Loi Duplomb : quelle transition pour notre agriculture ?
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Questions et réponses
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Quel est le contenu de cette loi et quelles conséquences pour la santé et l'environnement ?
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Est-ce que vous l'attendiez ce texte ?
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En quoi vous en avez vraiment besoin dans vos cultures ?
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Vous, comment vous la percevez, cette loi du plomb ?
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Les recherches sont-elles arrivées pour la transition ?
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Si je vous comprends bien, ils n'en ont pas besoin les agriculteurs ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Le Sénat lui-même, il y a quelques années, maintenant deux ans et demi, trois ans, avait produit un document qui décrivait la perte de compétitivité de l'agriculture française, notamment par rapport à ses voisins européens. »
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« En tout cas, sur mon exploitation, effectivement, un rendement betteravier classique, c'est autour de 80 tonnes. Donc, on produit 12-13 tonnes de sucre à l'hectare. Eh bien, cette année-là, on est tombé à 25 tonnes de l'hectare. »
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« En moyenne, en France, on a perdu 28% de la production en 2020. »
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« Qu'est-ce que ça veut dire ça très précisément ? »
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« En 2023, on n'a plus rien par décision de la Cour européenne de justice et donc la France suit la Cour européenne de justice et donc on n'a rien en 2023-2024. »
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« Depuis l'an 2000, on est descendu pratiquement à moitié d'utilisation. »
- 20:03InvitéChiffre
« On a perdu 75% de la biomasse d'insectes dans nos territoires en l'espace de 25 ans. »
- 22:13Locuteur non identifiéFait
« les pesticides tuent »
- 24:17InvitéFait
« On n'a jamais vécu aussi longtemps en France le taux de mortalité le plus bas. »
- 29:29InvitéFait
« Le mot souverain ne veut rien dire en fait. Il ne faut pas confondre souveraineté, autosuffisance et autarcie. »
- 29:27InvitéFait
« Le mot souverain ne veut rien dire en fait. »
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« La souveraineté c'est la capacité qu'un état a à décider tout seul de son mode d'organisation. »
- 30:32InvitéFait
« Les distorsions sont faibles parce que là on met toujours le cas de l'acétamipride qui est autorisé dans tous les produits pays européens sauf nous. »
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« On utilise 247 tonnes d'autres NNI. »
- 33:15PrésentateurChiffre
« On est passé de 93 hectares moyens en 2023 à 89 en 2020. »
- 34:04InvitéFait
« On réduit la diversité paysagère et ça a une incidence sur la biodiversité. »
Temps de parole
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La proposition de loi visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur, dite loi Duplon, a été adoptée au Sénat le 2 juillet dernier. Le vote final a lieu cet après-midi à l'Assemblée nationale. Quel est le contenu de cette loi et quelles conséquences pour la santé et l'environnement ? On en parle ce matin avec deux invités. Bonjour Philippe Eusel. Bonjour. Merci d'être avec nous. Vous êtes céréalier et producteur de betteraves près de Meaux, en Seine-et-Marne, secrétaire général de l'Association Générale des Producteurs de Blé et Autres Céréales. Et en face de vous, Christian Huig, bonjour à vous.
Bonjour.
Vous êtes ancien directeur scientifique agriculteur à l'INRAE, l'Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement. Vous y travaillez toujours, mais comme chargé de mission. Alors on va longuement détailler les points de chacun des points de ce texte qui fait polémique. Et puis dans une deuxième partie, à 8h20, je vous propose qu'on se tourne plus vers l'avenir de notre agriculture, quelle transition voulons-nous pour notre santé, l'environnement et bien sûr la condition des agriculteurs.
Le point qui fait le plus polémique, celui dont on entend parler, c'est sans doute le retour de ce néonicotinoïde appelé l'acétamipride, un mot qu'on entend de plus en plus dans le débat, pour certaines filières dites dans l'impasse et notamment les noisettes ou les betteraves. Et ça tombe bien parce que vous êtes avec nous, Philippe Ezel, producteur de betteraves, pas seulement, mais vous en produisez aussi en Seine-et-Marne. Est-ce que vous l'attendiez ce texte ?
Oui, bien sûr que pour nous, cette proposition de loi qui, je l'espère, sera adoptée cet après-midi est un texte important. Je rappelle simplement qu'elle se situe dans un contexte difficile pour l'agriculture. Le Sénat lui-même, il y a quelques années, maintenant deux ans et demi, trois ans, avait produit un document qui décrivait la perte de compétitivité de l'agriculture française, notamment par rapport à ses voisins européens. Et donc, un certain nombre d'impasses se dessinent dans le fait de pouvoir produire en agriculture.
Et cette loi, cette proposition de loi, par cet exemple que vous citez de l'acétamépride, s'est levée pour quelque temps ce que les betteraviers, en l'occurrence, ou les producteurs de noisettes considèrent comme des impasses, des impasses en termes de solutions techniques. C'est certainement pas une solution pour les 50 années à venir, mais en attendant d'avoir d'autres solutions techniques viables, effectivement, la réautorisation de l'acétamépride, qui est, je le rappelle, autorisée partout ailleurs en Europe, est vécue comme une mise à niveau des agriculteurs français vis-à-vis de leurs concurrents européens.
