Faire une place au vide. Adèle Van Reeth est l’invitée des Matins
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 80 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:06OuverteRéponse directe
Bonjour Adèle Van Reeth.
- 0:28OuverteRéponse directe
Dites-nous simplement pour commencer ce que cela vous fait.
- 1:46FerméeRéponse partielle
C'est un constat d'échec définitif quant à la possibilité même de conjuguer vie professionnelle et maternelle pour les femmes ?
- 4:50OuverteRéponse directe
À quoi peut servir alors Blaise Pascal face à ce vide métaphysique ?
- 11:09OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que peut apporter le monde spirituel aux athées, si ce n'est la foi ?
- 15:50OuverteRéponse directe
Quelles relations entretenez-vous avec cette narratrice ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:56InvitéFait
« Non, pas définitif. »
- 2:42InvitéFait
« L'idée n'est pas de dire que les deux sont impossibles à mener de front. »
- 4:10InvitéFait
« Au fond, c'est un livre sur le déni. »
- 5:11InvitéFait
« Alors, ce qui est intéressant avec le vide, c'est qu'à la différence de ces synonymes, le néant, le rien ou la vacuité, l'existence du vide a été prouvée par le philosophe Blaise Pascal. »
- 9:30InvitéFait
« je ne suis pas croyante, et pourtant Pascal me parle énormément, et j'aimerais montrer à quel point Pascal peut nous aider, même si l'on ne croit pas en Dieu. »
- 10:04InvitéFait
« Et Pascal nous dit que, enfin moi je me sers de Pascal pour montrer que cette pensée du divertissement, qui est absolument indispensable, on a tort de penser que Pascal condamne le divertissement. »
- 22:19InvitéFait
« C'est une question à laquelle je ne peux pas répondre directement donc je suis partie voilà. »
- 23:24InvitéFait
« Quand on m'a proposé de prendre la direction de France Inter ça faisait plus de 15 ans que j'étais à France Culture. »
- 26:39InvitéFait
« Platon encourage les philosophes à prendre le pouvoir et vous savez pourquoi parce qu'il dit que finalement le pouvoir bien compris doit être exercé par des personnes qui font passer leur intérêt personnel après l'intérêt collectif. »
- 29:24PrésentateurFait
« la suppression de l'émission de Charline Vanhoenacker »
- 29:25PrésentateurFait
« la suspension du Maurice Guillaume Meurice »
- 29:28PrésentateurFait
« le remplacement d'éditorialistes politiques et Helgause »
- 31:00InvitéFait
« une crise ne se règle pas, elle se gère »
- 34:35InvitéFait
« le pouvoir ne repose sur rien »
- 40:34InvitéFait
« l'être humain est peut-être dépassé par une invention à laquelle il a lui-même procédé »
Temps de parole
- Invité66 %
- Présentateur20 %
- Invité 29 %
- ?3 %
≈ 19,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Les
Matins de France Culture, Marguerite Caton. Bonjour Adèle Van Rett. Bonjour Marguerite Caton. Je vous remercie d'être venue ce matin à nous parler de votre dernier livre, Une heure à soi, c'est aux éditions Gallimard. J'espère que les auditeurs seront heureux de vous entendre. Vous avez animé leur matinée dans les chemins de la connaissance puis de la philosophie durant de longues années avant de prendre la direction de notre grande voisine France Inter où l'on peut dire vous vous êtes en quelque sorte brûlé les ailes. On aura le temps d'en parler. Dites-nous simplement pour commencer ce que cela vous fait. Vous trouvez de nouveau derrière ce micro violet aux couleurs de France Culture.
Cela crée-t-il un peu de nostalgie, un peu de regret ou juste du plaisir à Adèle Van Rett
? J
'ai l'impression de revenir à la maison
quand
j'animais les chemins de la philosophie.
Tous
les jours, je me souviens de ce rituel d'une émission quotidienne qui est en l'occurrence de 10h à 11h. J'étais en studio et je me souviens que
quoi
qu'il se passait dans ma vie à ce moment-là, pendant une heure, tout le reste s
'est
suspendu et je me sentais chez moi. J'avais vraiment cette sensation d'être dans un espace sûr où il y aurait autant de liberté que de savoir, que de transmission, que de joie. Et d'avoir cette garantie quotidienne est vraiment quelque chose qui m'a manqué ensuite.
Finalement, c'était déjà un peu une heure à vous. C
'est vrai. Votre livre,
une heure à soi emprunte
une trame.
Voilà, et avec les invités des auditeurs,
vous avez
raison. Le récit est assez simple dans sa trame. C'est l'histoire d'une mère de famille débordée par un quotidien personnel et professionnel, aux rythmes impossibles. Et elle se retire dans un monastère pour se reposer quelques jours et pour écrire un livre. Tout ce récit est enrichi de notations introspectives, de réflexions philosophiques. Partons de cette question d'un quotidien intenable. Vous dites, la narratrice le décrit comme épuisant, quotidien de mère et de travailleuse. C'est un constat d'échec définitif quant à la possibilité même de conjuguer vie professionnelle et maternelle pour les femmes ?
Non, pas définitif. En revanche, le point de départ du livre est une réflexion sur le vide.
Et
à partir de la réflexion sur le vide et l'ambivalence que nous entretenons avec le vide, à savoir que le vide est sans doute la chose que nous fuyons le plus dans nos existences, et parce que nous le fuyons, nous cherchons à le remplir en permanence. Et cette ambivalence-là m
'a
beaucoup intéressée. Et je me suis rendu compte qu'un philosophe comme Blaise Pascal avait beaucoup de choses à en dire. Et donc dans le livre, j'avais comme des comptes à régler avec Pascal, à qui j'ai envie de donner tort et qui en même temps me séduit beaucoup. Et pour incarner cette réflexion autour du vide, j'ai eu besoin de mettre en scène cette narratrice qui ressemble beaucoup à celle que j'ai été ces dernières années, qui en effet est débordée par une vie familiale très prenante et une vie professionnelle
très
exigeante. Et l'idée n'est pas de dire que les deux sont impossibles à mener de front. En revanche,
il
me semble important, après des années de combat féministe, où on a encouragé les femmes à se saisir de postes importants en disant « Mais vous pouvez le faire aussi, même si vous avez des enfants ». Et c'est sans doute pour ça que de mon côté, j'ai aussi accepté la direction de France Inter, il me semblait important de dire « Attention, ça a un prix,
ça
a un coût » en fait d'essayer d'être aussi présente au travail qu'à la maison. Et ce coût, bien souvent, c'est un sacrifice et ce sacrifice, c'est soi-même. Or, si on se sacrifie soi-même, on ne peut plus continuer à vivre de la même façon. Et je pense que j'aurais aimé avoir ce type de discours et d'échange avant d'entrer dans cette vie-là, avec des fonctions très prenantes et des enfants en bas âge. Et donc, c'est pour ça que je me permets de le dire, non pas pour dissuader les autres femmes, mais pour dire « Attention, la vérité est parfois plus piquante que ce qu'on veut en dire
». Ce coût, ce n
'est
pas seulement soi-même en fait, c'est aussi les enfants. Vous dites « Je les couve de bisous et de câlins » pensant que l'assurance de mon amour suffira à les calmer, mais ce qui leur manque, ce n
'est
pas de l'amour, c'est un parent disponible. Ce qui leur manque, c'est tout simplement du temps.
