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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 2 octobre 2026 45 minComplaisantPortrait personnelCulture, médias & sportSolidarités & familleTravail & emploiInstitutions & élections

Faire une place au vide. Adèle Van Reeth est l’invitée des Matins

Au micro : Marguerite Caton Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 80 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:06OuverteRéponse directe

    Bonjour Adèle Van Reeth.

  • 0:28OuverteRéponse directe

    Dites-nous simplement pour commencer ce que cela vous fait.

  • 1:46FerméeRéponse partielle

    C'est un constat d'échec définitif quant à la possibilité même de conjuguer vie professionnelle et maternelle pour les femmes ?

  • 4:50OuverteRéponse directe

    À quoi peut servir alors Blaise Pascal face à ce vide métaphysique ?

  • 11:09OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que peut apporter le monde spirituel aux athées, si ce n'est la foi ?

  • 15:50OuverteRéponse directe

    Quelles relations entretenez-vous avec cette narratrice ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:56InvitéFait
    « Non, pas définitif. »
  • 2:42InvitéFait
    « L'idée n'est pas de dire que les deux sont impossibles à mener de front. »
  • 4:10InvitéFait
    « Au fond, c'est un livre sur le déni. »
  • 5:11InvitéFait
    « Alors, ce qui est intéressant avec le vide, c'est qu'à la différence de ces synonymes, le néant, le rien ou la vacuité, l'existence du vide a été prouvée par le philosophe Blaise Pascal. »
  • 9:30InvitéFait
    « je ne suis pas croyante, et pourtant Pascal me parle énormément, et j'aimerais montrer à quel point Pascal peut nous aider, même si l'on ne croit pas en Dieu. »
  • 10:04InvitéFait
    « Et Pascal nous dit que, enfin moi je me sers de Pascal pour montrer que cette pensée du divertissement, qui est absolument indispensable, on a tort de penser que Pascal condamne le divertissement. »
  • 22:19InvitéFait
    « C'est une question à laquelle je ne peux pas répondre directement donc je suis partie voilà. »
  • 23:24InvitéFait
    « Quand on m'a proposé de prendre la direction de France Inter ça faisait plus de 15 ans que j'étais à France Culture. »
  • 26:39InvitéFait
    « Platon encourage les philosophes à prendre le pouvoir et vous savez pourquoi parce qu'il dit que finalement le pouvoir bien compris doit être exercé par des personnes qui font passer leur intérêt personnel après l'intérêt collectif. »
  • 29:24PrésentateurFait
    « la suppression de l'émission de Charline Vanhoenacker »
  • 29:25PrésentateurFait
    « la suspension du Maurice Guillaume Meurice »
  • 29:28PrésentateurFait
    « le remplacement d'éditorialistes politiques et Helgause »
  • 31:00InvitéFait
    « une crise ne se règle pas, elle se gère »
  • 34:35InvitéFait
    « le pouvoir ne repose sur rien »
  • 40:34InvitéFait
    « l'être humain est peut-être dépassé par une invention à laquelle il a lui-même procédé »

Temps de parole

  • Invité66 %
  • Présentateur20 %
  • Invité 29 %
  • ?3 %

≈ 19,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:02
Locuteur

Les

0:03
Présentateur

Matins de France Culture, Marguerite Caton. Bonjour Adèle Van Rett. Bonjour Marguerite Caton. Je vous remercie d'être venue ce matin à nous parler de votre dernier livre, Une heure à soi, c'est aux éditions Gallimard. J'espère que les auditeurs seront heureux de vous entendre. Vous avez animé leur matinée dans les chemins de la connaissance puis de la philosophie durant de longues années avant de prendre la direction de notre grande voisine France Inter où l'on peut dire vous vous êtes en quelque sorte brûlé les ailes. On aura le temps d'en parler. Dites-nous simplement pour commencer ce que cela vous fait. Vous trouvez de nouveau derrière ce micro violet aux couleurs de France Culture.

Cela crée-t-il un peu de nostalgie, un peu de regret ou juste du plaisir à Adèle Van Rett

0:39
Locuteur

? J

0:40
Invité

'ai l'impression de revenir à la maison

0:41
Locuteur

quand

0:42
Invité

j'animais les chemins de la philosophie.

0:45
Locuteur

Tous

0:45
Invité

les jours, je me souviens de ce rituel d'une émission quotidienne qui est en l'occurrence de 10h à 11h. J'étais en studio et je me souviens que

0:52
Locuteur

quoi

0:53
Invité

qu'il se passait dans ma vie à ce moment-là, pendant une heure, tout le reste s

0:57
Locuteur

'est

0:57
Invité

suspendu et je me sentais chez moi. J'avais vraiment cette sensation d'être dans un espace sûr où il y aurait autant de liberté que de savoir, que de transmission, que de joie. Et d'avoir cette garantie quotidienne est vraiment quelque chose qui m'a manqué ensuite.

1:12
Présentateur

Finalement, c'était déjà un peu une heure à vous. C

1:14
Locuteur

'est vrai. Votre livre,

1:16
Présentateur

une heure à soi emprunte

1:17
Locuteur

une trame.

1:18
Présentateur

Voilà, et avec les invités des auditeurs,

1:20
Locuteur

vous avez

1:20
Présentateur

raison. Le récit est assez simple dans sa trame. C'est l'histoire d'une mère de famille débordée par un quotidien personnel et professionnel, aux rythmes impossibles. Et elle se retire dans un monastère pour se reposer quelques jours et pour écrire un livre. Tout ce récit est enrichi de notations introspectives, de réflexions philosophiques. Partons de cette question d'un quotidien intenable. Vous dites, la narratrice le décrit comme épuisant, quotidien de mère et de travailleuse. C'est un constat d'échec définitif quant à la possibilité même de conjuguer vie professionnelle et maternelle pour les femmes ?

1:56
Invité

Non, pas définitif. En revanche, le point de départ du livre est une réflexion sur le vide.

2:01
Locuteur

Et

2:02
Invité

à partir de la réflexion sur le vide et l'ambivalence que nous entretenons avec le vide, à savoir que le vide est sans doute la chose que nous fuyons le plus dans nos existences, et parce que nous le fuyons, nous cherchons à le remplir en permanence. Et cette ambivalence-là m

2:14
Locuteur

'a

2:14
Invité

beaucoup intéressée. Et je me suis rendu compte qu'un philosophe comme Blaise Pascal avait beaucoup de choses à en dire. Et donc dans le livre, j'avais comme des comptes à régler avec Pascal, à qui j'ai envie de donner tort et qui en même temps me séduit beaucoup. Et pour incarner cette réflexion autour du vide, j'ai eu besoin de mettre en scène cette narratrice qui ressemble beaucoup à celle que j'ai été ces dernières années, qui en effet est débordée par une vie familiale très prenante et une vie professionnelle

2:39
Locuteur

très

2:40
Invité

exigeante. Et l'idée n'est pas de dire que les deux sont impossibles à mener de front. En revanche,

2:47
Locuteur

il

2:48
Invité

me semble important, après des années de combat féministe, où on a encouragé les femmes à se saisir de postes importants en disant « Mais vous pouvez le faire aussi, même si vous avez des enfants ». Et c'est sans doute pour ça que de mon côté, j'ai aussi accepté la direction de France Inter, il me semblait important de dire « Attention, ça a un prix,

3:05
Locuteur

ça

3:06
Invité

a un coût » en fait d'essayer d'être aussi présente au travail qu'à la maison. Et ce coût, bien souvent, c'est un sacrifice et ce sacrifice, c'est soi-même. Or, si on se sacrifie soi-même, on ne peut plus continuer à vivre de la même façon. Et je pense que j'aurais aimé avoir ce type de discours et d'échange avant d'entrer dans cette vie-là, avec des fonctions très prenantes et des enfants en bas âge. Et donc, c'est pour ça que je me permets de le dire, non pas pour dissuader les autres femmes, mais pour dire « Attention, la vérité est parfois plus piquante que ce qu'on veut en dire

3:34
Présentateur

». Ce coût, ce n

3:35
Locuteur

'est

3:35
Présentateur

pas seulement soi-même en fait, c'est aussi les enfants. Vous dites « Je les couve de bisous et de câlins » pensant que l'assurance de mon amour suffira à les calmer, mais ce qui leur manque, ce n

3:42
Locuteur

'est

3:42
Présentateur

pas de l'amour, c'est un parent disponible. Ce qui leur manque, c'est tout simplement du temps.

