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interviewLa parole de Jean-Luc Mélenchon· 5 juillet 2026 25 min

Jean-Luc Mélenchon invité de Dimanche en Politique sur France 3

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Jean-Luc Mélenchon. Merci d'être avec nous sur ce plateau. Je vous laisse vous installer. On va commencer par une image à célébration des 250 ans de la création des États-Unis, perturbés par les orages et la chaleur. Donald Trump en maître de cérémonie hier soir à Washington. Le président américain a décrit les États-Unis comme un chef d'œuvre de l'humanité, la plus incroyable nation à avoir jamais existé sur Terre. Je le cite. Il a profité de cette tribune pour enfoncer ses opposants démocrates qu'il considère comme une menace communiste. On va mettre d'abord Jean-Luc Mélenchon... Si seulement ! On va mettre Donald Trump à part pour l'instant.

Quelle relation la France doit entretenir avec les États-Unis ?

0:34
Jean-Luc Mélenchon

Fondamentalement, le non-alignement et l'indépendance. C'est-à-dire que tous les domaines dans lesquels nous sommes dans leurs mains, il faut en sortir. Je pense notamment au stockage des données numériques, à l'intelligence artificielle. Et je dis à ceux qui m'écoutent qu'ils disent « Oui, Mélenchon n'a jamais été favorable aux États-Unis d'Amérique ». C'est vrai. En 250 ans d'histoire, 226 ans de guerre...

0:55
Présentateur

Vous posez la question.

0:56
Jean-Luc Mélenchon

Mais donc je vous réponds. Ça ne force pas ma sympathie. Ils ont volé la moitié du territoire du Mexique. Et pour ceux qui auraient encore un doute sur le fait qu'il faut avoir avec eux une amitié précautionneuse et à distance, qu'ils aillent voir le film d'Antonin Baudry, « La bataille de Gaulle ». Et ils verront comment les États-Unis d'Amérique avaient l'intention de nous occuper et de mettre de la monnaie à notre place. Vous, à l'Élysée, est-ce que vous recevriez Donald Trump à Versailles ? Pour être concret. Déjà, pour être concret, Versailles, ce n'est pas trop mon truc. Mais non, je ne crois pas.

Parce que, voyez-vous, il y avait quand même un problème majeur dès le moment où il était là. C'est que cet homme a agressé un pays, l'Iran, que c'est une guerre illégale, avec un associé, M. Netanyahou, qui lui envoie tous ses voisins. Et donc, je ne vois pas pourquoi nous avions à le célébrer. Surtout après qu'il nous ait imposé, premièrement, 5% de notre PIB pour acheter des armes américaines. Et deuxièmement, des taux de douane qui sont insupportables et qu'avec sa veulerie habituelle, l'Union européenne a acceptées.

2:04
Présentateur

C'est pourtant à Versailles ou en marge de Versailles qu'a été signé l'accord de paix au Moyen-Orient entre l'Iran et les États-Unis. C'est là que ça a été annoncé, quand même. C'est un moment important.

2:14
Jean-Luc Mélenchon

Et alors ?

2:14
Présentateur

Ça valait peut-être le coup de le recevoir à Versailles pour que ça aboutisse à ça.

2:18
Jean-Luc Mélenchon

Parce que vous pensez que le fait d'être venu à Versailles a accéléré la paix ? Peut-être. Vous vous moquez de moi, non ? Non, non, non. C'est pour blaguer que vous dites ça ? Non, pas du tout. Non, mais je vais vous dire ce qui s'est passé. C'est tellement mal organisé que les Nord-Américains se sont retrouvés avec le papier avec une limite à signer et qu'à ce moment-là, il était à Versailles. Enfin, atterrissez, mon vieux. Vous ne croyez quand même pas qu'il suffit d'aller à Versailles pour qu'on arrête une guerre. C'est le contraire. Quand on va à Versailles, en général, on provoque des guerres.

2:41
Présentateur

Vous parliez de l'Iran. Des millions de personnes assistent en ce moment au funérail de l'ancien guide suprême Ali Ramenei, tué il y a quatre mois par une frappe israélo-américaine. L'Iran, à vos yeux, reste-t-il une menace pour le monde ?

