Quel avenir pour la francophonie ? - Avec L'Assemblée Parlementaire de la Francophonie
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Tu connais le club Backseat ? Avec un abonnement à 15€ par mois, tu peux intégrer ce club très fermé et bénéficier de plein d'avantages. Parmi eux, ton nom au générique de l'émission, la VOD YouTube en avant-première dès le vendredi matin, les vidéos bonus en avance, l'accès au débrief, mais surtout, la possibilité de venir dans le public gratuitement à la dernière minute, l'invitation à des événements VIP et une magnifique carte de membre ultra collector. Le club Backseat, c'est le plus grand soutien que tu puisses apporter à l'émission, alors je te donne rendez-vous sur KissKissBankBank, le lien est en description sous la vidéo. Tout de suite, ta VOD.
Bonjour à tous, bienvenue sur Backseat, bonsoir ! Bonsoir le public, merci beaucoup d'être là, vous êtes merveilleux, bonsoir à vous, vous êtes très nombreux ce soir, ça fait super plaisir de vous accueillir, bonsoir à toutes celles et à tous ceux qui nous regardent en direct sur Twitch, vous êtes là, vous êtes avec nous, le chat, bonsoir à vous, bonjour si vous nous regardez en replay sur YouTube, vous êtes super nombreux et nombreux à nous regarder sur YouTube, et bonsoir et bonjour si vous nous écoutez aussi en podcast, là aussi vous êtes très nombreux et très nombreux, on fera un petit point là-dessus plus tard dans l'émission.
Chers amis, ce soir dans l'émission Backseat, une émission exceptionnelle, on va parler d'actualité, on va parler de politique, on va parler de beaucoup de choses, mais avant ça, un B4, un B4 sponsorisé ce soir, on est en partenariat avec l'Assemblée parlementaire de la francophonie, et j'ai l'immense plaisir d'accueillir sur ce plateau Bruno Fuchs ! Bonsoir Bruno Fuchs, bonsoir, bonsoir, merci d'être avec nous, vous êtes député modem de la 6ème circonscription du Haut-Rhin, membre de la commission des affaires étrangères à l'Assemblée nationale, et surtout délégué général de cette Assemblée parlementaire de la francophonie, avec qui on a le plaisir de faire un partenariat ce soir.
C'est très gentil à vous de m'inviter. Merci à vous pour ce partenariat, on va parler de francophonie du coup ce soir, vous faites ce que vous voulez, c'est pour vous foutre de ma gueule que vous dites ça ?
Non, vous voulez le truc qui marche !
Au demeurant, vous auriez le droit. Parce qu'on va parler de cette Assemblée parlementaire, mais avant ça, on va parler de la francophonie. De quoi on parle quand on parle de francophonie ?
On parle d'abord de l'espace dans lequel il y a 90 pays qui ont rejoint cet espace, dans lesquels il y a un nombre important de locuteurs qui parlent le français. D'accord. Et à travers ça, une fois qu'on a la langue, on parle surtout de valeurs, de modèles de gouvernance, par exemple de liberté publique, d'état de droit, ce qui n'est pas le cas de tous les pays. Quand on voit la Russie, quand on voit la Chine, quand on voit d'autres pays, on ne vit pas comme ça. Donc c'est aussi une façon de vivre.
Alors parlez-nous un peu de cet espace francophone aujourd'hui. Où est-ce qu'on parle français dans le monde ? Ça tremble à quoi ? Partout. C'est pas une bonne réponse ça.
Je vais détailler. Allez-y s'il vous plaît. Partout dans le monde. En Europe, bien évidemment. On parle beaucoup en Afrique. Grande majorité, le premier pays francophone, c'est la RDC. C'est le Congo. C'est la République du Congo. Oui, c'est ça. La République démocratique du Congo. Son voisin aussi parle, mais ils sont moins nombreux, mais ils parlent aussi bien le français qu'eux. Donc c'est le premier pays au monde en nombre de populations. Voilà, il y a plus de 120 millions de personnes. Et il y en a un peu plus qu'en France, je pense, qui parlent le français. On ne sait pas à l'unité près. Mais en gros, voilà le premier pays. Et puis après, on en retrouve également dans le Pacifique.
