Suicide de Camélia, budget... L'interview du ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
L'actualité de BFM première, Edouard Jeffrey, ministre de l'éducation nationale, merci d'être avec nous en plateau. Monsieur le ministre, on va parler du budget bien sûr dans un instant, mais l'actualité de votre ministère, elle est aussi dramatique, il faut le dire. On va commencer par parler de Camélia. Camélia, cette élève du lycée Balzac de Mitrimori en Seine-et-Marne, qui s'est suicidée mardi dernier percutée par un train. Elle avait 17 ans. Selon sa famille, elle était la cible de harcèlement dans son lycée. La direction était au courant. Et vous avez demandé l'ouverture, vous, une enquête administrative à l'inspection générale de l'éducation nationale.
C'est quoi les réponses que vous attendez ?
Alors, effectivement, j'ai ordonné, dès que j'ai appris les faits, une enquête de l'inspection générale. Donc il y a deux inspecteurs généraux qui sont complètement indépendants et qui seront dès lundi matin dans l'établissement. L'objectif, c'est simplement de savoir ce qui s'est passé et d'avoir toute la chaîne des événements et de voir aussi quelle a été la réaction de l'institution. Moi, évidemment, ma charge, elle n'est pas pénale. Il y a un juge judiciaire pour ça. Mais en revanche, ma responsabilité, c'est de l'organisation de l'institution. Donc comment le lycée a été organisé ? Comment les choses ont été prises en main ? Et qu'est-ce qu'on peut faire ?
Parce qu'au-delà des questions administratives, vous savez, nous, éducation nationale, on se lève tous les matins pour nos élèves. Et quand un drame comme ça arrive, c'est un drame atroce, évidemment, et je ne peux qu'adresser mes pensées à la famille et aux proches de Camélia, mais c'est un drame, en fait, pour toute la communauté éducative. On ne peut pas accepter qu'un de nos élèves mette fin à ces gens. Voilà, c'est jamais possible. Et donc j'ai demandé cette enquête pour y voir clair et tirer toutes les conséquences à la fois individuelles et collectives.
C'est d'autant moins acceptable que ce jour-là, il y a eu un entretien entre l'élève et le proviseur de l'établissement. Vous avez rencontré hier la communauté éducative, évidemment, qui est sous le choc. Mais est-ce que c'est un élément qui vous interpelle, vous aussi, cette rencontre ?
L'un des enjeux, c'est quand même de savoir ce qui s'est passé aussi pendant cette rencontre. Les faits dont j'ai connaissance sont, j'allais dire, trop confus pour que j'y vois clair. Mais tout l'enjeu, justement, de cette enquête, ce sera de les établir avec une grande précision pour savoir ce qui s'est passé. Aujourd'hui, honnêtement, c'est trop tôt pour qualifier les faits. Donc je ne peux pas le faire. Mais dans quelques jours ou quelques semaines, on pourra revenir vers vous pour vous dire exactement ce qui s'est passé.
Une question plus générale, vous avez fait de la lutte contre le harcèlement scolaire une des priorités de votre ministère. Est-ce qu'aujourd'hui, tous les établissements scolaires appliquent le dispositif phare qui, justement, est le dispositif mis en place pour lutter contre le harcèlement ?
D'abord, peut-être juste un mot pour nos téléspectateurs et nos éditeurs, c'est que phare, c'est un dispositif qui permet de prévenir, d'identifier, parce que vous savez que c'est difficile d'identifier le harcèlement, et ensuite de sanctionner et de réagir. En principe, il est mis en place dans tous les établissements, dans toutes les écoles. Je dis bien en principe. La question est de savoir s'il est mis à 100%, c'est-à-dire s'il y a effectivement une équipe ressource avec des personnels formés, etc. Ça sera l'un des enjeux de l'enquête, notamment ici. Pour l'instant, je ne sais pas le dire avec précision sur le cas d'Espèce, mais c'est l'un des enjeux de l'enquête.
