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interviewLes grands entretiens de Jean-Luc Mélenchon· 29 juillet 2021 30 min

Ep. 01 | Dans la bibliothèque de Jean-Luc Mélenchon | Entretien pour Ernest Mag

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bienvenue à toutes et à tous, vous écoutez le podcast Les Entretiens de Jean-Luc Mélenchon. Cette série de podcasts a pour but de vous faire découvrir ou redécouvrir les grands entretiens de Jean-Luc Mélenchon, lus par Christian Benedetti, comédien et émetteur en scène. Aujourd'hui, on plonge dans la bibliothèque de Jean-Luc Mélenchon grâce au journaliste Guillaume Gonin d'Ernest Mag. L'entretien est l'occasion de revenir sur la passion du candidat à la présidentielle, pour la littérature et les livres qui ont marqué sa vie. Cet entretien est à retrouver sur le site internet ernestmag.fr, rubrique dans la bibliothèque des politiques.

Je vous ai apporté l'un de vos ouvrages « Recards, le rendez-vous manqué » publié en 1994. Quel souvenir vous évoque-t-il ?

0:55
Jean-Luc Mélenchon

Il m'a coûté 21 nuits. C'est une erreur totale ce livre. Littérairement, il ne vaut rien et politiquement très peu. D'abord, je l'ai écrit en été, j'ai gâché mes vacances et celles de ma famille. Ensuite, parce qu'il est prétentieux de se sentir obligé d'écrire un livre pour se justifier. Là, c'était pour expliquer comment ce que j'avais entrepris pendant tant d'années était passé ensuite par « Recards » que j'avais pourtant tellement combattu auparavant. Ce livre n'a aidé personne, à peine moins. Et puis, vous le savez, l'esprit construit toujours ses obstacles. Certains appellent ça l'angoisse de la page blanche. Pour ma part, je n'arrivais à écrire que la nuit.

Je n'étais pas très malin, mais il fallait que j'écrive pour me retrouver. Je vis vraiment le stylo à la main.

1:36
Présentateur

Et depuis, écrivez-vous différemment ?

1:38
Jean-Luc Mélenchon

J'en suis à mon 22e livre. J'ai donc eu le temps de dédramatiser l'écriture. Mais chaque livre a représenté un exercice nouveau. Pour le dernier, député du peuple humain, c'est la première fois que j'utilise un discours en y ajoutant d'autres interventions que les miennes. Et puis est arrivée la trouvaille du QR code qui change la nature de l'objet, car il a vaincu la différence entre le texte numérique et le texte imprimé. En réalité, mes textes numériques sont souvent des hubs avec des liens hypertextes. Mes bouquins n'offraient pas cette possibilité, c'est désormais chose faite. C'est un livre qui fonctionne avec des univers parallèles.

Il y a plusieurs mondes qui vivent en même temps, dont les points de passage sont des QR codes. Chacun sourd avec un téléphone et donne accès à une vidéo ou un autre texte. Je crois être le premier à utiliser ce procédé narratif, non ? L'idée de la connexion d'univers parallèles est essentielle dans ma compréhension du monde. Le surréalisme peut être un code intime.

2:34
Présentateur

Dans quel sens ?

2:35
Jean-Luc Mélenchon

Exemple, un meeting. Lorsque je fais un meeting, il y a l'événement que je vis, que j'ai sous les yeux, mais il y a aussi celui qui est diffusé en images et puis il y a celui qui passe en réseaux sociaux, qui aura sa propre vie. Cette concordance des univers innombrables, c'est l'univers infini des mondes innombrables de Giordano Bruno à la Renaissance transposée au XXIe siècle. Sauf que moi, on ne me brûlera pas pour ça.

2:58
Présentateur

Justement, vous semblez être quelqu'un de l'écrit, mais pour autant, vous ne semblez pas dégoûté par les attributs techniques de la modernité, comme les écrans.

3:07
Jean-Luc Mélenchon

Vous tombez juste. Je n'ai jamais aimé le discours du type « c'était mieux avant ». Souvent, pour blaguer, je réponds « non, avant j'y étais, ce n'était pas mieux ». Le présent est follement excitant dans le registre des moyens de communication. Vous savez, je suis un militant et donc un intellectuel médiateur. Et j'en suis fier.

3:22
Présentateur

Pour certains, un intellectuel n'agit pas.

3:25
Jean-Luc Mélenchon

C'est vrai. Beaucoup imaginent une créature dans son bureau, enfouie dans ses papiers, ses fulgences tapirs d'Anatole France dans l'île des Pingouins. Vous avez raison. Mais pour ma part, je ne sépare pas mon rôle intellectuel de mon engagement dans la lutte politique. D'ailleurs, c'est parce que je suis engagé que je suis devenu un intellectuel. Ce n'est pas une affaire de succès dans les études. C'est une attitude. On veut comprendre pour partager. Alors on va chercher, lire, écrire. Mais la finalité est dans l'engagement, c'est-à-dire dans le processus pour comprendre et emporter la conviction des autres. Non pas déclamer ou asséner, mais convaincre, impliquer.

