Fin de vie : vers un "droit à l'aide à mourir" ? | Parlement Hebdo - 06/02/2026
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à tous, très heureux de vous retrouver pour ce nouveau numero de Parlement hebdo, l'émission qui vous fait revivre les moments forts du Parlement. - Un débat entre un député et un sénateur, Danielle Simonnet, vous débattez avec Olivier Paccaud. Bonjour. - A la une cette semaine, la proposition de loi sur la fin de vie qui fait son retour à l'Assemblée nationale, une semaine après son rejet par les sénateurs, les députés ont de nouveau voté une autorisation sur l'aide à mourir sur certaines conditions.
Le sénateur LR a demandé une nouvelle loi, par rapport à la loi Duplomb. - D'abord, la question de la fin de vie qui est donc de retour à l'ordre du jour à l'Assemblée nationale. - Le texte porté par le député Olivier Falorni est de retour à l'Assemblée, en 2e lecture, après son rejet par le Sénat.
Les députés vont de nouveau valider le droit à mourir malgré quelques réticents. - Avec cette légalisation du suicide assisté, de l'euthanasie, certaines vies valent plus que d'autres ? Que dirions-nous de notre conception de la valeur d'une vie. - Un examen au parcours tumultueux.
D'abord interrompu par la dissolution en 2024, puis en 2025, François Bayrou, alors premier ministre, avait scindé le texte en deux. L'un sur les soins palliatifs, l'autre sur les droits à mourir. Sans jamais citer le mot "Suicide assisté" ou "Euthanasie". - Je n'oublierai jamais cette journée, merci à tous. - Le dispositif créé est très encadré.
Pour bénéficier du droit à mourir, il faut remplir 5 conditions. Etre majeur, être français, être atteint d'une affection grave et incurable qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale, et avoir une psychologie stable. Et enfin, manifester sa volonté de façon libre et éclairée.
Texte solide, cohérent et équilibré pour son rapporteur. Il espère son adoption à l'assemblée le 24 février. Mais le Sénat risque à nouveau de bloquer, obligeant à une dernière lecture.
Y aura-t-il une adoption de la loi avant l'été ? - C'est la 2e fois que les députés votent l'autorisation d'avoir un droit à mourir sous certaines conditions, est-ce que les Français confrontés à des situations de fin de vie qui voudront demander l'aide à mourir pourront le faire d'ici l'été ? - On aimerait bien.
On est tellement en retard, ça fait déjà très longtemps que l'opinion publique est majoritairement favorable à ce qu'il puisse y avoir une aide à mourir dans des conditions extrêmement encadrées, mais qu'on puisse bénéficier de cette ultime liberté. C'est un nouveau droit, une liberté qui n'impose rien à personne. Si on estime qu'on est face a une infection grave et incurable, avec des douleurs réfractaires et des traitements lourds, et qu'on estime qu'il vaut mieux éteindre la lumière, il faut qu'on puisse bénéficier de ce droit.
Beaucoup de pays l'ont déjà fait autour de nous. La France est en retard. On a eu des débats à l'Assemblée nationale, on a montré qu'il était possible de réfléchir sur un sujet pour autant extrêmement compliqué, délicat, qui touche à des convictions intimes fortes, mais c'est aussi un texte garant de la laïcité.
Chacun, avec ce nouveau droit instauré, j'espère que nous pourrons adopter le texte d'ici l'été. - Olivier Paccaud, comment vivez-vous ce timing politique ? - On a vu des parcours législatifs un peu plus longs.
Il y a une volonté, de la part de l'exécutif mais aussi de la tête du législatif à l'Assemblée, d'aller très vite. La présidente de l'Assemblée nationale l'a dit de façon très claire. Il y a la problématique des soins palliatifs, qu'on n'a pas abordée, malheureusement, or, si nous sommes en retard, c'est aussi en matière de soins palliatifs.
Une vingtaine de département en France n'ont pas de soins palliatifs. Il faut les développer, surtout quand on sait que là où ils existent, et où les gens sont pris en charge, leur demande d'éventuels adieux sont beaucoup moindres. Pourquoi je fais parti des gens réservés sur ce texte, même si j'entends bien cela, mais il y a une loi qui permet déjà ce départ.
Peut-être pas de façon assez franche selon vous, mais il faut être clair, c'est une profonde rupture civilisationnelle. La civilisation est né autour du soin. Le premier acte, histoire de l'humanité, remonte...