Est-ce que vous en avez, en quoi vous en avez vraiment besoin dans vos cultures ? Parce qu'on voit aussi des reportages d'autres formes d'agriculture, de noisettes qui s'en passent, notamment en bio.
Oui, alors, sur la culture de betterave que je pratique, même si je ne suis plus pas spécialiste des sujets betteraviers, on a un ennemi, la betterave a un ennemi qui s'appelle le puceron, qui est un insecte piqueur, qui véhicule des virus. Des virus qui sont très très dommageables, le virus dit de la jaunisse, qui est très dommageable pour la culture de betterave. Donc, ça vient impacter sa photosynthèse. Et il y a 4 ans, notamment, la prolifération de ces virus par des betteraves non protégés contre ces insectes a fait chuter les rendements des 3 quarts. En tout cas, sur mon exploitation, effectivement, un rendement betteravier classique, c'est autour de 80 tonnes.
Donc, on produit 12-13 tonnes de sucre à l'hectare. Eh bien, cette année-là, on est tombé à 25 tonnes de l'hectare. Donc, c'est une chute considérable. Et donc, ce petit insecte piqueur, il y en a d'autres qu'on trouve, des insectes piqueurs, des puces ou bien des tiques qu'on trouve sur les chats et les chiens, qui ont d'ailleurs, avec lesquels on lutte sur des colliers qui sont imbibés de néonicotinoïdes. Je ne sais pas si le grand public le sait. Donc, cet insecte piqueur, tout petit, est très dommageable. Donc, on a besoin de ces solutions pratico-pratiques pour lutter contre l'insecte. Sachant que...
Mais je vais laisser parler notre éminent chercheur, mais sachant que les insectes butineurs, puisque c'est la problématique qui a été lancée sur les néonicotinoïdes, ne viennent pas butiner la betterave. Je pense que tout le monde a déjà vu une betterave. Ça ressemble à une salade. Ce n'est pas une plante. C'est pour les alentours. Pardon ? C'est pour les alentours. Alors, les alentours, à partir du moment où l'insecticide est positionné sur la graine, il n'y a pas de pollution des alentours.
Alors, on va avoir le temps de parler des conséquences de ce néonicotinoïde, notamment sur la santé. Mais un mot d'abord avec vous, Christian Huig, ancien directeur scientifique agriculteur à l'INRAE. Vous, comment vous la percevez, cette loi du plomb ? Peut-être un mot du contexte dans lequel elle intervient. C'est vrai que c'est une réponse directe à la crise du monde agricole qu'on a vue, puisque la crise du monde agricole, elle n'est pas nouvelle, mais qu'on a vue émerger, notamment des paysans, des agriculteurs qui ont manifesté en janvier de 2024.
Alors, on pourra reparler des pucerons, des virus et des betteraves, si vous voulez. Avec grand plaisir. Voilà. On a mis en place un plan en 2020 pour trouver des solutions qui viennent en substitution, mais comment on arrive à produire durablement des betteraves en pensant un peu différemment que simplement un insecticide qui a tendance à nettoyer tout pendant longtemps.
Alors, attendez, restons un instant là-dessus, parce que c'est intéressant, puisque Philippe Eusel nous a bien décrit, lui, sa situation. Ça veut dire que les recherches sont arrivées, sont prêtes pour les agriculteurs, pour la transition ? Christian Huig ?
En 2020, comme l'a dit Philippe Eusel, on a effectivement une configuration extrêmement particulière, une charge en virus extrêmement forte, des pucerons qui arrivent très tôt, zéro protection et même zéro attention quand ils se développent. Donc, ça conduit aux chiffres que Philippe a donnés. Et en moyenne, en France, on a perdu 28% de la production en 2020. Il y avait une crise
de la jaunisse aussi, je crois, à ce moment-là.
En fait, c'est la jaunisse qui conduit à ça et en plus, des conditions extrêmement sèches en fin d'été qui ne sont pas tellement favorables. Bon, on perd 28% et donc, il y a une intervention très forte décidée par Julien de Normandie, alors ministre de l'Agriculture, de mise en place d'un plan et en même temps, assortie de dérogation et donc d'une utilisation de NNI en régime dérogatoire par article mis en oeuvre de l'article 53 du règlement 11-07-2009 pour être très précis. Et donc, en 2021-2022, on a à la fois de la recherche pour trouver des options et une utilisation de NNI en traitement de semences. Imidaclopride et thiamétoxam, si je ne me trompe.
Qu'est-ce que ça veut dire ça très précisément ?
C'est deux néonicotinoïdes qu'on applique en traitement de semences et au moment où la graine germe, elle prélève une partie de ces néonicotinoïdes et la plante est protégée pendant une durée d'une centaine de jours et les NNI qui ne sont pas absorbés par la plante restent dans le sol et se dégradent très lentement. C'était un des problèmes et ça reste un problème majeur. En 2021-2022, on a donc une protection.
