce qui s'est passé. J'ai écouté, comme tout le monde, le président de la République lundi soir. Et ma première réaction, c'est de me dire, tant d'intelligence pour tant d'incohérence. C'est-à-dire ? C'est un grand mystère Emmanuel Macron qui n'est pas prêt d'être dissipé. On n'a pas suffisamment été attentifs à ce qui s'est passé dans l'élection présidentielle. Emmanuel Macron a été réélu avec un électorat qui s'est considérablement droitisé. Quand on regarde l'étude du Cevipov qui fait autorité en la matière, on s'aperçoit qu'on a voté pour lui sur les items qui sont des items de droite.

Sécurité, souveraineté, demande de leadership et d'autorité exécutive.

1:43
Présentateur

Enfin, il a été élu face à Marine Le Pen.

1:44
Patrick Buisson

Il a été élu face à Marine Le Pen, mais aujourd'hui, vous êtes capable de positionner Marine Le Pen sur l'échiquier ? Ou est-ce capable de dire qu'elle est plutôt de droite, plutôt de gauche ? Moi, je n'en sais absolument rien. Vous ne diriez pas que Marine Le Pen est de droite ? Écoutez, en tout cas, elle ne se reconnaît pas comme telle, c'est le moins qu'on puisse dire.

2:02
Présentateur

On va revenir sur Marine Le Pen, puisque vous faites partie de ceux qui disent qu'elle ne pourra jamais accéder au pouvoir. J'aimerais bien comprendre pourquoi, mais allons-y. Emmanuel Macron a dit ça.

2:09
Patrick Buisson

Il a été élu dans ses conditions. Bon, qu'est-ce qu'il fait ? C'est pour ça que je parle d'incohérence. Eh bien, il va sortir de son nouveau gouvernement, alors qu'il n'a pas de majorité. Les marqueurs de droite. Blanquer, Jean Cassex, il fait un collaborateur de Sarkozy, un homme du terroir, pour le remplacer par les marqueurs de gauche. Et il s'est donné aujourd'hui d'être dans une impasse extraordinaire. Ce qui est surprenant, c'est sa surprise. Et je dirais aussi, tant d'intelligence pour tant d'insignifiance. Alors, peut-être que c'est un propos trop dur, mais quand même. Ce président, il a une chance extraordinaire.

Il est réélu et il a la possibilité de changer de temporalité politique, de passer du temps court des individus au temps long.

2:50
Présentateur

Pourquoi ? Parce que de toute façon, il ne peut pas être candidat à sa propre succession, mais il n'y a pas de troisième mandat possible.

2:55
Patrick Buisson

Voilà, il n'y a pas de sanction possible au sortir de son mandat. Donc, il a la possibilité de servir le bien commun, de braver l'impopularité et prendre des mesures de fond. Il ne le fait pas. Regardez les retraites. Les retraites, on sait qu'il faut la recommencer par une autre réformate d'ici 4 ou 5 ans. L'enjeu matriciel des retraites dans un système de répartition, ce sont les cotisants, les actifs. C'était pour lui l'occasion de relancer une grande politique familiale. Par exemple, de revenir sur les décisions de Hollande, qui a mis fin à l'universalité des allocations familiales, qui a plafonné le coefficient familial. Il ne le fait pas.

Alors, ça ne sert à rien de s'agiter, de manifester, de gesticuler. Les années de retraite perdues, ce sont les enfants que l'on n'a pas eus. La démographie est une science humaine la plus implacable qu'il soit, parce que c'est une science humaine exacte. Probablement la seule. Là, pour le coup, vous dites ce que dit Marine Le Pen.

3:45
Présentateur

Une des réponses de Marine Le Pen à la crise des retraites, ou en tout cas à la question de l'équilibre des retraites, c'est aussi de relancer la politique familiale.

3:53
Patrick Buisson

Alors, je dis ce que dit Bruno Rentailleau au Sénat, qui a fait amender le projet de loi gouvernementale, dans ce sens, notamment pour les carrières des mères de famille. Voilà. Les mères de famille, ça vous aimait bien. C'est un marqueur de la droite, très chiant. Et puis, je veux dire, la maternité fait partie des options offertes aux femmes, une option qui n'est plus du tout aujourd'hui encouragée.

4:16
Présentateur

On va y revenir, parce que vous avez quand même une vision de la femme. Je vous avais reçue une première fois, et je me souviens très bien de vous avoir dit est-ce que je vous fais peur ? Et je vous avais sentie assez décontenancée, mais est-ce que j'avais l'impression que les femmes vous faisaient peur ? On va y revenir, parce qu'il y a quand même vraiment quelque chose là-dessus.

