Interview. Anasse Kazib : un jeune ouvrier issu de l’immigration à la Présidentielle ?
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Première action. Donc moi je m'appelle Anna Skazib, j'ai 34 ans, je suis cheminot, je travaille à la SNCF exactement sur le secteur frais de ferroviaire au triage du Bourget. Les gens me connaissent notamment par mon travail militant au niveau du syndicat de Sud-Rail Paris Nord, dans lequel je milite depuis maintenant 2014, ça fait un peu plus de 6 ans. Je suis militant au NPA depuis 2017 à Révolution Permanente. Les gens ont pu me connaître aussi, notamment parce que j'étais intervenant au Grande Gueule pendant un peu moins de 2 ans, entre 2018 et 2020, avant de me faire éjecter, vincer, virer.
Je ne sais pas comment on peut dire ça, mais on m'a coupé la parole et le micro la veille du confinement, par peur justement qu'une voix radicale, une voix révolutionnaire, elle puisse s'exprimer dans une des pires crises de notre époque, que ça soit aussi bien sur la question sanitaire que sur la question économique, sociale et haute. Donc voilà, c'est un peu les gens m'ont découvert dans les dernières séquences, que ça soit à la télé, durant la réforme du ferroviaire, durant la réforme des retraits, durant le mouvement des Gilets jaunes dans lequel on a milité, notamment avec les cheminots et le comité Adama.
Ce qui amène aussi à cette interview notamment, c'est la pré-candidature que j'ai annoncée sur les réseaux sociaux la semaine dernière. Pré-candidature dans le NPA, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire tout simplement que nous on soumet, non pas que ma candidature à moi dans le sens de la personnalisation, mais c'est tout un projet en fait qui est autour de cette pré-candidature, c'est-à-dire celle de l'incarnation en fait, de la nécessité d'un projet révolutionnaire, clairement délimité stratégiquement, programmatiquement, qui accepte et qui appelle à l'indépendance en fait de la gauche institutionnelle.
J'ai aussi un parcours personnel qui est celui du mouvement ouvrier, qui est aussi de mon parcours culturel, familial. Je suis un jeune travailleur, fils d'immigrés marocains. Mon père a travaillé à la SNCF, il a même fait partie des chibani de la SNCF, ces travailleurs marocains qui ont gagné leur procès pour discrimination. Après plus de 15 ans de bataille judiciaire parce qu'ils ont été discriminés durant toute leur carrière en fait, ils ont travaillé comme les travailleurs français, ils n'ont pas eu le statut des cheminots, ils n'ont pas eu la retraite des cheminots.
Leur déroulement de carrière, il a été quasi inexistant alors qu'ils ont construit, ils ont fait le rail, ils ont fait le service public ferroviaire et donc voilà, ça c'est le parcours de mon père. Ma mère a été nourrice durant plusieurs années et puis après elle a été femme au foyer parce que je suis le dernier d'une famille de 5 enfants. Et puis mon grand-père, paix à son âme, il a été tirailleur marocain durant la Seconde Guerre mondiale. Il est mort plusieurs années après des blessures de guerre. Il a eu un éclat d'obus notamment qui était coincé entre le bas de sa colonne vertébrale et le haut de sa cuisse gauche.
Mon père, des fois, il nous raconte, il nous disait à quel point l'hiver et notamment dans les moments de pluie et tout, la ferraille en fait qui était coincée lui donnait des douleurs atroces. Et donc voilà, c'est mon parcours. Je suis un jeune de banlieue, je suis né à Sarcelles, j'ai grandi à la Cité Rose, j'ai vécu dans le 18e arrondissement. Aujourd'hui, je vis dans le 93, donc voilà, j'ai aussi un profil qui correspond à tous les jeunes de ma génération et les jeunes qui arrivent aussi après moi.
J'ai deux enfants, donc enfin voilà, on va essayer en tout cas de porter cette précandidature, non pas sur que ma personne, mais sur tout un projet en fait, c'est-à-dire celle de la rupture révolutionnaire en fait avec le système capitaliste, la dénonciation du racisme d'État, la dénonciation de la question des violences policières, de la question du patriarcat, la question de la crise climatique, etc.
