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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 24 mai 2021 26 min

Vaccination des mineurs, TousAntiCovid, élections régionales... Le "8h30 franceinfo" de Philippe Juvin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Philippe Juvin

Bonjour Philippe Juvin, ça fait presque une semaine maintenant que le déconfinement a réellement commencé avec la réouverture des terrasses, des commerces, 150 000 commerces en France, des cinémas, des théâtres également. Il y a aujourd'hui encore 3500 personnes en réanimation dans toute la France, c'est quasiment deux fois moins qu'au pic il y a un mois de cette troisième vague. Ça veut dire que ça va mieux ? Ça veut dire qu'Emmanuel Macron a bien fait de tenter cet énième pari j'ai envie de dire ? Alors est-ce qu'on a bien fait de déconfiner ? Oui moi je crois, les gens n'en pouvaient plus, ça il fallait le faire. Est-ce que pour autant tout va bien ?

Non, on a encore des hôpitaux qui sont très pleins. Objectivement vous avez raison, il y a moins de cas donc ça va mieux, mais les hôpitaux sont très pleins. Ainsi cette nuit moi dans mon service qui est un service d'urgence, pas de réanimation. À l'hôpital Gompidou à Paris. Oui nous avons dû garder un jeune homme d'une trentaine d'années intubé, ventilé après un accident de la voie publique survenu à l'étranger. C'est un rapatriement parce qu'on ne lui a pas trouvé de place en réanimation de toute la nuit. On va lui trouver une place ce matin, mais on n'a pas beaucoup de marge de manœuvre, ça il faut l'avoir en tête. Et puis il y a encore 150 morts tous les jours du Covid.

À titre de comparaison en Grande-Bretagne, ils sont à moins de 10 morts par jour. Et ils sont beaucoup plus avancés dans la campagne de vaccination. Juste Philippe Juvin, sur ce patient que vous n'avez pas pu transférer dans un service de réanimation. Pourtant, le nombre de patients Covid en réanimation a baissé, mais ça veut dire que tout de suite, dès qu'une place se libère, elle est remplacée par une autre pathologie. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'on a ouvert des lits de réanimation pendant la crise. En faisant quoi ? En prenant des lits qui n'étaient pas habituellement dédiés à la réanimation.

En prenant du personnel, en particulier de bloc opératoire, qui est nécessaire parce qu'on a tout un tas de patients qu'on n'a pas pris en charge ou mal depuis un an maintenant. Et qui attendent à la porte des hôpitaux et qu'il faut absolument qu'on aille chercher. D'ailleurs, je pense que maintenant, à des sujets, c'est d'avoir une stratégie nationale pour aller chercher tous ces gens qu'on a un peu laissés, entre guillemets, tomber. Pas volontairement, parce qu'on ne pouvait pas faire autrement. Il y a plusieurs travaux qui montrent que probablement 30% des cancers n'ont pas été diagnostiqués. Peut-être la moitié des maladies du cœur n'ont pas été diagnostiquées.

Il faut une stratégie nationale pour aller chercher tous ces patients désormais.

2:07
Invité

Il faut une stratégie pour effectivement dire aux patients, revenez dans les hôpitaux maintenant. Effectivement, on reprogramme des interventions qu'on avait suspendues depuis un an. C'est ce que vous êtes en train de dire ?

2:16
Philippe Juvin

Alors, on commence à le faire pour des raisons que je vous ai dites. On ne peut pas y être à 100% parce qu'on a encore des réanimations qui sont pleines. Mais il faut effectivement que ça soit coordonné. Il faut que cette stratégie nationale, elle consisterait en quoi ? En fait, s'appuyer à la fois sur la médecine de ville, parce que beaucoup de ces patients sont chez eux. Et il faut que les médecins les dépistent, que les infirmières de ville les dépistent. Il faut une collaboration parfaite entre la ville et l'hôpital. Et il y a un deuxième sujet. Il y a probablement une stratégie qui nous manque et qui va nous manquer.

C'est une stratégie spécifique pour les patients qui vont souffrir de Covid long.

2:47
Invité

Avec une nouvelle pathologie.

2:49
Philippe Juvin

Voilà. Il y a un pourcentage important, peut-être un tiers, dans certaines études de patients qui ont eu le Covid, qui, six mois plus tard, ont encore des symptômes. Et bien là aussi, je pense qu'il faut que nous nous organisions, qu'ils ne soient pas dans la nature dispersés et qu'on les oriente vers des spécialistes. Maintenant, il faut qu'il y ait des gens qui connaissent particulièrement ça, qui les voient.