On en retrouve en Amérique, par exemple en Louisiane. On en retrouve dans le Nouveau-Brunswick, etc. Voilà. Puis après, en Amérique du Sud aussi, on en retrouve beaucoup.
Dans quel pays ? En Amérique du Sud ? Argentine, Brésil, Chili. Voilà. On en retrouve beaucoup. En 2018, le français, c'est la cinquième langue la plus parlée au monde, avec 300 millions de locuteurs. Ça représente 4% de la population mondiale. Un terrien sur 26 parle le français. C'est une langue en déclin ou une langue de plus en plus parlée ?
C'est aujourd'hui une langue qui est très apprise. Il y a 120 millions de personnes qui apprennent le français dans le monde. Donc c'est la deuxième langue apprise dans le monde. C'est la deuxième langue de business, en tout cas pour utiliser un mot franco. franco-anglais dans le monde. En revanche, on peut se poser la question de ce qui va se passer dans 10, 15 ou 20 ans. S'il n'y a pas un gros effort d'apprentissage du français, d'attractivité du français. Parce qu'aujourd'hui, ce n'est pas aujourd'hui ce que le public, je ne sais pas vers quel espace vous tournez. Peut-être plutôt vers un espace anglophone. On parle plutôt l'anglais, le chinois peut-être, ou d'autres langues.
Donc il faut qu'au-delà de la langue, il faut que cet espace soit attractif, qui réponde notamment à la jeunesse. En Afrique, vous avez la moitié de la population qui a moins de 19 ans. Donc si vous ne leur parlez que de la langue, de Victor Hugo, c'est bien. Mais ce n'est pas ça qui l'intéresse. Ce qui l'intéresse, c'est d'avoir du travail, d'avoir une formation, d'avoir aussi des libertés publiques. Donc il faut leur donner. Il faut que cet espace franco-anglais réponde à des intérêts.
Mais en quoi est-ce que la langue, c'est un outil de pouvoir ? En quoi est-ce que la langue, c'est un outil d'influence ? Vous parliez tout à l'heure d'une langue qui véhicule des valeurs. En quoi est-ce que le français véhiculerait des valeurs plus que l'anglais, l'espagnol ou autre chose ?
Il y a le français lui-même. Mais non, il y a l'histoire qui lit l'ensemble des pays. On a une histoire avec certains pays d'Afrique. On a une histoire avec les gens qui parlent la même langue. Moi, à l'APF, la première fois que j'y étais, j'ai vu un Vietnamien, un Sénégalais qui ne s'était jamais vu, qui se sont embrassés parce qu'ils sont dans le même espace francophone. Ils partagent. On a signé une charte à Cotonou. On a signé une charte d'engagement. Enfin, les pays l'ont fait, dans laquelle ils défendent l'égalité homme-femme. Ils défendent la démocratie. Ils défendent un grand nombre de pratiques aujourd'hui qu'on ne retrouve pas dans tous les pays. Et ça, ça crée du lien.
Ce n'est pas la langue elle-même. C'est le fait de pratiquer cette langue qui crée du lien. Et c'est les engagements de ces pays-là.
Quand vous parlez de l'histoire, j'ai vu quelqu'un dans le chat tout à l'heure qui rappelait que l'histoire de la langue française en Afrique, c'est d'abord celui de la colonisation et de l'esclavage.
C'est un vrai sujet. C'est un vrai sujet. Je viens de faire un rapport, justement, sur la relation entre l'Afrique et la France à l'Assemblée nationale. Sur ce sujet-là, il y a la colonisation et il y a aussi la liberté, les indépendances également. Donc, il faut faire le solde. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, si on parle de ce sujet-là, la France a un regard qu'on doit porter vis-à-vis de la colonisation et des indépendances. Et cette période-là n'est pas soldée. Il y a un gros travail à faire. Il y a un énorme travail de mémoire à faire. Par exemple, au Sénégal, je reviens du Sénégal, vous avez un nombre important de Sénégalais qui ont donné leur vie lors des guerres en France.
Ils n'ont pas été reconnus à leur juste valeur.
Parlez-nous de cette Assemblée parlementaire de la francophonie. Qu'est-ce que c'est que cette institution ?
