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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 26 septembre 2022 7 minContradictoireFond programmatiqueBudget & impôtsÉconomie & entreprisesTravail & emploi

Budget 2023 : "La hausse des dépenses est sous-estimée" par le gouvernement, selon l'ancien magistrat de la cour des comptes François Ecalle

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 50 %Défensif 40 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:17OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui pèse 500 milliards d'euros ? Le budget de l'État français pour l'an prochain, côté pile, côté dépenses.

  • 0:31OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous êtes d'accord [avec la baisse des dépenses liées à la crise] ?

  • 2:30ComplaisanteRéponse directe

    Parce qu'elles subissent, elles aussi, l'inflation.

  • 2:42OuverteRéponse directe

    Est-ce que le gouvernement peut assurer que les mesures vont être plus ciblées quand on a, dans le même temps, un bouclier tarifaire à 16 milliards d'euros en 2023 ?

  • 2:52OuverteRéponse directe

    Mais est-ce qu'il est nécessaire, ce bouclier tarifaire ?

  • 3:49OuverteRéponse directe

    Là aussi, est-ce que ce sont des dépenses qui sont justifiées, à votre avis ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:45Invité politiqueChiffre
    « Le coût des mesures liées à la crise sanitaire, économique, énergétique va diminuer d'une dizaine de milliards. Ce qui veut dire que les dépenses ordinaires, non exceptionnelles, vont augmenter de 60 milliards. »
  • 1:17PrésentateurChiffre
    « 5,3% en 2022, 4,2% en 2023. Ce sont les prévisions du gouvernement. »
  • 1:50Invité politiqueFait
    « Je pense que cette hausse des dépenses, elle est sous-estimée. »
  • 1:57Invité politiqueFait
    « Le gouvernement considère que les dépenses des collectivités locales ne vont quasiment pas augmenter, beaucoup moins que l'inflation. »
  • 2:42PrésentateurChiffre
    « Est-ce que le gouvernement peut assurer que les mesures vont être plus ciblées quand on a, dans le même temps, un bouclier tarifaire à 16 milliards d'euros en 2023 ? »
  • 3:05Invité politiqueFait
    « Le problème de ce bouclier tarifaire sur les factures de gaz et d'électricité, c'est qu'il n'est pas du tout ciblé. »
  • 3:36PrésentateurChiffre
    « Alors, quand on regarde toujours du côté des dépenses, on voit qu'il y a près de 11 000 créations de postes de fonctionnaires. »
  • 3:54Invité politiqueChiffre
    « Je pense que c'est 11 000 emplois de fonctionnaires de plus dans la fonction publique d'État. »
  • 5:09Invité politiqueChiffre
    « Il y a d'une part le fait que les prévisions de croissance de l'activité économique sur laquelle le gouvernement se fonde pour faire ses prévisions de recettes fiscales, etc., sont trop optimistes. 1%. »
  • 5:18Invité politiqueChiffre
    « 1%, par exemple, 1% de croissance en 2023. »
  • 5:38Invité politiqueFait
    « Avec ces prévisions optimistes d'activité de croissance, on aurait pu s'attendre à une réduction plus forte du déficit public. »

Temps de parole

  • Invité politique73 %
  • Présentateur27 %

≈ 5,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous. Qu'est-ce qui pèse 500 milliards d'euros ? Le budget de l'État français pour l'an prochain, côté pile, côté dépenses. Pour le décortiquer avec moi, l'analyser, je reçois François Eccal. Bonsoir.

0:16
Invité politique

Bonsoir.

0:17
Présentateur

Vous êtes ancien magistrat à la Cour des comptes, fondateur d'un site d'information sur les finances publiques qui s'appelle Fipeco. Tout à l'heure, lors de la présentation du budget, le ministre des comptes publics, Gabriel Attal, a dit qu'on était passé du quoi qu'il en coûte à combien ça coûte ? Est-ce que vous êtes d'accord ?

0:32
Invité politique

Pas totalement. En fait, le gouvernement prévoit une hausse des dépenses publiques l'année prochaine. Alors, État plus sécurité sociale plus les collectivités locales d'une cinquantaine de milliards d'euros. Et encore, le coût des mesures liées à la crise sanitaire, économique, énergétique va diminuer d'une dizaine de milliards. Ce qui veut dire que les dépenses ordinaires, non exceptionnelles, vont augmenter de 60 milliards. Alors, ça paraît beaucoup. En fait, c'est seulement, entre guillemets, 4% des dépenses publiques. Donc, c'est une hausse de 4%. Vous allez me dire encore, 4% c'est beaucoup, c'est pas du combien ça coûte.