2:53
Jean-Luc Mélenchon

Non, non, non, je n'y crois pas une seconde. D'ailleurs, il ne l'était pas davantage auparavant. Tout ce que l'attaque illégale de l'Iran a produit, c'est un renforcement du régime qui bénéficie maintenant d'un prestige absolument inouï dans le monde, puisque l'Iran a vaincu tout à la fois Netanyahou et Trump. Par conséquent, c'est un très mauvais service que l'un et l'autre ont rendu à l'humanité universelle. Quant à la paix, je fais observer qu'aujourd'hui, c'est Netanyahou qui ne la respecte pas en massacrant les Libanais en masse et en continuant à tuer des Palestiniens en masse. Non, cette situation est très préoccupante.

La principale source de désordre et de guerre est le gouvernement de M. Netanyahou, avec les fascistes au pouvoir, et le fait que ce pays est armé nucléairement sans que personne ne lui demande jamais des comptes, et je trouve tout ça très dangereux.

3:48
Présentateur

Sécheresse, incendie, la canicule laisse des traces, plus que jamais la maison brûle, les périodes de forte chaleur ne sont pas terminées, avec des conséquences sur l'agriculture et à terme, sur l'ensemble de l'économie.

4:00
Invité

Un tracteur a encore un crédit qui a été brûlé, j'ai tout perdu, tout perdu.

4:07
Jean-Luc Mélenchon

On a des conditions météo très défavorables, avec plus de 34 degrés de température, mais 20% d'humidité, et surtout un vent avec des rafales à 70.

4:16
Invité

Ce plan, il a complètement séché, avec les gros coups de chaleur, entre ça, puis les tomates qui prennent des jolis coups de soleil.

4:27
Jean-Luc Mélenchon

Il n'y a plus d'eau, il n'y a plus d'eau ici, c'est ce qu'on appelle une perte, l'eau a disparu.

4:33
Présentateur

Des premières restrictions d'eau sont en vigueur dans l'Aude. La sécheresse des sols atteint un record historique cette année. En tout, 96 départements concernés. Un état d'autant plus inquiétant que nous sommes début juillet, et qu'une nouvelle vague de chaleur est annoncée.

4:49
Invité

Certains professionnels sont concernés par les restrictions d'usage de l'eau, comme ce garagiste qui a dû fermer sa station de lavage automobile. C'est normal qu'on fasse des économies d'eau, c'est certain. Après, à l'État aussi de nous laisser le temps de nous adapter pour nous mettre en vigueur des solutions accessibles financièrement aussi également. Les températures ont dépassé de 3,8 degrés. Les normales de saison, c'est donc le mois de juin le plus chaud jamais enregistré. 2 025 décès supplémentaires. On trouve une augmentation de 91% de décès à domicile par rapport à la semaine précédente. La canicule est politique, vous devrez en répondre.

Il y aura une commission d'enquête et il y aura une censure. Vous n'êtes pas à votre place. Vous censurez à chaque fois le gouvernement.

5:38
Présentateur

C'est lorsque le gouvernement prend une bonne décision pour le pays, pour l'intérêt général, pour l'écologie, que vous préfériez l'intérêt général à vos alliances électorales avec la France insoumise. – Jean-Luc Mélenchon, la motion de censure déposée par les écologistes à propos de cette gestion d'un vague de chaleur, soutenue par la France insoumise, sera débattue demain à l'Assemblée nationale. Vous, vous souhaitez que le gouvernement tombe sur cette question ? – Évidemment.

6:02
Jean-Luc Mélenchon

Ou alors on décide que plus personne n'est politiquement responsable devant rien. Ce qui est un peu la tendance de M. Macron. On provoque des élections, il ne reconnaît pas le résultat. On fait tomber deux gouvernements, ils continuent à faire comme s'il n'y avait pas. Donc ça peut être ça la tendance. Mais là, il y a une situation de catastrophe politique, car les conséquences de la canicule aujourd'hui ont une origine politique. Bien sûr, c'est la chaleur, mais c'est surtout le fait que depuis 2003, puisque tout à l'heure vous citiez la Maison Brûle, c'est du Chirac que vous citiez. – Jacques Chirac.

