Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens Combattants – 01/06
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est désormais la ministre déléguée aux armées, aux anciens combattants, Alice Ruffo, qui vient de nous retrouver dans le studio délocalisé de BFM Business, dans ce cadre assez spectaculaire et extraordinaire du château de Versailles, pour cette neuvième édition de Choose France. Bonjour Alice Ruffo. Bonjour. Ce qui est assez symbolique et très intéressant, c'est que c'est assez rare que la défense soit mise comme ça en avant à ce sommet Choose France qui attire des investisseurs et des industriels du monde entier. Oui, et ça, ça dit peut-être quelque chose aussi de notre époque.
Oui, je suis d'accord avec vous, ça dit quelque chose. C'est vrai que ça fait 9 ans et que la partie défense est très affirmée, mais en fait, ça correspond à l'évolution de l'époque, comme vous le dites très justement. D'abord, la France est assez attractive en matière de défense parce qu'elle a, comme on dit dans cet univers-là, un écosystème assez puissant. Des industries de défense fortes, des écoles d'ingénieurs très importantes qui ont des liens avec la défense historiquement. Deuxièmement, une DGA qui existe et qui est reconnue. Les ingénieurs sont très actifs. Exactement.
Et puis, on est aussi dans une phase où ce qu'on appelle le dual, c'est-à-dire dans les nouveaux domaines de conflictualité comme l'espace, les fonds marins, le spatial, et puis tout ce qui relève de la haute technologie, l'intelligence artificielle, le cyber, le numérique, prend une place de plus en plus importante dans les systèmes de défense. Et donc, nous, on est évidemment très intéressés pour aller à la rencontre d'entreprises, c'est ce que je fais aujourd'hui, qui travaillent dans le champ de la dualité, qui sont évidemment intéressés par la défense et nous aussi, on est intéressés par ce qu'elles font.
La dualité, elle est au cœur de ce concept qu'on découvre un peu tous en ce moment d'ailleurs en toile de fond de cette guerre en Ukraine, où ça fait un peu plus de 4 ans, 4 ans après l'invasion russe, qu'on nomme la guerre hybride. Voilà, et où on voit que la technologie est au cœur de nouvelles menaces ou de nouveaux systèmes de déstabilisation, notamment la guerre électromagnétique sur le champ de bataille ukrainien, sur l'IA embarquée auprès des drones qui volent en essaim. Ça, c'est des choses qui changent complètement la donne sur le champ de bataille.
Oui, ça change la nature de la conflictualité et du champ de bataille. Ça ne change pas le fait que c'est nécessaire d'avoir des équipements qui se font sur le très long terme, comme le porte-avions, les rafales, qui sont des éléments qui durent dans l'investissement, qui demandent des décennies d'investissement. Mais il y a toute cette partie qui s'est considérablement accélérée et qui évolue très vite au plan technologique et qu'il faut parfois savoir produire en masse quand c'est nécessaire, par exemple pour les drones. D'où aussi la coopération qu'on lance, nous, au ministère des Armées, avec l'industrie civile pour la production de masse.
Et la production de masse, vous soulevez là aussi un autre point très intéressant de notre époque, qui est peut-être un enjeu industriel clé, c'est celui du modèle économique à tenir en temps de guerre. Est-ce qu'il peut être applicable aussi en temps de paix ? Je vous dis ça parce qu'il y a un haut gradé qui m'expliquait la semaine dernière. Il me disait, regardez, faites le parallèle avec 14-18. 14-18, il y a eu un essor de l'aéronautique et après l'armistice en 1918, d'un coup, des centaines de milliers d'emplois qui se retrouvaient un peu sur le carreau et une bulle productive qui a explosé. Parce qu'en temps de paix, il n'y avait plus besoin de telles commandes militaires.
Je refais la parenthèse ? Non, non, mais c'est intéressant. Est-ce que quelque part, il n'y a pas cette problématique qui se joue aujourd'hui dans cette ruée des drones en Ukraine ?
Alors, c'est très intéressant comme question. On n'est pas l'Ukraine. Voilà, si vous voulez que je réponde très directement. On n'est pas dans la même situation parce que c'est une guerre d'attrition. Extrêmement attrition, ça veut dire que c'est une guerre de masse contre max, qui est très dure et qui est de très haute intensité. Mais pour autant, on n'est pas dans une situation de paix comme on l'a connue avant. C'est-à-dire qu'on peut avoir des déstabilisations, des tests. On peut avoir une situation où à l'est de l'Europe, ça se dégrade très brutalement, où il faut se tenir prêt à un choc.
Donc, on n'est pas du tout dans une situation de guerre comme on peut l'imaginer en Ukraine, mais on n'est pas non plus dans une situation de paix telle qu'on l'a connue jusqu'à maintenant. Donc, en tout état de cause, nous, ce qu'il faut, c'est se préparer à la possibilité d'un choc, et y compris dans le domaine que vous décrivez très bien, qui sont des domaines technologiques et d'hybridité, où il faut qu'on apprenne à être résilient et prêt et surtout supérieur sur le plan technologique.