Sauf que, là où Gabriel Attal a quand même raison, il faut quand même tenir compte du fait que l'inflation est très forte en 2022, mais elle va rester encore forte en 2023.

1:17
Présentateur

5,3% en 2022, 4,2% en 2023. Ce sont les prévisions du gouvernement.

1:21
Invité politique

Donc, 4%, c'est à peu près la croissance de l'inflation. Or, les dépenses publiques, elles sont liées quand même à l'inflation. Il y a des prestations sociales, elles sont indexées sur l'inflation. Les achats de biens et services des administrations, si les prix augmentent, leur coût augmente. Les salaires des fonctionnaires ont été revalorisés. Donc, si on tient compte de l'inflation, cette hausse de 4%, en fait, elle n'est pas si forte que ça. Et là, Gabriel Attal a raison. Là où il y a un problème, quand même, c'est que je pense que cette hausse des dépenses, elle est sous-estimée. Je vais vous donner un exemple.

En fait, le gouvernement considère que les dépenses des collectivités locales ne vont quasiment pas augmenter, beaucoup moins que l'inflation. Et lui-même, dans son budget, il n'a prévu quasiment pas de hausse des dotations de l'État vers les collectivités locales. Ça ne passera pas la rampe budgétaire. Pourquoi ? Parce que les élus locaux vont crier, vont hurler. Les républicains, qui sont souvent quand même les porte-parole des élus locaux, ils ont beaucoup d'élus locaux, ne voteront pas un budget dans ces conditions. Et si on veut qu'ils votent un budget dans ces conditions, je suis à peu près sûr qu'il va falloir qu'on augmente les crédits de dotation d'État aux collectivités locales.

Et donc, les collectivités locales vont dépenser plus que ce que le gouvernement prévoit.

2:30
Présentateur

Parce qu'elles subissent, elles aussi, l'inflation.

2:31
Invité politique

Voilà, parce qu'elles subissent. Et donc, en fait, la hausse des dépenses publiques, ça n'est qu'un exemple. Il y en a d'autres. Et donc, en fait, la hausse des dépenses publiques, elle sera supérieure à 4%.

2:38
Présentateur

Alors, le combien ça coûte, ça veut dire aussi qu'on a maintenant des aides qui sont ciblées. Est-ce que le gouvernement peut assurer que les mesures vont être plus ciblées quand on a, dans le même temps, un bouclier tarifaire à 16 milliards d'euros en 2023 ?

2:50
Invité politique

Non. Parce que je pense, en effet...

2:52
Présentateur

Mais est-ce qu'il est nécessaire, ce bouclier tarifaire ?

2:53
Invité politique

Alors, je pense que des mesures ciblées, en effet, ciblées et temporaires, sont nécessaires dans la situation actuelle. Comme elles étaient nécessaires, d'ailleurs, pendant la crise de 2009, la crise de 2020-2021. Mais justement, le problème de ce bouclier tarifaire sur les factures de gaz et d'électricité, c'est qu'il n'est pas du tout ciblé. Il profite à tout le monde. Tout le monde, vous êtes millionnaire, vous en profitez. Votre facture de gaz diminue. Donc, il n'est pas du tout ciblé. Donc, il coûte cher. Et en plus, c'est un mauvais signal. Il coûte trop cher ? Il coûte trop cher parce qu'il n'est pas assez ciblé. Il pourrait coûter beaucoup moins cher s'il était ciblé.

Et ensuite, c'est un très mauvais signal qui est envoyé en termes de consommation d'énergie parce que c'est une subvention à la consommation de gaz et d'électricité. Donc, je pense qu'il y a un problème de ciblage.

3:36
Présentateur

Alors, quand on regarde toujours du côté des dépenses, on voit qu'il y a près de 11 000 créations de postes de fonctionnaires. Là aussi, il est loin l'Emmanuel Macron du premier mandat qui nous promettait 50 000 suppressions de postes de fonctionnaires sur 5 ans. On n'y est plus du tout.

3:49
Invité politique

On n'y est plus du tout.

3:50
Présentateur

Là aussi, est-ce que ce sont des dépenses qui sont justifiées, à votre avis, François et Cal ?

