LÉGISLATIVES : LA GIFLE POUR MACRON
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« La déroute du parti présidentiel est totale, et aucune majorité ne se présente. »
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La déroute du parti présidentiel est totale, et aucune majorité ne se présente. Effectivement on a connu de meilleures soirées. Ce groupe sera de très loin le plus nombreux de l’histoire de notre famille politique.
Ils ont voulu éviter la défaite au prix du déshonneur, et ce soir ils ont et la défaite et le déshonneur. Bonjour à toutes et à tous. Les législatives se terminent sur un séisme politique.
Le Rassemblement National fait une percée historique à l'Assemblée, la Nupes est consacrée première force d'opposition et Emmanuel Macron, pris en étau, perd la majorité absolue. La logique du scrutin majoritaire a volé en éclat hier soir en même temps que le barrage républicain. La composition de ce nouvel hémicycle sans majorité claire et la crise de régime qui se profile à l'horizon, c'est le programme de ce décryptage, aujourd'hui sur Blast.
Les élections législatives se sont donc achevées hier soir et le moins que l’on puisse dire, c’est qu'elles ont rebattu les cartes. En voici les résultats à l'heure où j'enregistre cette vidéo : Ensemble ! l’alliance d’En Marche, d’Horizons, du Modem et du groupe Agir obtient le plus grand nombre de députés avec 245 sièges.
La Nupes, la coalition de la gauche, arrive deuxième avec 137 élus. Le Rassemblement National compte désormais 89 parlementaires et LR-UDI 61. Le désaveu pour Emmanuel Macron est énorme.
Son score est très loin de la majorité absolue qui est de 289 sièges, majorité que LREM avait à elle seule en 2017. Pour son deuxième quinquennat, il n’aura qu’une faible majorité relative. Le risque, pour le président de la République, est de se retrouver dans l’incapacité de mettre en œuvre sa politique.
La faute à un vote sanction contre sa personne, à une campagne ratée de la majorité et à la faible assise électorale du vainqueur de la présidentielle qui apparaît aujourd’hui clairement. Privé de son duel favori face à l’extrême droite, le logiciel macroniste déraille. Évidemment, on espérait mieux.
Évidemment, on attendait mieux et effectivement, on a connu de meilleures soirées. Les défaites très symboliques se sont enchaînées toute la soirée, à chaque fois saluées par un tonnerre d’acclamations des militants Nupes. Le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, a été battu dans son fief du Finistère, tout comme le patron des députés LaREM, Christophe Castaner.
Sans oublier les défaites de plusieurs ministres en exercice, qui devront donc quitter le gouvernement. Parmi les tombés au champ d’honneur, il y a la ministre de la Transition écologique, Amélie de Montchalin battue dans l’Essonne le jour de son anniversaire. La ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon, a elle aussi perdu ainsi que la secrétaire d’Etat à la mer, Justine Benin.
C’est au total, et avant tout, l’échec électoral de la macronie. Quel bon débarras d’avoir vu, après monsieur Blanquer éliminé dès le premier tour, voir éjecter l’éborgneur Castaner, et l’injurieuse Montchalin. Rendez-vous compte : jamais un président n’avait été mis autant en difficulté.
Il avait fallu deux ans à Jacques Chirac pour perdre sa majorité après son élection de 95. Emmanuel Macron y est arrivé en 7 semaines. Avec deux groupes puissants et totalement hostiles, Jupiter va devoir faire une chose qu’il déteste, négocier et composer.
Avec ses alliés d'abord, Horizon d’Edouard Philippe et le Modem de François Bayrou ainsi que des députés du groupe Agir. Mais il va aussi devoir tendre la main aux Républicains et leurs 61 élus. A cette condition seulement, il atteindrait péniblement la majorité.
Alors, va-t-on vers des accords loi par loi ou le parti présidentiel va-t-il proposer un pacte de gouvernement à la droite ? Mais encore faut-il que ceux-ci l’acceptent et, là encore, rien n’est gagné. Christian Jacob, qui est encore le patron des Républicains pour quelques temps, a été plutôt clair sur le sujet.
Pour ce qui nous concerne, ce qui concerne les Républicains, nous avons fait campagne dans l’opposition, nous sommes dans l'opposition et nous resterons dans l’opposition. Les choses sont très claires, ce sera comme nous l’avons toujours fait, une opposition constructive, mais une vraie opposition à Emmanuel Macron qui aura tout détruit. Son quinquennat aura été un échec total.
