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interviewLe Média· 25 mars 2020 14 min

COVID-19 : SE RÉVEILLER DANS UN AUTRE MONDE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour à tous, voici mon premier édito post Corona. Ben oui. Il y aura un avant et un après le Corona.

Pour nous, comme pour eux. Je me suis réveillé ce matin, après une nuit d’insomnie dans un état de stupeur et d’incertitude. Je ne savais plus si j’étais dans un monde réel ou dans un rêve bien flippant.

J’avais pas picolé la veille, j’avais pris aucune drogue. J’avais pas de gueule de bois. Il m’a fallu quelques longues secondes pour me rendre compte que le monde était devenu un capharnaüm géant où une pandémie mortifère condamnait à mort une partie de l’humanité.

Nous sommes le lundi 23 mars 2020. Il est midi. Mon fils dort encore.

Il a joué à la play une partie de la nuit. Le reste il a regardé Sex Education sur Netflix. Je ne le fais pas trop suer avec ses devoirs.

Il est en seconde et le lycée ne lui a pas envoyé grand-chose depuis lundi, sinon des messages pour dire que le site déconnait. Et qu’il fallait qu’on se débrouille. Je suis descendu à mon bureau pour enregistrer cet édito.

J’ai quitté Montreuil et j’ai la chance de vivre dans un environnement paisible, entouré d’un jardin, tout près d’une forêt où les oiseaux et les écureuils reviennent. Et d’un cimetière où mes voisins roupillent pour l’éternité. J’y ai quelques copains.

A côté de chez moi, il n’y a pas trop de queue, ni de masques au Lidl du coin. Par contre, des queues et des masques, il y en a à l’hypermarché Cora plus loin. Les hypermarchés restent achalandés et les camions de produits frais arrivent, même si un copain m’a prévenu que de nombreux routiers allaient faire valoir leur droit de retrait.

Les aires d’autoroute où ils pouvaient se reposer et se doucher leur sont interdites. Non seulement Vinci et compagnie, sous le règne de Nicolas Sarkozy, nous ont volés. En plus, ils ferment leurs aires de repos.

En parlant de Sarkozy, elle date un peu mais la vidéo la plus fun du net reste à mes yeux celle où Carla Bruni fait étalage de toute sa générosité, de son intelligence et de sa culture de classe. On est chez LVMH, le 28 février dernier, au début d’un défilé Dior et Carla se moque. Je vais faire un truc regarde.

Maintenant nous sommes morts, grosse conne ! Elle mettra deux semaines avant de s’excuser. C’est long deux semaines, surtout quand on a un cerveau.

Mais la palme de la prise de parole la plus stupide, la plus cynique, celle où on voit que les gens au pouvoir nous prennent vraiment pour des billes revient une fois de plus à Sibeth Ndiaye qui nous explique que nous sommes incapables de nous servir de masques et que ce n’est finalement pas plus mal que le gouvernement n’en ait pas fait fabriquer. De sorte que ne pas mettre de masque évite finalement la contamination. L'utilisation d'un masque ce sont des gestes techniques précis, sinon on se gratte le nez sous le masque, en fait on a du virus sur les mains, sinon on a une utilisation qui n'est pas bonne et ça peut être même contre-productif.

Ben voyons. On est à nouveau chez Orwell. L’ignorance c’est le savoir.

Orwell j’y ai pensé aussi avec ces drones qui nous surveillent… Je trouve ça très flippant. On est en urgence sanitaire, mais demain on sera peut-être en urgence terroriste… Ou en urgence pré-insurrectionnelle… Depuis que nous sommes confinés, je cogite plus que d’habitude. J’ai toujours la tête ailleurs.

C’est ce que mes proches me disent. Putain, mais à quoi tu penses ? Allo la Planète Corona… Je passe encore plus de temps sur les réseaux sociaux.

Je reçois des centaines de messages qui viennent de partout. D’artistes, de journalistes, de médecins, de politiques, de chercheurs, de gilets jaunes, d’infirmiers, de syndicalistes, de profs, de fous, de donneurs de leçons, d’avocats, de magistrats, de galeristes, de flics, d’amis italiens, anglais, allemands… Difficile de faire le tri entre ceux qui prédisent une mutation du virus et une catastrophe planétaire et ceux qui pensent que nous sommes déments de nous protéger ainsi. Difficile d’y voir très clair quand on cherche à comprendre ce qui arrive, quand ce qui nous est proposé vient de personnalités médicales qui se contredisent avec tant de bonne foi apparente.