Oui, alors ça, c'est ce qui manque à tout le monde. Et je pense que chaque parent aura fait cette expérience. Les parents qui travaillent, c'est quand même extrêmement courant et banal. Et chaque parent aura été tiraillé entre différents domaines de l'existence. Mais moi, ce qui m'intéresse,
c
'est de voir comment toutes les réflexions qu'on peut élaborer sur notre propre existence, de manière plus ou moins consciente, sont faites de dénis. Au fond, c'est un livre sur le déni. La narratrice, vous l'avez dit au début du livre, quand elle décide de partir, vous dites « Elle veut se reposer dans un monastère, mais elle ne sait pas pourquoi elle part.
» Et
elle ne sait pas pourquoi elle va dans un monastère. Elle sent que sa vie, qu'elle a choisi, tant dans sa vie personnelle que dans sa vie professionnelle, la vide est de l'intérieur. C'est un sentiment très étrange, et peut-être nos éditeurs l'auront-ils ressenti. Et justement, très souvent, on s'en prémunit, parce que c'est très effrayant de se rendre compte qu'une vie qu'on a choisie et qui semble nous combler, au fond, à un moment, non seulement ne nous satisfait plus, mais semble creuser comme un gouffre à l'intérieur. Et c'est tellement effrayant qu'on préfère se voiler la face.
Est
-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur ce sentiment de vide ? Et peut-être un petit mot de lexique. Est-ce que c'est la même chose ? D'habitude, on parle plutôt de sentiment de vacuité. Moi, je connais le sentiment de vacuité, l'idée qu'on s'agite un peu de manière désordonnée et que finalement, ça
ne
donne pas de sens à la vie. Est-ce que c'est comme ça que vous définiriez le sentiment de vide ? Est-ce que c'est exactement la même chose
?
Alors, ce qui est intéressant avec le vide, c'est qu'à la différence de ces synonymes, le néant, le rien ou la vacuité, l'existence du vide a été prouvée par le philosophe Blaise Pascal, qui en plus d'être philosophe était également scientifique. Et au XVIIe siècle,
il
met en place une expérience, je ne
vais
peut
-être
pas la raconter en détail, mais qui prouve l'existence physique du vide. Et c'est un moment clé dans l'histoire de la pensée, parce qu'avec cette expérience-là, il va créer ce qu'on appelle aujourd'hui la science physique. Avant lui, la science reposait davantage sur des syllogismes, un raisonnement, disons, plus de l'ordre rationnel. Aristote lui-même, si on remonte jusqu'aux anciens, affirmait que la nature a horreur du vide.
Et Pascal dit dans un texte que je vous conseille de lire, qui est vraiment très court, qui est la préface au traité du vide, il dit, mais attention, lorsque Aristote dit que la nature a horreur du vide, il bloque des générations ensuite pendant des siècles et des siècles dans leur exploration scientifique, parce que par respect pour les anciens, on n'ose pas lui donner tort. Et Pascal va lui donner tort. Grand rebelle. Mais justement, et ce texte, la préface au traité du vide, est un appel à l'irrévérence et à l'irrespect envers nos anciens, au nom justement du progrès scientifique et du progrès de la pensée.
Et
j'adore cette manière de provoquer l'histoire même de la science et de la pensée pour apporter une nouvelle connaissance, prouvant par là l'existence du vide, grâce au fait de prouver la pression atmosphérique, qui se mesure aujourd'hui en Pascal, en unité Pascal. Et le fait de prouver le vide montre qu'il
y
a un fondement qui lui-même est empirique. C
'est
-à-dire que le vide n
'est
pas simplement un sentiment, c'est une existence. Et ça change tout en philosophie, de savoir qu'un concept a été prouvé physiquement, parce que ça veut dire justement que ce n
'est
pas qu'une sensation, qu'un sentiment, pour répondre à votre question sur la vacuité. Ce qu'on ressent, le vide intérieur en réalité, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il n'est pas sans lien avec le vide extérieur qu'on veut combler. Si on part du principe que le vide nous effraie et qu'une grande partie de notre existence revient à combler le vide, d'ailleurs j'invite les auditeurs à faire cette expérience, s'ils pensent à la journée qui les attend, à la semaine prochaine, à ce week-end, aux prochaines vacances,
quelle
part des activités qui sont déjà prévues relèvent du plaisir réel ou de l'intérêt réel et quelle part relèvent du remplissage du vide. Rien n'est plus effrayant que de se retrouver face à rien, parce qu
'on
se retrouve face à soi-même. Et au fond, ce vide nous effraie tellement
qu
'on va vouloir le remplir à tout prix. On veut le combler, donc on se sature d'activités tout aussi légitimes les unes que les autres, professionnelles, personnelles, artistiques, à vous de voir. Et en fait, plus on remplit ce vide à l'extérieur, plus on le creuse à l'intérieur. Ce sont des vases communicants. Pour une raison très simple,
pour
remplir le vide à l'extérieur de notre vie, il faut mettre beaucoup d'énergie. Et plus on puise à l'intérieur de l'énergie pour remplir le vide, plus on le creuse à l'intérieur, ce vide. Et donc en fait, c'est un cercle vicieux qui fait qu
'une
vie excessivement remplie et débordée est souvent une vie qui, à l'intérieur, a cette sensation du vide qui est sans doute bien réelle, mais qu'on n'arrive pas à explorer, parce que pour se protéger de ce vide, on est dans un jeu de dupe, on se ment à soi-même et on est dans le déni.
Oui,
à quoi peut servir alors Blaise Pascal, dont vous vous rappelez qu'il est le découvreur du vide physique et puis l'un de ses explorateurs en morale. À quoi peut-il servir aujourd'hui face à ce vide métaphysique qui n'est pas complètement un sentiment psychologique, mais un problème métaphysique ? À quoi vous a-t-il servi ? Ou sert-il à votre narratrice
?
En fait, ce qui est génial avec Pascal, c'est que c'est celui qui, du côté scientifique, prouve l'existence du vide. Du côté métaphysique, montre à quel point l'homme sans Dieu est absolument vide et à aucun moment il ne
fait
le lien entre les deux. Ça m'a toujours fasciné. C'est que lui-même ne crée pas de lien entre le vide existentiel et le vide physique. Et pourtant, ça saute aux yeux quand on le lit de près. Pascal est le penseur du divertissement. Par divertissement, il faut entendre de manière étymologique ce qui nous divertit, c'est-à-dire ce qui nous détourne de quelque chose. Quand vous êtes avec un ami qui est triste, vous voulez le divertir, vous faites prendre des détours à sa tristesse. Vous proposez une voie alternative de manière à ne pas prendre de plein fouet ce qui le blesse. Le divertissement, c'est une manière de remplir nos vies pour ne pas penser, pour ne pas voir le vide en face.
