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interviewLe Média — Podcasts· 25 octobre 2024 41 min

Macron, l'agent d'Uber : les vérités d'une députée sur ce scandale d'État | Danielle Simonnet

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Invité

C'est Emmanuel Macron, c'est l'homme de la Startup Nation. Les plateformes et les gouvernements macronistes ont une obsession, c'est péter le salariat pour défendre les intérêts oligarchiques de ces plateformes. Du coup, ça permet à la plateforme de vous exploiter à la tâche, comme le patronat exploitait les ouvriers à la tâche avant les conquêtes ouvrières qui ont amené à la création du Code du Travail en 1910.

0:23
Danielle Simonnet

C'est une véritable plongée dans les révélations des Uber Files que nous allons vous présenter aujourd'hui. Un scandale d'État dont vous avez probablement entendu parler ces deux dernières années sans peut-être en mesurer l'ampleur. Plus de 124 000 documents confidentiels révélés par un consortium international de journalistes d'investigation, c'était en juillet 2022, des documents internes de l'entreprise américaine Uber qui montrent notamment comment, entre 2014 et 2016, Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie, a œuvré en coulisses pour favoriser la société privée de VTC.

En dépit d'une certaine hostilité du gouvernement de l'époque, notre invité a été rapporteur de la commission d'enquête parlementaire. Uber Files, le sujet de l'uberisation et de la collusion entre nos politiques et les intérêts privés d'Uber, c'est en quelque sorte son cheval de bataille depuis quelques années. Elle vient de publier cet ouvrage intitulé « Face à Uber, enquête sur un scandale d'État » et édité par Fayard, la députée de Paris. Daniel Simonnet est l'invité de cet entretien d'actu. Bonjour Daniel Simonnet. Bonjour. Je voudrais d'abord vous remercier d'avoir accepté notre invitation.

1:39
Invité

Merci d'avoir invité.

1:41
Danielle Simonnet

Merci, merci beaucoup à vous. On connaît votre engagement de terrain contre la précarisation des personnes les plus fragiles. J'ai l'impression que ce combat contre Uber vient de beaucoup plus loin. Je me souviens qu'il y a quelques années, vous avez monté une pièce de théâtre, une pièce qui s'appelait « Uber, les salauds et mes ovaires ». Et j'ai souvenir que, jeune étudiant en école de journalisme, je vous avais vu à Lille. J'étais allé vous voir sur scène. Et je vous avais vu au Spotlight de Lille en 2017 exactement.

Et j'avais trouvé ce spectacle très revigorant, cette façon de parler des dérives de l'ubérisation en tant que militante politique que vous étiez déjà pour le Parti de Gauche. Je l'avais trouvé revigorant. Et cela m'amène donc à ma première question. C'est pourquoi vous avez décidé, il y a quelques années déjà, de partir en croisade contre Uber et le phénomène de l'ubérisation ?

2:44
Invité

En fait, c'est un peu un hasard au point de départ. Au point de départ, il y a une journaliste, je ne me souviens même plus son nom, mais qui m'envoie un livre. « Uber, la prédation en bande organisée » de Laurent Lannes. Et ce bouquin, je le dévore. Et je le trouve vraiment passionnant. Et qui décrit vraiment le mécanisme de l'ubérisation, de toute cette précarisation qui est mise en place par ces plateformes qui, sous couvert de mises en relation entre des travailleurs et des gens qui veulent un service, finalement se soustraient à toute la responsabilité d'employeur et surexploitent.

Et en fait, je me suis retrouvée un matin en train de prendre mon café à regarder les chaînes d'infos en continu, ce que je ne conseille à personne pour commencer la journée. Et j'ai vu qu'il y avait une mobilisation des taxis qu'on nous décrivait comme violente. Et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je veux dire, les médias mainstream, à chaque fois, pour dénigrer un mouvement social, ils le réduisent à de la violence en oubliant la violence systémique qu'il y a en fait au point de départ avant qu'il y ait une mobilisation, une contestation.

Et du coup, j'ai réussi à rencontrer l'auteur du livre qui m'a présenté à la fois un syndicaliste, Karim Asnoud de la CGT Taxi et une coopérative de Taxi, la Giscope, AlphaTaxi. Et donc, je suis rentrée comme ça, un peu par hasard, dans cette problématique. Et j'ai présenté juste un vœu au Conseil de Paris. Je n'étais que conseillère de Paris à ce moment-là. Et tous les taxis, en fait, m'ont envoyé plein de messages de remerciements pour juste une pauvre intervention de deux minutes. Et j'ai découvert une profession très fortement abandonnée par les dirigeants politiques et qui m'ont accueillie les bras ouverts pour que j'essaye de comprendre avec eux ce qu'ils subissaient.

Et donc, du coup, je suis rentrée dans cette bataille contre l'ubérisation, d'abord par l'entrée des taxis qui subissaient cette concurrence déloyale. Les professions de taxi, c'est une profession réglementée. Et à ce moment-là, c'était l'année où il y allait avoir la bataille contre la loi El Khomri, contre la loi Travail. Et en fait, Uber, à ce moment-là, va commander des amendements clés en main que certains socialistes proches d'Emmanuel Macron et de M. Cazeneuve vont déposer. Et un article qui, en fait, visait à empêcher toute requalification en salarié de la part des chauffeurs VTC.

Donc, c'était une façon pour Uber de rentrer dans la loi El Khomri pour pouvoir se protéger et pouvoir continuer à surexploiter plus encore les chauffeurs VTC.

5:17
Danielle Simonnet

Avec également le lancement de Uber Pop à l'époque.

