MACRON ET AVIA SE PRENNENT UN MUR DÉMOCRATIQUE
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« Le Conseil constitutionnel a publié ses observations sur le projet avorté de référendum d'initiative populaire sur la privatisation d'ADP. »
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« Il n'existe aucune disposition relative à l'organisation d'un débat public ou d'une campagne d'information audiovisuelle (...) ce qui a pu susciter insatisfactions et incompréhensions. »
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Nous vivons une époque étrange. Une époque où on se dit que finalement, tout bien considéré, les dernières personnes à nous avoir fourni un orgasme font partie d’un club de notables. Si l’on veut parler comme les intersectionnels, c’est un club où les vieux mâles blancs hétérosexuels dominants sont sur-représentés… Arrête, Jordan.
Je parle d’orgasme POLITIQUE. Il ne s’agit pas d’un club libertin, mais du Conseil constitutionnel. Oui, oui, je parle bien de ce morne cénacle où l’on trouve Laurent Fabius, Alain Juppé et Valéry Giscard d’Estaing.
Nous vivons une époque étrange, car ces derniers passent désormais pour de doux anarchistes par effet de contraste avec ceux qui dirigent la France d’aujourd’hui. Une France déconfinée, qui exprime sa colère dans la rue. Alors même que des idéologues dangereux mettent toutes leurs forces dans la bataille pour qu’elle s’écharpe sur le mode tribal.
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C’est parti. Je disais donc que le Conseil constitutionnel nous a fait plaisir. Il a retoqué purement et simplement la loi Avia contre “la haine sur Internet”, mais qui était en réalité tout simplement une loi contre la liberté d’expression.
Pour se faire une idée de l’ampleur du massacre, il faut regarder cette image postée sur Twitter par un avocat, et qui surligne en rouge tous les passages problématiques. C’est clair que la décision de l’institution régulatrice du fonctionnement des pouvoirs publics n’est pas écrite en français facile. Mais elle mérite qu’on s’y plonge.
Car elle nous permet de comprendre pourquoi Giscard, Juppé et Fabius, des renards de la Cinquième République, ont pu tiquer. Renart chenapan, chacripouille, sacré vaurien ! La loi Avia remet en effet en cause le principe du contradictoire qui fait l’essence même des systèmes judiciaires des pays démocratiques.
Elle contourne les juges et l’administration a dans les faits le pouvoir de dire ce qui est diffusable ou pas. Elle fixe aux plateformes et aux opérateurs télécoms un délai de 24 heures pour retirer les contenus qui déplaisent, en les menaçant d’une amende telle que la tentation serait trop grande de supprimer systématiquement pour ne pas avoir de problèmes. Le Conseil constitutionnel va jusqu’à invoquer la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 pour dire non à la loi Avia.
Alors, c’est jouissif, oui. Mais c’est surtout inquiétant. On voit de manière pratique à quel point nos gouvernants actuels sont dépourvus de surmoi éthique et juridique.
Et à quel point les députés de la majorité, dont beaucoup savaient que le texte était voué à être retoqué, ont quand même joué le jeu d’un échec annoncé. Sur un autre sujet, le Conseil constitutionnel a publié ses observations sur le projet avorté de référendum d’initiative populaire sur la privatisation d’ADP. Et quand on a lu ça, au Média, on était comme ça.
Cocorico ! Pourquoi ? Parce que “les Sages” critiquent une procédure jugée dissuasive, notamment en raison du nombre trop important de signatures nécessaires dans le cadre d’une campagne pétitionnaire.
Mais surtout parce que le Conseil reprend les arguments développés par notre camarade Lucas Gautheron, dans une vidéo diffusée par Le Média en août 2019, qui prouvait scientifiquement qu’il existait bien un black-out médiatique organisé sur ce référendum, et que ce black-out faussait le jeu. Ecoutons ce que disait, hier, le Conseil constitutionnel. “Il n'existe aucune disposition relative à l'organisation d'un débat public ou d'une campagne d'information audiovisuelle (...) ce qui a pu susciter insatisfactions et incompréhensions.
Une réflexion sur l'intérêt de définir un dispositif d'information du public pourrait en conséquence être utilement menée.” Encore une preuve que ce gouvernement, tout en prétendant ouvrir de nouveaux droits, n’a aucune intention d’agir pour que ces droits s’expriment dans les faits. Ces gens ont un problème avec la démocratie.
Pendant ce temps, au royaume de France, on s’engueule. Il faut dire qu’on aime ça. On s’engueule au sujet de Farida.
Farida, c’est l’infirmière qui a été très très violemment interpellée à l’occasion de la grosse manif des soignants de mardi dernier. En blouse blanche, plaquée au sol par plusieurs policiers, elle réclame sa ventoline. J’ai de l’asthme, je fais de l’asthme.