3:58
Présentateur

Comment convaincre ?

3:59
Jean-Luc Mélenchon

Cela mêle les registres de l'affect, du rationnel, de l'écrit, de la mise en scène, des mots, de la transmission, de ses convictions propres. En ce qui me concerne, je ne peux séparer cela de ma manière d'être. Petit à petit, la construction de soi est venue de la politique seule. C'est 90% de mon existence. La politique satisfait toutes les cases auxquels j'aspire. Elle m'a mis en contact avec toutes sortes de réalités, de pays, de sujets, de personnes. Elle m'a impliqué à fond dans la trame de la réalité. Dès lors, les cris, la communication orale et la pensée forment un continuum existentiel. Pour moi, il n'y a pas de frontière entre penser, lire, écrire et dire.

Je ne dois pas être le seul à le croire parmi ceux qui vivent un crayon à la main. Vous vous rendez compte de ma cadence ? Avec mon blog, mes tribunes et textes, j'écris l'équivalent d'un livre tous les deux mois. Sans parler de la transcription des discours, donc je ne peux pas regarder une activité pareille comme quelque chose d'extérieur à moi. Ce n'est pas possible. Je suis, donc j'écris.

4:55
Présentateur

Quel vient avec la construction de soi ?

4:58
Jean-Luc Mélenchon

La construction de soi, à la fin, c'est quand vous pensez comme vous parlez et vous parlez comme vous écrivez. Le temps passant, quand on a commencé à me dire en te lisant, en entendant ta voix, j'ai su que j'étais arrivé à un bon niveau d'autoproduction. Celui où vous pouvez dire, ça y est, je commence à être une vraie pierre polie, un être vraiment imbriqué.

5:16
Présentateur

Sans regretter le passé, on vous imagine tout de même, volontiers, en parlementaire de la Troisième République, intervenant dans l'hémicycle sans micro. Vous ne rejetez pas cette image ?

5:27
Jean-Luc Mélenchon

Ah non, pas du tout. Au contraire, j'ai beaucoup d'admiration pour les orateurs de la Troisième République, leur style, leur manière de faire. Parfois, Alexis Corbière et moi, tous les deux amateurs d'histoire, nous en rajoutons un peu dans ce domaine. Corbière a plus le physique que moi avec son côté Jaurès. D'une manière générale, je me sens un homme d'assemblée. Ça, c'est clair. Et ce, depuis mes assemblées de lycéens quand j'étais élu président des délégués de classe.

5:50
Présentateur

Écrivez-vous vos discours ?

5:51
Jean-Luc Mélenchon

Jamais. J'établis une sorte de partition entre un plan résumé et un dessin. Je me suis beaucoup intéressé au mystère de l'art oratoire. Car oui, c'est un art. Cela représente à la fois une technique et une résonance, c'est-à-dire quelque chose de plus ample que parlé. Évidemment, la forme va jouer un très grand rôle. Mais dans quel art la forme ne joue-t-elle pas un rôle ? Comme la musique, la peinture, la sculpture, la prise de parole à des exigences de forme.

6:15
Présentateur

Avec une inspiration qui nous dépasse, parfois.

6:19
Jean-Luc Mélenchon

Oui, exactement. Car il y a aussi quelque chose d'immatériel, d'irracontable. C'est le discours surgissant de l'orateur. On est alors habité. Je ne sais pas nommer cela autrement. Pendant mes discours, vous me voyez parler sans pause. Bien sûr, j'ai mémorisé le plan et les arguments. Mais oui, je suis habité par ce flux. Et puis il y a la force des lieux, des symboles qui font rayonner à travers l'orateur. Par exemple, ce jour-là, à la Réunion, à l'invitation du Guet-de-Bello, maire de Saint-Paul, nous intervenons sur le thème de l'abolition de l'esclavage. J'ai lu beaucoup avant cela sur l'histoire locale. La première composante est le symbole de la libération.

Ensuite, nous intervenons à l'anniversaire de l'abolition à la Réunion. L'événement va nous envahir. Et enfin, nous nous trouvons à Saint-Paul, à côté de la fosse commune des esclaves quand ils font à révéler fortuitement en arrachant la terre. Il est évident qu'à ce moment-là, le flot du discours qui jaillit vient d'une grande profondeur du passé, d'un ordre des choses à part. Et le personnage du Guet-de-Bello, parlant dans cette circonstance est rare et précieux. Les oratrices féminines sont peu nombreuses pour la raison que la culture très genrée leur a interdit les figures essentielles de l'art oratoire. Se donner à voir et accepter que quelque chose s'empare de vous.