Et agiles, avoir aujourd'hui l'enjeu d'avoir des usines dans la BITD, enfin le secteur des industriels liés à la défense, des usines qui soient capables d'être assez agiles pour adapter la production en fonction du besoin du moment.
Oui, et puis vous avez l'innovation en la matière, notamment sur les drones, par exemple, si on prend cet exemple-là, ou sur l'intelligence artificielle, elle est très rapide, ça change un peu tout le temps. Donc, en fait, à la fin, c'est un process, c'est une manière de faire. Et c'est ça qui est très intéressant, parce que là, je voyais pas mal d'entreprises qui investissent en France, beaucoup autour de Toulouse, mais aussi dans d'autres, parce qu'il y a beaucoup de spatial, évidemment, mais dans d'autres régions aussi, à Cahors, par exemple, il y a une entreprise qui vient de s'implanter et d'investir.
Ce qui est très intéressant, c'est qu'en fait, il y a besoin d'un lien avec les forces armées, et nous, ça nous intéresse. Et il y a besoin de centres d'essai, de tests, comme il y en a notamment à la Direction Générale de l'Armement. Il y a besoin de tout cet écosystème où la France, quand même, est très performante, et où, effectivement, nous, il faut qu'on aille plus vers le civil, et il faut que le civil vienne plus vers nous.
Je ne sais pas si c'est un hasard du calendrier ou pas, mais Toulouse France, cette édition, se tient deux semaines avant le grand salon mondial de la défense Euro Satori, qui se tient à Villepinte. Est-ce que ça, il peut y avoir un effet, comment dire, pré-annonce ? Est-ce que Toulouse France peut faire l'objet d'un accélérateur de décisions d'investissement juste avant Euro Satori ?
Là, en fait, alors, à Satori, c'est plutôt des rencontres entre entreprises et gouvernements et des stands.
Mais là, en fait, vous avez, moi, par exemple, je viens de rencontrer plusieurs entreprises européennes qui, et je tiens à le préciser, quand même, militent pour davantage de souveraineté européenne, sur laquelle la France a quand même été un peu pionnière en la matière, ça les intéresse, y compris sur la question de la souveraineté des chaînes de valeur, parce qu'on est quand même dans un monde où il y a ça aussi, qui est un enjeu majeur, et donc, en fait, qui viennent et qui annoncent d'ores et déjà plusieurs centaines de millions d'investissements, y compris dans des domaines qui ont trait à la défense, qui touchent à la défense, parce qu'encore une fois, nous sommes attractifs.
Il s'agit d'entreprises européennes, donc c'est bienvenu. Et puis, qui, évidemment, vont participer à Satori et vont travailler avec nous à la suite.
Dernière question, je me permets de sortir un peu, quand même, du secteur de la défense, mais c'est d'ordre éthique ou philosophique, mais ça concerne aussi sûrement le secteur de la défense. La semaine dernière, pour la première fois, le pape Léon XIV a publié une encyclique, qui est un peu la circulaire du Vatican, où il dit notamment sa pensée autour de l'intelligence artificielle. Je vous en parle parce que l'IA, elle est vraiment au cœur de ce sommet de Chousse France aujourd'hui, et son grand message au monde entier, à l'humanité, d'ailleurs, ça s'appelle Magnifica Humanita, sa circulaire, c'est « il faut désarmer l'IA ».
Comment est-ce que ce message est perçu et lu par la ministre déléguée aux armées ?
Écoutez, dans le domaine de l'intelligence artificielle, dès la loi de programmation militaire de 2023, donc celle qu'on accélère aujourd'hui, on a décidé d'investir très fort dans l'IA militaire. Pourquoi ? Parce que tout le monde le fait, tous nos grands compétiteurs le font, et qu'il faut être dans la course, et on l'est. C'est-à-dire, on n'a pas pris de retard, on a pris les décisions au bon moment. Maintenant, effectivement, il y a des questions éthiques qui sont posées, évidemment, en particulier dans le domaine militaire, mais si vous voulez, si vous ne faites pas partie de la course, vous n'êtes pas capable de réguler.
Donc, il ne faut pas opposer, je crois, à l'investissement et le fait qu'on y aille dans une compétition mondiale où il s'agit de notre propre défense et de nos propres intérêts, d'une part, et la régulation, d'autre part, parce que sinon, on va subir. Donc, nous, au ministère des Armées, on a une position qui est très alente sur l'IA militaire, mais en même temps, qui nous permettra d'être responsables, parce que l'objectif des forces armées, c'est plutôt la paix.
Merci beaucoup, en tout cas, Alice Ruffeau, ministre déléguée aux armées, aux anciens combattants, de nous avoir accueillis devant un magnifique tableau, de la bataille d'Arcole, qui date de 1796, lors de ce sommet de Choose France à Versailles pour la neuvième édition. Merci beaucoup, Alice Ruffeau.
Merci, merci beaucoup.
Alice Rufo