– C'est du Chirac 2003 et qui dit la Maison Brûle, on regarde ailleurs, parce qu'il avait été effaré par ce qui s'était passé comme nous tous d'ailleurs. Et on avait voté à l'époque qu'il avait été décidé, pardon, qu'un jour Férié ait été supprimé pour financer l'équipement des EHPAD. Eh bien, nous sommes en 2026, 90% des EHPAD ne sont pas équipés, et cette journée fériée qui a rapporté 3,5 milliards à l'État a disparu. Alors que si les choses avaient été faites en temps, nous aurions moins de morts aujourd'hui, beaucoup moins de morts.

7:07
Présentateur

– Et donc, à vos yeux, il faut censurer le gouvernement, même, j'allais dire, dans cette période de crise, de crise écologique.

7:13
Jean-Luc Mélenchon

– Non mais c'est toujours l'argument. Alors avant, c'était le budget, tout à l'heure, celui qui m'a précédé ici dit, « Ah là là, ils n'ont pas voté le budget ». Ben non, on n'a pas voté le budget, parce que justement tout le budget de l'écologie était en baisse, ainsi que beaucoup d'autres. Donc, si vous voulez, c'est jamais le moment de les sanctionner, c'est toujours le moment de les louer, les applaudir, alors qu'ils sont malfaisants et inutiles. Vous avez entendu tout à l'heure un agriculteur vous dire le mot décisif.

Si on nous avait donné du temps pour nous préparer, nous avions le temps, nous avons le temps, c'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles je propose la constitution d'éco-région.

7:51
Présentateur

– Alors, on va s'arrêter là-dessus, parce que c'est un thème que vous aviez déjà développé en 2022, vous défendiez la constitution d'éco-région pour affronter le changement climatique. Avant d'entrer dans le détail, aujourd'hui, concrètement, qu'est-ce que ça changerait ?

8:02
Jean-Luc Mélenchon

– Ah ben, à l'instant et à la minute, bien sûr, rien. Vous savez pourquoi ? Parce que je vais vous apprendre quelque chose de fondamental en politique. À part le temps court des chaînes d'information en continu et des préoccupations des journalistes, il y a le temps long, c'est celui de la nature, c'est celui du mouvement de la Terre autour du Soleil, vous savez, ça prend un an, ça ne se fait pas en un jour, ça prend un an, et ainsi de suite. Je vous charrie un peu, parce que c'est quand même incroyable qu'on en reste toujours à dire tout de suite, tout de suite, maintenant.

Si nous avons des éco-régions, comme je le propose, et vous avez raison de rappeler, que je le proposais à la dernière campagne électorale, et qu'il n'y a pas eu moyen d'en parler, c'est-à-dire de la crise du cycle de l'eau, nous sommes là-dedans. Donc les éco-régions, ce que ça changerait ? C'est précisément qu'on prévoirait, on organiserait, pour l'eau, pour l'air, pour la fertilité de la Terre, pour la santé publique, parce que beaucoup de maladies sont liées à la dégradation de la condition écologique. Voilà pourquoi prévoir est une dimension indispensable de l'action publique. Alors, maintenant, soyons concrets pour les inspecteurs qui nous regardent.

9:08
Présentateur

On a, en ce moment, en France, 13 régions métropolitaines. Ça veut donc dire que les 13 régions disparaîtraient ? Par exemple, la Bretagne disparaîtrait ?

9:16
Jean-Luc Mélenchon

Je ne crois pas que la Bretagne disparaisse jamais, elle est là pour au moins quelques millénaires encore. Mais la région telle qu'elle est actuellement, oui, peut-être pas tout à fait, parce qu'elle se trouve formée, telle qu'elle est aujourd'hui, tout un côté d'un bassin versant de la Loire, mais sans qu'on puisse l'agréger à la Loire. Si on l'agrégeait à la Loire, ça serait la catastrophe, on retrouverait le Puy-en-Velay dans la même région que Brest. Tout ça serait absurde. Donc, cette région deviendrait une éco-région. Mais ce n'est pas la première fois qu'on change le tracé, le nombre des régions. M. Hollande, à lui tout seul, l'est changé deux fois.

Alors, il n'a pas appliqué la première réforme, mais dans la deuxième, il faut voir de quoi sont changées les régions. L'attractivité et la compétitivité des territoires en Europe, c'est-à-dire cette bataille productiviste absurde qui ruine notre pays comme tous les autres. Donc, on en changerait le contour, on en changerait les attributions, et quoi de plus banal que de faire ça ?