Mais en principe, il a vocation à être mis en oeuvre partout. Et évidemment, c'est un combat en réalité de chaque jour, parce que chaque rentrée est différente, chaque équipe est différente. Et on a une exigence collective de se mettre, dans le fond, constamment au niveau en matière de tout au harcèlement.
Au-delà de cette histoire bouleversante pour tous les parents d'élèves, parce que tous les corps enseignants, évidemment, ça résonne chez tout le monde. Il y a les questions budgétaires aussi qui occupent l'actualité en ce moment, et au sein de votre ministère également, Bruno. Oui, alors on a eu les annonces hier soir de Sébastien Lecornu, qui a parlé d'un nouveau budget. Et alors visiblement, ce nouveau budget vous concerne, puisqu'on parle de 2000 postes supplémentaires, ce qui, évidemment, pour certains téléspectateurs qui nous écoutent, est plutôt une bonne nouvelle. En revanche, c'est peut-être une mois bonne sur le coût que ça va représenter.
Est-ce que vous savez combien ça va représenter en termes de coût supplémentaire pour l'État ?
Alors, d'abord, il y a une ligne qui constante depuis le début, c'est que ce budget, c'est un budget pour la jeunesse et pour l'avenir. Vous savez que l'Education nationale est l'un des seuls ministères dont le budget est en hausse. Avec la défense. Avec la défense. Donc, on protège et on investit sur l'avenir, première chose. Deuxième chose, effectivement, le Premier ministre a annoncé hier qu'il y aurait 2000 postes supplémentaires sur l'école inclusive. Donc, concrètement parlant, c'est 2000 postes d'AESH, donc des accompagnements d'enfants en situation de handicap. Donc, c'est un coût de plusieurs dizaines de millions d'euros.
Donc, c'est fléché vers ces établissements ?
Tout à fait. C'est fléché vers l'école inclusive, vers les élèves, tout simplement. L'accompagner nos élèves, vous savez que c'est un enjeu aujourd'hui assez majeur. On a une très forte croissance des élèves qui ont droit à un accompagnement humain. On a parfois du mal à suivre. Et donc, budgétairement, on se met en situation de pouvoir suivre, de pouvoir embaucher, concrètement.
On a des lignes, on sait combien vont coûter certaines mesures du Premier ministre, mais il n'a pas donné de coût pour ça, pour cet enveloppe.
On est en train de l'évaluer, mais c'est de l'ordre de plusieurs dizaines de millions d'euros.
On n'a pas de budget depuis quelques mois, on en a beaucoup parlé. Est-ce que, vous, ça perturbe au quotidien le fonctionnement de votre ministère ? Et de quelle façon ?
Alors, moi, je suis dans une situation qui est un peu embêtante. Je ne vous gâche pas. Ça ne perturbe pas l'école tout de suite. Aujourd'hui, tout le monde va à l'école, tout se passe bien. Mais chez nous, la rentrée, elle se prépare en fait depuis le mois de décembre. Normalement, depuis le mois de décembre, je devrais avoir les moyens identifiés. Ils devraient être actuellement indiqués aux établissements pour qu'ils puissent préparer la rentrée, parce que derrière, ça déclenche tout le mouvement d'affectation des professeurs. Donc, pour avoir un professeur devant chaque élève à la rentrée, normalement, j'ai un budget au 1er janvier. Première chose.
Et deuxième chose, j'ai un nouveau concours cette année en L3. Donc, j'ai 88 000 étudiants de licence 3 qui sont inscrits à des concours actuellement.
On en parlait ce matin.
Et je ne suis pas sûr de pouvoir leur faire passer le concours. Pas certain.
Parce que, si on explique à notre téléspectateur, on ne peut pas faire de nouvelles dépenses par rapport à les dernières. On est sous le coût de la loi spéciale. Donc, si vous n'avez pas de budget d'ici le mois de mars, vous ne pourrez pas organiser ce concours. Absolument. Ces concours, ils commencent début mars.