En 2023, on n'a plus rien par décision de la Cour européenne de justice et donc la France suit la Cour européenne de justice et donc on n'a rien en 2023-2024 mais on applique ce qu'on avait découvert avant, à savoir qu'on doit contrôler le puceron mais on doit aussi réduire le réservoir viral parce que comme l'a dit Philippe Heusel, en fait, c'est un puceron et on tapait sur le puceron mais le problème, ce n'est pas le puceron. Le problème, c'est les virus qu'il transporte et par la recherche qu'on a faite avec l'Institut technique de la betterave, avec les grandes sucreries, on a trouvé où sont les réservoirs viraux.
Les réservoirs viraux, c'est les restes de betterave de l'année d'avant puisqu'il y a une partie des blés, après une culture de betterave, on sème souvent du blé, une partie est semée en semi-directe, il y a quelques betteraves qui restent au sol qui n'ont aucun problème, qui ne posent aucun problème par rapport au blé mais qui peuvent, si elles portent des virus, c'est une ressource pour les pucerons qui passent par là, qui s'alimentent, c'est aussi les silos et en fait, en détruisant ça et donc en gérant proprement ça, en supprimant les réservoirs viraux dans la plupart des zones françaises, on a eu en 2023-2024 aussi peu de problèmes qu'avec des néonicotinoïdes.
Il n'y a qu'une seule région où on ne l'a pas eu, c'est parce qu'on a un autre réservoir viral qui est la coexistence et dans le sud-ouest du bassin parisien, coexistence de deux régions et en fait, ça ouvre un champ, une façon de penser qui est différente à savoir, il faut bien comprendre l'ensemble des phénomènes de santé avec lesquels on est amené à travailler, faire beaucoup, beaucoup de prophylaxie active et puis utiliser des produits de protection des cultures quand on a un besoin mais en dernier recours.
Donc vous êtes en train de nous dire si je vous comprends bien Christian Huig que l'acétamipride qui est réintroduit grâce à ce texte s'il est adopté, en fait, ils n'en ont pas besoin les agriculteurs, il y a toutes les solutions ?
Le vrai risque qu'il peut y avoir sur la betterave, c'est qu'on se dise qu'on a la solution à notre problème et donc, toutes les démarches de prophylaxie qu'il faut avoir, il faut l'avoir sur la betterave, il faut l'avoir sur toutes les autres cultures, à ce moment-là, on les abandonne et on revient en arrière. Et il y a des cas où on a besoin des produits tant qu'on n'a pas trouvé la solution. C'est aujourd'hui le cas, clairement, sur la noisette où on a un souci par rapport au balanin et on a un souci par rapport à une espèce qui est émergente qui est la punaise diabolique. Et il faut garder, en fait, le champ ouvert des options mais pas se dire il y a un seul produit, il va tout faire.
Philippe Eusel. Oui, tout à fait d'accord avec Christian Huit sur le laps de temps qu'il démontre, c'est-à-dire sur le moyen long terme, tout agriculteur sait et d'ailleurs pratique l'évolution de ces solutions ou je change ces techniques en fin et à mesure de l'avancée de la science et des découvertes. Là-dessus, il n'y a pas de problème. Ce que la PPL du plomb, ce que la proposition de loi du plomb Ménonville dit, c'est qu'à ce stade, le travail qui a été fait n'est pas encore suffisant pour garantir l'agriculteur qui, je le rappelle, chaque année est une nouvelle année. On relance les dés quelque part, comme on joue au 421 si vous avez déjà joué à ce jeu-là.
On relance les dés chaque année. On a besoin d'un minimum d'assurance pour pouvoir être serein notamment par rapport aux arvageurs. Et la description que Christian Huit fait est intéressante et effectivement, elle a introduit un nouveau mode de pensée. Mais à ce stade, les solutions ne sont pas encore mûres. Et donc, il nous faut pendant 2, 3, 4 ans pouvoir bénéficier de ces solutions transitoires.
Mais c'est vrai qu'on a la sensation que ce n'est jamais le bon moment et qu'à force d'avoir un néonicotinoïde comme l'acétamipride par exemple, mais ça pourrait être valable pour d'autres pesticides, en fait, on ne fait pas cette transition, on ne fait pas ce que disait à l'instant Christian Huit sur les betteraves de l'année dernière, etc. Si,
on le fait. Alors, on le fait et de toute façon, pour d'autres raisons aussi puisque effectivement, des repousses de betteraves dans un blé, il faut s'en débarrasser sinon, alors c'est un petit peu technique, on a des montées à graines, on a un renouvellement du stock graigné de betteraves qui fait des betteraves sauvages. Donc, l'agriculteur est bien conscient de ça.
Vous préparez la sortie, vous voulez dire ?
Oui, tout à fait, même si on est sur deux sujets un petit peu différents, mais cette évolution-là, elle habite le monde agricole depuis de nombreuses années. C'est vrai qu'on a beaucoup eu recours à la chimie pour son efficacité sur certains sujets, mais je rappelle simplement qu'en termes de quantité, depuis l'an 2000, on est descendu pratiquement à moitié d'utilisation. Donc, c'est déjà un effort considérable. Le mouvement, il est là, mais le temps de la recherche et des solutions alternatives nécessitent que l'on travaille toujours avec la chimie pendant X années.