3:06
Invité

Mais Philippe Juvin, donc ce matin, en vous écoutant, vous dites oui, il fallait déconfiner. Vous ne disiez pas ça il y a quinze jours. Vous disiez un petit peu le contraire, même sur Public Sénat. Mais don't acte, don't acte. Non, si vous me permettez. Non, en réalité, non. Je termine juste ma question. Je disais qu'il fallait être prudent. Est-ce qu'en revanche, vous estimez que cette stratégie de déconfinement d'Emmanuel Macron en quatre étapes, eh bien, il y a quand même un risque ? Et qu'est-ce qui pourrait se passer si cet été, eh bien, l'épidémie repartait ? Par rapport à vos équipes de soignants, est-ce que vos équipes de soignants ne sont pas un peu à bout ?

3:46
Philippe Juvin

Non, certainement, je vais répondre. Mais ce qui est important, c'est qu'il faut comprendre qu'on peut toujours déconfiner. La question n'est pas là. La question, c'est dans quelles conditions ? Et quel est le niveau de risque qu'on accepte ? Donc, on peut déconfiner, et je pense qu'il faut le faire pour des raisons psychologiques, mais à condition qu'on y mette des conditions. Une stratégie de tester, tracer, isoler, pour que s'il y a un foyer qui reprend...

4:05
Invité

Mais là, le rythme est le bon. C'est le bon rythme, là, en ce moment.

4:08
Philippe Juvin

C'est prudent ? C'est suffisamment prudent ? Oui, je pense que c'est prudent. Il faut toutefois, je pense, accélérer sur les stratégies d'accompagnement. Tester, tracer, isoler, pour isoler, voir tout de suite s'il y a un foyer qui sort. Deuxièmement, surveiller les variants. Parce qu'un des problèmes, ça va être l'émergence d'un variant potentiellement très contagieux ou résistant à la vaccination. En France, on ne surveille pas suffisamment les variants. Vous savez, pour surveiller les variants, il faut faire un examen qu'on appelle le séquençage.

On considère, l'Académie de médecine dit que pour avoir une vision globale correcte de ce qui se passe sur le territoire, il faudrait séquencer 5% des prélèvements. En France, on séquence 0,5% des prélèvements. Troisièmement, surveiller les frontières, très clairement. Et puis évidemment, vacciner, vacciner, vacciner, vacciner. On est encore en retard par rapport au Royaume-Uni. On est aussi en retard par rapport à nos objectifs, puisque fin janvier, le ministre de la Santé avait dit que fin mai, nous serions à 30 millions de vaccinés. Nous ne sommes évidemment absolument pas. Ça sera pour le 15 juin, maintenant, c'est le nouvel objectif du gouvernement. Et pour le coup, c'est vraisemblable.

D'abord, il y a un petit item sur 30 millions de vaccinés. Fin janvier, c'était deux doses. Donc maintenant, on considère que 30 millions, c'est une dose. Soit, c'est vrai. En fait, ça va beaucoup mieux sur la vaccination. Ça n'allait il y a trois mois. Mais globalement, sur la vaccination, il faut comprendre qu'il y a quatre groupes de pays. Il y a les champions du monde, Israël. Deuxième groupe, les États-Unis et la Grande-Bretagne. Puis un troisième groupe avec l'Union européenne, dont la France. Et puis, et c'est ça la préoccupation désormais, c'est que nous avons la majorité des pays en voie de développement qui sont à quasiment rien.

Tedros, le patron de l'OMS, disait, écoutez, vous êtes bien gentil, vous, dans les pays développés. Vous avez en gros 25% de votre population qui est en passe d'être vacciné. Dans les pays en voie de développement, c'est un individu sur 500. Et vous comprenez bien que s'il y a un tel décalage entre certains pays, on peut avoir l'émergence de variants dans ces pays-là qui mettraient en cause notre propre vaccination.

6:00
Invité

Philippe Juvin, d'un mot, vous dites, de deux doses, on est passé à une dose. Mais est-ce que finalement, on ne va pas passer à trois doses ? Stéphane Bancel, le président de Moderna, dit, il faudrait par précaution passer à trois doses. Donc, est-ce que vous êtes d'accord ? Et est-ce que vous, par exemple, à la Garenne-Colombe, vous allez maintenir votre centre de vaccination ouvert, vos centres de vaccination ouverts pour les mois à venir ?

