L'invitée d'Apolline Matin : Seuls 0,3% des enseignants ont confiance dans l’avenir du système éducatif français - 25/08
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:08OuverteRéponse directe
Bonjour Elisabeth Alain Moreno. Vous êtes la secrétaire générale du syndicat d'enseignants UNSA
- 0:14OuverteRéponse directe
A la question, avez-vous confiance dans l'avenir de l'école ? Il n'y a que 0,3% des enseignants qui répondent oui.
- 1:53OuverteRéponse directe
Edouard Philippe a annoncé ce matin dans le journal Le Figaro qu'il voulait augmenter de 20% le salaire des enseignants sur 5 ans.
- 2:20RelanceRéponse directe
Vous avez un doute sur le fait qu'il l'applique ?
- 2:31OuverteRéponse directe
Vous augmentez, d'accord, mais pourquoi faire, au final ?
- 3:54OuverteRéponse directe
La première, c'est qu'en 2035, on estime que 40% des élèves sont scolarisés dans le privé.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:18PrésentateurChiffre
« A la question, avez-vous confiance dans l'avenir de l'école ? Il n'y a que 0,3% des enseignants qui répondent oui. »
- 0:23Invité politiqueChiffre
« Exactement, sur quasiment 43 000 répondants, ce qui est beaucoup. »
- 0:43Invité politiqueChiffre
« Il a pris 14 au point en 3 ans, ça se comprend »
- 1:14InvitéChiffre
« On est largement en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE. Le 11e au classement européen, donc juste derrière l'Espagne, juste devant Malte. »
- 2:35InvitéChiffre
« Nos élèves sont nuls, on est 25e au classement PISA »
- 2:40InvitéFait
« aucun élève quasiment ne passe autant de temps à l'école »
- 3:58InvitéChiffre
« en 2035, on estime que 40% des élèves sont scolarisés dans le privé »
- 4:02InvitéChiffre
« Ça monte jusqu'à 50% à Paris, par exemple, donc 1 sur 2 dans la classe de CP. »
Temps de parole
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Vous écoutez RMC. C'est ce qui reçoit un baromètre qu'RMC vous dévoile ce matin en exclusivité. Bonjour Elisabeth Alain Moreno. Vous êtes la secrétaire générale du syndicat d'enseignants UNSA et le chiffre est hallucinant. A la question, avez-vous confiance dans l'avenir de l'école ? Il n'y a que 0,3% des enseignants qui répondent oui.
Exactement, sur quasiment 43 000 répondants, ce qui est beaucoup. Ça fait 14 ans que l'UNSA éducation fait ce baromètre. C'est la première fois qu'on a des chiffres aussi édifiants après qui s'expliquent évidemment.
Alors, il y a beaucoup de sujets qui sont évoqués. Il y a la question du manque de respect, disent-ils, du manque de reconnaissance, la question du salaire.
Oui, alors le salaire arrive en premier et de très loin. Il a pris 14 au point en 3 ans, ça se comprend, puisque le GLT du point d'indice maintenant s'est installé durablement depuis quasiment 2010. Les seules revalorisations sont à coup de prime ou d'heure sub. Donc, en gros, il faut travailler plus, épuiser plus pour gagner plus. Et le métier s'est drôlement complexifié ces dernières années. Les restrictions budgétaires, évidemment, qui ont été annoncées, se sont installées aussi. Donc, il y a un gros décalage entre les attentes par rapport au métier, les besoins et la réalité de la rémunération.
C'est vrai qu'on a une rémunération catastrophique. On est largement en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE. Le 11e au classement européen, donc juste derrière l'Espagne, juste devant Malte. Je me dis que ça doit contribuer à la dégradation de l'image que les professeurs ont de leur métier, en fait, ce mauvais traitement. C'est aussi un effet psychologique, non ?
Bien sûr. D'ailleurs, le salaire est devenu une obsession. C'est ce qu'on a noté sur les derniers baromètres. Et effectivement, on a beau aimer notre métier, chaque fois qu'on fait le baromètre, les collègues, les personnels disent qu'ils aiment leur métier. Mais par contre, ce qu'ils en attendent en termes d'épanouissement personnel ou d'utilité par rapport aux élèves est fortement dégradé. Et c'est cette frustration, ce découragement qui s'est installé durablement.
Edouard Philippe a annoncé ce matin dans le journal Le Figaro qu'il voulait augmenter, qu'il envisageait, il faut être précis, d'augmenter de 20% le salaire des enseignants sur 5 ans.
Il me semble qu'il a été quand même à une position politique où il pouvait prendre ce type de décision et qu'il ne s'est jamais trop engagé justement sur une revalorisation largement de la fonction publique. Après, on est sur une année présidentielle, donc forcément, on va avoir des promesses sur les mois à venir. Vous avez un doute sur le fait qu'il l'applique ? Je pense qu'ils seront plusieurs à promettre beaucoup de choses dans le cadre de l'année présidentielle. Et nous, ce que l'on ne souhaite pas, c'est que justement, l'école devienne un sujet de caricature électorale.
