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interviewyoutube.com· 1 octobre 2024 20 min

Liban, Michel Barnier, immigration... L'interview en intégralité de Manuel Bompard

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

On y reviendra dans une seconde. Je vous le disais, vous faites peur. Je voulais vous lire les confidences d'un ministre ce matin dans Le Parisien. Je ne sais pas si vous l'avez lu. Voilà ce qu'il dit. Le risque, pour cet après-midi, pour ce discours de politique générale, c'est que la France insoumise rende cette déclaration de politique générale complètement impossible à tenir. Que le Premier ministre soit systématiquement coupé. Qu'il n'arrive plus à lire son discours. Qu'on ait des drapeaux palestiniens, des suspensions de séance. Est-ce que c'est ça l'accueil que vous allez résoudre, Michel Barnier ?

0:24
Manuel Bompard

Non, mais enfin, ça est ridicule. Je veux quand même dire que ce n'est pas un jeu. ce dont on est en train de parler. Mais effectivement, il y a quelque chose de tout à fait incongru. Avoir un Premier ministre, qui en vérité est un usurpateur du point de vue du résultat des élections législatives, tenir cet après-midi un discours de politique générale. Mais la réponse que nous apportons à cette usurpation, elle est par l'utilisation des moyens institutionnels à notre disposition. C'est la raison pour laquelle nous allons déposer une motion de censure. Ça sert justement à répondre à ce qui me semble être une usurpation.

et c'est la motion de destitution que nous avons déposée du président de la République qui sera examinée demain en commission des lois. Et cette manière d'essayer de caricaturer la France insoumise, comme le fait ce ministre, ne correspond pas du tout à notre manière de faire de la politique.

1:10
Présentateur

Je trouve ça ridicule. Vous dites, vous nous dites, vous me dites ce matin à Laurent Neumann et à Mandine Attalaya, que je salue et qui m'accompagnent ce matin, vous dites que cet après-midi, la France insoumise va se tenir à carreau.

1:19
Manuel Bompard

Mais la France insoumise, le sujet, ce n'est pas qu'elle se tienne à carreau ou pas. La France insoumise, elle marquera bien évidemment sa désapprobation, son désaccord majeur avec le fait que M. Barnier, issu d'une formation politique qui a fait moins de 6% des voix à la dernière élection législative, soit aujourd'hui en charge de la politique de la nation. Et puis surtout, nous répondons sur le fond aux propositions qui seront faites par M. Barnier et dont certaines, je n'en doute pas, même si je ne connais pas la teneur du discours de politique générale à cet instant, ne manqueront pas d'avoir notre désapprobation.

1:49
Présentateur

Mais est-ce que vous pourriez en approuver certaines ? Je reviens sur ce que disait Mathieu Coache à l'instant en direct de l'Élysée. D'après nos informations, hausse d'impôts sur les plus hauts revenus, une surtaxe sur les grosses entreprises, une taxe sur les rachats d'actions, une taxe sur les énergéticiens, c'est gauche ça.

2:06
Manuel Bompard

Mais attendez, on verra, mais moi s'il y a une mesure qui va dans le bon sens, je ne vois pas pourquoi, je ne la reprendrai pas, donc ce n'est pas le sujet. Mais en l'occurrence, si j'en crois les pistes qui ont été évoquées dans la presse, la taxe sur les rachats d'actions, ça fait depuis des mois et des mois qu'on en parle. Si elle voit effectivement le jour...

2:21
Présentateur

Il faut rappeler le principe, je vais volontairement caricaturer pour simplifier les choses, c'est une entreprise qui rachète ses propres actions d'une certaine manière pour les détruire et pour faire augmenter le cours en bourse et donc les dividendes de ses actionnaires.

2:35
Manuel Bompard

Exactement. Ça fait quand même depuis plusieurs années qu'Emmanuel Macron avait promis une action contre les rachats d'actions. Je crois que si cette taxe voit le jour, si l'on croit les estimations qui ont été faites, on parle de 200 à 300 millions de recettes. Il faut quand même comprendre de quoi on parle en termes de volume. Le gouvernement a fixé un objectif de déficit pour 2025 autour de 4 %, d'accord ? Nous sommes aujourd'hui, parce que les macronistes ont fait n'importe quoi, nous sommes aujourd'hui avec un déficit qui a plus de 6 %. Si vous voulez récupérer 2 points de PIB dans le déficit pour l'année prochaine, il faut faire 60 milliards d'euros d'économie.