3:48
Invité

Oui, alors ça, c'est ce qui manque à tout le monde. Et je pense que chaque parent aura fait cette expérience. Les parents qui travaillent, c'est quand même extrêmement courant et banal. Et chaque parent aura été tiraillé entre différents domaines de l'existence. Mais moi, ce qui m'intéresse,

4:02
Locuteur

c

4:02
Invité

'est de voir comment toutes les réflexions qu'on peut élaborer sur notre propre existence, de manière plus ou moins consciente, sont faites de dénis. Au fond, c'est un livre sur le déni. La narratrice, vous l'avez dit au début du livre, quand elle décide de partir, vous dites « Elle veut se reposer dans un monastère, mais elle ne sait pas pourquoi elle part.

4:18
Locuteur

» Et

4:19
Invité

elle ne sait pas pourquoi elle va dans un monastère. Elle sent que sa vie, qu'elle a choisi, tant dans sa vie personnelle que dans sa vie professionnelle, la vide est de l'intérieur. C'est un sentiment très étrange, et peut-être nos éditeurs l'auront-ils ressenti. Et justement, très souvent, on s'en prémunit, parce que c'est très effrayant de se rendre compte qu'une vie qu'on a choisie et qui semble nous combler, au fond, à un moment, non seulement ne nous satisfait plus, mais semble creuser comme un gouffre à l'intérieur. Et c'est tellement effrayant qu'on préfère se voiler la face.

4:50
Locuteur

Est

4:50
Présentateur

-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur ce sentiment de vide ? Et peut-être un petit mot de lexique. Est-ce que c'est la même chose ? D'habitude, on parle plutôt de sentiment de vacuité. Moi, je connais le sentiment de vacuité, l'idée qu'on s'agite un peu de manière désordonnée et que finalement, ça

5:04
Locuteur

ne

5:04
Présentateur

donne pas de sens à la vie. Est-ce que c'est comme ça que vous définiriez le sentiment de vide ? Est-ce que c'est exactement la même chose

5:10
Locuteur

?

5:11
Invité

Alors, ce qui est intéressant avec le vide, c'est qu'à la différence de ces synonymes, le néant, le rien ou la vacuité, l'existence du vide a été prouvée par le philosophe Blaise Pascal, qui en plus d'être philosophe était également scientifique. Et au XVIIe siècle,

5:25
Locuteur

il

5:26
Invité

met en place une expérience, je ne

5:27
Locuteur

vais

5:27
Invité

peut

5:27
Locuteur

-être

5:27
Invité

pas la raconter en détail, mais qui prouve l'existence physique du vide. Et c'est un moment clé dans l'histoire de la pensée, parce qu'avec cette expérience-là, il va créer ce qu'on appelle aujourd'hui la science physique. Avant lui, la science reposait davantage sur des syllogismes, un raisonnement, disons, plus de l'ordre rationnel. Aristote lui-même, si on remonte jusqu'aux anciens, affirmait que la nature a horreur du vide.

Et Pascal dit dans un texte que je vous conseille de lire, qui est vraiment très court, qui est la préface au traité du vide, il dit, mais attention, lorsque Aristote dit que la nature a horreur du vide, il bloque des générations ensuite pendant des siècles et des siècles dans leur exploration scientifique, parce que par respect pour les anciens, on n'ose pas lui donner tort. Et Pascal va lui donner tort. Grand rebelle. Mais justement, et ce texte, la préface au traité du vide, est un appel à l'irrévérence et à l'irrespect envers nos anciens, au nom justement du progrès scientifique et du progrès de la pensée.

6:18
Locuteur

Et

6:19
Invité

j'adore cette manière de provoquer l'histoire même de la science et de la pensée pour apporter une nouvelle connaissance, prouvant par là l'existence du vide, grâce au fait de prouver la pression atmosphérique, qui se mesure aujourd'hui en Pascal, en unité Pascal. Et le fait de prouver le vide montre qu'il

6:36
Locuteur

y

6:36
Invité

a un fondement qui lui-même est empirique. C

6:39
Locuteur

'est

6:39
Invité

-à-dire que le vide n

6:40
Locuteur

'est

6:40
Invité

pas simplement un sentiment, c'est une existence. Et ça change tout en philosophie, de savoir qu'un concept a été prouvé physiquement, parce que ça veut dire justement que ce n

6:48
Locuteur

'est

6:48
Invité

pas qu'une sensation, qu'un sentiment, pour répondre à votre question sur la vacuité. Ce qu'on ressent, le vide intérieur en réalité, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il n'est pas sans lien avec le vide extérieur qu'on veut combler. Si on part du principe que le vide nous effraie et qu'une grande partie de notre existence revient à combler le vide, d'ailleurs j'invite les auditeurs à faire cette expérience, s'ils pensent à la journée qui les attend, à la semaine prochaine, à ce week-end, aux prochaines vacances,

7:13
Locuteur

quelle

7:13
Invité

part des activités qui sont déjà prévues relèvent du plaisir réel ou de l'intérêt réel et quelle part relèvent du remplissage du vide. Rien n'est plus effrayant que de se retrouver face à rien, parce qu

7:23
Locuteur

'on

7:23
Invité

se retrouve face à soi-même. Et au fond, ce vide nous effraie tellement

7:26
Locuteur

qu

7:27
Invité

'on va vouloir le remplir à tout prix. On veut le combler, donc on se sature d'activités tout aussi légitimes les unes que les autres, professionnelles, personnelles, artistiques, à vous de voir. Et en fait, plus on remplit ce vide à l'extérieur, plus on le creuse à l'intérieur. Ce sont des vases communicants. Pour une raison très simple,

7:45
Locuteur

pour

7:45
Invité

remplir le vide à l'extérieur de notre vie, il faut mettre beaucoup d'énergie. Et plus on puise à l'intérieur de l'énergie pour remplir le vide, plus on le creuse à l'intérieur, ce vide. Et donc en fait, c'est un cercle vicieux qui fait qu

7:56
Locuteur

'une

7:56
Invité

vie excessivement remplie et débordée est souvent une vie qui, à l'intérieur, a cette sensation du vide qui est sans doute bien réelle, mais qu'on n'arrive pas à explorer, parce que pour se protéger de ce vide, on est dans un jeu de dupe, on se ment à soi-même et on est dans le déni.

8:10
Locuteur

Oui,

8:11
Présentateur

à quoi peut servir alors Blaise Pascal, dont vous vous rappelez qu'il est le découvreur du vide physique et puis l'un de ses explorateurs en morale. À quoi peut-il servir aujourd'hui face à ce vide métaphysique qui n'est pas complètement un sentiment psychologique, mais un problème métaphysique ? À quoi vous a-t-il servi ? Ou sert-il à votre narratrice

8:27
Locuteur

?

8:28
Invité

En fait, ce qui est génial avec Pascal, c'est que c'est celui qui, du côté scientifique, prouve l'existence du vide. Du côté métaphysique, montre à quel point l'homme sans Dieu est absolument vide et à aucun moment il ne

8:38
Locuteur

fait

8:38
Invité

le lien entre les deux. Ça m'a toujours fasciné. C'est que lui-même ne crée pas de lien entre le vide existentiel et le vide physique. Et pourtant, ça saute aux yeux quand on le lit de près. Pascal est le penseur du divertissement. Par divertissement, il faut entendre de manière étymologique ce qui nous divertit, c'est-à-dire ce qui nous détourne de quelque chose. Quand vous êtes avec un ami qui est triste, vous voulez le divertir, vous faites prendre des détours à sa tristesse. Vous proposez une voie alternative de manière à ne pas prendre de plein fouet ce qui le blesse. Le divertissement, c'est une manière de remplir nos vies pour ne pas penser, pour ne pas voir le vide en face.