Au fond, ce que nous dit Pascal, et c'est pour ça que je l'aime tant, et c'est pour ça qu
'il
m'agace, parce que je pense qu'il a raison, c'est que l'homme sans Dieu,
parce
que Pascal est croyant, et le but des pensées de Pascal,
c
'est de nous conduire
à
Dieu, c'est ce qu'on appelle un projet apologétique, je ne suis pas croyante, et pourtant Pascal me parle énormément, et j'aimerais montrer à quel point Pascal peut nous aider, même si l'on ne croit pas en Dieu. Pascal nous dit que l'homme sans Dieu est un homme misérable. Il s'approche de nous, c'est comme s'il retirait le masque collé sur notre visage et disait, regarde, c'est ça que tu es. Et au fond, tu es un homme plein de contradictions, ou une femme, enfin tu es un être humain plein de contradictions. Tu es souvent misérable, tu as le cœur creux et plein d'ordures, il ne nous ménage pas, il est
hyper dur. Vous n'êtes pas
d'accord avec lui, vous n
'aimez
pas cette idée
du cœur creux et plein d'ordures. Alors j'aime pas ça, mais en fait comme par ailleurs,
il y a peu de philosophes qui ont une telle finesse psychologique, anthropologique, politique également, je sais qu'il a raison et donc ça m'agace. Et Pascal nous dit que, enfin moi je me sers de Pascal pour montrer que cette pensée du divertissement, qui est absolument indispensable, on a tort de penser que Pascal condamne le divertissement. Il dit nous n'avons pas le choix. Pourquoi ? Nous sommes nés sans demander à naître, nous savons tous que nous allons mourir et la vie entre les deux n'a aucun sens. Pardon pour ce constat très glacial de bon matin, mais c'est bon, c'est généralement ce qu'on apprend assez vite quand on fait de la philosophie.
Et justement, il me semble que c'est ce qui donne tout son prix à l'existence et tout son intérêt, parce qu'alors on peut nous-mêmes fabriquer ce sens-là.
Mais
cette vérité-là est si difficile à accepter que nous avons besoin de stratégies d'esquive et de déni pour tenir bon. Nous vivons une société de divertissement.
Mais
cette société de divertissement n'est pas une société de la médiocrité culturelle, comme on veut le dire. C'est une société du déni. C'est une société qui, pour tenir bon, a besoin de ne pas toujours se regarder en face et il faut être indulgent avec ça.
Et donc, votre narratrice emporte Pascal avec elle dans son monastère. Et là, elle ne découvre pas Dieu, ni l'infini. Elle découvre à peine le repos. Qu'est-ce que peut apporter le monde spirituel aux athées, si ce n'est la foi, Adèle Van Rett
? Alors,
j'ai trouvé un ressort comique, déjà. Je trouvais ça assez cocasse que cette narratrice qui est complètement athée et qui n'a aucune forme de transcendance en elle et qui n'aime rien tant que se battre avec des philosophes qui l'accompagnent depuis longtemps mais à qui elle veut toujours donner tort, à tort ou à raison d'ailleurs, se retrouve dans un monastère. Et d'ailleurs, je mets en scène justement dans le livre l'opacité des raisons pour lesquelles elle se retrouve dans un monastère. Au départ, elle se dit que c'est pour donner tort à Pascal. Vous vous souvenez de la phrase de Pascal qu'on a beaucoup citée pendant le confinement ?
Rien n'est plus difficile pour un homme que de rester en repos dans une chambre.
Et
elle se dit, mais non, rien n'est plus enviable que de rester en repos dans une... Voilà, vous voyez, ça fait envie à tout le monde. Et en fait, elle se rend compte
qu
'en arrivant au monastère où elle pensait vivre une expérience de dénuement, de dépouillement, de silence, de solitude, elle ne se retrouve pas du tout en repos dans une chambre. Déjà parce qu'il ne suffit pas d'être seule entre quatre murs pour être en repos. La rumination est souvent permanente. Si ce n'est pas la rumination, c'est les interruptions suscitées par le téléphone qui aujourd'hui nous accompagne partout. Bref, il est très difficile de trouver le repos. Mais surtout,
et
là je déconstruis un mythe parce que c'est quelque chose qui est très en vogue aujourd'hui de partir en retraite de silence, de yoga ou dans un monastère. Attention, il y a peu d'endroits aussi pleins, j'irais presque à dire agités, qu'un monastère. Au fond,
ce
qu'elle réalise, et c'est assez cocasse, c'est que sa vie de femme qui travaille beaucoup et qui s'occupe de ses enfants et qui est tout le temps débordée ressemble beaucoup à celle des religieuses parce qu'on oublie que dans un monastère, il y a des personnes qui y vivent, qui s'occupent du monastère et qui travaillent. Et quand elle voit autour d'elle toutes les religieuses s'agitaient du matin au soir à faire la vaisselle, la cuisine, à travailler dans les champs, à tenir la boutique, à prier, etc. Elle se dit, mais au fond, si des femmes aussi différentes de moi sont aussi débordées, c'est donc bien
que
le vide est universel, que la fuite qu'engendre la prise de conscience du vide est universelle. Et à partir de là, elle va essayer de mener l'enquête, elle va essayer de comprendre quel est ce vide que les religieuses elles-mêmes veulent fuir, est-ce le même qu'elles-mêmes veulent fuir.
Ça,
c
'est
le premier ressort comique, vous dites, de situer cette quête au sein du monastère. Cela dit, ça n'épuise pas complètement cette question de la spiritualité. Elle rencontre cette mère supérieure avec laquelle, finalement, elle développe une vraie relation humaine qui lui dit,
qui
n'essaye pas de la convaincre, mais qui quand même lui dit, attention, tu vas bientôt sentir, je ne
vais
pas dévoiler la fin du livre, mais tu sentiras qu'il y a quand même un monde au-delà de ton monde. Elle n'en
croit pas un mot. En fait, cette rencontre avec la révérende mère est une des scènes que j'ai préférée écrire dans le livre parce que c'est un dispositif narratif formidable d'avoir cette personne, cette narratrice qui est un peu dans la provocation, elle aussi, qui n
'est
pas à l'aise avec cette révérende mère. Déjà, c'est une mère qui n
'est
pas une mère,
c'est bizarre. Voilà, révérende, elle
n
'a
pas du tout envie de faire la révérence que les autres visiteuses dans le monastère lui font la révérence, lui baissent les mains, elle dit, mais pas du tout, moi, je ne mange pas de ce pain-là, etc. Et elle va être désarçonnée et désarmée quasiment au sens littéral du terme dans les échanges qu'elle aura avec la révérende mère. Et ça va permettre le point de bascule qui arrive en effet plutôt vers la fin du texte où la narratrice va comprendre finalement de quoi est composé le vide. Et je reviens à votre question parce qu'elle est très importante sur la spiritualité. Au fond, c'est intéressant de voir comment,
à
constat égal de l'absurdité de l'existence, philosophie et religion proposent deux voies différentes. La religion est une manière d'apporter
au
moins une ébauche de réponses aux questions qui nous taraudent et qui nous dévorent. Encore une fois, le fait de ne pas savoir pourquoi nous sommes là ni ce qu'il y aura après la mort est quelque chose qui est assez insupportable. Et si on y pensait tous les jours, la vie serait invivable. La religion, à ce constat, apporte une forme de réconfort, peut-être de douceur.