Ça, c'est clair et je pense que c'est le signal que cette proposition de loi envoie au-delà de la matière active à cet amépride en tant que telle.
Peut-être un mot sur l'élevage qui est aussi présent dans cette proposition de loi du plomb. Christian Huig, comment interprétez-vous cet article qui va élever les seuils des élevages soumis à déclaration ? C'est-à-dire que ça assouplit les règles pour les méga-exploitations ? C'est comme ça qu'on peut le comprendre ?
D'après une étude qui avait été faite par les services de l'État, il y a très peu d'aujourd'hui d'installations classées puisqu'on était à 2% d'élevages relevant d'une autorisation, c'est-à-dire le niveau le plus élevé, 8% de mémoire de déclaration. d'enregistrement, pardon. Donc il y a autorisation, enregistrement et déclaration au niveau le plus bas. Donc relever les niveaux va un peu changer l'ensemble de l'instruction administrative. Elle va toucher tout compte fait assez peu d'élevages. Elle va concerner assez peu d'élevages. pourquoi il y a ce suivi et donc ces installations classées au titre de la protection pour l'environnement ?
En fait, c'est à la fois pour protéger effectivement l'environnement, c'est pour savoir ce qu'il faut faire en matière en cas d'accident. Ça peut se produire dans les exploitations agricoles et puis pour protéger le personnel. Donc la variation du seuil, elle ne change pas ses grands principes, elle va relever. Mais pour moi, le fait de considérer qu'un élevage est une installation classée comme une installation industrielle, en fait, fait passer un peu à côté de ce qui est une des grandes spécificités de l'agriculture.
Les élevages, au-delà de la notion de production et de compétitivité internationale, ce que Philippe a introduit un tout petit peu tout à l'heure, en fait, l'élevage a des tas d'autres fonctions et en particulier, c'est le meilleur recycleur de fertilité qui soit. On donne des produits végétaux à des animaux, ils produisent du lait, de la viande et puis il y a des effluents d'élevage et les effluents d'élevage c'est une source de fertilité, c'est de l'azote, c'est du phosphore et quand vous regardez les textes tels qu'ils sont écrits aujourd'hui, cette dimension-là n'est absolument pas prise en compte.
Donc vous pouvez vous retrouver dans une configuration où on va mettre une pression très forte sur un élevage qu'on va venir installer dans des zones où il n'y en a pas et où il va jouer un rôle très positif sur ce bouclage des cycles alors qu'un petit élevage qui vient dans une région qui est déjà saturée il va plutôt avoir un effet négatif et je trouve que l'ensemble de la réflexion et ce n'est pas propre à cette loi parce que c'était déjà la configuration avant passe un peu à côté de cette réflexion un peu globale de quel est le rôle demain de l'élevage en France au-delà des seules fonctions de production c'est aussi par ce système-là qu'on va faire une agriculture qui va être efficiente en particulier sur le plan de l'azote et du phosphore l'azote coûte très cher ce n'est pas Philippe qui va dire le contraire et pourtant dans le même temps on en perd énormément parce qu'on a des zones on a une saturation d'élevage typiquement l'ouest de la France et des zones on n'en a pas et donc on fait rentrer beaucoup d'engrais et je trouve qu'on aurait pu profiter de cette loi pour une autre réflexion sur l'articulation production animale production végétale
Philippe Ezel peut-être un mot sur ce point du texte qui, je cite veut apaiser les relations entre l'Office français de la biodiversité et les agriculteurs elles sont tendues ces relations ?
Alors elles sont tendues dans certaines régions effectivement je crois que c'est la traduction un petit peu du ras-le-bol que certains agriculteurs ont sur sur cette idée d'être contrôlés sur tout ce qu'ils font de façon parfois un peu peut-être pas véhémente mais finalement les agents de l'OFB qui ont leur rôle arrivant sur une exploitation avec une arme sur le côté comme ben oui c'est tout ça le sujet en fait c'est pas le rôle de l'OFB qui est mis en cause c'est la façon dont certains agents de cet office de la biodiversité arrivent sur le terrain un petit peu comme des super flics ils sont armés oui ils sont armés avec arme sur le côté et donc pour l'agriculteur qui les voit arriver surgir ça pose ça crée une certaine tension donc tout le sujet il était autour de comment les agents de l'OFB peuvent alors c'est pas le cas de tous non plus mais peuvent remplir leur mission de façon beaucoup plus tranquille pacifiée d'être beaucoup plus en explication en pédagogie plutôt qu'en répression et en contrôle et voilà présenter les agriculteurs au pénal pour des choses dont ils n'ont même pas idée parfois
Christian Huig j'ai l'impression que la mesure qui est proposée c'est justement qu'ils portent des caméras individuelles comme les policiers
oui en fait on est en train d'intervenir sur un de mettre quasiment des pansements sur une situation compliquée s'il y a une telle tension entre l'agriculteur et l'OFB il y a toujours des excès à certains endroits c'est pas cela dont il faut discuter c'est surtout globalement comment se passe la relation entre le monde agricole et cet office français de la biodiversité si on a une tension très forte c'est parce que à un moment donné on a cherché ou on est dans une configuration où agriculture et donc la production agricole et biodiversité se retrouvent en opposition c'est un peu le fruit d'une période on ne les a pas regardées en même temps mais où on a considéré que biodiversité et production étaient séparés en gros ça revient à opposer le bien privé et le bien commun et ça revient à opposer aujourd'hui et demain et en fait c'est ça qu'il faut réunir c'est pas en mettant des caméras et effectivement comme le dit Philippe avoir un