Au fond, ce que nous dit Pascal, et c'est pour ça que je l'aime tant, et c'est pour ça qu

9:16
Locuteur

'il

9:16
Invité

m'agace, parce que je pense qu'il a raison, c'est que l'homme sans Dieu,

9:20
Locuteur

parce

9:20
Invité

que Pascal est croyant, et le but des pensées de Pascal,

9:23
Locuteur

c

9:23
Invité

'est de nous conduire

9:23
Locuteur

à

9:24
Invité

Dieu, c'est ce qu'on appelle un projet apologétique, je ne suis pas croyante, et pourtant Pascal me parle énormément, et j'aimerais montrer à quel point Pascal peut nous aider, même si l'on ne croit pas en Dieu. Pascal nous dit que l'homme sans Dieu est un homme misérable. Il s'approche de nous, c'est comme s'il retirait le masque collé sur notre visage et disait, regarde, c'est ça que tu es. Et au fond, tu es un homme plein de contradictions, ou une femme, enfin tu es un être humain plein de contradictions. Tu es souvent misérable, tu as le cœur creux et plein d'ordures, il ne nous ménage pas, il est

9:52
Locuteur

hyper dur. Vous n'êtes pas

9:52
Présentateur

d'accord avec lui, vous n

9:53
Locuteur

'aimez

9:53
Invité

pas cette idée

9:54
Locuteur

du cœur creux et plein d'ordures. Alors j'aime pas ça, mais en fait comme par ailleurs,

9:56
Invité

il y a peu de philosophes qui ont une telle finesse psychologique, anthropologique, politique également, je sais qu'il a raison et donc ça m'agace. Et Pascal nous dit que, enfin moi je me sers de Pascal pour montrer que cette pensée du divertissement, qui est absolument indispensable, on a tort de penser que Pascal condamne le divertissement. Il dit nous n'avons pas le choix. Pourquoi ? Nous sommes nés sans demander à naître, nous savons tous que nous allons mourir et la vie entre les deux n'a aucun sens. Pardon pour ce constat très glacial de bon matin, mais c'est bon, c'est généralement ce qu'on apprend assez vite quand on fait de la philosophie.

Et justement, il me semble que c'est ce qui donne tout son prix à l'existence et tout son intérêt, parce qu'alors on peut nous-mêmes fabriquer ce sens-là.

10:34
Locuteur

Mais

10:35
Invité

cette vérité-là est si difficile à accepter que nous avons besoin de stratégies d'esquive et de déni pour tenir bon. Nous vivons une société de divertissement.

10:45
Locuteur

Mais

10:45
Invité

cette société de divertissement n'est pas une société de la médiocrité culturelle, comme on veut le dire. C'est une société du déni. C'est une société qui, pour tenir bon, a besoin de ne pas toujours se regarder en face et il faut être indulgent avec ça.

10:56
Présentateur

Et donc, votre narratrice emporte Pascal avec elle dans son monastère. Et là, elle ne découvre pas Dieu, ni l'infini. Elle découvre à peine le repos. Qu'est-ce que peut apporter le monde spirituel aux athées, si ce n'est la foi, Adèle Van Rett

11:10
Locuteur

? Alors,

11:12
Invité

j'ai trouvé un ressort comique, déjà. Je trouvais ça assez cocasse que cette narratrice qui est complètement athée et qui n'a aucune forme de transcendance en elle et qui n'aime rien tant que se battre avec des philosophes qui l'accompagnent depuis longtemps mais à qui elle veut toujours donner tort, à tort ou à raison d'ailleurs, se retrouve dans un monastère. Et d'ailleurs, je mets en scène justement dans le livre l'opacité des raisons pour lesquelles elle se retrouve dans un monastère. Au départ, elle se dit que c'est pour donner tort à Pascal. Vous vous souvenez de la phrase de Pascal qu'on a beaucoup citée pendant le confinement ?

Rien n'est plus difficile pour un homme que de rester en repos dans une chambre.

11:41
Locuteur

Et

11:42
Invité

elle se dit, mais non, rien n'est plus enviable que de rester en repos dans une... Voilà, vous voyez, ça fait envie à tout le monde. Et en fait, elle se rend compte

11:50
Locuteur

qu

11:50
Invité

'en arrivant au monastère où elle pensait vivre une expérience de dénuement, de dépouillement, de silence, de solitude, elle ne se retrouve pas du tout en repos dans une chambre. Déjà parce qu'il ne suffit pas d'être seule entre quatre murs pour être en repos. La rumination est souvent permanente. Si ce n'est pas la rumination, c'est les interruptions suscitées par le téléphone qui aujourd'hui nous accompagne partout. Bref, il est très difficile de trouver le repos. Mais surtout,

12:14
Locuteur

et

12:14
Invité

là je déconstruis un mythe parce que c'est quelque chose qui est très en vogue aujourd'hui de partir en retraite de silence, de yoga ou dans un monastère. Attention, il y a peu d'endroits aussi pleins, j'irais presque à dire agités, qu'un monastère. Au fond,

12:28
Locuteur

ce

12:28
Invité

qu'elle réalise, et c'est assez cocasse, c'est que sa vie de femme qui travaille beaucoup et qui s'occupe de ses enfants et qui est tout le temps débordée ressemble beaucoup à celle des religieuses parce qu'on oublie que dans un monastère, il y a des personnes qui y vivent, qui s'occupent du monastère et qui travaillent. Et quand elle voit autour d'elle toutes les religieuses s'agitaient du matin au soir à faire la vaisselle, la cuisine, à travailler dans les champs, à tenir la boutique, à prier, etc. Elle se dit, mais au fond, si des femmes aussi différentes de moi sont aussi débordées, c'est donc bien

12:57
Locuteur

que

12:58
Invité

le vide est universel, que la fuite qu'engendre la prise de conscience du vide est universelle. Et à partir de là, elle va essayer de mener l'enquête, elle va essayer de comprendre quel est ce vide que les religieuses elles-mêmes veulent fuir, est-ce le même qu'elles-mêmes veulent fuir.

13:11
Locuteur

Ça,

13:11
Présentateur

c

13:11
Locuteur

'est

13:11
Présentateur

le premier ressort comique, vous dites, de situer cette quête au sein du monastère. Cela dit, ça n'épuise pas complètement cette question de la spiritualité. Elle rencontre cette mère supérieure avec laquelle, finalement, elle développe une vraie relation humaine qui lui dit,

13:31
Locuteur

qui

13:31
Présentateur

n'essaye pas de la convaincre, mais qui quand même lui dit, attention, tu vas bientôt sentir, je ne

13:37
Locuteur

vais

13:37
Présentateur

pas dévoiler la fin du livre, mais tu sentiras qu'il y a quand même un monde au-delà de ton monde. Elle n'en

13:42
Invité

croit pas un mot. En fait, cette rencontre avec la révérende mère est une des scènes que j'ai préférée écrire dans le livre parce que c'est un dispositif narratif formidable d'avoir cette personne, cette narratrice qui est un peu dans la provocation, elle aussi, qui n

13:59
Locuteur

'est

13:59
Invité

pas à l'aise avec cette révérende mère. Déjà, c'est une mère qui n

14:02
Locuteur

'est

14:02
Invité

pas une mère,

14:03
Locuteur

c'est bizarre. Voilà, révérende, elle

14:04
Invité

n

14:04
Locuteur

'a

14:04
Invité

pas du tout envie de faire la révérence que les autres visiteuses dans le monastère lui font la révérence, lui baissent les mains, elle dit, mais pas du tout, moi, je ne mange pas de ce pain-là, etc. Et elle va être désarçonnée et désarmée quasiment au sens littéral du terme dans les échanges qu'elle aura avec la révérende mère. Et ça va permettre le point de bascule qui arrive en effet plutôt vers la fin du texte où la narratrice va comprendre finalement de quoi est composé le vide. Et je reviens à votre question parce qu'elle est très importante sur la spiritualité. Au fond, c'est intéressant de voir comment,

14:34
Locuteur

à

14:34
Invité

constat égal de l'absurdité de l'existence, philosophie et religion proposent deux voies différentes. La religion est une manière d'apporter

14:44
Locuteur

au

14:44
Invité

moins une ébauche de réponses aux questions qui nous taraudent et qui nous dévorent. Encore une fois, le fait de ne pas savoir pourquoi nous sommes là ni ce qu'il y aura après la mort est quelque chose qui est assez insupportable. Et si on y pensait tous les jours, la vie serait invivable. La religion, à ce constat, apporte une forme de réconfort, peut-être de douceur.