Après avoir mis en ligne une de ses vidéoconférences, j’ai échangé avec le Professeur Timsit, chef de la réanimation de l’hôpital Bichat à Paris qui s’inquiétait de la catastrophe à venir, craignant un afflux de malades et une contagion galopante. Tous ceux qui sont au front craignent ça. Et ici en Lorraine, on est en plein dedans.

Les malades nous viennent d’Alsace, mais rien n’est encore saturé. J’ai vu comme tout le monde les vidéos du Professeur Didier Raoult, l’expert en maladies infectieuses de Marseille. Ils pensent pouvoir soigner en partie l’infection avec son médicament à base de chlore.

Jusque là, tout va bien. C’est quand il dit qu’il ne croit pas que le confinement soit une méthode appropriée pour vaincre le virus et qu’il le range et le banalise au rang d’une mauvaise grippe que ça commence à craindre. C'est vrai que le monde est devenu complètement fou.

C'est à dire que, il se passe un truc où il y a trois Chinois qui meurent ça fait une alerte mondiale, l'OMS s'en mêle, ça passe à la radio à la télévision. Si il y a un bus qui tombe au Pérou, on va dire "les accidents de la route tuent de plus en plus". Tout ça est fou, il n'y a plus aucune lucidité.

Il faut faire attention que nos réactions ne soient pas disproportionnées face au risque réel. Le risque réel c'est la mort, c'est ça le risque réel ou c'est éventuellement un séjour en réanimation ce qui est assez désagréable. Ce type de danger est un danger qui n'apparaît pas à ce stade plus grand que celui des autres affections respiratoires.

J’ai posté une vidéo sur facebook où j’indique qu’il faut mieux écouter les chefs de réanimation ou les médecins qui nous parlent de Chine que l’expert marseillais et je me suis fait allumer. Je vous parle ici, parce que j'ai la conviction intime, pour l'avoir vécu dans ma chair, avoir vécu toute cette crise sanitaire, ici à Wuhan en Chine, que toutes mesures moins performantes que celles appliquées en Chine entraîneront un plus grand nombre de morts et des conséquences économiques désastreuses dues à une épidémie plus longue dans le temps. Je vous exhorte donc, vous Français, à appliquer, à notre façon dans un souci de santé publique, dans un souci de protection des individus, les règles de maîtrise efficaces, prouvées ici par la Chine, et cela le plus vite possible et de façon implacable.

Je ne sais rien de précis et je ne suis pas médecin. Et à la décharge de Didier Raoult, les vidéos où il banalise le virus sont un peu anciennes maintenant. Mais elles circulent.

Et ce qui me gêne un peu c’est que ce médecin au look de biker passe pour un rebelle alors que bon, tout va plutôt bien pour lui. Les images des corbillards de Bergame qu’on a vu en boucle me font penser qu’aujourd’hui nous n’avons pas d’autres choix que le confinement, et le confinement strict. Sans doute aurions-nous dû nous y prendre autrement ?

Mais ce n’est plus le moment de regretter le passé. On règlera nos comptes plus tard. Même si comme Philippe Juvin, le patron des urgences à Georges Pompidou, j’ai les boules.

On n'a jamais été dans une situation aussi préoccupante : les patients arrivent aux urgences. Certains arrivent sur leurs deux pieds, vous parlent, et puis deux heures plus tard ils sont asphyxiques et on les passe en réanimation, c'est ça la réalité des choses. C'est d'une gravité extrême, ce virus est une cochonnerie.

Alors ceux qui m'écoutent, surtout arrêtez de sortir, restez chez vous, ne prenez pas de risques, cette affaire est d'une gravité que vous n'imaginez pas. Vous avez vu des films catastrophe, vous avez lu des livres de fiction, et bien là on est dans quelque chose que personne n'avait pu prévoir. Donc surtout restez confinés chez vous.

Donc, on confine. Et les policiers patrouilles et verbalisent. Sans masque.

J’ai croisé un gendarme dans mon village et on s’est parlé à distance. Il était dégouté et en colère. Ecrivez le qu’ils se foutent de notre gueule.