Enfin, on va essayer de porter un certain nombre de choses qui aujourd'hui, si nous les révolutionnaires, on n'est pas dans cette présidentielle, si nous les révolutionnaires en fait, on ne porte pas ce projet-là, c'est qu'est-ce qu'on va nous proposer en fait sinon de l'extrême droite, des discours de droite, néolibéral, etc. ou bien un discours de cette gauche institutionnelle qui est ultra dilué dans la parole républicaine en fait, dans la question des valeurs républicaines, du souverainisme, de la patrie, etc.
Et nous, on est en total désaccord en fait pour que notre camp, celui des Gilets jaunes, celui de la réforme ferroviaire, celui de la lutte contre la loi El Khomri, contre la lutte contre la réforme des retraites, contre l'assurance chômage, etc. Ce camp-là en fait, il n'est rien d'autre à avoir comme représentation et comme incarnation qu'une gauche institutionnelle qui fait des promesses et qui fait croire qu'on va pouvoir en finir avec ce système-là à travers les urnes. Nous, on dit que non, ce n'est pas à travers la présidentielle.
Pour nous, c'est un moment dans lequel les idées révolutionnaires doivent apparaître, dans lesquelles on va faire porter et on va faire entendre notre voix, mais sans illusion aucune que derrière, on arrivera à être président de la République, à l'Élysée, qu'on aura des ministres, qu'on va espérer qu'on va faire avancer les choses comme ça. Même si on regarde et qu'on zoome un peu dans l'abstention aux dernières présidentielles, il y a quasiment 23% de l'électorat en France qui s'est abstenu. C'est quasiment 10 millions de personnes qui se sont abstenues.
Les études sociologiques, elles montrent que dans cet électorat qui s'abstient, massivement, ce sont les prolétaires, ce sont les ouvriers parce qu'ils ont connu pendant des années et des années le mitterrandisme, le hollandisme, etc. Et qu'ils n'en veulent plus de cette gauche institutionnelle qui leur fait miroiter des choses, alors qu'ils voient que dans leur quotidien, c'est la merde. Ils voient que ce système-là doit être détruit. Je cite souvent un sondage qui est sorti en 2019 fait par IFOP qui montrait que 39% des sondés au moment du mouvement des Gilets jaunes considéraient qu'il fallait une révolution pour en terminer avec ce système-là.
Et c'est ça ce que nous avons envie de montrer, non pas de faire une candidature de témoignage, parce qu'il y a énormément de choses à revendiquer, mais de montrer que ça ne va pas se faire uniquement à travers les urnes, mais ça va se faire par la prise de conscience de notre camp en fait, qu'il va falloir se soulever et qu'il va falloir s'organiser, se coordonner en fait pour lutter. Parce que les médias ne sont pas avec nous, la justice n'est pas avec nous, la police n'est pas avec nous. Enfin, ils ont un camp organisé. Même s'ils ont des désaccords entre eux, est-ce qu'il faut supprimer la sécurité sociale, est-ce qu'il faut la réformer, est-ce qu'il faut faire ci ou ça ?
Même s'ils ont des désaccords entre eux, de manière générale et structurelle, ils sont organisés, ils sont coordonnés pour nous faire mal en fait. Et aujourd'hui, on le voit qu'à travers cette crise, on a la nécessité en fait de montrer que le camp du prolétariat en fait, celui qui est incarné par ces caissiers, ces caissières, ces aides-soignantes, ces aides-soignants et ces machinistes de la RATP, ces conducteurs de la SNCF, ces coursiers de Uber, de Deliveroo, qui sont en première ligne depuis le début de la crise, ils méritent en fait que cette voie-là, leur camp, il soit représenté en fait. Sans nous, l'humanité aurait sombré en fait durant cette épidémie.
C'est nous qui fabriquons les masques, c'est nous qui fabriquons les respirateurs artificiels, c'est nous qui les faisons fonctionner, c'est nous qui transportons les personnes, que ça soit d'un point A à un point B pour aller travailler, pour aller soigner les gens ou quoi que ce soit. Mais en fait, pour la politique, on nous dit cassez-vous de là, c'est pas vos affaires, ça c'est pour nous, c'est pour les bourgeois, c'est pour l'élite, c'est pour les énarques. Et nous, on a envie de dire que non, justement, on a la nécessité en fait de parler, de s'organiser. C'est ce qu'on veut, nous, on veut revendiquer justement une démocratie des travailleurs, un État des travailleurs en fait.