15:01
Locuteur

Et

15:02
Invité

j'envie les religieuses qui elles-mêmes se disent mais voilà, elles savent quand même ce qui va se passer après la mort, il y aura quelque chose, elles ne

15:07
Locuteur

vont

15:07
Invité

peut-être pas complètement mourir. Et puis Dieu est la réponse à beaucoup de nos questions. À ce constat-là, la philosophie répond de manière très différente. C'est comme si elle choisissait la face, elle escalade l'existence par la face nord avec un piolet et un main nue.

15:20
Locuteur

Elle

15:20
Invité

se dit ces questions-là, tu vas passer ta vie à les formuler et tu n'auras pas de réponse. Mais le simple fait de parvenir à trouver les mots pour formuler ces questions, ce feu dévorant qui parfois te hape de l'intérieur,

15:35
Locuteur

c

15:35
Invité

'est ça qui va faire en sorte

15:37
Locuteur

que

15:37
Invité

tu trouveras une épaisseur et peut-être même un sens à ton existence. Et non pas du côté de la réponse mais du côté de la lucidité vis-à-vis de l'absence de réponse. C'est plus difficile,

15:47
Locuteur

c

15:47
Invité

'est plus exigeant mais je trouve ça très stimulant.

15:50
Locuteur

Pour

15:50
Présentateur

finir, Adèle Van Rett, quelles relations entretenez-vous avec cette narratrice

15:54
Locuteur

?

15:54
Présentateur

On lit partout dans la presse pour parler de votre texte un récit intime. Qu'en est-il

15:59
Locuteur

? En

15:59
Invité

fait, l'intime chez moi est une méthode d'écriture. Je fais le pari qu'en puisant dans l'intime, on touche l'intime du lecteur. C'est très simple. En

16:07
Locuteur

fait,

16:07
Invité

quand on écrit, on veut toucher les gens et plus on puise dans son intimité, plus on touche celle du lecteur.

16:12
Locuteur

C

16:12
Invité

'est le raccourci sans doute le plus efficace vers quelque chose de plus universel. J'ai besoin de cette narratrice,

16:17
Locuteur

de

16:17
Invité

ce jeu parce que je prône une philosophie incarnée qui part de l'expérience et qui va de l'expérience vers la pensée et non pas de la pensée vers l'expérience. Donc j'ai besoin d'un corps,

16:27
Locuteur

j

16:27
Invité

'ai besoin d'une narratrice. Et comme le dit Rousseau, comme le dit Henry David Thoreau, qui est un philosophe auquel je tiens beaucoup, c'est plus simple de me servir de mon expérience parce que c

16:35
Locuteur

'est

16:35
Invité

celle que je connais le mieux. Donc je puise dans la mienne mais au fond, savoir si j'ai vraiment vécu ça et à quel point ça me ressemble, je crois que c'est absolument secondaire. Le texte vaut pour lui-même.

16:43
Présentateur

Merci beaucoup Adèle Van Rett. On poursuit cet entretien dans une vingtaine de minutes. Je rappelle le titre de votre livre, Une heure à soi. C'est publié chez Gallimard et j'en cite une dernière phrase que j'aime bien pour finir. Je ne sais pas si j'en fais trop. Je crois surtout que je n'en dis pas assez. Voilà, c'est peut-être une nouvelle résolution. Parlez plutôt que se battre. Une résolution qui peut-être vaut pour tout le monde. Voilà, vous êtes sur France Culture. Il est 8h et c'est le journal. Et voici le billet politique, Stéphane Robert et l'inattendue contestation des lycéens.

17:17
Invité

Les lycéens ont surpris tout le monde à commencer par le gouvernement qui n'a pas vraiment vu venir la contestation démarrée il y a 10 jours dans quelques lycées de la banlieue parisienne. En quelques jours, elle s'est généralisée à tout le pays. Plus de 1000 établissements étaient concernés par des blocages hier et 400 d'entre eux garderont aujourd'hui porte-close avec pour les élèves la mise en place de cours à distance donnée par des professeurs en visioconférence. Le Premier ministre a donc pris la mesure de la contestation hier seulement en réunissant une cellule de crise à Matignon et en donnant pour consigne à ses ministres d'annuler tous leurs déplacements jusqu'à lundi prochain.

Ceci afin d'éviter de mobiliser des forces de l'ordre qui auront autre chose à faire dans les jours qui viennent que d'assurer la sécurité d'un convoi ministériel. Parallèlement à cela, le ministre de l'Éducation appelle un retour au calme indiquant qu'il recevra aujourd'hui dans la journée les associations lycéennes tandis que les services du Premier ministre justifient une répression musclée en affirmant que le mouvement aurait désormais basculé vers des violences urbaines. Plusieurs lycées ont en effet été dégradés, certains incendiés.

Ils accusent également la France insoumise et des mouvements d'ultra-gauche d'être à l'origine de la contestation en s'appuyant sur une note des services de renseignement de la préfecture de police de Paris que publie ce matin le journal Le Figaro. Cette note cite en particulier les jeunesses communistes révolutionnaires et révolutions permanentes.

18:31
Présentateur

Mais la surprise tient notamment au fait que ce mouvement a s'aimé très rapidement dans tout le pays.

18:35
Invité

Alimenté par des informations qui circulent à toute vitesse sur les réseaux sociaux tels que Snapchat, TikTok et Instagram mais elle tient aussi au fait qu'il est très difficile d'anticiper ce qui va fédérer la jeunesse dans une protestation généralisée.

18:48
Locuteur

Et

18:48
Invité

bien souvent le pouvoir central a tendance à sous-estimer la capacité de cristallisation des mouvements de jeunesse. Les mouvements de lycéens en France ne sont pas une nouveauté. D'importantes mobilisations se sont déroulées à la fin du XIXe siècle dans les années 1870-1880. A l'époque les lycéens s'insurgeaient contre la discipline parfois très rigide qui régnait dans les établissements. A partir des années 60 et plus particulièrement de 1968 dans le sillage de la révolte étudiante la contestation lycéenne se fait plus idéologique. On proteste contre l'ordre bourgeois. Ça change à partir des années 80.

A l'époque Jean-Pierre Chevènement décrète qu'il faut emmener 80% d'une classe d'âge jusqu'au baccalauréat. On construit alors des collèges et des lycées à toute vitesse. Les préfabriqués se généralisent pour répondre à la massification de l'enseignement secondaire qui en découle. Dès lors la contestation change de nature. Les mobilisations ne démarrent plus dans les centres-villes mais dans les banlieues et les lycéens protestent contre le manque d'enseignants et la vétusté des établissements. En cela le mouvement qui survient en octobre 1990 est assez emblématique et ressemble beaucoup par la nature des revendications à ce qui se passe aujourd'hui.

19:52
Présentateur

A l'époque le mouvement se déclenche suite au viol d'une jeune fille dans un lycée de Saint-Ouen.

19:56
Invité

La contestation est d'abord localisée et les revendications portent sur la sécurité dans les établissements scolaires. Mais très vite le mouvement se généralise. En quelques jours il gagne les lycées de toutes les grandes villes du pays et la nature des revendications évolue. Elles s'étendent au manque de surveillants à la vétusté des établissements et plus globalement au manque de moyens attribués à l'enseignement. Le gouvernement de Michel Rocard ne prend pas alors tout à fait la mesure de ce qui se passe. Il reçoit les organisations lycéennes et promet le recrutement de quelques milliers de surveillants.

Ça ne calme pas la contestation qui reprend de plus belle après les vacances de la Toussaint avec des manifestations qui se durcissent et dégénèrent. Finalement mi-novembre un mois après le début du mouvement le gouvernement Rocard cède et débloque des milliards de francs pour la rénovation des lycées. Depuis il y a

20:41
Locuteur

eu

20:41
Invité

bien d'autres mouvements de protestation dans la plupart des cas pour réclamer l'abandon d'une réforme portée par le gouvernement en place. Ce fut le cas en 2005 contre la réforme du baccalauréat défendu par François Fillon en 2006 contre le contrat première embauche de Dominique de Villepin ou encore en 2008 contre la réforme des lycées du ministre de l'éducation Xavier Darkos. A chaque fois le pouvoir exécutif fut contraint de reculer. Il est bien difficile aujourd'hui d'imaginer ce qu'il adviendra de ce mouvement démarré il y a quelques jours mais l'actuel gouvernement souffre d'un handicap majeur s'il devait être confronté à une contestation qui s'installe dans la durée.