3:54
Invité politique

Je pense que c'est 11 000 emplois de fonctionnaires de plus dans la fonction publique d'État. Donc, il faudra y rajouter les hausses d'emplois dans les collectivités locales et dans les hôpitaux.

4:05
Présentateur

Mais est-ce qu'elles sont justifiées ? On voit quand même que ça coince partout dans l'éducation nationale, dans la justice, dans l'intérieur. Vous avez regardé les postes de dépense.

4:13
Invité politique

Oui, j'ai vu. Ça augmente un peu partout, en effet. Je pense qu'on peut faire suffisamment de gains de productivité dans les administrations pour arriver que les nouvelles technologies informatiques en particulier permettent de faire des gains de productivité tels qu'il n'y a pas besoin d'augmenter les emplois dans la fonction publique. Sachant que, par ailleurs, on ne peut pas répondre à tous les besoins par des dépenses publiques et par des créations d'emplois. Tous les besoins ne peuvent pas être satisfaits parce que les dépenses publiques ne peuvent pas augmenter indéfiniment, parce qu'un jour ou l'autre, il faudra reprendre le contrôle de la dette publique.

Et donc, un jour ou l'autre, il faudra bien soit maîtriser les dépenses, soit augmenter les impôts.

4:51
Présentateur

Alors, justement, un jour ou l'autre, le Haut Conseil des Finances Publiques, lui, qui est rattaché à la Cour des Comptes, a mis un avis assez critique sur ce budget. Il juge que la trajectoire budgétaire est, je cite, peu ambitieuse. Dans ce que vous dites, je comprends que vous partagez cette analyse.

5:05
Invité politique

Alors, je partage cette analyse. Il y a deux éléments dans l'avis du Haut Conseil. Il y a d'une part le fait que les prévisions de croissance de l'activité économique sur laquelle le gouvernement se fonde pour faire ses prévisions de recettes fiscales, etc., sont trop optimistes. 1%. Voilà, 1%, par exemple, 1% de croissance en 2023. Maintenant, on peut penser que ça va plutôt être zéro si ce n'est pas un chiffre négatif. Il y a des prévisions qui commencent à être négatives. Donc, 1%, c'est quand même très optimiste. Et c'est pareil pour les années qui suivent, 2024, 2025, 2027, les prévisions du gouvernement sont optimistes.

Et ensuite, ce que dit le Haut Conseil, c'est qu'en effet, avec ces prévisions optimistes d'activité de croissance, on aurait pu s'attendre à une réduction plus forte du déficit public. Et en effet, dans ces conditions, le Haut Conseil dit, compte tenu de ces prévisions, la réduction du déficit n'est pas assez ambitieuse. Et il a raison.

5:57
Présentateur

Est-ce qu'en même temps, est-ce qu'on souhaite aujourd'hui une réduction du déficit ? On voit que les dépenses publiques, cette politique-là, elle est partagée partout. Quand on voit même la conservatrice, l'East Trust, en Grande-Bretagne, qui va faire financer par l'État les factures énergétiques des ménages. On voit bien que le temps n'est pas à la réduction des déficits.

6:14
Invité politique

Alors, comme je disais tout à l'heure, je suis d'accord sur l'idée de dire que dans ces situations de crise, il peut y avoir des dépenses exceptionnelles, temporaires, ciblées, etc. Et remettre peut-être à plus tard la réduction des déficits. Et si l'année prochaine, on a une croissance qui est nulle, etc., les recettes publiques n'augmenteront pas. Donc, le déficit va s'accroître mécaniquement. Et ça ne sera certainement pas le moment, en effet, de le réduire l'année prochaine, surtout si on est en récession. Tous les pays de l'OCDE vont faire la même chose.

Donc, si en effet, la crise continue l'année prochaine, on va avoir les déficits publics augmenter partout et la dette publique partout. Ce n'est pas un problème. Le problème, c'est que le jour où les choses iront mieux, c'est ce que dit le Haut Conseil, et le gouvernement pense que ça va aller mieux, c'est là où il faut qu'il soit cohérent. S'il pense que ça va aller mieux dans les années 2023-2024-2027, à ce moment-là, il faudra reprendre le contrôle de la dette, réduire le déficit.

7:07
Présentateur

Et on vous réinvitera à ce moment-là. Merci François Eccal, ancien magistrat de la Cour des Comptes et fondateur du site Fipeco, invité éco de France Info ce soir.