Le parti de droite, même s’il a perdu presque 30 députés par rapport à la mandature précédente, sort paradoxalement plutôt renforcé de l’élection. Même si la question de l’attitude vis-à-vis de la majorité va immanquablement créer des dissensions internes. Alors que va faire Emmanuel Macron ?
Accepter cette Assemblée sans majorité ? Ou la dissoudre ? Constitutionnellement, il en a le droit.
Cependant, l’histoire nous a montré que la manœuvre peut être assez hasardeuse. Élections. Je reçois messieurs Jacques Chirac et Lionel Jospin son nouveau Premier ministre.
Bonsoir. Bonsoir… Quel con, mais quel con ! Quel con !
Encore une fois, l’abstention a été très élevée, aux alentours de 54 %, dans ce scrutin. Mais ce qui est sûr, c’est que ce résultat bouleverse quand même le début du quinquennat. Avec une 5e République à bout de souffle, on s’achemine vers une crise de régime.
Bon si le perdant est Emmanuel Macron, qui a gagné ? Là, c’est moins évident. Avec 89 députés, le Rassemblement National sort considérablement renforcé de cette élection.
C’est même une vague bleue marine qui déferle sur l’Assemblée. La campagne discrète de Marine le Pen centrée sur le pouvoir d’achat semble avoir porté ses fruits. Surmontant l’obstacle d’un mode de scrutin particulièrement injuste et inadapté aux valeurs de notre temps, il a décidé d’envoyer un très puissant groupe parlementaire de députés Rassemblement National à l’Assemblée qui devient ainsi un peu plus nationale.
Ce groupe sera, de très loin, le plus nombreux de l’histoire de notre famille politique. Pour vous rendre compte, le Rassemblement National a triplé son précédent record qui était de trente-deux députés élus en 1986 avec Jean-marie le Pen. Sauf qu’en 86, ils avaient été élus à la proportionnelle et pas au scrutin majoritaire qui pourtant désavantage l’extrême droite à cause du phénomène de barrage républicain.
De barrage, il en a été question dans ce second tour mais il avait de sacrés problèmes d’étanchéité du côté de la majorité. Quand on était dans des duels Nupes / RN, qu’est-ce qu’il s’est passé du côté des électeurs d’Ensemble ? Alors là, les électeurs d’Ensemble ont refusé ce cas de figure.
À 72% ils sont restés à la maison, ils se sont abstenus. Et puis, il y a quand même une petite majorité relative, 16 %, qui serait allée voter quand même pour la Nupes, contre 12 % pour le RN. Cette ambiguïté, c’est le fameux “au cas par cas” d’Elisabeth Borne, renvoyait dos à dos la Nupes et le RN.
LREM a mis un signe égal entre nous, les progressistes, les humanistes, les Écologistes, les Socialistes, les Communistes, les Insoumis, et les adversaires de la République. C’est extrêmement grave. Ils ont voulu éviter la défaite au prix du déshonneur, et ce soir on a, ils ont et la défaite et le déshonneur.
N'oublions pas, la République c’est nous. Aussi, sur 61 circonscriptions où le RN affrontait la Nupes, les macronistes n’ont appelé à soutenir la gauche que dans 16 cas. Ce choix a sans doute pesé lourdement dans le résultat que nous avons aujourd’hui.
Dans le Val de Marne, Roxana Maracineanu a même appelé à faire barrage… contre la gauche. Reste que l’opération est excellente pour l’extrême droite : Moyens renforcés, temps de parole, nombre de collaborateurs parlementaires, financements publics importants, c’est le jackpot pour ce parti très endetté, y compris auprès des banques russes. Sans parler de la question de la très stratégique présidence de la Commission des finances, traditionnellement dirigée par le principal groupe d’opposition.
Le RN est bien placé pour récupérer cette fonction, à moins que la Nupes ne forme un groupe unitaire. Reste justement le cas de la Nupes. Avec 137 députés Nupes dont 79 Insoumis Jean-Luc Mélenchon a-t-il raté son pari ?
Alors non, il n’est pas devenu le Premier ministre d'Emmanuel Macron. La Nupes, elle, est moins haute que prévu et le Président a encore 100 députés de plus. Sans mandat, on pourrait croire le chef des Insoumis en préretraite laissant derrière lui une gauche finalement assez faible qui peine à dépasser les 25% malgré l’alliance.