Il n'y a plus d'argent dans les caisses de l'Etat et pour répondre aux revendications il dispose de marges de manœuvres financières quasiment inexistantes.

21:20
Présentateur

Merci beaucoup Stéphane Robert. Votre pilier politique est à retrouver sur le site de France Culture ou sur l'application Radio France. Il est 8h21. Vous écoutez France Culture on continue peut-être de philosopher.

21:32
Locuteur

Les

21:33
Présentateur

matins de France Culture Marguerite Caton Bienvenue aux auditeurs qui nous rejoignent. Nous sommes en compagnie d'Adèle Van Rett la philosophe ancienne productrice à France Culture ancienne directrice de France Inter. Nous avons évoqué votre nouveau livre en première partie de cet entretien Une heure à soi c'est publié chez Gallimard et nous allons poursuivre cette conversation du côté du réel mais je me dois d'abord d'apporter quelques précisions aux auditeurs qui peuvent se dire c'est bizarre l'ex-directrice d'Inter partie en cours d'année vient l'air de rien sur France Culture drôle de monde que Radio France tout cela est-il téléphoné ?

Je vous rassure il ne s'agit ni d'un entretien mondain nous ne nous connaissons pas ni d'une manœuvre téléguidée c'est en toute innocence et liberté que je pose mes questions et que vous y répondrez ou non Adèle Van Rett dites-moi avez-vous quitté votre poste ou avez-vous été démise de vos fonctions de directrice de France Inter

22:18
Locuteur

?

22:19
Invité

C'est une question à laquelle je ne peux pas répondre directement donc je suis partie voilà

22:26
Locuteur

C

22:27
Présentateur

'est peu ordinaire de partir de quitter un poste en cours de saison est-ce qu'on peut en savoir les raisons

22:32
Locuteur

?

22:33
Présentateur

Non

22:33
Invité

pas aujourd'hui et pas comme ça mais en revanche les conséquences sont les mêmes

22:38
Locuteur

Avec

22:38
Présentateur

le recul est-ce que vous sauriez dire pourquoi vous avez accepté de prendre la direction d'Inter ? Vous étiez notre star si l'on peut dire vous abandonnez la philo pour une fonction de direction qui s'est avérée très dure

22:50
Locuteur

Elle

22:50
Invité

s

22:51
Locuteur

'est

22:51
Invité

avérée très dure elle s'est avérée très exaltante aussi c'est une expérience absolument incroyable de diriger la première radio de France pendant plusieurs années il ne faudrait pas non plus dresser un portrait apocalyptique vous disiez en début d'entretien que je m'étais brûlé des ailes je ne

23:02
Locuteur

suis

23:02
Invité

pas sûr que ce soit le cas je pense qu'il y a toute expérience de ce type est forcément contrasté parce que ce sont des postes très durs et très exposés maintenant il y

23:14
Locuteur

a

23:14
Invité

aussi énormément de choses qu'on n'apprend pas ailleurs donc je modérerais le portrait apocalyptique que vous en faites Pourquoi est

23:20
Locuteur

-ce

23:20
Invité

que j'ai accepté ce post ? C'était ça votre question ? Quand on m'a proposé de prendre la direction de France Inter ça faisait plus de 15 ans que j'étais à France Culture j'ai fait mon premier stage à France Culture en 2005

23:33
Locuteur

dans

23:34
Invité

la matinale de France Culture auprès de Nicolas Demorand qui est celui qui m'avait donné envie de faire de la radio

23:37
Locuteur

et

23:38
Invité

j'ai eu mon premier contrat à France Culture en 2008 donc quand en 2022 après avoir travaillé 15 ans pour la même émission et l'avoir animé pendant 11 ans on m'a proposé de prendre la direction de France Inter ça arrivait un très bon moment dans ma vie radiophonique la radio était

23:56
Locuteur

toute

23:56
Invité

ma vie même si je faisais à côté aussi j'ai toujours écrit j'ai fait de la télé j'ai dirigé des collections mais la radio était ma nourriture quotidienne

24:05
Locuteur

et

24:05
Invité

j'avais envie de rester à la radio tout en essayant un autre exercice vous savez j'ai adoré chaque seconde de chaque heure de chaque jour des chemins de la philosophie mais au bout de plus de 10 ans la sixième semaine sur Nietzsche vraiment on

24:18
Locuteur

a

24:18
Invité

l'impression de tourner en

24:19
Locuteur

rond là l'assitude

24:20
Présentateur

on comprend ça très bien vous dites que il ne

24:23
Locuteur

faut

24:23
Présentateur

pas faire un portrait apocalyptique de ces postes à haute responsabilité tel que celui de la direction de France Inter mais via votre narratrice dans votre livre Une heure à soi vous racontez quand même ce que ce type de poste vous soumet à une série d'injonctions contradictoires qui sont très difficiles à gérer et vous notez aussi un goût du pouvoir qui est finalement un peu ce qui reste face à une saturation perpétuelle vous dites

24:45
Locuteur

non

24:46
Invité

en fait ce que je décris et je parle de mon expérience mais je pense que ça parlera à beaucoup de personnes parce qu'il n

24:52
Locuteur

'y a

24:52
Invité

pas besoin d'avoir des postes aussi exposés pour vivre ce genre d'expérience deux choses il y a les injonctions contradictoires et il y a le rapport au pouvoir les injonctions contradictoires elles sont assez classiques dans des postes où on doit diriger plusieurs personnes puisqu'on doit à la fois répondre aux besoins de tout un chacun et en même temps tracer une direction claire qui parfois ne prend pas en compte les besoins de tout un chacun on doit gérer dans l'urgence et en même temps on doit inscrire l'évolution sur du temps long tout est contradictoire en permanence ce qui fait que tout est exercice de frustration et ça il faut l'accepter une fois pour toutes c'est vrai aussi d'ailleurs dans les vies personnelles et pas uniquement dans les vies professionnelles sur la question du pouvoir ce que j'essaye de dire dans le livre c'est que lorsqu'on a un poste très prenant très exposé où on prend beaucoup de coups où il y a beaucoup de gestion de crise peut-être qu'on en parlera généralement ce qui justifie qu'on traverse des moments aussi difficiles et coriaces

25:48
Locuteur

c

25:49
Invité

'est le goût du pouvoir au fond pour avoir envie de traverser parfois le désert à pieds nus marchant sur des braises en ayant des lances qui vous traversent le corps c'est parce qu'on sait qu'à la fin on obtiendra ce qu'on voudra à savoir l'exercice du pouvoir or quand on n'a pas ce goût et moi je ne savais pas si je l'avais quand j'ai pris ces fonctions pour être tout à fait honnête et pour parler de moi je ne savais pas du tout ce que a priori le pouvoir ne m'intéresse pas spécialement mais bon je ne savais pas ce que c'était

26:19
Locuteur

et

26:19
Invité

je peux vous dire aujourd'hui que vraiment ce n'est pas quelque chose qui m'intéresse spécialement maintenant si je suis cohérente avec moi-même et avec Platon Platon encourage les philosophes à prendre le pouvoir et vous savez pourquoi parce qu'il dit que finalement le pouvoir bien compris doit être exercé par des personnes qui font passer leur intérêt personnel après l'intérêt collectif or c'est beaucoup demandé à un humain que de faire en sorte qu'il fasse passer de son intérêt personnel après l'intérêt collectif et c'est ce qu'on reproche beaucoup aux politiques

26:45
Locuteur

et

26:46
Invité

finalement quelles sont les personnes les mieux à même de vraiment se défaire complètement de l'intérêt personnel pour Platon c'est le philosophe mais attention pour Platon pour être philosophe il faut avoir fait entre 30 et 40 ans d'études de philosophie et puis il ne

26:58
Locuteur

faut

26:58
Invité

pas être une femme ça exclut beaucoup beaucoup de monde mais ce rapport désintéressé au pouvoir est peut-être la meilleure façon d'exercer le pouvoir de manière saine ça je laisse cette affirmation à Platon mais vous ça ne vous a pas plu

27:11
Locuteur

?