Et
j'envie les religieuses qui elles-mêmes se disent mais voilà, elles savent quand même ce qui va se passer après la mort, il y aura quelque chose, elles ne
vont
peut-être pas complètement mourir. Et puis Dieu est la réponse à beaucoup de nos questions. À ce constat-là, la philosophie répond de manière très différente. C'est comme si elle choisissait la face, elle escalade l'existence par la face nord avec un piolet et un main nue.
Elle
se dit ces questions-là, tu vas passer ta vie à les formuler et tu n'auras pas de réponse. Mais le simple fait de parvenir à trouver les mots pour formuler ces questions, ce feu dévorant qui parfois te hape de l'intérieur,
c
'est ça qui va faire en sorte
que
tu trouveras une épaisseur et peut-être même un sens à ton existence. Et non pas du côté de la réponse mais du côté de la lucidité vis-à-vis de l'absence de réponse. C'est plus difficile,
c
'est plus exigeant mais je trouve ça très stimulant.
Pour
finir, Adèle Van Rett, quelles relations entretenez-vous avec cette narratrice
?
On lit partout dans la presse pour parler de votre texte un récit intime. Qu'en est-il
? En
fait, l'intime chez moi est une méthode d'écriture. Je fais le pari qu'en puisant dans l'intime, on touche l'intime du lecteur. C'est très simple. En
fait,
quand on écrit, on veut toucher les gens et plus on puise dans son intimité, plus on touche celle du lecteur.
C
'est le raccourci sans doute le plus efficace vers quelque chose de plus universel. J'ai besoin de cette narratrice,
de
ce jeu parce que je prône une philosophie incarnée qui part de l'expérience et qui va de l'expérience vers la pensée et non pas de la pensée vers l'expérience. Donc j'ai besoin d'un corps,
j
'ai besoin d'une narratrice. Et comme le dit Rousseau, comme le dit Henry David Thoreau, qui est un philosophe auquel je tiens beaucoup, c'est plus simple de me servir de mon expérience parce que c
'est
celle que je connais le mieux. Donc je puise dans la mienne mais au fond, savoir si j'ai vraiment vécu ça et à quel point ça me ressemble, je crois que c'est absolument secondaire. Le texte vaut pour lui-même.
Merci beaucoup Adèle Van Rett. On poursuit cet entretien dans une vingtaine de minutes. Je rappelle le titre de votre livre, Une heure à soi. C'est publié chez Gallimard et j'en cite une dernière phrase que j'aime bien pour finir. Je ne sais pas si j'en fais trop. Je crois surtout que je n'en dis pas assez. Voilà, c'est peut-être une nouvelle résolution. Parlez plutôt que se battre. Une résolution qui peut-être vaut pour tout le monde. Voilà, vous êtes sur France Culture. Il est 8h et c'est le journal. Et voici le billet politique, Stéphane Robert et l'inattendue contestation des lycéens.
Les lycéens ont surpris tout le monde à commencer par le gouvernement qui n'a pas vraiment vu venir la contestation démarrée il y a 10 jours dans quelques lycées de la banlieue parisienne. En quelques jours, elle s'est généralisée à tout le pays. Plus de 1000 établissements étaient concernés par des blocages hier et 400 d'entre eux garderont aujourd'hui porte-close avec pour les élèves la mise en place de cours à distance donnée par des professeurs en visioconférence. Le Premier ministre a donc pris la mesure de la contestation hier seulement en réunissant une cellule de crise à Matignon et en donnant pour consigne à ses ministres d'annuler tous leurs déplacements jusqu'à lundi prochain.
Ceci afin d'éviter de mobiliser des forces de l'ordre qui auront autre chose à faire dans les jours qui viennent que d'assurer la sécurité d'un convoi ministériel. Parallèlement à cela, le ministre de l'Éducation appelle un retour au calme indiquant qu'il recevra aujourd'hui dans la journée les associations lycéennes tandis que les services du Premier ministre justifient une répression musclée en affirmant que le mouvement aurait désormais basculé vers des violences urbaines. Plusieurs lycées ont en effet été dégradés, certains incendiés.
Ils accusent également la France insoumise et des mouvements d'ultra-gauche d'être à l'origine de la contestation en s'appuyant sur une note des services de renseignement de la préfecture de police de Paris que publie ce matin le journal Le Figaro. Cette note cite en particulier les jeunesses communistes révolutionnaires et révolutions permanentes.
Mais la surprise tient notamment au fait que ce mouvement a s'aimé très rapidement dans tout le pays.
Alimenté par des informations qui circulent à toute vitesse sur les réseaux sociaux tels que Snapchat, TikTok et Instagram mais elle tient aussi au fait qu'il est très difficile d'anticiper ce qui va fédérer la jeunesse dans une protestation généralisée.
Et
bien souvent le pouvoir central a tendance à sous-estimer la capacité de cristallisation des mouvements de jeunesse. Les mouvements de lycéens en France ne sont pas une nouveauté. D'importantes mobilisations se sont déroulées à la fin du XIXe siècle dans les années 1870-1880. A l'époque les lycéens s'insurgeaient contre la discipline parfois très rigide qui régnait dans les établissements. A partir des années 60 et plus particulièrement de 1968 dans le sillage de la révolte étudiante la contestation lycéenne se fait plus idéologique. On proteste contre l'ordre bourgeois. Ça change à partir des années 80.
A l'époque Jean-Pierre Chevènement décrète qu'il faut emmener 80% d'une classe d'âge jusqu'au baccalauréat. On construit alors des collèges et des lycées à toute vitesse. Les préfabriqués se généralisent pour répondre à la massification de l'enseignement secondaire qui en découle. Dès lors la contestation change de nature. Les mobilisations ne démarrent plus dans les centres-villes mais dans les banlieues et les lycéens protestent contre le manque d'enseignants et la vétusté des établissements. En cela le mouvement qui survient en octobre 1990 est assez emblématique et ressemble beaucoup par la nature des revendications à ce qui se passe aujourd'hui.
A l'époque le mouvement se déclenche suite au viol d'une jeune fille dans un lycée de Saint-Ouen.
La contestation est d'abord localisée et les revendications portent sur la sécurité dans les établissements scolaires. Mais très vite le mouvement se généralise. En quelques jours il gagne les lycées de toutes les grandes villes du pays et la nature des revendications évolue. Elles s'étendent au manque de surveillants à la vétusté des établissements et plus globalement au manque de moyens attribués à l'enseignement. Le gouvernement de Michel Rocard ne prend pas alors tout à fait la mesure de ce qui se passe. Il reçoit les organisations lycéennes et promet le recrutement de quelques milliers de surveillants.
