Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewyoutube.com· 11 mai 2026 11 min

Interview de Philippe Martinez après son entretien avec le premier ministre, Édouard Philippe

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Édouard Philippe

On a eu un échange d'une heure avec le Premier ministre et la ministre du Travail. D'abord, nous lui avons rappelé qu'il y avait un conflit en ce moment dans les transports de produits dangereux. Et que quand on parle de dialogue social, il serait bon de montrer l'exemple en exigeant du patronat des transports qu'il accepte de recevoir ceux qui se battent pour de meilleures conditions de travail, des meilleurs salaires, parce qu'il y a besoin que ce conflit s'arrête. Pour l'instant, la responsabilité est au niveau des employeurs.

Ensuite, nous avons fait évidemment un tour d'horizon de certaines réformes proposées par le Président de la République et que doit mettre en oeuvre la ministre du Travail, donc nous avons discuté sur la façon de travailler. Le Premier ministre a réaffirmé qu'il... ...voulait travailler et discuter avec l'ensemble des organisations syndicales de façon respectueuse de la diversité des organisations syndicales. Et donc c'est la ministre du Travail qui va démarrer des rendez-vous cette semaine pour essayer de voir sous quelle forme pouvaient s'organiser ces discussions.

Le Premier ministre a réaffirmé un certain nombre de choses qui étaient dans le programme du Président de la République sur le Code du Travail, mais il a dit qu'il était ouvert à toutes les propositions de toutes les organisations syndicales, ce qui donne matière pour nous de réaffirmer que nous sommes contre l'inversion de la hiérarchie des normes. Il y a besoin d'un socle commun à toutes les entreprises par le biais du Code du Travail et par le biais des branches professionnelles et qu'évidemment un certain nombre de sujets peuvent être discutés en entreprise, les salariés et les organisations syndicales aient du temps pour discuter, échanger sur le sujet.

Nous avons rappelé que nous étions contre la barémisation des indemnités, je pense à autre chose, la barémisation des indemnités prud'homales parce qu'un licenciement ce n'est pas un produit de supermarché. Il faut tenir compte de toutes les situations. Et de ce point de vue-là, le Premier ministre a dit qu'il avait une feuille de route, je ne sais pas ce que ça veut dire, en tout cas notre opposition est claire.

Ensuite, sur la fusion des instances représentatives des salariés, nous étions contre l'année dernière et nous avons précisé que chaque institution représentative avait des prérogatives différentes et que vouloir tout conjuguer dans la même, c'était nier les spécificités, on pense notamment en matière de conditions de travail, d'organisation du travail, les CHSCT, que nous refusions d'avoir des syndicalistes experts dont c'était le métier. C'est pour ça qu'il faut du temps pour chaque militant, pour chaque délégué, du temps pour exercer son mandat, mais aussi du temps pour être aux côtés des salariés et parler du réel des salariés.

De ce point de vue-là, nous allons refaire des propositions à la ministre du Travail. Enfin, nous avons demandé au Premier ministre, à la ministre du Travail, un bilan, puisque sous le quinquennat précédent, il y a eu au moins trois lois concernant le travail et l'organisation du travail et la démocratie à l'entreprise. La loi Macron, la loi Rebsamen et la loi El Khomri. Et donc, nous avons dit au Premier ministre qu'il fallait faire un bilan de ces lois. Quelles conséquences pour les salariés ? Quelles conséquences pour la démocratie sociale ?

En tout cas, une chose est claire, c'est que nous n'avons toujours pas dans ce pays une vue claire de ce qu'est la négociation collective, puisque vous le savez, un accord avec le patronat a échoué il y a maintenant presque deux ans et que la loi Rebsamen n'a rien réglé en la matière. Et donc, de ce point de vue-là, il nous semblait important que le chantier soit réouvert. Ensuite, nous avons abordé deux sujets importants, la question des retraites et de l'assurance chômage, mais qui sont moins urgentes de ce que nous avons compris.