Mais Patrick Buisson, quand vous analysez aujourd'hui les rapports de force entre la droite et la gauche dans le pays, vous qui êtes un spécialiste des sondages, aujourd'hui, c'est la droite qui gagne, et pourtant, la droite, vous avez évoqué Bruno Rentailleau, honnêtement, la droite, la droite traditionnelle aujourd'hui, elle sort en miettes et quasi inexistence. Est-ce qu'elle a encore une chance de se refaire, en quelque sorte ?

4:50
Patrick Buisson

Alors, je ne dis pas du tout que la droite a remporté cette séquence, au contraire, je crois que la gauche sort très renforcée de cette séquence. Et je voudrais parler de ce qui s'est passé ces trois derniers mois, qui est quand même, à mon avis, le commentariat ne vient pas du tout sur ce terrain. On a assisté à un jeu de rôle, à un théâtre d'ombre, j'appelle ça une exposition vintage en plein air, dans lequel il y a une complicité objective entre le pouvoir et l'intersyndical. Ça ne vous est pas apparu, mais c'est la réalité. Ils ne sont pas très copains en ce moment. Ben écoutez, chacun est gagnant-gagnant, dans un jeu de rôle qu'on connaît de chacun. Chacun est dans son rôle.

Chacun est dans son rôle, et chacun tire un profit. L'objectif commun, c'était d'en tirer le mouvement des Gilets jaunes. La protestation incontrôlable, qui a donné tant de surfreude, à la fois à l'exécutif et au syndicat, puisqu'ils sortaient des canons ordinaires de l'action, de la revendication sociale. Et ils ont parfaitement réussi, et l'un et l'autre. Les syndicats ont retrouvé du lustre, ont été relégitimés. Moyennant quoi, après le 1er mai, ils vont replier les calicots jusqu'à la prochaine. Mais ils ont retrouvé une force et une légitimité. Et le pouvoir a pu surjouer la fermeté, attirer à lui le parti de l'ordre, et en tire évidemment un profit.

Donc tout ça est un jeu de rôle que l'on connaît bien. Les syndicats parlent de mobilisation historique, il n'en est rien. En 1995, c'était beaucoup plus important. Et même en 2010, où j'étais auprès de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Donc, si vous voulez...

6:14
Présentateur

En 2010, vous étiez auprès de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Vous aviez été conseiller auprès de Nicolas Sarkozy alors qu'il était à Beauvau. Il en a traversé des crises. C'est-à-dire que là, vous dites, chacun est dans son rôle. Mais quand la droite était au pouvoir et qu'elle se retrouvait avec, dans la rue, les révoltes du CPE, par exemple, chacun était aussi dans son rôle à ce moment-là ?

6:33
Patrick Buisson

Ah oui. Et avec la même appétence, finalement, c'est-à-dire de tirer un profit politique de l'agitation sociale. Vous vous racontez une histoire. Au moment des manifestations du CPE, en mars 2006. Voilà. Qu'est-ce qui se passe ? Nicolas Sarkozy dit que c'est une opportunité. Nous allons produire de l'image. Il est ministre de l'intérieur. Nous allons produire de l'image. Produire de l'image, ça veut dire créer des brèches dans les manifestations pour que les casseurs, les plieurs, puissent pendant un court instant s'en prendre à leurs objectifs, c'est-à-dire les boutiques, les magasins, le mobilier urbain, sans que la police n'intervienne.

Certains appelaient ça des zones médiatico-récréatives. On attirait les caméras de télévision, les journalistes. On avait de l'image pour déconsidérer le mouvement. C'est l'objectif de toute police et de tout pouvoir politique.

7:28
Présentateur

C'est très grave ce que vous dites, Patrick Busson. Vous laissez entendre.

7:30
Patrick Buisson

Je ne laisse pas entendre. Vous racontez.

7:33
Présentateur

C'est une pratique immémoriale. Les politiques ont intérêt à ce que ça dégénère. Bien sûr. Et que Nicolas Sarkozy a même tiré profit, ni en scène presque.

7:42
Patrick Buisson

Mais il l'a fait avec beaucoup plus d'habileté que le pouvoir actuel. C'est toute la différence, ça se voyait moins. Mais toutes les policiers ou les pouvoirs agissent de la même manière. C'est une constante.