10:11
Présentateur

Vous avez pointé du jour quelque chose d'important, parce que vous dites que la dernière réforme, c'était François Hollande. Parce qu'effectivement, redécouper les régions, politiquement, ce n'est pas anodin, c'est même une bombe. Est-ce que vous pensez que les présents de régions, aujourd'hui, qui sont majoritairement les Républicains ou Parti Socialiste, laisseraient faire ?

10:25
Jean-Luc Mélenchon

Je ne sais pas, mais je pense que ce sont des bons citoyens qui sont préoccupés de l'intérêt général humain, et que beaucoup d'entre eux, naturellement, pourront, quand il y aura des éco-régions, être candidats à les diriger.

10:38
Présentateur

Mais vous voyez bien qu'il y a un enjeu politique derrière.

10:40
Jean-Luc Mélenchon

Moins de régions, moins d'élus, moins de tout ça. Je m'en fous. Vous comprenez ? Vous comprenez ça ? Quand il y a plusieurs milliers de morts à cause de la canicule, quand les terres arabes sont brûlées, quand on a une crise du cycle de l'eau, pardon de vous dire que le nombre d'élus de LR, du PS, et même des insoumis, n'est pas la question posée. La question posée, c'est que faisons-nous pour faire face à une situation que plus personne ne contrôle ? Et si on veut reprendre une capacité de contrôle, il faut ces éco-régions.

Et ce sera, vous savez, très important, parce que ça sera sans doute l'une des plus importantes réformes que nous ferons les insoumis si nous accédons au gouvernement de la France.

11:20
Présentateur

Alors, justement, on n'est pas loin de la présidentielle, c'est dans dix mois le premier tour. Est-ce que vous vous considérez, vous, aujourd'hui, comme le candidat le plus écologiste ?

11:29
Jean-Luc Mélenchon

Je vais vous dire oui, parce que ça m'arrange, mais je pense que tous les candidats sont écologistes, plus ou moins. Plus ou moins. Il y a des gens qui...

11:37
Présentateur

Même à droite, même à l'extrême droite, partout.

11:39
Jean-Luc Mélenchon

Mais tous se réclament de l'écologie, donc discutons de ce qu'ils proposent, si vous voulez. Moi, quand j'entends M. Rotaillot dire bravement dans un meeting, à la fois on est fiers d'être français, mais rejette une partie des français, tous ceux de la Nouvelle-France, quand je l'entends dire qu'il faut supprimer le principe de précaution et que je ne vois pas une personne pour dire « mais ce type a perdu la tête ». Le principe de précaution, c'est Chirac qui l'a introduit dans la Constitution, après qu'on ait eu affaire à la crise de la vache folle. Est-ce que M. Rotaillot considère que dorénavant, il n'y a plus aucun risque de crise de cette nature ? Mais pour le dire, ce que vous disiez,

12:11
Présentateur

vous pensez qu'aujourd'hui, tout le monde parle écologie,

12:13
Jean-Luc Mélenchon

dans tous les partis politiques, tous les candidats. Oui, donc il faut comparer les solutions. Pas attribuer à quelqu'un à cause de son étiquette. Il faut écouter ce que chacun a dans son projet et regarder ce qui est le plus conforme à l'intérêt général humain. Il faut se préoccuper des autres, c'est ça le sujet. Si on ne se préoccupe que de soi-même, de son score, de son nombre d'élus, on ne pense à rien. A rien de sérieux, en tout cas, d'après moi.

12:36
Présentateur

Depuis demain, en tout cas, vous êtes officiellement en campagne pour l'élection présidentielle de l'an prochain. Pour l'heure, à gauche, en dehors de la France insoumise, c'est plutôt un champ de bataille.

12:44
Invité

Dans 11 mois, la présidentielle, avec une seule certitude, les dates du scrutin, 18 avril, 2 mai, lendemain du défilé syndical. Et ça, c'est déjà une question. Si Emmanuel Macron imagine museler le mouvement social en mettant le deuxième tour au lendemain du 1er mai, il se met le doigt dans l'œil jusqu'au cou.

13:02
Présentateur

J'ai vu que M. Retailleau essaye de monter une polémique sur ce sujet. J'en ai déduit qu'il avait vraiment peur de notre présence au second tour de l'élection présidentielle.