27:12
Invité

non non si si alors moi ça m'a plu en revanche je n'ai pas en moi l'ambition suffisante pour pouvoir accepter des choses qui sont parfois trop difficiles c

27:23
Locuteur

'est

27:23
Invité

-à-dire que je ne me projette pas dans une ascension effrénée vers le pouvoir c'est pas ça mon moteur dans la vie

27:27
Locuteur

il

27:28
Présentateur

est coutumier à Radio France comme d'ailleurs dans certains corps ou administrations pour voir les postes de direction avec des personnels qui montent en interne qui viennent de l'antenne à la radio Marc Vanchet à France Musique vous-même à Inter les exemples sont nombreux est-ce qu'avec l'ercule vous dites que c'est adéquat ou qu'il faudrait évoluer vers des directions plus managériales

27:45
Locuteur

?

27:46
Invité

ah non ça je ne pense pas qu'il faille forcément changer ça l'avantage quand on vient de la radio c'est qu'on connaît le corps de métier c'est-à-dire qu'on sait exactement c'était une chance pour moi de savoir comment se fabrique une émission ce que signifie qu'animer une émission quotidienne derrière la vitre et je me tourne ici vers j'imagine le chargé de réalisation et le technicien que je salue que je connais bien voilà c'est quand même une chance d'arriver en terrain connu et familier on ne part pas de zéro oui mais

28:15
Locuteur

vous

28:15
Présentateur

partiez d'une équipe d'environ 8 personnes à peu près à

28:17
Locuteur

la filo à

28:17
Présentateur

400 oui c'est sûr ça

28:20
Locuteur

s'apprend et puis

28:22
Invité

on peut être un excellent manager et si on ne connaît rien du tout à la radio encore plus à France Inter se casser les dents contre le réel donc finalement il n

28:30
Locuteur

'y a

28:30
Invité

pas un profil idéal et comme tout vous savez quand on fait de la radio le premier direct et vous vous en souvenez sans doute Marguerite on est terrifié on ne sait pas comment faire et finalement plus on fait de direct plus on fait de radio plus on apprend c'est pareil pour tout il faut avoir l'humilité de savoir qu'on a beaucoup de choses à apprendre quand on arrive à un endroit aussi public exposé et important soit-il et ça c'est quelque chose qui est plutôt stimulant ça correspond à quelque chose qui moi me plaît plutôt d'essayer quelque chose de complètement nouveau de connaître ses forces connaître ses faiblesses et se dire bon bah voilà j'y vais avec tout ce que j'ai et on verra bien on verra bien ce que ça donne guidé par un véritable amour et comment dire le souci de faire prospérer ce qu'est la radio publique aujourd'hui ça c'est quelque chose qui m'a toujours tenu

29:11
Locuteur

Votre

29:12
Présentateur

mandat France Inter a disons initié une grande réflexion sur le pluralisme avec deux grands mouvements d'abord une crise interne et puis ensuite ça a pris une dimension de politique nationale alors d'abord il y a la suppression de l'émission de Charline Vanhoenacker la suspension du Maurice Guillaume Meurice plus tard le remplacement d'éditorialistes politiques et Helgause et tout ça s'est perçu

29:32
Locuteur

par

29:32
Présentateur

les salariés de France Inter comme une tentative de mise au pas idéologique des journalistes des producteurs est-ce que vous trouviez est-ce que vous trouvez que France Inter penche trop à gauche et qu'il fallait rééquilibrer ou était-ce un faux procès

29:44
Locuteur

Alors

29:45
Invité

ce que j'ai découvert en arrivant et en endossant ces fonctions c'est qu'on devenait immédiatement

29:51
Locuteur

un

29:52
Invité

personnage c'est-à-dire que quand on devient quand on endosse un poste de pouvoir

29:56
Locuteur

ce

29:56
Invité

que nous sommes ce que nous pensons ce que nous sommes réellement devient complètement secondaire et on devient une espèce de support à fantasme et on nous prête toutes les intentions possibles pour pouvoir pour pouvoir manœuvrer dans le sens qu'on entend et qui arrange les personnes que ce soit tant en interne qu'à l'externe et ça,

30:15
Locuteur

ça

30:15
Invité

fait partie du jeu ça il faut être assez clair là-dessus on distingue sa fonction de sa personne la psychanalyse peut aider à se défaire de ses propres névroses pour pouvoir endosser ce rôle-là ça c'est pas un souci après il y a une autre chose que j'ai découverte et les exemples que vous avez pris en sont des variations c'est la gestion de crise au fond ce type de poste et surtout à partir du moment où c'est vrai où j'ai pris mes fonctions France Inter est devenu le lieu de crise à répétition

30:42
Locuteur

et

30:43
Invité

j'adore cette expression de gestion de crise d'ailleurs on en parlait avant dans le billet pilotique juste avant

30:47
Locuteur

parce

30:47
Invité

que qu'est-ce que ça veut dire gérer une crise

30:49
Locuteur

?

30:49
Invité

Ben

30:50
Présentateur

c'est pas résoudre des problèmes

30:50
Invité

et c'est ça que

30:51
Locuteur

c'est fou dans le livre c'est pour ça que j'y

30:52
Invité

consacre plusieurs pages dans le livre gérer une crise c'est l'inverse de régler un problème un problème peut se régler car un problème a une solution une crise ne se règle pas elle se gère car une crise par définition n

31:04
Locuteur

'a

31:04
Invité

pas de solution qu'est-ce que c'est qu'une crise ?

si on remonte à l'étymologie de la crise ça vient du grec krinein qui signifie trier le bon grain de l'ivraie c'est le moment où on ne sait pas encore ce qui va sortir d'une situation aujourd'hui on dit que la crise c'est la fin c'est la catastrophe on a une approche très dramatique de la crise mais étymologiquement y compris dans les tragédies antiques la crise c'est le moment du dénouement c'est le moment où on ne sait pas encore ce qui va se passer et c'est comme ça que commence le livre d'ailleurs la narratrice elle-même elle est quasiment au bord du gouffre et elle ne sait pas si elle va tomber dans ce vide ou pas et j'aime ces moments-là dramatiques parce que narrativement c'est très intéressant et c'est aussi là où tout est possible c'est une ouverture des possibles et donc c'est aussi une manière d'embrasser la liberté ça

31:42
Présentateur

c

31:42
Locuteur

'est dans le

31:42
Présentateur

réel quand vous étiez directrice de

31:43
Locuteur

France Inter simplement dans la gestion

31:44
Invité

de crise là c'est pour la crise que signifie gérer une crise en fait si on la gère et qu'on ne la règle pas ça veut dire qu'il faut savoir dès le départ qu'il n

31:52
Locuteur

'y aura

31:52
Invité

pas de bonne solution parce que le but est de s'accommoder avec l

31:57
Locuteur

'infinité

31:58
Invité

d'éléments du réel qui s'offre à nous à ce moment-là pour donner la meilleure image possible gérer une crise on fait en sorte de montrer qu'on est aux commandes qu'on est en pleine possession de la situation et que le plus de monde possible s'en sorte le mieux possible en sachant qu

32:16
Locuteur

'on

32:16
Invité

va forcément échouer là encore c'est un exercice de frustration permanent

32:19
Locuteur

donc

32:20
Présentateur

gérer une crise

32:20
Locuteur

c'est pas de

32:21
Invité

la com ?

