Roland Lescure : "Les Français d'Amérique du Nord pâtissent déjà de l'élection de Donald Trump"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 50 %Défensif 40 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:49OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est la fin de l'American Dream ?
- 0:57OuverteRéponse directe
Et vous êtes cette génération qui a été nourrie par cet American Dream ?
- 2:56OuverteRéponse directe
Il y a deux semaines, un chercheur français a été refoulé à la douane américaine. Faut-il craindre de passer la douane américaine aujourd'hui quand on est français ?
- 3:58FerméeRéponse directe
Est-ce qu'il faut craindre de passer la douane américaine aujourd'hui quand on est français ?
- 4:08FerméeRéponse directe
Particulièrement quand on est chercheur ?
- 4:44OuverteRéponse directe
83% des Français sondés aux Etats-Unis estiment que les Etats-Unis sont un adversaire de la France. Vous avez dit récemment que les Etats-Unis ne sont plus tout à fait notre allié. Quand on vit sur place, on chicane moins que vous avec les mots, c'est ça ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:29PrésentateurChiffre
« Aux Etats-Unis, 1 Français sur 5 se demande déjà s'il ne va pas rentrer avec sa famille. »
- 0:35PrésentateurChiffre
« Pour les universitaires, on monte à 1 sur 4. »
- 1:43PrésentateurChiffre
« 64% d'entre ceux qui vivent aux Etats-Unis sont inquiets. »
- 2:41Invité politiqueChiffre
« Le jour de la Saint-Valentin, ils appellent ça le massacre de la Saint-Valentin, il y a 1200 chercheurs qui ont été licenciés du jour au lendemain. »
- 4:44PrésentateurChiffre
« 83% des Français sondés aux Etats-Unis et 78% de ceux qui sont sondés au Canada estiment que les Etats-Unis sont un adversaire de la France, sauf pour ce qui concerne le conflit avec la Chine. »
Temps de parole
- Roland Lescure64 %
- Présentateur36 %
≈ 9,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Il est 7h49, Sonia De Villers, votre invitée et députée des Français d'Amérique du Nord, élue du groupe Ensemble pour la République et ancien ministre de l'Industrie et de l'Énergie. Bonjour Roland Lesclu. Bonjour. Environ 600 000 Français vivent aux Etats-Unis. 200 000 sont aux Etats-Unis et au Canada, en Amérique du Nord. 200 000 sont inscrits sur les listes consulaires. 10 000 ont répondu à un questionnaire que vous leur avez adressé. 10 000, c'est un énorme échantillon. Le résultat est effarant. Aux Etats-Unis, 1 Français sur 5 se demande déjà s'il ne va pas rentrer avec sa famille. Pour les universitaires, on monte à 1 sur 4.
Quant à l'enquête IFOP, publiée ce matin en une de l'immération, elle montre que les jeunes Françaises sont deux fois moins qu'il y a 20 ans à vouloir partir étudier là-bas et surtout à y vivre. Est-ce que c'est la fin de l'American Dream ?
Probablement. Probablement ? Moi ce qui se passe je pense est extrêmement grave, c'est important.
Et vous êtes cette génération qui a été nourrie par cet American Dream ?
Bien sûr, et les Françaises et les Français avec qui je parle, qui sont là-bas, ils sont partis là-bas parce qu'ils rêvaient de liberté. Liberté de gagner de l'argent, ça joue souvent, mais aussi liberté d'entreprendre, liberté de chercher. On y reviendra, c'est un sujet très important de cette enquête. Et moi j'ai beaucoup voyagé dans ma circonscription depuis le 5 novembre. Je voyais les inquiétudes sourdes qui pointaient dès l'automne, dès l'élection, se transformer en stupéfaction après l'investiture. Ça fait 64 jours qu'il est investi et il a pris des dizaines et des dizaines de décisions concrètes.
Et ce que montre cette enquête, moi je voulais mettre des chiffres sur ces impressions que je ressentais en échangeant avec eux, c'est que les Françaises et les Français d'Amérique du Nord y pâtissent déjà de l'élection de Donald Trump.
64% d'entre ceux qui vivent aux Etats-Unis sont inquiets. 1 sur 10 craint de perdre son emploi là, là, dans les prochaines semaines.
Et pour les chercheurs, c'est encore plus. On est à 36-37% de chercheurs, d'enseignants-chercheurs qui sont présents, qui sont inquiets sur l'impact concret de la politique de Donald Trump sur leur quotidien. Moi j'ai rencontré des chercheurs la semaine dernière à Washington. D'abord, quand ils échangent avec moi, ils le font sous couvert d'anonymat. Ils disent « je ne veux pas être cité ». Ça dit déjà quelque chose. Aux Etats-Unis, des gens s'expriment sans ne vouloir être cités. Et ils me disent « tous les vendredis, on envoie le fameux email d'Elon Musk ». Vous savez, les 5 bullet points dans lesquels ils doivent dire ce qu'ils ont fait.