agent qui arrive avec l'arme au côté c'est pas très rigolo mais globalement on est arrivé à cette situation-là parce qu'on n'a pas réussi à imaginer des systèmes où ils sont conciliés l'agriculture elle a tout le bénéfice à tirer d'une restauration de la biodiversité mais pourtant l'agriculture par ses pratiques et aussi parce qu'on ne le mesurait pas a mis un impact considérable sur la biodiversité c'est les données scientifiques et techniques qui le montrent mais parce qu'à un moment donné on n'en a pas eu besoin aujourd'hui compte tenu de la baisse d'utilisation des phytos de la baisse et du coût de les engrais mais aussi parce qu'on devra s'adapter aux changements climatiques et bien en fait la biodiversité et donc la richesse des espèces que l'on voit mais aussi la richesse des espèces que l'on ne voit pas à savoir tous les micro-organismes et bien on a besoin de restaurer cette biodiversité comme étant une source pour les agricultures de demain
et vous Christian Huig quand vous étiez directeur scientifique à l'INRAE et agriculture vous l'avez senti vu venir ce fait qu'on n'anticipait pas
on l'a vu venir oui parce qu'on a vu se dessiner il n'y avait que des études mondiales extrêmement documentées en particulier les très grands rapports le premier qui met vraiment le doigt au milieu de la plaie c'est Caspar Holman qui publie en 2017 un rapport dont vous étiez d'ailleurs fait écho à France Culture à l'époque montrant que on a perdu 75% de la biomasse d'insectes dans nos territoires en l'espace de 25 ans et vous aviez dit à l'époque et bien oui on a plus besoin de nettoyer régulièrement nos pare-brises et cette baisse qui avait été rapportée en 2017 elle s'est poursuivie elle s'est poursuivie et manque de chance le seul insecte que l'on garde c'est les insectes problématiques c'est donc les pucerons qui viennent embêter Philippe et donc on a besoin de retrouver et de construire des paysages qui vont restaurer la biodiversité
ça tombe bien puisqu'on va continuer à en parler avec vous deux Philippe Eusel céréalier producteur de betteraves près de Meaux et Christian Huig ancien directeur scientifique à l'INRAE mais avant cela il est 8h sur France Culture bon réveil
Deux visions de l'agriculture
se font face ceux qui veulent mettre l'accent sur la transition écologique le respect de la santé et de l'environnement d'autres sur la compétitivité et la souveraineté alimentaire que nous apprend la loi Duplon sur la façon dont on perçoit l'agriculture aujourd'hui et dont on imagine son avenir comment répondre aux défis auxquels sont confrontés les agriculteurs on continue d'évoquer cette question avec nos deux invités Philippe Eusel céréalier producteur de betteraves près de Meaux en Seine-et-Marne secrétaire général de l'association générale des producteurs de blé et autres céréales et Christian Huig ancien directeur scientifique agriculture à l'INRAE l'institut national de recherche pour l'agriculture l'alimentation et l'environnement vous y travaillez toujours comme chargé de mission
Ma question s'adresse à monsieur le ministre chargé de la santé la communauté scientifique et médicale exprime depuis plusieurs semaines très vives inquiétudes quant à la proposition de loi visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur médecins professionnels de santé associations de patients sociétés savantes chercheurs conseils scientifiques du CNRS tous nous ont massivement alerté sur les dangers majeurs pour la santé publique engendrés par les dispositions du texte alors même que la proposition de loi acte l'assouplissement des règles encadrant l'utilisation des pesticides et la réintroduction de certains néonicotinoïdes ces différentes tribunes alarment sur l'ampleur des pathologies associées à l'exposition des pesticides une réalité s'impose les pesticides tuent et puisqu'il faut le marteler nous le martèlerons les pesticides tuent cancer pédiatrique leucémie myélome lymphome cancer de la prostate la corrélation entre l'exposition aux pesticides et la survenance de nombreux cancers éclairs est avérée idem pour les maladies neurodégénératives les infections pulmonaires les troubles du développement neurologique de l'enfant des études ont mis en évidence que l'acétamipride puisque c'est de lui dont on parle traverse le placenta et peut se retrouver dans le liquide céphalo-rachidien des nouveaux-nés la société dans son ensemble y compris les agriculteurs ne veulent plus de toutes ces substances disséminées dans l'environnement et dans nos aliments dans l'eau
vous venez d'entendre le sénateur socialiste Jean-Claude Tissot lors de la séance de questions au gouvernement au Sénat le 2 juillet dernier pour montrer à quel point ce texte divise cette loi du plomb propose deux visions de l'agriculture alors on a bien entendu avec vous Philippe Zell vos contraintes en tant que producteur de betterave mais c'est vrai que quand on lit les spécialistes les scientifiques sur les effets sur la santé humaine ça fait peur les dangers des pesticides pour la santé humaine ne sont plus à démontrer ils établissent une forte présomption de lien entre l'exposition à ces substances de nombreux cancers prostate, leucémie cancer pédiatrique et c'est vrai que la liste des signataires de cette tribune dans le monde sont quand même d'éminents représentants de la santé en France Dominique Bazy président de la fondation ARC pour la recherche sur le cancer Philippe Bergerot président de la Ligue nationale contre le cancer Mélanie Courtier présidente de Jeunes et Rose le collectif de jeunes femmes touchées par un cancer du sein j'imagine que vous les avez en tête aussi ces risques-là quand vous réclamez la réintroduction de pesticides
Alors on parle d'un pesticide qui s'appelle l'acétamétride effectivement le rôle de l'agriculteur c'est quoi ?