Ça ne calme pas la contestation qui reprend de plus belle après les vacances de la Toussaint avec des manifestations qui se durcissent et dégénèrent. Finalement mi-novembre un mois après le début du mouvement le gouvernement Rocard cède et débloque des milliards de francs pour la rénovation des lycées. Depuis il y a
eu
bien d'autres mouvements de protestation dans la plupart des cas pour réclamer l'abandon d'une réforme portée par le gouvernement en place. Ce fut le cas en 2005 contre la réforme du baccalauréat défendu par François Fillon en 2006 contre le contrat première embauche de Dominique de Villepin ou encore en 2008 contre la réforme des lycées du ministre de l'éducation Xavier Darkos. A chaque fois le pouvoir exécutif fut contraint de reculer. Il est bien difficile aujourd'hui d'imaginer ce qu'il adviendra de ce mouvement démarré il y a quelques jours mais l'actuel gouvernement souffre d'un handicap majeur s'il devait être confronté à une contestation qui s'installe dans la durée.
Il n'y a plus d'argent dans les caisses de l'Etat et pour répondre aux revendications il dispose de marges de manœuvres financières quasiment inexistantes.
Merci beaucoup Stéphane Robert. Votre pilier politique est à retrouver sur le site de France Culture ou sur l'application Radio France. Il est 8h21. Vous écoutez France Culture on continue peut-être de philosopher.
Les
matins de France Culture Marguerite Caton Bienvenue aux auditeurs qui nous rejoignent. Nous sommes en compagnie d'Adèle Van Rett la philosophe ancienne productrice à France Culture ancienne directrice de France Inter. Nous avons évoqué votre nouveau livre en première partie de cet entretien Une heure à soi c'est publié chez Gallimard et nous allons poursuivre cette conversation du côté du réel mais je me dois d'abord d'apporter quelques précisions aux auditeurs qui peuvent se dire c'est bizarre l'ex-directrice d'Inter partie en cours d'année vient l'air de rien sur France Culture drôle de monde que Radio France tout cela est-il téléphoné ?
Je vous rassure il ne s'agit ni d'un entretien mondain nous ne nous connaissons pas ni d'une manœuvre téléguidée c'est en toute innocence et liberté que je pose mes questions et que vous y répondrez ou non Adèle Van Rett dites-moi avez-vous quitté votre poste ou avez-vous été démise de vos fonctions de directrice de France Inter
?
C'est une question à laquelle je ne peux pas répondre directement donc je suis partie voilà
C
'est peu ordinaire de partir de quitter un poste en cours de saison est-ce qu'on peut en savoir les raisons
?
Non
pas aujourd'hui et pas comme ça mais en revanche les conséquences sont les mêmes
Avec
le recul est-ce que vous sauriez dire pourquoi vous avez accepté de prendre la direction d'Inter ? Vous étiez notre star si l'on peut dire vous abandonnez la philo pour une fonction de direction qui s'est avérée très dure
Elle
s
'est
avérée très dure elle s'est avérée très exaltante aussi c'est une expérience absolument incroyable de diriger la première radio de France pendant plusieurs années il ne faudrait pas non plus dresser un portrait apocalyptique vous disiez en début d'entretien que je m'étais brûlé des ailes je ne
suis
pas sûr que ce soit le cas je pense qu'il y a toute expérience de ce type est forcément contrasté parce que ce sont des postes très durs et très exposés maintenant il y
a
aussi énormément de choses qu'on n'apprend pas ailleurs donc je modérerais le portrait apocalyptique que vous en faites Pourquoi est
-ce
que j'ai accepté ce post ? C'était ça votre question ? Quand on m'a proposé de prendre la direction de France Inter ça faisait plus de 15 ans que j'étais à France Culture j'ai fait mon premier stage à France Culture en 2005
dans
la matinale de France Culture auprès de Nicolas Demorand qui est celui qui m'avait donné envie de faire de la radio
et
j'ai eu mon premier contrat à France Culture en 2008 donc quand en 2022 après avoir travaillé 15 ans pour la même émission et l'avoir animé pendant 11 ans on m'a proposé de prendre la direction de France Inter ça arrivait un très bon moment dans ma vie radiophonique la radio était
toute
ma vie même si je faisais à côté aussi j'ai toujours écrit j'ai fait de la télé j'ai dirigé des collections mais la radio était ma nourriture quotidienne
et
j'avais envie de rester à la radio tout en essayant un autre exercice vous savez j'ai adoré chaque seconde de chaque heure de chaque jour des chemins de la philosophie mais au bout de plus de 10 ans la sixième semaine sur Nietzsche vraiment on
a
l'impression de tourner en
rond là l'assitude
on comprend ça très bien vous dites que il ne
faut
pas faire un portrait apocalyptique de ces postes à haute responsabilité tel que celui de la direction de France Inter mais via votre narratrice dans votre livre Une heure à soi vous racontez quand même ce que ce type de poste vous soumet à une série d'injonctions contradictoires qui sont très difficiles à gérer et vous notez aussi un goût du pouvoir qui est finalement un peu ce qui reste face à une saturation perpétuelle vous dites
non
en fait ce que je décris et je parle de mon expérience mais je pense que ça parlera à beaucoup de personnes parce qu'il n
'y a
pas besoin d'avoir des postes aussi exposés pour vivre ce genre d'expérience deux choses il y a les injonctions contradictoires et il y a le rapport au pouvoir les injonctions contradictoires elles sont assez classiques dans des postes où on doit diriger plusieurs personnes puisqu'on doit à la fois répondre aux besoins de tout un chacun et en même temps tracer une direction claire qui parfois ne prend pas en compte les besoins de tout un chacun on doit gérer dans l'urgence et en même temps on doit inscrire l'évolution sur du temps long tout est contradictoire en permanence ce qui fait que tout est exercice de frustration et ça il faut l'accepter une fois pour toutes c'est vrai aussi d'ailleurs dans les vies personnelles et pas uniquement dans les vies professionnelles sur la question du pouvoir ce que j'essaye de dire dans le livre c'est que lorsqu'on a un poste très prenant très exposé où on prend beaucoup de coups où il y a beaucoup de gestion de crise peut-être qu'on en parlera généralement ce qui justifie qu'on traverse des moments aussi difficiles et coriaces
c
'est le goût du pouvoir au fond pour avoir envie de traverser parfois le désert à pieds nus marchant sur des braises en ayant des lances qui vous traversent le corps c'est parce qu'on sait qu'à la fin on obtiendra ce qu'on voudra à savoir l'exercice du pouvoir or quand on n'a pas ce goût et moi je ne savais pas si je l'avais quand j'ai pris ces fonctions pour être tout à fait honnête et pour parler de moi je ne savais pas du tout ce que a priori le pouvoir ne m'intéresse pas spécialement mais bon je ne savais pas ce que c'était
et
je peux vous dire aujourd'hui que vraiment ce n'est pas quelque chose qui m'intéresse spécialement maintenant si je suis cohérente avec moi-même et avec Platon Platon encourage les philosophes à prendre le pouvoir et vous savez pourquoi parce qu'il dit que finalement le pouvoir bien compris doit être exercé par des personnes qui font passer leur intérêt personnel après l'intérêt collectif or c'est beaucoup demandé à un humain que de faire en sorte qu'il fasse passer de son intérêt personnel après l'intérêt collectif et c'est ce qu'on reproche beaucoup aux politiques
et
finalement quelles sont les personnes les mieux à même de vraiment se défaire complètement de l'intérêt personnel pour Platon c'est le philosophe mais attention pour Platon pour être philosophe il faut avoir fait entre 30 et 40 ans d'études de philosophie et puis il ne
faut
pas être une femme ça exclut beaucoup beaucoup de monde mais ce rapport désintéressé au pouvoir est peut-être la meilleure façon d'exercer le pouvoir de manière saine ça je laisse cette affirmation à Platon mais vous ça ne vous a pas plu
?