Guet passe à travers tout ça. En parlant, elle avait une expression sur son visage que je sais reconnaître. La bouche se déforme légèrement, les yeux partent un peu, ça se voit à peine, mais c'est un signal unique.

7:40
Présentateur

Et vous devenez littéralement le médium ?

7:42
Jean-Luc Mélenchon

Absolument oui. Le discours surgit de moi. Il est composé. Il y a des verbes, des compléments, des rires, des virgules, des gestes, des soupirs. J'en parle parce que nous sommes ici tous les deux dans une situation particulière. On peut s'expliquer et dire les choses. Et c'est mon devoir de le dire ouvertement, peut-être pour mettre à l'aise ceux dont c'est le tour de le faire, mes plus jeunes camarades. Il y a autour de moi des femmes et des hommes qui sont des orateurs en construction, vous confirmez.

Et j'aimerais les libérer de la pudeur qui conduite à se cacher cette émotion-là, du virilisme qui interdit d'exposer des sentiments intimes et de toutes les injonctions genrées faites aux femmes et aux hommes qui les assignent à un comportement stéréotypé. Pour ma part, j'ai toujours étudié sans gêne comment faisaient les autres orateurs, y compris leur ressort physique.

8:25
Présentateur

Vous évoquiez le sens du discours aussi.

8:27
Jean-Luc Mélenchon

Oui, le contenu. Je suppose qu'on peut être victime d'une illusion qu'il faut combattre. On ne peut pas être un orateur si on n'a rien à dire. Donc les gens qui surjouent la forme pour ne rien dire sont vite démasqués par l'auditoire. Ils ne voient plus que leur imposture, le contenu. Toute la force vient de lui. C'est elle qui est projetée.

8:46
Présentateur

À quoi ou à qui pensez-vous ?

8:49
Jean-Luc Mélenchon

Voyez Robespierre, il a une voix de fossé, il porte un costume étrange de l'Ancien Régime, sa perruque poudrée, ses discours sont des textes lus, mais il captive tout le monde. Les tribunes étaient remplies, dit-on-le quand il parlait. Beaucoup d'hommes, et de femmes d'ailleurs, car les femmes étaient très engagées en 1789, même si les récits historiques le montrent peu. Je me suis donc demandé pourquoi il captivait. Car il n'était agréable ni à écouter ni à regarder. Tout tient à la forme de la pensée. C'est un personnage qui a quelque chose à dire. Il fournit un cadre d'explication. Il rend les événements compréhensibles. C'est pour ça qu'on l'écoutait.

Bien sûr, certains se moquaient de lui. On ne peut pas discuter avec lui. Il croit à ce qu'il dit. Ça, c'est Mirabeau qui ironise. D'autres ont dit « Ce type, c'est la déclaration des droits de l'homme sur pattes. Ça, c'est ce qui m'a éclairé. D'un coup, j'ai compris. Tu l'écoutais, tu savais pourquoi tu faisais des choses. Les autres assénaient. Lui, il démontrait.

9:40
Présentateur

Il éclairait. » Et donc, il incarnait.

9:43
Jean-Luc Mélenchon

« Oui, mais il ne s'en souciait pas. Il était à fond dans sa pensée et ses mots. Même avec sa voix de faussée et ses fringues pas possibles, il était ce qu'il lisait. »

9:52
Présentateur

Vous avez une vraie culture de l'admiration pour des personnages ou des contemporains qui n'est pas quelque chose que l'on valorise ces temps-ci. Je pense notamment à François Mitterrand dont vous vous êtes nourri humainement, littérairement et politiquement.

10:06
Jean-Luc Mélenchon

« Oui, vous avez raison de le pointer. Je ne m'étais pas rendu compte que l'époque pouvait à la fois construire des adulations irraisonnées et se moquer de celles qui sont raisonnées. Souvent, on utilise des mots que je récuse. Vous avez adulé François Mitterrand. C'est faux. Je ne l'ai jamais adulé. Je l'ai admiré et je m'en suis inspiré. Et je continue de m'en inspirer encore aujourd'hui. D'ailleurs, nous vivons une époque formidable. Grâce à Lina, nous pouvons nous replonger dans des ambiances, dans des moments. Hasard, hier encore, j'ai dû écouter l'un de ses discours. Qu'est-ce que ça me fait, moi, d'être leur cible, après tant d'années ? Qu'est-ce que ça me fait, à moi ?

On voit qu'il est vraiment dans le moment. Il n'est pas en train de lire un texte. Il exprime quelque chose qui sort du reclus. Il transpire. Les cheveux sont un peu collés sur le bord du front. Il est habité par son discours. »

10:52
Présentateur

Les livres ont-ils joué un rôle dans votre relation à François Mitterrand ?