6:23
Philippe Juvin

Faut-il une troisième dose ? Il y a deux raisons pour lesquelles on pourrait avoir une troisième dose. La première raison, c'est qu'il y a un échappement immunitaire, le vaccin qu'on vous a fait n'est plus efficace au bout de quelques mois. Ça, on ne sait pas combien de temps ça va durer. Deuxième raison pour faire une troisième dose, ça serait que vous ayez, en réalité, l'apparition d'un variant qui serait résistant. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Je vous rappelle que la totalité des variants, des milliers de variants identifiés sur Terre, sont tous sensibles aux vaccins à l'ARN messager, Moderna ou Pfizer.

6:53
Invité

C'est rassurant.

6:54
Philippe Juvin

Ça, c'est plutôt rassurant. Mais il faut les surveiller. C'est ce que je vous disais il y a cinq minutes. Maintenant, à la Garenne-Colombe, moi, je suis un maire qui a ouvert un vaccinodrome début janvier. Très clairement, la question va se poser pour nous de savoir si nous continuons à laisser fermer les équipements publics, et tous les maires ont ça en tête, dans lesquels nous avons nos vaccinodromes. Certains ont des gymnases, d'autres des médiathèques, d'autres des bibliothèques, d'autres des écoles. Comment fait-on ? Est-ce qu'on doit, pendant quelques mois encore, les laisser fermer ? Moi, je pense, si vous voulez, qu'il faut qu'on passe à une phase nouvelle de la vaccination.

D'abord, commander les vaccins pour dans un an, au cas où on en aurait besoin. Il ne faudrait pas qu'on se retrouve dans la même situation absurde du début de l'année. Je ne sais pas si les vaccins sont commandés pour dans un an. Il faudrait vraiment qu'on ait la réponse. Et deuxièmement, je pense qu'il faut passer maintenant à une étape de logistique. confier la vaccination à des logisticiens privés ou publics, à l'armée, dont c'est le métier, parce qu'on ne va pas pouvoir avoir nos équipements municipaux fermés pendant un an, vous voyez. Et s'appuyer donc sur la médecine de ville, mais justement, il y a le vaccin Moderna qui arrive en pharmacie.

On va en parler dans un tout petit instant, juste après un coup d'œil sur le fil info, à 9h moins 20 avec Diane Ferchit.

7:59
Présentateur

Et la vaccination contre le Covid est ouverte aujourd'hui aux professions prioritaires, quel que soit leur âge. Il s'agit entre autres des enseignants, des policiers ou encore des caissières. La situation continue de s'améliorer dans les hôpitaux. On compte ce matin un peu plus de 3 500 patients Covid en réanimation. Ils étaient encore plus de 4 000 il y a une semaine. Les Lillois pourront saluer leurs joueurs. En fin de journée, les hommes de Christophe Galtier, sacrés champions de France, se défileront en bus à Impérial à partir de 16h30 au classement le PSG 2e, Monaco 3e. Ils iront en Ligue des champions. L'OL et l'OM, quant à eux, disputeront la Ligue Europa.

Nantes écope pour sa part de la redoutée place de barragistes. De nouvelles plaintes déposées à l'encontre de Patrick Poivre d'Arvor. Plaintes pour viols et agressions et harcèlement sexuels qui s'ajoutent à celles déposées par l'écrivaine Florence Porcel. Entendue en audition libre mardi dernier, l'ancien présentateur de TF1 n'y les faits. Selon les informations de France Info, il a fourni aux enquêteurs, des éléments prouvant son innocence. On est solidaires de nos amis italiens. C'est extrêmement rare d'avoir un tel accident avec une rupture de câble réagi sur France Info.

Le président de l'Association Nationale des Mers de Station de Montagne au lendemain de l'accident de téléphérique en Italie qui a fait 14 morts et un blessé grave, une enquête pour homicide involontaire est en cours. France Info. Le 8.30 France Info. Jean-Jérôme Bertolus.

9:23
Locuteur non identifié

Laurin Céléchal.