non non si si alors moi ça m'a plu en revanche je n'ai pas en moi l'ambition suffisante pour pouvoir accepter des choses qui sont parfois trop difficiles c
'est
-à-dire que je ne me projette pas dans une ascension effrénée vers le pouvoir c'est pas ça mon moteur dans la vie
il
est coutumier à Radio France comme d'ailleurs dans certains corps ou administrations pour voir les postes de direction avec des personnels qui montent en interne qui viennent de l'antenne à la radio Marc Vanchet à France Musique vous-même à Inter les exemples sont nombreux est-ce qu'avec l'ercule vous dites que c'est adéquat ou qu'il faudrait évoluer vers des directions plus managériales
?
ah non ça je ne pense pas qu'il faille forcément changer ça l'avantage quand on vient de la radio c'est qu'on connaît le corps de métier c'est-à-dire qu'on sait exactement c'était une chance pour moi de savoir comment se fabrique une émission ce que signifie qu'animer une émission quotidienne derrière la vitre et je me tourne ici vers j'imagine le chargé de réalisation et le technicien que je salue que je connais bien voilà c'est quand même une chance d'arriver en terrain connu et familier on ne part pas de zéro oui mais
vous
partiez d'une équipe d'environ 8 personnes à peu près à
la filo à
400 oui c'est sûr ça
s'apprend et puis
on peut être un excellent manager et si on ne connaît rien du tout à la radio encore plus à France Inter se casser les dents contre le réel donc finalement il n
'y a
pas un profil idéal et comme tout vous savez quand on fait de la radio le premier direct et vous vous en souvenez sans doute Marguerite on est terrifié on ne sait pas comment faire et finalement plus on fait de direct plus on fait de radio plus on apprend c'est pareil pour tout il faut avoir l'humilité de savoir qu'on a beaucoup de choses à apprendre quand on arrive à un endroit aussi public exposé et important soit-il et ça c'est quelque chose qui est plutôt stimulant ça correspond à quelque chose qui moi me plaît plutôt d'essayer quelque chose de complètement nouveau de connaître ses forces connaître ses faiblesses et se dire bon bah voilà j'y vais avec tout ce que j'ai et on verra bien on verra bien ce que ça donne guidé par un véritable amour et comment dire le souci de faire prospérer ce qu'est la radio publique aujourd'hui ça c'est quelque chose qui m'a toujours tenu
Votre
mandat France Inter a disons initié une grande réflexion sur le pluralisme avec deux grands mouvements d'abord une crise interne et puis ensuite ça a pris une dimension de politique nationale alors d'abord il y a la suppression de l'émission de Charline Vanhoenacker la suspension du Maurice Guillaume Meurice plus tard le remplacement d'éditorialistes politiques et Helgause et tout ça s'est perçu
par
les salariés de France Inter comme une tentative de mise au pas idéologique des journalistes des producteurs est-ce que vous trouviez est-ce que vous trouvez que France Inter penche trop à gauche et qu'il fallait rééquilibrer ou était-ce un faux procès
Alors
ce que j'ai découvert en arrivant et en endossant ces fonctions c'est qu'on devenait immédiatement
un
personnage c'est-à-dire que quand on devient quand on endosse un poste de pouvoir
ce
que nous sommes ce que nous pensons ce que nous sommes réellement devient complètement secondaire et on devient une espèce de support à fantasme et on nous prête toutes les intentions possibles pour pouvoir pour pouvoir manœuvrer dans le sens qu'on entend et qui arrange les personnes que ce soit tant en interne qu'à l'externe et ça,
ça
fait partie du jeu ça il faut être assez clair là-dessus on distingue sa fonction de sa personne la psychanalyse peut aider à se défaire de ses propres névroses pour pouvoir endosser ce rôle-là ça c'est pas un souci après il y a une autre chose que j'ai découverte et les exemples que vous avez pris en sont des variations c'est la gestion de crise au fond ce type de poste et surtout à partir du moment où c'est vrai où j'ai pris mes fonctions France Inter est devenu le lieu de crise à répétition
et
j'adore cette expression de gestion de crise d'ailleurs on en parlait avant dans le billet pilotique juste avant
parce
que qu'est-ce que ça veut dire gérer une crise
?
Ben
c'est pas résoudre des problèmes
et c'est ça que
c'est fou dans le livre c'est pour ça que j'y
consacre plusieurs pages dans le livre gérer une crise c'est l'inverse de régler un problème un problème peut se régler car un problème a une solution une crise ne se règle pas elle se gère car une crise par définition n
'a
pas de solution qu'est-ce que c'est qu'une crise ?
si on remonte à l'étymologie de la crise ça vient du grec krinein qui signifie trier le bon grain de l'ivraie c'est le moment où on ne sait pas encore ce qui va sortir d'une situation aujourd'hui on dit que la crise c'est la fin c'est la catastrophe on a une approche très dramatique de la crise mais étymologiquement y compris dans les tragédies antiques la crise c'est le moment du dénouement c'est le moment où on ne sait pas encore ce qui va se passer et c'est comme ça que commence le livre d'ailleurs la narratrice elle-même elle est quasiment au bord du gouffre et elle ne sait pas si elle va tomber dans ce vide ou pas et j'aime ces moments-là dramatiques parce que narrativement c'est très intéressant et c'est aussi là où tout est possible c'est une ouverture des possibles et donc c'est aussi une manière d'embrasser la liberté ça
c
'est dans le
réel quand vous étiez directrice de
France Inter simplement dans la gestion
de crise là c'est pour la crise que signifie gérer une crise en fait si on la gère et qu'on ne la règle pas ça veut dire qu'il faut savoir dès le départ qu'il n
'y aura
pas de bonne solution parce que le but est de s'accommoder avec l
'infinité
d'éléments du réel qui s'offre à nous à ce moment-là pour donner la meilleure image possible gérer une crise on fait en sorte de montrer qu'on est aux commandes qu'on est en pleine possession de la situation et que le plus de monde possible s'en sorte le mieux possible en sachant qu
'on
va forcément échouer là encore c'est un exercice de frustration permanent
donc
gérer une crise
c'est pas de
la com ?