Vous augmentez, d'accord, mais pourquoi faire, au final ? C'est-à-dire que quand on voit quand même la performance de notre système éducatif, c'est catastrophique. Nos élèves sont nuls, on est 25e au classement PISA, alors qu'aucun élève quasiment ne passe autant de temps à l'école. Il n'y a pas beaucoup de pays dans lesquels on passe plus de temps devant les profs qu'en France. Globalement, et là, vous avez raison, il y a un mystère. C'est-à-dire que les profs sont mal payés, mais il y a peu de pays où on dépense autant globalement pour l'éducation nationale. Et donc, on se dit au final, mais finalement, est-ce que ce n'est pas la qualité de ce qu'on enseigne ?
Est-ce que ce n'est pas les programmes ? Est-ce que ce n'est pas les méthodes ? Enfin, moi, j'ai l'impression qu'il n'y a pas grand-chose qui...
Qu'il y a beaucoup d'argent qui est mis dedans, mais qui n'arrive pas forcément au bon moment.
Qu'il y a beaucoup d'argent qui est mis dedans, des profs mal payés et des résultats très mauvais.
Sans aucun doute, parce que ça fait des années que l'école est pilotée par une succession de ministres, alors que nous, les personnels, nous restons. Que les mesures qui sont prises sont à rebours des besoins, justement, que nous nous exprimons, des besoins des élèves et des personnels, qu'il n'y a pas de vision à long terme. Et donc, forcément, il y a sans doute des enveloppes budgétaires qui sont mal utilisées. En attendant, ce n'est pas pour la rémunération des personnels, ce n'est pas pour lutter contre les inégalités scolaires.
Et j'aimerais rappeler quand même que l'école en France, elle a une particularité, c'est qu'elle est gratuite, obligatoire et laïque, ce qui permet quand même d'accueillir tous les élèves et on fait réussir une grande partie des élèves en France, avec justement insuffisamment de moyens.
Mais justement, moi, j'ai à la fois un chiffre pour vous et une question. La première, c'est qu'en 2035, on estime que 40% des élèves sont scolarisés dans le privé. Ça monte jusqu'à 50% à Paris, par exemple, donc 1 sur 2 dans la classe de CP. Donc c'est quand même assez flagrant. Ma question, c'est est-ce qu'on n'est pas en train tout simplement d'assister d'une part à la fin d'un modèle français et surtout, si l'État n'est plus capable de garantir une éducation nationale gratuite de qualité, est-ce qu'il ne faut pas le dire tout simplement plutôt que de continuer à faire semblant qu'on est capable d'assumer à l'échelle de la France ce système ?
Si on n'est plus capable, on n'est plus capable.
Au-delà de le dire, je pense qu'il faut le dénoncer pour essayer justement de pouvoir retrouver un système éducatif qui est en capacité de faire réussir beaucoup plus d'élèves et de lutter contre les inégalités scolaires puisque si on veut un pays qui est uni, où il y a une certaine cohésion sociale, on a nécessité justement de ne pas trier les élèves. Mais vous y croyez encore ? Bien sûr que j'y crois. J'y crois et j'y suis très attachée justement à notre service public d'éducation. Ensuite, ça veut dire qu'il faut écouter les personnels et projeter l'école à long terme et pas uniquement à court terme.
Ensuite, ce qu'il faut aussi rappeler, c'est qu'on a fait un sondage l'année dernière justement au niveau de notre comité national d'action laïque et ce qui est démontré, c'est qu'il y a aussi des choix d'écoles privées par défaut parce que malheureusement, le service public est absent sur certaines filières, notamment professionnelles. Exactement. Bien sûr. Donc c'est un choix gouvernement incontental qui est défaillant.
Autre débat en cette rentrée d'interdiction du téléphone portable dans les lycées. Ça y est, c'est officiel. La loi a été promulguée hier. Vous êtes prêts. C'est une bonne nouvelle. Est-ce que vous avez les moyens de l'appliquer ? On est prêts, non.
Je pense que personne n'est prêt pour en discuter régulièrement avec nos collègues personnels de direction. Justement, c'est un gros casse-tête et une sacrée désorganisation. Il n'y a pas les moyens clairement pour s'organiser. Le contrôle des élèves est quasiment impossible. Les règlements intérieurs sont devenus impossibles à écrire justement pour les dérogations.
C'est impossible à appliquer, mais c'est une bonne idée.
Alors, il est important de lutter contre justement l'addiction aux réseaux sociaux, aux écrans. Ça, c'est évident. Ça fait partie de notre métier en tant qu'éducateur. Maintenant, une fois de plus, il aurait été bien d'en discuter ensemble pour trouver des solutions un peu plus adaptées que l'interdiction. L'opérationnalisation est toujours oubliée dans les annonces.
Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin à une semaine, donc jour pour jour de la rentrée scolaire. Elisabeth Alain Moreno, je rappelle que vous êtes la secrétaire générale du syndicat d'enseignants UNSA.