Dans le calendrier du Premier ministre, nous avons réaffirmé que le problème de la protection sociale en France, c'était un problème de recettes et non pas de dépenses. Donc, il fallait augmenter les recettes de la protection sociale. Et nous lui avons suggéré, comme nous l'avions dit la semaine dernière au président de la République, de faire appliquer, par exemple, la loi sur l'égalité salariale entre les femmes et les hommes, qui pouvait rapporter plusieurs centaines de milliers d'euros, voire des millions d'euros, dans les caisses de la protection sociale.

Ce qui permettrait d'ouvrir des droits en matière d'assurance chômage à d'autres salariés, à des travailleurs indépendants, par exemple, qui les réclament. Voilà un peu, en quelques mots, notre entretien avec le Premier ministre et la ministre du Travail.

5:17
Présentateur

Quand vous avez parlé du calendrier ?

5:19
Édouard Philippe

Nous avons parlé du calendrier, oui. Alors, c'est plutôt une histoire de saison, le calendrier. Rires. Où finit l'été. Rires. Et combien de temps nous faut-il, il faut-il au gouvernement et à la ministre du Travail, pour échanger, prendre en compte les propositions des organisations syndicales, de toutes les organisations syndicales ? Donc, le calendrier mérite d'être précisé.

5:51
Présentateur

Mais vous n'avez pas eu de…

5:52
Édouard Philippe

En tout cas, je n'ai pas compris que ça serait fin août, le calendrier. On vous a parlé de quoi, exactement ? Vous n'avez pas fait cette décision, aujourd'hui ?

5:56
Présentateur

Je n'ai pas… Vous n'avez pas fait cette décision, aujourd'hui ? Je n'ai pas…

5:59
Édouard Philippe

Je n'ai pas… On n'a pas plus de précisions. En tout cas, nous, nous avons réclamé du temps et il faut largement que ça aille au-delà de l'été, c'est-à-dire le 21 septembre.

6:09
Présentateur

Mais ils vous ont parlé du début là-dessus ?

6:10
Édouard Philippe

Largement.

6:11
Présentateur

Non. Et qu'est-ce qui vient mettre du référendum d'entreprise ? Est-ce que c'est un point que vous avez abordé aujourd'hui ? Oui, oui, évidemment.

6:15
Édouard Philippe

Puisque ça fait partie de la loi El Khomri, nous lui avons précisé que nous étions pour les consultations des salariés, évidemment, mais à condition que tous les sujets puissent être respectables. Ça fait partie des débats qu'il doit y avoir dans les entreprises, à condition que les salariés aient des moyens pour en discuter et non pas que ça soit un référendum – je crois que le Premier ministre en a convenu – style Smart, où on a le choix entre la peste et le cohérent. Par exemple, on a pris l'exemple des 32 heures. Nous, nous sommes favorables à une consultation dans une très grande partie des entreprises.

D'ailleurs, on respecte la hiérarchie des normes puisqu'on améliore le code du travail et la convention collective pour qu'il y ait des négociations sur les 32 heures. À condition d'associer des salariés dans le maximum d'entreprises possibles. Donc, de ce point de vue-là, je crois que le Premier ministre et la ministre du Travail allaient réfléchir sur la question. Pourquoi c'est un point de question ?

7:07
Présentateur

Il y a quand même la proposition d'Emmanuel Macron de donner l'initiative du référendum à l'employeur, ce qui n'est pas le cas actuellement dans la loi El Khomri.

7:18
Édouard Philippe

Ça, c'est ce qu'a dit le président de la République. Le Premier ministre a été beaucoup plus flou sur la question. Il était d'accord avec nous pour dire que… La majorité au niveau de la démocratie sociale, ça devrait être, comme en politique, 50% et non pas 30%. Et puis, il a convenu, puisqu'on a cité l'exemple de Smart, que ce n'était pas le meilleur exemple de consultation des salariés et de type de questions qu'il fallait poser aux salariés puisque, vous le savez, ça a divisé les salariés dans l'entreprise.

7:46
Présentateur

Pourquoi ça pose problème à la CGT, justement, ce fameux référendum d'entreprise ?