5:20
Invité

Sachant qu'on est dans une grosse tension à ce moment-là entre les taxis et les VTC, mais surtout entre les taxis et Uber, parce qu'Uber met en place Uber Pop, une plateforme qui met en relation des travailleurs comme vous et moi. Enfin, pas comme moi, parce que moi, je n'ai pas le permis de conduire. Mais des travailleurs mal payés qui veulent faire un petit job en plus. Et s'ils ont le permis, ils pouvaient, en sortant du boulot, ramener des gens. Bon, ça peut paraître sympathique. Enfin, il y en a à côté, c'est leur métier. Ils ont fait des formations. Ils se sont endettés pour avoir la licence de taxi.

5:52
Danielle Simonnet

Qui coûtait extrêmement cher à l'époque.

5:54
Invité

Voilà. Et donc, c'est une concurrence déloyale qui est terrible pour les taxis où on permet à n'importe qui de faire leur boulot alors qu'eux ont à peine de quoi subvenir à leurs besoins. Donc, il y avait cette mobilisation-là qui était extrêmement forte. Et donc, je suis rentrée dans cette lutte-là. J'ai découvert tout le problème de libérisation qui, à ce moment-là, a commencé aussi à se développer dans la livraison, à domicile. Et c'est vrai que, du coup, je m'en suis passionnée. Et j'en ai fait aussi un seul en scène, une conférence gesticulée. Hubert, les salauds et mes ovaires que j'espère pouvoir avoir le temps prochainement de retravailler pour la réactualiser.

Parce que je trouve que ça le ferait, une députée qui remonte sur scène pour faire ce... Ça m'apprête les esprits encore plus. Pour moi, c'est vraiment une méthode d'éducation populaire qui est chouette de faire une conférence gesticulée et de pouvoir éveiller les consciences avec un propos qui tient de l'émotion, de l'humour, mais surtout qui tient de l'expérience où chacun peut se projeter.

6:53
Danielle Simonnet

La preuve, je m'en souviens encore,

6:54
Invité

alors que ça fait 7 ans que je l'ai vue.

6:57
Danielle Simonnet

Alors, on parlait des conséquences que l'arrivée d'Hubert a entraînées. Dès l'arrivée d'Hubert sur le marché français, d'ailleurs, en 2012, on a vu s'opérer une sorte de dérèglement. Vous écrivez dans le livre que le nombre de courses disponibles pour les taxis s'est réduit, d'autant que la plateforme Uber laisse subvention dans une logique hyper agressive. Tout de suite, on rentre dans la logique du lobbying dès la toute première année d'existence d'Hubert en France.

7:27
Invité

Exactement. En fait, toutes les données Uber Files, pour comprendre, comme vous l'avez dit au début, c'est en fait un ancien lobbyiste d'Hubert, Marc Magan, qui décide de basculer lanceur d'alerte et qui donne à un consortium de journalistes des tonnes d'échanges, de mails, de SMS, plein de données qui permettent de découvrir les coulisses. Et on se rend compte qu'en fait, Uber, dès le début, quand les dirigeants d'Hubert, Thrice Canandic, décident d'implanter la plateforme en France, ils vont payer très cher des économistes, par exemple, pour faire des études, complètement bidons, puisque les conclusions étaient quasiment dans le bon de commande.

Donc, avant que les économistes fassent leurs travaux, ils avaient déjà dit, c'était quoi l'atterrissage. Ils payent aussi plein de lobbying pour pouvoir être mieux référencés dans Google, dans Wikipédia. Enfin, voilà, il y a toute une machine aussi de faux articles pour créer vraiment un environnement totalement défavorable au taxi et favorable à Uber. Et ensuite, leur arme à eux, c'est de mettre énormément de chauffeurs sur le terrain pour que vous, en tant que client, vous soyez séduits et qu'on puisse vous prouver qu'avec l'appli, vous pouvez avoir un chauffeur tout de suite, immédiatement.

Donc, vous imaginez bien, où que vous soyez à Paris ou en proche région parisienne, pour que vous puissiez avoir un chauffeur à votre disposition dans très peu de temps, il faut qu'il y en ait beaucoup qui inondent le marché. Donc, leur volonté, c'est vraiment de mettre le maximum de taxis sur le marché pour pouvoir être en capacité de résister à la concurrence des taxis, mais surtout, en fait, tuer le taxi et obtenir le monopole. Et sauf qu'ils ont un problème, c'est qu'il y a quand même des réglementations qui vont se mettre en place. Et pour devenir chauffeur VTC, il faut, voilà, alors normalement, la loi était censée dire que seuls les taxis avaient le droit de faire la maraude.

Normalement, la maraude électronique est interdite. Un chauffeur VTC devrait rentrer au garage entre deux courses, ce qui n'est jamais respecté. Mais surtout, normalement, les chauffeurs de taxi, les chauffeurs VTC, devaient faire une formation de 250 heures. Et ça, ça ne va pas plaire à Uber. Et en fait, ce que les Uber Files révèlent, c'est que non seulement la plateforme, c'est personnellement qu'elle est dans plein d'infractions. Elle est en infraction par rapport aux professions réglementées de taxi, elle est en infraction au code du travail, aux lois de la concurrence, ou si il y a la fiscalité, et elle l'assume.

Il y a une pièce comme ça, que je trouve géniale dans les Uber Files, ça s'appelle The Pyramid of Shit. Alors, je suis nulle en anglais, mais je pense que tout le monde a compris, la pyramide de merde. Et en fait, c'est un schéma, une pyramide qui est utilisé par les dirigeants du Uber quand ils forment leur cadre pour leur montrer toutes les infractions à toutes les lois et réglementations et comment il va falloir assumer d'être dans toutes ces infractions. Donc, il théorise vraiment l'illégalité en principe de fonctionnement. C'est la disruption. On va être disruptif et on ne va pas respecter les règles, ce n'est pas grave, mais on va y aller, on va être ultra agressif

10:31
Danielle Simonnet

et on va remporter le marché. Et il prépare en même temps, en permanence, un système de suppression de fichiers au cas où il y aurait des descentes, des pertenitions. Exactement.