C'est de ça dont on parle. Donc on peut amuser la galerie avec une taxe sur les rachats d'actions de 200 à 300 millions d'euros, mais je crois que tout le monde aura appris. Il n'y a pas que ça.

3:15
Présentateur

Les hausses sur les plus hauts revenus, c'est 3 milliards. Une surtaxe sur les grosses entreprises, ça pourrait être 8 milliards.

3:22
Manuel Bompard

On va voir ce qu'il en est, mais là aussi, vous dites une surtaxe pour les entreprises. Si j'en crois la piste qui a été évoquée, il s'agit de remettre le taux sur l'impôt sur les sociétés au taux auquel il était avant qu'Emmanuel Macron arrive au pouvoir, de manière exceptionnelle pour un an. C'est de ça dont il s'agit. Donc d'abord, peut-être qu'il faut se dire que s'il s'agit de le remettre, c'est que manifestement c'était une mauvaise décision de le baisser pour les grandes entreprises. Donc peut-être qu'à un moment, ce serait bien qu'on puisse faire un petit peu le bilan des décisions qui ont été prises.

J'observe qu'il y avait eu plein d'annonces et plein de pistes qui avaient été évoquées. Le rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune, par exemple, ou la hausse de l'impôt sur le revenu pour les plus hauts revenus. Tout ça a déjà été balayé d'un revers de la main. Mais surtout, je dis, une fois qu'on va avoir mis ces 6 ou 7 milliards d'euros de recettes supplémentaires, où le gouvernement a-t-il l'intention d'aller chercher les 50 milliards restants ?

4:10
Présentateur

Je suis sûr que c'est la question que va vous poser Laurent Neumann. Oui, parce qu'effectivement, il y a les hausses d'impôts d'un côté et il y a la baisse des dépenses publiques de l'autre. Or, à l'heure où on se parle, et c'est pour ça qu'on attend tous avec impatience le discours de politique générale de Michel Barnier, c'est que cet après-midi, le Premier ministre sort de l'ambiguïté. La baisse des dépenses publiques, est-ce que vous y êtes favorable ? Et si oui, lesquelles ? Je ne sais pas si vous avez des idées sur ce terrain-là. Moi, je ne connais pas celle de Michel Barnier, alors on va.

4:36
Manuel Bompard

Je ne connais pas celle de Michel Barnier non plus. Et je ne crois pas une minute que vous allez faire 50 milliards d'euros d'économies dans les dépenses publiques, en supprimant quelques agences ou des doublons ou je ne sais pas quoi. La vérité, c'est que ce qui se prépare, et ça les Français doivent le comprendre, c'est des coupes jamais vues dans les budgets d'un certain nombre de ministères. Ça a commencé cette année. Cette année, il y a déjà eu des crédits qui ont été gelés et le gel de ce crédit va se confirmer. Et pour être très concret, c'est l'enseignement supérieur et la recherche qui se voient amputés déjà d'une partie significative de son budget.

C'est les Outre-mer, quand on connaît la situation en Martinique, par exemple, ces derniers temps autour des mobilisations contre la vie chère. C'est le ministère des Sports. Il me semble que pendant les Jeux Olympiques, on a dit c'est super, il y a plein de jeunes qui vont vouloir faire comme Léon Marchand. Sauf que le problème, c'est que quand vous aurez coupé les budgets du sport, il n'y aura pas de place dans les clubs de sport. Vous dites que Barnier, c'est l'austérité ? Ça va être plus que l'austérité. Ça va être l'ultra-austérité. Ou alors, il ne va pas tenir les objectifs qui s'est lui-même fixé du retour à un déficit de 4%.

Et je veux quand même vous dire que les 60 milliards d'euros qu'il manque pour pouvoir tenir les objectifs de déficit, ça correspond exactement aux 60 milliards de recettes auxquelles Emmanuel Macron a renoncé depuis qu'il est arrivé au pouvoir, en supprimant des impôts, l'impôt de solidarité sur la fortune, en faisant des cathos aux grandes multinationales. Donc maintenant, vous me posez la question de savoir si moi j'ai des idées. Je vous en donne une.