13:13
Invité

D'ici là, au fil des saisons, les Français vont vivre au rythme du calendrier politique et chacun espère renaître au printemps. Proposition, candidat, sondage. À gauche, il en est un qui s'est bien installé dans le paysage pour sa quatrième candidature. L'idée de la primaire s'éloigne. Les alliés d'hier s'interrogent. Faut-il ou non rallier Jean-Luc Mélenchon ? Moi, je veux bien qu'on critique non-stop Jean-Luc Mélenchon. Je vais vous dire, c'est un programme de rupture. Voilà, il est le mieux placé aujourd'hui à gauche. Je voudrais au moins qu'on discute avec eux. Discuter avec Mélenchon, c'est ce que veut aussi Philippe Poutou.

Pour la première fois, le NPA va rallier la bannière LFI et ne présente pas de candidat au premier tour. Quant à la gauche, au LFI, elle cherche encore son héros. Mais le pas encore candidat désigne ses adversaires. Les Français ne veulent pas de la continuation des mêmes politiques avec les mêmes ministres, les mêmes visages, les mêmes méthodes, les mêmes coups de coche. Ils ne veulent pas non plus. J'en suis convaincu. Ils ne veulent pas non plus de Jean-Luc Mélenchon à l'Élysée. Le rassemblement ne passera pas non plus par le Parti communiste. Fabien Roussel propose sa candidature. J'ai dit que j'étais prêt, si vous le décidiez, à mener ce combat avec vous, à vos côtés, une nouvelle fois.

Et comme un pied de nez au C carré de Jean-Luc Mélenchon, il rajoute. Oui, je le dis, chez nous aussi, c'est carré, mais en plus, c'est démocratique. Décidément, l'été sera chaud et le trafic vers l'Élysée très encombré, embouteillage prévu sur la file de droite comme sur la file de gauche.

14:58
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, avant de répondre à Fabien Roussel qui vous faisait réagir, d'abord sur les dates de la présidentielle. Premier tour, 18 avril, second tour, le 2 mai. C'est un choix de date, vous l'avez vu, qui fait débat. Est-ce que ça vous interroge aussi ?

15:08
Jean-Luc Mélenchon

Et ça m'a fait sourire, parce que j'ai bien vu ce que craignaient ceux de droite qui n'aiment pas cette date. Que va-t-il se passer le 1er mai ? Eh bien, vous allez avoir, quelle que soit la situation, des milliers et des milliers de gens dans la rue pour manifester le 1er mai leur adhésion aux idéaux sociaux qui sont ceux de la gauche et du syndicalisme. Donc, ce ne sont pas forcément des mauvaises dates pour vous ? Ah bien, moi, je ne dirais pas que c'est une mauvaise date pour nous. Je me souviens d'une manif du 1er mai qui avait lieu entre les deux tours de l'élection présidentielle en 2002. On n'arrivait pas à bouger tellement on était nombreux. C'était le 2e tour, Le Pen contre Chirac.

Donc, pour ma part, mais je suis prêt à entendre d'autres arguments, ça ne me dérange pas. J'espère que tout le monde sera preuve d'une discipline parfaite, car ce qu'attendent nos adversaires, c'est que ça se passe mal, évidemment. Je pense que c'est ça que M. Macron a dans la tête. Mais je pense que ça se passera bien, car les syndicats, autant que nous, sont capables de bien en assurer la sûreté.

16:03
Présentateur

On a vu les divisions à gauche, et en tout cas, vos concurrents à gauche, en particulier Fabien Roussel, qui vient d'être élu, là, il y a une heure, à la tête du Parti communiste, dire « Moi, je vais être candidat, et il est hors de question que je me retire ». Vous disiez, vous l'écoutiez tout à l'heure, ça vous faisait réagir.

16:18
Jean-Luc Mélenchon

Ben, ça me déçoit, pour moi, c'est de la tristesse. J'ai été le candidat du Parti communiste à deux élections présidentielles, 2012 et 2017. Qu'ai-je fait depuis qui me vaille d'une telle opprobre, autant de critiques ? Et je le dis avec douleur. Je n'ai pas accepté l'idée qu'il y a un passage dans leur texte d'orientation qui nous vise, qui est extrêmement grossier et insultant, et que 60% des mandats présents décident de voter ce passage, de refuser de le refuser. Ça m'a blessé. Oui, on nous traite d'antisémite et du reste. Donc ça, ce sont les arguments de nos adversaires de droite. Je déplore que le Parti communiste en soit là. Et je suis obligé d'en prendre acte.