c'est de produire une nourriture saine et abordable pour les consommateurs et accessoirement vivre de son métier comme on l'a déjà dit ces risques on les a en tête je pense qu'il y a quand même une certaine mesure qu'il faut savoir garder quand on parle j'entendais en arrivant chez vous qu'on n'a jamais vécu aussi longtemps en France le taux de mortalité le plus bas et puis depuis toujours bon donc ça veut dire que attention aux peurs qui sont peut-être qui sont peut-être instrumentalisées nous ce qu'il est important pour nous ce qu'il est important effectivement c'est de faire en sorte que par rapport à moi en tant que producteur c'est de faire en sorte que le consommateur que je sers et le citoyen qui sont souvent la même personne soit cohérent dans le raisonnement
mais vous ne craignez pas qu'il y ait une forme de défiance à force d'entendre quand même ces risques là
cette défiance elle peut exister elle est quand même pas mal entretenue je dirais je suis personnellement le principal utilisateur de enfin j'utilise des produits phytosanitaires sur mon exploitation effectivement quand on quand on entend ce qu'on a entendu ça peut faire peur c'est pas n'importe qui
qui exprime ça
c'est pas n'importe qui mais enfin les oncologues disent clairement que les quatre premières causes de cancer c'est un le rythme de vie la mauvaise alimentation etc donc c'est pas forcément les pesticides
l'avis de l'ancien directeur scientifique agriculteur Aline Rae sur ce sujet
il faut qu'on accepte de faire le constat qu'on a des maladies professionnelles chez le monde agricole que c'est lié à une exposition et que globalement c'est un échec collectif là dessus qu'on n'ait pas réussi à éviter ça mais je pense qu'il faut sortir du débat qui donne le sentiment qu'on doit choisir entre être compétitif et se nourrir et versus être malade et donc vous avez tout à l'heure en reprenant le micro vous disiez compétitivité versus transition agroécologique en fait c'est pas du tout la transition agroécologique en étant compétitif en acceptant de sortir des systèmes actuels les systèmes actuels ils sont verrouillés autour d'une vraie optimisation et ils sont extrêmement efficaces mais avec un impact que pendant très longtemps on n'a pas mesuré sur le milieu et sur la santé humaine on doit imaginer et c'est ça l'objectif de tous les travaux que nous emmènent en recherche mais aussi de toutes les réflexions qui se passent ailleurs en Europe et dans le monde de comment on fait les systèmes qui demain sont productifs assurent la compétitivité du monde agricole qui vont assurer qui vont coupler la production et la transformation il faut jamais oublier qu'on mange pas des produits bruts partout hormis les fruits et légumes pour le reste tout est transformé donc comment on fait ce lien là donc être compétitif et comme le dit Philippe que ce soit accessible à tous et en même temps qu'on protège la santé et qu'on restaure l'environnement et c'est pas il faut sortir de l'idée qu'on doit choisir entre l'un et l'autre et donc les pesticides comme l'acétamipride ils ont et il y a énormément de travaux publiés en particulier sur les trois dernières années qui montrent qu'il n'y a pas il n'y a pas il n'y a pas hésitation sur le sujet c'est un vrai un produit avec vraiment beaucoup beaucoup beaucoup de problèmes comme ça a été dit par les médecins que vous avez cités
le monde agricole n'est pas unanime sur cette proposition cette PPL elle a été portée par les dirigeants de la FNSEA qui ne défendent à chaque fois que leurs propres intérêts au détriment du reste du monde des paysans l'objectif grosso modo c'est d'avoir uniquement des producteurs agro-industriels et pas des paysans et des citoyens nous on est opposé à cette loi parce qu'elle ne répond en rien au manque de revenus des paysannes et paysans c'est pas du tout la réponse ce qu'on attendait
vous venez d'entendre des manifestants devant le Sénat un reportage du Huffington Post avec des membres de la Confédération paysanne par exemple juste pour illustrer que le monde agricole en effet on peut essayer de faire ce lien entre transition écologique et rendement mais c'est vrai qu'on a la sensation que ce soit dans le champ politique sans mauvais jeu de mots ou dans le champ des agriculteurs qu'il y a quand même deux camps entre guillemets est-ce qu'on peut les réconcilier ?