10:56
Jean-Luc Mélenchon

« Oui, un peu. Je n'étais pas de ses intimes, mais on a plaisanté une fois ou deux sur des livres. J'en ai de beaux souvenirs. D'abord parce que c'est le président de la République dont le portrait officiel se situe dans la bibliothèque de l'Élysée. Voyez, en regardant d'un peu plus près, on s'aperçoit qu'il tient entre ses mains les essais de Montaigne. Qui peut faire mieux ? À 18 ans, je n'aurais pas pris Montaigne, mais depuis que je le connais, j'ai compris pourquoi un président peut s'en réclamer symboliquement. L'auteur se dit consubstantiel à son œuvre. François Mitterrand était une source d'inspiration sur une certaine forme de plénitude de lettres.

Lui avait, à plus juste titre que moi, une prétention littéraire, mais surtout, il était habité par son œuvre et son propre personnage. »

11:36
Présentateur

« Mais il a écrit moins de livres que vous ? »

11:38
Jean-Luc Mélenchon

« Peut-être serait-il préférable pour l'écriture que j'en écrive moins. Bon, cet objet-là, ça s'appelle un livre. Il y a un début, une fin, une démonstration. Mais ce n'est pas tout à fait l'idée que je me fais d'un livre. Un livre, c'est quelqu'un qui tout d'un coup entre dans votre vie comme une personne et ne vous quittera plus jamais. Vous m'avez demandé d'en ramener pour notre interview. C'était très embarrassant pour moi parce que j'en ai des milliers et beaucoup sont des compagnons de vie très importants. Pourtant, j'ai souvent rabâché en citant les mêmes titres. On pourrait croire que j'ai lu cinq livres dans ma vie. Je me cachais avec mes autres compagnons livres derrière cela.

Donc, j'ai fait un effort pour vous. J'ai choisi d'autres titres. Tenez, j'en prends un. Connaissez-vous l'ancêtre de Juan Rosésaer ?

12:21
Présentateur

Non, je découvre.

12:22
Jean-Luc Mélenchon

Vous pouvez être totalement décontracté avec moi sur ce sujet. J'ai horreur des pédants qui vous interpellent toutes les deux minutes pour vous demander si vous avez lu ceci, cela et qui vous expliquent à quel point c'est une erreur de ne pas l'avoir fait. Bon, ce livre part d'une histoire vraie. Quand les Espagnols sont entrés dans le Rio de la Plata, un immense fleuve entre l'Uruguay et l'Argentine, un coin que je connais et que j'aime, il n'y avait personne, sauf côté Uruguay où se trouvaient quelques Indiens charroisses. En les voyant arriver, les Indiens ont eu l'intelligence de ne pas discuter avec les conquistadors mais de tuer tout le monde.

Ils n'ont gardé qu'un seul survivant, le mousse. Cette histoire est aujourd'hui racontée sur une stèle au bord du Rio de la Plata, mais je ne le savais pas en lisant le roman. Ce mousse ne comprend pas ce qui lui arrive. Il est très bien traité, on le couvre de cadeaux. Le temps passe, il se demande ce qui est attendu de lui. Il finit par comprendre que les Indiens se disent « il sera notre témoin, il dira qu'il nous a vus ». L'histoire raconte au fond une angoisse typiquement masculine, l'incertitude de la réalité. Puis les Indiens le rendent au sien, ils rentrent au pays. Ils deviennent acteurs. On entre alors dans une nouvelle dimension de l'incertitude du réel. Quel monde est réel ?

Tout n'existerait-il que par ce qui en est dit ?

13:34
Présentateur

Pourquoi l'incertitude du réel est-elle typiquement masculine ?

13:37
Jean-Luc Mélenchon

Nous ne faisons pas d'enfants dans nos ventres. Nous n'avons pas d'expérience charnelle de la production de l'éternité humaine. Toutes nos œuvres restent provisoires et incertaines. L'incertitude est un attribut masculin fondateur. Ma lecture genrée des livres me vaut quelques disputes avec ceux qui ne la supportent pas. Elle n'exclut pas l'universalité du message d'un récit, mais elle explique son origine. Si vous n'aimez pas cette idée, passez votre chemin. Mais je le dis quand même en particulier pour les jeunes hommes comme vous. Je vous recommande de lire « Vendredi ou les Limbes du Pacifique » de Michel Tournier, si éducatif à mes yeux.

C'est un peu la même histoire du masculin, mais en plus global.

14:14
Présentateur

Ce livre est l'un de vos compagnons ?

14:16
Jean-Luc Mélenchon

Oui, vraiment. Ce livre est dans ma vie depuis 20 ou 30 ans. Je l'ai beaucoup recommandé ou offert. D'autres fois, c'est une histoire qui vous accompagne et qui ne vous lâche plus. Par exemple, « Le procès des étoiles » de Florence Tristram. Elle raconte une expédition française en 1735 en Amérique du Sud pour calculer la longueur du Méridien et savoir si notre planète a la forme d'une patate ou d'un ballon de foot. Dispute d'apparence scientifique, mais dans laquelle se jouaient les enjeux du calcul différentiel, la longueur des routes maritimes. Voilà l'histoire de ces Français partis pour 15 mois et qui sont restés 15 ans en chemin. J'ai aimé ces hommes.