7:51
Présentateur

Chacun est donc dans son rôle. Voilà ce que vous en dites. Vous dites qu'au fond, Emmanuel Macron a sorti les éléments les plus à droite et a gardé les éléments les plus à gauche. Pour autant, il a gardé aussi un Bruno Le Maire, un Gérald Darmanin, qui eux aussi sont issus de la droite. Et dès sa déclaration de lundi soir, il a laissé un certain nombre de petits messages. Quand il dit qu'on va s'attaquer à l'immigration en étant davantage ferme. Quand il dit qu'on va s'attaquer à la fraude fiscale et sociale. Et que c'est relayé ensuite par les arguments d'un Gabriel Attal ou d'un Bruno Le Maire, ministre de l'économie, qui était mon invité hier. Je voudrais que vous écoutiez ses propos.

Nos compatriotes, légitimement, en ont ras-le-bol de la fraude. Ils en ont ras-le-bol de voir des personnes qui peuvent toucher des aides qu'ils payent eux-mêmes. C'est le contribuable qu'ils payent, c'est l'entrepreneur. C'est le salarié qui paye ses aides. Ce n'est pas mon argent. C'est l'argent du contribuable. Il n'a aucune envie de voir que des personnes peuvent en bénéficier, le renvoyer au Maghreb ou ailleurs, alors qu'ils n'y ont pas droit. Ça, c'est pour faire plaisir quand même à l'électorat de Marie-Le Pen, non ?

8:50
Patrick Buisson

C'est extraordinaire ces politiques qui découvrent des réalités qui existent depuis des décennies. Allez vous étonner après qu'il y ait 54 ou 55% d'abstention aux élections législatives. Notre modèle démocratique n'arrive plus à fabriquer de légitimité. Le président de la République est élu par 38,5% des inscrits et les députés par moins d'un électorat.

9:10
Présentateur

Quand vous dites les réalités, vous voulez dire quoi ? Vous voulez dire la réalité de la fraude ou la réalité ?

9:13
Patrick Buisson

La fraude sociale, ça existe depuis très longtemps.

9:17
Présentateur

C'est quand même très largement exagéré, quand même mythifié.

9:20
Patrick Buisson

Écoutez, moi je n'ai absolument aucun élément qui me permette. Certains experts au contraire disent que ça représente plusieurs milliards d'euros. Moi je n'ai aucun élément à la position.

9:28
Présentateur

Mais quand on regarde par exemple, il y a eu un fantasme de centenaires qui vivraient en Algérie pour toucher la retraite alors qu'en fait ils seraient décédés et que leur famille ne leur aurait pas dit. On a les chiffres, il y a 687 centenaires qui vivent actuellement en Algérie et qui touchent leur retraite. C'est donc un mythe total d'avoir jeté comme ça en pâture des soi-disant familles qui n'auraient pas déclaré leur mort.

9:51
Patrick Buisson

Eh bien c'est bien la preuve de ce que je vous disais au début de mon propos à savoir que la Macronie est en train de prendre conscience de la droitisation de son électorat et qu'ils essayent de faire la politique de leurs électeurs y compris en marchant sur les plate-bandes d'Éric Jemmour ou de Marine Le Pen. Je voudrais dire quelque chose à propos de Marine Le Pen. Le commentariat a oublié que Marine Le Pen dans les années 2015-2007 était donnée gagnante face à François Hollande qu'elle était également à 30 ou 31%. C'est une espèce de consensus autour de l'élection pratiquement annoncée de Marine Le Pen va relancer ce que j'ai justement appelé le carnaval antifasciste.

On va avoir des sondages alarmistes, on va avoir des prophéties autoréalisatrices parce que ça arrange tout le monde.

10:34
Présentateur

Quand on dit de plus en plus que Marine Le Pen non seulement pourrait gagner mais même qu'elle va gagner, c'est ce que vous appelez une prophétie autoréalisatrice ?

10:42
Patrick Buisson

Oui tout à fait, parce que tous ses opposants... Ce n'est pas pour s'en inquiéter pour vous ? Non, mais c'est pour la matière dans son statut de challenger. Il n'y a pas si longtemps, M. Mélenchon disait n'importe qui peut être élu avec l'élégance qu'il caractérise, je ne sais pas si lui a peur des femmes, face à Marine Le Pen, même une chèvre, c'était la formule de Mélenchon. La gauche pense qu'elle ne peut revenir au pouvoir que face à Marine Le Pen. La droite sait que Marine Le Pen sera également pour elle.