9:24
Philippe Juvin

Avec toujours Philippe Juvin, chef des urgences à l'hôpital Georges Pompidou à Paris et maire Les Républicains de la Gare de Colombes près de Paris également. On parlait de cette campagne de vaccination qui accélère en quelque sorte aujourd'hui puisque le vaccin Moderna arrive en pharmacie. Les premières administrations sont faites ces jours-ci. Ça c'est une bonne nouvelle Philippe Juvin. C'est le signe qu'on est sorti d'une première phase de la vaccination et qu'on rentre dans une phase plus d'accélération. Ce qui est certain c'est que toute accélération est une bonne nouvelle. On a encore du décalage par rapport au Royaume-Uni, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

Aux Etats-Unis, c'est un grand pays vous me direz, ils vont jusqu'à 4 millions d'injections par jour. Ils ont plus d'habitants mais guère plus que 5 fois plus. Donc il faut vraiment mettre la démultiplier. Un des sujets qui va... Maintenant qu'on a des vaccins, on va aussi avoir un sujet de personnel. C'est-à-dire que les gens sont fatigués. Vous me posez la question sur les hôpitaux. Très clairement, moi les équipes sont crevées. Il ne faut évidemment pas leur dire de ne pas partir en vacances en juillet-août. Il faut qu'on prenne du repos. Il faut qu'ils partent quoi qu'il arrive. Même si la situation se dégradait. Vous n'imaginez... Non mais vous savez, on fera le job.

Si la situation se dégradait, ce que je ne les espère évidemment pas, si la situation se dégradait, on fera le job. Mais les gens, on n'en peut plus. Et ça commence à être pareil dans les centres de vaccination. Moi j'ai ouvert le mien à la Garenne-Colombe mi-janvier. Et depuis mi-janvier, la Croix-Rouge, les bénévoles, les médecins de ville, les infirmières, etc. J'ai eu Olivier Véran au téléphone la semaine dernière, par SMS, qui a réglé un problème. Parce que je m'étais aperçu que les infirmières qui venaient après leur travail nous aider dans le centre de vaccination depuis début janvier n'étaient toujours pas payées. Nous étions fermés.

Et donc elle me disait, vous êtes gentil, mais ça ne serait bien qu'eux. Et donc j'ai appelé Olivier Véran, j'ai dit, il faut que vous régliez ça. Et il l'a réglé tout de suite. Mais ça vous montre qu'on a encore des choses qui dysfonctionnent. La question logistique et du personnel va être la question clé si on veut que la vaccination tient. C'est pour ça qu'il faut multiplier les gens capables d'injecter.

11:19
Invité

Philippe Juvin, à propos de Moderna, est-ce que pour arriver à cette fameuse immunité collective que tout le monde espère, que tout le monde attend, est-ce qu'il faut vacciner les plus jeunes d'entre nous ? Les enfants ? Cela veut dire les ados et les enfants.

11:31
Philippe Juvin

Alors aujourd'hui, il est probable qu'on a de la possibilité de vacciner parce qu'on a des essais cliniques à partir de 16 ans. La question qui se pose, c'est avant. En Grande-Bretagne, il y a un débat. Et quand vous lisez les journaux anglais, c'est un débat qui est raisonnable, scientifique, entre des gens qui vous disent plutôt non et des gens qui vous disent plutôt oui. Et moi, je souhaite qu'on ait ce débat parce qu'aujourd'hui, ma religion n'est pas faite. Pourquoi ? Très rapidement. D'abord, un enfant de 12 ans a quasiment pas de chance, heureusement pour lui, de mourir du Covid. Et donc, à partir de là, son bénéfice individuel est extrêmement faible.

Deuxième donnée à avoir en tête, quand vous vivez avec un enfant, vous, adulte, 30% de chance de plus de faire un Covid. Donc, élément en faveur, là, pour le coup, de la vaccination. Troisième élément, on n'a pas de recul sur les vaccins. Vous savez bien que, compte tenu de l'urgence sanitaire, il était nécessaire, et heureusement qu'on l'a fait, de vacciner la population sans les deux ou trois ans de recul habituel qu'on a sur tout vaccin. Et donc, tout ça fait qu'aujourd'hui, en Grande-Bretagne, il y a un débat avec des gens qui disent ce n'est pas raisonnable de vacciner les enfants de 12 à 16 ans. D'autres disent si ça vaut le coup pour acquérir l'immunité collective.