C'est l'Assemblée qui représente toutes les assemblées nationales de tous les pays de la francophonie.
D'accord, c'est aussi simple que ça. Donc, il n'y a que des élus qui y siègent ?
Il n'y a que des parlementaires, des élus, des parlementaires. Et donc, les parlementaires, ce sont les représentants des populations. Donc, quand il y a des États qui s'engueulent ou ne sont pas d'accord entre eux, les parlementaires, eux, ils continuent de parler. Ils font la diplomatie, ils continuent. Moi, j'ai la même façon de parler avec mes amis au Mali, au Burkina Faso, au Gabon qu'avant. Ça n'a pas changé. On continue de se parler. Alors, les États sont... Si les gouvernements se font la gueule, les parlementaires peuvent continuer à parler. Ça peut arriver. Bien sûr, bien sûr. Mais là, oui, bien sûr. J'ai discuté au Sénégal pendant un long moment avec un parlementaire malien.
Et on regarde comment... Moi, j'habite Mulhouse. Et à Mulhouse, il y a une très forte communauté malienne. Pas combien de dizaines de milliers de personnes. Voilà. Mais il y a des mariages entre maliens et français ou entre maliennes et français. Et donc, voilà, ces gens-là n'arrêtent pas de vivre ensemble. Donc, ce n'est pas les États qui, forcément, décident des relations entre les individus. Et nous, on représente les individus, les citoyens, les populations.
Donc, c'est une assemblée parlementaire. Et comme dans toutes les assemblées, comme dans l'Assemblée nationale française, il y a des commissions aussi à l'Assemblée de la francophonie. Commission de l'éducation, commission de la culture, de la communication. Ça sert à quoi, en fait, cet organe ?
On travaille pour essayer de faire en sorte que, dans les différents parlements, on puisse voter des lois qui favorisent la vie des citoyens dans leur pays. On a deux grands réseaux. Un réseau des jeunes parlementaires, qui travaille sur la façon dont on peut favoriser la jeunesse dans les parlements. Et donc, les sujets qui intéressent la jeunesse, mais on a aussi un réseau des femmes, donc des parlementaires de femmes, qui travaillent sur la reconnaissance dans les parlements de la présence et de l'importance des femmes.
On vient de faire un séminaire en Côte d'Ivoire, un autre au Sénégal, on prend cet exemple-là, sur la capacité des femmes à mieux exercer leur fonction de parlementaire, et être plus influentes, justement, dans l'espace, dans leur pays.
C'est quoi la différence entre cette Assemblée, dont vous êtes le délégué général, je le rappelle, et l'Organisation Internationale de la Francophonie, l'OIF ?
Nous, c'est le Parlement, ce sont les parlements, et l'OIF, c'est les États, les exécutifs. C'est comme le gouvernement et le Parlement. C'est ça, la différence. D'accord, très bien. Vous voulez que je fasse plus long ?
Non, non, non, vous pouvez faire plus long, vous pouvez nous expliquer. Non, mais si vous avez compris, ça suffit.
Non, non, mais peut-être que vous n'avez pas compris.
J'ai compris. Ça reste intéressant, on va parler de cette diplomatie parlementaire dont vous nous parlez depuis tout à l'heure. C'est vrai que c'est assez intéressant, on s'en rend peu compte. La France a un réseau diplomatique avec des diplomates qui sont sous la coupe du ministre des Affaires étrangères et de l'Europe, qui lui-même est sous la coupe du Premier ministre. Bref, c'est l'exécutif, le pouvoir exécutif avec ses diplomates. Mais les parlements, eux aussi, jouent un rôle. Les parlements, eux aussi, peuvent dialoguer, et ça peut permettre de régler des crises, ça peut permettre de régler, d'accélérer des dossiers, des choses comme ça. Vous avez des exemples ?
Le dernier exemple, il y a un coup d'État au Gabon. Ce n'est pas si vieux, ça a deux mois. C'est fin juillet, oui. Voilà, un peu plus, alors trois mois. Les États, en général, condamnent les coups d'État parce que c'est un coup d'État fait par des militaires et donc c'est contraire aux constitutions. Donc les États condamnent les coups d'État. Nous, parlementaires, qu'est-ce qu'on voit au Gabon ? On voit une population qui n'est pas respectée par un gouvernement dont les élections se sont déroulées depuis une trentaine d'années au Gabon sans vraiment que la population soit reconnue. En gros, les élections sont un peu organisées, arrangées.