Et dans ces emails, ils s'interdisent d'y inscrire des mots. Génome, génétique, embryon. De peur que l'intelligence artificielle qui passe à la moulinette ces milliers d'emails, décide qu'ils doivent être licenciés.
Parce qu'après c'est un licenciement automatique.
Le jour de la Saint-Valentin, ils appellent ça le massacre de la Saint-Valentin, il y a 1200 chercheurs qui ont été licenciés du jour au lendemain. Aujourd'hui, leurs cartes de crédit sont coupées. C'est-à-dire qu'ils ne peuvent plus aller à une conférence à l'étranger. Et pendant 3 mois, les crédits sont coupés.
Il y a deux semaines, Roland Lescure, il y a un chercheur français qui a été refoulé à la douane américaine. Il a passé des heures enfermé dans un aéroport américain. Il a dû repartir en France. Il a dû laisser son ordinateur et son téléphone portable au motif. Alors il y a deux versions qui s'opposent, la version américaine et la version française. Mais la version française dit au motif qu'il y avait dans son ordinateur et son téléphone les traces d'échange totalement privées où il disait ce qu'il pensait de Trump. Il faut avoir peur de passer la frontière américaine quand on est français.
Alors moi j'ai plein de signes, de gens qui m'écrivent, parce que évidemment les français d'Amérique m'écrivent en disant j'ai été arrêté, ma valise a été fouillée. Ce qu'il faut comprendre c'est qu'un officier de la douane américaine, c'est le cas d'ailleurs à peu près partout dans le monde, il a tous les pouvoirs quand vous êtes face à lui. Vous n'êtes pas encore aux Etats-Unis et vous n'êtes plus tout à fait en France. Et donc s'il souhaite, sauf si vous êtes américain, là il ne peut pas vous refuser d'entrer même s'il peut faire un certain nombre de questionnaires, je dirais extrêmement intrusifs. Si vous n'êtes pas américain, il peut tout faire.
Il peut refuser l'entrée, il peut fouiller votre téléphone portable, il peut fouiller votre...
Mais je vous propose ma question, est-ce qu'il faut craindre de passer la douane américaine aujourd'hui quand on est français ?
Oui, il faut être plus prudent, français, allemand. Moi j'ai des allemands, il y a un chercheur allemand qui a passé deux jours en détention.
Particulièrement quand on est chercheur ?
Oui, bien sûr. Bien sûr, aujourd'hui, moi j'étais aux Etats-Unis la semaine dernière, je suis arrivé en costume cravate, j'avais mon passeport canadien, ce qui s'avère que je suis aussi canadien.
Oui, vous avez la double nation.
Et je suis entré comme dans un moulin. On ne m'a même pas posé de question, mais souvent, vous vous retrouvez avec des gens qui se font interroger, soit sous des prétextes, est-ce que vous avez bien détaxé les choses que vous avez acheté en France, soit tout simplement un interrogatoire assez poussé. Et vraiment, on a aujourd'hui, c'est d'ailleurs dans l'enquête, un certain nombre de Français qui évitent de sortir des Etats-Unis, de peur de ne pas pouvoir y rentrer. Y rentrer.
83% des Français sondés aux Etats-Unis et 78% de ceux qui sont sondés au Canada estiment que les Etats-Unis sont un adversaire de la France, sauf pour ce qui concerne le conflit avec la Chine. Exactement. Mais pour le reste, les Etats-Unis sont un adversaire de la France. Vous, vous avez dit récemment, Roland Lescure, les Etats-Unis ne sont plus tout à fait notre allié, mais ce n'est pas encore un adversaire. Quand on vit sur place, on chicane beaucoup moins que vous avec les MO, c'est ça ?
Oui, c'est ça. Mais on est aussi ici, il ne faut pas l'oublier, dans une phase où on a besoin de continuer à échanger avec les Etats-Unis. Le président de la République, il échange avec le président américain et c'est tant mieux, presque tous les jours. La guerre en Ukraine. On voit bien que le cessez-le-feu assez illusoire qui a été négocié par Donald Trump avec les Russes et les Ukrainiens, il dépend de la volonté d'Européens de lever des sanctions. Donc les Européens, ils font partie du jeu aujourd'hui. Donc on a besoin de continuer à s'engager.