11:06
Présentateur

Alors si je vous prends à votre jeu, Patrick Buisson, vous dites que ceux qui disent qu'elle va gagner, en fait c'est parce qu'ils pensent qu'elles ne vont pas gagner et que c'est par intérêt, en fait vous vous dites qu'elle ne va pas gagner parce que vous avez vraiment envie qu'elle gagne.

11:18
Patrick Buisson

Pas du tout, pas du tout. Moi je suis observateur, j'essaie d'analyser ce qui se passe avec un maximum de neutralité. Je pense que Marine Le Pen a fait une option qui la conduit à une impasse. Elle a une quatrième échelle. Elle a besoin d'alliés, elle ne peut pas arriver au pouvoir toute seule. Elle a plutôt cherché ses alliés à gauche. Par deux fois, entre 2017 et 2022, dans l'entre-deux-tours, elle a tendu la main à Mélenchon avec le succès qu'on est. On sait. Elle a tiré 15%, 17% de l'électorat de Mélenchon. Alors que je pense que les réserves naturelles sont visuées de croissance, se situent plutôt à droite. Il y a plus grand monde à droite ?

Il y a peut-être plus grand monde, mais en tout cas, je ne sais pas, mais précisément ça faisait 12%. Les électeurs de Macron sont aussi à droite pour partie que le sont les électeurs de Pétre.

12:02
Présentateur

Vous avez le même discours, mais avec le succès que l'on sait.

12:05
Patrick Buisson

Mais pas ce qu'elle fait. Elle fait l'erreur d'analyse. Elle pense que la diabolisation vient de sa radicalité. La radicalité n'effraie pas les électeurs. Zemmour a fait ses meilleurs scores dans les quartiers bourgeois, chez les CSP+. Ce qui effraie les Français, c'est le problème pour le Rassemblement national, c'est celui de la crédibilité politique. Les Français savent qu'il n'y a pas d'équipe de gouvernement autour de Marine Le Pen et qu'elle n'a pas l'aptitude à gouverner. C'est ça le principal handicap.

Si elle attirait les électeurs de droite et pour partie les cadres de droite, peut-être remédirait-elle à cette carence qui, à mon avis, aujourd'hui, est la plus importante et plus importante que la radicalité présumée.

12:44
Présentateur

Ça veut dire que quand elle se démarque de l'attitude de la France insoumise, par exemple, en jouant, elle, une forme de respectabilité qui ne serait pas le cas des élus, la France insoumise, elle se trompe, d'après vous ?

12:58
Patrick Buisson

Oui, moi, je pense que ce qu'elle appelle la stratégie de la cravate se terminera en nous coulant, car le spectacle que donne l'Assemblée risque de susciter une vague d'antiparlementarisme comparable à celle qui a ramené le général de Gaulle au pouvoir en 1958 et que l'opinion ne fera pas la différence. On va changer de régime,

13:14
Présentateur

on va changer de république. Pierre Rosanvallon, qui est un historien, honnêtement, vous n'avez pas grand-chose en commun dans votre analyse habituelle de la France, mais il dit à peu près la même chose que vous sur la période que l'on traverse. Il dit qu'au fond, les institutions, dit-il, sont respectées, mais l'esprit des lois est bafoué. Nous sommes entrés dans une crise qui peut être gravissime. Il estime même que la crise de mai 68 a été plus féconde. À quel point de vue ? Du point de vue notamment des institutions, parce qu'au moins, il y a eu une réponse politique et que ce n'est même pas le cas cette fois-ci.

13:44
Patrick Buisson

Oui, qui a débouché, je vous rappelle, sur une majorité introuvable à la Chambre, mais qui n'a en rien modifié l'équilibre des pouvoirs.

13:51
Présentateur

Alors ça va déboucher sur quoi, celle-ci ?

13:53
Patrick Buisson

Écoutez, la demande de démocratie directe était une des demandes des Gilets jaunes. On voit bien que le pouvoir recule devant ce qui était le moyen qui permettait de relégitimer tout pouvoir, c'est-à-dire le référendum général de Gaulle en a usé, et Dieu sait s'il avait une autorité naturelle. Il y a la volonté de ne plus consulter le peuple, tant qu'on est dans l'entre-soi des politiques. Effectivement, la crise institutionnelle ne peut pas.

14:17
Présentateur

Pardon, les élections présidentielles, c'est une manière de consulter les peuples. Oui, avec un taux de participation. Vous dites qu'il n'y aurait pas de légitimité dans la sortie des urnes.