Donc le résultat n'est pas conforme à la volonté du peuple. Et en 2016, il y a un candidat, Jean Ping, qui a gagné clairement les élections. En tout cas, voilà. Et on a tiré sur lui, on a tiré sur son QG, on a tiré sur la foule qui manifestait parce que le résultat de l'élection n'avait pas été reconnu. Eh bien, il y a un coup d'État cinq ans après cette année, six ans après, pour les mêmes raisons. Eh bien, l'État français condamne le coup d'État par définition, par principe. Nous, moi, quinze jours après, je suis au Gabon. J'ai vu le général qui a fait le coup d'État. J'ai vu l'ensemble des partis de l'opposition.
J'ai discuté avec beaucoup de jeunes dans la rue ou de Gabonais comme ça que j'ai rencontrés. Et je comprends que la population est très contente parce qu'enfin, ils peuvent s'exprimer librement. Et ils le faisaient. Et leurs droits ont des chances d'être mieux reconnus. Et la Constitution et les institutions d'être respectées. Eh bien, nous, on fait tout, on favorise pour qu'il y ait une transition rapide et qu'on puisse revenir à un État de droit où les Gabonais et les Gabonaises vivent librement. On l'a fait aussi en Guinée, par exemple. En Guinée aussi. Voilà, on a pas mal de dessus. On a été au Mali.
Moi, j'ai été au Mali trois fois pendant les coups d'État pour essayer de continuer à faire du lien entre les populations et faire en sorte que les choses reviennent à la normale. Sur le Mali, c'est un peu moins bien tourné. Mais pour l'instant, on continue de parler.
Je ne vous ai même pas demandé, Bruno Fuchs, vous êtes député du Haut-Rhin. Comment vous vous êtes retrouvé délégué général de l'Assemblée parlementaire de la francophonie ?
Oui, beaucoup d'amitié et d'affection et d'intérêt pour les questions africaines et francophones. Moi, à Mulhouse, c'est une ville qui a 130 nationalités. Donc, autour de ma permanence, je me suis installé dans un quartier très populaire. J'ai deux magasins de Jellaba, j'ai l'amicale des Algériens, j'ai le sushi chinois, etc.
Ça, on constate tous autour de nous.
On vit dans un monde multiculturel. Eh bien, on ne reste pas entre Français. On vit dans un monde multiculturel.
Quel regard ça vous donne, par exemple, sur les débats sur l'immigration qu'on a actuellement ? Qu'est-ce que ça vous donne ? Qui a commencé lundi. Non, mais le fait de voir, par exemple, qui a commencé à l'Assemblée nationale, mais le fait de voir que la France est un pays multiculturel, que le français est parlé par un nombre incalculable de personnes beaucoup plus en dehors de nos frontières qu'en France, est-ce que ça vous donne un regard particulier sur des questions identitaires qui sont aujourd'hui de plus en plus au cœur du débat en Europe ?
Il y a les questions identitaires, bien sûr. Il y a les questions également de mobilité. Quand vous allez dans un pays principalement africain, la question des visas est absolument incroyable. Nous, on a une vision, nous, en France, de visas. On donne des visas dans une vision d'immigration. Or, un visa, ça va se donner dans une vision de rayonnement de la France et d'échange. Nous, on se déplace facilement en Afrique. Les Africains ont beaucoup plus de mal à venir. Le fait que la France soit attrayante, c'est une bonne chose ? Oui, c'est une bonne chose.
Mais il faut aussi faciliter le fait qu'on puisse venir en France facilement et qu'on n'humilie pas ou qu'on ne donne pas souvent en manque de respect à des gens qui demandent le visa et qui ne comprennent pas pourquoi ils ne l'ont pas. Donc ça, c'est un effort qu'on doit faire de respecter beaucoup mieux. Et cette vision-là de l'immigration, elle doit, quand on a une vision internationale de la France et d'échange, avec les autres pays, on doit le voir comme de la richesse. On ne doit pas le voir comme un flux migratoire. On doit le voir comme un enrichissement que d'échanger avec beaucoup de citoyens d'autres pays.