7:51
Édouard Philippe

Si je vous demande… Si vous voulez qu'on vous coupe la… La jambe gauche ou la jambe droite, est-ce que vous pensez que c'est une question pertinente pour pouvoir marcher et courir le 100 mètres ? Un référendum, ça doit porter sur un sujet qui peut être offensif, en tout cas dans l'intérêt des salariés. C'est pour ça que je vous ai cité les 32 heures. Ça doit faire le temps d'un échange, d'un débat avec les salariés où ils ont du temps pour réfléchir, pour discuter, pour proposer d'ailleurs aux organisations syndicales. Et donc, ce type de consultation ne nous gêne pas, à condition que ça soit porté, débattu, mais pas…

Du jour au lendemain, dire « je vais vous allonger le temps de travail, sinon je ferme l'entreprise », ça, ce n'est pas une consultation, ça s'appelle du chantage.

8:33
Présentateur

Et c'est plus souple du côté de la CGT, vous avez l'impression ?

8:38
Édouard Philippe

En tout cas, j'ai cru, nous avons senti une volonté de discuter, de prendre le temps de discuter, pas de délai, mais de prendre le temps de discuter et d'avoir un échange et d'écouter tout le monde. Voilà, c'est tout ce que je peux vous dire à l'heure actuelle. On verra comment ça avance dans les prochains jours.

9:00
Présentateur

Et sur les indemnités prises de mal, est-ce que vous avez senti cette volonté ?

9:03
Édouard Philippe

On a peu discuté, je crois que c'est la feuille de route du Président de la République et de ce point de vue-là, peut-être que ces marges de manœuvre sont plus étroites. En tout cas, nous avons contesté l'idée qu'il pouvait y avoir un prix unique et un licenciement.

9:18
Présentateur

Vous allez voir le ministre du Travail cette semaine, vous le disiez, quand exactement, vous savez ?

9:22
Édouard Philippe

On va essayer de se voir demain après-midi, nous avons un problème d'agenda tous les deux.

9:27
Présentateur

Le conflit sur le transport des matières dangereuses, est-ce que c'est un conflit d'un secteur bien défini, ou est-ce que c'est une manière pour la CGT de dire attention ? Souvenez-vous, l'an dernier, ça avait démarré par le transport des carburants.

9:42
Édouard Philippe

C'est un conflit de salariés qui transportent des produits dangereux, qui sont payés au SMIC, qui font parfois 12 heures par jour, qui n'ont pas de repos, deux jours de repos consécutifs dans la semaine. Je trouve que c'est un conflit qui symbolise réellement la nécessité d'avoir des conventions collectives qui s'appliquent à tous les salariés et non pas des spécificités selon les entreprises. Donc il y a des salariés en colère, il y en a dans le transport routier de produits dangereux, il y en a chez GMS, vous le savez, il y en a chez Tati, et on peut en citer quelques uns. Il y a beaucoup de conflits sociaux en ce moment, et on a alerté le Premier ministre sur l'ensemble de ces conflits.

Je vais par exemple dire au Premier ministre, il n'y a pas de conflit social, il n'y a pas de conflit social. C'est une entreprise que je trouvais scandaleuse, la façon dont le ministre de l'économie avait fait la leçon aux salariés de GMS, en leur disant, sans jamais avoir été dans l'entreprise, en les ayant croisés deux minutes à Bercy, qu'il fallait qu'ils fassent preuve de plus d'efficacité et qu'il fallait qu'ils améliorent leur niveau de rentabilité dans l'entreprise. Je trouve que ce n'est pas une bonne façon de montrer son intérêt pour le travail et pour des salariés qui sont dans la situation que vous connaissez.

10:55
Présentateur

Qu'est-ce que vous avez répondu ? Il a noté.

10:57
Édouard Philippe

C'est tout.

10:58
Présentateur

Merci Monsieur le Président.

Interview de Philippe Martinez après son entretien avec le premier ministre, Édouard Philippe — Édouard Philippe · Pourquijevote