Bardella et les patrons : les enjeux d’une relation
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il faut le goûter pour comprendre. - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue. J.Bardella a déjeuné aujourd'hui avec le Medef.
Après le dîner entre M.Le Pen et les géants du CAC 40 chez Drouant, le RN poursuit son offensive auprès des chefs d'entreprise à la recherche d'un label de respectabilité et de crédibilité des milieux économiques. Pour les patrons, l'objectif est de peser sur le contenu du programme du RN.
Nous en parlons avec B.Jeudy. Vous êtes directeur délégué et éditorialiste à "La Tribune Dimanche".
J.Bardella au Medef pour un déjeuner, ça marque une rupture par rapport à ce qu'a toujours fait le Medef? - B.Jeudy: Incontestablement.
Le Medef considérait que la politique, c'était l'affaire des partis de gouvernement, la gauche, la droite, avec cette alternance traditionnelle et le centre quand il était au pouvoir. Là, un an avant la présidentielle, avec des sondages qui mettent le RN très largement en tête, le Medef a décidé de rencontrer son président. La semaine dernière, c'était M.Le Pen.
C'est aussi une forme de normalisation pour le RN. - C.Roux: La secrétaire générale de la CFDT a été assez sévère.
Elle dit que le cynisme est de considérer que l'économie passe avant tout. Réaction ferme de la part de la secrétaire générale de la CFDT. Le PDG de la Maif avait dit ceci. "Le risque principal étant de confier au RN une crédibilité technique." - B.Jeudy: Ils ont plutôt raison de les rencontrer au moins pour voir ce qu'ils ont dans le ventre, si on peut parler trivialement.
Ca ne s'est pas très bien passé entre M.Le Pen et les géants du CAC 40 qui ont été consternés par les propos et les développements qu'elle a eus. On verra ce que diront les responsables du Medef avec J.Bardella.
Penser que vous allez pouvoir manipuler un candidat, peser sur son programme, c'est peut-être s'illusionner aussi. - C.Roux: J.Bardella a déclaré qu'il n'était pas en audition à l'école. "J'attends du Medef des choses concrètes pour le redressement de l'économie française." Est-ce que le RN va devoir amender son programme économique?
Le RN est le parti de "la France des oubliés". Le CAC 40 et la France des oubliés, ça peut être compatible? Est-ce que le programme du RN va devoir être amendé, notamment sur la question des retraites? - B.Jeudy: Il y a un grand écart.
Le RN est en plein grand écart. M.Le Pen reste la patronne, même si J.Bardella veut faire entendre une petite musique un peu plus libérale que celle de M.Le Pen.
Mais tout ça, c'est pour les spécialistes qui vont tenter d'écouter de près ce qui se dit. Ca donne comme impression que J.Bardella commence à s'émanciper.
Lui aussi, il commence à entamer sa campagne présidentielle. Il fait entendre une petite musique différente sur le plan économique. Il n'est pas totalement émancipé de M.Le Pen. - C.Roux: Il y a un clivage entre les 2?
Vous dites que c'est minime, que c'est pour les experts. On a un Front national historique, un RN de M.Le Pen assez étatique, assez socialiste, disent certains LR.
De l'autre côté, J.Bardella accepterait mieux, parlerait plus facilement au monde de l'entreprise? - B.Jeudy: Au départ, il y a une répartition des rôles.
Il y a aussi sans doute chez J.Bardella des influences un peu différentes de celles de M.Le Pen.
Il s'est rapproché de N.Sarkozy. Ca lui donne des influences différentes.
Ca doit peser sur son propre logiciel. On verra à l'usage quel sera son programme si c'est lui le candidat. Le monsieur économie du parti, J.-P.Tanguy, n'adhère pas à cette musique libérale.
Il y a un risque de fracture dans ce mouvement d'extrême droite si c'est J.Bardella le candidat. - C.Roux: J.Bardella a lancé une offensive médiatique.
Un mot sur la une de "Paris Match". Il est aux côtés de sa compagne. Est-ce que cette union a créé une forme de désarroi dans son électorat?
Ca passe? - B.Jeudy: Pour l'instant, je n'ai pas l'impression que ça lui ait fait perdre une voix.
Ca a gêné certaines personnalités du parti de voir J.Bardella qui se présente comme le candidat des Français avec une fille de la noblesse française et italienne. Il y a toujours un risque à mettre en scène sa vie privée. - C.Roux: Ils l'ont tous fait! - B.Jeudy: Souvent, ça vous revient en boomerang.
C'est une jeune femme qui n'est pas tout à fait l'incarnation de la France moyenne. C'est ce qu'aspire à être le RN. - C.Roux: Un mot sur LR.
Les adhérents ont désigné B.Retailleau. Ils considèrent qu'il est le seul à pouvoir arriver à battre J.Bardella.
Ils l'ont désigné comme leur champion pour 2027. 73,8 % des voix. Ce n'est pas une surprise.