Il y a plus de 200 milliards d'euros chaque année d'aides aux entreprises qui sont données sans aucun contrôle, sans aucune contrepartie, sans aucune vérification de si ça fonctionne ou si ça ne fonctionne pas, sans aucun ciblage entre les grandes entreprises et les petites et les moyennes entreprises. Là, oui, il y a beaucoup d'argent à aller chercher.

6:14
Présentateur

– Bon, sur l'état de droit, parce qu'il y a eu ces propos hier, on attend aussi Michel Barnier là-dessus, évidemment, il y a eu ces propos de Bruno Rotaillot, le ministre de l'Intérieur, qui expliquait que l'état de droit, c'était pas sacré, que l'état de droit n'était pas intangible. Il y a un communiqué de presse qui tombe à l'instant du ministre de l'Intérieur, je vais vous le lire, le sujet de la protection et de la sécurité des Français est trop sérieux et trop grave pour être instrumentalisé par de faux débats. Il faut regarder la réalité en face, nous le devons aux Français, comme l'a rappelé Michel Barnier.

Aujourd'hui, le droit ne protège pas suffisamment les Français, c'est ce que dit Bruno Rotaillot. Bien sûr qu'il ne peut y avoir de démocratie sans état de droit, sans que la puissance publique ne respecte le droit et les libertés. C'est là le fondement de notre République. Lorsque les textes en vigueur ne garantissent plus tous les droits, ils doivent évoluer dans le plein respect des institutions. C'est ce que nous demandent les Français, c'est ce que nous ferons sous l'autorité du Premier ministre. L'incident est clos ou pas ? – Non, mais l'incident n'est pas clos,

7:04
Manuel Bompard

mais moi, à un moment, il va falloir quand même que tout le monde sorte de l'hypocrisie. C'est-à-dire que depuis maintenant 15 jours, il y a eu un certain nombre de prises d'opposition de M. Rotaillot, dans la lignée d'ailleurs de ces prises d'opposition précédentes, qui sont tout à fait inacceptables. Et vous avez, dans le camp au Macroniste, des gens qui font un tweet par-ci, un tweet par-là. À un moment, il faut assumer ses convictions. Si on est en désaccord avec les positions qui ont été défendues par M. Rotaillot, c'est mon cas, il y a une solution de l'exprimer, c'est voter la motion de censure qui va être déposée. Parce que les gens qui font des tweets…

– Donc vous dites aux députés macronistes ? Je ne sais pas tout à fait bien ses propos, etc. Mais qui après rentrent à la maison, voilà. Donc moi, je leur dis aux députés macronistes qui sont mal à l'aise avec les positions de M. Rotaillot, allez au bout de vos convictions si vous en avez. Allez au bout de vos convictions, votez la motion de censure.

7:49
Présentateur

– Est-ce que pour vous, ça va au-delà des symboles, ce que dit Bruno Rotaillot ? Parce que ça peut aussi être une vision d'une sorte de ministère de la parole, où il envoie des messages très forts, mais dans les faits, pour l'instant, il n'a pas annoncé de mesures extrêmement concrètes. Vous pensez qu'il pourra vraiment mettre des choses en place ?

8:03
Manuel Bompard

– C'est vrai qu'il n'a pas annoncé de mesures concrètes, mais les mots ont un sens, madame. Excusez-moi, quand vous dites qu'il y a des Français de papier, ça, peut-être que c'est qu'un symbole, mais c'est un symbole qui fait beaucoup de mal à notre pays. Quand vous, en gros, dénigrez l'immigration de manière générale, quand vous savez…

8:20
Présentateur

– L'immigration n'est pas une chance pour la France.

8:21
Manuel Bompard

– Quand vous savez, par exemple, qu'un emploi sur dix aujourd'hui en France est exercé par un immigré, je peux vous dire, moi, les immigrés, plutôt de les stigmatiser de manière générale, on ferait mieux de les remercier et de les féliciter. Parce que sans eux, et souvent, ils occupent des emplois qui sont essentiels à la vie de la nation. Quand vous les pointez du doigt comme ça, quand vous dites que l'État de droit n'est pas une fin en soi, mais ça, est-ce que c'est l'État de droit ? C'est le fait qu'il y ait une justice indépendante, c'est le fait qu'il y ait une séparation des pouvoirs, enfin, juste, c'est les bases de la démocratie.