14:26
Patrick Buisson

Avec un taux de participation.

14:27
Présentateur

Vous n'allez pas aller tirer les gens de chez eux pour les obliger à voter, que ce soit pour un référendum ou pour une élection présidentielle.

14:31
Patrick Buisson

Vous avez regardé par exemple le référendum sur la constitution européenne en 2005, qui avait passionné les Français, créé un vrai débat d'idées. Il n'y avait plus le filtre de la personnalisation. On ne votait pas pour ou contre Chirac, on votait en fonction de ses idées, des convictions qu'on s'était faites, en écoutant le débat. C'est l'exercice démocratique le plus simple, puisqu'il n'y a pas le filtre du culte de la personnalité ou de l'incarnation qui peut s'attacher à tel ou tel candidat. Et aucun politique n'a voulu y avoir recours, ou ne veut y avoir recours.

Tant que nous n'avons pas cette respiration démocratique, vous voyez bien, au bout de même pas un an, Emmanuel Macron n'a plus de marge politique.

15:11
Présentateur

Patrick Buisson, l'émancipation des femmes a conduit finalement à une forme d'aliénation. Voilà ce que vous dites. Ça veut dire quoi ça ?

15:19
Patrick Buisson

Ça veut dire que les grandes lois dites d'émancipation débouchent aujourd'hui sur des formes d'aliénation que les féministes de la première génération ont pointé. Elles ont dit, au fond, c'est le mot d'ordre de la phallocratie qui a triomphé. L'accouplement sans engagement, sans avoir à assurer l'entretien financier ou sentimental de nombreux partenaires. L'exploitation sexuelle massive des femmes, le libre accès au corps féminin avec la marchandisation et notamment la déferlante pornographique à partir de 1975. Ce sont des éléments qui ont été tout de suite intégrés par le mouvement féministe, en disant, attention...

Le fait que la femme, aujourd'hui, soit capable de dire non, ça, ce n'est pas un progrès ? Attendez, mais c'est certainement un progrès. Je pense qu'elle était tout aussi capable de dire non auparavant. Il n'y a rien changé de ce point de vue-là. Ce qui a changé, en revanche, et c'est ce qu'ont dit les féministes très tôt, sous l'impulsion, d'ailleurs, du mouvement américain, c'est que ces lois ont abouti finalement à une domination accrue des impératifs sexuels masculins. On avait un marché de l'offre sexuelle qui a explosé et le coût social de la relation s'est effondré. C'est-à-dire la monnaie d'échange des femmes... Vous avez une obsession des femmes.

Mais non, mais ce n'est pas une obsession du tout, c'est une réalité. Je veux dire, par exemple, le mariage s'est effondré...

16:34
Présentateur

Qu'est-ce qui était mieux quand nous, les femmes, nous restions à la maison et qu'on s'occupait des enfants

16:40
Patrick Buisson

et de l'argent du foyer uniquement ? Cette caricature, à mon avis, dénature profondément le travail que j'ai fait. Alors, dites-nous. Le travail est une option qui devait être présentée au même titre que la maternité. Le marché et le monde politique... Mais le fait que la femme n'ait plus à choisir, justement, entre la maternité et le travail... Le travail féminin a toujours existé. Ce qui était nouveau, c'est le salariat féminin. C'est-à-dire qu'on ne travaille plus chez soi, dans l'exploitation agricole, dans le commerce, dans la boutique. Simplement, on a fait en sorte que...

17:08
Présentateur

Pour lesquels on était la plupart du temps salarié, voire même pas salarié du tout, mais de son mari.

17:13
Patrick Buisson

Oui, ça arrivait. Oui, parfaitement. Donc, on a changé de patrouille. Rétablissons la vérité sur le patriarcat. Dans les familles ouvrières jusqu'en 1960, il y avait un matriarcat budgétaire. Les hommes travailleurs amenaient l'argent aux femmes qui leur donnaient d'argent de poche. Elles sont peut-être contentes de gagner leur vie. Bon, ça s'est passé comme ça. Donc, voyons ce qui s'est passé.