Et par conséquent, c'est un sujet de tristesse pour moi. Car je le rappelle, si la dernière fois nous avions été unis, comme les fois précédentes, j'eusse accédé au deuxième tour. Mais pardon, je tiens à y insister à cet instant, et qu'on m'entende bien. J'ai raté le deuxième tour, virgule. Donc c'est Mme Le Pen qui y a été. Car on a annoncé Mme Le Pen avec 20 points d'avance sur moi, comme aujourd'hui entre moi et Bardella. Et à un cheveu près, elle a pu rester, parce qu'il m'a manqué 400 000 voix pour être présent au deuxième tour. Donc je le dis à tous ceux qui font des phrases.

La question qui nous est posée, c'est d'éliminer, dès le premier tour, le Rassemblement national, si on est vraiment conséquent dans la lutte, et pas passer son temps à le donner comme gagnant, avant même qu'il se soit présenté et qu'on connaisse son candidat.

17:46
Présentateur

Vous allez plus loin, parce que vous proposez aussi aux écologistes, mais aussi aux communistes, de former une nouvelle alliance populaire pour les élections législatives. Mais est-ce qu'il y a une condition, notamment, qu'il n'ait pas de candidat à la présidentielle pour pouvoir faire partie de cette alliance populaire ?

17:58
Jean-Luc Mélenchon

Je ne peux pas vous dire aujourd'hui où nous en sommes. Évidemment que nous préférons, nous préférerions une alliance en bonne et due forme avec le parti communiste, avec le parti écologiste. Cela va de soi. Dès la présidentielle ? Eh bien oui, pour pouvoir enchaîner avec la législative. Tu n'es pas candidat, donc ? Non, attendez, je préférerais qu'il n'y en ait pas, ça va de soi, et qu'on soit alliés ensemble autour de ma candidature, dans la mesure où j'ai déjà gagné deux fois la primaire à gauche dans les deux élections présidentielles. Et là, bon, ça a l'air de se dessiner plutôt bien pour nous.

Alors, le bon sens voudrait qu'ils aident, puisqu'ils sont tous à dire sur tous les tons qu'il y a un danger d'extrême droite abominable.

18:35
Présentateur

Ce n'est pas une condition sine qua non à la nouvelle annonce populaire.

18:38
Jean-Luc Mélenchon

Mais supposer que des élus de l'un ou l'autre parti décident de participer avec nous à la campagne présidentielle, on ne va quand même pas leur dire écoutez, vous êtes coupable d'avoir des chefs qui sont lamentables, nous ne voulons pas de vous. Nous voulons de tous ceux qui viennent nous aider à accéder au deuxième tour et à l'emporter au deuxième tour. On va retrouver Laurence Perron qui est une des voix de France Inter.

19:00
Présentateur

Rebienvenue sur le plateau dimanche en politique.

19:02
Invité

Bonjour Jean-Luc Mélenchon.

19:04
Jean-Luc Mélenchon

Bonjour Madame.

19:05
Invité

Alors, vous avez pris de l'avance par rapport à vos candidats, vos concurrents, que dis-je à gauche ? Il y a 10 mois encore de campagne à tenir. Qu'est-ce que vous criez le plus ?

19:15
Jean-Luc Mélenchon

Rien. Nous allons faire une campagne. Je peux vous dire laquelle. C'est une campagne qui va injecter des thèmes et obliger tous les autres à en parler. Alors là, vous venez de me voir défendre une idée qui n'était pas présente dans le paysage. Les éco-régions. C'est les éco-régions. Mais auparavant, comme nous faisons une campagne d'équipe sur tous les fronts, nous avons introduit le thème de l'autonomie de la Corse en votant l'autonomie de la Corse au Parlement et donc en aidant cette idée à passer. Et là, en ce moment même, vous avez Mathilde Panot et Bastien Lachaud qui sont en Kanaki Nouvelle-Calédonie.

19:48
Invité

En Kanaki, je ne vais pas vous laisser dérouler tout le programme. Mais voilà. Non mais attendez, je vous parlez.