Pour les organiser, enfin pour les ouvrir plus exactement, il faut que je sois autorisé à le faire par la loi de finances. Tant que je ne le suis pas, je ne peux pas les ouvrir. Autrement dit, aujourd'hui, et je voudrais quand même rassurer nos étudiants, les salles sont réservées.
Ils sont en train de plancher, en attendant, monsieur le ministre. Ils sont en train de préparer ce concours.
Les salles sont réservées, les sujets sont prêts, les surveillants sont recrutés. On est tous prêts. Mais s'il n'y a pas de budget au mois de mars, il n'y aura pas de concours. Mais si au 1er mars, je n'ai pas de budget, je ne sais pas organiser les concours. D'où le fait que j'en ai quand même besoin. Donc voilà, je suis dans une double seringue, si je peux dire, en termes de course contre la montre. Et c'est pour ça que les annonces du Premier ministre hier, qui une fois encore en responsabilité orientent le budget vers la jeunesse, vont pouvoir, j'espère, un peu contribuer à débloquer cette situation.
Parce que sinon, on a quand même 88 000 étudiants qui se préparent avec cette petite incertitude.
Et c'est juste pour ce concours-là où il y a d'autres concours d'enseignants, d'autres dispositions qui vont entraver le fonctionnement du ministère de l'Éducation et de l'Assemblée ?
Non, les autres concours, je sais les organiser parce qu'ils ne sont pas nouveaux. Ce qui doit être autorisé par le Parlement sont ce qu'on appelle les mesures nouvelles. Les mesures nouvelles. Comme ce concours, c'est la première fois qu'on l'organise, j'ai besoin d'autorisation formelle du Parlement pour le faire. Sinon, je ne suis pas constitutionnellement autorisé à le faire, tout simplement.
Un dernier mot, M. le ministre. D'après l'INSEE, on en a beaucoup parlé en France. L'an dernier, il y a eu plus de décès que de naissances. C'est la première fois depuis 1945. Ça va forcément avoir une conséquence sur nos écoles, non ?
Ça en a nécessairement. Moi, vous savez, je tire la sonne d'alarme depuis que je suis ministre, et on était même avant dans un cadre plus confidentiel, sur la démographie. On aura perdu 2 millions d'élèves d'ici, grosso modo, 2040. L'élève qui est né ce matin, l'enfant qui est né ce matin, quand il passera son bac, il y aura 20% d'élèves en moins au système éducatif. On est à 12 millions actuellement, à peu près. Voilà, et on sera à moins de 10 millions. Donc, on a besoin de se préparer. Hier, d'ailleurs, j'étais dans le Rhône pour en parler au niveau, notamment, de la ruralité. On a besoin de se préparer, on a besoin d'anticiper.
Parce qu'une école avec 20% d'élèves en moins, c'est une école qui doit un peu se réorganiser un petit peu.
Ça va dégraisser le mammouth naturellement, alors ?
Je déteste cette expression. Oui, mais elle a existé, vous saviez qu'elle a été employée par l'écesseur. Ça, c'est, je crois, la seule trace que j'ai gardée de ce point de vue-là de la personne qui l'a prononcée. Je déteste cette expression. Il n'y a pas plus agile au quotidien qu'un professeur devant sa classe, devant ses élèves. Donc, voilà, pardonnez-moi, mais ça, c'est vraiment un truc que je n'arrive pas à laisser passer. Mais par contre, non, mais ça invite aussi à une forme d'innovation dans les territoires. Et une fois encore, hier, j'étais dans des territoires éducatifs ruraux. C'est extraordinaire ce qui se passe avec les élus.
Et je crois qu'il y a une prise de conscience collective pour que notre école continue à être vitale pour le territoire.
Merci beaucoup, monsieur le ministre.
Édouard Geffray