10:41
Invité

Si jamais il y a une descente de la DGCCRF, c'est la réprision des fraudes à la concurrence, s'il y a une descente de l'URSSAF pour les fraudes à la cotisation sociale, s'il y a une descente d'inspecteurs du travail ou de la DGFIP, des impôts, par exemple, eh bien, ils ont un système, le kill switch, qui fait qu'il suffit que les responsables d'UBER localement appuient sur un bouton sur l'ordinateur et ça efface toutes les données. Et donc, du coup, ce qui est une pratique totalement illégale. Donc, ils sont vraiment dans la théorisation de l'infraction sans problème. C'est vraiment une entreprise multinationale hors la loi.

11:15
Danielle Simonnet

Alors, la loi, justement, essaye, à partir d'un certain moment, de réguler tout ça. Il y a le texte de loi dite Evenou. Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, on raconte dans C.UBER FALS, se montre plutôt réticent à certains amendements qui sont portés pour favoriser Uber. Page 39, vous écrivez qu'aucune étude d'impact n'a été réalisée avant l'adoption de la loi qui libéralisait le secteur. Ça paraît quand même surréaliste.

11:48
Invité

Alors, il n'y a absolument aucune étude d'impact. On est vraiment sur l'idéologie libérale pour ceux qui défendent le modèle Uber à fond. Par exemple, il faut savoir que quand... En fait, il y a d'abord, avant cela, sous Nicolas Sarkozy, un rapport qui est commandé à Attali. Et dans le rapport à Attali, il va y avoir un jeune énarque qui va être le rédacteur de ce rapport, c'est justement Emmanuel Macron. Et qui va arriver comme conclusion, notamment sur le taxi, qu'il n'y aurait vraiment pas assez de taxis à Paris, que c'est une catastrophe pour avoir un taxi.

Et donc, qu'il faut absolument, du coup, libérer le secteur en créant le statut de VTC et en permettant, justement, la création d'un statut d'auto-entrepreneur. À ce moment-là, il n'y a aucune étude d'impact sérieuse sur est-ce qu'il en manque ou pas vraiment de taxis. Parce qu'en fait, il y a peut-être des temps d'attente dans les périodes de pointe entre 18h et 20h. Enfin, il faut que les taxis puissent manger quand même. Donc, si vous avez trop de taxis dans ces horaires-là, ça veut dire que pendant le reste de la journée où il y a peu de commandes, ils ne peuvent pas... Tout le monde comprend bien qu'ils ne peuvent pas à ce moment-là avoir suffisamment de revenus.

Bon, ben non, il n'y aura pas d'étude d'impact. Donc, on va avoir une mise en concurrence qui se met en place. Ensuite, des lois qui sont là pour réguler, mais pour lesquelles les décrets, les arrêter, tout ça, ça va mettre des plombes avant de sortir. Et puis, même quand ça sort, eh bien, en fait, ça n'est pas appliqué. Donc, on a vraiment un manquement de l'État. Mais pire encore, ce qu'on va réaliser, c'est que dans la pression d'Hubert, Hubert va mettre vraiment l'État français sous pression. On est là, notamment en 2015, après les attentats de Charlie Hebdo, donc un contexte sécuritaire compréhensible qui fait que...

Bon, on n'a pas envie d'avoir des mobilisations sociales en plus parce qu'il y a cette pression de situation d'alerte attentat. Et en fait, Hubert va continuer à imposer sa plateforme illégale alors qu'il devrait la fermer, Hubert Pop. Et en parallèle, il va essayer d'échafauder toute une stratégie avec Emmanuel Macron.

Et Emmanuel Macron, à l'insu de son propre gouvernement, qui était plutôt anti-Hubert, va, à l'insu de son propre gouvernement, échafauder une stratégie où ils vont essayer de faire passer des amendements pour créer un univers perméable au discours pro-Hubert et puis qui va aboutir au fait que Macron va prendre un décret qui va permettre que pour recruter et former un VTC, on va passer de 250 heures à 7 heures. Donc en une journée, vous formez un VTC et donc du coup, vous pouvez en mettre je ne sais pas combien sur le marché. Et à cette condition-là, Hubert va accepter de fermer sa plateforme illégale, Hubert Pop.

14:29
Danielle Simonnet

Je vous propose justement de regarder un exemple de ces échanges entre Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, et des dirigeants de Uber. C'était compilé par nos collègues de Off-Investigation dans une enquête intitulée Macron, l'Américain. On regarde.

14:47
Locuteur non identifié

Nous avons eu une réunion hier avec le Premier ministre. Cazeneuve va faire taire les taxis et je réunirai tout le monde la semaine prochaine pour préparer la réforme et corriger la loi. Caz a accepté le deal. Mais à Marseille, en octobre 2015, un grain de sable apparaît. Alors que la loi Tevenou n'a pas été encore corrigée, le préfet de police des Bouches-du-Rhône, Laurent Nunez, prend un arrêté pour rappeler l'interdiction d'Hubert Pop. Marc Magan, le lobbyiste en chef d'Hubert en France, alerte alors Emmanuel Macron. Monsieur le ministre, nous sommes concernés par l'arrêté préfectoral à Marseille. Pourriez-vous demander à votre cabinet de nous aider à comprendre ce qui se passe ?

Je vais regarder ça personnellement. Restons calmes à ce stade. Je vous fais confiance.