19:53
Jean-Luc Mélenchon

Non mais attendez Madame. Une campagne, vous posez une question, je vous fais une réponse. Une campagne électorale consiste à introduire des thèmes idéologiques et programmatiques.

20:02
Présentateur

Donc là, c'est l'anticolonialisme avec la Kanaki. Une campagne qui va commencer avec un calendrier.

20:06
Invité

Avec un calendrier très précis. Et ce calendrier va heurter aussi. Après-demain, la justice va trancher sur le cas de Marine Le Pen. Vous l'avez affrontée déjà trois fois. Est-ce que vous aimeriez l'affronter une nouvelle fois ?

20:18
Jean-Luc Mélenchon

Ce n'est pas une affaire de goût personnel.

20:20
Invité

Non, non, c'est une manière de procédure.

20:21
Jean-Luc Mélenchon

Il y aura une candidature du Rassemblement national et j'espère qu'on arrive à les battre dès le premier tour. Voilà mon calcul.

20:27
Invité

Mais lors du premier procès, vous aviez dit que ce n'est pas à la justice de décider quelle sera la physionomie de la fiche présidentielle.

20:35
Jean-Luc Mélenchon

Non, vous avez un mauvais souvenir. J'avais dit qu'une décision immédiatement exécutoire et sans appel me paraissait être une façon d'agir qui n'est pas conforme à l'idée qu'on se fait.

20:46
Présentateur

Aujourd'hui, qu'est-ce que vous dites ? Attendez, je termine.

20:49
Jean-Luc Mélenchon

Les Français, on a l'habitude de méthode brutale. Par exemple, il n'existe pas chez nous. Ce qui existe dans d'innombrables pays qui s'appelle l'Abeas corpus. Il est interdit d'enfermer quelqu'un avant qu'il ait été condamné. Voilà ce que j'ai voulu dire. Et aussitôt, un certain nombre de gens ont dit « Ah, il voudrait que Marine Le Pen… » Non, je dis simplement ce qui est. Je trouve qu'une peine exécutoire sans possibilité d'appel… Là, c'est en appel. Et on m'a dit « Oui, mais je sais bien… » Donc, si elle ne peut pas se présenter… Pardon, non, mais ne mélangez pas tout. La peine de Mme Le Pen est exécutoire aujourd'hui.

Donc, peut-être que c'est en appel, mais en attendant, elle a déjà dû quitter son siège de conseillère générale. C'est vrai. Donc, parlons de ce qui est. Vous avez le droit de dire « C'est très bien, on peut sur un simple soupçon, c'est ce qui se fait dans les médias, quand quelqu'un est mis en cause ou mis en examen, il est traîné dans la boue le plus longtemps possible. »

21:35
Invité

Donc, après-demain, si elle est condamnée, elle est condamnée, et là, ça ne vous posera pas de problème. Si elle est condamnée, et que c'est Jordan Bardella qui prend sa succession, est-ce que vous ne craignez pas que ce qui fait votre force, c'est-à-dire la jeunesse, il ne soit un meilleur concurrent que vous vis-à-vis des jeunes ?

21:53
Jean-Luc Mélenchon

Non. Je pense que vous vous trompez beaucoup sur la jeunesse et que vous ne connaissez pas son état d'esprit. La jeunesse de notre temps, vous-même, vous avez des enfants, donc vous savez de quoi je parle. La jeunesse de notre temps est infiniment plus mûre que n'était celle de mon époque et même de la vôtre. Pourquoi ? Parce qu'ils ont tous pris conscience du danger qu'ils portent sur la planète et sur leur propre vie intime, puisqu'ils savent tous que l'infertilité est en train de gagner du terrain. Donc, vous ne craignez pas la concurrence de Jordan Bardella sur l'électorat jeune ?

Je ne pense pas que ça se passe à l'âge parce qu'aujourd'hui, c'est moi qui suis le mieux placé, paraît-il, dans la jeunesse et ce n'est pas à cause de mon âge. Vous le connaissez, je vais avoir 75 ans. Ce qui prouve que les jeunes gens ne se déterminent pas sur les apparences et je ne suis pas candidat à être leur copain. Je suis candidat à être président de ce pays. Peut-être que M. Jordan Bardella est lui candidat à autre chose, mais moi non, à ce pays. Et si je préside ce pays, il y aura des éco-régions et les maladies qui résultent des mauvaises décisions politiques seront combattues fermement. Voilà ce que j'ai à leur dire.