Et ceux qui en aura pour remis en cause l'État de droit, on les trouve en Hongrie avec M. Orban, on les a trouvés en Pologne, et franchement, ça s'est traduit par des attaques contre l'indépendance de la justice, par des remises en cause des libertés fondamentales. Et le ministre de l'Intérieur, c'est aussi celui qui est chargé de faire respecter nos libertés fondamentales.

9:04
Présentateur

Mais qu'est-ce que vous craignez pour cet après-midi sur l'immigration ? Parce que pour l'instant, on a eu les mots de Bruno Retailleau. Qu'est-ce que vous craignez comme mesure de la part de Michel Barré ? Mais moi, je ne crains rien, j'attends de voir ce qui va être dit.

9:13
Manuel Bompard

Mais par exemple, s'il confirme sa volonté de remettre en cause l'aide médicale d'État, mais je voudrais quand même juste qu'on s'arrête un instant sur cette disposition. Tous les gens qui réfléchissent deux minutes sur ce sujet savent que c'est la pire idée qu'on ait jamais vue. Parce qu'on nous dit que ça permet de faire des économies. Tout le monde sait que ce n'est pas vrai. Parce que si vous ne soignez pas une pathologie dès qu'elle est détectée, vous êtes obligés de la soigner à la fin. Et que la prise en charge va coûter plus cher parce que la pathologie s'est aggravée. Qu'il y a des risques de pathologie qui soient contagieuses. Et donc que ça...

Les virus ne savent pas si vous avez des papiers ou si vous n'en avez pas. Et donc une personne qui n'a pas de papier, il vaut mieux la soigner tout de suite. Que tous les médecins, les anciens ministres de la Santé, tout le monde vous dit que ça ne marche pas. Mais le Rassemblement national propose ça. Et pour envoyer un signal au Rassemblement national, vous avez M. Barnier qui dit « Oui, il n'y a pas de tabou sur ce sujet. » « S'il y a un tabou sur ce sujet, mais parce que ce n'est pas un tabou,

10:04
Présentateur

mais parce que c'est ridicule. » Emmanuel Bompard, de votre côté, vous avez fait peur à certains Français cette semaine via les propos de Lucie Casté quand elle a dit qu'elle souhaitait régulariser tous les sans-papiers.

10:13
Manuel Bompard

Mais non, mais Lucie Casté, elle a dit...

10:15
Présentateur

Y compris ceux qui ne travaillent pas, répondait-elle dans cette interview face à Benjamin Duhamel. Vous êtes sur cette position aussi ?

10:20
Manuel Bompard

Mais non, la position... Mais Lucie Casté, je crois, est d'accord avec la position du programme parce que depuis, elle a précisé ce qu'elle voulait dire. Mais la position que nous défendons, c'est d'abord le fait que, oui, toute personne qui a un contrat de travail, parce que là, il y a une forme d'hypocrisie totale, il y a des gens qui travaillent, qui payent des cotisations sociales, mais qui ne disposent pas, en quelque sorte, de la possibilité d'avoir droit aussi à la solidarité nationale. Donc oui, bien sûr. C'est intéressant d'ailleurs,

10:44
Présentateur

si vous me permettez de vous interrompre, vous êtes exactement sur la même ligne que Gérald Darmanin, qui a dit quoi ? Je résume ses propos. Le Rassemblement national est pour la préférence nationale. Moi, dit-il, je suis pour la préférence aux travailleurs. C'est-à-dire des papiers pour les étrangers qui travaillent en France. C'est exactement ce que vous venez de dire.

11:04
Manuel Bompard

Non, parce qu'il y a la suite de ma réponse que vous ne m'avez pas laissé faire, mais je m'arrête un instant sur ce sujet. Si M. Darmanin est dorénavant pour la régularisation de l'ensemble des travailleurs sans papiers, puisque c'est ma position, peut-être qu'il aurait pu le faire quand il était ministre de l'Intérieur. Bon, pour le reste, moi, je pense que des régularisations, elles doivent aussi, comme Lucie Casté, concerner par exemple les parents qui ont des enfants qui sont scolarisés. Parce que quand vous avez un enfant qui est à l'école et que vous vous retrouvez avec les parents expulsés, je pense que tout le monde peut comprendre que c'est un problème.

Donc voilà, moi, je ne suis pas pour seulement la régularisation par le travail. Il doit y avoir d'autres critères aussi de régularisation. Je crois que c'est la position de Lucie Casté. En tout cas, c'est la mienne.