Ce sont des personnages que je trimballe en moi. Ils sont fascinants. Il y a Jussieu, Lacondamine, Bodin. C'est une histoire vraie, mais la métaphore m'obsède. Mission accomplie, à quel prix ? Ils sont ensuite piégés dans un retour sans fin. C'est l'histoire d'Ulysse transposée. Nos vies sont des odyssées sans fin.

15:12
Présentateur

Comment choisissez-vous vos lectures ?

15:14
Jean-Luc Mélenchon

Je viens d'un milieu populaire. Dans ma famille, tous étaient des autodidactes. Ma mère était devenue institutrice. Son époux était chef d'équipe au PTT. Mon père a fondé une station de radio communication maritime à Tangier. Chacun d'eux avait fait des percées désordonnées pour entrer dans le monde du savoir. Je dis désordonnées car ils n'avaient ni méthode ni but clair. À mon tour, je lis de briques et de brocs. Je pratique la picorée. Par exemple, j'ai lu je ne sais combien de bouquins de Julien Grine ou Pierre Benoît, par hasard. Et tout Anatole France. Et puis tout Airscreen Carl Dwell, qui révolutionna ma manière de penser l'écriture. Et Gionou, que je méprisais d'abord.

J'ai vécu la Covid au rythme du hussard sur le toit. Avec le recul, j'ai peut-être reçu de ma famille cette capacité à picorer.

15:59
Présentateur

C'est ce que vous appelez les romans de gare, qui est plus un état d'esprit qu'un style. C'est une curiosité.

16:05
Jean-Luc Mélenchon

Oui, je n'ai pas vraiment appris à lire à la fac. Dès très vite, j'en ai seulement pris l'arrogance et je n'ai lu vraiment comme en défaisant. Au début, on s'en cache, on a un peu honte, parce que ce n'est pas la manière de lire qu'on nous enseigne. Il y a les classiques et les sous-genres, comme le roman policier. Aujourd'hui, on change de regard à son sujet par une sorte de dévergondage bourgeois. Ce n'est évidemment pas du tout ma manière de penser. D'abord, c'est pour cette raison que je vous ai apporté ces trois romans policiers que je considère comme des sommets d'écriture. D'abord, Arthur Upfield et ses policiers ethnologiques. Un métis aborigène en quête dans le bouche en Australie.

Dix ou quinze ont été édités en français, je vous le dis pour vos vacances. Le bouche entre dans votre tête. La méticulosité du regard de l'aborigène, le détail des grains de sable poussés par le vent sur des traces infimes. Et je vous recommande tout particulièrement, mort d'un lac dont le décor de l'enquête est un lac en train de se dessécher. Et dans un roman policier traduit qui plus est. Ensuite, dans un autre style, mais toujours en roman policier. Alexander McCall. Ce que je peux vous dire, c'est qu'il ne se passe absolument rien ou du moins pas grand-chose dans ses romans. Une Botswanaise de constitution traditionnelle ouvre une agence de détectives.

C'est un art d'écrire absolument inouï puisqu'un rythme vous pénètre. Si bien que vous lisez pour vous détendre au sens littéral à la fois physique et intellectuel. Vous irez mieux après avoir lu le bouquin. Enfin, je poursuis mon apologie des romans policiers. Celui-ci est historique. Stephen Saylor. C'est pendant la Rome antique. Je n'ai pas honte de vous avouer combien j'en ai plus appris sur Rome par des romans policiers que par les innombrables lectures des biographies des grandes œuvres de l'époque.

17:42
Présentateur

Comme Montesquieu ?

17:43
Jean-Luc Mélenchon

Non, vous plaisantez. Titlivre lui-même, s'il vous plaît. Les latins sont mes ancêtres vénérés. J'ai imité les catilinaires à la tribune de l'Assemblée nationale pour mon premier discours de censure. Personne ne s'en est rendu compte. Sauf trois députés qui, quelques jours plus tard, m'ont demandé, dit, c'était pas du Cicéron ton discours ? Parce que j'avais commencé ainsi. Jusqu'où et jusqu'à quand allez-vous abuser de notre patience ? C'est le début du premier discours de Cicéron contre Catilina. Découvrir qu'il n'y avait que trois personnes pour s'en rendre compte a été pour moi un sujet de sidération.

Mais s'ils en étaient tous rendus compte, peut-être m'auraient-ils rionné et ça aurait coulé mon effet oratoire. Les penchants de faux.

18:21
Présentateur

La Rome antique continue de vous inspirer ?