Donc, je vais vous dire, je n'ai pas la réponse aujourd'hui. C'est-à-dire que les variants ont changé la dose, la donne, pardon. Comme ils sont plus contagieux, il faut vacciner plus de personnes pour atteindre l'immunité collective. Vous avez raison. Une des données, c'est le variant. Mais il y a aussi cette donnée, encore une fois, de l'absence de recul des choses. Je ne suis pas en train de vous dire qu'il faut ou qu'il ne faut pas. Je suis en train de vous dire que je suis médecin, que je lis la littérature scientifique, que j'écoute les arguments contraires. Jusqu'ici, les prises de décisions de santé publique ont été très descendantes en France.

Le jeudi, vous assistiez à la conférence de presse et vous appreniez par la voix déus ex machina que c'est ça qui était décidé et pas ça. Moi, je souhaite que là, vraiment, on change de logiciel et qu'on mette sur la table les arguments parce qu'il y a des arguments pour faire vacciner les enfants. Mais il y a des arguments contre. Donc, il faut qu'il y ait une décision collégiale collective.

13:30
Invité

Philippe, une dernière question, un petit peu en marge de toutes ces questions sur la crise sanitaire mais qui a quand même sans importance, à la fois pour vous, patron des urgences de l'hôpital Georges Pompidou et pour tous les Français, les députés viennent de voter la mise en place d'un numéro unique pour toutes les urgences, que ce soit la police avec le 17, le 18 avec les pompiers et donc plus de 15 pour le SAMU, mais un numéro unique, encore une fois, le 112. Ça va dans le bon sens ou alors vous vous dites mais on marche sur la tête ?

13:57
Philippe Juvin

Non, non, d'abord le 112, ça existe depuis longtemps, vous savez, ça existe dans toute l'Union.

14:00
Invité

Oui, mais en France, là on parle de la France.

14:03
Philippe Juvin

Oui, mais en France, on avait au contraire une multiplication des numéros, 15, 17, 18, etc. Quel est le problème ? La logique voudrait qu'on ait un numéro unique. C'est vrai, vous avez une urgence, vous téléphonez, etc. Le risque du numéro unique, c'est ce que pensent un certain nombre de mes collègues urgentistes en particulier, le risque du numéro unique, c'est que vous tombiez sur quelqu'un qui n'aura pas la culture générale pour traiter dans sa tête à la fois un problème de police, un problème de santé grave, un problème de santé pas grave, un problème de sécurité publique, etc. Donc le vrai sujet, c'est qui y aura-t-il au bout du fil ?

Au bout du fil, il faut donc des gens qui soient suffisamment capés. Donc une des solutions pourrait être une sorte de numéro unique, mais qui vous fasse entrer dans un vestibule, santé urgente, santé pas urgente. Il ne faut pas qu'on ait un système qui soit peu performant et qui fasse que par défaut, on envoie les gens à l'hôpital.

14:56
Invité

Excusez-moi, mais pourquoi modifier ? Ça ne marche pas aujourd'hui le 15 pour le SAMU, ça ne marche pas aujourd'hui le 17 pour la police, ça marche tous ces numéros, pourquoi les changer ?

15:05
Philippe Juvin

Alors, ça marche, la preuve, on est là, ça marche. Il y a parfois les lenteurs dans les décrochés de certains numéros, il y a certains de vos confrères qui ont fait des enquêtes, ça marche plutôt. L'idée, c'est qu'on est très bien dans l'optimisation de la dépense publique, on le voit là. Là-dessus, il est très clair qu'il y a des gens qui défendent, parce que vous savez, un numéro, c'est aussi des moyens qu'on vous donne, des outils que vous avez et que l'autre n'a pas.

Ce que je vous dis simplement, c'est que ça paraît logique d'avoir un numéro unique, mais attention, il y a des effets pervers qui pourraient être la surcharge des hôpitaux, parce qu'on enverrait tout à l'hôpital d'une manière indistincte. Et ça, moi, en tant que patron des urgences, par pitié, ne me créez pas un truc qui fasse que le bobo sur le bouton sur la joue, il arrive aux urgences. Philippe Juvin, vous êtes chef des urgences à l'hôpital Pompidou à Paris et vous êtes aussi candidat Les Républicains, un des candidats aux élections régionales en Ile-de-France.

La campagne a pris un tour assez inattendu, avec une plainte déposée par le ministre de l'Intérieur lui-même contre une candidate d'opposition, en l'occurrence Audrey Pulvar, la socialiste, qui a tenu ses propos ce week-end sur France Info. Écoutez.