11:42
Présentateur

Une précision. Il n'y aura pas de vote de confiance. Michel Barnier ne demandera pas la confiance de l'Assemblée. De toute façon, il n'y a pas la majorité. Il n'y aura pas de majorité absolue. Donc, vous allez déposer une motion de censure. Ce sera fait dans la foulée ? Ce sera fait aujourd'hui ? Ce sera fait dans la foulée, oui.

11:57
Manuel Bompard

Dans les jours qui viennent, on verra précisément. Vous savez, en fonction du moment où vous déposez, c'est le moment auquel va avoir lieu

12:03
Présentateur

ensuite le débat de la censure. Est-ce que vous ferez le tri dans ceux qui voteront cette motion de censure ? Est-ce que vous dites, y compris au Rennes, venez voter ? Non, mais moi, je dis

12:11
Manuel Bompard

aux 577 députés voter la motion de censure pour renverser le gouvernement, bien évidemment. Enfin, qu'est-ce que c'est ? Et je me suis adressé aux macronistes tout à l'heure et je leur ai dit si vous êtes vraiment dérangé par l'orientation macro-lepéniste de ce gouvernement... Non, parce que vous avez reproché

12:26
Présentateur

aux macronistes à un certain moment justement d'accepter les voix du Rennes. Donc, voilà.

12:30
Manuel Bompard

Non, mais moi, je n'ai pas le pouvoir de les accepter ou de ne pas les accepter. Je dépose une motion de censure et pour que cette motion de censure soit adoptée, il faut qu'elle soit votée par une majorité de députés. Donc, ça s'adresse aux 577 députés en leur disant votez la motion de censure, faites tomber ce gouvernement de Michel Barnier et moi, je la dépose avec la volonté de rétablir la démocratie. Il n'y a pas une forme d'hypocrisie là ? Pourquoi ?

12:49
Présentateur

Parce qu'en gros, vous dites si l'ERN dépose une motion de censure, nous, on ne la votera pas. Par contre, j'en dépose une et vous appelez l'ERN à voter la vôtre.

12:57
Manuel Bompard

Mais Laurent Neumann, pardonnez-moi, nous sommes la coalition qui dispose du plus grand nombre de députés à l'Assemblée nationale. C'est quand même normal que ce soit nous qui déposions la motion de censure. D'ailleurs, vous pouvez... Mais pour qu'elle marche,

13:07
Présentateur

il faut que l'ERN la vote avec vous. Oui, très bien, mais qu'il la vote. Donc, vous ne voulez pas voter la leur, mais vous attendez qu'il vote la vote.

13:14
Manuel Bompard

Non, mais attendez, attendez, ils ont déposé

13:15
Présentateur

une motion de censure, le Rassemblement national ? Par le passé, vous n'avez pas voté les leurs et demain, le frétis, vous ne la voteriez pas.

13:21
Manuel Bompard

Par le passé, mais pour l'instant, ce que j'observe, parce que moi, je veux bien qu'on fasse des... S'il la dépose, qu'est-ce que vous allez faire ? Ce que j'observe, c'est qu'ils ne déposent pas de motion de censure.

13:28
Présentateur

Mais vous n'excluez pas d'en voter une du RN s'ils ont déposé une ?

13:30
Manuel Bompard

Attendez, attendez, ce qui devrait quand même intéresser, je crois, parce que c'est quand même le plus important, les électrices et les électeurs du Rassemblement national, qui ont quand même voté pour le Rassemblement national sur l'idée que voter pour Bardella et ses candidats, c'était permettre la rupture avec la politique d'Emmanuel Macron et qui aujourd'hui servent de béquille à la poursuite de la politique macroniste en France. Ça, c'est quand même, à mon avis, un peu plus important. C'est-à-dire que les électrices et les électeurs du Rassemblement national, ils ont été trahis. Et je pense que ce serait bien qu'ils s'en rendent compte.