15:37
Danielle Simonnet

Alors Daniel Simonnet, on voit une implication et puis des échanges très personnels. Il le dit, il utilise ce terme, je m'en occupe personnellement. On voit quelque chose qui saute aux yeux. C'est un conflit d'intérêt évident quand même dans ces échanges.

15:57
Invité

Mais oui, tout à fait. Et en fait, vous savez, Emmanuel Macron, c'est l'homme de la Star-Tot Nation. Il l'a théorisé. Et ça va être le représentant de l'oligarchie de la tech. Il est ministre de l'économie. D'ailleurs, après son passage au ministère de l'économie, il va hésiter entre aller aux Etats-Unis et monter sa propre entreprise ou finalement revenir candidat à la présidentielle. Et il est véritablement celui qui est dans les réseaux. Il a les réseaux avec Google, avec ceux qu'ont fait l'ENA, avec Xavier Niel aussi. il a là tout un réseau, un cercle en fait avec lequel il va évoluer.

Et donc, ce cercle-là a besoin de piétiner l'État de droit et de faire modifier l'État de droit en fonction des intérêts de ce capitalisme de la tech. Et Emmanuel Macron va être leur serviteur, finalement, leur passeur. Et donc là, on voit bien ce qui est assez fort dans les Uberfiles, c'est qu'on voit à quel point Emmanuel Macron, en tant que ministre de l'économie, a aidé cette multinationale américaine totalement hors la loi à se développer en France au mépris des lois et des réglementations.

Alors, il n'est pas complètement tout seul, puisque pendant la commission d'enquête, j'avais aussi auditionné Bernard Cazeneuve, qui était à ce moment-là ministre de l'Intérieur, et qui disait, non, non, moi, je n'ai rien à voir avec tout ça. Et il y avait un aspect du dossier qui m'avait attiré mon attention, c'est qu'il y avait eu un arrêté qui avait été pris par le préfet des Bouches-du-Rhône, qui est M. Nunez, l'actuel préfet de police de Paris. Et cet arrêté avait rendu Hubert fou de rage. Et c'est là où les dirigeants d'Hubert écrivent un SMS à Emmanuel Macron auquel Emmanuel Macron répond en personne « Ne vous inquiétez pas, je vais m'en occuper personnellement. » Bien.

Et en fait, Bernard Cazeneuve, quand on l'auditionne, il dit « Non, non, non, moi, je n'ai absolument pas été sollicité par Emmanuel Macron. Et si j'avais été sollicité par Emmanuel Macron, grosso modo, je l'aurais renvoyé dans ses corps parce qu'en aucun cas, je n'ai à rentrer là-dedans, je dois défendre l'intérêt général. » Bon, on était rassurés, tout va bien. Sauf qu'après, quand on a... Moi, j'ai pu avoir accès aux données de Marc Magan et que j'ai pu éplucher tout ça, je suis tombée sur des échanges de SMS entre des membres des dirigeants d'Hubert et les membres du cabinet de M. Cazeneuve.

Et en fait, ils échangent et ils se mettent d'accord pour retirer l'arrêté préfectoral et remettre un autre arrêté préfectoral. Et ça, M. Cazeneuve ne pouvait pas l'ignorer. En fait, ce qui se passe à ce moment-là, c'est que vous avez une très grosse mobilisation des taxis à Marseille. Ils en ont ras-le-bol d'avoir toute cette concurrence déloyale. Le premier arrêté signalait à Hubert, grosso modo, réachirmer la loi. Ils n'ont pas le droit, les chauffeurs VTC, de venir faire la concurrence déloyale devant les gares et les aéroports et les centres commerciaux. Et grosso modo, l'arrêté ne servait pas à grand-chose. m'y permettait de dire attention, là, on va vraiment contrôler.

Donc, maintenant, ça suffit. Sauf que le deuxième arrêté dit, vous n'avez pas le droit de faire ça sur toutes les bouches du Rhône. Donc là, les taxis comprennent bien qu'on leur a fait à l'envers et qu'il n'y aura pas de contrôle des VTC, de leur illégalité au niveau des gares, des aéroports et des centres commerciaux. Et que finalement, oui, Cazeneuve a bien répondu favorablement à l'injonction des dirigeants d'Uber pour qu'il n'y ait pas d'application de la loi à cet endroit-là. Donc, c'est grave quand même.

Après, moi, ce qui m'a intéressée vraiment dans l'enquête parlementaire, ce n'est pas simplement de m'arrêter sur les Uberfiles et sur ce rapport totalement oligarchique qui est quand même grave. Par la suite, on sait que les dirigeants d'Uber et tout ce réseau-là de la tech va contribuer au financement de la campagne d'Emmanuel Macron. Certes, officiellement, légalement, dans les montants, mais on voit bien le retour d'ascenseur. Moi, ce qui m'a intéressée dans l'enquête parlementaire, c'est de savoir et maintenant qu'Emmanuel Macron est président de la République, qu'est-ce qui se passe dans les différents ministères ? Est-ce qu'ils respectent ou pas l'État de droit face à ces...

C'est encore plus affolant. C'est pour ça que je pense que le scandale d'État continue et que le pire est celui qu'on est en train de vivre en fait en ce moment.

20:05
Danielle Simonnet

En fait, il y a une espèce d'imbrication et de mélange des genres.

20:07
Invité

Il y a toujours cette imbrication et ce mélange des genres, mais c'est surtout que en fait, disait du pouvoir de contrôle sur pièce et sur place. Donc, je pouvais venir avec ma carte de députée et au ministère du Travail et dire, voilà, Daniel Simonnet, je suis députée rapporteure de la commission d'enquête, je veux voir le directeur du cabinet du ministre du Travail. Hop, le directeur était obligé de venir en courant depuis le Sénat où il a accompagné M. Dussopt à l'époque pour me recevoir. Bon, ça, je pouvais faire une petite croix dans ma vie de députée, ça, j'ai fait.