32:21
Locuteur

c

32:22
Invité

'est beaucoup une question de communication évidemment c'est aussi l'aveu d'une faiblesse et d'une impuissance gérer une crise on sait qu'on n'en verra pas le bout et d'ailleurs vous le voyez bien en politique toutes les crises on ouvre des cellules de crise c'est-à

32:34
Locuteur

-dire

32:34
Invité

qu'on prend la mesure du problème mais c'est aussi une manière d'annoncer la couleur quand on ouvre une cellule de crise et qu

32:39
Locuteur

'on

32:39
Invité

fait de la gestion de crise

32:40
Locuteur

on

32:40
Invité

sait a priori qu

32:41
Locuteur

'on

32:41
Invité

ne

32:41
Locuteur

va

32:41
Invité

pas s'en sortir si bien que ça

32:43
Présentateur

et l'enjeu numéro un de ces gestions de crise que vous avez du coup observé et endossé vous-même à la tête de France Inter c'est la réputation c'était ça

32:51
Locuteur

quand

32:52
Invité

on dirige une chaîne comme France Inter évidemment il y

32:55
Locuteur

a

32:55
Invité

un enjeu réputationnel très très important et qu'il ne

32:58
Locuteur

faut

32:58
Invité

pas sous-estimer c'est pas secondaire la réputation c'est quelque chose de primordial quand on représente les valeurs d'un pays notamment et de lieu de visuel public donc c'est absolument fondamental la seule chose c'est que la réputation est quelque chose c

33:11
Locuteur

'est

33:12
Invité

difficile à saisir au fond ce qui m'a frappée de par ma formation philosophique sans doute mais par les autres expériences professionnelles que j'avais c'est que quand on gère des crises et qu'on a pour souci de préserver une réputation

33:24
Locuteur

à

33:24
Invité

un moment donné on ne sait plus vraiment de quoi on parle on manque de

33:27
Locuteur

définition du vide en

33:28
Présentateur

fait moi c'est ce

33:29
Locuteur

que je trouve un peu frappant dans ce livre c'est que j'irai

33:31
Présentateur

des crises c

33:31
Locuteur

'est

33:31
Présentateur

brasser du vide en espérant qu'on aura ou non un impact sur des éléments qu'on ne maîtrise pas c'est manipuler du

33:36
Invité

vide au fond c'est ça c'est de la manipulation du vide mais attention quand je dis ça je ne

33:40
Locuteur

suis

33:40
Invité

pas en train de dire que c

33:41
Locuteur

'est

33:41
Invité

un exercice de vacuité pour reprendre un mot que

33:43
Locuteur

vous avez employé de vanité peut

33:44
Invité

-être ni de vanité je pense même et c'est pour ça que c'est pas je la figure dans le livre la question que je me pose c'est jusqu'à quel point la manipulation du vide est indispensable à

33:53
Locuteur

l

33:53
Invité

'exercice du pouvoir

33:54
Locuteur

et

33:55
Invité

je crois que la réponse c'est elle l'est absolument et on retrouve l'importance du vide et l'ambivalence que nous avons vis-à-vis du vide mais nous avons besoin pour incarner certaines fonctions et aussi de l'autre côté pour respecter ces fonctions de savoir mettre en scène des éléments qui manquent de matière première qui manquent parfois de définition d'objectivité même de fond que j'appelle de manière un peu provocatrice le vide mais ce vide là est absolument indispensable à tout exercice de pouvoir sur quoi repose le pouvoir là encore Pascal nous est très utile Pascal parle des cordes de l'imagination qui nous fournissent les images nécessaires pour pouvoir respecter quelqu'un qui est au-dessus de nous Pascal mieux que quiconque sait que le pouvoir ne repose sur rien et ça quand on exerce un poste de pouvoir je pense qu'il faut le savoir dès la première seconde c'est arbitraire quelqu'un d'autre pourrait être à votre place et le pouvoir en une seconde peut être destitué et peut ne pas être respecté il prend l'exemple du juge qui arrive dans un tribunal qui est au moment de rendre son audience et là avec sa robe très bien coiffée tout le monde a le plus grand respect pour ce juge que tout le monde vénère imaginez que le lendemain le juge arrive au tribunal et qu'il est mal rasé

35:03
Locuteur

et

35:03
Invité

tout le monde verra tout simplement les poils sur le menton et on rira de lui et en une seconde l'image

35:10
Locuteur

qu

35:10
Invité

'on accole à ce juge et qui suscite le respect va

35:14
Locuteur

s'effondrer

35:14
Invité

et il perdra le pouvoir et bien cette image là il faut y penser c'est une chose très fragile qui repose sur des choses aussi vides et aussi futiles que des images j

35:24
Présentateur

'ai dit crise en deux temps on a parlé de la crise interne la suite c'est l'affaire Le Grand Cohen

35:29
Locuteur

l

35:29
Présentateur

'enregistrement de deux journalistes d'Inter en grande discussion avec des élus de la gauche parisienne s'en suivent la suspension de Thomas Legrand et la commission d'enquête à l'oncle et là l'audiovisuel public se retrouve sur le devant de la scène politique passé au grill quelle leçon vous en tirez Adèle Van Rett comment avez-vous regardé ce théâtre politique et puis au-delà comment voyez-vous l'avenir d'audiovisuel public sous la pression de la présidentielle qui approche Théâtre public théâtre

35:53
Locuteur

politique vous avez

35:54
Présentateur

dit c'était quand même presque une farce je

35:57
Locuteur

pense que l'expression est très

35:58
Invité

bien choisie mais là encore je l'ai dit avec

36:01
Locuteur

toutes

36:02
Invité

les nuances que je viens d'apporter sur la nécessité de prendre en compte cet exercice cette danse autour du vide qu'implique toute forme de représentation publique et politique théâtre cirque on peut le dire il y a une mise en scène du procès qui a été fait à l'audiovisuel public qui partait d'une intention louable à savoir s'assurer que l'audiovisuel public parce qu'il est financé par chacun des citoyens respecte le pluralisme c'est la moindre chose que nous devons à

36:33
Présentateur

nos citoyens et vous ne m'aviez pas répondu sur cette question de savoir si vous trouviez France Inter trop à gauche ou si vous trouviez que le pluralisme y était respecté

36:39
Invité

c'est plus à moi de répondre à cette question aujourd'hui le

36:41
Locuteur

pluralisme c'est une

36:42
Invité

exigence permanente alors là pour le coup pour avoir été en immersion totale pendant 4 ans le pluralisme est un souci quotidien chez chaque personne chaque journaliste et chaque producteur de cette antenne qu'on y arrive ou pas c'est une autre question que ce qui se passe à l'antenne puisse déplaire c'est inévitable et il y a sans doute des erreurs qui ont été commises et j'en ai très certainement commises et personne n'est irréprochable en revanche

37:05
Locuteur

tout

37:06
Invité

le monde sait aujourd'hui il me semble-t-il au sein de cette maison que le pluralisme et notre assurance vie que sans cette quête de pluralisme et sans ce souci du pluralisme l'audiovisuel public va être encore plus malmené donc pour revenir à ce que je disais je trouve ce souci très sain de faire en sorte que le pluralisme soit respecté

37:22
Locuteur

après

37:23
Invité

il

37:23
Locuteur

y a

37:23
Invité

le fond il y a la forme

37:25
Locuteur

la

37:26
Invité

commission d'enquête était en effet une manière pour chacune des personnes de l'audiovisuel public de défiler comme ça devant plusieurs personnes qu'on était soumis au grill des questions qui étaient posées on se demandait parfois si vraiment l'intérêt de l'audiovisuel public était ce qui était central et j'ai eu mais là après vous parlez à quelqu'un j'ai toujours eu ce grand scepticisme en politique qui m

37:46
Locuteur

'a

37:46
Invité

toujours semblé que le pouvoir était vraiment un tel jeu qu'on ne savait plus sur quel pied on dansait est-ce qu'on danse vraiment sur un sol ferme ou est-ce que tout ça n'est qu'une mise en scène ce qui est très déprimant d'ailleurs parce qu

37:58
Locuteur

'on

37:58
Invité

se dit mais

37:58
Locuteur

c

37:59
Invité

'est tellement difficile de créer et de maintenir une confiance dans la vie politique et dans la vie publique et c'est tellement indispensable pour l'avenir de notre pays qu'il ne

38:08
Locuteur

faut

38:08
Invité

pas jouer avec ça il

38:08
Locuteur

faut

38:08
Invité

faire attention au symbole qu'on renvoie et je crains que la commission d'enquête ait pu par moment renvoyer cette image-là de quelque chose qui était incompris d'un procès qui était peut-être bien que encore une fois sur des bases légitimes parfois dans la forme incompris parce qu'excessif mais je trouve que l'image qui a été rendue qui a été donnée des personnes en charge de l'audiovisuel public était plutôt tout à leur honneur

38:34
Présentateur

vous publiez aujourd'hui chez Gallimard Une heure à soi ce n'est pas votre premier livre quelle place aujourd'hui l'écriture tient-elle dans votre vie ?