On a besoin de montrer que c'est à nous en fait, c'est à la masse, c'est au plus grand nombre en fait de commencer à décider. Et non pas cette poignée de tocard et de parasites, de charlatans. Là, le scandale, c'est celui autour des dîners clandestins chez Chalançon. C'est-à-dire que nous, on se mange des PV de 135 euros, on doit courir pour, après le boulot, aller acheter une baguette en fait. Et parfois, on n'arrive même pas parce que la boulangerie ou l'intermarché du coin est fermé après le boulot. Et eux, derrière, ils se font des repas 400 euros, 500 euros, etc. entre eux en train de rigoler. Enfin, c'est tout ça, c'est tout ce monde-là en fait qu'on veut dénoncer.
Il y a une crise profonde politique, il y a une dégénérescence profonde du capitalisme. Et qu'en fait, on ne va pas attendre que ça explose et que derrière, rien faire en fait. On sait que ça va exploser. On est conscient qu'à un moment donné, il va arriver des temps encore plus forts, plus explosifs que l'a été le mouvement des Gilets jaunes ou le mouvement des retraites. Mais nous, on veut montrer qu'il y a la nécessité maintenant, dès à présent, de se coordonner, de s'organiser. Et il n'y a rien de mieux en fait que d'anticiper, dès aujourd'hui en fait, la nécessité d'une organisation révolutionnaire en fait, pour pouvoir cristalliser toutes ces choses-là.
Notamment dans cette période où on voit l'atonie des directions syndicales, dans une des pires crises en fait, où il y a plus de 800 plans sociaux. Il y a des gens qui sont au chômage, qui sont au chômage partiel, qui ne savent même plus comment vivre en fait, qui sont obligés de faire la queue pour aller récupérer des colis alimentaires. On a la nécessité aujourd'hui de se battre. Et on voit le rôle de cette bureaucratie syndicale qui est aujourd'hui, dans une période de guerre, elle fait la paix avec le camp du gouvernement en fait. Et donc qui peut faire, qui peut bouleverser ces choses-là s'il n'y a pas de parti en fait, s'il n'y a pas d'extrême gauche forte aujourd'hui ?
Parce que la réalité, c'est que Mélenchon, il n'est pas pour la déstabilisation du régime. Il n'est pas pour essayer de lutter, de batailler en fait contre le pouvoir bourgeois. Alors bien sûr, ce sont des militants de gauche en fait, qui proposent des positions et des revendications en fait de gauche sociale et autre. On ne le nie pas. Mais ce n'est pas ce dont on a besoin aujourd'hui. On a besoin d'une rupture profonde et révolutionnaire.
Il faudrait que l'extrême gauche, de manière générale, que ce soit l'UT ouvrière ou le NPA, tire les conclusions en fait et le bilan que dans les dernières phases, c'est-à-dire sur les cinq dernières années, depuis la loi El Khomri, la réforme du ferroviaire en 2018, le mouvement des gilets jaunes en 2018-2019, la réforme des retraites ou l'émergence du mouvement autour de Black Lives Matter, des quartiers populaires du comité Adama, le moins que l'on puisse dire, c'est que l'extrême gauche passe complètement à travers de ça.
Alors oui, il y a des courants comme le nôtre qui essayons d'impulser des choses, qui essayons de se lier, qui essayons de faire des démonstrations, d'organiser à notre échelle avec nos petits bras des choses, mais qu'on considère que l'extrême gauche, elle mérite beaucoup plus en fait. Elle mérite d'avoir un parti digne de ce nom et ambitieux en fait, et révolutionnaire en fait, avec cette centralité qui est celle de la classe ouvrière en fait, pour organiser l'ensemble de ces luttes-là. Cette pré-candidature, si je puis dire, elle est là aussi pour tirer le signal d'alarme en fait, d'essayer de ramener quelque chose de subversif en fait dans la période.