18:24
Jean-Luc Mélenchon

Oui, Rome continue d'être un marqueur personnel. Voyez, pour ma deuxième candidature présidentielle, j'étais à Rome quand j'ai appris que j'avais obtenu les 500 signatures de parrainage. À l'heure du rendez-vous téléphonique, je voulais être auprès des rostres des tribuns du peuple sur le forum antique. Bon, je ne savais pas qu'il y avait un chantier, j'ai donc dû me contenter de les voir de loin. Ainsi, je voulais que les ondes des filiations dans le temps long viennent à moi à l'heure où je m'apprêtais à reprendre la toche du tribun du peuple.

18:49
Présentateur

D'où le fait d'avoir apporté un exemplaire de Sénèque aussi.

18:53
Jean-Luc Mélenchon

Il est le symbole, comme vous le savez, d'un de ces maîtres mal compris. Car Sénèque a été le précepteur de Néron et lui-même est un maudit de l'histoire. En fait, c'était un leader populiste détesté par les riches patriciens qui l'ont accusé de tout et de n'importe quoi. Or, c'est eux qui ont écrit l'histoire, ils se sont donc vengés des humiliations qu'il leur avait infligées. Sénèque est un stoïcien. Le stoïcisme était ma coquetterie de jeunesse romantique. Puis j'ai admis que les stoïciens recommandent de ne pas faire de politique, ce qui n'est vraiment pas dans mes moyens.

Dans ma période très anticléricale, j'avais aimé que l'Église dénonce la superbe stoïcienne au sens latin de l'orgueil. Évidemment, il y a une transcendance chez les stoïciens, d'une certaine manière, moins bienveillante que dans le christianisme. Le stoïcisme contient une matrice humaniste qui va finir par germer l'être humain, maître de son histoire. Le stoïcisme proclame que la liberté est la racine de la condition humaine, puisque même face à ce contre quoi l'on ne peut rien, on peut toujours rester maître d'éteindre la lumière. J'adore.

19:56
Présentateur

C'est un beau sujet de livre, non ?

19:58
Jean-Luc Mélenchon

Oui, mais je voudrais plutôt écrire un bouquin sur l'humanisme tel que je le comprends. Sinon, ce serait incongru. Imaginez-vous un candidat à l'élection présidentielle avec un bouquin qui explique en quoi la liberté de se suicider est la liberté la plus fondamentale. On dirait ce type à garer sa soucoupe volante en double fil.

20:15
Présentateur

Je vois également Montaigne dans votre pile.

20:18
Jean-Luc Mélenchon

Oui, mais sous une forme imprévue. Ce n'est pas Montaigne l'auteur qui est abordé ici, l'adolescent attardé qui grave des maximes sur les poutres de sa bibliothèque. Nous avons tous des raisons différentes d'aimer Montaigne. Pour ma part, c'est ce livre qui m'a définitivement amouraché de lui. Montaigne à cheval, de Jean Lacouture. On découvre Montaigne engagé, membre d'un petit groupe de militants. Ils sont catholiques et ils sont pour le roi Henri IV, quelle que soit sa religion. Ils affirment le primat du politique sur le religieux. Ça, c'est énorme. Parce que la laïcité en France est passée par cette étape.

Il y a d'abord Philippe le Bel qui va régler son compte au pape dans des circonstances tumultueuses. La deuxième étape, ce sont ces fondamentalistes de l'État. Le passage d'Henri III à Henri IV, bien qu'il soit protestant. Les étapes suivantes vont être la Révolution, la Commune et enfin la loi de 1905. C'est un long cheminement. Montaigne catholique souffre de calculs rénaux, mais passe des jours à cheval pour faire des complots pour son roi protestant. Et l'œuvre de Montaigne est sauvée par une femme. Marie de Gournay qui écrit aussi en 1622 une lettre sur l'égalité des hommes et des femmes. Humanisme et féminisme sont liés sur le chemin de l'histoire depuis Christine de Pisan.

21:27
Présentateur

Et pourquoi la couture ?

21:29
Jean-Luc Mélenchon

Parce que je l'ai connue. Jean Lacouture m'a amené à Montaigne et de Gaulle. Or, jamais un type comme moi s'intéresserait à de Gaulle sans le récit de la couture. Je pensais à son documentaire « De Gaulle, l'éternel défi » aussi face à Pétain, des images très fortes en voyant la France s'abaisser face aux nazis allemands. J'en ai des larmes aux yeux de rage. Le patriotisme aussi est un affect. La couture était incontestablement un homme de gauche et il a su nous présenter cela comme il faut. Son livre-là, c'est Montaigne intrigant à cheval pour le roi de France.

21:58
Présentateur

On retrouve l'idée du voyage.

22:00
Jean-Luc Mélenchon

Toujours. À jamais je suis avec Machado. Le chemin se fait en cheminant. J'aurais pu vous amener Cortès, dont je suis un lecteur, ou Bernal Diaz, son compère. Je préfère ces derniers à Cortès d'ailleurs, qui écrit plus en propagandiste sur le mode de la guerre des Gaules.