Alors moi je pense qu'avec le temps oui pardon avec le temps il y a une réconciliation possible ce que disait Christian Huyk tout à l'heure et il faut juste sortir des systèmes actuels ok mais le système actuel fait que la compétition et donc la compétitivité sont là au présent chaque jour pour les agriculteurs donc si on se projette sur le long terme c'est quelque chose qu'il faut regarder et d'ailleurs l'INRAE il travaille mais nous on est nous producteurs on est sur un rythme annuel et donc on se retrouve coincé entre cette coincée pas forcément coincée d'ailleurs mais en tout cas la compétitivité je le répète c'est la condition de notre durabilité si si on n'est pas si on n'est pas présent demain et après demain la durabilité pour nous ça ne veut rien dire
Vous votre production Philippe Ezel elle part à l'export ou elle reste sur le territoire national ?
Il y en a une partie qui part sur l'exportation une partie qui reste sur le territoire national il n'y a pas en termes de produits agricoles il faut bien avoir en tête qu'il n'y a pas de frontière il n'y a pas de frontière tout ce qui n'est pas exporté est importé c'est la réalité du quotidien des agriculteurs et des marchés
Est-ce qu'on pourrait réussir à être souverain d'un point de vue agricole ou alimentaire ?
Le mot souverain ne veut rien dire en fait il ne faut pas confondre souveraineté autosuffisance et autarcie la souveraineté c'est la capacité qu'un état a à décider tout seul de son mode d'organisation on est souverain en approvisionnement du café et on n'en produit pas un kilo donc c'est bien parce qu'on a nos organisations nos filières qui sont organisées et la France dispose de filières extrêmement solides c'est le fruit de l'histoire donc on doit on a la capacité à choisir là où on est fort on a la capacité aujourd'hui on a fait le choix d'exporter beaucoup de matières premières peut transformer on a aussi aujourd'hui dans beaucoup beaucoup de territoires un renforcement des industries agroalimentaires qui vont transformer sur place des produits augmenter la valeur ajoutée à partir de notre matière première agricole et on doit réfléchir non pas la France toute seule mais la France dans l'Europe l'Europe c'est le premier marché alimentaire du monde par sa taille et par le revenu moyen des personnes
et donc c'est ça qui doit conduire notre réflexion mais c'est vrai que si les normes ne sont pas les mêmes à propos par exemple des pesticides comme le disait à l'instant Philippe Ezel c'est compliqué quand même si on n'a pas les mêmes règles dans ce marché effectivement
mais les distorsions sont faibles parce que là on met toujours le cas de l'acétamipride qui est autorisé dans tous les produits pays européens sauf nous en fait c'est pas parce qu'on dit qu'un produit est autorisé qu'il est autorisé surtout tout le temps donc si vous prenez par exemple l'Allemagne en 2023 l'Allemagne a utilisé 33 tonnes seulement d'acétamipride nous au pic de notre utilisation c'était 6 en 2012 mais dans le même temps on utilise 247 tonnes d'autres NNI donc l'Allemagne on utilise peu et elle l'utilise pas partout mais il y a des produits où c'est exactement le contraire où c'est nous qui avons des produits et pas les voisins donc la question mais c'est très peu par rapport à l'ensemble des volumes la question c'est l'harmonisation européenne et effectivement il faut réussir à réfléchir et d'ailleurs le gouvernement français a fait une proposition en ce sens au niveau de Bruxelles d'aller d'une homologation par pays à une homologation européenne aujourd'hui c'est les substances qui sont autorisées à l'échelle européenne et les produits commerciaux sont autorisés dans les pays il faut une harmonisation
mais c'est vrai Philippe Ezel sans vouloir vous vous faire représenter tout le monde agricole on a beaucoup entendu les agriculteurs pour le coup presque tous confondus critiquer les normes européennes mais là l'argument de l'Europe quand il vous arrange vous aimez bien le ressortir
je pense pas qu'il y ait eu une critique des normes européennes il y a eu comme le disait Christian Huig il y a eu surtout une impression d'être surchargé parce que il y a plusieurs couches effectivement de réglementation plus que de normes d'ailleurs qui viennent se superposer et c'est ça qui crée le sentiment d'oppression presque par rapport à la réglementation alors qu'on est d'accord là-dessus il y a une réglementation nécessaire et qui peut être positive je reviens quand même sur ce que Christian Huig disait sur la solidité des filières françaises le problème et la raison d'être de cette de cette proposition de loi Duplomb c'est que justement ces filières se fragilisent et c'est ça le constat qui a été fait depuis plusieurs années pour des questions de distorsion mais pas seulement pour des questions justement d'ouverture et de compétitivité ou parce que le métier
n'attire plus aussi
alors en tant que nombre d'agriculteurs le métier n'attire plus je sais pas je pense que on a le métier attire mais il est difficile que ce soit au quotidien ou que ce soit économiquement justement c'est pas que le métier n'attire plus dans son essence c'est dans sa réalité au quotidien et c'est bien justement tout le débat qu'on a aujourd'hui
ça dépend aussi des exploitations dont on parle parce que en effet en France on observe une chute du nombre d'exploitations agricoles mais dans le même temps la taille moyenne des fermes augmente on est passé de 93 hectares moyens en 2023 à 89 en 2020 ce qui fait 10% de fermes de moins en 4 ans qu'est-ce que ça nous dit ça et je sais que vous Christian Huig vous regrettez qu'il manque un terme dans cette loi du plan c'est le mot diversification