14:00
Présentateur

Manuel Bompard, l'actualité ce matin, ce sont ces combats violents en cours dans le sud du Liban entre l'armée israélienne qui a pénétré sur le territoire libanais cette nuit et le Hezbollah. On a ces images en direct, images en direct de Beyrouth pour le coup à l'instant. Est-ce que vous reconnaissez ce matin le droit d'Israël à se défendre face au Hezbollah ? Non, mais pas du tout. Enfin, écoutez,

14:20
Manuel Bompard

il faut dire les mots. Ce qu'on a sous les yeux, ça s'appelle une invasion. On a franchi une frontière. Et franchir une frontière en droit international, c'est juste inacceptable et insupportable. Si vous voulez régler telle ou telle question, vous le réglez par la question du droit international. Vous ne le réglez pas en franchissant une frontière. Et moi, ce que je souhaite, c'est que la France condamne, dénonce ce que fait aujourd'hui l'armée israélienne, qu'elle se tienne au côté du peuple libanais, au côté de la nation libanaise, au côté de l'armée libanaise, parce que c'est l'armée libanaise qui a le droit de se défendre et d'empêcher cette évasion.

14:54
Présentateur

L'armée libanaise est exsangue et particulièrement mal entraînée et particulièrement mal équipée. La finule, la force de Nations Unies, elle ne fait rien, elle n'a rien fait ou quasiment contre le Hezbollah ces dernières années. Et Israël nous dit qu'en fait, ça fait un an, notamment, qu'on est bombardé quotidiennement par les roquettes du Hezbollah qui viennent de cette zone. Comment est-ce que vous faites dans ces cas-là pour vous défendre ? Vous avez commencé par dire, quand je vous pose la question est-ce que vous reconnaissez le droit d'Israël à se défendre contre le Hezbollah, vous dites non, pas du tout. Non, je dis qu'envahir

15:22
Manuel Bompard

le territoire libanais, violer la souveraineté du Liban sur son propre territoire, ce n'est pas une manière de se défendre. C'est une manière d'attaquer. Donc il ne faut pas renverser la charge de la responsabilité. Si maintenant, vous voulez une solution qui permette d'obtenir le désarmement du Hezbollah, la possibilité et le respect de l'intégrité du territoire libanais, la fin de la colonisation, le retrait d'Israël des territoires libanais occupés. Peut-être que vous ne le savez pas, mais il y a des territoires libanais aujourd'hui occupés par l'État d'Israël en violation de l'ensemble des résolutions du droit international.

Si vous voulez obtenir ça, il doit y avoir un cessez-le-feu, cessez-le-feu au Liban, cessez-le-feu à Gaza et un processus politique avec le droit international. Le droit international, pas je décide d'envarier une frontière, je massacre une population, il y a un million de Libanais qui sont déplacés aujourd'hui sur les 6 millions que contient la population libanaise. Peut-être que ça devrait vous intéresser. Il y a eu plus d'un millier de morts, il y a des enfants, il y a deux Français qui sont morts à Beyrouth. Et on en parle absolument tous les jours. On en parle absolument tous les jours, Manuel Bonpar, évidemment. Je vous dis que c'est ça, le sujet.

Et donc la France, elle doit dire stop à Netanyahou. Sauf que vous vous dites que c'est ça, le sujet.

16:27
Présentateur

Le sujet, c'est aussi Israël qui reçoit quotidiennement les requêtes du Hezbollah depuis le 8 octobre parce que le Hezbollah a décidé d'être en solidarité avec le Hamas. Eh bien, si vous voulez que ça s'arrête,

16:37
Manuel Bompard

qu'est-ce qu'il faut faire ? Qu'est-ce qu'il faut faire si vous voulez que tout ça s'arrête ? Vous devez avoir un processus politique. Vous devez avoir la fin de la colonisation par Israël de la Cisjordanie. Vous devez avoir la fin de l'invasion israélienne sur la bande de Gaza. Vous devez avoir la fin. Mais est-ce que vous reconnaissez Manuel Bonpar ? Vous avez un processus de paix avec la possibilité pour Israël de vivre en sécurité. Ce que je suis en train de répondre précisément à la question que vous alliez me reposer et la possibilité pour le peuple palestinien disposé d'un Éran. Est-ce que vous reconnaissez

17:03
Présentateur

Manuel Bonpar,

17:04
Manuel Bompard

le Hezbollah,

17:05
Présentateur

comme une organisation terroriste ?

17:06
Manuel Bompard

Mais moi, je défends la même position que la position qui est celle de la diplomatie française. Peut-être que là aussi vous ne le savez pas. Est-ce que vous savez qu'Emmanuel Macron s'est rendu au Liban en 2020 et qu'il a rencontré le chef du groupe parlementaire du Hezbollah ? Est-ce que vous le savez ?