Et donc, là, ils vous reçoivent et vous avez le pouvoir d'exiger d'eux qu'ils vous transmettent un certain nombre de notes internes. Moi, ce que j'avais fait, c'est que j'avais regardé toutes les déclarations d'Uber au niveau de la HATVP, toutes les déclarations où Uber reconnaissait être en lien avec le ministère du Travail, avoir transmis des documents. Et donc, moi, je demandais au ministère du Travail par rapport à toutes ces commandes, à tous ces documents, à toutes ces communications, ces rendez-vous ou ces échanges de mail, quelles sont les notes faites dans le ministère pour le ministre ou les réponses faites à Uber.

Ils ont traîné, traîné avant de me donner des documents et je pense qu'ils ne m'en ont pas donné un tiers. Mais il y a une note qui a attiré mon attention, une note qui date de 2019. Dans cette note, je pense d'ailleurs que le collaborateur du ministre qui a fait cette note a dû être viré parce qu'elle est trop bien, sa note. Il dit, c'est écrit comme quoi, il montre tous les secteurs où l'Uberisation s'est développée. Donc, ce n'est pas simplement la livraison et les chauffeurs VTC ce qu'on connaît le plus. C'est l'aide à la personne. Mais c'est aussi les aides-soignants. C'est les services funéraires. C'est le BTP. C'est la restauration. C'est l'aviation. C'est un secteur énorme.

C'est en fait un changement profond

21:53
Danielle Simonnet

de la société qui a été enclenchée avec cette Uberisation.

21:58
Invité

Exactement. Donc, cette note-là montre qu'il y a finalement plein de secteurs qui sont touchés. La culture, il y a vraiment un nombre énorme. Et la note explique que dans tous ces secteurs-là, à chaque fois, les plateformes de l'Uberisation sont dans le cumul des infractions. Et toujours pareil. Donc, infraction, non-respect des professions réglementées, infraction au code du travail parce qu'en fait, c'est du travail, du salariat déguisé, du travail dissimulé puisqu'en fait, les plateformes exploitent des faux indépendants.

22:29
Danielle Simonnet

Présentés comme auto-entrepreneurs mais en fait, qui doivent répondre à des obligations, des ordres parfois des plateformes d'origine.

22:36
Invité

C'est là où c'est le cœur du sujet, pour moi, du bouquin et de la bataille politique et sociale. Souvent, les gens se disent mais en fait, c'est toi en tant que travailleur qui choisit si tu as envie d'être salarié ou d'être indépendant. Ben non, en fait. Ça n'est ni le travailleur ni le donneur d'ordre ou l'employeur qui choisit de quelle nature est votre relation. C'est les faits qui décident. Et c'est ce qu'on appelle le lien de subordination.

Si vous ne fixez pas vos tarifs, que finalement, la plateforme vous donne les consignes, vous contrôle et vous sanctionne, alors la relation qui vous unit entre vous et la plateforme n'est pas un contrat commercial mais c'est un rapport de subordination. Vous êtes subordonné à la plateforme et donc la plateforme doit avoir l'obligation en retour, en compensation d'assumer ces obligations d'employeur. C'est-à-dire que si vous êtes subordonné, vous devez être donc considéré et protégé par un contrat de travail salarié et donc l'employeur il doit payer les cotisations et puis vous êtes protégé.

Si vous êtes malade, vous avez vos indemnités journalières, vous cotisez à la retraite et puis si l'employeur veut se passer de vous, il ne peut pas vous déconnecter du jour au lendemain. Dans le code du travail, un salarié, il y a un avis préalable de licenciement qui est très encadré, il faut des bonnes raisons, puis il y a les indemnités qui vont derrière, enfin voilà, il y a toute cette protection-là qui est l'équivalent de plus d'un siècle de conquis du mouvement ouvrier.

Et finalement, l'ubérisation faisant croire que tout ça, ça n'existe pas, il n'y a pas de lien de subordination, vous seriez juste dans un contrat commercial avec une plateforme qui vous met en relation avec une clientèle. Du coup, ça permet à la plateforme de vous exploiter à la tâche comme le patronat exploitait les ouvriers à la tâche avant les conquêtes ouvrières qui ont amené à la création du code du travail en 1910. Donc, c'est quand même très grave. On revient à la fin du 19e en termes de piétinement du rapport social. Enfin, c'est gravissime. Et ce que je dénonce dans le bouquin, c'est que quand on a cette note en 2019, ça veut dire quoi ?

Ça veut dire que le ministère du Travail sait pertinemment les infractions par toutes ces plateformes dans tous ces secteurs. Donc, en toute logique, on doit se dire que toutes les notes postérieures, elles vont nous raconter comment le ministre et le ministère vont s'attacher à faire en sorte de faire respecter l'état de droit qui est bafoué. C'est comme ça le premier rôle d'un gouvernement, c'est de faire respecter la loi. Et pas du tout. Les notes par la suite, elles visent un objectif, comment protéger les plateformes de toute requalification en salarié. Et en fait, on voit que les plateformes et les gouvernements macronistes ont une obsession, c'est péter le salariat.

Péter le salariat pour défendre les intérêts oligarchiques de ces plateformes, pour péter le code du travail, péter la protection sociale et nous amener à une régression très grave.