Le premier soin fait, a été découvert avec un fémur réparé. Lorsqu'un homme était blessé avant, il mourait. Lorsqu'un homme préhistorique a aidé un autre homme à survivre...
C'est le progrès, c'est le soin. Là, on veut n'ont pas organisé la fin de vie mais institutionnaliser la possibilité de donner la mort. - Vous entendez le raisonnement du sénateur ?
Permettre aux médecins de donner la mort ? - Il faut mettre plus de moyens dans le sens palliatif, il n'y a pas de consensus. Sur notre système de santé, la problématique des soins palliatifs est étroitement liée au fait de ne pas donner des moyens aux hôpitaux d'exercer leurs moyens.
Ce qui est paradoxal, je porte plein de combat sur plein de sujets différents et c'est le seul sujet sur lequel je suis résolument convaincue qu'il faut accorder ce droit. Les conditions d'existence font que nous avons besoin de cela. C'est une liberté que chacun ait besoin d'avoir ce droit, on le retir à personne.
Le peuple nous attend là-dessus depuis très longtemps. Dans tous les milieux sociaux, et y compris parmi les croyants. - Pourquoi pas le référendum ?
Il y a un blocage entre les 2 chambres, pourquoi pas laisser les Français trancher ? - Ca ne me gênerait pas. Même si ça peut...
Les référendums peuvent des fois déraper. La question initiale peut passer derrière. Sur ce type de problématique, vous connaissez la fameuse phrase de Montesquieu, "Il faut légiférer d'une main tremblante." Je pense sincèrement que c'est un problème qui peut toucher toutes les familles un jour ou l'autre, ça ne me gênerait pas que la population soit saisie, que les Français soit saisis. - Pourquoi pas mais Emmanuel Macron ne fera pas de référendum sur ce thème.
Je trouve ça intéressant mais on n'a pas utilisé le référendum sur les retraites, les élus sont allés à l'encontre des syndicats, de l'avis de la population. Vous serez très surpris du résultat. L'écrasante majorité de la population est favorable à ce droit.
Je salue le travail fait par les associations, notamment l'association ADMD. C'est aussi intensifié par le ras-le-bol anti Macron. - Toutes les grandes religions sont contre, y compris l'église... - Mais pas les croyants, c'est ça qui est intéressant.
Les entités religieuses ont été auditionnées, elles sont toutes contre. Par contre, les sondages, parmi les croyants et les croyants pratiquants des religions monothéistes, sont majoritairement favorables. - Les sondages ont beaucoup évolué. - Mais pas les classe politique.
C'est le problème. - Que répondez-vous aux Français... - Les 75 % ce sont des chiffres d'il y a 2 ans.
Personnellement, dans les gens que je côtoie ou que j'ai pu interroger à ce sujet, ceux qui travaillent dans le monde médical, ils y sont plus opposés. - Plein de médecins sont favorables, non... - Se baser sur d'éventuels sondages d'il y a 2 ans n'est pas sérieux. - Ca fait 20 ans qu'on à ce débat. 20 ans que la population est majoritairement favorable.
C'est un nouveau droit. On a enfin le débat à l'Assemblée nationale et au Sénat. Ca fait 20 ans qu'on aurait dus la voir.
A partir du moment où il y a un sujet qui préoccupe autant la population, la moindre des choses c'est que la représentation nationale se fasse le devoir d'en délibérer. - Certains craignent, notamment des soignants, que cette voie puisse ouvrir la voie à de possibles dérives. C'était le cas au Canada.
Les conditions étaient strictes au départ et ça s'est élargi. Vous craignez la même chose ? - Toutes les craintes dans la vie sont de bons conseils.
La première des choses à faire, c'est de ne pas mettre un centime en moins en hôpital public. Au contraire, augmenter les moyens. Augmenter aussi l'ensemble des moyens.
Qu'on soit le moins en tension possible pour que la place des usagers et de la démocratie dans l'hôpital public entre les agents de la santé et les citoyens, - Ces dérives, on met des critères stricts. - Ce ne sont pas des dérives, c'est la décision des législateurs. - Olivier Paccaud ? - Il y a des garde-fous qui sont proposés dans le texte.
Sauf que dans certains pays, il y avait des garde-fous et, progressivement, les associations qui veulent aller plus loin parviennent, via des billets législatives à éroder ces garde-fous. Le pire exemple, vous avez parlé du Canada... - La force en place estime que les garde-fous ne sont pas les bons. - Aux Pays-Bas, il était permis à tout adulte d'au moins 74 ans de solliciter une aide à mourir sans condition médicale.