J'ai vu quelqu'un dans le chat tout à l'heure poser la question de savoir est-ce qu'il y a des linguistes au sein de votre organisation ? Est-ce que vous travaillez sur la langue en elle-même ?
Alors nous, pas particulièrement. Nous, on défend les valeurs. On essaye de faire en sorte que dans les parlements, on travaille sur la désinformation, sur la régulation des plateformes numériques, sur l'accès à l'eau, sur le code forestier, enfin des tas de sujets qui ont un impact direct sur la vie des populations. On ne travaille pas particulièrement nous. Ça, c'est plutôt l'OIF ou l'AUF, qui est la Régulation des universités francophones.
Oui, vous, c'est vraiment le conversation parlementaire.
On est sur le volet parlementaire. Et qu'est-ce qui bénéficie aux populations dans les textes de loi et dans le travail législatif ?
Est-ce que ça vous empêche d'avoir une vision sur la langue française ? Cette langue qui évolue, cette langue qui change ? Est-ce que vous avez, par exemple, quand vous voyez un débat surgir comme celui sur l'écriture inclusive, est-ce que ça vous fait réagir ?
Oui, on a débattu de l'écriture inclusive. Moi, j'ai créé dans ma circonscription un parlement de ma circonscription, qui est l'émanation d'une 150 citoyens de ma circonscription. On a travaillé sur ce sujet, on a débattu sur ce sujet, oui, bien sûr.
Vous défendez une francophonie agissante. Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire qu'on doit se projeter dans l'avenir. Si on dit qu'on a été bien ensemble, tous les pays de la francophonie, on a été bien ensemble, parce que la francophonie, ça a été créé, pas par des Français, ça a été créé juste après les indépendances, par le président du Sénégal, par le président du Cambodge, par le président du Niger et le président de Tunisie. Ce n'est pas les Français qui ont créé ça. Mais si on se dit que la francophonie, c'est ce qui a existé, c'est un lien uniquement de la langue, des choses qui ont existé, je vois des gens qui ont entre 20 et 30 ans dans la salle, ça ne va pas les intéresser. Ce qui va les intéresser, c'est de se projeter dans l'avenir.
C'est comment on répond aux défis de demain. Quel est le lien entre nous tous francophones dans un monde de demain, pas dans le monde d'hier ? Et c'est ça la francophonie agissante. On doit essayer de se projeter et créer un lien, qui est un lien dans lequel on se sente bien, mais qui nous unit dans le monde de demain, avec des enjeux de demain, avec des enjeux sur l'environnement, avec des enjeux sur les libertés publiques, avec des enjeux de formation et d'emploi surtout. Quand vous êtes en Afrique...
Oui, vous parlez de l'Afrique. J'ai vu pas mal de personnes dans le chat montrer plutôt une vision sur laquelle la langue française serait un moyen pour la France d'asseoir son pouvoir dans une vision néocoloniale. Qu'est-ce que vous en pensez ? La langue française peut-elle être le fruit d'un néocolonialisme ?
Oui, ça peut, si on le prend comme ça. Moi, je me déplace beaucoup en Afrique. Les gens sont contents de parler le français et de pouvoir se communiquer les uns avec les autres. C'est notre histoire. Et spécifiquement en français ? C'est notre histoire, pardon ? Non, non, c'est pas spécifiquement en français ? Oui, parce que c'est notre histoire. Quand vous allez en Côte d'Ivoire ou au Gabon, les gens parlent entre eux en français. Il y a tellement de langues ethniques, ou en tout cas de langues locales, qu'ils parlent entre eux en français, ils ne se comprennent pas autrement. Ça, c'est notre histoire.
Qu'après, il y ait eu, dans le passé, très clairement, une vision écoloniale et postcoloniale, et ensuite, une période de France-Afrique. Oui, mais je pense qu'on est sortis de là. C'est à nous, maintenant, nous, français, de donner les gages pour montrer qu'on est dans une relation égale à égal, une relation respectueuse et qui garantit les intérêts des deux partis.