c
'est beaucoup une question de communication évidemment c'est aussi l'aveu d'une faiblesse et d'une impuissance gérer une crise on sait qu'on n'en verra pas le bout et d'ailleurs vous le voyez bien en politique toutes les crises on ouvre des cellules de crise c'est-à
-dire
qu'on prend la mesure du problème mais c'est aussi une manière d'annoncer la couleur quand on ouvre une cellule de crise et qu
'on
fait de la gestion de crise
on
sait a priori qu
'on
ne
va
pas s'en sortir si bien que ça
et l'enjeu numéro un de ces gestions de crise que vous avez du coup observé et endossé vous-même à la tête de France Inter c'est la réputation c'était ça
quand
on dirige une chaîne comme France Inter évidemment il y
a
un enjeu réputationnel très très important et qu'il ne
faut
pas sous-estimer c'est pas secondaire la réputation c'est quelque chose de primordial quand on représente les valeurs d'un pays notamment et de lieu de visuel public donc c'est absolument fondamental la seule chose c'est que la réputation est quelque chose c
'est
difficile à saisir au fond ce qui m'a frappée de par ma formation philosophique sans doute mais par les autres expériences professionnelles que j'avais c'est que quand on gère des crises et qu'on a pour souci de préserver une réputation
à
un moment donné on ne sait plus vraiment de quoi on parle on manque de
définition du vide en
fait moi c'est ce
que je trouve un peu frappant dans ce livre c'est que j'irai
des crises c
'est
brasser du vide en espérant qu'on aura ou non un impact sur des éléments qu'on ne maîtrise pas c'est manipuler du
vide au fond c'est ça c'est de la manipulation du vide mais attention quand je dis ça je ne
suis
pas en train de dire que c
'est
un exercice de vacuité pour reprendre un mot que
vous avez employé de vanité peut
-être ni de vanité je pense même et c'est pour ça que c'est pas je la figure dans le livre la question que je me pose c'est jusqu'à quel point la manipulation du vide est indispensable à
l
'exercice du pouvoir
et
je crois que la réponse c'est elle l'est absolument et on retrouve l'importance du vide et l'ambivalence que nous avons vis-à-vis du vide mais nous avons besoin pour incarner certaines fonctions et aussi de l'autre côté pour respecter ces fonctions de savoir mettre en scène des éléments qui manquent de matière première qui manquent parfois de définition d'objectivité même de fond que j'appelle de manière un peu provocatrice le vide mais ce vide là est absolument indispensable à tout exercice de pouvoir sur quoi repose le pouvoir là encore Pascal nous est très utile Pascal parle des cordes de l'imagination qui nous fournissent les images nécessaires pour pouvoir respecter quelqu'un qui est au-dessus de nous Pascal mieux que quiconque sait que le pouvoir ne repose sur rien et ça quand on exerce un poste de pouvoir je pense qu'il faut le savoir dès la première seconde c'est arbitraire quelqu'un d'autre pourrait être à votre place et le pouvoir en une seconde peut être destitué et peut ne pas être respecté il prend l'exemple du juge qui arrive dans un tribunal qui est au moment de rendre son audience et là avec sa robe très bien coiffée tout le monde a le plus grand respect pour ce juge que tout le monde vénère imaginez que le lendemain le juge arrive au tribunal et qu'il est mal rasé
et
tout le monde verra tout simplement les poils sur le menton et on rira de lui et en une seconde l'image
qu
'on accole à ce juge et qui suscite le respect va
s'effondrer
et il perdra le pouvoir et bien cette image là il faut y penser c'est une chose très fragile qui repose sur des choses aussi vides et aussi futiles que des images j
'ai dit crise en deux temps on a parlé de la crise interne la suite c'est l'affaire Le Grand Cohen
l
'enregistrement de deux journalistes d'Inter en grande discussion avec des élus de la gauche parisienne s'en suivent la suspension de Thomas Legrand et la commission d'enquête à l'oncle et là l'audiovisuel public se retrouve sur le devant de la scène politique passé au grill quelle leçon vous en tirez Adèle Van Rett comment avez-vous regardé ce théâtre politique et puis au-delà comment voyez-vous l'avenir d'audiovisuel public sous la pression de la présidentielle qui approche Théâtre public théâtre
politique vous avez
dit c'était quand même presque une farce je
pense que l'expression est très
bien choisie mais là encore je l'ai dit avec
toutes
les nuances que je viens d'apporter sur la nécessité de prendre en compte cet exercice cette danse autour du vide qu'implique toute forme de représentation publique et politique théâtre cirque on peut le dire il y a une mise en scène du procès qui a été fait à l'audiovisuel public qui partait d'une intention louable à savoir s'assurer que l'audiovisuel public parce qu'il est financé par chacun des citoyens respecte le pluralisme c'est la moindre chose que nous devons à
nos citoyens et vous ne m'aviez pas répondu sur cette question de savoir si vous trouviez France Inter trop à gauche ou si vous trouviez que le pluralisme y était respecté
c'est plus à moi de répondre à cette question aujourd'hui le
pluralisme c'est une
exigence permanente alors là pour le coup pour avoir été en immersion totale pendant 4 ans le pluralisme est un souci quotidien chez chaque personne chaque journaliste et chaque producteur de cette antenne qu'on y arrive ou pas c'est une autre question que ce qui se passe à l'antenne puisse déplaire c'est inévitable et il y a sans doute des erreurs qui ont été commises et j'en ai très certainement commises et personne n'est irréprochable en revanche
tout
le monde sait aujourd'hui il me semble-t-il au sein de cette maison que le pluralisme et notre assurance vie que sans cette quête de pluralisme et sans ce souci du pluralisme l'audiovisuel public va être encore plus malmené donc pour revenir à ce que je disais je trouve ce souci très sain de faire en sorte que le pluralisme soit respecté
après
il
y a
le fond il y a la forme
la
commission d'enquête était en effet une manière pour chacune des personnes de l'audiovisuel public de défiler comme ça devant plusieurs personnes qu'on était soumis au grill des questions qui étaient posées on se demandait parfois si vraiment l'intérêt de l'audiovisuel public était ce qui était central et j'ai eu mais là après vous parlez à quelqu'un j'ai toujours eu ce grand scepticisme en politique qui m
'a
toujours semblé que le pouvoir était vraiment un tel jeu qu'on ne savait plus sur quel pied on dansait est-ce qu'on danse vraiment sur un sol ferme ou est-ce que tout ça n'est qu'une mise en scène ce qui est très déprimant d'ailleurs parce qu
'on
se dit mais
c
'est tellement difficile de créer et de maintenir une confiance dans la vie politique et dans la vie publique et c'est tellement indispensable pour l'avenir de notre pays qu'il ne
faut
pas jouer avec ça il
faut
faire attention au symbole qu'on renvoie et je crains que la commission d'enquête ait pu par moment renvoyer cette image-là de quelque chose qui était incompris d'un procès qui était peut-être bien que encore une fois sur des bases légitimes parfois dans la forme incompris parce qu'excessif mais je trouve que l'image qui a été rendue qui a été donnée des personnes en charge de l'audiovisuel public était plutôt tout à leur honneur
vous publiez aujourd'hui chez Gallimard Une heure à soi ce n'est pas votre premier livre quelle place aujourd'hui l'écriture tient-elle dans votre vie ?