17:18
Présentateur

Oui, absolument. Et quand on lui a posé

17:19
Manuel Bompard

la question de savoir pourquoi il rencontrait le chef d'un groupe parlementaire d'une organisation terroriste, le journaliste lui a posé cette question, il a dit mais le Hezbollah fait partie de la démocratie libanaise, il dispose de députés, ils ont des ministres dans le gouvernement libanais et il faut discuter avec tout le monde. Et donc vous reconnaissez que c'est aussi une organisation terroriste ? Mais je ne reconnais rien, moi, je reste calé sur la position qui est la position de la diplomatie française et la position de la diplomatie française. Ce qui n'est pas toujours le cas.

17:50
Présentateur

La France insoumise n'est pas toujours alignée sur la position de la diplomatie française.

17:54
Manuel Bompard

Depuis un an, c'est surtout que la position de la diplomatie française est en rupture avec la position traditionnelle de la diplomatie française.

17:59
Présentateur

Ça vous coûte toujours de dire que c'est une organisation terroriste quand il y a eu les attentats du Dracar, quand il y a eu Cati, la rue de Rennes, etc.

18:07
Manuel Bompard

Mais ça ne me coûte rien. La branche, il faut prendre les termes tels qu'ils sont, la branche armée du Hezbollah est considérée par l'Union européenne comme une organisation terroriste. Mais il y a une branche politique du Hezbollah qui siège au gouvernement que rencontre le président de la République. Donc si vous voulez, si ça vous amuse, vous pouvez dire à la fin, vous n'allez pas régler le problème. Et si vous voulez régler le problème parce que quand même, il y a des gens qui sont victimes de ce qui est en train de se passer. Et si vous voulez éviter l'embrasement général dans la région.

Et si vous voulez faire en sorte que le Liban, l'intégrité, la souveraineté territoriale du Liban soit préservée. Que le peuple palestinien puisse disposer d'un État et que l'État d'Israël puisse vivre en paix et en sécurité. Si vous voulez obtenir toutes ces conditions-là, il n'y a pas d'autre solution que la diplomatie. Et pour obtenir la diplomatie, il faut forcer Netanyahou à revenir à la table des négociations et donc il faut prendre des sanctions. Et donc il faut décider d'un embargo sur les armes. Et donc il faut suspendre les collaborations économiques. Parce que pour l'instant, celui qui refuse de discuter, il s'appelle M. Netanyahou.

Et c'est lui qui, après avoir envahi la bande de Gaza, massacré des dizaines de milliers de personnes, après avoir multiplié et continué la colonisation au Cisjordani, et en train de s'attaquer. Je ne suis pas sûr que le Hezbollah ait très envie de discuter. Mais je ne suis pas en train de vous parler du Hezbollah. Le gouvernement libanais a dit hier qu'il fallait un cessez-le-feu et qu'il appliquerait la résolution des Nations Unies qui prévoit le désarmement du Hezbollah. Sauf qu'il n'en a pas

19:28
Présentateur

les moyens aujourd'hui.

19:29
Manuel Bompard

Mais c'est incroyable. Mais c'est vrai. Et donc qu'est-ce que vous proposez ? Qu'on continue à massacrer tout le monde ? Bien sûr que non. Donc la France, elle doit faire ce qu'elle a à faire. Elle doit faire la diplomatie.

19:41
Présentateur

Et Netanyahou n'écoute en ce moment personne. A commencer par les Etats-Unis.

19:44
Manuel Bompard

Madame, c'est précisément la raison pour laquelle je vous dis qu'il ne faut pas seulement parler et qu'il faut créer les conditions d'un rapport de force. Sinon, il n'écoutera personne. Et on va aller dans une fuite en avant avec encore plus de larmes, encore plus de douleurs, encore plus de souffrances. Et moi, pardonnez-moi, je m'indigne de ça. Et franchement, les petits débats pour savoir comment vous qualifiez les uns ou les autres n'ont rien à voir par rapport à la difficulté, à la cruauté de ce qui se passe là-bas. Merci Manuel Bompard d'avoir été notre invité

20:07
Présentateur

ce matin dans le live.

20:08
Manuel Bompard

Merci à vous.

Liban, Michel Barnier, immigration... L'interview en intégralité de Manuel Bompard — Manuel Bompard · Pourquijevote