Vos collègues parlementaires avec qui vous discutez, ils se placent comment par rapport à vous ? Ils se placent en défiance ? Ils se placent en niveau d'égalité ? Est-ce que la France, c'est le grand frère de ces pays francophones d'Afrique ?
Non, mais il y a une relation du passé dans laquelle on a été grand frère, parce que, pour la raison que vous avez citée, mais il faut qu'on arrive à sortir de là et c'est à nous, français, de donner des gages qu'on ne cherche pas à créer de l'influence, on ne cherche pas à faire de l'économie contre les pays africains. Par exemple, vous allez dans la plupart des pays d'Afrique, il y a très peu d'entreprises de transformation. On a extrait des matières premières, on les a importées, que ce soit les Chinois, les Américains, les Français. Alors, comme on est pays colonial, nous, on en prend plus que les autres, mais on a fait comme les autres.
Et les erreurs qu'on a commises, par exemple, c'est de ne pas avoir créé d'entreprises de transformation. Comme par exemple, le cacao en Côte d'Ivoire, pendant des décennies, on l'a importé, on a fabriqué le chocolat en Europe et on a réimporté ensuite du chocolat sur place. Aujourd'hui, on commence à faire d'entreprises de transformation. Donc, on a des gages à donner pour montrer qu'on ne veut plus être dans cette relation. Et je pense que c'est quelque chose qui est possible de faire. Moi, ce qu'on me dit dans la zone francophone, on ne me dit pas qu'on n'aime pas les Français. On dit qu'on n'aime pas une partie de la politique française.
Mais on me dit, moi, on aime bien les Français, on veut parler le français. C'est notre histoire, le français. Sauf qu'on veut la France autrement. On veut la France différemment. Et donc, c'est à nous, Français. Et grâce à mes collègues francophones, eux, ils me disent ce qu'il faut qu'on fasse. Ils me disent les limites dans lesquelles, nous, on doit se comporter pour qu'on ne soit pas taxé, justement, de vouloir faire de l'influence et d'utiliser la langue comme un étude d'influence. Je pense qu'on est sortis de ça. Mais comme on l'a fait pendant très longtemps, sur place, on nous suspecte encore de vouloir le faire.
Vous parliez tout à l'heure de la langue française comme étant porteuse de valeurs par opposition à d'autres langues, comme par exemple la langue russe. Est-ce que vous pensez que la France est porteuse de quoi ? Du coup, de liberté, de démocratie ?
Ce n'est pas la langue elle-même, mais c'est le système politique ou de valeur qui est porté par la langue. Aujourd'hui, clairement, quand vous êtes en Russie, il n'y a pas de presse. Les gens qui sont contre le pouvoir russe, on les met en prison ou même quand ils ne sont pas assez discrets, on les assassine. Clairement, je ne sais pas qui, ici, a envie d'aller vivre en Russie. Par exemple, le président de Centrafrique qui a appelé Wagner et qui est protégé aujourd'hui par les Russes, il a ses enfants qui étudient dans les universités françaises. Ils ne sont pas à Moscou, ces enfants. Ils sont en France.
Donc, on voit bien quand on a envie de vivre quelque part, c'est plutôt en France et quand on cherche de l'intérêt, certains se méfient de la France. Oui, c'est sûr.
On va retrouver en visio Francis Drouin, le président de l'Assemblée parlementaire de la francophonie qui est avec nous depuis la Chambre des communes du Canada. Bonsoir, Francis Drouin. Bonsoir. Merci d'être avec nous. Il est quelle heure chez vous ? Il est midi 54. Il est midi 54. Alors, bonjour à vous. Merci d'avoir accepté notre invitation sur le plateau de Baxit. Je le disais, vous êtes député à la Chambre des communes du Canada au sein du Parti libéral du Canada, le parti de Justine Trudeau. Vous êtes le plus jeune président de l'histoire de cette Assemblée parlementaire de la francophonie. Ça représente quoi comme responsabilité pour vous ?
Ça représente, je pense, les mêmes défis que j'ai connus lorsque je suis devenu député quand j'avais 32 ans. Donc, je dis, je suis bien entouré de la sagesse dans la francophonie. Vous venez de parler avec mon délégué général avec qui j'ai une très bonne relation d'affaires et d'amitié. Et d'ailleurs, je tiens à le saluer ce soir. Et pour moi, être jeune président, c'est donner de l'espoir à la jeunesse. Je crois qu'il est important que les jeunes s'impliquent en politique. Et en France, vous avez un bon système.