25:34
Danielle Simonnet

Avec en plus un discours un peu de manipulation pour l'opinion en disant vous avez, grâce à ce genre de plateforme, l'opportunité d'avoir un complément de salaire sur votre activité principale alors qu'en fait, c'est juste la continuité. On aurait dû augmenter

25:49
Invité

le salaire de l'activité principale. On va raconter plein de conneries. Je ne sais pas si vous vous souvenez, Emmanuel Macron lorsqu'il était ministre de l'économie avait dit « Mieux vaut être chauffeur VTC que d'être dealer de drogue à Stain. » Déjà, c'est un mépris raciste, mépris de classe pour ceux qui habitent à Stain. Non, à Stain, il n'y a pas que des dealers de drogue. Peut-être qu'il y en a moins à Stain que dans le 16e arrondissement, je n'en sais rien.

26:17
Danielle Simonnet

Moins de consommateurs aussi. Oui,

26:19
Invité

voilà, le marché, peut-être plus... Enfin bref, on ne rentre pas là-dedans. Je m'égare. C'est un mépris monstrueux qui veut faire croire que tout le 93, ce sont des jeunes délinquants et drogués et que grâce à Emmanuel Macron et à Hubert, ils vont pouvoir travailler. Or, les études des économistes là-dessus sont très intéressantes et montrent qu'en fait, la plupart des chauffeurs VTC avaient un taf auparavant. Mais ils avaient souvent un taf où ils subissaient soit de la discrimination, une manière d'ailleurs souvent cumulée, de la discrimination, de la pénibilité, un sentiment d'exploitation et donc se sont dit bah tiens, ils ont voulu croire à la fable, à la promesse.

Vous allez devenir votre propre patron, on va arrêter de vous emmerder et puis vous allez peut-être mieux gagner votre vie. Et au début, la première année, les chauffeurs VTC me le racontent, la première année, ils gagnaient plutôt bien leur vie quoi parce que Hubert a su les attirer. C'est qu'après que Hubert a cassé les prix, et a augmenté sa marge et que là, les chauffeurs VTC se sont retrouvés avec plus grand-chose. Sur les livreurs à vélo, c'est pire encore. Au début, les livreurs à vélo, c'est surtout des sportifs, des étudiants qui trouvent ça sympa, je veux dire, ils gagnent de l'argent en faisant ce qui les passionne du vélo. Donc c'est cool de payer pour faire du vélo.

Sauf que très rapidement, les conditions de rémunération vont être réduites, le nombre de courses à faire et le peu de temps sur lequel doit durer la course. Tout ça, c'est une pression de pire en pire. Et aujourd'hui, on a une écrasante majeure partie des travailleurs livreurs à vélo qui sont des travailleurs sans papier. Parce qu'il faut vraiment être dans une situation de désespoir total pour accepter un boulot qui rémunère aussi peu. Et donc, du coup, on voit bien le mécanisme de surexploitation, de libéralisation. de personnes déjà fragilisées.

Il y a un très beau film que je vous conseille de voir, La vie de Souleymane, qui est en ce moment au cinéma et qui parle très bien de cela et qui montre à quel point les plateformes Uber surexploitent et par ailleurs à quel point aussi nos politiques anti-régularisation sans papier sont scandaleusement inhumaines. Mais ce qu'il faut réaliser, c'est que l'uberisation maintenant touche plein de secteurs et pas uniquement les livreurs et les VTC et pas uniquement les métiers peu qualifiés.

28:37
Danielle Simonnet

Alors, en 2022, lors de l'interview du 14 juillet, Emmanuel Macron se défend en assumant tout. Il dit même qu'il le referait si l'occasion se représentait et il explique qu'il a aidé à ouvrir le secteur aux jeunes de banlieue. On va écouter un extrait.

28:55
Locuteur non identifié

Les gens qui étaient pour fermer le marché, qui disaient il ne faut rien bouger, ils étaient pour que. Des jeunes à qui on refusait tous les emplois n'en aient pas. Il y a des milliers de jeunes venant de quartiers difficiles à qui on ne donnait même pas de réponse à leur CV qui ont été embauchés par les VTC. Grâce à ça, ils ont trouvé leur première activité professionnelle, leur première paye. Ils peuvent nourrir leur famille. Je vais vous dire que je regrette ? Jamais. Et oui, je le referai demain. Et on a ouvert ainsi des milliers d'emplois et de solutions. Ensuite, qu'est-ce qu'on a fait ? On a régulé.

La France, et j'en suis aussi fier, quand je suis devenu président, elle a porté des textes de loi pour réguler ces plateformes et pour donner un statut social au chauffeur.

29:34
Danielle Simonnet

Alors, Daniel Simonnet, que pensez-vous après coup ? Après toute cette enquête que vous avez menée, cette enquête parlementaire, que pensez-vous après coup de ces explications d'Emmanuel Macron ?

29:46
Invité

Mais il se moque du monde parce qu'en fait, ce qu'il ne raconte pas, c'est qu'il va continuer vraiment à soutenir le modèle Uber et il continue à soutenir le modèle Uber pour casser le code du travail et pour casser le système de protection sociale. Alors, en même temps, il est honnête puisque finalement, quand il était candidat à la présidentielle, dans son ouvrage Révolution, il assumait que la révolution à laquelle il pense, lui, c'est celle qui vise à casser justement ce code du travail hérité des révolutions, des grèves, pardon, ouvrières à la fin du 19e et casser le système de protection sociale hérité du Conseil national de la résistance du lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Et il va continuer cette bataille-là et d'ailleurs, comme la problématique de l'ubérisation, elle est présente dans le monde entier, mais aussi dans tous les États membres de l'Union européenne, il va y avoir un bras de fer de dingue à l'échelle des institutions européennes parce qu'en fait, les travailleurs des plateformes dans plein de pays européens comme en France mais comme aussi ailleurs en dehors de l'Europe bien souvent se mettent à poursuivre Uber et les autres plateformes en justice devant les prud'hommes ou tribunaux administratifs ou tribunaux judiciaires pour batailler notamment pour leur requalification de leur relation en relation de travail salarié.