Pourtant on peut dire qu’il a lui aussi gagné. Pourquoi gagné ? Avec cette coalition, la Nupes, il a réussi à créer une dynamique électorale inattendue alors même que la gauche sortait groggy de sa défaite à la présidentielle.
C’est déjà un tour de force en soi. Mais l’important est peut-être ailleurs. En capitalisant sur son score de la présidentielle, il a démontré que c’était ses options politiques, des propositions de rupture, qui étaient majoritaires à gauche.
Il a obligé ainsi, pour un temps au moins, chaque parti de l’alliance à se positionner vis-à-vis de ce programme. Fait inédit, la recomposition de la gauche se fait autour de sa partie la plus radicale et plus autour d’une ligne sociale libérale plus tiède. Le meilleur exemple de ça, c’est Olivier Faure, le patron du PS, transfiguré depuis quelques semaines : Nous revenons de loin et nous avons, je pense, dans cette élection-là aussi, reparlé aussi à un électorat qui nous ne regardait plus, qui n’avait plus aucun intérêt pour ce que nous représentions.
Et ce que je suis venu leur dire dans cette élection, dans cette échéance électorale, c’est que, si, nous avons encore des choses à dire ensemble. Nous voulons le faire avec les autres, et nous avons fait le choix, ce pari du rassemblement qui n’était pas le plus simple. Vous le savez, ça été compliqué y compris pour moi.
J’ai été contesté, j’ai tenu le cap parce que je le crois nécessaire. Manuel Valls avait le premier théorisé l’existence de deux gauches irréconciliables. Où est -il aujourd'hui ?
La gauche évidemment reste parcourue par des clivages. Mais la gauche de Manuel Valls et celle de François Hollande, a disparu, ou elle est partie dans la majorité. Les dissidents soutenus par Carole Delga et la vieille garde du PS ont été laminés.
Ils étaient 63 à s’être présentés contre la Nupes. Ils seront finalement 5 à l’Assemblée. Ces législatives referment donc une parenthèse à gauche, commencée avec le tournant de la rigueur en 83 et continuée avec François Hollande et Emmanuel Macron.
C’est ça la victoire de Mélenchon. Lui, parti du PS en 2008, l’absorbe en 2022 et fait triompher sa ligne. Ligne qui devient celle de la gauche pour la suite.
C’est aussi à ça qu’on a assisté hier soir, à un passage de flambeau. Des opportunités incroyables vont se présenter devant vous, et, en particulier, devant vous, la jeune génération qui êtes celle qui appelle avec le plus de force à la rupture avec ce monde et ses règles d’organisation. Des opportunités, parce que vous disposez d’un magnifique outil de combat dont vous aviez été privés pendant tant de temps.
Cet outil, c’est la Nupes. Je veux vous dire que toutes les possibilités sont dans vos mains. Quant à moi, je change de poste de combat mais mon engagement est, demeurera, jusqu’à mon dernier souffle, dans les premiers de vos rangs, si vous le voulez bien.
Une jeune génération fait son entrée à l’Assemblée au moment où lui la quitte : Manuel Bompard, Clémence Guetté, Antoine Léaument, Matthias Tavel ou encore Paul Vannier, tous trentenaires, rejoignent sur les bancs Mathilde Panot et Adrien Quatennens. Vous l'aurez compris, le deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron ne pouvait pas plus mal commencer. Est-ce que ce trou d'air va se transformer en crise durable ?
Réponse dans les semaines qui viennent. Un mot encore sur les circonscriptions qu’Emma Barrier et Laetitia Lallement ont couvert dans ces élections. Dans la 20e de Paris, nous vous annoncions que la droite risquait de perdre son éternel bastion du 16e arrondissement, eh bien, c’est arrivé.
Comme un symbole des difficultés de son parti, Francis Szpiner s’est incliné devant Benjamin Haddad de la majorité présidentielle. Dans la 15e circonscription, la dynamique nationale de la Nupes derrière Danièle Simmonet a emporté la députée dissidente PS Lamia el Aaraje et le PS du passé. Enfin dans le Val de Marne, Rachel Kéké a battu de justesse Roxana Maracineanu.
L’appel au barrage républicain contre la gauche n’a pas suffi. Voilà, cette vidéo est maintenant terminée, si jamais elle vous a plu, que vous l’avez trouvée instructive, n’hésitez pas à le dire en commentaire. Vous pouvez aussi vous abonner en activant la cloche, et surtout, si vous le pouvez, soutenez nous financièrement sur blast-info.fr.
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