Voilà, c’est fait. Depuis le confinement, je fais des choses que je ne faisais plus depuis longtemps. J’ai fait un peu la cuisine, riz gluant, sauce thaï, joué au carte, Scopa, au Scrabble, au basket et au ping-pong.

J’ai promené mon chien en forêt. Il est un peu comme Castaner. Je me suis pris la tête avec mon fils parce qu’il ne fout strictement rien, à part jouer à la Play.

C'est horrible, vas y j'te bloque. J’ai mes amis du Média plusieurs fois par jour au téléphone ou sur Skype. Nous sommes nombreux à travailler moins, loin ou à mi-temps.

Ils sont trois à être restés sur base à Montreuil pour organiser le travail et les émissions. Nos audiences grimpent. Normal, les gens s’emmerdent et trainent sur le net.

Et on est gratuit. La règle d’or est de ne pas se toucher, de rester à distance, échapper aux postillons, aux miasmes et aux nuages. On ne sait pas très bien où on va.

On est partis pour durer en fonctionnant de la sorte. Ce sera bien plus long que les deux semaines annoncées. Sur les sites conspirationnistes, des mecs commencent à laisser passer l’idée qu’on aurait volontairement balancé un virus pour décimer les populations.

Ils partent d’une info vraie, la France a aidé la Chine à créer un laboratoire de recherche à Wuhan, pour délirer. Il va falloir faire très attention à ces rumeurs qui, en tant de crise, peuvent occuper soudain tout l’espace. Elles deviennent très vite virales.

C’est là que nous journalistes avons un rôle important à jouer surtout en ce moment. Le cauchemar a pris les traits depuis une semaine d’Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la Santé qui s’est épanchée au lendemain des élections municipales devant les journalistes du Monde. "Je me demande ce que je vais faire de ma vie." a-t-elle dit en posant lourdement son sac à main Vuitton, comme si c’était une croix trop lourde à porter pour une “en-marcheuse” de la première heure.

Vous avez vu je n'ai pas dit "emmerdeuse". Elle ne pleurait pas que sur elle et son destin brisé, mais elle pleurait sur nous : ajoute-t-elle, avant de livrer aux journalistes cet aveu confondant : La suite est encore pire, il faut la lire en se frottant les yeux. Agnès avait deviné l’épidémie et alerté le Président de la République, et le Premier ministre.

On croit rêver. On ne rêve pas. Si j’y reviens une semaine plus tard, c’est que cet article d’Ariane Chemin ne passe pas.

Les confidences d’Agnès Buzyn, comme l’écrit Michel Onfray, c’est de la haute trahison. Il ajoute même “le geste d’une apprentie génocidaire”. D’ailleurs des médecins en nombre ont porté plainte.

Et la confiance disparaît, comme l'explique avec véhémence cet avocat. Les problèmes de communication, mais c'est le dernier de mes problèmes. Ce que je note, mais si si si.

Non non non, il aurait fallu arrêter de communiquer et agir. Une crise ça ne se communique pas, on agit ! C'est ça le problème, c'est qu'on n'a pas arrêté de communiquer dans cette crise, et on n'a rien fait.

Depuis le début j'écris, depuis le début je publie des tribunes, depuis le premier jour je dis "faites des tests", depuis le premier jour je dis aux personnels de santé "on va au drame, on va au drame, on va au drame", et personne m'a entendu ! Un cauchemar par définition, ça prend fin. Dans sa dernière allocution, Emmanuel Macron a évoqué avec prudence mais convoitise, un hypothétique "retour à la normale".

Après l’épidémie, va-t-on faire comme si rien ne s’était passé ? Lui et les “en-marcheurs” tireront-ils les conséquences de cette catastrophe ? Après demain, continuera-t-il à protéger ses amis ?

Les matraques continueront-elles à s’abattre sur nous ? Les aides aux plus démunis continueront-elles à être supprimées ? En alignant ces questions, je me rends compte instantanément de leur obsolescence.

Tout peut arriver. Le bien, le mal. C’est ça qui est bien.

C’est ça qui est mal. Allez salut et à bientôt… Ah oui encore une chose, si vous vous emmerdez je vous propose de réécouter Miles Davis, c'est ce que j'ai fait hier soir en buvant de la tisane. Allez salut !