Au lieu de faire en sorte d'adapter le capitalisme, le marché aux femmes, leur créer des conditions pour qu'elles puissent travailler compte tenu de ce qu'elles sont, de leur nature, j'ai bien que la notion de nature est sur lui contestée, on a voulu, on a imposé aux femmes l'aliénation, ce que je vous prends un terme qui est employé par les fils, c'est la réification. La pilule, le stérilat, c'est-à-dire qu'il faut vous adapter, adapter votre corps au marché du travail et non que le marché du travail... Mais vous ne croyez pas que les femmes ont juste envie de pouvoir choisir quand elles auront les enfants ou pas ?

Mais je vous fais remarquer simplement qu'on leur a imposé une contrainte et d'ailleurs... C'est une contrainte pour vous la pilule ? Mais attendez, les mouvements féministes, dès le départ, ont pointé l'instrumentalisation technico-marchande à l'égard des laboratoires pharmaceutiques. Vous ne vous réjouissez pas qu'aujourd'hui en France, on puisse à la fois travailler et avoir des enfants ? Est-ce que ce n'est pas le plus grand progrès ? Mais personne n'en dit ce qu'on vient. Mais auparavant, je vous signale que nous étions avec des méthodes de contraceptitude dite naturelle, le pays qui avait le plus faible taux de fécondité.

C'est-à-dire que la contraception existait de la même manière et les femmes avaient la possibilité

18:36
Présentateur

de faire ces choix. de l'impossibilité éventuelle ou en tout cas du spectre de l'interdiction de l'avortement aux Etats-Unis. Est-ce que ce n'est pas le signal qu'aujourd'hui, au fond, le féminisme et la libération de la femme est menacé ?

18:49
Patrick Buisson

Mais je ne crois pas du tout. Je dis simplement que la carence de la loi de Simone Veil, dont le discours qu'elle fait à l'Assemblée nationale, elle présente cette loi en disant que l'avortement sera l'ultime recours pour les situations de détresse. Et elle ajoute, naturellement, nous allons accompagner cette loi d'une grande politique familiale avec des mesures de soutien pour les mères de famille. Le problème, c'est que la politique familiale promise pour calmer les députés gaullistes, nous sommes un an après l'élection de Giscard, ne viendra jamais. Moyenant quoi, nous connaissons les problèmes de démographie qui sont les nôtres depuis maintenant 30 ans ou 40 ans.

Il a manqué ce volet à la politique de Simone Veil et nous n'avons jamais rattrapé sur ce terrain, effectivement, le fait d'avoir renoncé à la grande politique familiale qui était celle de la résistance et du général de Gaulle en 1945.

19:38
Présentateur

Vous laissez entendre, d'ailleurs, dans votre livre que Simone Veil, elle-même, ne croyait pas à sa loi ?

19:43
Patrick Buisson

Non, elle a été obligée de faire des constitutions qu'elle ne voulait pas faire pour, justement, essayer de calmer la majorité. Elle était favorable au remboursement. Il n'y a pas eu de remboursement dans un premier temps. Il a fallu attendre la révision de 1979 et elle a fait voter la loi à ce qu'on appelle ad experimentum, c'est-à-dire qu'elle devait être discutée dans 5 ans pour calmer ou apaiser la conscience des députés gaullistes qui était convaincue.

20:04
Présentateur

Elle a été convaincue malgré tout par le fond de sa loi.

20:07
Patrick Buisson

Ah, mais elle était parfaitement convaincue. Simplement, moi, ce qui m'a frappé en regardant les débats, c'est que une notion qui est aujourd'hui au cœur de la polémique, le grand remplacement, c'était le fil rouge de l'intervention de tous les gaullistes, y compris Debray. Debray m'ont attribué en disant madame, vous faites une monumentale erreur historique. Nous allons choisir de vieillir et de décroître quand des peuples à côté de nous, de l'autre côté de la Méditerranée, ont choisi de rajeunir et d'augmenter et de croître. Nous allons le payer.

20:35
Présentateur

Et de ce point de vue-là, vous l'avez d'ailleurs souvent dit et ça a été vu comme une forme de paradoxe, vous dites votre admiration pour ceux qui justement ont de nombreux enfants et y compris dans des pays qui paraissent éloigner de vos idées et qui sont des pays à majorité musulmane.

20:51
Patrick Buisson

Effectivement, les techniques de contraception ont été un moyen pour l'impérialisme américain à l'époque de jubuler l'explosion démographique du tiers-monde et d'ailleurs les leaders du tiers-monde ont bien vu cette forme d'impérialisme culturel.

21:08
Présentateur

Patrick Buisson, merci en tout cas d'être venu ce matin. Votre livre Décadence aux éditions Albin Michel, 8h54 sur RMC BFMT.