Je sais qu'il y a plusieurs jeunes sénateurs, sénatrices et députés français que je connais et avec qui j'ai plusieurs relations, mais même avec d'autres députés dans l'espace francophone. Et la langue, j'ai entendu le débat aujourd'hui, la langue me permet d'avoir ces échanges-là avec des jeunes députés partout à travers l'espace francophone.
C'est quoi la situation du français au Canada? C'est tout un symbole, d'ailleurs, que tu ne sois pas un français qui soit président de l'association française parlementaire de la francophonie, pardon.
Au Canada, bien sûr, moi, je suis député de l'Ontario, donc je ne suis pas du Québec. Je vis en situation minoritaire. Nous sommes 600 000 francophones en Ontario. Je suis habitué de me battre pour ma langue. On dit souvent qu'en Ontario, on choisit de parler en français et l'anglais, on l'attrape. C'est pire que la COVID-19. Donc, oui, le français est en déclin au Canada. Bien sûr, l'anglais, on vit même le Québec et les francophones. Nous sommes 22 millions à parler, pas 22 millions, mais 10,5 millions à parler français au Canada et nous vivons dans une situation minoritaire en Amérique. Nous avons les Américains à côté.
La culture américaine est quand même assez forte, pas seulement au Canada, mais partout à travers le monde. Donc, nous nous devons de nous serrer les coudes ensemble, travailler ensemble et je tiens d'ailleurs à saluer l'ouverture du gouvernement du Québec à travailler avec les populations francophones hors Québec parce qu'il y en a plusieurs partout dans les autres provinces. Et oui, nous sommes en déclin, mais nous nous battons.
Nous nous battons, mais alors justement, vous vous battez, je ne sais pas contre qui, mais les anglophones de leur côté, comment ça fonctionne pour eux ? Est-ce qu'ils ont le même attachement à la langue que les francophones ?
Je dirais plutôt dans le passé, les francophones hors Québec et les anglophones au Québec parce qu'ils étaient minoritaires, avaient un attachement quand même dans les cours judiciaires pour se battre, justement pour protéger leurs droits au sein des écoles scolaires, par exemple. Pour vous donner un exemple, mon père m'a souvent compté, lui quand il était jeune, il pouvait avoir, il vivait dans une majorité francophone en Ontario, il avait 30 francophones dans la salle de classe, le professeur était français, mais s'il y avait un anglophone, la classe devait se passer en anglais.
Aujourd'hui, bien sûr, on a nos conseils scolaires, on a nos classes en français, donc oui, il y a des groupes de revendications au Québec qui défend la langue anglaise, mais ce n'est pas la même situation, je dirais, que nous, les francophones. Les francophones ont vraiment un attachement à protéger leur langue, protéger leur culture et je pense que vous l'avez bien dit, le français pour nous, c'est la défense de la liberté, les valeurs et diplomatie parlementaire aussi.
Plus globalement, c'est quoi la position de la langue française sur le continent américain dans son ensemble ? Vous dites que ça recule au Canada, qu'est-ce qu'il en est aux États-Unis, qu'est-ce qu'il en est en Amérique centrale et du Sud ?
Même aux États-Unis, je ne sais pas, mais il y a 2,4 millions de francophones aux États-Unis, 9,7 millions dans l'espace des Caraïbes, 2,8 millions en Amérique centrale et du Sud. Donc, j'étais en Louisiane il y a deux mois, j'ai rencontré des francophones là, c'est un peu le créole, mais la Louisiane avait quand même un attachement avec la France par le passé, la déportation des Acadiens qui a eu lieu en 1755, donc il y a des familles encore qui parlent français et il y a cette espèce de revendication qui est redevenue une renaissance un peu pour protéger la langue.
Les jeunes veulent être capables de parler à leurs grands-parents et veulent apprendre le français en Louisiane et ça, j'ai trouvé ça quand même incroyable que même après, on a sauté une génération, mais la plus jeune génération tient à vouloir parler à leurs grands-parents dans leur langue maternelle qui était le français à ce moment-là.