22:54
Invité

Alors, vos détracteurs disent, et notamment à gauche, que vous êtes le plus mauvais candidat pour pouvoir battre le RN au second tour.

23:01
Jean-Luc Mélenchon

Je salue la préscience électorale de mes détracteurs, car si elle était aussi forte qu'ils le disent, ils devraient tous aller se pendre

23:08
Présentateur

compte de tous les résultats

23:09
Jean-Luc Mélenchon

qui leur sont à mon sujet.

23:10
Présentateur

Qu'est-ce que vous leur répondez quand ils disent ça ?

23:11
Jean-Luc Mélenchon

Mais rien, c'est de la mauvaise guéguerre. Je n'ai pas envie de me disputer avec eux. Je n'ai qu'une chose à dire. Si vous craignez qu'étant le candidat au deuxième tour, je vienne à être battu par un Jordan Bardella ou Mme Le Pen, c'est que vous ne connaissez pas la France. Notre patrie n'est pas un pays raciste. Elle n'est pas un pays suprébaciste. Elle n'est pas un pays islamophobe. Et par conséquent, si je suis au deuxième tour, si j'aurais donc déjà peut-être réussi à éliminer le RN du premier, mais s'il est quand même là au deuxième, je le battrais. Je n'ai pas le moindre doute sur ce sujet. Et vous non plus d'ailleurs. Parce que je vous connais tous un par un.

Même quand vous n'êtes pas de mon avis, aucun d'entre vous n'est un raciste. Je le sais. Est-ce que les divisions à gauche vous aident en ce moment ? Eh bien, alors, en ce moment, oui. Alors, disons les choses comme c'est. J'ai deux propulseurs. Le premier qui vient, qui nous pousse, c'est notre audience de masse qui s'est vérifiée à Saint-Denis. Et puis de l'autre côté, il y a le vide qui m'inspire. Donc ça accélère la fusée. Mais honnêtement, il va bien falloir qu'ils se décident à un moment ou à un autre à faire quelque chose d'utile, à part se battre entre eux. Bon, voilà. Vous mettez une date limite, éventuellement ? Ah, ben, par la force des choses.

Disons que quand on va arriver au mois de novembre, nous, on va déposer notre programme et on ne va pas commencer des palabres groupusculaires pendant des mois. Il s'agit de convaincre les Français, je le rappelle. Parce que eux, ils confondent une élection avec leur congrès. Ils croient qu'ils bavardent entre eux et puis qu'à la fin, on lève la main. Non. Donc s'ils vous rallient, c'est ça avant novembre ? Il faut que ce soit avant novembre. Eh ben, il vaudrait mieux. D'abord, pour eux tous, s'ils doivent nous rejoindre, rallier, c'est un mot qui est excessif. La vérité, je vais vous le dire, c'est que je souhaite que ceux qui viennent faire campagne avec nous restent eux-mêmes.

C'est-à-dire qu'ils développent leurs propres idées et qu'ils montrent comment, compte tenu de leur point de vue, ils appellent à voter pour moi. Ben voilà. Merci, Laurence.

24:58
Présentateur

C'est ça, faire une dynamique. Merci, Laurence. Merci, Jean-Luc Mélenchon, d'avoir accepté notre invitation dans Dimanche en Pudy. C'est le dernier, puisque c'est la fin de Dimanche en Pudy qui ne reviendra donc pas à la rentrée.

25:07
Jean-Luc Mélenchon

On va vous regretter.

25:08
Présentateur

Ah bon ? Ben, c'est ce que disait le ministre tout à l'heure aussi, mais il y a eu le générique qui est passé, donc on ne l'a pas entendu.

25:12
Jean-Luc Mélenchon

Ben moi, je le dis, je ne parle pas pour le ministre parce qu'il est très mauvais, mais je parle pour moi-même.

25:17
Présentateur

Mais si tout le monde le dit, c'est tant mieux. Merci, en tout cas. Merci.

25:21
Locuteur

Merci.

Jean-Luc Mélenchon invité de Dimanche en Politique sur France 3 — Jean-Luc Mélenchon · Pourquijevote