Est-ce que ce vote clarifie la situation à droite, où pas mal de gens sont sortis du bois? On peut parler de X.Bertrand, D.Lisnard, E.Philippe...
Ca clarifie la situation? - B.Jeudy: En termes de légitimité.
Mais que sont Les Républicains aujourd'hui? C'est un petit parti. C'est la légitimité d'un petit parti qui pèse une cinquantaine de députés, autour de 7 % dans les sondages.
Pas sûr que ça suffise à B.Retailleau pour s'imposer comme le candidat unique de la droite. Il y a d'autres noms, notamment E.Philippe, qui, dans les sondages de popularité, a fait un bond depuis les municipales de 17 points chez LR.
Pour B.Retailleau, la route est encore longue pour convaincre toute la droite de se ranger derrière lui. - C.Roux: Il y croit. "A l'automne, nos courbes se croiseront avec E.Philippe." Le money time, ce sera à l'automne.
On le voit à droite comme à gauche, avec la question des primaires qui n'est pas encore tranchée. F.Hollande a dit qu'il se préparait, à la une de "Marianne".
Il y a eu une réunion ce week-end entre R.Glucksmann, Y.Jadot, B.Vallaud qui veulent avancer sur un projet sans primaire.
Quand est-ce qu'on sait le mode de désignation de leur champion? - B.Jeudy: Je crois que ce sera plutôt janvier ou février.
E.Philippe et G.Attal se sont mis d'accord sur ce point.
Ils le disent en privé. G.Attal me l'a dit. "Si je suis derrière E.Philippe en février, je me rangerai derrière." Les 2 sont d'accord pour ne pas faire de primaire.
B.Retailleau, ce sera une autre histoire. Si ça ne décolle pas rapidement d'ici l'automne, il sera mis sous pression de prendre des positions qui rendraient difficile un rapprochement avec E.Philippe.
S'il tire trop sur la droite, ce sera difficile de revenir plus au centre. - C.Roux: Les sondages désigneront le champion à droite?
Ou même à gauche? - B.Jeudy: Les sondages, oui, mais aussi l'aptitude à sortir un programme qui puisse séduire les Français, se déployer sur le terrain.
Tout ça entrera en ligne de compte. Il faudra des nerfs. On verra qui en aura le plus.
Ce sera une sorte de patinoire, cette pré-campagne, notamment à gauche, où on voit que Mélenchon et une collection de candidats plus ou moins importants...
J'allais dire "Mélenchon et les Sept Nains". F.Hollande n'a pas grand-chose à perdre.
Il va se lancer lui aussi. Il devra montrer qu'il a une chance. Glucksmann doit démontrer qu'il peut être un candidat capable de tenir. - C.Roux: Il y aura des primaires? - B.Jeudy: A gauche, on ne peut pas l'exclure. - C.Roux: Les Français ont le profil type de leur candidat idéal.
C'est le sondage que vous publiez. Ils aimeraient que le prochain président ait 47 ans. Est-ce qu'ils ne préféreraient pas un chef d'entreprise?
Non. Ils préfèrent un politique qu'un chef d'entreprise. Quelle leçon vous retenez de ce sondage sur le profil idéal?
C'est intéressant, l'âge. On pourrait penser qu'ils auraient souhaité l'expérience après avoir eu E.Macron, qui était jeune. - B.Jeudy: Ils ne sont pas douchés par le fait d'avoir élu un président de 39 ans.
Ils veulent encore un président assez jeune. Il n'y en a que 8 % qui veulent un président de moins de 35 ans. Ils ne veulent pas un vieux non plus.
L'idéal est un président entre 45 et 54 ans pour la moitié des Français. C'est la maturité. - C.Roux: Plutôt responsable politique à 51 %. - B.Jeudy: C'est une surprise.
Les chefs d'entreprise sont deuxièmes. - C.Roux: Ils sont à 36 %. - B.Jeudy: Comme quoi, ils veulent des pros.
On l'a vu à Lyon avec J.-M.Aulas.
Ca n'a pas marché. Les M.-E.Leclerc, ce n'est pas sûr.
Je retiens que 55 % des Français ne se retrouvent pas dans l'offre qui leur est montrée. Ce n'est pas rien. Plus de la moitié des Français regarde le paysage et ils se disent qu'ils ne voient pas leur candidat. - C.Roux: C'est normal, à un an de la présidentielle. - B.Jeudy: Il y en a tellement sur la ligne de départ qu'on pourrait penser qu'ils auraient trouvé leur bonheur. - C.Roux: Pour l'instant, non.
Dernier chiffre dans les qualités requises aux yeux des Français pour faire un bon président de la République, l'honnêteté arrive en tête à 76 %. - B.Jeudy: Et tant mieux.
C'est une qualité qui longtemps a fait beaucoup de mal à la
Bruno Retailleau