Et en plein d'États, les travailleurs uberisés gagnent. Et donc du coup, à l'échelle européenne, il y a l'idée de légiférer quand même sur ces questions des droits des travailleurs uberisés. D'ailleurs, les plateformes type Uber, Deliveroo se frottent les mains et se disent nous on est tellement chez nous dans les institutions européennes, ils ont leur carte de lobbyiste, ils disent youpi, on va pouvoir imposer notre propre loi et on va mettre en place un tiers statut, on va les enfumer, on va leur faire croire qu'on donne quelques droits aux travailleurs uberisés, allez on assume, allez dans de grandes largesse, on va prendre en charge leur assurance.

Moyen-Ankhan va trouver une clause à leur contrat pour que vraiment il n'y ait pas de possibilité de requalification de salariés. Donc ça c'était leur projet de tiers statut. Sauf que là, ils sont attaqués à un os, c'est qu'au niveau européen, vous avez une députée européenne, Leïla Shebi, qui signe la préface du livre. Leïla Shebi, elle est géniale, elle va créer en fait les conditions pour qu'un lobby populaire des travailleurs des plateformes puisse être invité à chaque fois à l'Assemblée et pour pouvoir faire le contrepoids du lobby des plateformes.

Donc elle va aider en fait les travailleurs, VTC, livreurs et autres, à pouvoir venir à Strasbourg, à pouvoir s'organiser et à pouvoir faire des manifestations et interpeller les députés, les commissaires européens et elle va réussir à changer la donne. Et vous allez avoir y compris des députés macronistes qui vont soutenir une directive européenne de présomption de salariat.

32:36
Danielle Simonnet

Adopté le 14 octobre dernier par le Conseil de l'Europe et c'est donc sur l'amélioration des conditions de travail.

32:44
Invité

En fait,

32:45
Danielle Simonnet

c'est plus que ça. La requalification.

32:47
Invité

C'est-à-dire que c'est un véritable changement complètement de paradigme. Jusqu'à présent, les travailleurs, ils vont au prud'homme et ils doivent constituer leur gros dossier pour prouver qu'ils sont dans un rapport de subordination vis-à-vis de la plateforme. Donc, c'est la victime qui apporte toutes les preuves qu'elle se fait surexploiter et qu'il faudrait qu'on lui signe un contrat de travail. Avec la directive européenne présomption de salariat, le principe s'inverse. Elle dit à partir de maintenant, les travailleurs, on va les considérer comme salariés des plateformes. Donc, les plateformes sont obligées de les salariés.

et si les plateformes contestent, aux plateformes de faire la démonstration qu'elle a à faire à de vrais indépendants. C'est-à-dire qu'il faut qu'elle donne la preuve que c'est le travailleur qui fixe ses tarifs. Ben, bonjour. Qu'elle ne reçoit pas

33:31
Danielle Simonnet

de directive.

33:32
Invité

Pas de directive, qu'il n'y a pas un algorithme à son insu, qu'il ne peut pas être déconnecté du jour au lendemain. Bon, bon. Donc, voilà. Donc, c'est vraiment important. Mais sauf que quel est le pays qui a essayé de détricoter cette directive et qui, à chaque étape, s'est battu, mais vraiment comme un chien contre cette directive ? La France. Avec Emmanuel Macron. Et y compris contre les députés macronistes européens qui se fissent féliciter de cette directive. Alors, elle n'a pas été totalement vidée de son sens. Macron n'a pas gagné. On a plutôt gagné l'étape. Et là, cette directive, elle doit être retranscrite dans le droit français.

34:08
Danielle Simonnet

Oui, parce qu'il faut transposer la directive européenne dans le droit français, effectivement. Alors, vous racontez à quel point porter cette commission d'enquête parlementaire a été difficile, que ce soit à l'Assemblée nationale ou dans les différentes décentes que vous avez aviez à faire. Vous aviez un président macroniste, Benjamin Haddad. Comment se passaient les travaux avec quelqu'un qui, en plus, on le sait, qui vient du privé, qui connaît bien le privé ? Comment se passait ? Est-ce qu'il n'y avait pas déjà conflit d'intérêts même dans la commission ?

34:45
Invité

Alors, c'était très marrant parce qu'on est vraiment... On est à fond renversé. On est exactement à l'opposé. C'est-à-dire que moi, je suis d'abord rentrée dans ce sujet-là par le soutien à la lutte des travailleurs et j'en ai fait un spectacle des Duc-Pop, Hubert Les Salauds et Mézovaire. Et lui, par contre, il est rentré d'abord dans le sujet. Il était un ancien lobbyiste pour les entreprises américaines. Il a travaillé à Washington dans un six-song qui avait ça comme objet. Il a travaillé aussi dans les institutions européennes. plutôt de l'autre côté, on va dire.

35:22
Danielle Simonnet

C'est paradoxal de l'avoir lu.

35:24
Invité

Et lui défend Emmanuel Macron et donc il était là pour protéger les intérêts d'Emmanuel Macron et moi, j'étais là pour défendre les travailleurs. Donc, on était vraiment à fond renversé. Donc, il y a eu des moments de très fortes tensions parce que, par exemple, je n'ai pas pu auditionner les membres du cabinet d'Emmanuel Macron de l'époque puisque c'est le président de la commission d'enquête qui fait les convocations. Donc, lui, il s'est débrouillé pour que je ne puisse pas auditionner les membres du cabinet de l'époque. Je ne puisse pas auditionner non plus les députés qui ont porté des amendements clés en main rédigés par Hubert. Mais, en échange, lui n'a pas pu s'opposer à mon rapport.