38:42
Invité

Elle est centrale elle a toujours tenu une place très importante j'ai toujours écrit quand j'animais une émission quotidienne plein de moments de ma vie

38:49
Locuteur

et

38:49
Invité

j'ai continué à écrire pendant que j'étais à la direction de France Inter ce livre a été écrit pendant mon mandat terminé juste après

38:56
Locuteur

sans

38:56
Présentateur

intelligence artificielle

38:57
Invité

sans intelligence artificielle et là aussi vous voyez à quel point les sujets d'inquiétude et de les manifestations du vide sont nombreuses puisque l'intelligence artificielle qui a percuté de manière assez spectaculaire le monde de l'édition et littéraire la semaine dernière a suscité beaucoup d'effroi

39:16
Locuteur

je

39:16
Invité

crois que là comme dans beaucoup de domaines enfin je suis toujours stupéfaite de voir à quel point chacun a un avis très tranché de manière très rapide alors qu'on maîtrise très peu de choses quand même sur ce sujet et il me semble que c'est le moment ou peut-être c'est un des moments où les philosophes ou en tout cas les penseurs pourraient s'exprimer après avoir eu le temps de réfléchir à ce qui se passait vraiment on manque vraiment de temps là encore une fois prenez une heure un peu plus ailleurs à vous pour essayer de réfléchir à ce qui est en train de se passer avant de vous engouffrer dans

39:40
Locuteur

des prêts que vous avez fait radical

39:42
Présentateur

Est-ce que vous l'avez fait un peu réfléchir à cette question d'une littérature sous intelligence artificielle

39:46
Locuteur

? Oui

39:48
Invité

bien sûr j'ai réfléchi et ça m'inquiète comme tout le monde puisque j'écris moi aussi mais au-delà de ça je pense que on a toujours eu un rapport très ambivalent vis-à-vis de la technologie et l'intelligence artificielle suscite et provoque et j'ai pu entendre l'expression une sorte de blessure narcissique pour mémoire c'est Freud qui emploie cette expression notamment lorsque l'homme découvre que

40:09
Locuteur

la

40:10
Invité

Terre n

40:10
Locuteur

'est

40:10
Invité

pas au centre de l'univers blessure narcissique parce que c'est pas l'homme qui est au centre de l'univers lorsque l'homme découvre qu'il descend du singe blessure narcissique parce que l'homme n

40:18
Locuteur

'est

40:18
Invité

pas au-dessus des animaux et puis lorsque l'homme découvre que le moi n'est pas seul en sa demeure blessure narcissique parce qu'on se rend compte qu'il y a un

40:25
Locuteur

inconscient

40:25
Invité

et donc qui va prendre le pouvoir et là ce serait peut-être la quatrième étape la quatrième blessure narcissique à savoir que l'homme l'être humain est peut-être dépassé par une invention à laquelle il a lui-même procédé et donc il va peut-être se faire supplanter en tout cas quelque chose lui échappe et l'humanité déteste perdre le contrôle et s'engouffre immédiatement soit dans le désespoir soit dans la panique soit dans la panique

40:49
Locuteur

il

40:50
Invité

est un peu tôt je trouve pour s'engouffrer

40:53
Locuteur

soit

40:53
Invité

dans le désespoir soit dans la panique en revanche j'en appelle vraiment et je pense qu'il en va de la responsabilité des intellectuels notamment à une réflexion qui puisse permettre de mettre en place une régulation dont nous avons besoin mais ça va prendre du temps

41:07
Locuteur

on

41:07
Invité

ne sait à peine de quoi on parle aujourd'hui l'intelligence artificielle est l'objet de tous les fantasmes on ne sait pas si on parle de robots si on parle de choses immatérielles on ne sait pas on ne mesure pas à quel point elle est déjà présente dans notre existence et sans doute dans la littérature donc prenons le temps d'étudier ce qui est en train de se passer de proposer les régulations nécessaires sans céder à cette espèce de dogmatisme qui est toujours toujours très très délétère au fond pour la créativité en général et même pour l'humanité donc restons calmes à ce sujet et prenons le temps un peu plus qu'une heure là pour le coup

41:39
Présentateur

la femme de la fin de votre ouvrage semble un peu apaisée loin de la saturation permanente de l'existence dans laquelle elle est plongée au début quel secret a-t-elle découvert finalement

41:49
Locuteur

? je

41:51
Présentateur

ne

41:51
Locuteur

sais

41:51
Présentateur

pas si elle a découvert un secret vous trouvez qu'elle a découvert un secret ? j'ai ce sentiment lors de ces grandes tirades

41:57
Locuteur

où

41:58
Présentateur

elle se livre complètement devant la mère révérente elle revient sur son enfance elle redécoupe des choses et là mais je ne

42:04
Locuteur

sais

42:04
Présentateur

pas ce qu'elle a découvert comme secret j'aimerais bien le savoir

42:06
Locuteur

mais

42:07
Présentateur

si vous pensez qu'il n

42:07
Locuteur

'y en

42:07
Présentateur

a pas je

42:08
Locuteur

resterai sur ma fin non alors pas

42:09
Invité

un secret mais il y a un point de bascule

42:14
Locuteur

et

42:14
Invité

je pense qu'il y a la prise de conscience d'un

42:17
Locuteur

rapport

42:18
Invité

au monde qui est inutilement belliqueux elle le dit à un moment elle dit mais en fait contre quoi je me bats

42:25
Locuteur

et puis

42:25
Invité

j'ai plus envie de me battre j'ai envie de déposer les armes et j'ai envie de vivre

42:28
Locuteur

et

42:28
Invité

au fond je pense qu'il

42:29
Locuteur

y a

42:29
Invité

beaucoup de notre rapport au monde peut-être par peur du vide qui est une bagarre et on en oublie

42:34
Locuteur

les

42:34
Invité

raisons en fait de cette bagarre

42:36
Locuteur

d

42:36
Invité

'ailleurs le titre est un peu ironique qu'une heure à soi c'est fou de penser qu'on arrive à un point où

42:40
Locuteur

on

42:42
Invité

se daînerait pour avoir une heure à soi mais on devrait vouloir une journée à soi une vie à soi

42:47
Locuteur

une

42:47
Présentateur

vie à soi évidemment un grand merci Adelvan

42:49
Locuteur

merci à vous bienvenue

42:50
Présentateur

ce matin partagez un peu de votre temps avec nous je rappelle le titre de votre ouvrage une heure à soi et c'est aux éditions Gallimard dans quelques instants c'est le 8.45 le journal de Cyril Ardorodon et les chroniques de Gilles Gressani et Marie Laborie

43:28
Invité

le souffle de la pensée chaque vendredi à 10h sur France Culture franceculture.fr et l'appli Radio France

43:35
Locuteur

je

43:36
Invité

voulais absolument faire cette colonie pour être avec des filles relaxes comme toi France Culture aime mémoire de fille réalisée par Judith Godrech de retour à Rouen pour une séance de dédicaces Annie Arnaud replonge dans le souvenir de l'été 1958 celui de sa première nuit avec un homme nuit dont l'onde de choc se propage violemment sur le reste de son existence mémoire de fille de Judith Godrech actuellement en salle un film France Culture

44:05
Locuteur

et

44:06
Présentateur

voici nos deux chroniqueurs ceux du vendredi Gilles Gressani et Marie Laborie qui viennent s'installer dans le studio Gilles Gressani vous êtes directeur de la revue Le Grand Continent de quoi allez-vous nous parler ce matin

44:16
Locuteur

?

44:17
Invité

écoutez je vous promets que je vais vous dire quelque chose de nouveau concernant l'affaire Télison Aurélien c'est

44:21
Locuteur

un

44:22
Présentateur

défi vous y croyez vraiment ? c'est certain

44:24
Locuteur

?

44:24
Invité

chiche

44:25
Présentateur

une promesse incroyable Marie Laborie de votre côté quel est votre regard culturel ?

44:29
Locuteur

et

44:29
Présentateur

bien moi je vous parlais du mot en L

44:31
Locuteur

du

44:32
Présentateur

mot en L c'est complètement mystérieux donc je ne sais pas du tout ce qui nous attend il est 8h44 bientôt 45 en fait et donc c'est tout de suite le journal de Cyril Ardorodon et les chroniques après donc je me répète