16:21
Invité

Audrey Pulvar. C'est une image qui, pour moi, était assez glaçante. Oui, la colère des policiers est légitime, mais qu'elle s'exprime de cette façon, devant la représentation nationale, avec un ministre de l'Intérieur qui, justement, est censé protéger ceux-là même et celles-là même, avec lesquels il manifeste, pour faire pression sur son collègue de la justice. Très sincèrement, je trouve ça extrêmement inquiétant et je ne souhaitais pas y participer.

16:45
Philippe Juvin

Il y avait une dimension séditieuse ? Alors, ce ne sont pas que contre ces propos-là que le ministre de l'Intérieur porte plainte, mais une succession de propos depuis 2020, nous dit-on, au ministère de l'Intérieur. En l'occurrence, est-ce que ces propos d'Audrey Pulvar vous ont choqué, d'abord ? D'abord, je ne vois pas ce qu'il y a de glaçant que les policiers manifestent. Les policiers sont des fonctionnaires qui mettent en jeu leur vie tous les jours. Elle veut dire qu'ils font pression sur l'Assemblée nationale. Pardon, une manifestation, ça fait toujours pression sur le pouvoir politique. Donc là, elle découvre la démocratie. Non, je suis...

En revanche, je ne suis pas du tout d'accord avec les propos de Mme Pulvar. Moi, je défends la police. D'ailleurs, j'étais à la manifestation. Peut-être que ce que j'ai pu reprocher dans la manifestation, c'est que moi, je n'oppose pas la police et la justice. Je pense que les deux corps sont indispensables au bon fonctionnement de la société. Et les deux, d'ailleurs, souffrent des mêmes maux, M-A-U-X. Ce sont les manques de moyens. Vous étiez là quand le garde des soins était hué ? Je ne me souviens pas qu'il ait été hué. Il a été hué ? Il a été hué, peut-être. Non, donc voyez-vous, je n'oppose pas les deux.

En revanche, je suis un peu surpris qu'un ministre porte plainte, en plus elle est candidate, porte plainte contre une candidate durant une campagne électorale. Le timing est un peu curieux. Mais encore une fois, elle a vraiment tort quand elle parle de glaçante. Elle parle aussi de la présence de l'extrême droite, aux côtés d'un ministre de l'Intérieur qui venait donc manifester quelque part contre son propre gouvernement. Je suis au républicain. Je suis au républicain. C'est quand même assez incroyable. Je suis élu LR. À côté de moi, il y avait des élus Rassemblement National et il y avait des élus de la LREM. Il y avait... Tout le panel politique était là.

C'était juste avant l'Assemblée Nationale. La porte était ouverte, il s'est entré, il sortait, les députés. Donc, c'est une manifestation. Non, ce qui était curieux, c'était la présence du ministre. Que le ministre vienne lui-même soutenir des policiers qui demandent des moyens aux ministres, c'est un peu curieux comme attitude. Mais, en revanche, quand elle parle de glaçante, il n'y avait rien de glaçant. C'est une situation dramatique que vivent les policiers. Et il faut les entendre. Il faut les écouter et les entendre. Philippe, je vais en continuer cette discussion juste après un coup d'œil sur le fil. Une info à 8h52 avec Diane Farchit.

18:56
Présentateur

Disant que le LOSC n'avait pas décroché le titre, l'île champion de France de football devant le PSG à la 3ème place. Monaco, suivi de Lyon et Marseille qui joueront la Ligue Europa la saison prochaine. Et c'est Nantes qui se retrouve barragiste à la 18ème place pour rester en Ligue 1. Les Nantais affronteront Toulouse, match allé jeudi. Nouvelle étape dans la vaccination avec l'arrivée du vaccin à ARN messager Moderna dans les pharmacies et les cabinets des médecins généralistes. La vaccination aussi ouverte à toutes les professions prioritaires. Renseignants, policiers, chauffeurs de bus sans condition d'âge à partir d'aujourd'hui.

Une succession de propos d'Audrey Pulvar visée par le ministère de l'Intérieur. Gérald Darmana annonce vouloir porter plainte contre la tête de liste au régional en Ile-de-France. Sur France Info, Audrey Pulvar a notamment qualifié de glaçante la manifestation des forces de l'ordre la semaine dernière. Des déclarations qu'elle a faites en 2020 sont aussi concernées. Paris convoque l'ambassadeur biélorusse en France après le détournement d'un Boeing de Ryanair par les autorités de Minsk. À son bord, un journaliste, un opposant au régime qui a été arrêté. Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, dénonce un acte inacceptable.