Vous avez lu les informations dévoilées par notre confrère américain qui s'est retrouvé par hasard dans une boucle de discussion entre Jay Devens, vice-président américain et secrétaire d'Etat à la Défense, où on apprend que ces gens-là qualifient les Européens, c'est-à-dire nous, de méprisables profiteurs ?
Mais moi j'ai vu des experts américains, y compris des démocrates, qui disent ne réagissez pas de manière hystérique à ce qui se passe aux Etats-Unis. Je leur dis, mais l'hystérie, elle est de l'écouté de l'océan. Oui, parce qu'il y a depuis déjà quelques années aux Etats-Unis, l'idée que l'Europe, il est temps qu'elle se débrouille un peu toute seule.
Donc les démocrates considèrent que nous sommes des nuisibles.
Un certain nombre de démocrates, non, considèrent qu'il est temps que l'Europe se débrouille. Et je ne voudrais pas rappeler, si je vais le faire quand même, que ça fait 8 ans que le président de la République française, il le rappelle, que la souveraineté et l'indépendance européenne sur la défense, sur l'industrie, c'est un élément essentiel de notre avenir. Parce que le désengagement américain, il date il y a maintenant 4 mandats, ça a commencé sous Barack Obama, et là il s'accélère avec un président caricatural qui se comporte un peu comme un chef de gang. Aujourd'hui, utiliser des boucs WhatsApp ou des boucs Signal pour échanger avec ses affilés, ce n'est pas très professionnel.
En tout cas, ça ne fait pas très président de la première puissance mondiale. Mais la réalité, c'est qu'aujourd'hui, il y a un certain mépris pour l'Europe, et qu'il faut transformer ça en opportunité. Parce que je ne voudrais pas non plus qu'on sorte de cette interview complètement déprimé.
Alors justement, vous avez longtemps travaillé au Canada, vous avez la nationalité canadienne, on va dire d'un mot sur ce qui attend les Canadiens, parce qu'ils sont extrêmement angoissés. Là, on est à quelques jours de l'instauration des barrières douanières. Donc les Canadiens, ils s'attendent à un choc énorme. En tout cas, les Français qui vivent au Canada, oui.
Oui, la première inquiétude des Français qui vivent au Canada, c'est leur pouvoir d'achat. C'est vraiment l'impact concret que va avoir cette politique, notamment les tarifs, sur leur pouvoir d'achat, sur leur job, etc. Ce qui se passe au Canada, quand même, est très intéressant. Parce qu'il y a un rassemblement aujourd'hui des démocrates, des progressistes, des libéraux, derrière un nouveau Premier ministre, Marc Carnet, qui est en tête dans les sondages. Totalement inattendu. D'abord, parce que les Canadiens, ils ne sont pas très cocardiers. Ce ne sont pas les plus nationalistes de la bande, j'allais dire, à part en hockey.
En général, ils sont plutôt assez calmes quand il s'agit de lever le drapeau canadien. Et là, ils se sont tous rassemblés. De manière anecdotique, ils ont retiré les vins américains de tous leurs vendeurs de vins. Tant mieux pour le vin français, ils se vendent mieux au Canada. Mais derrière aussi, il y a un Premier ministre extrêmement reconnu. Il a été banquier central en Angleterre, au Canada, et qui réagit de manière très ferme. Et ça, ça plaît aux Canadiens. On ne se laisse pas faire là-bas, et je pense que c'est aussi une leçon pour nous.
J'ai une autre question sur les vins. Est-ce qu'à votre avis, il faut retirer au plus vite le bourbon des produits américains surtaxés par l'Union Européenne, en représailles des menaces de barrières douanières brandies par Trump ? Parce que là, Trump menace à son tour de surtaxer à 200% nos vins, nos champagnes, nos spiritueux. Ce serait dramatique pour les filles agricoles françaises.
Mais bien sûr, il avait fait des...
Alors, le bourbon américain ?
En tout cas, il ne faut pas hésiter à répondre, y compris sur des choses un peu symboliques. Le bourbon américain en France, ce n'est pas un chiffre d'affaires énorme pour les Américains. Mais oui, je pense qu'il faut s'attaquer à des choses qui comptent symboliquement.
Donc il faut s'attaquer au bourbon ?
Le bourbon du Kentucky, le Coca-Cola et le Pepsi, pourquoi pas ?
Tant pis si Trump s'attaque à nos vins et à nos champagnes ?
Non mais ce n'est pas ça. C'est qu'on est aujourd'hui, le Canada le fait très bien. À un moment où malheureusement, face à quelqu'un qui joue le bras de fer, il faut montrer les muscles. Il faut montrer les muscles.
Merci Roland Escur.
Merci à vous. Et merci Sonia, il est 7h58.
Roland Lescure