Je suis infirmière je fais de l’asthme. Fallait réfléchir avant ! Elle est ensuite tirée par les cheveux, le visage en sang.
D’où vient la polémique ? De cette image. Farida l’infirmière a en effet jeté deux ou trois cailloux sur des policiers habillés comme des Robocop avant de subir ce qu’elle a subi.
C’était sur l’esplanade des Invalides, et des éléments de contexte existent, qui expliquent bien pourquoi une brave mère de famille a pu, selon sa propre expression, “craquer”. La situation se tend, certains soignants identifiables grâce à leurs blouses blanches, se retrouvent alors pris en étau entre les casseurs et les forces de l’ordre. Ils ont les mains en l’air, eux ne sont pas cagoulés, ne sont pas casqués, ne sont pas habillés en noir.
On voit qu’ils ont les tenues de soignants, de médecins. En fait ils vont vers les forces de l’ordre pour essayer de calmer les tensions, et les tirs de gaz lacrymogène ont lieu. On se fait sagez là.
Bah oui on se fait gazer. A chaque manif hospitalière on se fait gazer. Et c’est à ce moment là, sur le côté, qu’une infirmière vient se placer face aux policiers et aux gendarmes.
Bref. La France est coupée en deux. Pro-Farida contre anti-Farida.
J’imagine le prochain dîner de famille, avec les deux cousins mythiques, Nicolas et Christophe. J’entends Nicolas d’ici. Nicolas, du parti de l’ordre.
Non, mais ils se vont calmer les gauchos ? Farida par ci, Farida par là. Et pourquoi pas Sainte Farida, pendant qu’on y est.
Mais c’est pas parce qu’on est une soignante qu’on a le droit de se comporter en délinquante. Et j’imagine Christophe, du FC “Vénère”, hashtag soutien aux soignants, qui répond en s’énervant. Tu sais quoi ?
Eh ben, j’espère qu’il y aura une deuxième vague de contamination cet automne. Comme ça, quand les gens comme toi iront faire les zouaves en applaudissant sur leur balcon, les gens comme moi, eh ben on les poussera. En tout cas, je suis presque sûr qu’il y aura un fou rire général, quand il sera question de Jean Messiha, du Rassemblement national.
Mais un énorme fou rire. Dans le style. Aaaaaaaaaaah.
C’est l’histoire d’un gars tordu, qui se croit malin, et qui finit complètement ridicule. Comme beaucoup de ses semblables, il essaie sans cesse d’opposer les classes populaires, de les mettre en concurrence, sur des bases… tribales. Et donc quand il voit circuler les images de Farida tirée par les cheveux, ll se dit “on tient un truc”.
Et il twitte. Une femme en blouse blanche tirée par les cheveux après une interpellation finira le visage en sang durant la manifestation des soignants aux Invalides. C’est pas Assa Traoré ni une quelconque racisée.
C’est une Blanche donc Castaner ordonne de cogner sans ménagement. On imagine le gros moment de gêne quand Messiha se rend compte que Farida s’appelle Farida. Bip bip bip.
Mais notre Jean n’est pas homme à se démonter. Il efface son tweet illico presto et change de fusil d’épaule. Pour votre info Jean-Luc Mélenchon, Farida n’est ni infirmière, ni innocente.
Votre tentative d’en faire une martyre de l’extrême-gauche racisée est construite sur un mensonge. Mais qu’est-ce qui ne l’est pas dans votre idéologie ? Nul n’est dupe.
Bon, reconnaissons à Jean son courage. Il n’a pas effacé ce tweet-ci quand le site Checknews a établi que contrairement à ce qu’il racontait, Farida est bel et bien infirmière. You are fake news !
Plus sérieusement, de quoi Jean Messiha est-il le signe ? D’une stratégie consciente, partagée, déterminée, dont l’objectif est de subvertir les clivages politiques historiques en France, fondés sur des intérêts objectifs, des intérêts de classe… Pour les amener sur le terrain des instincts grégaires, des clivages tribaux. Donc oui, quelque part, Manuel Valls a raison quand il évoque le spectre d’une guerre des races que l’on voudrait substituer à la lutte des classes.
Sauf qu’il ne dit pas qu’il fait partie de ces apprentis sorciers qui travaille à la naissance de ce nouveau clivage. Car ce n’est pas Assa Traoré qui s’est lâchée, il y a quelques années, sur le marché d’Evry, qui est manifestement un peu trop coloré. Belle image de la ville d’Evry.
Tu me mets quelques blancs, quelques “white”, quelques “blancos”. Ce n’est pas Assa Traoré qui a parachevé la dérive patronale du Parti socialiste, notamment à travers la loi El Khomry, un détricotage en règle des acquis du monde du travail, et les brutalités policières qui l’ont accompagnée. Ce n’est pas non plus Assa Traoré qui donne une interview fleuve à Valeurs Actuelles, hebdo qui pourtant fait son beurre sur la fameuse “guerre des races”.