Les dirigeants des 27 se réunissent en sommet aujourd'hui en vue d'éventuelles sanctions.

20:01
Invité

Philippe Juvain, on évoquait à l'instant votre présence à la manifestation des policiers avec pas très loin de cette forte délégation du Rassemblement national. Il y a aujourd'hui des dissensions, des dissensions très fortes.

20:24
Philippe Juvin

Il y avait tout le monde, il y avait LREM, il y avait LR, il y avait la Rassemblement national.

20:27
Invité

Il n'y avait pas les insoumis qu'ils revendiquent aujourd'hui.

20:30
Philippe Juvin

C'est vrai, il n'y avait pas les insoumis, mais sinon il y avait toute la classe politique, pardon.

20:33
Invité

Et il y a des dissensions très fortes aujourd'hui au sein du Républicain. Certains même estiment que, eh bien, votre parti, LR, est en voie d'éclatement. Écoutez ce que disait Cédric O, le secrétaire d'État, ce week-end sur France Info. Qu'est-ce que Jean Rotner d'un côté, Valérie Pécresse pense, ont en commun avec Nadine Morano ou Éric Ciotti ? Absolument rien. Donc ce parti est mort. Il n'y a rien en commun. Chez les Républicains, pourquoi ils n'ont pas de candidats ? Mais pas parce qu'ils ont un manque de personnel de qualité, mais juste parce qu'ils ne pensent rien. Non, comment ?

Quand Éric Ciotti affirme que ce qui vous différencie, vous, les élus républicains du Rassemblement National, en fait, c'est votre capacité à gouverner. Quand Éric Ciotti dit comprendre les électeurs de LR qui votent maintenant Rassemblement National parce qu'ils sont en colère, est-ce que vous êtes d'accord ?

21:23
Philippe Juvin

D'abord, moi, je m'arrête plutôt que M. Cédric Aude, depuis un an, arrive à nous faire enfin une application qui fonctionne et le pass sanitaire. Parce que... Ça fonctionne tous anti-Covid. Écoutez, moi, j'ai vu quelques...

21:34
Invité

5 millions de Français l'ont téléchargé. Oui, mais moi aussi, j'ai téléchargé. Mais ce n'est pas une preuve. Ce n'est pas une preuve.

21:38
Philippe Juvin

Je l'ai téléchargé, mais j'ai vu des tas de patients, quand même, depuis un an. Ça n'a jamais sonné. C'est un truc qui ne sonne pas. Donc, ne me dites pas qu'ils... Non, écoutez, c'est une plaisanterie. Malheureusement, ça ne marche pas. Et puis, comme on sait que c'est là-dessus qu'il va falloir organiser le pass sanitaire, waouh !

21:54
Invité

Vous êtes inquiet, vous êtes inquiet.

21:55
Philippe Juvin

Ah non, mais c'est plus qu'inquiète. Vous vous rendez compte qu'il faut que le pass sanitaire, en plus, se connecte avec les applications de nos voisins. Parce que quand le touriste allemand va venir en France ou italien, il va quand même falloir que le truc fonctionne. Donc, passons sur M. Cédrico. Déjà, qu'il fasse son shop, ça serait pas mal. Sur le fond, puisque vous me posez la question. D'abord, premièrement, sur ce que vous avez dit sur Ciotti. Éric Ciotti, j'entends les paroles qui lui ont été attribuées. C'est son ses mots. C'est lui qui dit ce qui nous différencie du RL, c'est notre capacité à gouverner. C'est une phrase au sein de quelque chose de plus large.

La vérité, c'est quoi ? Une interview dans Valeurs Actuelles. La vérité, c'est quoi ? C'est qu'aux Républicains, il n'y a pas une droite. Il y a des droites. Je vous rappelle que quand nous créons l'UMP, l'ancêtre des Républicains, ça va à l'époque de Raffarin à... de Boulafrance. Nicolas Dupont-Lignard. Donc, la droite, elle a toujours été diverse. Elle a toujours été diverse. Ce qui nous caractérise dans nos régions, c'est qu'un, on gère des régions. Deux, on gère des villes. Trois, on gère des départements. Oui, mais ce sont les idées aussi qui vous différencent du Rassemblement national. Évidemment, bien entendu. C'est ce qu'aumé de dire Eric Ciotti.