Ce n'est pas voté mais c'est un bon exemple pour montrer qu'une fois que la... - Est-ce que beaucoup de parlementaires le soutiennent ?
Parlons de choses sérieuses. - Je dis ce qui se passe aux Pays-Bas. C'est la vérité.
Vous avez dit que nous sommes en retard sur cette législation. S'il faut cavaler après ceux qui veulent encore plus d'institutionnalisation de morts, - Vous ne cavalez pas avec eux. Vous avez mis suffisamment de garanties... - Personne n'a le désir de mort.
On a un cadre législatif qui est le laisser mourir. Laissez-moi parler. C'est le laisser mourir, c'est la sédation profonde et continue jusqu'au décès.
On arrête l'alimentation, hydratation...
On peut mettre son antidouleur peut être rapide comme ça peut être très long. On a des témoignages... - Ils meurent de faim et de soif... -Pour l'ensemble de la famille des proches, on peut souhaiter ne pas vouloir cette fin-là pour ses proches comme pour soi-même.
Surpasser un choix personnel. Est-ce qu'on souhaite pouvoir dire : "Je préférerais être maître, choisir le jour, l'heure de quand je ne pourrais plus.".
Cette discussion est importante. Il faut pas la caricaturer. Nous avons plein de cas douloureux.
Il y a énormément de souffrance derrière. Personne ne l'oblige à qui que ce soit à utiliser ce droit. - Un sénateur a déposé un nouveau texte pour réintroduire deux molécules classées parmi les néo nicotinoides. - Laurent Duplomb persiste et signe un nouveau texte pour réintroduire certains pesticides de la famille des néonicotinoïdes dans notre agriculture.
Cet été, le conseil constitutionnel avec partiellement censuré la première est controversée loi Duplomb. En particulier, une rare autorisation de l'acétamipride. - Nous sommes une hypocrisie bien française qui consiste à ne pas vouloir regarder la réalité en face avec des produits qui seront plus produits en France mais produits de l'autre côté de la frontière, en Europe. - Ce deuxième texte précise les modalités d'application de ces molécules, durée d'autorisation et culture concernée.
Pour les opposants à la loi Duplomb, cette désagrégation bloque l'avènement de solutions alternatives et représente un danger pour notre santé. - C'est faire fi de toute la séance alors que tous les scientifiques nous disent qu'il ne faut pas réintroduire ces produits qui sont dangereux pour la santé. Je ne comprends pas pourquoi on s'acharne à la réintroduire. - Hasard ou non du calendrier, le dépôt de ce nouveau texte coïncide avec un débat prévu la semaine prochaine à l'Assemblée nationale sur la première loi Duplomb après qu'une pétition qui demandait son rejet avait recueilli plus de 2 millions de signatures. - Olivier Paccaud, c'est le retour de la loi Duplomb.
Nouvelle version. Pourquoi recommencer ce combat politique pour la réintroduction de ces substances ? - Car l'agriculture française est en danger.
La loi Duplomb comptait beaucoup d'articles. Un a été retoqué non pas sur le fond mais sur la forme par rapport à l'utilisation de ce produit, l'acétamipride, qui est utilisé partout en Europe et qui est utilisé notamment sur quatre productions, les betteraves, la noisette, la cerise et l'arboriculture. Dans toutes ces productions, la France qui jadis était leader, elle est aujourd'hui...
Même au niveau global, la France qui est encore la première puissance agricole européenne ne cesse de reculer. Un chiffre très important, en 2005, la France avec un excédent agricole de 12 milliards d'euros. Aujourd'hui, nous sommes en déficit à peu près 500 millions d'euros alors que l'Europe, globalement, est excédentaire.
Les Espagnols sont en train de nous dépasser, les Italiens et les Polonais nous courent après. Nantes notamment à cause d'une problématique du coût du travail et d'une problématique de normes. Il s'agit de donner à nos agriculteurs les mêmes armes que nos concurrents.
Toute l'Europe, et notamment l'agence européenne sanitaire, permettent l'utilisation de ces produits. Quand en France veut signer la fameuse pétition, il faut savoir que l'acétamipride, on augmentait...
Quand je dis Laurent, ce n'est pas seulement la commission mais le Parlement européen, il permettait de multiplier par 20 le taux d'acétamipride dans les résidus de miel, par exemple. - Danielle Simonnet, vous entendez les arguments du sénateur, l'agriculture française est en danger et partout en Europe, cette substance est autorisée. - Il y a des gens autour de vous qui sont atteints du cancer.