Il y a la nécessité, notamment lorsqu'on parle de monter de l'extrême droite, mais il y a quoi de plus subversif en fait que face à l'extrême droite, leur dire, bah tenez, nous on va vous mettre un ouvrier en plus, et qui est un jeune des quartiers populaires, qui est aussi menacé de mort par l'extrême droite, qui est victime aussi de racisme, d'islamophobie et autres, et c'est ultra subversif. La pré-candidature, c'est pas la pré-candidature d'Anas, mais c'est le projet en fait qui dépasse la question des élections, qui dépasse la question des individus, mais qui est celui d'un projet révolutionnaire pour la classe ouvrière ici en France.
L'utilité aussi de ma pré-candidature, notamment de fait de mon profil, il est aussi de pouvoir porter la voix en fait de toute cette génération, la génération Adama, la génération George Floyd, la génération en fait des quartiers populaires, qui voit les violences policières, qui les vit, qui vit le racisme en fait, qui travaille dans ce pays, qui a été éduqué dans l'école républicaine, etc., et qui au final, notre génération, aujourd'hui, elle est encore sacrifiée, elle est encore en train de vivre l'exploitation et l'oppression, et aujourd'hui, il y en a ras-le-poil en fait.
Moi, je suis père de famille, j'ai deux enfants, il est hors de question en fait que l'avenir de mes enfants soit le vise répétitant en fait de ce qu'on a vécu. Et à un moment donné, si ça peut permettre aussi, dans cette élection présidentielle, de faire entendre la voix des quartiers populaires, la voix des exploités et des opprimés, bah nous, on en est fier en tout cas, que ça soit moi ou que ça soit un autre. L'essentiel, il est de porter en fait cette parole qui aujourd'hui est une parole qui est inexistante en fait dans les campagnes présidentielles. C'est pour ça que la nécessité d'une candidature ouvrière, elle est primordiale en fait dans l'élection présidentielle.
Et puis, on va essayer de profiter au maximum que même si c'est une pré-candidature en fait, qu'elle permette à beaucoup en fait de s'identifier et de vouloir faire de la politique. Et moi, je suis fier dès aujourd'hui, alors qu'on est à peine dans le stade d'une pré-candidature, qu'il y ait déjà beaucoup de camarades qui disent « moi, j'ai jamais voté, je serai prêt à voter pour toi ».
Moi-même, je suis choqué par ça, par ses réactions, de voir qu'il y a des gens, j'avais reçu des messages comme ça de personnes qui disaient « moi, je suis prêt à financer, je suis prêt à aller faire un crédit en fait, parce que tu nous ressembles, parce que tu vis la même vie que nous, parce qu'il y a quelqu'un que ça m'a beaucoup touché en fait, qui disait « t'es pas un escroc, t'es quelqu'un qu'on a vu dans les luttes en fait ». Si demain, je suis le candidat du NPA ou pas, on verra toutes ces choses-là.
Mais pour l'instant, on va essayer de pousser au maximum et on voit que ça suscite un petit engouement et c'est tant mieux, ça veut dire qu'à quel point notre camp a la nécessité d'avoir une candidature. C'est pas anodin qu'aujourd'hui, je milite pour les idées révolutionnaires en fait, mais je pense que je suis pas le seul en réalité. On est nombreux à être soit organisés, soit à pas être organisés, peut-être voir encore la nécessité de s'organiser. Mais la chose qu'on peut tous constater en fait, c'est qu'il y a le réveil d'une nouvelle génération en fait, qui a lutté durant le mouvement de la loi travail, que ça soit dans les facs, que ça soit dans le mouvement ouvrier.
Il y a aussi un secteur nouveau, quand on voit l'émergence, la spontanéité du mouvement des Gilets jaunes en fait, ces secteurs qui n'ont jamais fait grève, qui disaient n'avoir jamais manifesté une seule fois dans leur vie, de voir toute cette jeunesse qui avait parfois 16, 17, 18 ans devant le tribunal de grande instance à Clichy à l'appel du comité Adama, de voir tous ces ouvriers, ces travailleurs en fait de la RATP, qui ont parfois entre 25 et 35 ans, pour qui c'était la première grève, et qui ont lutté plus de 60 jours en fait en grève reconductible, qui sans avoir d'expérience, de tradition en fait, de lutte, ont tout de suite pensé à faire des assemblées générales, des piquets de grève, à aller chercher dans les manifs, ils tournaient avec leur caisse de grève, de s'auto-organiser, de comprendre en fait qu'il y a la nécessité par en bas en fait de penser et de s'organiser.