Elle est centrale elle a toujours tenu une place très importante j'ai toujours écrit quand j'animais une émission quotidienne plein de moments de ma vie
et
j'ai continué à écrire pendant que j'étais à la direction de France Inter ce livre a été écrit pendant mon mandat terminé juste après
sans
intelligence artificielle
sans intelligence artificielle et là aussi vous voyez à quel point les sujets d'inquiétude et de les manifestations du vide sont nombreuses puisque l'intelligence artificielle qui a percuté de manière assez spectaculaire le monde de l'édition et littéraire la semaine dernière a suscité beaucoup d'effroi
je
crois que là comme dans beaucoup de domaines enfin je suis toujours stupéfaite de voir à quel point chacun a un avis très tranché de manière très rapide alors qu'on maîtrise très peu de choses quand même sur ce sujet et il me semble que c'est le moment ou peut-être c'est un des moments où les philosophes ou en tout cas les penseurs pourraient s'exprimer après avoir eu le temps de réfléchir à ce qui se passait vraiment on manque vraiment de temps là encore une fois prenez une heure un peu plus ailleurs à vous pour essayer de réfléchir à ce qui est en train de se passer avant de vous engouffrer dans
des prêts que vous avez fait radical
Est-ce que vous l'avez fait un peu réfléchir à cette question d'une littérature sous intelligence artificielle
? Oui
bien sûr j'ai réfléchi et ça m'inquiète comme tout le monde puisque j'écris moi aussi mais au-delà de ça je pense que on a toujours eu un rapport très ambivalent vis-à-vis de la technologie et l'intelligence artificielle suscite et provoque et j'ai pu entendre l'expression une sorte de blessure narcissique pour mémoire c'est Freud qui emploie cette expression notamment lorsque l'homme découvre que
la
Terre n
'est
pas au centre de l'univers blessure narcissique parce que c'est pas l'homme qui est au centre de l'univers lorsque l'homme découvre qu'il descend du singe blessure narcissique parce que l'homme n
'est
pas au-dessus des animaux et puis lorsque l'homme découvre que le moi n'est pas seul en sa demeure blessure narcissique parce qu'on se rend compte qu'il y a un
inconscient
et donc qui va prendre le pouvoir et là ce serait peut-être la quatrième étape la quatrième blessure narcissique à savoir que l'homme l'être humain est peut-être dépassé par une invention à laquelle il a lui-même procédé et donc il va peut-être se faire supplanter en tout cas quelque chose lui échappe et l'humanité déteste perdre le contrôle et s'engouffre immédiatement soit dans le désespoir soit dans la panique soit dans la panique
il
est un peu tôt je trouve pour s'engouffrer
soit
dans le désespoir soit dans la panique en revanche j'en appelle vraiment et je pense qu'il en va de la responsabilité des intellectuels notamment à une réflexion qui puisse permettre de mettre en place une régulation dont nous avons besoin mais ça va prendre du temps
on
ne sait à peine de quoi on parle aujourd'hui l'intelligence artificielle est l'objet de tous les fantasmes on ne sait pas si on parle de robots si on parle de choses immatérielles on ne sait pas on ne mesure pas à quel point elle est déjà présente dans notre existence et sans doute dans la littérature donc prenons le temps d'étudier ce qui est en train de se passer de proposer les régulations nécessaires sans céder à cette espèce de dogmatisme qui est toujours toujours très très délétère au fond pour la créativité en général et même pour l'humanité donc restons calmes à ce sujet et prenons le temps un peu plus qu'une heure là pour le coup
la femme de la fin de votre ouvrage semble un peu apaisée loin de la saturation permanente de l'existence dans laquelle elle est plongée au début quel secret a-t-elle découvert finalement
? je
ne
sais
pas si elle a découvert un secret vous trouvez qu'elle a découvert un secret ? j'ai ce sentiment lors de ces grandes tirades
où
elle se livre complètement devant la mère révérente elle revient sur son enfance elle redécoupe des choses et là mais je ne
sais
pas ce qu'elle a découvert comme secret j'aimerais bien le savoir
mais
si vous pensez qu'il n
'y en
a pas je
resterai sur ma fin non alors pas
un secret mais il y a un point de bascule
et
je pense qu'il y a la prise de conscience d'un
rapport
au monde qui est inutilement belliqueux elle le dit à un moment elle dit mais en fait contre quoi je me bats
et puis
j'ai plus envie de me battre j'ai envie de déposer les armes et j'ai envie de vivre
et
au fond je pense qu'il
y a
beaucoup de notre rapport au monde peut-être par peur du vide qui est une bagarre et on en oublie
les
raisons en fait de cette bagarre
d
'ailleurs le titre est un peu ironique qu'une heure à soi c'est fou de penser qu'on arrive à un point où
on
se daînerait pour avoir une heure à soi mais on devrait vouloir une journée à soi une vie à soi
une
vie à soi évidemment un grand merci Adelvan
merci à vous bienvenue
ce matin partagez un peu de votre temps avec nous je rappelle le titre de votre ouvrage une heure à soi et c'est aux éditions Gallimard dans quelques instants c'est le 8.45 le journal de Cyril Ardorodon et les chroniques de Gilles Gressani et Marie Laborie
le souffle de la pensée chaque vendredi à 10h sur France Culture franceculture.fr et l'appli Radio France
je
voulais absolument faire cette colonie pour être avec des filles relaxes comme toi France Culture aime mémoire de fille réalisée par Judith Godrech de retour à Rouen pour une séance de dédicaces Annie Arnaud replonge dans le souvenir de l'été 1958 celui de sa première nuit avec un homme nuit dont l'onde de choc se propage violemment sur le reste de son existence mémoire de fille de Judith Godrech actuellement en salle un film France Culture
et
voici nos deux chroniqueurs ceux du vendredi Gilles Gressani et Marie Laborie qui viennent s'installer dans le studio Gilles Gressani vous êtes directeur de la revue Le Grand Continent de quoi allez-vous nous parler ce matin
?
écoutez je vous promets que je vais vous dire quelque chose de nouveau concernant l'affaire Télison Aurélien c'est
un
défi vous y croyez vraiment ? c'est certain
?
chiche
une promesse incroyable Marie Laborie de votre côté quel est votre regard culturel ?
et
bien moi je vous parlais du mot en L
du
mot en L c'est complètement mystérieux donc je ne sais pas du tout ce qui nous attend il est 8h44 bientôt 45 en fait et donc c'est tout de suite le journal de Cyril Ardorodon et les chroniques après donc je me répète