oui alors sur l'évolution du nombre d'exploitations elle est quasiment mécanique à part dès lors qu'il y a des gains de productivité qui sont rendus possibles par les techniques par les technologies par les équipements c'est logique qu'on ait moins d'exploitations pour produire exactement la même pour piloter la même surface et assurer la même production
mais avec quelles conséquences pour l'environnement
les conséquences elles sont indirectes mais elles sont réelles c'est à dire que quand on augmente la taille des exploitations presque automatiquement on augmente la taille moyenne des parcelles agricoles donc on réduit la diversité paysagère et ça a une incidence sur la biodiversité on a moins d'espaces semi-naturels on a moins de continuité biologique et écologique et donc on a une incidence négative mais c'est une forme c'est le mécanisme en fait qui conduit à ces gains de productivité si vous avez des parcelles plus grandes avec la façon dont on cultive aujourd'hui vous allez plus vite en fait on peut imaginer quand même et il y en a qui le font déjà en France des systèmes où vous allez aussi vite avec des paysages hétérogènes quand par exemple vous faites des cultures en bande comme certains agriculteurs le développent et c'est fait avec des technologies qui sont adaptées des grandes machines mais où tout est organisé pour faire ça c'est bien la question de la représentation qu'on a des systèmes agricoles vers lesquels on veut aller et donc la question de la diversification c'est comment on arrive à organiser des cultures diverses entre cultures mais aussi à l'intérieur des cultures pour qu'on obtienne à partir de cette diversité les services dont on a besoin on a besoin de services qui permettent d'avoir de la production donc de la fertilité on a besoin de protection des cultures et la diversité qui permet d'aller vers ça la loi le mentionne quand même il y a un article de la loi qui mentionne que dans le conseil stratégique le premier item c'est notamment la diversification des cultures mais il suffit pas de dire qu'on va regarder cette question là je pense qu'il faut se donner des objectifs et on aura de la diversification dès lors que l'on fera en même temps la production et la partie transformation parce que si un agriculteur produit autre chose et qu'il n'y a pas de marché pour ça ça va pas le faire Philippe Eusel va dire il n'y a pas de compétitivité et il aura complètement raison et je pense qu'on a la chance d'avoir des filières solides et où on peut avoir des acteurs qui font l'un et l'autre il y a aujourd'hui de plus en plus de coopératives je vais pas faire de publicité mais qui font de la production et qui en même temps travaillent avec le secteur aval soit eux-mêmes ont leur propre industrie agroalimentaire soit ils contractualisent avec d'autres secteurs avec d'autres acteurs économiques et c'est ça qui permet la diversification dans les territoires
Il nous reste quelques minutes pour parler quand même d'un point clé de la loi les bassines qui sont plus facilement utilisables pour les agriculteurs notamment pour irriguer les cultures est-ce que là on n'est pas typiquement dans le symbole de la loi Rustine c'est-à-dire que oui on aide les agriculteurs là pour le temps très court parce qu'ils n'ont pas assez d'eau mais on n'anticipe pas l'avenir et les conséquences du réchauffement climatique en pensant par exemple à d'autres formes de cultures notamment dans le sud de la France
Non je ne pense pas que ce soit le cas puisque ce qu'on appelle dans les médias les bassines ce sont des réserves de substitution donc déjà première chose en général pour ce que je peux en connaître c'est associer à une obligation de faire évoluer justement les cultures sur les périmètres qui sont susceptibles de recevoir cette eau et justement retenir l'eau quand elle tombe ou bien aller la chercher quand les nappes débordent puisque c'est quand même ça l'objet de ces réserves de substitution c'est moins pomper dans les ressources l'été pour pouvoir justement gérer au mieux l'eau on ne pourra pas produire sans eau le changement climatique effectivement nous dit que les saisons vont être plus abruptes pas forcément qu'il pleuvra moins tout dépendra des régions et donc la gestion de l'eau pour un agriculteur c'est une évidence c'est une évidence ça existe depuis des millénaires donc on ne comprend pas à partir du moment où ces réserves ont été ont fait l'objet d'études hydrologiques etc on ne comprend pas pourquoi on s'opposerait à la création de ces retenues d'eau les méga-bassines ce qu'on appelle des méga-bassines en fait c'est des petites parce qu'une méga-bassine comme celle de Sainte-Soline à 600 000 m3 globalement ça permet d'irriguer 300 hectares c'est-à-dire c'est quasiment rien donc vous avez utilisé le terme rustine je pense que c'est un terme qui est à peu près approprié parce qu'on n'a eu qu'une solution extrêmement locale l'effet du changement climatique va être plus important que ce qu'on a anticipé jusqu'ici et donc on va pouvoir apporter de l'eau mais s'il n'y a pas de changement du système de production et un changement significatif ça ne marchera pas
et bien merci à tous les deux d'avoir participé à ces matins d'été Philippe Ezel céréali et producteur de Bétrave Christian Huig ancien directeur scientifique agriculteur à l'INRAE il est 8h40 sur France Culture