22:17
Présentateur

Lisez-vous dans d'autres langues, l'espagnol par exemple.

22:20
Jean-Luc Mélenchon

L'espagnol, oui, mais ce n'est pas ma prédilection. J'ai un lien à l'hispanophonie qui s'est construit à partir de rien. Des gens pensent que c'est en raison de mes ancêtres espagnols, mais personne n'a jamais parlé espagnol à la maison. Je suis devenu hispanophone par la politique, parce qu'il y avait tous les réfugiés d'Amérique latine dans ma ville. Et puis j'ai commencé par un discours en espagnol dans une église de San Antonio du Chili. Il n'y a qu'à moi qu'arrive des choses pareilles. Je vous ai apporté un livre sur Cabessa Devaca, quel nom fantastique, tête de vache. Je connais le côté détestable des conquistadors.

Avec leurs épidémies et leur prise de pouvoir, ils ont dû tuer entre 30 ou 40 millions de personnes. Et puis il y a ces petites histoires autour aussi. Dans cette histoire vraie, Cabessa Devaca s'enrôle pour la conquête de l'Amérique. Mais une tempête effroyable survient et les 600 hommes de l'expédition périssent. De son équipage, il est le seul survivant. Il rencontre les Indiens des plaines d'Amérique du Nord. Ceux-ci le réduisent en esclavage, mais un jour, il guérit un malade dans un village. Son statut change alors immédiatement. D'esclave, il devient chaman. D'un campement à l'autre, suivi d'une cohue de gens, il descend 7000 kilomètres vers le sud sur les positions espagnoles.

Mais au lieu de courir vers les siens, il traîne les pieds, interminablement. C'est une fois encore Ulysse revisité, un voyage sans fin parce qu'on n'a plus envie de revenir.

23:40
Présentateur

Comment êtes-vous venu à la littérature latino-américaine ?

23:45
Jean-Luc Mélenchon

Par Garcia Marquez. Cela m'a mis au contact de l'univers magique du roman latino, du vécu latino qui confirme cette superstition personnelle où je sens l'univers comme un tout connecté de l'ultime poussière jusqu'à chacun de nous et où les passages entre les mondes se jouent dans des espaces tels que la musique, le silence ou l'art oratoire. Cette idée n'a aucune preuve, ou alors dans chaque œuvre d'art. Mais elle permet d'augmenter la part des merveillements dans l'existence. Elle m'aide à capter la matière première de ce continuum entre les livres, l'art oratoire et ma propre existence.

Le discours que j'ai pu aller faire dans cette église de San Antonio au Chili, mes aventures sur les traces d'Atahualpa, le dernier Inca entre le Pérou et l'Équateur, mes luttes avec les latinos contre les dictateurs, tout cela tient dans une même trame. Juste ma vie unie au monde.

24:37
Présentateur

Je ne peux m'empêcher d'être intrigué par celui que vous mettez de côté.

24:41
Jean-Luc Mélenchon

C'est un livre intrinsèquement magique, écrit il y a maintenant presque 4000 ans. Ce n'est pas vraiment un bouquin d'ailleurs. C'est un manuel pour apprenti scribe. Au début, je n'avais pas compris que c'était de l'humour. Et depuis que j'ai compris cela, je l'aime encore plus. Il se trouve que nous jouons à un jeu de rôle, ce livre et moi. Quand je l'amène quelque part, il se cache ensuite dans ma bibliothèque car je ne sais pas où le classer et je passe un temps fou à le retrouver. Avant de vous l'amener, je l'avais emporté avec moi pour le tournage d'une émission culturelle au Louvre. Il voulait tourner cela dans la galerie des tableaux.

Je leur ai répondu qu'on irait voir le scribe, sans quoi je ne viendrai pas. Monsieur Mélenchon est capricieux. Donc on m'a ouvert la galerie égyptienne en plein confinement et nous avons été voir le maître, le scribe. On m'a photographié devant lui et par hasard, son reflet se superpose sur moi. Je le sais maintenant, si je suis quelque chose, je suis un scribe. Il m'a habité. Ce livre m'a donc fasciné avec son humour décapant sur l'avantage de la condition de scribe. Magie car l'écriture surgit d'un coup. Il y a 4000 ans, on ne comprend toujours pas comment. En rentrant du Louvre après l'émission, le livre s'est caché à nouveau.

25:47
Présentateur

Mais aujourd'hui, vous l'avez trouvé.

25:49
Jean-Luc Mélenchon

C'est bon signe pour vous et pour moi. C'est que cela va bien se passer pour nous. Je ne me lasse pas de ce jeu.

25:55
Présentateur

Je vous sais, également férus de science-fiction.