Merci beaucoup Francis Drouin, président de l'Assemblée parlementaire de la francophonie donc d'avoir accepté de venir nous parler ce soir dans le plateau en direct sur Backseat. Merci à vous, je reviens vers vous Bruno Fuchs, Emmanuel Macron, le président de la République a inauguré son grand projet politique et culturel dans le château restauré de Villers-Cotterêts. 211 millions d'euros ont été investis pour ce lieu dédié à la promotion et à la défense de la langue française. Est-ce que c'est de l'argent bien dépensé tout ça ? On le saura dans 10 ans.
Non, d'abord c'est bien parce que le château a été restauré, c'est quand même le château de France 1er donc on a un patrimoine qu'il faut préserver en France et la réponse, oui, il y a une vraie intention, il faut que... C'est ça le problème de la politique, c'est qu'on lance des idées s'elles ne sont pas mises en œuvre et qu'elles ne trouvent pas derrière un vrai impact 5-10 ans après, est-ce qu'il faut du temps pour qu'il y ait un impact ?
Donc on verra dans 5-10 ans ? Oui. L'histoire jugera ?
Je pense que oui, mais c'est pas... Oui, c'est l'histoire. Non, si on est capable de mettre en œuvre le projet qu'on dit, c'est très facile, je pense que c'est ça qu'on reproche souvent en politique. Moi, je ne suis pas un politique professionnel, j'en fais depuis 6 ans, avant je faisais autre chose. J'étais dans la vie normale, j'allais dire, professionnelle. Le problème, il est là, c'est qu'il y a beaucoup de gens qui ont promis qu'on fait des grandes annonces mais derrière, si on ne met pas en œuvre, et moi j'ai été chef d'entreprise, il faut réaliser les choses. Si vous ne les faites pas, votre annonce, elle ne sert à rien.
Il faut que dans 5 ans ou 10 ans, il y ait des dizaines de milliers d'artistes qui sont venus ici, qui ont pu créer, qui se sont rencontrés et si ça, ça marche, oui, ça aurait été une belle idée.
Est-ce qu'il n'y a pas un risque de muséifier la langue française ?
Non, je ne pense pas. On voit avec ce que vient de dire le président droit, ça vit tous les jours et puis il y a des mots tous les jours qui viennent dans la langue française, qui sont issus d'autres cultures, qui sont rentrés dans la langue française il y a 10, 20, 30 ans ou encore plus et qui aujourd'hui, ça bouge tout le temps. Ça bouge tout le temps. Vous avez parlé d'écriture inclusive, il y a ça, mais il y a plein de mots qui arrivent tous les jours dans la langue française.
Dernière question pour vous, il va bientôt y avoir un sommet international de la francophonie. Qu'est-ce que ça veut dire ? À quoi ça sert ?
Il y a plusieurs niveaux. Le sommet, c'est la rencontre des chefs d'État. Et donc, ils disent, voilà ce qui se passe, ils donnent des grandes orientations sur les 2 ans ou 3 ans à venir et puis après, il y a tout ce qui se fait à côté. Il va y avoir pendant 6 mois des expositions, des artistes, il va y avoir le business aussi parce qu'on cherche aussi à faire de l'activité économique, créer de la valeur. Dans les pays francophones, on a besoin de créer des richesses parce que, notamment en Afrique, vous avez la moitié de la population qui a moins de 18 ou 19 ans. Donc, il faut créer des emplois. Et donc, il y a toute la partie d'économie qu'il ne faut pas négliger.
Et quand vous parlez la même langue, c'est quand même plus facile de faire une activité économique, de lancer une entreprise, d'embaucher des gens, les faire venir de l'étranger pour qu'ils travaillent avec vous que quand ce n'est pas dans la même langue. Donc, on a une facilité à créer de la valeur et donc à créer des emplois et donc du pouvoir d'achat pour les membres de la zone francophone.
Merci beaucoup, Bruno Fuchs, d'avoir accepté de venir. Je rappelle que vous êtes député modem du Haut-Rhin et délégué général de l'Assemblée parlementaire de la francophonie. Merci beaucoup. On va marquer un petit générique. On se retrouve juste après. Merci.
Bruno Fuchs