Ce n’est pas Assa Traoré qui organise un débat caricatural et grotesque entre Jean Messiha et un représentant d’un groupuscule ultraminoritaire qu’il est urgent de promouvoir pour en faire un épouvantail : la Ligue de défense noire africaine. La vraie question est : à qui profite une scène politique où les questions économiques et sociales ont disparu au profit de clivages tournant autour d’identités ethniques et sexuelles que l’on voudrait opposer ? J’ai un élément de réponse pour vous.
Ecoutez le très fortuné vicomte Philippe de Villiers, ancien ministre, parlementaire pendant près de 30 ans, se plaindre d’être discriminé, notamment parce que son très rentable parc d’attractions, le Puy du Fou, a été fermé suite à l’épidémie de COVID 19. Il faut Puy-du-Traoré. Puy-du-Fou c’est pas possible, Puy-du-Traoré c’est possible.
Si vous dites… Si on faisait une nouvelle cinéscénie sur le thème “la police française est raciste”, on aurait le droit d’ouvrir. C’est grâce à l’avancée du tribalisme que ce privilégié de la République peut espérer s’attirer la sympathie des précaires et prolos qui sont en réalité les vraies victimes économiques de la crise sanitaire et devraient tous trouver son propos indécent. En utilisant l’hameçon de la solidarité ethnique.
Quand on y réfléchit, quels sont les intérêts qui subventionnent cette montée de la surenchère identitaire ? Qui donne des tribunes à Eric Zemmour, le multicondamné pour incitation à la haine ? D’un côté, le groupe Dassault, qui vend des armes et contrôle Le Figaro, et de l’autre côté, Vincent Bolloré, l’industriel roi de la Françafrique, dont la chaîne d’info C News devient un Fox News à la française.
Ivan Rioufol a exactement les mêmes employeurs qu’Eric Zemmour. Et il semble vouloir lui faire de la concurrence dans l’abject. Heureusement qu’il y a la fachosphère pour reprendre ce terme-là parce que c’est là aujourd’hui où se disent les vérités.
Et cette fachosphère...
Je peux pas vous laisser dire ça. “Heureusement qu’il y a la fachosphère”. Non je ne comprends pas ce que vous voulez dire.
C’est vous même qui avez dit… Contre lesquels ils s’affrontent ils sont musulmans aussi. Mais il y a une forte opposition historique. Tout à fait, mais c’est la même religion.
Je précise parce que j’ai vu tourner des trucs sur les réseaux sociaux… Oui mais les musulmans sont champions pour se foutre sur la gueule entre eux. On a envie de demander à Emmanuel Macron qui sont les vrais séparatistes, puisque c’est un concept qu’il agite en permanence ? Qui a intérêt, dans ce qui était jadis la gauche, à la mise en place d’une démocratie tribale ?
Ceux qui réclament l’égalité en dénonçant les discriminations systémiques, ou ceux qui ont abandonné toute aspiration à l’égalité, et prônent désormais une diversité qui consisterait, pour solde de tout compte, à coopter certains représentants des minorités visibles et à assigner les autres à résidence politique ? Tiens, tiens, tout ça me fait penser à Joe Biden, candidat démocrate à la prochaine présidentielle américaine. La France, comme de nombreux pays occidentaux, devient une colonie du capital.
Elle vit ce qu’on peut considérer comme un ajustement structurel à bas bruit. Elle est soumise à un agenda néolibéral unique auquel adhèrent tous les partis dits de gouvernement. Ces partis adaptent donc leur stratégie marketing et se repartagent les parts de marché.
Plus ils disent et pensent la même chose sur l’économie, plus ils surjouent leurs oppositions sur le terrain sociétal. Très logiquement, en ce moment de déconfinement des colères, la fachosphère, avec sa rage divisionniste, est la meilleure alliée du pouvoir macronien. Un pouvoir macronien qui sait incarner le nouveau racisme, c’est-à-dire le racisme social.
Et une sorte de mélange subtil entre l’ancien et le nouveau. Et quant aux remarques sur son costume… La meilleure façon de se payer un costard c’est de travailler. Depuis l’âge de 16 ans je travaille monsieur.
Donnez du travail ! Souvenez-vous de sa réflexion sur les embarcations de fortune dans lesquelles embarquent des Comoriens pour se rendre à Mayotte, et à bord desquels plusieurs milliers de désespérés sont morts. Il y a des tapouilles et des kwassa-kwassa.
Ah non c’est à Mayotte les kwassa-kwassa. Monsieur le président vous êtes un connaisseur. Mais le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du comorien, c’est différent.
Qu’est-ce qu’on se marre avec les “progressistes”. Voilà, c’est fini pour aujourd’hui. Rendez-vous lundi.
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A plus.
Alain Juppé