Toute cette génération-là en fait, elle n'est pas sclérosée par les défaites du passé, elle arrive avec toute une envie en fait de retourner la table, et moi c'est de la même manière en fait, j'ai commencé à militer politiquement, parce que je suis conscient que ce système-là ne peut plus durer.
Moi je vois toute la génération autour de moi, et de camarades qui militent à Révolution Permanente avec moi, il y a un camarade comme Adrien Cornet, qui est délégué à la raffinerie de Grand Puy, Total, qui est un délégué CGT, qui a mené avec ses camarades une lutte qui a duré plus de 40 jours, dans laquelle ils ont pensé, moi c'est un truc que je n'ai jamais vu en fait, des raffineurs avec Greenpeace, avec les Extinctions Rébellion, les Amis de la Terre en fait, qui sont partis jusqu'à repeindre en fait en verre, pour dénoncer le Greenwatching de Total, je pense à un camarade aussi comme Christian Porta, qui est un délégué CGT dans l'agroalimentaire, dans l'entreprise Neuser, qui fabrique des baguettes, des croissants industriels et hautes pour la grande distribution, et qui milite, qui organise autour de lui des camarades, j'ai un autre camarade Gaétan Gracia à Toulouse, qui est dans l'aéronautique, qui est au moment de la crise du Covid, a organisé autour de lui des secteurs de l'aéro, pour dénoncer justement l'ouverture de ses usines, alors qu'on disait de l'autre côté que les hôpitaux étaient saturés, j'ai une camarade comme Rosen, qui a 19 ans, qui est militante chez Chronodrive, qui a monté une section syndicale, qui a dénoncé le harcèlement, qui a organisé des femmes autour d'elle, c'est toute cette génération-là, et qui aujourd'hui sont ultra enthousiastes de s'organiser, de se coordonner, de lutter en fait, pour notamment ces idées-là, c'est-à-dire celles qui dépassent les luttes partielles, et avec la nécessité de se battre tous ensemble, il disait notamment dans une discussion, en voyant la question du comité Adama, en voyant les questions de sexisme et autres, en fait, que tous ces combats-là, ils se rejoignaient, qu'il fallait en réalité que notre génération, en fait, elle s'empare et qu'elle décide de faire le pas, et de sauter le pas, en fait, d'accepter de commencer à faire de la politique.
Le fait même de faire de la politique, c'est le fait de, déjà, de remettre en question, en fait, le système établi, et je pense que cette pré-candidature, elle vient aussi remettre en question le système établi, et aujourd'hui, dire que non, ça ne va pas se passer comme ça, on ne va pas jouer avec vos cartes, et on ne va pas jouer avec vos règles du jeu, et nous, on veut tout, on veut retourner la table, on veut retourner le système, en fait, dans cette logique globale et générale et importante pour nous, celle de construire une organisation solide, révolutionnaire, autour de cette génération ouvrière, de cette nouvelle génération qui est en train de se réveiller, et qui va militer, en fait, dans les prochains mois, dans les prochaines années, nous, on a envie d'être dans la mêlée, en fait, on a envie d'être dans la mêlée avec les quartiers populaires, avec le mouvement féministe révolutionnaire, avec le mouvement écolo, etc., la jeunesse climatique, avec tous ces mouvements-là, en fait, le mouvement ouvrier, qui est conscient, qui fait un grand parti, en fait, pour pouvoir incarner tout ça.
Moi, c'est ce que je vois autour de moi. On luttait durant la réforme des retraites, toujours dans la position de considérer que ce n'était pas que nous, mais c'était aussi l'avenir, en fait. Et c'est pour ça que là, on n'est pas dans un temps, même si c'est un temps de l'élection 2022, on est dans le futur, en fait. On veut que le futur, ça soit nous, et ça passe dès à présent, en fait, par cette étape-là, qui est celle de la présidentielle, mais dans l'objectif, en fait, de tout renverser. Et on considère qu'aujourd'hui, entre la crise du Covid, entre la crise politique, la crise économique, etc., qu'il y a la nécessité, en fait, de renverser la table très rapidement.