Vous connaissez des paysans qui sont atteints de cancer. Vous savez la réalité de l'évolution du cancer en France. Je suis en colère.
Nous sommes le pays qui a le plus de taux de cancer depuis 90. Les nombres de malades du cancer doublent en France. Les enfants...
Les cancers des enfants ont explosé aussi. On sait pertinemment toutes les études scientifiques...
C'est dangereux. Il y a un autre sujet quoi mettre sur la table à la niche du groupe Ecologiste et Social la semaine prochaine, une substance dans nos engrais. Nous sommes en train de laisser bon nombre des nôtres pour une question de profit... -Il ne faut pas faire campagne contre les agriculteurs.
Je me bats contre Monsieur Duplomb, contre ce Gouvernement qui veut empoisonner nos agriculteurs, la population... -Ce sont les agriculteurs qui demandent... - Non.
C'est la FNSEA. Il y a une autre façon de faire de la politique pour protéger notre santé, celle de nos agriculteurs, garantir une alimentation saine et bio, protéger l'environnement et garantir un juste revenu de nos agriculteurs. Ne racontons pas de conneries.
Sur la betterave, ce que je dis c'est que l'interdiction des néonicotinoïdes n'a pas fait baisser le rendement. Nous avions toujours des rendements supérieurs à certains de nos voisins turcs. Vous les faites passer pour des empoisonneurs, c'est une honte. - Non.
Je fais passer les législateurs pour des empoisonneurs. - Ils prennent soin de leur territoire, ils sont particulièrement attachés à la qualité de leurs produits. Vous dîtes que la production de betteraves...
Je suis dans un département sucrier, elle a chuté quand, justement, il y avait des prédateurs, des ravageurs, des pucerons. En 2020 et 2024. Que nous n'avons pas pu utiliser cet acétamipride.
Quand il n'y a pas de maladie, il y a n'a pas besoin. Les produits phytosanitaires sont comme des médicaments. Faut faire confiance à nos agriculteurs, ne pas les traiter d'empoisonneurs et surtout... - C'est eux qui sont empoisonnés. - Certains, c'est vrai.
On voulait interdire ces produits mais je n'entends en aucun cas vouloir interdire l'importation de ces produits. C'est ça le vrai problème. - C'est le libre-échange... - Vous savez qu'elle est le premier producteur de miel ?
En Europe ? C'est la Slovénie. Qu'a demandé la Slovénie ?
Comme beaucoup de producteurs de miel, a augmenter la possibilité d'utiliser l'acétamipride. Ca n'a posé aucun problème à l'union européenne ni à vous car vous n'êtes pas allé protester devant l'agence sanitaire européenne. Il faut être cohérent. - Qualifier la loi Duplomb d'ordures.
Les LR ont annoncé dans une procédure judiciaire pour lever son immunité parlementaire. Des réactions à ce tweet ? - Là, c'est vrai que c'est totalement indigne de la part d'une parlementaire.
On connaît sa capacité à déraper. C'est vrai que sa famille politique elle-même pourrait faire des excuses. Maintenant, moi je connais personne personnellement Laurent Duplomb.
C'est parlementaire très courageux qui travaille sur ces problématiques depuis très longtemps. Il avait fait rapport des 2019. On voudrait le faire brûler en place publique comme les sorcières au XVIe siècle.
C'est une honte. Et Rimane Hassan est le pire de ce que les opposants à la loi Duplomb incarnent. - Une réaction, Danielle Simonnet, par rapport à ce tweet ?
C'est acceptable ? - Je n'ai jamais aimé les insultes politiques. Ce n'est pas comme ça qu'on évolue.
Même si la colère est légitime. Ca n'aide pas à mieux faire passer les propos. Je pense qu'on est plus convaincant en restant respectueux.
Mais pourtant, oui, c'est criminel de laisser tous ces pesticides de notre alimentation. C'est pour ça que la question du cadmium, on abordera cela dans notre niche, il y a des enfants qui sont particulièrement à risque et on a près d'un tiers des moins de trois qui ont déjà dépassé le seuil tolérable. Il ne se passe rien.
Il faut légiférer le principe de précaution. Et comme ça, on protège nos agriculteurs aussi. - La nouvelle loi Duplomb ne fait que répondre aux exigences du conseil constitutionnel. - Merci.
On se retrouve la semaine prochaine.
Danielle Simonnet