Pardon, mais il a dit dans l'interview, simplement, on a sorti cette phrase. Évidemment. Vous savez, j'ai été dix ans député européen. Alors, la vision européenne du Rassemblement national, elle n'est pas la mienne. On le sait, tout ça. Non, la caractéristique, c'est dans toutes les régions, puisque vous faites référence à l'affaire de PACA avec mon ami Renaud Muselier, c'est que les présidents de région ont eu cette capacité à voir et analyser les situations de terrain. En PACA, on sait ce qui s'est passé. La République En Marche est incapable de présenter un candidat. C'est ça, la vérité. Ils n'ont pas de candidat sur le terrain.

Et pourtant, maintenant, c'est LR qui n'a pas de candidat, puisque LR estime que Renaud Muselier n'est plus un candidat des Républicains. Et donc, ils essayent de se greffer sur les listes. Là où, par exemple, il y a des listes LR, EM qui sont capables de se monter, comme en Ile-de-France, contre Valérie Pégresse, que se passe-t-il ? Eh bien, ils y vont. Ils y vont dans leur coin.

23:49
Invité

D'un mot, justement, sur ces listes de la majorité présidentielle, l'une des caractéristiques de ces régionales, y compris en Ile-de-France, qui est une présence massive des ministres, c'est bien que les ministres, après tout, s'engagent dans les régionales, où, finalement, on est un peu en train de se tromper d'élections et de jouer un petit peu la présidentielle avant les régionales.

24:11
Philippe Juvin

Mais d'abord, les ministres n'ont rien à faire dans une élection. Ou alors, dans ces cas-là, il faut qu'ils en tirent les conséquences. S'ils perdent, ils démissionnent.

24:17
Invité

Là, ce ne sera pas le cas, manifestement.

24:19
Philippe Juvin

Ah ben voilà. Donc, en fait, c'est de l'occupation de terrain. Deuxièmement, ben oui, bien sûr. En fait, ils ont essayé de nationaliser cette élection régionale. On le voit très bien. avec un discours qui est très ambigu. En PACA, Emmanuel Macron vous explique qu'ils veulent faire barrage au Rassemblement national. Mais en Haute-France, ils envoient cinq ministres, cinq, qui ont quand même autre chose à faire dans la journée, pour essayer de faire quoi ? Ben, en réalité, de faire battre Xavier Bertrand. Et donc, de gagner le Rassemblement national. Vous avez compris. Dans le sud, on prétend vouloir battre le Rassemblement national.

Mais dans le nord, Emmanuel Macron aurait été refaire gagner le Rassemblement national. L'alliance avec la République en marche, ce n'est pas possible. C'est un motif même presque d'exclusion. Alors qu'on fait une alliance avec Debout la France, justement, en Bourgogne-Franche-Comté, que ça ne choque personne au sein des Républicains. Est-ce qu'il n'y a pas eu un glissement du parti vers la droite ? Je vous ai expliqué qu'avec Debout la France, depuis le début de la création de l'UMP, nous avons eu des relations.

On voit très bien que dans certaines régions, par exemple Valérie Pécresse, elle a décidé de ne pas faire alliance avec Debout la France, parce qu'elle considère que les individus qui représentent ce parti en Ile-de-France ne sont pas intéressants pour l'application de son programme. En revanche, que Gilles Platret, puisque vous faites référence à Gilles Platret, ait fait un accord, c'est parce que localement, il y a cette connaissance intime du terrain. Mais c'est de chaque personne au sein des Républicains, ça ne fait pas de polémique. Mais non, ça ne fait pas de polémique. Dès lors que vous savez, sur le terrain, ce que les uns et les autres apportent.

Vous savez, moi je suis maire républicain. Dans ma liste, alors même que j'avais une liste En Marche contre moi, j'ai pris quelqu'un qui vient de La République En Marche, s'il est de qualité. Philippe Juvin, merci beaucoup d'avoir été ce matin. L'invité du 830 France Info, maire de l'air républicain de la Garenne-Colombe et chef des urgences à l'hôpital Georges Pompidou à Paris. Bonne journée. Merci.

Vaccination des mineurs, TousAntiCovid, élections régionales... Le "8h30 franceinfo" de Philippe Juvin — Philippe Juvin · Pourquijevote