On ne sait pas si c'est dans les prochains mois, dans les prochaines années, mais en tout cas, on est prêt, dès aujourd'hui, déterminés, radicaux, en fait, et révolutionnaires, à essayer de lutter jusqu'au bout, en fait, pour un projet qui est celui de ceux, et celle d'en bas, en fait, de ceux qui souffrent, de ceux qui sont exploités, qui sont opprimés, pour nous et par nous.
Et ce que j'ai envie de dire, c'est qu'au-delà de ma pré-candidature, au-delà de ma personne, en fait, nous, on a envie de vous inviter aussi à ce projet-là, en fait, qui est ambitieux, et on a envie de voir, est-ce que vous, ce projet-là comporte, celui de la nécessité, en fait, de construire ensemble un parti révolutionnaire, en fait, est quelque chose qui vous donne envie, qui vous intéresse, qui vous permet de vouloir faire de la politique, et c'est dans ce sens-là, en fait, que cette pré-candidature, elle vient se poser, et moi, je vous appelle, toutes et tous, en fait, à essayer de vous emparer, non pas de ma pré-candidature de manière individuelle ou personnifiée, mais dans le sens de comprendre que c'est tout un projet, en fait, d'ensemble, c'est celui d'un projet révolutionnaire, celui d'en finir avec le système capitaliste, en finir avec cette poignée de parasites qui détient l'ensemble des richesses, qui détient l'ensemble des outils et des moyens de production, alors que c'est nous qui faisons tourner le pays, et on l'a vu, on a travaillé alors qu'il n'y avait pas de masque, alors qu'il n'y avait pas de gel hydroalcoolique, il n'y avait rien du tout, aujourd'hui encore, il n'y a même pas de vaccin, il n'y a rien du tout, en fait, il n'y a toujours pas de lit supplémentaire, à côté, ils sont en train même de supprimer des lits en réanimation, enfin, détruit la planète, où on rase des pans entiers de l'Amazonie, comme le fait Bolsonaro, pour du soja, etc., et de l'autre côté, on est en train de supprimer des lits, on est en train de faire la course à l'échalote, en fait, pour qui vendra le plus de vaccins, alors que l'ensemble de l'humanité est bloqué, paralysé par cette crise, et qu'on a tous envie d'en sortir, et qu'on sait que c'est uniquement lorsque nous, on décidera, lorsqu'on récupérera les moyens de production, qu'on arrivera, en fait, à vivre et à sortir de ce système-là, c'est tout ce projet-là, il y aurait tellement de choses à dire les camarades qu'il faudrait une vidéo de 24 heures, j'ai envie de dire, et peut-être même encore plus, mais voilà, de vous appeler avec modestie, avec humilité, mais aussi avec fraternité et camaraderie, à essayer de vous lancer à nos côtés, en fait, non pas pour un individu, non pas pour l'illusion de réussir à porter un programme viable via l'élection présidentielle, mais un projet qui est un projet d'ampleur, qui dépasse nos propres personnes, en fait, qui est celui de la révolution, qui est celui de quel avenir on offre et on construit pour notre génération, mais également pour les générations futures, nos gamins, nos enfants, moi, je n'ai pas envie de leur proposer un avenir où l'Amazonie, elle brûle, un avenir dans lequel, en fait, on est confiné chez nous, un avenir dans lequel il y a des plans sociaux, il y a plus de 6 millions et demi de chômeurs, 10 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté, 300 000 SDF, des gens qui font leurs besoins dans des toilettes en or et de l'autre côté, des étudiants qui ont des master 2 et qui sont en train de faire la queue pendant deux heures pour récupérer une tomate et une pomme de terre, en fait, pour pouvoir se nourrir le soir.
C'est contre tout ça, en fait, qu'on a envie de s'organiser, de se coordonner et de construire, en fait, l'avenir de demain et voilà, on vous appelle à prendre entièrement votre part là-dedans et de vous investir à nos côtés.
Anasse Kazib