25:58
Jean-Luc Mélenchon

Cela fait partie de mon insoumission initiale contre les convenances littéraires. En attendant le bus pour aller enseigner au lycée, à Mouchard, dans le bistrot de Lonce-le-Saunier, j'achetais des livres qui étaient sur le présentoir tournant, en me fiant uniquement aux couvertures. Je suis tombé comme ça sur A.E.Vangvokt, le monde des noms A. Puis j'ai continué à en acheter et ainsi de suite. Mais ce n'était pas un calcul. Je ne me suis jamais dit que j'allais m'intéresser à la science-fiction. La couverture m'a plu et je ne savais pas ce que non A signifiait. Voilà tout. Je suis tombé ensuite sur les cavernes d'acier, le cycle des robots et fondation, disait Akasimov.

Celui-là, ce dernier entrant en résonance avec le jeune marxiste que j'étais. La psycho-histoire, un nouveau déterminisme historique, ça commence par une situation dans laquelle les auteurs de l'histoire sont eux-mêmes mystifiés sur leur rôle réel. Tout ça m'a enchanté. Dans le cycle des robots, j'ai adoré l'idée très moderne des règles de la robotique. Elle m'a travaillé pendant des années en perçant mon blindage de marxiste trop mécaniste. Car Asimov démontre qu'une situation complexe peut naître de paramètres simples de trois règles banales. J'étais donc mûr pour accepter une idée qui bouleversera ma vision du mouvement de l'histoire.

Il y a des principes auto-organisateurs et c'est la conjonction de ces principes qui forment la dynamique de l'histoire, des individus et sans doute de la pensée elle-même. Quelle révolution mentale à partir d'une histoire de robots ?

27:21
Présentateur

Sans oublier l'hologramme.

27:23
Jean-Luc Mélenchon

L'hologramme, c'est Harry Zeldon dans Fondation d'Asimov. On s'était disputé dans mon équipe sur cet hologramme. C'est souvent moi qui amène des idées un peu zazou. Et à chaque fois que j'ai une idée un peu bizarroïde, j'ai un complice formidable en la personne de Bastien Lachaud, député de Seine-Saint-Denis. Il trouve le moyen de la mettre en œuvre et de la faire fonctionner.

27:40
Présentateur

C'est un rêve de jeunesse qui se réalise ?

27:43
Jean-Luc Mélenchon

Ah oui, j'étais fin content. Et puis vu que je suis enregistré, j'existe donc en hologramme jusqu'à la fin des temps. On pourra me retrouver en trois dimensions en train de faire mon discours.

27:53
Présentateur

Avez-vous un auteur de SF fétiche ?

27:56
Jean-Luc Mélenchon

Pour moi, le maître en science-fiction est Philippe Kadic. On entre avec lui dans une dimension de puissance littéraire. Je ne veux pas réduire Asimov. Il écrit de belles histoires, elles sont bien montées, mais sa puissance narrative est faible. Tandis que Philippe Kadic est complètement déjanté. Il a trouvé au fil de ses romans et de ses nouvelles des failles entre les mondes. Car il est chamane en quelque sorte. Et puis en fonction des périodes de ma vie, j'ai préféré tel ou tel aspect de son œuvre. À travers ses intrigues politiques, j'ai puisé quelques leçons aussi. Quelques presciences chez lui de notre monde en décomposition.

C'est pourquoi je n'ai jamais compris qu'on considère la science-fiction comme un genre mineur. J'en fais l'apologie. Quelle puissance incomparable ! Stop au snobisme de la classification. On ne range pas les bouquins comme des saucisses ou des savonnettes. Lisez ce qui vous passe sous les yeux. Ça ne vous plaît pas ? Balancez-le, offrez-le à quelqu'un que vous n'aimez pas.

28:43
Présentateur

Enfin, vous qui êtes un tenant de la modernité et de l'écrit, comment conjuguez-vous la lecture digitale et papier ?

28:50
Jean-Luc Mélenchon

Le rapport à la lecture opère une fonction thérapeutique. Je m'explique. Avec les smartphones, notre capacité à lire au long cours et à mémoriser s'est effondrée. Car même s'il me ravisse, les smartphones sont parvenus à introduire l'asservissement au temps court dominant dans un acte où nous étions libres. Vous connaissez cela. On voit parfois en tête d'un texte des choses comme temps de lecture, 3 minutes. Nous étions pourtant libres d'aller à notre part, de courir, d'aller doucement, de traîner, de flâner entre les lignes. La lecture d'un livre nous ramène donc à une autre temporalité intérieure, libre. Il faut y revenir souvent.

C'est une gymnastique très précieuse pour l'entretien de notre liberté.

29:28
Présentateur

C'était notre podcast des entretiens de Jean-Luc Mélenchon. Merci à Christian Beninetti de nous avoir prêté sa voix. Merci à vous pour votre écoute et nous vous donnons rendez-vous au prochain épisode.