Quand vous êtes rapporteur, c'est vous qui avez la plume et c'est vous qui faites le rapport. Alors, après, il aurait aimé que ce rapport ne soit pas publié, mais il n'a pas pu aller jusqu'au bout. Voilà. Ça a été une sacrée bataille.

36:15
Danielle Simonnet

Quelle suite, maintenant ? Est-ce qu'Emmanuel Macron devra rendre des comptes une fois qu'il ne sera plus président de la République ? Comment s'assurer qu'il y a une certaine justice ? Parce que, vous l'avez dit, de nombreux taxis ont perdu leur emploi à cause de ce lobbying agressif d'Hubert. de nombreuses personnes qui s'étaient lancées dans cette activité, cette aventure supposément auto-entrepreneuriale ont été lésées, ont subi de nombreuses difficultés. Quelle justice, après, j'ai envie de dire ?

36:51
Invité

Alors, c'est très difficile parce qu'en tous les cas, sur les données des Uber Falls, Macron n'a rien à craindre de se retrouver devant les tribunaux pour les révélations qu'on a pu avoir au niveau des Uber Falls. Parce qu'aussi choquant que cela puisse paraître, les institutions de la Vème République finalement permettent à un exécutif d'avoir bien peu de comptes à rendre. Aujourd'hui, ça pourrait être un petit peu différent parce que depuis, il y a eu la loi Sarpin 2 qui n'autorise pas l'opacité des rendez-vous entre des ministres et des lobbies. Bon, mais en même temps, moi, j'ai bien vu.

Je veux dire, vous pouvez dire que vous avez des rendez-vous et que néanmoins, il y ait une totale opacité sur qu'est-ce qui se raconte et qu'est-ce qui se décide dans ces rendez-vous. Donc, tout ça est bien fragile. Maintenant, je pense que par contre, il y a une suite qui est la bataille politique sur la transcription de cette directive présomption de salariat. Et je pense que c'est là où il faut les mettre en échec. Pour moi, l'enjeu, c'est vraiment que les organisations syndicales se rendent compte que ce qui est en jeu, ce n'est pas simplement le devenir des travailleurs ubérisés actuels, mais c'est le devenir de tout le salariat.

parce qu'aujourd'hui, par exemple, je vais vous donner des exemples pour que tout le monde puisse comprendre. Dernièrement, vous avez eu un grand supermarché monoprix, tout le monde connaît, qui a été poursuivi parce qu'ils avaient mis un caissier en statut d'auto-entrepreneur qui faisait passer par une plateforme. Franchement, ça veut dire que de n'importe quel de nos métiers, on peut les basculer comme ça. Vous avez une plateforme qui s'appelle Mediflash et qui permet de mettre en relation des aides-soignantes au statut auto-entrepreneur et des EHPAD. Enfin, vous avez envie que votre aîné vous aidez.

Déjà, c'est gênant quand il y a une boîte d'intérim qui pallie à une absence parce qu'on se dit mais alors, comment se fait la continuité humaine pour s'occuper de nos papiers et de nos mamies ? Mais alors, si en plus, il y a des auto-entrepreneurs qui changent tous les jours, c'est n'importe quoi. On a vu aussi des auto-entrepreneurs dans l'aide sociale à l'enfance départementale où c'était les travailleurs sociaux en statut auto-entrepreneurs pour protéger la jeunesse en souffrance.

38:55
Danielle Simonnet

C'est la fin de la déshumanisation.

38:57
Invité

C'est gravissime. Vous savez, le ministère de la Culture est responsable aussi dans le recours aux auto-entrepreneurs. Vous avez, par exemple, dans des musées, le musée d'histoire de l'immigration qui n'est pas loin d'ici dans le XIIe, eh bien, avant, c'était des guides conférenciers qui étaient titulaires, fonctionnaires d'État. Ensuite, ça a été des vacataires. Maintenant, ils ont recours à des auto-entrepreneurs. Donc, aucune garantie qu'ils aient vraiment les diplômes.

Et entre-temps, leur feuille de paie, c'est divisé par deux entre le temps où vous étiez fonctionnaire titulaire et puis la rémunération que va se faire ce contrat commercial ou l'auto-entrepreneur qui va faire un guide conférencier. Donc, on est vraiment sur une case des droits, vraiment le travail low cost, mais aussi qui pète les réglementations et le sens du travail. Et c'est tous les secteurs hyper diplômés comme peu diplômés.

Et donc là, il y a vraiment une bataille à mener avec les organisations syndicales, avec la société tout entière pour exiger qu'une bonne retranscription dans le droit français de la présomption de salariat pour mettre un terme à cette attaque de nos acquis sociaux que constitue le code du travail d'un côté et notre système de protection sociale de l'autre. Juste sur les retraites, c'est plus d'un milliard par an qui sont volés aux caisses de retraite ce développement de l'ubérisation.

40:14
Danielle Simonnet

Merci. Merci beaucoup, Daniel Simonet, député de Paris et auteur donc de ce livre Face à Uber, Enquête sur un scandale d'État, publié aux éditions Faya. Merci d'avoir accepté de nous en parler et merci à vous d'être fidèle aux médias sur le canal 165 de la Freebox sur YouTube ou sur notre site Internet. Le média, votre média, on le rappelle, ne vit que des abonnements de soutien et des dons de celles et ceux qui l'aiment. Si vous le pouvez, allez sur le site Internet donc le www.lemediatv.fr slash soutien et donnez-nous de la force. Restez connectés aux médias.

Macron, l'agent d'Uber : les vérités d'une députée sur ce scandale d'État | Danielle Simonnet — Danielle Simonnet · Pourquijevote